Les derniers invités partis, Hermione attendit un moment avant de monter là-haut, à la chambre d'angle. Julian y était, comme elle s'en doutait. Elle l'avait vu s'éclipser discrètement vers la fin de la réception, et elle avait compris. Il avait besoin d'être seul.

Cookie, fidèle au poste, semblait somnoler, allongée sur le tapis de la Savonnerie, mais ses yeux la trahissaient chaque fois qu'elle les levait en direction du lit, remplis de douceur et d'interrogation. Lorsque Hermione avança la tête par la porte entrebaillée, elle ne bougea pas, mais sa queue se mit à frapper le tapis dans un élan d'espoir. Son jeune maître n'allait pas bien, et la dalmatienne le savait, tout comme elle savait que Hermione pouvait y remédier.

- Je peux entrer, Julian ?

- Oui, bien sûr.

Elle s'attendait à le trouver avec des yeux rouges et un air triste. Elle fut surprise. Il lui sembla au contraire serein et apaisé. Marko avait eu raison quand il avait dit qu'après l'inhumation seulement il pourrait commencer à faire son deuil.

- Tout le monde est parti ?

Julian se leva du lit sur lequel il était assis, et se dirigea vers l'embrasure de la fenêtre.

- Oui. La maison est à vous.

Elle regretta aussitôt ses paroles." A vous seul " : un terrible double sens qu'elle n'avait pas prémédité, mais qui rappelait douloureusement au jeune homme qu'à présent l'empire Solo tout entier reposait sur ses seules épaules.

- Justement, Hermione, comment est-ce que ça va se passer ?

- Que voulez-vous dire ?

- Juridiquement ... Au regard de la loi, je suis mineur, je ne peux donc administrer mon héritage. Et pourtant, il va bien falloir prendre à un moment ou à un autre des décisions importantes, non ? Le navire ne peut rester sans personne à la barre le temps que j'atteigne ma majorité. Papa avait-il évoqué quelque chose avec toi à ce sujet ?

- Non, rien du tout. Si quelqu'un doit être au courant de quoi que ce soit, ce sera Marinos Metaxas.

- Le chef du département juridique ?

- Et s'il n'y a rien, aucune disposition, aucun testament ?

- Je serais étonnée. Votre père était prévoyant. Il va falloir de toute manière réunir le conseil d'administration cette semaine. On en saura davantage à ce moment-là.

- Ca ne changera rien au fait que je serai toujours mineur en en ressortant ...

- Il y a peut-être une solution à notre problème. Ecoutez, Julian, je ne voulais pas vous ennuyer avec cela aujourd'hui, mais j'ai pris la liberté d'approcher le ministre de la Justice tout à l'heure.

- Le ministre de la Justice ?

- Oui, vous ne l'avez pas vu à la réception ?

- Non. Il y avait tellement de monde.

- Je lui ai demandé un rendez-vous de votre part.

- Pour quoi faire ?

- Je m'excuse, je n'aurais pas dû, et ...

- Non, non, Hermione, ce n'est pas un reproche, au contraire. Je voudrais connaître ton idée. Dis-moi tout.

- Eh bien je pense que si vous déposiez auprès de la Chancellerie un dossier de demande d'émancipation, il aurait des chances d'aboutir.

- Autrement dit, de casser ma minorité pour circonstances exceptionnelles , et de ne pas avoir à attendre que je sois majeur pour entrer en possession de mon héritage, c'est ça ?

- Exactement. Je crois que c'est faisable.

- On verra bien.

Julian se leva, et fit quelques pas, étouffés par le moelleux du tapis. Un court silence s'installa. Ni lourd, ni suffocant comme les jours précédents, mais apaisé, comme si le temps était suspendu. Julian, adossé aux boiseries crème de la pièce près de la fenêtre, laissait errer son regard tantôt sur la mer Egée, tantôt sur l'île Saint Georges dont on devinait la forme tapie au loin, ou sur le temple de Poséidon, dernier lambeau de vie de gens morts il y avait si longtemps.

- Il y a quelqu'un d'autre que vous n'avez pas vu tout à l'heure, Julian.

- Ah, qui donc ?

- Votre mère.

Hermione le vit froncer les sourcils, comme à l'annonce d'une mauvaise nouvelle.

- Ma mère était là ?

- Oui, elle tenait à voir votre père une dernière fois. Elle l'a aimé, vous savez ?

Il eut un petit rire rauque.

- Qui n'aurait pas aimé Papa ? Est-ce vraiment à toi que je devrais poser la question ?

- Elle m'a aussi demandé de vous transmettre un message.

- Un message ?

- Oui. Elle m'a chargée de vous dire que vous aviez été désiré, et par votre père comme par elle.

- Alors pourquoi ne me l'a-t-elle pas dit elle-même ? , jeta-t-il d'un ton dur qui la surprit.

- Ne lui en veuillez pas. Elle ne sait pas le dire. Elle n'arrive pas à parler avec vous ... mais ça ne signifie pas qu'elle ne vous aime pas.

- Je sais, admit-il presque à contrecoeur.

- Il se mura dans le silence un moment.

- La prochaine fois que je passerai par Los Angeles, j'irai la voir. Enfin, si elle y est.

Les deux jours suivants furent caractérisés par un chamboule-tout à la villa. Changement de règne, changement de cérémonial, auraient dit certains. Et c'était à peu près ça. Julian suivit la tradition qui perdurait depuis des siècles et quitta ses appartements pour s'installer dans ceux de son père – ceux dévolus au chef de famille. Ce ne fut pas sans un pincement au coeur, mais il eut une compensation, puisqu'il en profita, pendant ce capharnaüm domestique, pour aller dormir sur l'Iliade, ancrée dans la petit crique juste en contrebas de la villa. La modeste tartane aménagée luxueusement par Yiannis conservait son empreinte, son odeur presque, et la sentir onduler sous lui au gré des vagues lorsqu'il se reposait, allongé sur la couchette, était un baume sur ses blessures. La mer était sa consolation, son refuge, sa raison de vivre.

La semaine suivante eut lieu l'inévitable conseil d'administration, le premier sans Yiannis, et Hermione en ressortit blanche comme un linge. Elle s'était attendue à tout, sauf à ça. Les différents chefs de départements de l'empire ne se réunissaient en général qu'une fois par mois, deux si la situation l'exigeait. Ils couvraient des secteurs aussi variés que le juridique, la recherche scientifique et historique, la communication ou la logistique. Chacun avait la responsabilité de son propre pan de l'empire, et Yiannis avait su choisir ses hommes : pas de génie au caractère difficile, mais des personnes sur lesquelles il pouvait savoir compter, sérieux et pragmatiques. Aucune hiérarchie ou échelon à gravir, ce qui évitait les animosités et les jalousies. La compétition entre égos ne donnait naissance qu'à de petits coqs, espèce vaniteuse toujours juchée sur ses ergots à proclamer son génie aux quatre vents, et que Yiannis ne supportait pas. Dans le secret de son bureau aussi bien qu'au conseil, chacun savait pouvoir parler librement et donner son avis sans crainte : il ne fallait pas oublier que les Grecs étaient à l'origine de la démocratie ...

Pourtant, ce bel édifice était en passe de se lézarder lorsque Julian s'assit pour la première fois dans le fauteuil de son père. La situation lui paraissait sinon ridicule, du moins incongrue : il allait donner des ordres à des hommes qui l'avaient vu naître, et connaissaient chaque rouage de son propre empire bien mieux que lui ! Il décida donc de jouer la carte de la franchise.

- Messieurs, je suis aujourd'hui devant vous parce que la situation l'exige et que je suis l'héritier de mon père, et non pas à cause de mes mérites ou de mes compétences. Je connais chacun d'entre vous depuis des années, et je compte sur vous pour tout m'apprendre. Vous aurez bien du mérite : je ne sais rien, ou si peu ... mais je ne suis pas mon père, et je ne le serai probablement jamais. C'est pourquoi je laisse ceux qui ne souhaiteraient pas travailler à mes côtés libres de leur choix, que je comprendrai.

Des regards se croisèrent, de part et d'autre de la table. Hermione fronça les sourcils. Il s'était passé quelque chose, quelque chose qu'elle ignorait.

- Monsieur, puis-je prendre la parole ?, demanda calmement Danil Voutsinas, le responsable logistique.

Julian acquiesça, tendu.

Voutsinas se leva, et de sa haute stature, toisa l'assistance.

- En tant que doyen de ce conseil, Monsieur, je tiens à vous faire savoir que nous avons tous sans exception été approchés ces derniers jours par monsieur Doukas.

Hermione blanchit, serra les lèvres mais ne dit rien. Elle aurait dû se douter que cela se produirait. Doukas n'allait pas manquer une si belle occasion de porter un coup mortel à son pire ennemi en le privant de ses meilleurs soutiens.

- Celui-ci nous a fait des propositions, le genre de propositions qu'on ne peut pas refuser pour le rejoindre .

- Je vois, dit Julian d'un ton sombre.

- Ainsi, l'empire commençait déjà à se démembrer ...

- Nous y avons réfléchi chacun de notre côté, et aussi discuté ensemble. Et nous en sommes tous arrivés à la même conclusion.

Il fixa Julian avec insistance et ce fut avec une certaine jubilation dans la voix qu'il laissa tomber :

- Qu'il aille se faire foutre !

Hermione qui face à l'abîme qui venait de s'ouvrir sous ses pieds en avait oublié de respirer, laissa échapper un petit rire nerveux.

- On sait ce qu'on perd, et dans son cas, ce qu'on retrouve. Et personnellement, je préférerais me pendre plutôt que de bosser pour un salopard comme lui.

- Et moi me remettre avec mon ex, murmura le responsable commercial qui vivait les affres d'un divorce cataclysmique, suscitant une rigolade générale.

- Nous restons avec vous, Monsieur, quelles que soient les épreuves qui nous attendent.

Julian ébaucha un sourire ému et le remercia d'un hochement de tête, la gorge trop nouée pour parler et ne sachant que dire. Marinos Metaxas, le chef du service juridique, le délivra de son embarras.

- Parlons de choses concrètes, si vous le voulez bien, Monsieur. Comme il est inutile de vous le rappeler, l'ordre du jour de ce conseil est la situation particulièrement qu'engendre votre minorité. Vous n'êtes pas légalement capable de signer un contrat ou quelque autre acte ayant une valeur juridique jusqu'à ce que vous ayez atteint l'âge de 18 ans, et cela bloque beaucoup de décisions importantes. Il est évident que la compagnie ne peut rester sur ce status quo pendant les deux années à venir.

- J'ai eu le ministre de la Justice au téléphone ce matin, intervint Hermione. Un acte d'émancipation peut être délivré, mais il faut compter un délai d mois, même en mettant à contribution toutes nos relations.

- Oui, c'est probable, reprit Metaxas. Néanmoins, Monsieur Solo avait prévu cette éventualité et m'avait laissé des instructions en cas d'incapacité de sa part à assumer ses fonctions. Je tiens toutefois à souligner, ajouta-t-il à l'attention d'Hermione, que pas une seule fois il n'a évoqué avec moi l'éventualité de son décès prématuré. Nous avons donc rédigé ensemble un document, qui a été dûment enregistré, et qui donne les pleins pouvoirs à Mademoiselle Daskalou, ici présente, pour tout le temps que durera la minorité de Monsieur Julian.

Tous les regards convergèrent dans la seconde vers Hermione.

- Moi ?, balbutia-t-elle, désorientée.

Jamais elle n'avait imaginé une seconde se retrouver à la tête de l'empire. Elle n'avait toujours été que l'ombre de Yiannis, et cela lui avait très bien convenu. Son premier réflexe fut de refuser. Mais il y avait Julian. Et il y avait Yiannis, qui avait compté sur elle, au point de remettre entre ses mains les rênes de la société. Elle l'avait aimé, comment aurait-elle pu le trahir, maintenant qu'il n'était plus là ?

- Il y a une clause restrictive, toutefois, poursuivit Marinos Metaxas.

- Laquelle ?

- Monsieur Julian devra contresigner toutes les décisions importantes, même si sa signature n'a aucune valeur juridique en l'état des choses.

Hermione sourit. Elle avait compris. Du Yiannis Solo tout craché. Il lui avait compris que sa position serait fragile en tant que " régente " et pourrait être contestée, notamment parce qu'elle était une femme dans un monde essentiellement masculin. Alors il avait ajouté cette clause. A première vue, un observateur extérieur aurait pu penser que c'était parce qu'il se défiait d'elle et craignait qu'elle ne s'accapare le pouvoir énorme qu'il lui donnait au détriment de Julian. Mais les hommes présents autour de cette table du centre névralgique de l'empire Solo n'étaient pas dupes des apparences : ils connaissaient la jeune femme depuis des années pour la plupart, et son dévouement à Yiannis et à Julian. En imposant à Julian l'obligation de donner son aval ne fût-il que symbolique à toute grande décision, il la légitimait et la mettait à l'abri de toute critique. Aucune contestation ne pourrait être formulée contre elle sans remettre également en question la légitimité du jeune homme, et cela, c'était impossible. Une jolie cabriole juridique à la Yiannis Solo, qui contournait la loi sans la dénaturer.

La main d'Hermione tremblait autant que celle de Julian lorsqu'à l'issue du conseil ils paraphèrent pour la première fois conjointement le registre de présence. A gauche, la signature du jeune homme, encore un peu enfantine avec ses rondeurs, à sa droite, celle d'Hermione, à la graphie fine et élégante. Par le sang, ils n'étaient rien l'un pour l'autre, et ce registre les liait à présent inexorablement.

Ils ressortirent du siège social du Pirée un peu groggy et, au grand dépit des journalistes économiques – pas des paparazzi pour une fois - se jetèrent dans la voiture qui les attendait pour les ramener à la villa.

Durant presque tout le trajet, Julian resta silencieux, fixant avec obstination la chevalière de son père qui brillait à son doigt. Yiannis l'avait portée à l'annulaire, et elle était trop grande pour son fils qui avait refusé de la faire réduire. Il la portait donc au majeur, partant du principe que c'était à lui de s'adapter, et non à elle. Tout comme c'était à lui de s'adapter à la situation, et non le contraire.

- J'ai peur, Hermione ..., finit-il par dire.

- Peur de quoi ?

- De ne pas y arriver ... tout ça ... je ne suis pas de taille, et ça me terrifie. Ca me terrifie, tu n'imagines même pas à quel point.

Il ne mentait pas, il semblait sur le point de fondre en larmes. Hermione chercha sa main à côté de la sienne sur la banquette et la prit dans la sienne.

- Vous n'êtes pas seul. Je suis là, et je serai toujours là.

- Oh, Hermione ... je ne veux pas que tu te sacrifies.

- Que je me sacrifie ?

- Tu es restée jusqu'à présent parce qu'il y avait papa, et maintenant il n'est plus là. Alors si tu veux partir, faire autre chose de ta vie, tu le peux, je comprendrai ta décision.

- Excellente idée, je vais aller proposer mes services à Doukas, s'efforça-t-elle de dire pour tenter de rassurer le jeune homme. Non, Julian, je reste ... à moins que vous ne me chassiez bien sûr.

- Pourquoi ?

- Parce que j'ai perdu le seul homme que j'aie jamais aimé. Alors je ne veux pas vous perdre vous aussi. Je ne vous demande qu'une chose.

- Laquelle ?

- Que vous teniez la promesse que vous avez faite à votre père. Celle d'avoir vos diplômes. Il vous reste encore trois mois avant la fin de l'année scolaire.

- Mais toi ?

- Je saurai bien me débrouiller toute seule, il n'y a rien qui nécessite absolument votre présence dans l'immédiat. Et je peux vous tenir au courant des choses par téléphone. Ce n'est que l'affaire de quelques semaines après tout.

Il accepta, à son grand soulagement, et reprit un avion pour Londres deux jours plus tard, juste à temps pour la rentrée scolaire. Avec la mort de son père, les choses avaient changé, ainsi qu'il le constata par l'accueil empressé qu'il reçut de certains des autres élèves, qui l'avaient somptueusement ignoré jusqu'à présent. De " Solo ", il devint " Julian ", et sans le regard glacial qu'il leur jeta, ils lui auraient tapé sur l'épaule comme s'ils avaient toujours été amis.

- Julian, on va chez Amy, au pub, tu viens avec nous ?, lui proposa un soir un des élèves, alors que Julian était à la bibliothèque du collège, à potasser comme n'importe quel lycéen à trois mois des examens de fin d'année.

- Non, merci. J'ai du travail, déclina poliment le jeune Grec avant de se replonger dans ses notes.

Il avait détesté Andrew Bowers-Douglas dès le premier regard. Impression qui n'avait fait que se renforcer au fil des mois. Issu d'une famille de banquiers, Bowers-Douglas était un de ces serpents repus, gavés de souris bien grasses par un père dont il n'avait qu'à attendre patiemment qu'il veuille bien passer de vie à trépas ; à peine s'en cachait-il, se délectant à l'avance du magnifique magot qui lui tomberait dans le bec ce jour béni. En attendant, il se languissait dans ce collège, étape obligatoire de la bonne société britannique dans la mesure où elle permettait, davantage qu'acquérir des connaissances, de se tisser un solide réseau de connaissances qui pouvait se révéler fort utile dans le futur. Et jusqu'ici, ce jeune Grec trop studieux n'avait guère attiré son attention. Certes issu d'une grande famille, mais sorti de ce pays paumé qu'était la Grèce, donc sans aucun intérêt. Julian Solo, classé 17ème fortune mondiale par Forbes, en revanche, était infiniment plus séduisant à ses yeux. Une carte de visite pareille dans sa manche, se disait le très pragmatique Andrew, ça pouvait toujours servir.

- Allez, viens, ça te changera les idées, insista-t-il en lui saisissant le coude.

Il aurait mieux fait de s'en tenir au refus de Julian, c'eût été préférable pour sa aura de leader qui ternit soudain considérablement aux yeux de sa " cour " qui le suivait comme des canetons suivent leur mère quand Julian s'énerva pour de bon, écoeuré par tant d'hypocrisie. Il se dégagea avec rudesse et lui jeta un regard glacial qui fit comprendre au Britannique qu'il aurait mieux fait de s'abstenir de chatouiller le jeune homme.

- J'ai dit " non ", Bowers. Je croyais que tu étais capable de comprendre ce simple mot ? Me serais-je trompé ?

Julian l'avait délibérément amputé d'une partie de son patronyme, et cela provoqua la fureur de son interlocuteur. C'était une façon subtile de mentionner les origines roturières de son père, alors que sa mère, née Douglas, était issue de la haute noblesse, ce qui constituait aux yeux du très prétentieux Andrew une source de fierté inépuisable qui le faisait ressembler à la grenouille de la fable de La Fontaine voulant se faire aussi grosse que le boeuf. Il devint d'ailleurs très rouge, à tel point que Julian se demanda un instant si après tout, il n'allait pas éclater lui aussi.

- Je vois, Monsieur fait son important ?, le cingla Bowers.

- Je ne fais rien du tout, à part mes devoirs. En quoi cela te dérange-t-il ? Cela fait trois ans que nous nous côtoyons tous les jours ou presque, sans faire davantage que parler de la pluie et du beau temps. Et soudain tu te prends d'affection pour moi. Puis-je savoir à quel miracle je dois cette brusque inflation de bons sentiments à mon égard ?

Les yeux étrécis de fureur, les lèvres blanches, Bowers-Douglas transperça du regard Julian, qui ne fléchit pas.

- Allez, venez vous autres, fit-il à l'attention de sa troupe qui observait, figée, les deux interlocuteurs. Allons boire un coup au pub, et laissons Monsieur à ses devoirs.

Comme un seul homme, tous s'éloignèrent sur les talons de leur meneur, et Julian entendit avec satisfaction décroître le bruit de leurs pas d'abord dans la bibliothèque puis dans l'escalier avant de mourir tout-à-fait dans le hall. Il se pencha à nouveau sur ses notes, mais il était trop tard : sa concentration s'était évaporée. Il jeta d'un geste résigné son crayon sur le livre dans lequel il était en train de puiser des infos et se leva. Par la fenêtre, il aperçut Bowers et sa bande se diriger vers leur pub favori.

Il sourit amèrement. Bowers avait raison quand il disait qu'il se sentait différent d'eux, maintenant qu'il était la 17ème fortune mondiale. Entièrement raison, même, mais pas dans le sens où il l'entendait. Il ne les méprisait pas, lui et sa bande. Il les enviait. Eux auraient encore quelques années d'adolescence, de relative insouciance que la mort de son père lui avait volées.

Et pour la première fois en trois ans, il comprit la raison pour laquelle son père avait tant insisté pour qu'il vienne étudier ici.

Ce collège, ce n'était pas une prison.

C'était un rempart.

Hermione montait souvent ici, sur la colline, lorsque les choses devenaient trop difficiles. Elle savait qu'elles le seraient, mais autant, non, elle ne s'en était pas doutée.

Bien sûr, elle n'en laissait rien paraître le soir, quand elle avait Julian au téléphone. Elle ne voulait pas qu'il sache. Sinon, à quoi aurait-il servi qu'elle le renvoie en Angleterre ? Elle l'avait fait pour lui donner un peu de temps pour se reprendre, quelques ultimes semaines de liberté, alors qu'elle était elle-même épouvantée par l'ampleur de la tâche qui s'annonçait.

Posée à même le sol de marbre, la flamme de la bougie emplissait la crypte d'une chaude couleur de miel, et étendait son ombre de façon grotesque, comme celle d'une géante. Dieu savait pourtant à quel point elle se sentait petite en ce moment ... Au propre comme au figuré, les apparences étaient décidément trompeuses, mais l'essentiel était qu'elle les sauve le plus longtemps possible, jusqu'à ce que Julian soit prêt.

Elle s'approcha à pas de chat, de peur de troubler le silence du lieu, et caressa du revers de la main la petite plaque de bronze. Dessus, presque rien, un prénom, un nom, une année de naissance, une de mort. Une vie résumée en si peu, celle d'un homme qu'elle avait vénéré et adoré. Les larmes lui vinrent aux yeux, comme à chaque fois qu'elle venait ici.

Peut-être aurait-elle dû s'abstenir de venir, laisser la douleur s'engourdir, comme si jamais rien ne s'était passé. Mais pleurer, elle en avait besoin, désespérément, et le faire dans son salon ou sous la douche n'avait aucun sens. Tandis qu'ici, dans la fraîcheur de cette crypte, seule une plaque de marbre les séparait, et elle lui parlait comme s'il pouvait l'entendre. Elle lui disait tout, ses moments de doute, ses petites victoires, lui demandait conseil quelquefois, et lui parlait de son fils, là-bas, si loin dans son Angleterre, mais dont il pouvait être si fier.

Et d'autres fois, elle se sentait épouvantablement seule. Comme en ce moment. L'impression étouffante d'être incomprise, une veuve sans statut. Pleurer dans l'ombre. Qui pouvait deviner sa détresse ? Personne ne pouvait la comprendre.

Si. Une personne. Une femme, qu'elle ne rencontrerait jamais, mais dont elle se sentait infiniment plus proche que toutes celles qui lui avaient, le jour des obsèques de Yiannis, murmuré du bout des lèvres un encouragement ou des condoléances pourtant sincères. De cette femme, pourtant, elle n'avait rien su pendant longtemps, pas même le nom. Elle ne connaissait pas non plus son visage, ni le son de sa voix. Juste un fantôme du passé, depuis longtemps oublié.

Hermione laissa son regard errer sur le marbre auquel la bougie donnait une douceur ambrée. A quelques mètres d'elle, dans le fond de cette crypte, cette inconnue avait livré son âme et gravé son désespoir dans la pierre d'une tombe.

Car, une tombe, voilà ce que Yiannis et elle avaient trouvé, il y avait maintenant des années de cela – Julian devait avoir trois ou quatre ans à l'époque, quand des travaux avaient été effectués dans la chapelle. Etrangement, elle était cachée derrière un mur qui n'avait d'autre raison d'être là que de la dérober aux regards. Yiannis lui-même, dont les ancêtres avaient été inhumés dans cette crypte depuis des siècles, avait, lors de cette découverte fortuite, éclaté de rire, et pensé, comme le disait Regas, le marbrier venu avec son jeune apprenti, que les Solo qui reposaient là avaient l'esprit un peu dérangé ... car quel intérêt de dissimuler une tombe au milieu d'autres tombes ? Ca n'avait aucun sens.

Suite à cela, Yiannis s'était donné le temps de la réflexion. Peut-être était-ce seulement une plaque commémorative à la mémoire d'un être cher ( mais la sempiternelle question ressurgissait : pourquoi la cacher ? Quelque inavouable secret justifiait-il ces précautions , surtout dans un lieu d'accès si restreint ? ) ou bien tout simplement un leurre, destiné à dissiper les doutes des autorités turques qui occupaient autrefois la Grèce, et l'endroit renfermait-il, comme Yiannis l'avait supposé en premier lieu, de la poudre et des munitions destinées à les combattre ?

Après plusieurs jours d'hésitation, déterminé à en avoir le coeur net malgré ses scrupules à profaner ce qui était peut-être réellement une sépulture, Yiannis fit revenir Regas. Naturellement, son aide, ce bavard impénitent de Nikolaos, eut la langue aussi longue qu'à l'accoutumée, et les deux ouvriers n'étaient pas encore arrivés là-haut, à la chapelle, que le docteur Marko Vrizakis, parrain de Julian, y était déjà, attiré par cette alléchante odeur de mystère.

Et le mystère fit long feu. La dalle de marbre fut soulevée ... et c'était bien une tombe. A la lueur des lampes-torches apparut ce qui était les débris d'un cercueil. Le temps avait fait son oeuvre, malgré l'absence d'humidité des lieux, et le bois partit à-demi en poussière au contact de l'air, révélant quelques restes humains.

- Hum, fin des interrogations, avait lâché Yiannis, philosophe.

- Moi, j'aurais plutôt tendance à m'en poser encore davantage, avait renchéri le docteur. Tu ne sais vraiment pas qui est enterré ici, et pourquoi ?

- Aucune idée. Et j'imagine que c'est normal, dans la mesure où on s'est donné tant de mal pour que personne ne devine la présence de cette tombe. Un mur, un enduit ... ajoute un ou deux bons siècles par là-dessus, et tu obtiens effectivement plus de questions que de réponses. Maintenant, si tu veux en savoir davantage, tu peux toujours chercher des témoins mais ça m'étonnerait beaucoup que tu les fasses parler ...

- Détrompe-toi. Les morts nous en apprennent souvent plus que les vivants. Tu permets ?, demanda-t-il en désignant la fosse.

- Qu'est-ce que tu veux faire ?

- Jeter un oeil.

- Ces fichus scientifiques, se moqua gentillement Yiannis. Tu leur files un bout d'os de bidule-chouette-osaure et ils te refont toute la bestiole.

- Tu n'es pas curieux de savoir ?, le taquina Marko tout en descendant avec précaution dans la fosse, qui n'était guère profonde.

- Si, bien sûr.

- Vous croyez vraiment pouvoir nous en dire plus ?, demanda Hermione, partagée entre la curiosité et le respect dû aux morts.

- Voyons cela ... Regas, je peux avoir un peu de lumière par ici, s'il vous plaît ?

Ils le laissèrent farfouiner en parlant tout seul pendant quelques minutes.

- Notre mystérieux squatteur semble avoir été un homme, d'après sa corpulence.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

Ce morceau de fémur. Il est solide. Pas très épais, mais solide. J'ai du mal à envisager des femmes ayant une carrure de ce gabarit dans ta famille, surtout quand on regarde les portraits de la galerie. C'était davantage de jolies femmes graciles, des fleurs de salon que des colosses en jupons. Tu as connaissance de demoiselles Solo qui aient fait carrière comme déménageuses ?

- Non, rit Yiannis. On a eu un peu de tout dans la famille, pourtant, mais ça, non, je ne crois pas.

- Ah, tiens, dommage.

- Quoi donc, dommage ?

- Il n'est pas mort centenaire, notre ami. La tête du fémur est presque intacte, sans traces d'usure mais sans cartilage non plus. Je pencherais donc pour un jeune adulte de sexe masculin.

- ... et dans cinq minutes, tu me donnes son nom et son numéro de sécurité sociale !

- Non, je ne crois pas. Mais j'aimerais bien. Je te l'ai dit, que j'avais envisagé un moment de devenir médecin légiste ?

Hermione dissimula une petite moue réprobatrice. Ce n'était pas son plan de carrière à elle, en tout cas. Elle se sentait mal à l'aise, gênée de violer ainsi le dernier repos d'un homme, même mort depuis si longtemps.

- Oh !, fit soudain Marko, en ramassant un fragment d'os avec précaution. Lumière, Regas ?

L'ouvrier pointa sa torche sur ce que le docteur tenait entre les mains.

- Ah, notre ami avait de la compagnie, on dirait. Vous voyez cette courbe ?

Son doigt courait le long d'un côté de l'os.

- C'est l'échancrure sciatique. Un os du bassin. Celui d'une femme vu l'angle.

- Tu es sûr ?

- L'angle est plus prononcé chez une femme que chez un homme. Heureusement, car c'est ce qui permet le passage de l'enfant lors d'un accouchement. Celui-ci a l'air normal, mais autrefois, avant la banalisation de la césarienne, si vous étiez enceinte et que vous aviez un bassin trop étroit, vous étiez condamnée d'avance, et ce n'était pas une belle fin.

- Voilà qui me réjouit d'être née au vingtième siècle, concéda Hermione avec un petit frisson.

- Donc, ils sont deux ?

- Hum.

- Qu'avaient-ils bien pu faire pour être inhumés ainsi, à l'écart des autres ?, murmura la jeune femme.

- Il y a fort à parier que personne n'en saura jamais rien.

Yiannis se trompait. Dans les jours suivants, Marko compléta ses investigations, et ce n'est que lorsqu'il eut examiné sous tous les angles jusqu'au dernier fragment d'os ou de dent que lui, Yiannis et Hermione se retrouvèrent dans la crypte pour une courte prière.

Les quelques éléments rassemblés par Marko avaient permis de confirmer ses premières constatations. Ces pauvres restes étaient ceux d'un couple. Un homme et une femme, portant chacun une alliance hélas vierge de toute inscription qui eût pu permettre de leur donner un nom. De lui, il ne restait comme effets personnels que des boucles de chaussures en argent, comme on en portait au XVIIIème siècle, quelques dents, une poignée d'os plus ou moins bien conservés. D'elle, également plusieurs os indéniablement graciles , des baleines de corset, les vestiges d'une dentelle qui avait dû être somptueuse, et enseveli dans la poussière déposée par les siècles, un médaillon.

Paradoxalement, ce n'était pas ces quelques restes qui lui avaient le plus touchés, tous les trois, mais ce que Nikoloas avait trouvé. L'apprenti de Regas avait décidément une chance de débutant alliée à un flair de chien policier. Personne d'autre que lui, même son chef qui avait trente ans de métier derrière lui , n'avait pas remarqué l'inscription sur la tombe recouverte de poussière. Et elle leur racontait une histoire faite de désespoir, de mort et d'oubli, celle d'une jeune veuve inconsolable.

Doucement, ne voulant pas briser le silence qui les enveloppaient, Hermione lut du bout des lèvres ces vers, gravés à jamais dans la pierre, et qui ne disaient que trop son éternelle douleur.

« Passant, ce marbre ne regarde :
« Ma cendre n'est sous ce tombeau ;
« Car ma chère épouse me la garde,
« Et son cœur en est le vaisseau. »

Aujourd'hui, cette femme morte depuis longtemps et elle ne faisaient plus qu'un, devenues par delà le temps soeurs dans l'épreuve et la solitude. Tout comme elle, elle avait autrefois pleuré son époux dans le silence de cette crypte. Et le coeur d'Hermione allait vers elle, qui la réconfortait malgré le barrage du temps, et qu'elle ne pourrait jamais réconforter.

- Toi, tu m'aurais comprise, murmura-t-elle avec un sourire triste en lisant l'inscription qui balafrait la surface lisse et pure du marbre comme une blessure à jamais saignante.

Et elle rejoignit le monde du dehors, laissant la bougie éclairer les ténèbres.

L'année scolaire toucha bientôt à sa fin, et avec elle le temps des examens arriva. Julian travaillait d'arrache-pied, avec le soutien sans faille d'Hermione. Elle avait hâte que tout soit terminé. Julian lui manquait plus encore qu'elle ne voulait se l'avouer. La villa, où elle avait emménagé, était vide sans lui, malgré la nombreuse domesticité avec laquelle elle s'entendait fort bien au demeurant. La plupart d'entre eux était entrée au service de la famille avant la naissance de Julian, et il régnait sur leurs coeurs comme sur un royaume. Et pas qu'au sens figuré, à en croire les joues rosissantes de certains éléments féminins du personnel lorsqu'était évoqué le nom de leur charmant maître.

Tout ce petit monde s'agitait donc frénétiquement pour préparer son retour. Aucun grain de poussière sur les meubles, aucun poil de Cookie ( qui semblait être partout à la fois, traînant toujours dans les jambes, à l'affût de la raison qui les poussait tous ainsi à cette folie douce ) sur les tapis, aucune mauvaise herbe dans les allées du parc. Si ça avait été la saison, même les tulipes auraient été sommées de pousser droit, en conclut Hermione qui, assommée par ce tohu-bohu incessant, alla se réfugier dans la biobliothèque, seul recoin de la villa à peu près épargné.

Et enfin le grand jour arriva. Julian avait promis à Hermione qu'il l'appellerait dès qu'il connaîtrait ses résultats. Conséquence, jamais téléphone ne fut plus couvé des yeux que celui-là. Et lorsqu'il sonna enfin, après une dramatique attente qui coûta la moitié des ongles de la maisonnée, ce fut une ruée vers le malheureux appareil, suivi d'une brutale prise de conscience ... Et si Monsieur avait échoué ?

Hermione s'avança majestueusement sous les regards angoissés, avec sur le visage le petit air victorieux de celle qui allait savoir avant tout le monde. En réalité, elle l'était au moins autant qu'eux. C'était bien connu : les parents se font toujours plus de mouron que leur progéniture. Peu importait, elle aurait préféré se faire couper une main que l'avouer.

Le suspense ne dura pas longtemps : elle se trahit elle-même, incapable de réprimer sa joie dès que Julian lui eut annoncé qu'il était reçu avec des A ( la meilleure mention ) dans presque toutes les matières sauf le droit, et aussitôt ce fut une explosion de hourras qui retentit et ne laissa guère de doutes à Julian quant à sa popularité au sein de sa domesticité. Même la très flegmatique Ida, intendante en chef, y alla de sa petite larme, ce qui marquait le côté exceptionnel de l'évènement.

- J'étais sûre que le petit réussirait, clama-t-elle avec la solemnité d'un cardinal en conclave.

Et tant pis si le petit en question la dépassait d'une bonne tête, il resterait le petit que ça lui plaise ou non. Quant au prof de droit qui avait osé, ô crime suprême, lui octroyer un B , il était évident qu'il n'était qu'un parfait crétin.

Il se tenait un peu à l'écart des autres, tout de noir vêtu. Toge et mortier carré posé légèrement de guingois sur son opulente chevelure le faisaient paraître plus majestueux qu'à l'ordinaire, songea Hermion en l'apercevant. Plus adulte et plus sûr de lui aussi.

- Etes-vous fier de lui, Yiannis ?, se dit-elle en elle-même. Autant que moi ?

Il l'avait aperçue, et elle s'élança au-devant de lui.

- Je suis désolée, Julian, j'ai raté la cérémonie. On est restés bloqués dans les embouteillages entre Londres et ici ...

- Ce n'est pas grave.

Si, ça l'était, et elle s'en voulait de ce qui, en d'autres circonstances, n'aurait été qu'un incident. Ca devait compter énormément. Elle n'avait jamais connu ce moment-là, de voir la fierté dans les yeux de ses parents. Pourtant, il ne semblait pas fâché. Au contraire, une petite lueur joyeuse dansait dans ses prunelles d'un bleu profond.

- Elle m'a appelé tout-à-l'heure, dit-il seulement.

- Votre mère ?

- Oui.

- Je suis heureuse pour vous, Julian. Sincèrement.

Elle ne mentait pas, bien qu'elle ressentit un petit pincement au coeur, comme si Elizabeth Elphinstone lui volait un peu Julian. Mais ce n'était pas le jour pour se montrer égoïste, même un tout petit peu.

- J'ai tenu la promesse que j'avais faite à Papa, celle de décrocher mes examens mais ...

- La voix du jeune homme se brisa, et ses yeux s'embuèrent.

- ... mais il ne le saura jamais.

Hermione secoua la tête. Elle avait su que pour Julian, ce jour de remise des diplômes serait un jour de joie amère. Elle porta sa main à sa joue, et, la caressant, y essuya une larme.

- Si. Allez-le lui dire.

Il se força à sourire.

-Tu as raison. Allons-y, mes bagages sont prêts.

- Déjà ?

- Rien ne me retient ici.

- Dans ce cas ...

Elle glissa son bras sous le sien dans un geste affectueux.

- ... venez, nous rentrons à la maison.

Fin de la saison 1

Et voilà, la saison 1 est bouclée ... Ce n'était qu'une mise en bouche, la saison 2 va nous plonger directement dans le manga. J'espère que vous me ferez le plaisir de la suivre !

Une petite note en passant : le texte de la gravure de la tombe n'est pas de moi. Elle existe réellement et peut être encore aujourd'hui vue dans la magnifique petite église romane de Notre Dame sur l'Eau, à Domfront en Normandie. A une différence près : elle était dédiée non à un homme mais à une femme, Marquise Ledin, morte en 1613 à l'âge de 23 ans, et témoigne toujours, 400 ans après sa disparition, de l'amour que lui portait son époux Bricel Couppel de L'Epinay. Et nous, que restera-t-il de nous dans quatre siècles ?