Hermione, en digne Grecque, ne put réfréner sa nature ardente bien longtemps : deux jours plus tard, lorsque le docteur Vrizakis fut contraint de s'absenter pour une urgence médicale à Anavyssos, elle passa à l'offensive, et dès que Sorrento la vit entrer dans sa chambre, il comprit que la partie allait être serrée.
- Comment vous sentez-vous ?, s'informa-t-elle de prime abord, sans doute beaucoup plus par politesse que par véritable sollicitude.
- J'ai connu mieux, relativisa le jeune homme, s'efforçant de sourire malgré sa tension nerveuse.
Il n'avait pas peur d'elle, loin s'en fallait. Même face à Siegfried ou à Kanon, puissants adversaires s'il en était, il n'avait pas tremblé. Mais c'était un tout autre genre de confrontation qu'il s'apprêtait à vivre : l'heure était venue de rendre des comptes. Et pas seulement cela. Dire toute la vérité eût été trop facile – à supposer seulement qu'elle en eût cru un dixième ! - et surtout c'était totalement exclu. D'une part car la sécurité de Julian, en tant que réceptacle de Poséidon, le mettait en danger. Sorti affaibli d'une bataille contre Athéna, il était une cible rêvée pour tout autre dieu décidé à éliminer la concurrence. D'autre part , et non la moindre, parce que Julian avait des proches qui l'aimaient, des gens qui le respectaient : qu'adviendrait-il s'ils savaient qu'il était à l'origine de la tragédie qui venait d'avoir lieu ?
Sorrento ne savait pas mentir, et ne le souhaitait pas non plus. Mais la jeune femme qui lui faisait face ne s'accommoderait certainement pas de réponses évasives et d'approximations. Concilier l'un et l'autre n'allait pas être une partie de plaisir.
- Faisons plus ample connaissance devant une tasse de thé, si vous le voulez bien. Siobhan ?
C'était bien un ordre qu'une proposition, et elle ne se donna d'ailleurs pas la peine de jouer la comédie : sans attendre une quelconque réponse de sa part, elle s'installa dans un fauteuil près de lui.
La jeune femme de chambre irlandaise apparut presqu'aussitôt, aux ordres.
- Le thé, s'il vous plaît.
- Oui, Madame.
Elle s'éclipsa immédiatement sans un bruit. Dès qu'ils furent seuls, Hermione reprit le cours de la conversation.
- Je m'excuse de ma réaction de l'autre jour, j'ai été un peu ... vive.
Vive ? C'était le moins qu'elle pouvait dire. Elle l'avait secoué comme un prunier. Il ne s'était certes pas attendu à être reçu en fanfare, mais de là à être littéralement agressé ... !
- Ce n'est rien. J'imagine que votre inquiétude explique beaucoup de choses, répondit Sorrento par souci de politesse ( et d'arrondir les angles, si possible ).
- Vous êtes trop aimable. Je ne connais même pas votre nom.
- Nous y voilà, pensa le jeune Autrichien. Début de l'interrogatoire.
Elle n'avait certes pas de lampe à lui braquer dans les yeux, ni de bottin pour le frapper jusqu'à ce qu'il avoue, non, elle privilégiait une approche plus subtile et plus dangereuse.
- Sorrento von Eppenstein-Walbeck. Mais je crains de ne pas avoir mes papiers sur moi ..., ajouta-t-il avec un petit sourire contrit qui la laissa de marbre.
- Allemand ?
- Autrichien. De Vienne.
- C'est étrange, vous parlez le grec avec un petit accent qui m'aurait davantage donné à penser que vous étiez italien.
- Oh, Vienne n'est pas si loin de l'Italie, vous savez ...
Les yeux sombres de la jeune femme s'étrécirent. La partie allait être plus difficile que ce qu'elle avait imaginé.
- Que faites-vous dans la vie ?
- Je suis étudiant en musique au Franz-Schubert-Konservatorium für Musik und Kunst Darstellende.
- Vous venez souvent en Grèce ?
- Non, c'est la première fois.
- Vraiment ? Ah, voici notre thé. Merci Siobhan.
Tandis que la jeune femme de chambre disposait tasses , argenterie et menues friandises devant eux, Hermione poursuivit la conversation.
- En somme, vous n'êtes jamais venu ici auparavant ?
- Non, jamais, répondit-il d'un ton assuré.
Il ne remarqua pas le froncement de sourcils imperceptible qu'eut la jolie Siobhan à cet instant précis. En revanche, cette expression de surprise n'échappa pas à Hermione, mais elle n'en laissa rien paraître.
- Vous connaissez Julian depuis longtemps ?
- Quelques jours.
- Et où l'avez-vous rencontré ?
- Près du temple de Poséidon.
Ce qu'il disait était vrai, rigoureusement vrai. A la seule différence qu'il ne s'agissait pas de celui auquel la jeune femme assise en face de lui devait penser. Elle ne pouvait pas deviner qu'il en existait un autre à présent noyé sous les eaux à quelques kilomètres de là, pendant sous-marin de celui terrestre classé à l'Unesco.
- Et que faisiez-vous là-bas ? Vous le visitiez, j'imagine ?
- Non. Je m'étais ... égaré.
Oh oui, égaré. Fourvoyé plutôt. Dramatiquement fourvoyé. Jamais il n'aurait dû prendre part à cette mascarade de guerre sainte née dans l'esprit malfaisant d'un chevalier d'Athéna ivre de revanche et de pouvoir. Ses précédentes expériences auraient pourtant dû lui mettre la puce à l'oreille, lui faire comprendre que si Poséidon demeurait encore et toujours rancunier et jaloux de son autorité sur les Sept Mers, Athéna, elle, n'aurait pas pu changer à ce point et abandonner ses idéaux d'amour, de paix et de justice. Il avait été aveuglé par le plus doux des sortilèges, celui d'un amour qui refusait obstinément de mourir.
- Quand est-ce arrivé ?
- Juste avant les inondations.
- Le soir des seize ans de Julian, donc, ce soir où il a disparu sans laisser de traces ?
L'expression sur ses traits était terrible, et Sorrento comprit qu'elle devait revivre ces moments atroces. Elle tenait à Julian comme à la prunelle de ses yeux, cela ne faisait aucun doute, et qu'elle ne fût pas sa mère, comme le docteur le lui avait appris, ne changeait rien à l'affaire.
- Et où êtes-vous passé pendant tout ce temps ?
Ainsi donc nous y voilà, pensa Sorrento. Prends garde à ce que tu dis, tu es sur un terrain miné, mon vieux ...
Il n'avait guère le temps de la réflexion, et le prendre n'eût eu pour autre effet que d'accroître les soupçons de son interlocutrice. Il prit donc un parti surprenant, mais le seul qui lui semblât à la fois tenable et sincère.
- Monsieur Solo et moi avons été embarqués contre notre gré dans une sale affaire.
- Je sens que dans deux minutes vous allez prononcer le nom de notre vieil ami Doukas ?
- Doukas ?
C'était ce nom – un homme apparemment – qu'elle avait évoqué en se jetant sur lui avant qu'il ne s'évanouisse.
- Je ne connais personne qui porte ce nom, je vous le jure.
- Vraiment ?
Elle parut peu convaincue, mais Sorrento sentit qu'elle avait envie de le croire. Elle ne semblait pas porter un amour fou à cet homme, loin de là.
- Qui est derrière cet enlèvement alors ? J'imagine que le but était le versement d'une rançon ?
- Oh non, pas du tout. Monsieur Solo n'était pas visé nommément.
A sa grande surprise, Hermione éclata de rire.
- Vous voulez me faire croire qu'il y a eu erreur sur la personne, que ce n'était pas lui qui était visé ?
- C'est la vérité.
- Mon cher petit monsieur, fit Hermione entre ses dents en se penchant vers lui, Julian Solo a été le foetus le plus photographié au monde l'année de sa naissance. Oui, déjà, avant même d'être né, le ventre de sa mère faisait la couverture des journaux. L'héritier de la famille Solo, un bébé qui pesait pas moins de14 milliards de dollars ! Je peux vous garantir que chaque paparazzi digne – si l'on peut dire – de ce nom sait dans la minute où il est, ce qu'il fait, qui il rencontre, quelquefois même avant lui. Chacun de ses déplacements est noté, décortiqué, analysé, et fait l'objet d'un article sur quatre pages dans les journaux internationaux. Pas une personne dans le milieu des affaires et du commerce, que ce soit à Singapour, Brisbane, New-York ou Amsterdam, y compris la plus humble stagiaire aux archives, n'ignore qui il est. Et vous me dites que ce n'était pas lui qu'on visait, mais quelqu'un d'autre ? Vous me prenez pour une imbécile ?
- Je vous assure que ...
- Ne me dites pas que vous n'aviez jamais entendu parler de Julian avant de le rencontrer, comme vous le prétendez, près du temple de Poséidon ?
- Non, jamais !, protesta le jeune Autrichien. Je vous avouerai que lire The Economist n'est pas mon passe-temps favori.
- Soit, mais je suppose que les magazines grand public ou de cinéma non plus ? Vous n'êtes jamais tombé, en patientant dans la salle d'attente de votre dentiste, sur un magazine parlant d'Elizabeth Elphinstone et de son fils ?
- Elizabeth Elphinstone ? L'actrice qui a décroché un Oscar il y a deux ans ?
- Elle-même ! La mémoire vous reviendrait-elle soudain ?
- J'ignorais qu'elle avait un fils ..., répondit benoîtement Sorrento. Je lis des partitions, pas des journaux people. Même chez mon dentiste.
- Admettons, fit Hermione d'un ton venimeux, voyant qu'elle ne lui extirperait aucun aveu sur ce point. Admettons qu'il ait été pris pour un autre et enlevé par erreur ... ensuite, que s'est-il passé ?
- Je ne vous dirai que ce que j'en sais et que ce que je pourrai vous en dire.
- Comme c'est commode !, persifla-t-elle.
- Ecoutez, mon but n'est pas de vous dissimuler quoi que ce soit. Je comprends que vous ayez besoin de réponses à vos questions. Vous aimez Julian, n'est-ce pas ?
- Il est tout pour moi, avoua Hermione avec franchise.
- Alors si vous l'aimez autant que vous le dites, et je n'en doute pas, ne lui posez pas de questions, vous ne feriez que verser du sel sur ses plaies. Il a été témoin de choses terribles dans lesquelles il n'a aucune part de responsabilité de quelque nature que ce soit, et qui ont failli lui coûter la vie. C'est un miracle qu'il en ait réchappé. Ne compromettez pas tout maintenant.
- Pourquoi vous croirais-je ? Auriez-vous quelque chose à cacher ?
- Je ne vous demande pas de me croire. Je veux seulement vous mettre en garde des conséquences que pourrait avoir le moindre faux pas. Car si Monsieur Solo est hors de danger physiquement, le plus dur reste à venir, j'en ai peur ….
- Si on me disait ça, je me jetterais sur mon interlocuteur et je le mettrais en pièces, pensa Sorrento.
Mais elle ne bougeait pas et continuait de le jauger du regard. Elle était infiniment maîtresse de ses nerfs pour quelqu'un qui avait vécu des jours et des jours d'angoisse – infiniment dangereuse donc, et pas moins que le probablement défunt Kanon.
Il comprit à son air sévère qu'elle ne lui faisait pas plus confiance qu'au début de leur conversation – elle ne lui ferait sans doute jamais confiance, mais ça n'avait que peu d'importance après tout, car seul lui importait le futur de Julian. Il eût bien sûr préféré ne pas avoir à affronter cette hostilité latente – même s'il la comprenait et dans une certaine mesure l'approuvait : Julian n'aurait jamais trop de soutien moral quand il reviendrait à lui.
- Je dois en déduire que vous ne m'apprendrez rien de plus ?, dit Hermione après un long moment de réflexion.
- Non.
Elle pouvait très bien le faire jeter dehors, lui interdire l'accès à Julian. Bien sûr, il avait les moyens de s'opposer à cette mise à l'écart en utilisant ses pouvoirs de marina, mais c'était la solution du pire, qu'il se refusait à envisager.
- Je vous en supplie, croyez-moi : je ne suis pas votre ennemi. Je ne veux que le bien de Monsieur Solo.
Elle ne répondit pas et se leva lentement.
- Cette conversation ne sert à rien, dit-elle avec un calme inquiétant. Je vais donc vous laisser vous reposer.
Juste avant de refermer de quitter la chambre, elle lui jeta un regard froid par-dessus l'épaule.
- Ne comptez pas vous en tirer à si bon compte.
Et elle claqua la porte derrière elle.
Ses nerfs étaient à vif tandis qu'elle redescendait au rez-de-chaussée. Elle était partagée entre des sentiments contradictoires : d'une part la reconnaissance qu'elle éprouvait envers le jeune inconnu de lui avoir rendu Julian, sain et sauf de surcroît. D'autre part, cette angoisse de ne pas savoir ce qui s'était passé qui la rongeait. Ne pas poser de questions à Julian, soit. Elle était trop fine psychologue pour ne pas avoir perçu l'inquiétude du jeune homme, et deviné qu'il se préoccupait réellement de son sort. Mais qu'il n'avait pas gagné la bataille pour autant.
Le peu d'éléments qu'elle avait jusqu'à présent et sur lesquels elle pouvait s'appuyer démontraient qu'il disait la vérité au moins sur certains points : il n'avait pas trouvé Julian sur la plage, il était déjà avec lui avant d'y arriver, puisque s'il fallait en croire l'enquête du futé Nikolaos, il n'y avait aucune trace de pas y descendant. Ils étaient donc déjà ensemble avant. Et ils étaient tous deux blessés, même si dans le cas de Julian ce n'était qu'une légère plaie au cuir chevelu, juste au-dessus du front qui n'avait nécessité que le sacrifice de quelques boucles.
Pourtant une vague appréhension la hantait. La réaction de Siobhan d'abord. La jeune Irlandaise savait-elle quelque chose qu'elle-même ignorait ?
Ida, l'intendante, montait l'escalier et la croisa. Hermione l'interpella.
- Pourriez-vous dire à Siobhan de venir me voir rapidement s'il vous plaît ? J'ai à lui parler.
- Bien, Madame. Je vais à l'office le lui dire. Aurait-elle fait quelque chose de mal ? Comme vous le savez, je suis responsable de tout le personnel de cette maison, et …
- Non, non, la rassura Hermione. Je n'ai rien à lui reprocher, soyez tranquille ! Je veux seulement lui demander quelque chose.
- Oui, Madame.
Cinq minutes plus tard, la jeune Irlandaise était face à Hermione, visiblement mal à l'aise.
- Madame ?, hasarda-t-elle timidement.
- Ah, Siobhan …. j'aimerais que vous m'éclairiez sur un point.
- Si c'est sur le couvert en argent qui manque à l'appel, Madame, je vous jure que ce n'est pas moi et que …
- Couvert en argent ? Quel couvert en argent ?
- Eh bien, il y a une cuiller du grand service qui a disparu il y a deux mois de cela, et personne n'arrive à remettre la main dessus !
La jeune femme semblait au troisième dessous à cause de cette histoire d'argenterie qui jouait les filles de l'air. Hermione leva les yeux au plafond. Quel grand malheur, une cuiller égarée !
- Rassurez-vous, cette cuiller est le cadet de mes soucis. Et puis je ne vois pas pourquoi je vous accuserais, vous, plutôt qu'un autre.
- Alors pourquoi ….
- C'est à propos de tout-à-l'heure, quand vous avez servi le thé. J'ai remarqué que vous sembliez douter de la parole de mon interlocuteur.
- Oh, Madame, s'affola la jeune femme, je vous prie de m'excuser, je n'ai pas à écouter les conversations, et encore moins à avoir un quelconque avis sur ce que disent les hôtes de cette maison. C'était une erreur de ma part, et que je ne commettrai pas à l'avenir.
- Votre conscience professionnelle vous honore, Siobhan, là n'est pas le problème. Je voudrais juste savoir pourquoi vous avez eu cette réaction.
- Eh bien, c'est-à-dire que …
Elle hésitait, ne sachant si elle devait parler ou non.
- N'ayez aucune crainte, vous ne jouez ni votre tête ni votre place, la rassure Hermione. Et ce que vous direz ne sortira pas de cette pièce.
- Je sais, Madame, mais …. voilà, je crois... je suis sûre que Monsieur a menti tout-à-l'heure.
- Menti ? A quel sujet ?
- Quand il vous a affirmé qu'il n'était jamais venu en Grèce, donc ici.
- Qu'est-ce qui vous amène à penser cela ?
- Quand il a ramené ici Monsieur Julian, il a porté directement Monsieur Julian à sa chambre, sans que je lui indique où elle était. Comment aurait-il pu savoir qu'elle se trouvait au premier étage, troisième porte de l'aile gauche s'il n'est comme il le prétend jamais venu ici ?
- Effectivement …, admit Hermione.
Elle resta silencieuse pendant un instant, puis, s'avisant que la jeune soubrette était toujours plantée devant elle, attendant un ordre, elle la remercia et l'autorisa à retourner à l'office. Elle voulait être seule pour réfléchir.
La situation se corsait.
Elle avait envie de croire à la parfaite bonne foi du mystérieux jeune homme, aurait presque été prête à le croire même, et voilà que le sens de l'observation de Siobhan mettait tout par terre. Elle avait raison : quelqu'un qui n'est jamais venu dans un lieu précis ne saurait s'y guider aussi facilement, surtout blessé et épuisé comme il l'était.
Ou alors ….
…. ou alors il ne souhaitait pas que l'on sache qu'il était déjà venu ici, mais s'était trahi justement parce qu'il était blessé et épuisé. En d'autres termes, sans le vouloir, il avait commis un faux pas dont il aurait sans doute bien du mal à se justifier. Elle brûlait de le lui demander en face, pour voir quelle serait sa réaction. Nierait-il en bloc invoquerait-il le hasard, ou brandirait-il comme bouclier l'intérêt de Julian pour ne pas répondre ? Non, il valait mieux attendre d'avoir quelque chose de plus solide à lui brandir sous le nez et le mettre échec et mat.
Et quelque chose de plus solide, elle devait pouvoir en trouver. A commencer par son propre instinct qui ne cessait de lui dire qu'elle avait déjà vu ce visage quelque part. Ce visage, ou un homme lui ressemblant fortement. Un parent à lui, peut-être, qui aurait gravité autour de Julian ? Ce souvenir fugace datait au minimum d'une dizaine d'années, trop éloigné en tout cas pour qu'il s'agisse de lui en chair et en os : il devait sensiblement avoir l'âge de Julian, quinze ou seize ans, dix-huit au plus. Ce qui ne lui aurait guère fait plus de six ou sept ans à l'époque à laquelle elle situait ce souvenir. Ou bien sa mémoire lui jouait-elle de vilains tours ? Et où aurait-elle pu le croiser ? L'Autriche n'était pas vraiment un pays tourné vers la mer, elle ne s'y était pas rendue souvent, à part pour des réunions de travail ou une poignée d'occasions mondaines comme des concerts ou des réceptions. Il se disait musicien, peut-être n'était-il pas le seul dans sa famille ? Un frère aîné, un oncle, un cousin ?
C'était comme un puzzle dont il lui manquait des pièces, et dont celles qu'elle possédait ne collaient pas entre elles.
Dans la soirée, l'ordre fut donné à toute la domesticité de la villa de consigner les moindres faits et gestes de Sorrento, et de les lui rapporter.
Elle le laisserait en paix pour le moment, soit. Mais ce serait une paix armée.
A suivre ...
