Valen put profiter de la journée pour prendre un peu de repos. Cela consistait en premier lieu à prendre un bon repas. Pour l'heure lui et la rôdeuse marchait dans un long couloir vers la chambre qu'on avait octroyé au maître d'arme. Heally ayant bien remarqué sa mauvaise mine attrapa une servante qui passait par là en lui saisissant la main. Elle lui dit de bien préparer un plateau et de le mener à la chambre réservée à leur hôte. Après que la domestique fut partie avec une courbette, le Tieffelin haussa un sourcil en considérant sa compagne. « Vous n'êtes pas une dame qu'en mots.
Elle lui sourit humblement – je n'aime pas donner des ordres, mais j'ai très vite compris que certains n'hésitent pas à profiter de votre laxisme si vous n'êtes pas ferme. Les gens du fort ont dû pendant longtemps vivre sans seigneur, sans autre protection qu'eux-mêmes, comme dans mon village. Je les comprends bien.
Le maître d'arme sourit à cette tirade justificatrice – je parlais de votre assurance, votre sœur ne l'a que dans l'affrontement.
Heally murmura en regardant son interlocuteur – je n'ai pas à vivre avec la culp... - Elle fronça les sourcils et détourna les yeux, tournant la tête – non, je ne vis pas avec l'angoisse d'un double sanguinaire.
Le guerrier l'observa un moment puis baissa les yeux – je dois avouer que je suis surpris de cet accueil, madame, moi-même rejetais ma partie démoniaque.
-Après les horreurs de la guerre et vos faits d'armes pour Eauprofonde, votre apparence n'a plus autant d'importance qu'en temps de paix. J'espère que Neeshka pourra apprendra quelque chose de vous, elle sera sans doute contente de pouvoir discuter avec un autre Tieffelin. Je sais que souvent elle se sent très seule.
-Je n'y manquerai pas.
Le chevalier-capitaine lui sourit doucement avant de s'arrêter - je dois me rendre au Fort de la Croisée ou je vais essuyer des colères. Ensuite nous retournerons à Port-Nuit mais Daeghûn reste avec vous et nous serons de retour dans trois jours pour l'adoubement. Reposez-vous bien, Valen, » dit-elle avant de faire une gracieuse petite courbette puis de se retourner pour marcher à l'opposé, une main sur le pommeau en or de sa lame d'argent.
Le demi-démon la regarda partir jusqu'à ne plus la voir lorsqu'elle tourna à un autre couloir. Lorsqu'il ne la vit plus, il tourna les talons et traversa la coursive à pas lents jusqu'à arriver à sa chambre.
Après un repas et un brin de toilette, le Tieffelin dormait à poings fermés et nu, sous le drap et les fourrures de son lit. Baldwin dormait aussi, affalé sur le flanc en travers du lit et Piwyl ronflait dans les cendres tièdes de la cheminée. Le guerrier dormait depuis longtemps déjà et le jour avait baissé en une agréable lumière orange se déversant par la petite fenêtre en arche en face du lit. Ce qui le tira de son lourd sommeil ce fut un jappement du loup gris. Comme il dormait sur le ventre, il se redressa sur un coude en regardant autour de lui. Ceci pour voir Neeshka debout et surprise, près de sa sacoche de selle posée sur le lit. « Ne touche pas à ça - ordonna t-il froidement en fronçant les sourcils.
-J'ai touché à rien ! – Réfuta la roublarde – j'ai pas eu le temps – marmonna t-elle en baissant ses yeux rouges. Elle les releva pour regarder Valen d'un air de défi avant de sourire – hey ! Mais pour un guerrier t'es plutôt pas mal ! » S'exclama t-elle en posant les mains sur les hanches, admirant sans vergogne la musculature imposante, pâle et presque imberbe de son comparse. Du torse au bas-ventre. Puisque s'étant redressé sur le coude, le drap et les fourrures étaient tombés sur ses hanches.
Le Tieffelin darda sur Neeshka ses yeux électriques, cherchant les mots justes pour lui dire de s'en aller, de changer de sujet ou d'expliquer sa présence sans pour autant couper toute communication. « Quelle heure est-il ? – Demanda t-il alors en tirant la fourrure sur lui.
-Ben vu le soleil, fin d'après-midi j'dirais. T'as pas mal dormi, t'étais bien crevé !
-Oui... Je suppose, » et il glissa de l'autre côté du lit de façon à pouvoir s'asseoir en tournant le dos à la jeune demi-démone. Embarquant le drap avec lui en la nouant autour de ses hanches, il se leva, fit le tour du lit pour se retrouver à côté de Neeshka, et tira des habits propres de sa sacoche noire.
Neeshka, naturellement plus gênée du fait d'être dans la même pièce qu'un autre Tieffelin que de l'avoir pratiquement nu sous ses yeux, dansait un pied sur l'autre. Elle parla alors qu'il s'habillait. « J'dois dire, courir une semaine entière après des méduses des Marches jusqu'à Port-Nuit, ça fait une sacrée route ! Du coup en entendant parler d'une double Heally, j'aurais pensé que l'autre était aussi avec un paladin comme Casavir ! – Elle tira la langue, le guerrier saint la rendant nerveuse.
Valen en braies noires releva la tête pour lui adresser un regard étrange en haussant un sourcil – non. Je pense que les jumelles portent leurs cœurs sur ceux qui leur ressemblent – il passait une cotte blanche et une veste noir quand, fouillant dans son sac, il écarquilla les yeux en réalisant quelque chose. L'angoisse forma une boule dans sa gorge et il fixa un point devant lui avec un visage fermé – la robe.
-Quoi ? – S'étonna la Tieffelin en clignant des yeux.
Il la saisit par les épaules soudainement et grogna – la robe elfique vert émeraude !! Où est-elle ?!
-Ben, j-je j'en sais rien !! – Bafouilla Neeshka – lâche moi ! Tu me fais mal !
-Non ! – Souffla t-il en se désintéressant de son interlocutrice pour se ruer vers la porte qu'il ouvrit à la volée.
-Hey ! Qu'est-ce qui se passe ?! Valen !!
Il revint, fouillant encore sa sacoche de selle il y trouva l'arc et la rapière - la dague Enserric... Partie ! Baldwin, Piwyl ! – S'écria t-il vers les animaux qui se redressèrent – pourquoi n'avez-vous rien vu ?!
Neeshka l'attrapa par le bras alors qu'il se dirigeait encore vers la porte – réponds moi !!
-La Traqueuseaube ! La Traqueuseaube est là ! Heally a abandonné ! »
Il déboula dans le couloir et courut, suivi par la voleuse. Un rire bas et malsain afflua lentement du fond du couloir derrière lui. Le petit rire mesquin effleura son oreille, le Tieffelin inspira soudainement, pila, se retourna et se rua dans l'autre sens.
Il suivit le rire jusqu'au fond du couloir, à un détour le seigneur Nevalle marchait vers eux et Heally apparût derrière lui à un embranchement. Portant la sinueuse robe verte. Elle se glissa derrière le Neuf de Padhiver.
« Ah, maître Tieffelin ! – Fit le chevalier au Tieffelin sans se douter de quelque chose.
-Attention Nevalle !!
-Bougez vous !! » Hurla la roublarde en tirant sa rapière et sa dague.
Nevalle se retourna, à la lumière du jour baissant, l'éclair argenté d'une lame brilla tandis que le fracas des hommes de la garde retentissait dans le couloir. La lame vampirique frappa Nevalle, sans armure, à l'épaule, assez profondément pour que l'entaille saigne longtemps. Le chevalier recula prestement en laissant échapper un sifflement de douleur à la morsure de la lame effilée.
Il vit le sourire le plus terrifiant qu'on pouvait voir sur le visage d'une amie. « Heally ?
La maléfique sauvage étendit son sourire suave alors que les lances de trois gardes frôlaient son dos – laisse m'en un peu, Enserric – murmura t-elle à sa main droite armée.
-Je suis pas sûr d'apprécier ce ton, » lança avec méfiance la lame emprisonnant l'âme d'un mage.
Heally fit fondre son sourire à une vitesse horrifiante, elle se retourna soudain vers les soldats qui, par pur réflexe, piquèrent de leurs lances, mais l'elfe de lune était trop agile. Elle les esquiva en passant entre elles comme un serpent. En passant, elle leur entailla les mains uniquement protégées de gants en cuir. Les gardes sifflèrent à l'instar de Nevalle et se retournèrent alors qu'elle leur faisait déjà face. Passant le doigt sur la lame vampire.
« Hey ! »
Pour lécher le sang.
Horrifiés, les trois gardes écarquillèrent les yeux, Nevalle avait le cœur qui battait, ne comprenant plus rien, Valen était le plus calme même si cette sauvagerie le rappelait à lui-même.
« C'est ça l'héroïne de Padhiver ? – souffla le garde tout à droite en resserrant sa prise sur sa lance. Sa voix était glacée d'effroi.
La lumière orangée du crépuscule passant par une fenêtre faisait briller d'une lueur sanguine les cheveux or et argent. Heally leur souriait à tous en les surveillant, ramassée sur ses appuis, prête à bondir. Elle rit, se délectant de leur peur.
-Par Tyr... Mais qui est cette... femme ? – Murmura Nevalle.
-J'en sais rien mais je m'en vais te l'assommer moi !! – Grogna Neeshka avant de s'élancer.
-NON ! » Rugit le guerrier mais lorsqu'il saisit l'épaule de sa compagne, elle lui échappa.
La Tieffelin chargea la première. Seulement armée de sa dague l'elfe était en difficulté, elles échangèrent quelques passes qui auraient pu être un vrai spectacle en d'autres circonstances. Mais Heally, de Padhiver ou d'Eauprofonde, avait une plus grande agilité en combat que la roublarde. Ca résultait à un meilleur jeu de jambes et une plus grande aisance au maniement d'une arme. Et aussi, elle n'était pas en reste quant aux attaques sournoises. Les deux escrimeuses se déplacèrent tout le long du couloir, faisant marcher Valen, Nevalle et les gardes. Aussi lorsque Heally manoeuvra pour forcer Neeshka à exécuter un piqué avec ses deux armes, lorsque la roublarde le fit, l'elfe se déporta. Elle valsa sur le côté et entailla l'épaule de son adversaire en passant puis lui fit face. Neeshka termina juste à temps de se retourner pour bloquer un coup.
Les gardes prirent cette attaque en traître comme un signal avant que la roublarde ne soit gravement blessée. Ils allaient transpercer l'elfe qui leur tournait le dos.
Lorsque Nevalle réalisa le premier le danger de cette réaction « non !! Ne l'attaquez pas ! » Hurla t-il.
Mais un des trois gardes, celui tout à droite, tomba dans un gargouillis, lâchant sa lance et portant les mains à la gorge. L'elfe venait de lui faire la même botte que contre Neeshka mais elle lui avait planté la lame dans la gorge à travers les mailles.
Valen serrait les poings sans quitter Heally des yeux. Lui et Nevalle donnèrent leurs ordres.
« Ne l'attaquez pas !! Elle vous tuera au lieu de se contenter de vous entailler !
-Neeshka ne bouge pas.
-Qu'est-ce que c'est que ce bordel, bon sang !
-La Traqueuseaube est comme une louve, elle tue quand elle en ressent le besoin. Nevalle, si vos trois soldats ne l'avaient pas attaquée elle aurait continué à les ignorer, leurs armures font d'eux des proies trop difficiles.
-Reculez ! – Ordonna Nevalle immédiatement.
-Mais, mon seigneur !
-RECULEZ C'EST UN ORDRE !
-Neeshka, recule, toi si elle ne t'a pas tuée c'est parce que tu étais distrayante.
-Bordel !
Heally toujours en position de guetteur, ondulait en souriant à Valen. Elle porta les doigts de sa main libre au sang sur Enserric et frotta ses doigts à son pouce lentement. Léchant un majeur, elle pencha légèrement la tête en dardant ses immenses yeux sur le guerrier – comment ça se fait ? Comment ça se fait que tu en saches autant, demi-diable ?
Le demi-démon ne tiqua pas sous l'insulte – j'ai eu le temps d'observer Fallwind. C'est exactement comme ça qu'elle agit. Lorsqu'elle s'ennuie, elle joue avec des animaux qui pourraient la blesser. Lorsqu'on l'attaque elle tue ce qu'elle avait ignoré jusque là, et lorsqu'elle a faim elle tourmente sa prise avant de la manger. Tu es Fallwind, n'est-ce pas ? Tu es une partie de l'animal.
L'elfe ricana – oui, c'est vrai, la malédiction consiste à m'enfermer sous une forme animale, comme ça l'autre s'imagine avoir plus de pouvoir sur moi !
-L'autre ? – Murmura Nevalle, Valen leva la main pour lui dire de se taire.
-Mais tu es obligée d'obéir à Sehanine, et de me suivre.
-Tu sais pourquoi ? – Demanda t-elle soudain avec de l'avidité dans les yeux.
-Tu as la forme d'un rapace plutôt que d'une louve parce que Heally croit en sa déesse, et elle croit en moi !
-C'EST DES CONNERIES ! – Explosa l'elfe en lançant la dague vers lui d'un mouvement du poignet. Mais n'étant pas douée aux armes de jet, la dague fila plutôt comme un caillou. Le Tieffelin para aisément en se penchant de côté – JE SUIS LIBRE MAINTENANT !
-Plus pour longtemps. »
Valen avait réussi à distraire l'elfe suffisamment longtemps pour que Nevalle se glissât derrière elle et la ceinturât. Elle se débattit mais il lui fit perdre connaissance d'un coup de manchette à l'épaule. La rôdeuse se ramollit dans ses bras puis sa joue toucha son épaule.
Le Tieffelin s'était précipité et la porta dans ses bras. « Pardonnez moi seigneur Nevalle.
-Vous avez des explications à me fournir ! – Grogna le chevalier avant d'ordonner aux deux gardes restant d'emporter le corps de leur camarade au temple.
-J'vais vous expliquer moi ! – Dit Neeshka en les rejoignant au trot – Heally, enfin le chevalier-capitaine, en a parlé au seigneur Nasher mais vous aviez été appelé ailleurs à ce moment là.
-Très bien – marmonna le Neuf – mais qu'allez-vous faire d'elle ? »
Valen regarda froidement un Nevalle remonté et ébranlé. Il ne répondit pas, se retourna et marcha le long du couloir en portant l'elfe évanouie dans ses bras.
Lorsque l'archère-mage se réveilla quand la lune fut montée haut dans le ciel nocturne, elle était étendue sur le côté et sentait la douce caresse des fourrures contre sa joue. Mais bien vite elle se rendit compte qu'elle ne sentait ni ses mains ni ses pieds et leva les yeux pour voir qu'elle était attachée. Les mains liées devant elle, et elle baissa la tête en bougeant les jambes pour voir que les pieds aussi.
L'évidence venait se placarder sur son esprit. Elle laissa retomber sa tête sur le lit avec un long soupir. Ses cheveux longs or et argent cachaient une partie de son visage et de son regard mais ses yeux étaient vides.
Le Tieffelin avait était assis sur une chaise en face d'elle. Les coudes sur les cuisses, les mains jointes contre ses lèvres. « Comment pouvez-vous abandonner, madame ? – murmura t-il tout bas – vous qui m'avez tant aidé et appris... » La couleur terne des yeux de lapis le blessait, il se sentait abandonné par elle.
Il se leva et la saisit par les épaules pour la redresser et la faire asseoir. La regardant en cherchant vainement son regard de ses yeux bleu électrique, elle qui avait la tête si basse que son menton touchait son torse. Le maître d'arme était abattu, il ne savait que dire, que faire, pour revoir cette lumière qui se dégageait d'elle. Elle était froide et morte, vide.
Le feu crépitait dans l'âtre avec ses lumières rouges et orange dans toute la pièce de pierre et de bois. Piwyl et Baldwin, discrets, observaient la scène sans bouger, quelque part.
Heally était perdue en elle-même, la folie menaçait d'investir définitivement son esprit alors qu'elle se trouvait en équilibre sur un fil. Rejeter catégoriquement une partie de soi jusqu'à la rendre presque autonome était déjà beaucoup, se retrouver face à son double, cet inconnu, être frappée par son aura de sainteté... L'elfe se mit à marmonner le dialogue qu'elle avait écrit peu à peu dans son journal en torturant ses doigts les uns avec les autres. Devant les yeux de Valen il n'y avait plus que les mots, il y avait la voix, le visage. C'était terrifiant ! « Tu ne peux pas être moi. Je ne suis pas comme ça.
-Tu les as tués, tu as bien vu, ce sont tes yeux qu'ont regardé.
-Tu aimes le sang.
-Tu aimes le sang.
-LA FERME !
-Il l'a vu, les soirs où tu chassais !
-Tu veux être moi ? Alors sauve les, essaye de faire comme moi, ahaha, tu n'y arriveras pas, toi tu tues tout le monde. Mais je suis fatiguée, ah, je suis fatiguée de me battre contre toi, intruse. Il t'a mise là, tu restes là, tu n'es pas moi, je n'existe pas. Elle a une aura si blanche, elle me brûle. »
Valen avait reculé, avait chuté dans sa chaise, les yeux sortant des orbites, livide, le temps de cet échange dément. Frappé d'horreur et de détresse, les larmes lui montèrent aux yeux et sa lèvre inférieure trembla ainsi que sa voix chevrotante lorsqu'il gémit tout bas. « Non, madame, je vous en supplie ! Ne m'abandonnez pas seul ici ! »
Puis la détresse en appela à la colère, il se mit debout à nouveau, saisit l'elfe de lune par les épaules et la souleva pour la tirer du lit et la faire tenir debout au sol en la secouant violemment. « Donita'ar de la Bénédiction !! L'Admirable ! CE NOM NE SIGNIFIE PLUS RIEN POUR VOUS ?! »
Il rugit et puis il la gifla avant de la ressaisir par les épaules et planter ses yeux dans les siens alors qu'elle avait la tête penchée en arrière, la joue enflammée, les yeux ronds. « Vous m'avez encouragé, m'avez accepté malgré mon héritage plus facilement encore que moi-même, passé outre ma méfiance envers vous !! Vous, vous m'avez donné le courage de combattre mon sang démoniaque ! Je ne supporte pas de vous voir tomber ! Vous voir sombrer dans votre détresse ! Madame ! Je refuse que mes efforts pour vous aient été vains ! Je refuse de ne pas pouvoir faire pour vous ce que vous avez fait pour moi !! S'il faut utiliser votre Vrai Nom, je le ferai ! »
Il se tut un long moment, la regardant dans les yeux alors qu'elle le fixait d'un regard rond au bleu tout aussi terne. Le cœur gonflé de larmes bouillonnantes comme le sang dans ses veines, il serra les dents, la mâchoire tremblante des contractions, fulminant. Sa fureur se calma soudain, il fut calme comme s'il eut été dans l'œil d'un cyclone. Valen saisit les poignets ligotés de son aimée pour passer ses bras au-dessus de sa tête et ainsi la pendre à son cou, passant les bras autour de ses épaules et la gardant contre lui. Sa joue pâle et creuse reposait contre le haut du crâne doré et argenté de l'elfe alors qu'il fermait les yeux en chuchotant à son oreille.
« Je ne m'imagine pas vivre sans toi, Lumière de l'Espoir. Je ne peux pas... Je ne veux pas de cette vie en ayant été incapable de te libérer à mon tour. »
Donita'ar
De la Bénédiction
L'Admirable
Lumière
De l'espoir
De Cania
L'Arpenteuse
Des Enfers
Ce cœur qui battait contre elle ne battait que par et pour elle. Liés à jamais dans le sang et la violence d'une double nature rejetée. Ce qui autrefois faisait partie d'eux comme le souffle de leurs âmes. Ce qu'il avait réussi à perdre, elle devait le retrouver, alors ils seraient le passé, le présent et le futur de l'autre.
Valen recula jusqu'au pied du lit et se laissa tomber assis, amenant la rôdeuse sur ses genoux. Là, doucement, tendrement, il berça l'archère-mage dans ses bras. Les lèvres près de son front, les yeux baissés sur son visage, il chuchota son amour éperdument.
« A travers les fosses abyssales et les enfers de glace,
A travers les hauteurs célestes et les mers d'or,
Je ne peux être gardé loin de toi.
Depuis les profondeurs astrales et les plaines de gris,
Près des portes de Sigil avec les bêtes jouant,
Je t'attendrai toujours.
Ni la mort ni la peur ni le pouvoir méprisé,
Ne sauraient faire que mon serment d'amour soit abjuré.
Mon âme, ma chair, mon cœur est vrai,
Ce sont avec l'éternité mon présent pour toi. »
Il répéta et répéta et répéta encore ce poème d'amour comme une prière. Ne cherchant plus de réaction, il murmura des heures durant tout son sentiment pour l'espoir incarné en cette admirable femme elfe.
Et durant ces heures, sans qu'il le sache, sa chaleur, son souffle, sa voix, ses rimes, ses sentiments parvinrent peu à peu à déchirer la toile de la folie. Heure après heure.
Puis à l'approche de l'aube, Heally cligna des paupières comme un oiseau qui reprend connaissance. Elle leva les bras, pourtant ankylosés, pour les ramener contre sa poitrine. Valen, abasourdi, exténué, recula le buste en se détachant. Il n'en croyait pas ses yeux, mais malgré ses mains liées, elle les leva jusqu'à son visage livide pour effleurer son menton de ses doigts fins.
Ses grands yeux d'oiseau avaient retrouvé leur couleur de lapis-lazuli extraordinaire. La lueur orangée de l'aube naissante éclairait son visage délicat de reflets féeriques aux couleurs irisées. Et ses doigts portaient le soleil en couronne.
La douceur de ces doigts délicats sur la pointe de son menton fit éprouver au maître d'arme un violent raz-de-marée d'apaisement mêlé à une incommensurable stupéfaction radieuse. Il laissa échapper un hoquet, lorsqu'il parvint à réaliser sa victoire inespérée, ainsi qu'un sourire lumineux. Les yeux entièrement rougis, il finit par saisir les doigts doux pour les porter à ses lèvres sans fermer les paupières.
Quel bonheur il éprouvait de pouvoir plonger son regard dans ces iris d'un bleu merveilleux !
Heally retrouva peu à peu la mobilité de son visage, ses propres expressions faciales qui s'étaient si brutalement mélangées ces dernières heures. L'elfe esquissa un léger sourire désolé. « Qui suis-je, alors ? – Murmura t-elle, son beau visage délicatement peint de cet air de douce affliction.
-Mon amour, » répondit le Tieffelin, sans réfléchir, tout de go, l'esprit trop embrouillé et transposé d'euphorie et de soulagement.
Mais c'était sans doute la réponse la plus appropriée. Qui d'autre pourrait aussi prétendre être la femme tant admiré régnant sur son cœur, sa chair et son âme ? Personne. Elle était seule et unique pour lui.
Lorsque Heally attira à elle le visage du guerrier d'Outreterre pour déposer un baiser sur ses lèvres, les doigts frôlant ses joues comme des papillons, le soleil sortit de derrière les collines et illumina la chambre dans une cascade de lumière. L'elfe de lune se transforma quand les rayons la touchèrent.
Les liens tombèrent sur les fourrures et Fallwind s'envola en traversant la fenêtre ouverte après que Valen eut libéré un rugissement de rage.
Quelque chose manquait encore pour rompre la malédiction.
« Attendre encore la nuit pour sentir ses doigts sur mon visage... » Souffla t-il, les yeux rougis, ouverts absents, et clignant en regardant le soleil par la fenêtre dont les rayons réchauffaient sa figure.
Trois heures après le levé du soleil, Valen trouva Nevalle avant lui. Le chevalier d'élite de Padhiver semblait être calme malgré la perte malsaine d'un des gardes du château. « Seigneur Nevalle, si Neeshka vous a expliqué – commença le Tieffelin en s'arrêtant.
-Non seulement elle mais le seigneur Nasher, et l'ambassadeur aussi bien – soupira l'humain avec un zeste de tristesse – les deux autres gardes ont été liés au silence. Eauprofonde ne souhaite pas que l'image de sa sauveuse soit ternie. On leur a expliqué, et heureusement leur ressentiment s'est porté sur ce Qwylië.
Après le spectacle cruel de la colère de la petite communauté elfique de la Haute Forêt, Valen fut surpris et remercia les dieux bons qu'Elanee ne fut pas là pour étayer ses anciennes méfiances – et la famille ?
Nevalle hocha la tête – on a dit à sa mère que l'être responsable de l'attaque sera chassé et tué. C'est la vérité. N'est-ce pas – répondit le chevalier en regardant le Tieffelin droit dans les yeux.
-Oui, il mourra. »
Puis un silence grave s'installa entre les deux hommes avant que le Neuf ne dise à son compagnon que le seigneur Nasher, ainsi que l'ambassadeur, l'attendaient.
Devant Nasher assis sur son trône, le maître d'arme salua. Une haute silhouette richement vêtue, encapuchonnée de brun et à la cape portant les armoiries d'Eauprofonde, se redressa à côté du trône et se tourna vers Valen et Nevalle ainsi que Deekin se trouvant déjà là. Le guerrier vit un sourire sous la capuche, et Fallwind à son poing droit.
« Je n'attends pas d'excuses de votre part, Valen Soufflombre, le chevalier-capitaine ainsi que Sand nous ont très bien fait saisir la difficulté de votre situation et de celle de votre compagne.
Le Tieffelin laissa échapper un soupir de soulagement, les yeux tournés vers l'oiseau, il ne vit pas Nasher suivre son regard – merci messeigneurs.
-Je vous présente l'un des ambassadeurs des seigneurs d'Eauprofonde, Malchor Harpell qui réside dans les bois de Padhiver.
-Je suis un vieil ami de Khelben Arunsun qui m'a demandé au nom de ses Seigneurs, de bien vouloir leur servir d'émissaire – dit l'homme en baissant sa capuche. Il se révéla comme étant un humain d'âge avancé à la longue chevelure et barbe rousse ainsi qu'aux yeux bruns.
Valen s'inclina respectueusement – je suis enchanté de vous rencontrer, monsieur – dit-il, connaissant Khelben de nom bien entendu depuis ses quelques jours en surface, et considérant qu'un ami de Khelben était un homme important.
-Bah, trêve de civilités, je suis désolé pour ce qui est advenu de ce garde hier soir – fit le mage en regardant la chouette harfang sage à son poing. Il parla avec méthode – on m'a demandé de vous faire savoir qu'à l'unanimité les Seigneurs souhaiteraient que vous reveniez à Eauprofonde pour y recevoir les honneurs et les récompenses.
-Mais nous...
Malchor leva son bras libre – je sais, je sais, c'est tout à votre honneur. Mais la cité tient à vous remercier. Vous nous avez quand même sauvés d'un Archidiable, que Diable ! Et pas n'importe lequel ! Ainsi que des Hordes de l'Outreterre ! – Vous m'entendez, demoiselle ? – Fit-il en agitant son poing de bas en haut en suivant la chouette des yeux – et un seigneur en particulier voit comme une affaire de fierté à vous récompenser. Il sait combien la vie d'aventures n'était pas souhaitée...
-Il sait cela ? – Fit Valen, un brin méfiant en haussant légèrement un sourcil.
-Bien sûr ! Il va de soit que les régents de la cité se sont renseignés sur leur héroïne pour savoir comment la remercier au mieux ! Mais... Hum, c'est pour cela que j'ai fait en sorte, avec l'aide du seigneur Nasher, que l'incident d'hier soir ne s'ébruite pas.
-Mais je tiens à ce que vous m'assuriez que la... La Traqueuseaube... Ne s'échappera plus.
Le Tieffelin baissa la tête mais sans quitter le seigneur et le mage des yeux – je ne peux vous l'affirmer, monseigneur.
-Mais alors ! Expliquez nous exactement ! – S'exclama Nevalle à côté de lui.
-Du calme, Nevalle – l'enjoignit sereinement le seigneur de Padhiver.
Malchor tira lui-même Valen de pénibles explications – dame Do'Ruilaralesti est victime d'une sorte vicieuse de dédoublement qui n'a rien de magique. Voyez-vous, Nevalle, si on vous avez transformé en poupée tueuse en vous entrant dans la tête que c'est ce que vous êtes, en amplifiant cette partie combative qui est en vous jusqu'à lui donner des proportions monstrueuses. En votre âme et conscience, ne rejetteriez-vous pas en bloc cette partie de vous ? La noble dame s'est, en quelque sorte, dédoublée, jusqu'à donner une volonté propre à cette image négative. J'imagine que le Huitième Cercle de l'Enfer qu'est Cania n'est rien comparé au sien intérieur... Les Ménestrels ont, j'ai entendu dire.
Nasher rigola tout bas.
Malchor ignora superbement – j'ai entendu dire qu'ils observaient dame Do'Ruilaralesti depuis de nombreuses années. Depuis cet évènement tragique il y a une vingtaine d'années maintenant à la Haute Forêt. Ils affirment que la dame elfe est victime, pas coupable. Certes, ses mains ont tenu les armes, mais – il fit la moue en secouant les épaules et sa bouche fit un pli peu convaincu par la thèse opposée à celle-ci – sa volonté ne guidait pas sa main. Le contraire de votre chevalier-capitaine, à ce que j'ai entendu dire, seigneur Nasher.
-La lame d'argent que porte dame Soufflombre n'a de pouvoir que si le porteur a la volonté de le lui donner. Sa volonté guide l'épée – expliqua obligeamment Nasher au maître d'arme.
Tout ça donnait à Valen des précisions quant au rapport entre les jumelles. Et sur ce qui lui manquait pour rompre la malédiction.
-De ce fait, la Traqueuseaube restera... Volatile – et il se permit un sourire sur cette plaisanterie – tant que notre noble dame aura la volonté de se rejeter.
-Cette situation est inhumaine, maître Harpell – intervint le guerrier, cherchant un peu d'aide – ma dame ne semble épanouie que dans un lourd et dur combat. Mais aussitôt l'ennemi abattu, elle renfloue sa sauvagerie. Je dois faire en sorte qu'elle n'ait plus peur d'elle-même.
-Voilà un défi qui relève de l'impossible – murmura pensivement Nasher, posant un coude sur la cuisse et le menton sur la main.
-Je dois parler au paladin Casavir – dit Valen en tendant finalement le poing gauche. Fallwind s'envola gracieusement jusqu'à lui.
-Casavir est parti avec sa dame hier matin. Vous devriez les rejoindre à Port-Nuit – intervint Nevalle.
Le maître d'arme le remercia d'un signe de tête puis s'adressa au mage d'Eauprofonde – maître Harpell ?
-Oui ? – fit le vieil homme en se baissant pour s'asseoir lentement sur un tabouret.
-Quelle est exactement la nature des remerciements d'Eauprofonde à l'égard de ma dame ?
Malchor sourit sans découvrir ses dents et adressa un air compréhensif quant à la soudaine méfiance du demi-démon – à vrai dire il s'agit d'un défi qui ressemble à celui qu'on a donné à dame Soufflombre. Ca n'a pas été fait exprès je pense. Mais je n'ai droit d'en parler qu'en présence de votre dame, mon ami.
Le Tieffelin arqua à nouveau un sourcil puis esquissa un sourire timide – très bien. Je pars pour Port-Nuit, et je vous promets que la prochaine fois que vous me verrez, seigneur Nasher, ce sera en plein jour avec dame Do'Ruilaralesti à mes côtés. »
Nasher sourit puis congédia le maître d'arme.
Quand Nevalle fut sorti à son tour, Malchor Harpell se fendit d'un sourire de romantique et tourna les yeux vers le seigneur de Padhiver. Son murmure fit un écho dans la salle du trône « la cérémonie d'adoubement... On peut l'accompagner d'un double mariage ? »
Nasher Alagondar plissa des yeux de rire avant de laisser échapper un éclat d'entre ses lèvres fines puis de répondre après avoir considéré la question sérieusement – si Eauprofonde y pense. Cela ne pourra que remonter le moral à nos deux peuples. Tout en montrant à Luskan et Amn que nous sommes plus unis qu'avant.
Malchor continua sur son ton humoristique – on leur fait une cérémonie surprise ? Avec les pétards et les banderoles, évidemment.
Cette fois-ci Nasher éclata de rire en frappant le bras de son siège du poing – Luskan et Amn auront à y réfléchir à deux fois à présent avant d'essayer de nous envahir !
-Vous êtes si sûr que cela ? Que les jumelles lunaires et leurs amis parviendront à libérer l'ancienne forteresse des démons ? – Questionna gravement le mage cette fois-ci.
-Après le Roi des Ombres et Méphistophélès lui-même... Seule la lune serait capable de tarir leur douce lumière opale, vous ne croyez pas ? » Murmura Nasher, les yeux dans le vague.
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Au soir, Valen, tout en armure, parvint à cheval jusqu'à Port-Nuit en étant accompagné de Daeghûn, de Neeshka et de Deekin. Il avait le pressentiment que le combat final contre Qwylië approchait, que ça n'était plus qu'une question d'heures avant le début, ou la fin.
Il faisait nuit lorsqu'ils arrivèrent. Heally derrière lui, poussée par le même pressentiment, portait son armure de cuir et tout son équipement. L'arc et le carquois dans le dos, la rapière 'lame du coup de grâce' dans son fourreau occulte à la hanche droite, et Enserric à la hanche gauche. Elle portait son manteau de fourrure en peau de Worg sur le dos, les bras passés autour de la taille du Tieffelin. Son compagnon loup marchait derrière eux et Piwyl était dans sa sacoche de selle.
Heally ne se souvenait pas des actes de la Traqueuseaube et bien qu'elle savait que sa Némésis avait été libre, elle n'avait posé aucune question à ce sujet, du moins pas devant le rôdeur.
Alors qu'ils allaient au pas sur le chemin, à quelques mètres du petit village des marais, Valen était surpris de voir combien l'archère-mage et l'elfe des bois communiquaient facilement alors qu'il avait saisi que c'était la situation inverse avec la fille adoptive du sombre sylvain. Il profita d'un blanc dans leur conversation plutôt banale pour demander à Daeghûn « vous connaissez Casavir ?
L'elfe cuivré chevauchant à côté de lui détourna ses yeux dorés de son interlocutrice pour considérer Valen et sa question – non, je n'ai pas eu l'occasion de lui parler.
Le Tieffelin insista en le regardant – que pensez-vous de lui ?
-C'est un serviteur de Tyr, il est loyal et dévoué à sa cause. Il n'y a rien à en dire.
-C'est pourtant l'homme que votre fille adoptive a choisi.
-Je fais confiance à ma fille et donc aux choix de son cœur. Pourquoi me posez-vous toutes ces questions ? – S'irrita l'elfe en posant sur le Tieffelin un regard d'acier tranchant.
Sans pitié celui-ci continua en soutenant le regard – vous êtes persuadé des sentiments de votre fille, Daeghûn ? Qu'elle aime le paladin ? »
Le rôdeur tiqua et tourna la tête pour regarder devant lui, ses cheveux bruns, lisses, longs et fins sur ses épaules.
Heally l'observait, elle posa sur lui ses grands yeux lapis et d'un regard qui vous transperçait d'une lumière véritable, prompt à dissiper vos doutes et vos peurs. Ainsi que vos propres mensonges. « Non, je n'en suis pas certain – finit-il par dire en baissant les yeux et passant la langue sur ses lèvres.
-Pourquoi autre Chef porter nom de Valen ? – Questionna Deekin derrière Daeghûn.
-Daeghûn, je connais ces yeux là, et ils ne brillent pas – glissa Valen, en partie réfléchissant.
-Je sais, mais elle n'aurait pas répondu à ses sentiments si elle ne les partageait pas.
-Qu'en savez-vous ? Vous n'êtes pas en bons termes avec elle.
L'elfe cuivré s'emporta – ma fille me comprendra quand elle sera plus mûre ! Je lui fais confiance, elle est forte !
-Daeghûn – murmura doucement l'elfe argentée sans le regarder dans les yeux, la joue posée contre le dos du Tieffelin portant cape – vous devriez lui parler. Mon père... Heian me croit toujours plus forte que je ne le suis vraiment... Ou innocente...
-Vous l'êtes, madame – détrompa le guerrier avec délicatesse.
-J'ai fui, Valen, j'ai fui au lieu de l'aider à la Haute Forêt. Je l'ai abandonné avec la douleur des survivants – souffla t-elle, presque dans un murmure inaudible.
-Ils ont creusé leurs tombes, votre père a choisi de rester pour tenter de tout reconstruire. Et la Haute Prêtresse a prévenu que vous ne reviendriez jamais là-bas, madame.
-Ah... ? Alors... J'espère qu'il viendra me voir... »
Ce soupir de l'elfe décida Daeghûn à parler avec sa fille adoptive.
Durant toutes ces années la situation ne s'est jamais prêtée à une discussion sérieuse avec elle. Lui vivant avec ses fantômes et ses devoirs et elle partie au combat avec l'intention de vaincre et de ne jamais revenir. A cause de lui. Son silence et sa distance l'avaient involontairement poussée à croire qu'il espérait la mort de l'enfant ayant causé la perte de son épouse adorée.
Quand ils furent en plein milieu du village, Heally sauta à terre en étant suivie de Baldwin et de Piwyl. Sans un mot ou un regard, elle voulut se diriger vers les marais mais ce fut la Tieffelin qui se précipita pour la saisir à l'épaule « hey, t'éloigne pas, j'veux garder un œil sur toi ! »
L'elfe la regarda sans sourciller ou afficher une mine déçue, elle hocha simplement la tête en rebroussant chemin.
Valen, le barde kobold et l'elfe cuivré les suivirent des yeux alors que la voleuse, tenant la rôdeuse par le coude, marchait vers le petit pont en bois d'aulne. Deekin décida de suivre son chef, assez méfiant quant à la roublarde vis-à-vis de l'elfe. A cet instant Daeghûn murmura qu'il allait trouver sa fille adoptive et le maître d'arme lui emboîta le pas pour trouver le paladin.
Lorsqu'ils parvinrent aux deux Neuf de Padhiver ce fut à la petite taverne du village en compagnie de leurs autres compagnons, à part Elanee retournée au Vallon du Mardelain dans le Marais des Morts. Parmi eux, le nain Khelgar était en train, dans un grand moment d'ébriété, de se borner à provoquer Sand, oui, Sand, dans un concours de boisson. « Ce sera l'amour fou entre Sehanine Lunarc et Lloth, le nain, quand j'accepterai de jouer les sacs à vinasse avec toi à une table !
-Quoi ?! – Gronda le moine nain d'une voix méfiante et outrée – l'amour entre deux femmes elfes ?! Une argentée et une noire en plus ! Mais par Tyr ! Ma parole, t'as pas b'soin d'bière pour t'nir des paroles du dernier stade du bourré, lécheur de pages ! »
Le manipulateur profane vissa un regard bleu de froid mortel sur le nain trapu et plein de cicatrices à la dentition en perdition tandis que son visage arrogant se transformait peu à peu en ce que tout participant en joute verbale redoute : le feu fourni de répliques assassines.
Assis aux pieds de Sand, le familier chat de Heal', Mwalë, secouait flegmatiquement la queue en observant l'échange, ses petites moustaches frémissantes, en attente de la suite du spectacle. C'est-à-dire la mise à mort formelle du rustre roi Poindanel.
Heal' tournait le dos à la scène avec Casavir, tous deux en train de discuter avec le magicien du village, Tarmas. Un humain à la quarantaine, à la calvitie avancée malgré ses cheveux noirs restant derrière sa tête, et à l'air austère et ronchon. Il était en train d'évoquer une nouvelle fois le massacre encore récent des habitants de Port-Nuit quand l'archère-mage 'entendit' son familier rire de la dispute et attendre impatiemment les réponses cinglantes de Sand. Elle se retourna, vit que la situation allait très rapidement s'envenimer et fit deux ou trois pas pour poser la main sur l'épaule de son homologue en regardant aussi le moine « allons, Khelgar. C'était une expression de la part de Sand – puis au mage – Sand, si tu l'insultes tu vas te retrouver comme lui, à voir le parquet de trop près.
-Humph ! Ce nain ne saurait reconnaître une pinte de bière d'une vessie de porc ! Pour lui c'est le même fluide ! – Siffla le mage en croisant les bras.
Khelgar leva le poing en grondant et vociférant – tu vas voir qui va avoir une face de vessie quand j'en aurai fini avec toi ! »
Heal' les retenait en se mettant entre eux, et c'est après avoir observé en silence cette charmante scène d'un groupe soudé comme une même main, que Daeghûn et Valen s'avancèrent.
Le Tieffelin s'approcha de Casavir et salua Tarmas avant de s'adresser au paladin, plutôt habitué des disputes entre le nain et les elfes du groupe à par le chef « j'ai à vous parler, Casavir. Ca concerne les jumelles. »
Le serviteur de Tyr détourna ses yeux bleus froids de la scène pour considérer le maître d'arme avant d'hocher la tête, s'excuser auprès de Tarmas et traverser la foule des paysans de la taverne pour pouvoir avoir un semblant de conversation privée.
Daeghûn, lui, ne savait comment faire et fixait le dos de sa fille calmant ses deux amis.
