Notes: COMPLETE REVELATION: des fics comme Long Range Reconnaissance ont fait un boulot fantastique sur la manière dont Bucky cesse d'être le Winter Soldier et redevient lui-même. Je ne vais pas essayer de reproduire ça. Cette fic s'occupent de sa vie après qu'il se soit rappelé qui il est. Ce chapitre fait le pont entre les deux.

For Everything (turn turn turn)

Le SHIELD soutire à Steve toutes les informations qu'il a sur Bucky. Steve ne peut pas penser à quoique ce soit d'utile durant une éternité : des infos inutiles ne cessent de lui revenir en tête, comme sa couleur préférée ( bleu ), comment il aime son café ( noir ) ou ses différentes façons de sourire, ce que cela signifie quand ses yeux se plissent ou que ce ses sourcils se lèvent.

Il a besoin de plusieurs heures avant d'arriver à leur donner le genre d'informations qu'ils veulent; compétences, profil psychologique et tout le reste, et après ça, ils lui interdisent d'être plus impliqué et lui disent de rentrer à la maison.

Steve survit durant des mois des compte-rendus officiels du SHIELD, d'on-dits, d'écoutes aux portes plus ou moins légales, et de renseignements encore moins légaux que lui donne Tony, qui a écrit un programme pour entrer dans les systèmes de Fury et a réussit à en tirer autant de dossiers que possible avant d'être prit.

Après ça, Steve reçoit une réprimande officielle et polie de la part de Fury lui même, mais il s'en moque, et le fait que Captain America est pratiquement insouciant à l'idée de commettre une insubordination majeure est assez marquant pour que, à la fin de le conversation, Fury lui dise qu'il essaiera de le garder plus informé, du moins autant que possible.

Aucune des nouvelles n'est une bonne nouvelle.

Clint et Natasha s'assoient avec Steve et lui donnent des compte-rendus de première main de leurs expérience de lavage de cerveau et d'hypnose, et rien qu'à les entendre Steve a la nausée, et ce n'est rien par rapport à imaginer ce que ça doit être pour Bucky.

Natasha lui parle du jour où des agents l'ont trouvé, et lui ont dit qu'elle n'avait jamais été styliste, ou ballerine, ou institutrice, de laisser le SHIELD entrer dans son crâne pour en sortir la Red Room, d'avoir toujours des souvenirs dont personne ne peut dire s'ils sont vrais ou non.

Clint lui raconte ce que c'est que de regarder droit dans les yeux l'homme qui vous a donné un travail et vous a repêché au bord de l'auto-destruction, juste pour lui tirer en pleine poitrine.

Quand Steve panique, Clint lui dit que Loki l'a forcé à tirer en pleine tête, mais qu'il ne l'a pas fait, qu'il a retrouvé assez une part suffisante de lui-même, quelque part en lui, pour viser le gilet pare-balle caché sous les vêtements de Fury. Il y a de l'espoir, dit Clint. Une chance, ajoute Nat.

Steve n'avait pas eu de cauchemars durant un moment, mais maintenant si.

Ils ne le laissent toujours pas voir Bucky.

Il passe son deuxième Noël au vingt-et-unième siècle dans le couloir à l'extérieur de la pièce où est Bucky, armé d'un jeu de cartes, de quelques vieux comics, des photos du Commandos, et deux bouteilles de bière.

« Aw, Cap, » dit Clint atterrissant à côté de lui, probablement depuis les dalles du plafond ou quelque chose de ridicule, et tombant assis en tailleur. «- C'est juste triste. »

Steve hausse les épaules.

« - C'est comme ça, » dit-il.

Il sait qu'il s'agit de la cellule de Bucky parce qu'il a demandé, mais la cellule n'a même pas de fenêtre, et est insonorisée, sinon il aurait essayé de faire passer quelque chose en morse. Honnêtement, c'est sans doute pour ça qu'ils ont prit cette précaution en premier lieu, mais qui sait.

« -Vous jouiez à quoi les gars? »

demande Clint, qui prend les cartes et les fait glisser hors de leur boîte en carton, les mélangeant avec une rapidité que Steve aurait plus attendu d'un artiste de cirque qu'un maître espion.

« -Bataille, » répond Steve, « mais on a besoin de plus...-Oh. »

Le oh vient quand il lève les yeux et voit Natasha s'asseoir à côté de Clint, mettant ses jambes sous elle dans un mouvement fluide et mortel, et poser au sol une bouteille de vodka. Bruce et Tony se tiennent derrière elle avec des snacks et des boissons, qu'ils distribuent avant que Tony se laisse tomber au sol avec la coordination d'un éléphant et que Bruce s'installe lui-même avec précaution à l'opposé de Tony.

«-Les gars... dit Steve, et ses yeux piquent.

-Je distribue, dit Tony, piquant les cartes des mains de Clint.

-Ca veut dire qu'il va tricher, médite Bruce.

-Je suis le seul type normal entre un super-soldat, deux jumeaux assassin, et toi, mon pote, ce qui veut dire que je vais avoir les mains écrasées ou amputées si je ne fais pas gaffe. J'aurais apporté un gantelet si j'avais su, mais tant pis. Tu parles que je vais tricher.

-Cela ne t'aidera pas, » dit Natasha et elle offre à Steve une gorgée de sa vodka.

Ça descend bien et lui brûle la gorge.

Il pense à l'éternelle complainte de Bucky: l'alcool devrait être comme une femme nue, belle sans ses vêtements, ou sans avoir besoin de trucs stupides comme du jus d'orange ou de la liqueur pour être intéressant, et il se demande si ça a changé.

Après le nouvel an, ils déménagent Bucky dans une pièce avec une fenêtre – sans teint – et Steve a l'autorisation de le regarder par la vitre. Ses cheveux sont toujours longs et hirsutes, descendant presque jusqu'aux épaules – l'ancien Bucky n'aurait jamais supporté ça, même à l'armée, dès qu'il y a échappé il n'a pas pris la peine de se raser plus d'une voix par semaine, et prendre soin de tels cheveux aurait été ridicule - et son corps, de ce que Steve peut en voir dans sa chemise d'hôpital, et sillonné de cicatrices dont Steve ne se rappelle pas. Il n'a plus de bras gauche, la manche est relevée avec du fil, pas par des épingles.

Il arpente la pièce comme un tigre en cage, tournant dans les coins avec une précision militaire, sans jamais s'arrêter.

« - Est-ce que c'est lui? » demande Steve en sentant Natasha derrière lui, bien qu'il ne l'entende jamais arriver, même avec son ouïe accrue. «-Celui que tu connaissais, je veux dire.

-En quelque sorte. »

Son visage est impassible, mais Steve commence à savoir lire en elle maintenant, et ses sourcils se fronce d'une manière qui signifie qu'elle se contrôle difficilement.

« - Le James que je connaissais... Il était en colère, oui, mais il y avait quelque chose d'autre. Quelque chose de plus profond. Indépendamment de la Red Room, il était... gentil avec moi. Je ne vois plus ça à présent. »

Steve aspire une bouffée d'air. Natasha décroise ses bras et effleure son poignet du bout des doigts.

« -On va le ramener, » dit-elle,et il y a de l'acier dans sa voix. « Même si je dois me glisser dans sa tête et l'en extraire moi-même. »

C'est agréable, d'une façon horrible et inutile, de savoir que Steve n'est pas le seul à aimer l'homme qui rôde de l'autre côté de la vitre.

Fury convoque Steve dans son bureau début février.

« -Je vais vous dire cela uniquement parce que je suis certain que vous le découvrirez d'une façon ou d'une autre, et je ne veux pas que vous vous fassiez trop d'espoirs. » dit-il, continuant sa carrière de rayon de soleil permanent du SHIELD;

Steve avale sa salive :

« -Monsieur ?

-Notre équipe pense qu'ils ont ôté tous les déclencheurs, dit Fury. Bien sûr, c'est trop tôt pour le dire, mais pour autant que nous le sachions actuellement, on a réussit à démanteler tous les conditionnements que la Red Room a laissé . »

Il y a quelque chose de très dérangeant, dans le fait de discuter de remonter l'esprit de Bucky avec le même vocabulaire qu'il aurait pu utiliser pour décrire le démontage d'une table laide. Pourtant, Steve manque de s'effondrer de soulagement.

« -Alors, quelle est la mauvaise nouvelle ?

- On a enlevé la Red Room, mais cela ne laisse plus grand chose. Au mieux, ce qu'on a, c'est l'état de page blanche dans lequel ils devaient le mettre en deux missions, avant de le reprogrammer. Le James Barnes que vous connaissiez est, pour le moment, parti. »

Steve resta ferme :

« - Ce n'est pas tout.

-Non, ce n'est pas tout. Nous avons en notre possession...un artéfact. »

Répond prudemment Fury, et Steve se demande combien ils ont eu de réunions juste pour être d'accord qu'il lui en dise autant. Steve devra probablement signer quelque chose avant de partir, juste au cas où.

« -Ce que c'est et où est-ce que l'on a eu n'a pas d'importance, mais nous pensons qu'il peut être utilisé pour faire ressurgir ce qui reste des anciens souvenirs de Barnes. Tout dépend de ce que la Red Room utilisait pour les supprimer en premier lieu, s'il reste quelque chose, on devrait être capable de les ramener. »

Les mains de Steve se referment en poing sur ses côtés, mais il fait de son mieux pour rester aussi neutre que possible.

« - Quelles sont les chances que ça marche ?

-Je préfère ne pas les calculer, dit Fury. Les probabilités peuvent être manipulées et les attentes truquées. L'important est que, si ses souvenirs sont toujours là, cela devrait permettre de les faire sortir. Le problème, c'est que s'ils ont utilisé quelque chose de ce genre pour les effacer, il n'y aura plus rien à récupérer. Deuxième problème: cet appareil ne fait pas de différences : cela ramènera tout : depuis l'enfance jusqu'à la dernière fois qu'il a été mit en sommeil. Cela veut dire que tout ses missions, ses affectations reviendront en même temps. S'il était toujours quelqu'un d'aussi bien que lorsqu'il est tombé de ce train, il y a de grandes chances que ce ses souvenirs lui causent un traumatisme conséquent. »

La mâchoire de Steve a un mouvement convulsif, mais il se force à rester immobile.

« -Donc, qu'est-ce que vous êtes en train de me dire, monsieur ?

-Je dis que, même s'il revient pour de bon, il y un risque qu'il devienne fou de culpabilité. » dit Fury, et Steve est peut-être en train de rêver, mais sa voix semble perdre un peu de son mordant : «-Je suis désolé. »

Steve acquiesce.

« -Mais vous allez prendre le risque ?

- Oui.

-Et est-ce que je peux le voir ? Si ça fonctionne ? »

Cette fois-ci, l'expression de Fury s'adoucit pour de bon, et il a quelque chose qui ressemble à du regret aux coins des lèvres.

« -Je pense que c'est mieux si quelqu'un présent dans ses souvenirs plus récents est là pour l'aider à surmonter ça, d'abord, dit-il. S'il réagit en effet mal à ce qu'il a fait en tant que Winter Soldier, il est probable qu'il ne veuille pas vous voir. Agent Romanoff était au moins avec lui à cette époque, et cela devrait pas lui faire un aussi grand choc. »

Un frisson de – jalousie ? Panique ? - traverse Steve, mais il le repousse.

«-Je comprends, monsieur. Je demande simplement à être autorisé à le voir dès qu'on peut raisonnablement penser qu'il pourra survivre au choc.

-Evidemment, fiston. » dit Fury, bien qu'il soit né environ 50 ans après Steve, et Steve éclate presque de rire au surnom, parce que toute sa vie est juste devenue irréelle. « -Dans le même temps, j'aimerais que vous augmentiez le nombre de séance avec votre psy. Vous subissez beaucoup de stress, et je ne veux pas que cela pose problème au mauvais moment. »

Steve ne va pas fondre en larmes au milieu d'un combat – il a continué à combattre l'Hydra alors que la mort de Bucky était toujours fraîche et récente dans son esprit, merci – mais il sait quand il vaut mieux ne pas discuter.

« -Oui monsieur, » dit-il.

Avec le recul, Steve se rappelle difficilement les semaines suivantes. Il ne meurt pas de faim, donc il suppose qu'il mange. Personne ne l'attaque avec une éponge et un seau d'eau savonneuse, donc il doit se laver. Il ne développe pas d'escarres, donc à un moment ou un autre il quitte la maison, mais tout est flou, une litanie du nom de Bucky, d'espoirs, de peurs et de prières.

Steve use les genoux de trois joggings, accroupit sur le sol, la tête sur ses mains et envoyant des suppliques au ciel. Les autres avengers se moqueraient lui pour ça, il en est sûr – Tony et Clint, oui, Natasha roulerait des yeux en secret et Bruce s'essayerait très certainement à côté de lui pour un cours involontairement condescendant sur les divinités asiatiques et les religions du monde – mais Steve se réconforte comme il peut.

Tout est un brouillard, jusqu'au jour où Natasha le trouve à la gym, où elle attend qu'il arrête de rouer de coups le sac de sable, avant d'entrer.

« -On l'a, dit-elle et elle lui fait un sourire prudent. «- Un rétablissement complet va prendre du temps, mais il est là, et il se rappelle de toi. »

Le sac se balance, et Steve l'attrape avec les deux mains pour le stabiliser, sans parler de se stabiliser lui-même.

« -Est-ce que je peux le voir ?

-Pas encore, » Natasha rejette la tête en arrière, chassant les cheveux de devant ses yeux. «-Il a honte de ce qu'il a fait en tant que le Soldier, mais on a avait prévu ça. Je te tiendrai au courant.

-Merci. » Les doigts de Steve s'accrochent à la toile jusqu'à ce que le tissu rêche lui rentre dans la peau. «Dis leur – à tous – merci.

-Je le ferai. »

On est la première semaine de Mars quand ils emmenèrent Steve au complexe, avec l'avertissement que si quoique ce soit partait un temps soit peu de travers, si l'activité cérébrale de Bucky avait un pic de mauvaise augure, ils le feraient sortir avant qu'il ait eu le temps dire « qu'est-e que... » et aucune résistance ne sera tolérée.

Steve est d'accord – il serait d'accord de portait l'une de ses robes de Captain America sexys qu'il a vu portées par des filles à Halloween si ça veut dire qu'il peut voir Bucky – et n'arrête pas d'essuyer ses paumes sur son pantalon.

Bucky a perdu du poids, et ses pommettes sont encore plus émaciées qu'à l'ordinaire. Ils lui ont coupé les cheveux, et lui ont permis de se raser, mais sa manche gauche pend toujours lâche et vide.

La respiration de Steve se coupe quand lorsque son avion a heurté la surface de l'eau des années auparavant, et pendant un moment, il a du mal à se rester debout.

« -Hey, minable, » dit Bucky, avec un petit sourire hésitant, pas assez large pour montrer ses canines : le sourire qu'il avait à chaque fois qu'ils s'étaient disputés. « -Tu portes toujours ces stupides pantalons à pinces, huh ? »

Ils sortent Steve du service actif pour le mois suivant, parce qu'il est clair qu'il est compromis et qu'il ne servira à rien sur terrain. Steve proteste parce qu'il a l'impression qu'il le doit, mais il est loin d'être assez déterminé pour être pris au sérieux, et il suppose, comme son culot précédent, que c'est déjà un signe en soi.

Cela veut dire qu'il peut passer son temps avec Bucky qui, comme s'y attendait Steve, a des jours avec et des jours sans.

Il y a des jours où ils jouent aux cartes et échangent des histoires, des souvenirs – Steve sait que c'est autant un moyen de se rétablir que de la nostalgie, d'aider Bucky à remettre les choses à leurs places, de lui donner la confirmation que ce dont il se souvient est réel.

Il y a aussi des jours où le garde à la porte secoue la tête, et où Steve regarde par la fenêtre, pour voir Bucky recroquevillé sur son lit, le visage tourné vers le mur, sa main crispées sur sa manche vide.

Quatre semaines après que Steve et Bucky se soient assis pour la première fois séparés par quatre pieds de table et soixante-dix ans, les différents psychologues et psychiatres de Bucky recommandent qu'il soit déplacé pour un lieu avec plus d'interactions sociales régulières, pour lui permettre de s'acclimater.

Steve appelle Tony si vite qu'il est surpris que son téléphone ne se plaigne pas qu'il écrase la touche appel, et après des tonnes de paperasses et de trucs bureaucratiques qui donnent envie à Steve de manger son propre bras – hey, lui et Bucky feraient la paire – ils donnent une dérogation pour que Bucky ait une chambre à la Tour Avengers.

Ce n'est pas si problématique – elle a déjà été adaptée pour survivre aux crises de Hulk aléatoires que Bruce peut avoir, sans parler des diverses manières dont les inventions de Tony peuvent devenir folles et tuer tout le monde – et il y autant de cameras qu'à la base du SHIELD, peut-être plus. Steve y a une chambre, qu'il utilise lorsqu'il est en service actif et qu'il ne peut pas se permettre de prendre le train pour rentrer à Brooklyn deux fois par jour, et ils ne mettent pas longtemps à tout préparer pour l'installation de Bucky.

Cela ne veut pas dire que tout est normal.

Bucky est silencieux, renfermé, il sursaute facilement. Voir Natasha alors qu'il ne s'y attend pas le fait parfois partir en vrille. Le bon côté des choses, c'est que dans une maison de super-héros, il y a toujours quelqu'un pour le neutraliser s'il perd le contrôle.

Le plus dur pour Steve est de se rappeler qu'ils ne reprennent pas simplement les choses où ils les sont laissées, que ce n'est pas parce qu'ils sont passées des mois genoux contre genoux dans les tranchées et dos à dos sur le sol dur, parce qu'ils mettaient en commun les salaires de quatre boulots pour payer un minuscule appartement à Brooklyn et dormaient lovés l'un contre l'autre pour avoir un peu de chaleur humaine, que tout va bien maintenant. Pas que Steve essayerait de le refaire – il y a un mur entre eux maintenant, invisible mais pas moins réel, et Bucky n'est pas le seul qui y ajoute des briques.

Cela veut toutefois dire que, chaque nuit, Steve reste éveillé dans son lit à qui, autrefois il n'accordait pas tellement d'importance et qui maintenant est trop grand, jusqu'à ce cela change. Juste pas de la façon dont Steve pensait.

« -Excusez-moi, Captain Rogers ? » le ton cultivé de Jarvis aussi bien que les produits chimiques à l'odeur de café qu'il a mit dans l'air pour aider au réveil, tirent Steve du sommeil. « - Je vous prie de m'excuser de troubler votre repos, mais vous m'aviez demandé de vous faire savoir si l'état du Sergent Barnes changeait de manière significative. Son rythme cardiaque et ses niveaux de cortisol connaissent un pic. Il semble qu'il soit l'objet de terreurs nocturnes. Il ne présente pas actuellement une menace pour lui-même, mais une intervention serait plus prudente. »

Steve se précipite hors du lit, ses pieds nus glissant sur le sol lisse. Il allait devoir mettre un tapis ou quelque chose.

« -Merci Jarvis, dit-il. Les portes ?

-Fermées de l'extérieur, comme requis, mais votre code les ouvrira.

-Très bien. »

Il n'est pas très loin de la chambre de Bucky, mais les mains de Steve tremblent, et il frappe à côté des touches trois fois – c'est comme juste après qu'il ait reçut le sérum, son corps était trop grand pour sa mémoire musculaire, et la première fois qu'il a essayé de composer un numéro de téléphone, il a finit par le jeter à travers de la pièce par frustration. Ce n'est même pas des vrais boutons, juste de la lumière peinte sur du verre, mais il y a finalement un bip, et la porte s'ouvre en coulissant.

Bucky enlève son bras la nuit – le SHIELD qu'il n'y a plus de déclencheurs dans son cerveau, et que Jarvis peut le désactiver, mais lui dit qu'il dort mieux quand il n'a pas à se soucier de ça – et si au début l'idée le perturbait, maintenant Steve en est reconnaissant. Cela veut dire que Steve a moins de choses à penser lorsqu'il grimpe sur le lit de Bucky.

« -Jarvis, allume les lumières, doucement, » dit Steve et la pièce s'éclaire légèrement, dans une lumière douce et orangée. « -Si tu peux libérer quoi que ce soit de calmant dans l'air, fais le. »

Steve a eu des rendez-vous avec le département psychologie à propos de Bucky et de ses cauchemars, et il sait qu'il n'est pas supposé le secouer ou le prendre par surprise pour le surveiller.

C'est déjà assez désorientant pour quelqu'un ayant un mauvais rêve normal, et même avant d'être congelé dans la glace, Steve se rappelle ses propres réveils en sursaut, en sueur, terrifié et complètement inconscient d'où il se trouvait. Dans le cas de Bucky, qui essaie toujours d'assembler les pièces de son cerveau et de son identité, Steve doit être beaucoup, beaucoup plus prudent.

Lui parler, lui ont-ils dit. Mettre en place une présence physique, non menaçante, mais indéniable, capable d'arriver à son subconscient. Steve trouve la main de Bucky, et la presse dans les siennes.

« -Hey, dit-il, la gorge nouée. Hey, Buck', c'est moi. Steve. Je suis là, tu vas revenir vers moi, d'accord, juste, écoute ma voix, et suis moi. »

Il parle pendant que Bucky se débat et crie en russe – Steve a pris des cours avec Natasha, mais elle n'est pas une professeur très patiente, encline à la frustration, et toute manière ils n'ont pas beaucoup le temps : il n'a pas la moindre idée de ce que dit Bucky – et progressivement Jarvis amène les lumières jusqu'à ce qu'elles soient tamisées mais suffisantes.

Enfin, Bucky se réveille brusquement, mais alors ce n'est pas Bucky qui fixe Steve les yeux écarquillés.

Heureusement, Steve a des réflexes de combattant et beaucoup d'expérience, parce qu'il est hors du lit et prêt le temps que Bucky lui saute dessus, en grognant et en montrant les dents. L'absence imprévue de l'un de ses membres déséquilibre Bucky, mais Steve a le désavantage que, des deux, il est le seul qui essaie de ne pas blesser l'autre.

« -Dois-je appeler la sécurité? » demande Jarvis, alors que Bucky projette Steve contre le mur, pour s'effondrer quand il essaye de le frapper avec son bras manquant.

« -Non ! crie Steve. Ca va, donne-moi une minute ! »

Cela lui prend plus d'une minute, mais Steve finit par immobiliser Bucky au sol, un bras en travers de son torse, juste sous sa gorge, et la sauvagerie quitte les yeux de Bucky, et le combat son corps.

« -Hey Buck, hey » dit Steve la gorgée serrée, et Bucky s'affaisse et laisse tomber sa tête contre le sol.

« -Mauvais ?» demande Bucky d'une voix éraillée.

« -Nah, » dit Steve qui le maintient au sol encore quelques secondes avant de le laisser se relever. « -Tu vas bien. »

Bucky repousse Steve d'un geste brusque quand il essaie de l'aider, se relève seul,et se jette sur le lit assez lourdement pour faire grincer le cadre.

« -Je vais bien, dit-il la voix tendue. Ca va. Tu n'avais pas besoin de venir en courant.

-Si, » dit tranquillement Steve.

Ses propres cauchemar ont changé depuis peu : maintenant, ce n'est plus tant le craquement de la glace au-dessus de sa tête, le froid glacial qui l'entoure et le sifflement du vent arctique dans ses oreilles. Ce n'est plus les doigts de Bucky lui échappant, le regarder tomber, tournoyer comme une toupie jusque dans la ravine plus bas.

Maintenant, ce sont plutôt les yeux de Bucky qui deviennent grises et dures alors qu'il redevient le Winter Soldier et qu'il lève son revolver vers la tête de Steve, pour, à la dernière seconde, dévier et se tirer une balle dans sa propre tempe à la place.

« -Je te trouverai toujours, tu sais. Où que tu ailles. J'espère que tu le sais. »

Bucky se laisse tomber en arrière avec une grimace, massant le moignon de son bras gauche.

« -Tu vas devoir faire examiner ce sentiment, Captain Rogers, dit il en fermant les yeux. On dirait que tu es en stade terminal. Ca pourrait te faire jarter du service. »

Il dit probablement ça comme une plaisanterie, mais il y a quelque chose dans l'intonation de sa voix qui enlève plus d'humour que prévu, et Steve avale sa salive:

« -Bouge. Je reste.

-Non, tu ne restes pas, réplique Bucky comme si quelqu'un l'avait électrocuté. Ce n'est pas notre minuscule appartement de Brooklyn avec juste assez de place pour un lit et sans chauffage. Steve, c'est la Tour Avengers, avec des lits de la taille de piscines, et des caméras dans les toilettes pour que Jarvis enregistre la quantité de fibres ingérées. Pas question. »

Le coeur de Steve cogne dans sa poitrine. Ils frôlent à présent ce dont ils n'ont jamais parlé, parce que cela aurait du suicide d'en parler, un suicide provoqué par des poings, des bottes et des armes improvisées, puis plus tard par des renvois à la vie civile déshonorants et la disgrâce civile.

« - Tu as raison, dit-il prudemment. C'est la Tour Avengers. Ce qui est exactement pourquoi je reste. »

Bucky commence à protester de nouveau, mais Steve lève une main.

« -Non, tu – on est brisé, tous, et on finit tous par partager les lits plus souvent qu'on le voudrait, et cela ne signifie rien. »

Cette fois Bucky leva pour de bon les sourcils :

« -Je suis impressionné.

-Quoi ? Non ! »

Steve rougirait si ce n'était pas important, mais ça l'est, et il repousse l'embarras.

Il ne va rien dire sur les autres ou leurs raisons – ce n'est pas son rôle, et il ne saisit que ce qui est à la surface, de toute façon, mais il les a vu. Personne vivant à la tour pour plus d'une semaine ne peut l'éviter : Bruce et Tony effondrés l'un sur l'autre sur le canapé, leurs visages éclairés par la douce lumière bleuté du réacteur arc; Natasha et Clint serrés l'un contre l'autre comme s'ils ne faisaient qu'un, le bras de Natasha pendant en travers du dos de Clint, un beretta dans la main..

Qui se réconforte avec qui n'est pas fixé, d'ailleurs : Steve est déjà tombé sur Bruce, endormi la tête sur les genoux de Natasha, ses doigts dans ses cheveux alors qu'elle est assis à demie-endormie, ses yeux réduits à des fentes vertes.

Steve s'est lui-même endormi sur l'établi de Tony, la tête sur ses bras croisés, observant l'homme bricoler jusque tard dans la nuit, sans parler, pour se réveiller au bruit que fait Dummy qui essaie de lui poser sur les épaules une couverture qui se révèle être une loque pleine de tâche de graisses. Steve sait qu'au-delà de l'étrange mélange entre plaisanteries et moments soudains où il broie du noir en silence, Clint peut faire des massages de nuque comme personne, et qu'il préfère garder un bras passé autour de la taille de l'autre personne.

Ils se mettent tous en pièces mutuellement, c'est vrai, et parfois, pour une équipe qui a sauvé la Terre ensembles, ils ont besoin de vraiment peu de prétextes pour ça, mais parfois, le truc avec les pièces cassées c'est qu'elles arrivent à se compléter.

Malheureusement, Steve n'a aucun moyen d'expliquer ça à Bucky – ou à lui-même, en fait – et donc il hausse les épaules, et se tords les mains sur ses genoux.

« -Je... Personne ne va juger qui que ce soit, ou même faire supposer quoi que ce soit; On a tous de quoi faire avoir notre propre sitcom et donner du boulot à tous les psys de New York juste avec nos problèmes. Ce n'est, je sais pas. Ce n'est pas comme ça. » Il avale sa salive « En plus, j'aimerais me réveiller sans passer une minute à me dire que tout cela n'était qu'un rêve et que tu es toujours mort, si mon égoïsme te facilite la tâche.

-Yeah, c'est tout toi, ça. Egoïsme pur. »

Bucky renifle, mais il se déplace pour faire de la place à Steve. C'est plus le geste que par nécessité : le lit fait deux fois la taille de leur ancien appartement, il n'y a qu'à foutre un évier dans le coin, et c'est bon - Steve tire les draps de dessous eux, et les tire dans les coins.

« -Regarde moi ces coins de lit d'hôpital, soldat, » dit Bucky qui regarde Steve à travers ses yeux mi-clos, et Steve a un petit rire :

« -Je fais toujours mon lit comme ça, » dit Steve avant de finalement se glisser sous les couvertures. « Je fais rebondir une pièce pour être sûr qu'il est bien fait, juste au cas où. Les autres se moquent, mais je ne peux pas m'en empêcher. »

Bucky roule sur le côté, tournant le dos à Steve, et c'est un peu comme descendre les escaliers distraitement, et s'attendre à ce qu'il y ait une marche en plus. Ils ne dormaient jamais comme ça du temps de Brooklyn.

Bucky était toujours couché avec son torse contre le dos de Steve, en cuillère autour de la plus petite stature de Steve, un bras passé sur lui, pour maximiser le transfert de leur chaleur. Steve avait l'habitude de s'en irriter, à cause du besoin de le protéger et la supériorité physique évidents de Bucky, mais en même temps ils avaient chaud et ses poumons semblaient aller mieux quand il pouvait sentir autant qu'entendre la respiration calme et lente de Bucky, et il ne protestait jamais beaucoup.

Bizarre que cela lui manque maintenant, mais en même temps, Steve se retrouve à avoir envie de glisser un bras autour de la taille de Bucky et de le tenir immobile, donc peut-être que Bucky n'est pas le seul à être tombé la tête la première dans les escaliers.

« -Ce matelas est bizarre, dit brusquement Bucky. C'est comme si je ne pouvais pas dormir sans qu'un gros ressort s'enfonce dans mes côtes.

-Je serrais mon genou contre l'un d'eux, pour l'empêcher de glisser, » dit Steve et il se demande combien de temps ils vont passer à évoquer des souvenirs et ce qu'ils, s'il y a quelque chose, essayent de prouver en faisant ça. Que ce soit pour s'accrocher désespérément à ce qu'ils connaissent pendant que le reste du monde évolue à tombeau ouvert, ou autre, il est sûr que son psy aurait quelque chose à dire là-dessus.

« -Tony appelle ça un matelas à mémoire de forme. J'en ai un aussi, et ouais, c'est bizarre.

-Qu'est-ce que c'est que ce nom bordel ? C'est une technologie Stark ?

-Apparement, y en a partout, ça sonne juste plus futuriste que ça l'est. »

Les doigts de Steve serrent convulsivement les couvertures alors que sa main essaie de toucher Bucky, comme animée de sa volonté propre. Steve grimace et fait la conversation, en prétendant que ce n'est pas étrange de faire ça en fixant l'arrière du crâne de Bucky dans l'obscurité.

« -Bah, écoute, Tony dit que c'est censé être mieux pour les gens qui partagent un lit, comme ça si une des personnes donne des coups de pieds ou s'agite, cela ne réveille pas l'autre comme un matelas normal. Donc tu n'as pas besoin de t'inquiéter de me réveiller, ou quoi. »

Il veut dire par là que Bucky n'a pas à rester tout le temps avec son nez presque dans le mur, mais Bucky fait un salut de la main juste assez visible pour qu'il le voie.

« -Bien reçu, Cap. » dit-il, mais il ne change pas de position.

Bon, pousser le bouchon n'a aucun sens, et Steve n'est pas sûr de ce qu'il veut : « -Je suis là si tu as besoin. » dit-il, et cela sonne un peu pathétique et inutile, même dans sa tête, mais trop tard. Il dit presque « fais de beaux rêves » mais s'arrête juste à temps. « Réveille moi, si besoin.

-D'accord. » Il y a un moment de silence, puis Bucky soupire « Hey, ça va, je te le jure. Arrête avec les yeux de chien battu à la Steve Rogers.

-Tu ne peux pas me voir !

-Je n'ai pas besoin. »

Bucky se tourne juste assez pour que Steve puisse voir son sourire, bien qu'il soit léger.

« -Voilà, ces yeux, exactement, comme ça. Arrête et dors un peu.

-Tu n'as pas à me donner des ordres, sergent, » dit Bucky mais il s'autorise à effleurer l'épaule de Bucky.

Clint les voit sortir de la chambre ensembles le matin suivant, mais un regard à l'expression de Steve et il la ferme.

« -Tony a dit qu'il a remplacé tout l'électroménager de la cuisine maintenant, » dit il en leur emboîtant le pas alors qu'ils descendent les escaliers pour aller à la cuisine. «-Pas sûr si ça veut dire qu'il va y avoir moins de problèmes, ou plus de feux, mais de toute façon, je vais rester à l'écart. »

Bucky ne dit rien – Steve est presque certain que ce n'est pas qu'il n'aime pas Clint, mais il est protecteur envers Natasha, et n'a pas encore décidé s'il était bon pour elle ou non – donc Steve soupire :

« -Merci pour le conseil, dit il. Je pense rester aux céréales.

-Sans doute une bonne idée. »

Bucky renifle, mais s'apaise quand Steve lui presse l'épaule.