Chapitre XXV : L'arrestation
Tisiphone se leva avant l'aube. Elle devait arriver avant tout le monde au Ministère si elle voulait faire tranquillement l'échange de potions. Le soleil n'était pas encore sorti de son sommeil que la sorcière était déjà arrivée. Les bureaux étaient plongés dans le noir, une seule bougie tremblotait sur un bureau. Tisiphone alla jeter un coup d'oeil : un Auror dormait, la tête posée sur l'épais dossier qu'il était en train de compulser lorsque Morphée l'avait emporté.
Elle se dirigea vers la salle qui contenait les diverses potions parfois utiles aux interrogatoires. Un moment, elle se demanda qui était la personne qui avait échangé le véritaserum : même elle n'y avait pas accès. Elle balaya ses pensées, peu lui importait. Elle ouvrit la porte avec précaution puis se glissa furtivement dans la petite salle obscure.
Des bougies flottaient un peu partout dans la pièce et un sort rapide les alluma. Tisiphone était dans ce qui ressemblait à un placard à balai, très étroit et très haut. Il n'y avait rien, juste des étagères immenses qui remplaçaient les mur, aucun autre meuble.
Tisiphone déposa la boîte sur une étagère vide et l'ouvrit. Elle sortit avec précaution les flacons et commença les échanges, faisant attention à ne pas les briser. L'illusion était totale : même consistance dans les fioles, liquide de la même couleur, flacons identiques.
La sorcière passa plus de temps que prévu à ranger les fioles et les flacons. La boîte que Severus lui avait donnée était plus grande qu'elle ne le laissait voir. Au fur et à mesure qu'elle enlevait les bonnes potions et les reposait dans la boîte, elles disparaissaient sans laisser de trace.
Finalement la mission de Tisiphone se termina. Elle poussa un soupir de soulagement en reposant le dernier petit pot en cristal tout en haut de l'étagère. Elle referma ensuite la boîte, la réduisit et la fit disparaître dans sa poche. Tout aussi discrètement, elle ressortit du local à potion.
Contrairement au moment où elle était arrivée, il régnait une certaine effervescence à l'étage des Aurors. De nombreux sorciers couraient un peu partout. On entendait quelques cris, des ordres brefs mais donnés sèchement. Tisiphone était étonnée de voir un tel désordre. Mais au moins, cela lui permit de regagner discrètement un endroit où sa présence ne susciterait aucune question. Elle s'avança donc vers le box qu'elle occupait habituellement. Il lui tardait de tomber sur un visage connu qui lui expliquerait les raisons d'une telle agitation.
Elle venait à peine de s'asseoir qu'elle vit débouler Alice. Les joues rougies par la course, elle poussa un soupir en voyant Tisiphone.
-Merlin merci ! Tu es là ! S'écria-t-elle visiblement soulagée.
- Quoi ? Que se passe-t-il ?
- Tu ferais mieux de venir ...
L'expression du visage de l'Auror était indéchiffrable. Tisiphone se leva. Son coeur battait la chamade. Se pouvait-elle qu'elle ait été démasquée ?
- C'est Maugrey ? Demanda-t-elle à brûle pourpoint. Qu'est-ce que j'ai encore fait ?
- Maugrey ? Non, il n'est pas là ... En mission, je ne sais où ...
-Alors quoi ?
Tisiphone s'était arrêtée, prise d'un mauvais pressentiment.
- Tu n'es donc pas au courant, constata Alice. Tu es arrivée quand ?
- A peine deux secondes, mentit-elle. Pourquoi ? Et puis c'est quoi ce cirque ?
Elle montra du doigt les Aurors qui couraient un peu partout.
- - Tu ferais mieux de venir ... dit-elle d'une voix éteinte ... Ca ne va pas te plaire ...
Le regard qu'elle lui lança était presque noir et inamical. Tisiphone ne posa plus de questions et la suivit en silence.
Alice se dirigea vers un endroit que Tisiphone n'avait que très peu fréquenté. Elles s'étaient engagées dans un long couloir blanc aux nombreuses portes. En chemin, elles croisèrent quelques sorciers ; certains avaient l'air assez contents d'eux, les autres regardaient Tisiphone étrangement.
Finalement, Alice s'arrêta devant une porte grise.
- C'est là, marmonna-t-elle laconiquement.
- Vas-tu enfin m'expliquer ce qui se passe ? Finit par s'énerver Tisiphone.
Alice avait posé la main sur la poignée, elle se retourna brusquement.
- Je pense que tu t'en rendras compte assez vite ...
Elle l'observait bizarrement. Tisiphone soutint son regard.
- J'espère ... j'espère réellement que tu seras autant surprise que moi ... Sinon ...
- Mais enfin, vas-tu me dire ce qui ...
Elle fut soudain interrompue : Alice avait ouvert la porte et lui fit signe d'entrer. Tisiphone reconnut la pièce : celle dont les Aurors se servaient pour observer les interrogatoires. Avant même d'entrer, elle sut ce qu'elle trouverait là : un petite table, quelques chaises qui faisaient face à un mur vitré ... et de l'autre côté, une pièce avec une unique table et deux chaises.
- Qui ... qui est là dedans ? Demanda-t-elle avant d'entrer. Mana ?
- Mana ? S'étonna l'Auror. Ton elfe ? Pourquoi ... Pourquoi voudrais-tu qu'elle soit là dedans ?
- - Je ... je ... ne sais pas, bégaya Tisiphone.
Alice ne lui répondit pas, elle lui fit signe d'avancer pour avoir les réponses à ses questions. Les jambes un peu tremblantes, elle entra. Son coeur battait la chamade, elle ne voulait pas regarder de l'autre côté de la vitre. Elle avait baissé la tête et s'appliquait à regarder où elle posait les pieds. Sa respiration s'accéléra brusquement. Elle se tordait les doigts, nerveusement. Alice était à côté d'elle, lui tenant le bras gauche. L'Auror ne disait rien, guettant simplement les réactions de son amie.
Tisiphone se décida à jeter un oeil. Avec un geste lent, elle releva la tête, comme au ralenti.
La première personne qu'elle reconnut fut Maggie Warren, l'Auror. Même si elle n'avait jamais eu l'occasion de la rencontrer, Maggie était une des « célébrités » du Bureau des Aurors : brillante et redoutable, elle n'abandonnait jamais.
Tisiphone n'eut besoin que d'un rapide coup d'oeil pour reconnaître l'autre personne. Elle ne put retenir le cri qui s'échappa de sa poitrine.
- Lucius !
Elle se tourna alors vers Alice.
- Je ... je ... je ne comprends ... pas ... Que s'est -il passé ? Pourquoi est-il ici ?
Alice avait lâché Tisiphone et croisé ses bras sur sa poitrine.
- C'est une excellente question ... Nous aussi, nous aimerions bien savoir ce qui s'est passé ...
Tisiphone s'était approché de la vitre, elle avait posé ses deux mains sur la froide surface transparente. Sans même qu'elle s'en rende compte, quelques larmes perlaient déjà au coin de ses yeux.
Lucius était assis sur une des chaises. De nombreuses mèches blondes s'étaient échappées de son catogan. Il avait l'air fatigué et usé. Du sang séché maculait sa joue droite et le coin de ses lèvres. Sa robe de sorcier était sale et par endroits déchirée.
Lucius avait croisé ses mains sur sa poitrine, il semblait déterminer à ne rien dire. Tisiphone remarqua seulement maintenant les lourdes chaînes qui le retenaient prisonnier.
Maggie était debout et le dominait de toute sa splendeur. Ses cheveux roux flamboyaient. Elle était impressionnant de détermination et de colère. Les paroles qu'elle lançait ne parvenaient aux oreilles des Aurors qui étaient dans la petite pièce à observer la scène.
Tisiphone soupira.
Puis elle se tourna vers Alice, brusquement faisant voler ses longs cheveux de corbeau derrière elle.
- Alice ! Pourquoi est-il ici ? Je ne comprends pas ... Que s'est-il passé ?
Alice soupira tristement puis dévisagea longuement Tisiphone.
- S'il te plaît ! J'ai besoin de savoir ... gémit-elle.
- Je ne connais pas tous les détails, il faudra que tu demandes à Maggie ... Tout ce que je sais, c'est que nous avions eu des informations, sûres et confirmées, et qu'une équipe est partie là-bas ... La mission de Maggie et des autres a été couronnée de succès, semble-t-il ...
- Je ... je ... veux le voir ! Je dois lui parler ! Ordonna-t-elle soudain.
Le visage d'Alice se rembrunit.
- Ca, ce n'est pas de mon ressort ... Je vais voir ce que je peux faire ...
Elle avait baissé les yeux tristement, Tisiphone s'en aperçut et la questionna.
- Pourquoi fais-tu cette tête ?
Le regard se fit plus dur.
- Tu vois, ce qui me chagrine ... dans ... dans tout ça ... c'est ... c'est qu'au ... final, tu ne sembles ... même pas ... si surprise que ça ... de ... de le voir arrêté ...
- Comment peux-tu dire une chose pareille ? Je n'aime pas ce que tu sous-entends ! S'emporta Tisiphone. Je ... Je ... croyais ... que tu étais mon amie ... et que ... qu'il n'y avait pas ce genre ... de ... choses entre nous ...
- Je suis ton amie ! Répliqua Alice. C'est pour cela que je plaiderai pour toi auprès de Maggie.
- Merci, répondit simplement Tisiphone.
Alice s'était approchée de la vitre. Elle sortit sa baguette et envoya quelques étincelles dorées qui traversèrent la surface et tournèrent autour de l'Auror. Maggie s'interrompit et sortit quelques instants. Alice alla la rejoindre dans le couloir.
- Ne bouge pas ! Lui intima-t-elle.
Elle hocha la tête puis reporta son attention de l'autre côté de la vitre.
- Oh, Lucius, chuchota-t-elle au bord des larmes. Comment vais-je te sortir de là ...
Tisiphone avait élaboré pleins de plans dans sa tête ... mais aucun n'était vraiment réaliste ... Elle ne se voyait pas vraiment armés de leurs seules baguettes traverser tout l'étage des Aurors pour s'enfuir ... Que lui restait-il comme autre option ... faire entrer un troll ou un dragon dans les locaux pour faire diversion ?
La porte s'ouvrit soudain. Tisiphone perdue dans ses pensées sursauta. Elle se retourna. Alice était de retour, accompagnée de Maggie. La rousse Auror la dévisageait avec détermination. Alice fit les présentations.
-Maggie, voici Tisiphone ...
Les deux femmes se serrèrent brièvement la main. Tisiphone ne pouvait s'empêcher se frissonner sous le regard bleu glacé de sa collègue. Elle eut l'impression qu'en une seconde, elle savait déjà tout d'elle. Elle était plus redoutable que Maugrey lui-même.
- Ainsi, c'est toi, Tisiphone ...
- Oui, répondit-elle simplement.
Elle se tut, Maggie continuait à l'observer. Tisiphone ne pouvait s'empêcher de jeter de brefs coups d'oeil sur Lucius.
- Est-ce que ... je peux le voir ? Demanda-t-elle humblement ... Juste quelques instants ...
- C'est la procédure, rétorqua Maggie sèchement. Pourquoi tiens-tu absolument à parler à ... cette ... ce sorcier ?
- Savoir ce qui s'est passé ...
- Ce qui s'est passé ? S'exclama alors Maggie. Ce qui s'est passé ! Mais c'est très simple ... Nous étions dans un coin reculé du Pays de Galles ... Nous avions été prévenu qu'il risquait de se passer quelque chose ... Et nous n'avons pas été déçu ... Il a été pris en flagrant délit, lui et quelques autres ... Le Ministre sera content, une belle prise que nous avons faite !
Tisiphone ne desserra pas les poings un seul instant. Son regard était devenu plus dur ... puis elle se radoucit soudain.
- J'ai ... j'ai ... juste besoin de lui parler ... C'est ... important pour moi.
- Maggie, intervint alors Alice. C'est bien la seule chose que nous pouvons lui faire ...
Maggie observa une nouvelle fois Tisiphone.
- Qu'est-ce qui te donnerait le droit d'aller dans cette pièce ?
- Je suis Auror, j'ai tout autant le droit que toi de l'interroger.
- Oui, tu es Auror, mais en aucun cas rattachée à cette mission !
- Maggie, répéta Alice.
Tisiphone s'approcha alors de l'Auror et planta ses yeux dans les siens. Puis elle leva sa main gauche à la hauteur du visage de la sorcière et lui montra son annulaire et la bague qu'elle portait. De grosses larmes coulaient à présent sur les joues de la sorcière.
- Pour ça ... peut-être, implora Tisiphone.
Maggie soupira. Elle avait bon fond, elle finit par accepter.
- Très bien, concéda-t-elle.
A peine eut-elle dit ces paroles que Tisiphone s'était élancée hors de la pièce.
Dans le couloir, elle essuya rapidement ses larmes qui coulaient encore sur ses joues. Elle respira un bon coup et poussa la porte.
Lucius releva la tête. Il eut un triste sourire en reconnaissant la sorcière. Sans mot dire, elle s'approcha et prit place face à lui. Ses yeux avaient pris une teinte foncée comme la mer lorsque se prépare une violente tempête. Elle se redressa brusquement de sa chaise avant de se pencher vers Lucius. Sans prévenir, elle le gifla violemment.
- Ca c'est parce que je te trouve ici ... cracha-t-elle froidement.
Il la regarda avec étonnement alors qu'elle se remettait à laisser couler quelques larmes.
- Oh, Lucius, gémit-elle. Comment vais-je te sortir de là ?
Il ne répondit rien. Il baissa la tête, piteusement.
- Je suis désolé, murmura-t-il.
Tisiphone avait croisé ses mains sur la table. Lucius les lui attrapa soudainement, faisant cliqueter ses chaînes.
La sorcière plongea ses yeux de le regard gris acier du sorcier.
- Que s'est -il passé ? Demanda-t-elle.
- Qui le demande ? L'Auror ... ou ... la femme ... que j'aime ...
- Si tu crois que je suis là pour te tirer les vers du nez, tu te trompes, je n'ai plus qu'à partir alors ...
Elle voulut se lever, mais il la retint.
- Non, reste ... Pardonne-moi ...
Il s'interrompit un court instant avant de continuer. Il observa toute la pièce, son regard s'arrêta longuement sur la vitre.
- Ne t'en fais, ils peuvent juste nous voir ... Pas entendre ce que nous disons ... J'y ai veillé ... le sort qui permet de tout entendre ... J'ai fait en sorte qu'il ait été annulé ...
Il hocha la tête.
- Nous devions ... régler quelques affaires ... importantes ... Je ne comprends toujours pas comment ils ont su où nous devions aller ...
- Maggie m'a dit qu'ils avaient eu des informations ...
- Très peu de personnes étaient au courant ... marmonna Lucius. Tout s'est fait à la dernière minute ...
- Alors c'est qu'il y a eu des fuites ... répondit laconiquement Tisiphone.
- Tout s'est fait au dernier moment ... Je ne devais même pas y participer ... J'ai dû prendre la place de quelqu'un d'autre ...
- Qui ? Demanda Tisiphone.
-Aucune idée ...
- Tu devais être sur autre chose ? C'est ça ?
- Oui ... Je devais rencontrer Rogue ... pour ...
- Récuperer des potions ? L'interrompit soudain Tisiphone.
- Oui ! Comment es-tu au courant ?
- Parce que c'est moi qui ... qui l'ai vu hier soir ... bégaya alors Tisiphone.
Elle se redressa tout à coup.
- La sale petite garce, gronda aussitôt la sorcière.
- Quoi ?
- Hier soir, j'ai ... croisé Narcissa. Elle était certaine de te trouver là-bas ... Quand je lui dis que les plans avaient changé, elle ... elle ... a totalement paniqué et est sortie en courant ...
Elle se tut.
- Ce ... ce n'était pas contre toi ... mais ... contre moi ...
- Il y a une chose qui cloche, Tisiphone. Jamais au grand jamais, Narcissa aurait dû être au courant de cela ... Il y a quelqu'un d'autre derrière tout ça ...
Il eut un sourire cruel.
- Sebastian, ajouta-t-il dans un souffle.
Tisiphone avait baissé la tête. Ses yeux embrumés de larmes restaient fixés sur la bague.
Elle dégagea soudain ses mains.
- J'ai ... j'ai besoin de ... de savoir une chose ... une seule chose.
- Qu'y-a-t-il ?
- J'ai besoin ... que ... tu me ... répondes franchement.
- Tu crois que je pourrais te mentir ? Tu vois où je suis ?
- Justement ! Ne serais pas tu prêt à faire n'importe quoi ?
- Tisiphone ! S'indigna-t-il.
Elle se pencha et lui caressa la joue.
- Pardonne-moi ...
Elle le fixait avec intensité. Il soutint son regard, l'invitant à plonger au plus profond de ses pensées, se livrant entièrement. Et c'est ce que la sorcière fit.
- Cette ... cette bague ... commença-t-elle. Pourquoi ? Pourquoi me l'as-tu offerte ?
Le sorcier mit un certain temps avant de répondre.
- Tu sais ... je ... je ne voulais pas te l'offrir ainsi ... mais ... les circonstances étant ce qu'elles étaient ...
- Pourquoi ? Répéta Tisiphone.
- Tu sais très bien ce qu'elle veut dire.
- Je ... je veux te l'entendre dire ! Exigea-t-elle. J'ai ... j'ai besoin ... J'en ai besoin.
Les larmes roulaient sur ses joues à présent.
- Lucius, implora-t-elle une dernière fois.
- Je ... je voulais te montrer combien je t'aime ... combien tu compte pour moi ... Je voulais ... J'espérais qu'on ... qu'on puisse ... bâtir nos vies rien que tous les deux ...
Tisiphone ferma les yeux. Elle caressait toujours la joue du sorcier. Elle se pencha un peu plus vers son oreilles. Ses cheveux noirs se mêlèrent aux siens.
- Merci, lui murmura-t-elle dans un souffle ténu. C'est tout ce que je voulais savoir.
Ils s'embrassèrent longuement.
A regret, Tisiphone se releva.
- Je ... je ... dois m'en aller.
Elle fit quelques pas hésitants, le regard déterminé, les poings serrés.
Elle se retourna alors et fixa Lucius.
- Une dernière chose ...
- Oui ?
- Promets-moi ... Jure-moi que ... tu feras ... tout ce que je te dirais de faire ...
- Que ...
- Je vais te sortir de là ... mais ... il faut que ... tu me laisses faire ... Quoiqu'il se passe ... Tu dois me le promettre ...
- Mais ...
-JURE-LE ! Implora-t-elle en criant et en pleurant.
- Je te le jure, promit-il en détachant chaque mot.
Elle lui sourit amèrement.
- Quand tu seras dehors ... fais-le payer à Sebastian ...
Il n'eut pas le temps de répondre, elle venait de refermer la porte sur elle.
Dans le couloir, Tisiphone s'effondra au sol, contre la porte. Elle pleurait à chaudes larmes, indifférente aux regards que les autres sorciers lui lançaient.
Alice s'était élancée hors de la petite pièce et vint en vain consoler Tisiphone.
- Ca va aller ? questionna-t-elle, en l'aidant à se relever.
Avec douceur, Tisiphone se dégagea d'Alice.
- J'ai ... j'ai quelque chose à faire, sanglota-t-elle.
Puis, elle partit en courant.
Maggie aussi était sortie dans le couloir. Elle regarda Tisiphone qui s'éloignait.
- Qu'a-t-elle dit ? Demanda-t-elle à Alice.
- Rien ...
Lorsque la sorcière arriva à son box, sa décision était prise. Elle s'assit sur la chaise et se mit à réfléchir à toute vitesse. Elle se releva bien rapidement.
Alice avait dit qu'Alastor était en mission, parfait.
Sans hésitation, elle se dirigea vers son bureau désert. La porte était fermée par des sortilèges, mais elle n'eut aucun mal à les forcer. Personne ne faisait attention à elle, elle s'engouffra dans la pièce exiguë et referma la porte derrière elle.
Elle sécha ses pleurs. Elle avait besoin d'être forte, le temps des larmes était terminé. Elle respira un bon coup et sortit sa baguette. Elle ne savait même pas si cela allait marcher mais tout ce qu'elle voulait c'est que l'illusion tienne quelques minutes, quelques heures tout au plus.
Quelques minutes plus tard, Tisiphone ressortit du bureau de Maugrey. Quelque chose en elle avait changé. La tête haute, la démarche fière, elle avançait à grand pas vers l'autre bout de l'étage. Sans même s'en rendre compte, les sorciers qu'elle croisait en chemin s'écartait à son passage. Elle ne leur accordait aucun regard, pas même dédaigneux.
Elle n'eut pas même à aller bien loin. Elle aperçut Maggie en grande discussion avec Alice.
Tisiphone s'avança encore un peu.
- Maggie, interpella-t-elle en criant.
Tous les Aurors se figèrent et tous les yeux convergèrent sur la sorcière.
Maggie Warren se retourna lentement. Etonnée, elle se rapprocha de Tisiphone.
- Que se passe-t-il ? Questionna-t-elle.
Une sourde détermination brillait dans les yeux des deux sorcières. Le monde autour d'elle semblait s'être arrêté.
- Tu dois relâcher Lucius, ordonna soudain Tisiphone.
Les yeux de Maggie s'arrondirent de surprise, elle éclata alors de rire.
- Relâcher Malefoy ? Et pourquoi donc ?
- Ce n'est qu'un vulgaire pantin ... rien de bien intéressant pour le Ministère ... Pas même conscient de ce qu'il faisait ...
- Vraiment ?
Maggie rit de nouveau.
- L'excuse de l'Imperium ... N'est-ce pas un peu trop facile ?
Les autres Aurors, à présent, avaient totalement abandonné leurs occupations ; ils formaient un cercle autour des deux femmes.
Tisiphone ne répondit rien à Maggie. Elle continua sur sa lancée.
- Ne voudrais-tu pas mettre la main sur une plus grosse ... prise ?
- Que veux-tu dire ?
Maggie et Tisiphone étaient à présent toutes proches. La sorcière rousse dépassait l'autre sorcière d'une bonne tête.
- Aurais-tu des noms plus ... intéressants ... à donner ...
- Oui !
Maggie haussa les sourcils.
- Vraiment ?
- Ne voudrais-tu pas savoir qui se cache derrière ce qui s'est passé la nuit dernière ?
- Je vais te dire une chose ... je crois que tu es désespérée et que tu tenterais n'importe quoi ...
Ce fut au tour de Tisiphone de rire.
- Désespérée ... Sans nulle doute ... Oui, je le suis ... Je le suis assez pour ... faire ça ...
Elle releva soudain sa manche gauche et découvrit ainsi son avant-bras.
De nombreux sorciers poussèrent un petit cri. Maggie avait sorti sa baguette et la pointait sur la sorcière.
- Tisiphone ! Cria Alice.
Sur la peau pâle de la sorcière se détachait nettement et cruellement la Marque des Ténèbres.
- Sors ta baguette et jette-la moi ... ordonna Maggie.
- Tu me crois assez stupide pour te lancer un sort ici ... Si je l'avais voulu je l'aurais fait depuis longtemps.
- TA BAGUETTE !
- Très bien, marmonna Tisiphone, pas la peine de t'énerver.
Avec des gestes lents, elle sortit sa baguette de sa poche. Elle n'eut pas même le temps de la poser au sol.
- Accio !
Elle atterrit aussitôt dans la main de Maggie qui la confia à Alice.
- Impedimenta.
Tisiphone se retrouva aussitôt entravée.
- Est-ce vraiment utile ? Ricana-t-elle.
- La procédure ... Tu sais ce que c'est ...
Maggie se retourna alors vers les Aurors.
- Le spectacle est terminé ... Il me semble que vous avez du travail ... Et si ce n'est pas le cas, je peux très bien vous en donner ...
Elle pouvait se montrer parfois aussi désagréable que Maugrey. Tous les Aurors partirent subitement et retournèrent à leur travail. Seule Alice resta aux côtés de Maggie. Elle ne croyait toujours pas ce qu'elle voyait sous ses yeux. Elle avait le visage décomposé de ceux qui viennent de se prendre un sort dans le dos.
Maggie agita de nouveau sa baguette en direction de Tisiphone et la fit avancer vers les petites salles où elles étaient il y a peu. Alice leur emboîta le pas. Quand Tisiphone la doubla, elle détourna le regard.
Tisiphone fut rapidement conduite dans une petite salle. Maggie la fit asseoir brutalement et des chaînes apparurent et l'emprisonnèrent.
- Parfait ... murmura Maggie.
Elle lança un regard dédaigneux à la sorcière prisonnière.
- Il me semble que tu as plein de choses à nous raconter.
Tisiphone releva la tête fièrement.
- Je ne dirais rien tant que Lucius n'aura pas été libéré, déclara-t-elle.
- Oh ... mais c'est qu'il nous faudra plus de choses pour qu'il soit libéré ... plus que ce que tu m'as dit il y a quelques minutes ...
- Que veux-tu savoir ?
- Tout ... et tu as intérêt à te montrer très convaincante ...
Maggie avait fait apparaître une plume et un parchemin, elle s'apprêtait à tout noter.
Tisiphone prit tout son temps pour répondre. Les yeux brillants d'une froideur superbe, elle ne lâcha pas un seul instant Maggie du regard. Ses chaînes cliquetèrent lorsqu'elle ramenait la masse de ses cheveux en un chignon lâche. Elle coinça une grosse mèche dans le chignon pour le faire tenir.
Elle éclata soudain de rire.
- Tout ? Vraiment ? Et par quoi dois-je commencer ... Dois-je commencer comme dans les vieux livres ... Par le jour de ma naissance ... ou plutôt la nuit qui m'a vue naître ...
Elle s'interrompit alors et rit de nouveau. Alice avait pâli. Maggie était impassible, la laissant discourir.
- Non ... Faisons plus original ... Il vaudrait mieux commencer le jour où je suis née pour les Ténèbres ... Voyons ... quand était-ce ? La nuit où mon fils a été assassiné par cette engeance pourrie que sont les moldus ? Ou le soir où mon mari et mon enfant sont morts ... tué par ... Dumbledore ?
- Il suffit, cria soudain Alice.
Tisiphone et Maggie se tournèrent en même temps vers l'Auror.
- Il suffit, répéta-t-elle plus doucement.
Quelques larmes perlèrent au coin de ses yeux soudain brouillés par le chagrin.
- Alice, la réprimanda Maggie. Si tu ne veux pas en entendre plus, tu peux sortir ... Je peux comprendre ...
- Non ... Je veux rester ...
Le ton de sa voix s'était soudain éteint. Elle observait son ancienne amie amèrement.
- J' ... j'avais ... confiance en toi ... lui murmura-t-elle lugubrement.
- Je ... suis désolée, répondit modestement Tisiphone. Vraiment désolée ...
- Revenons-en au vif du sujet, coupa Maggie.
L'intonation était sans appel.
- Bien ... Continuons donc mon histoire ... Où en étais-je ? Ah oui ... La mort des miens ... Mon enlèvement ensuite par les Aurors grecs ... le froid ... la douleur ... les ténèbres ...
Tisiphone,à l'évocation de ce souvenir, ne put s'empêcher de sentir un long frisson glacée parcourir son échine.
- Quand j'ai retrouvé le soleil, je n'avais plus qu'une idée en tête, retourner sur les terres de ma mère ... Retrouver celui qui avait fait ça ... et ... lui faire payer ...
- Ce n'était qu'un Mangemort ... Il n' a eu que ce qu'il méritait ! Trancha l'Auror, implacable.
- Mon fils n'avait pas même un an ! Hurla-t-elle en pleurs.
- Qu'est-ce que tu crois ... Tout n'est pas noir ou blanc ...
- Comment peux-tu dire une chose pareille ? cracha la sorcière.
Dans sa fureur, son chignon s'était défait, ses longs cheveux retombèrent dans son dos, en une masse ondoyante.
- On subit tous de terribles épreuves, mais cela n'excuse en rien nos choix personnels ... pour les surmonter ...
- Se donner à corps perdu dans son travail ... c'est pathétique ...
- Peut-être ... mais je n'ai pas de sang sur mes mains ...
- En es-tu si sûre ?
Un silence lourd plana dans la petite pièce.
Tisiphone essuya ses larmes.
- Dire que je m'étais promise de ne plus pleurer ... plus jamais ... ricana-t-elle.
- Peut-être que si tu t'étais engagée sur une autre voie ...
- Tais-toi, je n'ai pas besoin que tu me donnes des leçons ...
Elle fusilla Maggie du regard.
- Tu as raison ... Reprenons ...
- Bien ... Que veux-tu ?
- L'affaire qui nous occupe ... Malefoy.
- Un vulgaire pantin ... Qui a bien rempli sa fonction ... faire diversion ... Tourner tous les regards, les soupçons sur lui ... pendant que, dans l'ombre ... Tout a été minutieusement planifié ...
- De quoi parles-tu ?
- Je te l'ai dit, je te dirai que ce qui puisse faire libérer Lucius ... rien de plus ...
- Tu risques Azkaban à vie ... En es-tu consciente ?
Elle haussa les épaules.
- Plus rien ne compte vraiment pour moi ...
- Pourtant, tu fais tout pour Malefoy ... N'est-ce pas un peu inconsidéré ?
- Ca ne te regarde pas ...
Elle se pencha en avant et sur le ton de la confidence continua.
- Ne ferais-tu pas la même chose ... si tu étais à ma place ...
Maggie ne répondit rien.
- Pourquoi Malefoy était dans ce village ?
- Il fallait se débarrasser de quelques « gêneurs » ...
- Pourquoi lui ? Justement ? S'il n'est qu'un pantin ...
- Ce genre ... de besognes ... ne nécessite pas un grand déploiement de force ... Tu ne penses tout de même pas qu'on puisse s'abaisser à de telles tâches ...
- Être Mangemort, c'est déjà être plus bas que terre ...
- Tu ne comprends rien ... Vraiment rien ...
Maggie se leva soudain.
- Tu t'en vas ? Déjà ? S'écria ironiquement la sorcière. Ma compagnie ne te plaît plus ?
- J'en ai suffisamment entendu, marmonna-t-elle.
- Et pour Lucius ?
Maggie revint vers Tisiphone et se pencha vers elle.
- Tu crois sérieusement que je puisse lâcher une telle proie ... Je ne te fais pas confiance ... Je ne te crois pas ...
- Tu ne me crois pas ? Très bien ! Dans ce cas, la procédure est simple ...
- Le véritaserum ... compléta Maggie.
- Exact ... Toi comme moi savons très bien que tout ce que je dirais sous véritaserum ne peut être contesté ... Que tu le veuilles ou non, tu seras bien obligée de libérer Lucius ...
- Encore faut-il que ta « déposition » soit faite sous l'emprise de cette potion ... Je pourrais très bien m'y opposer ...
Tisiphone éclata de rire.
- Je pensais que ton livre de chevet était le Manuel du parfait petit Auror ... Je me suis trompée, semble-t-il. J'ai parfaitement le droit de demander une telle chose ... C'est le SEUL droit que j'aie ...
Tisiphone était furieuse.
Ce fut une Maggie parfaitement calme et maîtresse de ses émotions qui lui répondit.
- Il y a une chose que tu as oubliée, ma chère ... Nous sommes en période de guerre ... Les droits changent ... Et celui-là ... Il pourrait très bien ne plus exister ...
Les yeux étincelants de haine, Tisiphone leva la tête vers elle.
- Tu n'oserais tout de même pas !
Ce fut au tour de Maggie d'éclater de rire.
Elle sortit, suivie par Alice qui ne se retourna pas.
La porte se referma sans bruit, un souffle glacé s'engouffra lorsque le battant claqua. L'haleine gelée vint entourer Tisiphone de ses bras, semblable à un Détraqueur venu lui offrir un dernier baiser.
