Merci pour vos reviews, je les transmettrai à l'auteur

Notes : J'adhère pas au : a part du moment où ils réalisent qu'être gay est okay, tout va bien. Merde, de nos jours les gens grandissent avec cette idée et cela ne les aide pas pour autant – pas plus que les hétéros d'ailleurs. Etre amoureux est difficile, point.

Chapite 3 : They are a-changin'

Vivre avec les autres Avengers à longueur de temps est épuisant, même si en général c'est plutôt positif; Steve a l'habitude du chaos et de vivre avec des gens qui semblent l'incarner, mais avec Bucky de retour, il se retrouve à avoir envie d'une certaine intimité. Pour quoi faire, il n'en est pas tout à fait sûr, mais ils ont tous les deux reçu différentes éditions du même livre et se débattent pour trouver la bonne page; et ce n'est pas facile avec le reste de classe qui chahute et leur lance des boulettes de papier à la tête.

Steve n'a jamais été bon pour les métaphores. Ce n'est pas pour rien qu'il avait ses répliques écrites au dos de son bouclier et qu'il ne fait pas les discours de motivation pour l'équipe. ( Thor, est étonnamment pour ça, sincère et passionné, complètement inconscient qu'il met son âme à nu et qu'il réveille les émotions des autres: Lui et sa présence rassurante manquent parfois à Steve, même si encombrant est un faible mot pour le définir. )

Il apparaît finalement que cela ne vient pas de lui, ce qui est un soulagement si fort qu'il en devient presque palpable.

« -Je suppose que le SHIELD péterait un câble si on demande à avoir notre chez nous quelque part, » lui demande Bucky un matin, secouant la tête alors que Clint, pendant au plafond, insulte le grille-pain qui lance des bouts de pain carbonisés sur Tony, qui essaye de s'approcher assez près pour l'éteindre. On dirait que les améliorations n'étaient pas les bonnes, finalement.

Steve commence à en avoir marre des céréales, mais cela ne va pas dire qu'il va manger l'un des chamallows bizarres ou les sucreries monstrueuses que Clint achète parce qu'il n'a pas eu d'enfance.

« -C'est un peu trop. »

Steve a eu le temps de s'y habituer, mais même avant que Bucky revienne, dès qu'il restait à la Tour trop longtemps il se mettait à penser à son appartement et à sa solitude avec une certaine nostalgie.

« -Je peux demander, répond-t-il, je suis sûr qu'on pourrait trouver quelque chose.

-Je promets de ne pas devenir fou et d'assassiner les voisins, et tout, » dit Bucky, ce qui est l'un de ces trucs flippants-mais-pas-vraiment qu'il aime sortir et qui font tressaillir Steve intérieurement, alors qu'il essaie en même temps de ne pas le montrer.

Steve demande donc, même s'il s'attend à un « pas question, fiston » sans concession, mais? bien que cela prenne du temps de faire tous les papiers et autorisations nécessaires, Fury finit par tendre à Steve la clé d'une petite maison de grès brun à Flatbush.

Steve s'apprête à demander pourquoi une maison et pas un appart, mais il réalise que Bucky n'est pas le seul à penser à l'assassinat des voisins. Au moins, s'il a une crise, il n'y aura personne de l'autre côté du mur pour paniquer et appeler la police.

« -Merci, dit Steve avec émotion. Je vous en suis reconnaissant. Cela sera beaucoup mieux, je le jure.

-J'espère. » dit Fury, mais il fait un léger signe de tête à Steve qui vaudrait un grand sourire chez quelqu'un d'autre, et lui dit qu'il a envoyé une équipe pour déplacer les quelques trucs que Steve a dans son nouveau chez lui.

« -Tu ne vas pas rester à la maison dans les treillis du SHIELD, » dit Steve en fronçant les sourcils.

Cela fait quelques jours qu'ils ont emménagés, et Bucky n'a pas quitté les fringues que le SHIELD lui a donné à la fin de son incarcération.

« - Je m'y oppose. J'ai l'impression qu'on va être envoyé en mission à n'importe quel moment, et ce n'est pas ce que je veux pour mon temps libre, pas à la maison. A la Tour, d'accord, mais pas ici. »

Bucky ne baisse même pas les yeux pour se regarder: l'uniforme bleu roi est tape-à-l'oeil et incongru à la maison, surtout avec son attitude débraillée, vautré sur le canapé, les doigts serrés autour d'une bouteille d'eau.

« -C'est mieux que rien, même si je connais des dames qui pourraient ne pas être d'accord avec moi sur ce coup.

-Je suis sûr que la moitié de New York ne serait pas d'accord avec toi sur ce coup », dit Steve d'un ton sec alors que Bucky renifle et boit une gorgée d'eau, comme si c'était quelque chose de plus fort – mais il n'a pas encore l'autorisation pour les substances qui causent des troubles cérébraux -.

« -Ce n'est pas le problème. On va te trouver quelque chose à te mettre sur le dos.

-Vraiment. Tu vas m'emmener faire les boutiques. Eh bien, mam', j'peux avoir une glace après? »

Steve essaye de faire comme si le concept n'était pas bizarre pour lui non plus, et se décide à croiser les bras.

« -Je pourrais faire pire. Je pourrais te coller Mademoiselle Potts aux basques.

-La rouquine aux longues jambes ? » Bucky lève les sourcils « Yeah, ça ressemble à une corvée.

-Tu parles, » dit Steve, et il apprécie miss Potts et il ne voudrait jamais être lui manquer de respect, mais pas une corvée, son oeil, oui : « -Ca nous a pris la journée, je crois qu'on a visité toutes les boutiques de l'Upper East Side et elle m'a tout fait essayé en cabine.

-Elle t'a fait essayer des trucs et tu as quand même finit avec des tee-shirts qui sont assez moulants pour faire ressortir tes pectoraux comme des néons clignotants ? » Bucky étouffe un rire « Fais gaffe, je crois qu'elle a le béguin pour toi. »

Steve se contente de rouler des yeux. Cela fait déjà tellement longtemps qu'il est au vingt-et-unième siècle qu'il faudra plus pour le choquer.

« -Elle a le béguin pour quelqu'un d'autre, et ce quelqu'un a un grand rond lumineux dans la poitrine et un problème d'égo que Mademoiselle Potts est la seule à pouvoir gérer, donc je peux que ça va aller pour moi, dit Steve. Arrête de changer de sujet. Je peux leur dire de t'envoyer des vêtements civils, mais ils auront besoin de tes mesures et ça prendra plusieurs jours, or je ne supporterai pas plus longtemps de te voir en uniforme »

Bucky plisse les yeux :

« -Est-ce que c'est un message subliminal pour me faire sortir de la maison ?

-Il n'est pas subliminal, Steve inspire une bouffée d'air rapide et revigorante : « Je veux que tu sortes de cette maison et de cet uniforme. Tu ne t'adapteras jamais de cette manière, et crois-moi sur parole, je sais ce que c'est. »

La dernière fois que Steve a vu Bucky ni en uniforme ni en pyjamas, c'était il y a 70 ans sur le calendrier et i ans pour Steve. Dès qu'il a été admis à l'armée, Bucky s'était mis à porter l'uniforme partout, du jour où il s'est enrôlé à la nuit où Steve l'a vu pour la dernière fois avant qu'ils soient tous les deux séparés et que tout change. Après, eh bien, le Howling Commandos n'étaient pas vraiment orthodoxe, mais ils n'allaient quand même pas infiltrer une base Hydra habillés en civils, malgré le chapeau melon de Dungan et l'allure débraillée de Jim (1)

Un muscle s'agite dans la mâchoire de Bucky, mais il finit par faire un léger signe de tête et se lever.

« -Très bien, dit-il. Mais si tu commences à parler de couleurs qui s'accordent entre elles ou avec mes yeux, je jure que je te fous une beigne. »

Steve le regarde d'un air désapprobateur, mais Bucky a un large sourire – dépourvu de remords, mais un vrai sourire – et Steve prendrait ça plutôt que des excuses n'importe quand.

« -Tu ne vas pas sortir comme ça d'ailleurs, mets quelque chose à moi en attendant.

-Oui m'sieur, Captain America, m'sieur ! » Aboya Bucky en une impressionnante imitation de la voix traînante et nette de Philip, avant de disparaître dans leur chambre.

Pas leur chambre.

La chambre. Qu'ils partagent. Steve essaie de ne pas y penser.

Bucky en ressort quelques minutes plus tard, vêtu de l'un des tee-shirts à longues manches de Steve et une paire de jeans délavés – l'un de ses tout premiers, quand, après toute l'affaire des Chitauris il a décidé qu'il n'avait peut-être pas besoin d'être le genre de type qui porte des pantalons à pinces tout le temps - et tourne sur lui-même, avec une expression moqueuse :

« -Là, tu approuves ?

-Ca ira, » répond Steve, bien que voir Bucky dans ses vêtements est déjà une vision excitante à elle seule.

Le haut est ridiculement large aux épaules sur lui, mais par chance, la pique de Bucky à propos des vêtements trop moulants de Steve est vraie, et cela ne baille pas au col autant que cela aurait pu. Les jeans au moins, sont mieux, puisque Steve est plus étroit des hanches et Bucky un peu plus large. Bucky ne gagnera aucun concours de mode, mais au moins il ne ressemble plus à un clochard ou une relique du passé en permission dans le futur.

Il fait beau, il ne fait pas assez chaud pour que les passants regardent Bucky de travers parce qu'il porte un gant de cuir à une main – que dieu bénisse New York City parfois, cela fait plaisir de savoir que le temps n'a fait qu'étendre sa définition de la normalité en accord avec ce que le reste du pays considère comme étrange – et Steve essaie de se détendre.

Vivre avec Bucky de nouveau, c'est à la fois bien et non, comme si tout ce qui était et est s'est mélangé en une grosse bouillie – comme si toutes les pièces d'un jeu de construction avaient été jetées sur le sol et qu'il fallait les trier dans le noir en portant des gants de jardinage.

C'est étrange – lui et Bucky n'ont jamais été faire les boutiques avant, pas comme ça: ils prenaient un tee-shirt ou une paire de pantalon en plus si un vêtement avait trop de trous pour que cela vaille le coup de le raccommoder encore une fois et c'est tout. Mais c'est bien aussi.

Ils se promènent plutôt que de prendre le métro; Bucky fait des commentaires sarcastiques à propos des pubs sur les taxis qui passent à côté d'eux, et Steve ne se détend pas, pas exactement: il n'est pas sûr de savoir comment avec toutes les choses entre eux qui n'ont pas été réglées, mais il arrête de fermer les poings pendant qu'il marche.

Tout va bien jusqu'à ce qu'ils soient pour de bon dans la boutique, et que Bucky pique une crise et refuse d'essayer quoique ce soit.

« -Je m'en fiche, Steve, est-ce qu'on ne peut pas juste prendre quelque chose et s'en aller ? »

Il tape du pied, irrité mais méticuleux et il lance des regards furtifs vers la vitrine.

« -Cela n'a aucun sens si ça ne te va pas, dit Steve, exaspéré. Est-ce que tu veux faire tout ça à nouveau ? Essaye juste, si ça va on en achètera plusieurs de la même taille et on rentre. Là, essaye le bleu. » Il sourit malgré lui « Ca ira bien avec tes yeux.

-Tu es cruel, tu le sais ça, » dit Bucky arrachant le tee-shirt des mains de Steve et disparaissant dans la cabine avec un grognement.

« -Est-ce que je peux vous aider ? » demande la vendeuse à l'épaule de Steve alors qu'il attend, au repos, ce qui est sa position de base si personne ne le lui fait remarquer.

« -Je pense que ça va aller, mademoiselle, merci, » dit Steve et ses joues ont un mouvement convulsif lorsqu'il voit que ses yeux s'écarquillent de surprise à sa politesse.

Il ne pense pas qu'il va arrêter d'être aussi poli, alors il va falloir espérer que Coulson – agh, Coulson – avait raison et que le monde a besoin d'un peu plus de ça.

« -A moins que vous avez quelque chose qui le fasse un peu moins râler pour l'avoir traîner ici. »

Elle rit, et cela sonne décontracté et personnel plutôt que professionnel. C'est de cette façon que les filles avaient l'habitude de rire avec Bucky, jamais avec Steve – avec Steve c'était des rires secs, légèrement moqueur mais pas plus – et il n'est pas sûr de s'y habituer.

« -Oh, je sais ce que c'est, dit-elle. Je ne peux tirer le mien dans un magasin, encore moins dans une cabine. Je dois lui acheter des vêtements et les glisser dans son armoire sans qu'il ne le remarque. Vous allez devoir me dire votre truc.

-Quoi ? »

Bucky se tient devant eux, et Steve doit vérifier que ses yeux n'ont pas l'absence d'émotion du Winter Soldier parce que la tension est là, serrant les poings et raidissant la ligne de ses épaules.

« -Qu'est-ce que vous venez de dire ? »

La fille sursaute. Steve fait un pas en avant, une main tendue. Il n'a pas la moindre idée de ce qui a été le déclencheur – s'il y a un déclencheur: il n'est pas prêt au combat, juste tendu et en colère, comme lorsqu'il était petit et Steve encore plus petit et les petites brutes deux fois grosses comme eux d'eux – mais Steve sait qu'ils ne peuvent, ils ne peuvent vraiment pas se permettre d'avoir une crise dans un rayon de magasin, ou ça serait le confinement en cellule du SHIELD pour toujours.

« -Buck, ça va,dit-il d'un ton apaisant, ne t'inquiète pas pour ça. Le pull te va bien, on en prend plusieurs et on y va.

-Non. » Le muscle de la mâchoire de Bucky saute comme un haricot mexicain et les rides autour de ses yeux s'accentuent. « -Tu as entendu ce dont elle nous a traité ?

-Elle ne nous a traité de rien du tout !

-Oh que si elle l'a fait. »

Les narines de Bucky se dilatent alors que sa mâchoire se crispe et que le nœud dans la poitrine de Steve se détend, un tout petit peu, parce que ce sont les manières de Bucky, pas celles du Soldat. Ca veut dire que, quoiqu'il se soit passé, cela va s'arranger. Relativement.

« -Steve, elle nous a traité de tapettes. »

Oh.

Pas mal de mots traversent l'esprit de Steve, la plupart approuvés par Dugan et Clint, mais aucun convenables pour l'homme à la bannière étoilée avec un plan. Son sang se glace dans ses veines et il risque un coup d'oeil à la vendeuse, dont le visage a pâli.

« -Elle ne voulait pas dire ça, » dit Steve rapidement.

« - Bien sûr que si, et je n'aime pas ça, » Bucky avale sa salive, ses doigts se tordant alors qu'il s'efforce de déplier ses poings. « Je me fiche de porter mon uniforme tous les jours jusqu'à ce qu'il soit en lambeaux, j'arrête avec les boutiques. »

Il fait demi-tour avec une précision militaire, et sort avec colère, portant toujours le tee-shirt bleu. Cela fait vraiment ressortir ses yeux, brillants de colère. Steve s'apprête à lui courir après, mais s'arrête quand Bucky s'arrête, irrité, à l'extérieur, pour faire les cent pas sur le trottoir, sans avoir l'air d'être sur le point de s'en aller en courant.

« -Je prend ça, » dit Steve avant qu'ils ne soient accusés de vol en plus de tout le reste.

Il se tourne vers la vendeuse et grimace, embarrassé. « -Mademoiselle, je suis désolé, il n'est... » Mais il ne peut pas vraiment expliquer que Bucky vient d'une époque où être qualifié de couple mignon annonçait une batte de baseball en pleine tête. New York était différente à l'époque, plus sombre et rude d'une manière que les gens d'aujourd'hui ne comprendront jamais. Steve cherche une excuse et se rappelle d'un articule qu'il a lu après que la loi sur le mariage pour tous soit passée :

« -Il est nouveau ici, c'est un vétéran, du Mississippi. Il n'a pas l'habitude de comment c'est à New York. »

Il a pas du tout le bon accent, mais il ne pense pas que ça va être un problème.

« -Je suis tellement désolée, » dit-elle, et il est convaincu d'après son ton qu'elle l'est, et pas simplement par peur d'être renvoyée de ce qui n'est sans doute qu'un job peinard pour quelqu'un qui sort de la fac. «-Je n'aurais pas du...je suis vraiment désolée.

-Il n'y a pas de problèmes. »

Steve n'essaie pas de lui dire que ce n'est pas comme ça; ce n'est pas ses affaires, de toute façon, et le déni a un arrière-goût amer puisqu'il n'est pas tout à fait sûr de ce que « comme ça » implique ou ce que lui et Bucky sont à présent. Ils sont coincés quelque part dans la zone floue entre comme ça et pas comme ça, un no man's land miné bourré de fils barbelés. Ses épaules s'affaissent et il a soudain envie d'un des massages magiques de Clint.

« -Je vais prendre quelques tee-shirts, je vous prie. »

Steve retrouve Bucky devant le magasin, tendu comme un arc et plein d'énergie, et qui terrifie a chihuahua qui gambadait trop près simplement en le regardant.

« -C'est comme ça dans le futur, alors ? » demande Bucky et il regarde le sachet dans la main de Steve comme si c'était un poisson mort. « -Des gens disent des choses comme... comme ça, comme si de rien n'était, et t'es censé te la fermer et encaisser ? Au moins dans les années quarante, si quelqu'un t'insultait de pd tu pouvais les allonger dans le caniveau pour ça, sans acheter leur putain de fringues. »

Ce n'est pas le bon endroit pour cette conversation, mais Steve ne veut pas rentrer à la maison avec un Bucky dans cet état non plus.

«-Viens, » dit-il et il va pour attraper le bras de Bucky pour l'entraîner, mais Bucky s'éloigne brusquement hors d'atteinte, montre les dents et grogne. Steve recule : « -Prospect Park, viens.

-Je ne veux pas aller au parc, Steve, je veux rentrer, dit Bucky, une sauvagerie sombre dans le regard. Non, tu sais quoi, laisse tomber, je vais au champ de tir.

-Non, » dit Steve et il essaie de mettre dans sa voix autant de sa vieille autorité de captain qu'il peut sans aller trop loin. La vache, Captain Dad, et moi qui pensais mon père mort, dit parfois Tony, exaspéré, avec un sous-entendu plus méchant, et ce n'est jamais un compliment. « -On va au parc, et on va avoir une discussion pour que tu ne décapites personne la prochaine fois. »

Bucky grince des dents à « prochaine fois », mais Steve le défie du regard.

Ils restent là, figés sur place l'un en face de l'autre pendant que les badauds traînent les pieds à côté d'eux, se plaignent, puis aperçoivent leurs expression et la taille des muscles de Steve et changent d'avis.

« -Très bien, crache à nouveau Bucky. Mais si tu penses que je vais monter dans un manège, tu vas avoir un autre problème.

-Je n'y aurais jamais pensé, dit Steve et la tension quitte ses épaules pour s'installer au creux de son estomac. Je... autre part juste. Pas ici, pas à la maison. »

Bucky acquiesce, un petit mouvement brusque du menton, et quand ils marchent, il met entre une distance de bien un mètre, assez pour qu'ils prennent une place ridicule sur le trottoir, assez pour empêcher les autres de passer, mais pas assez pour qu'on passe entre eux.

A chaque fois qu'ils croisent quelqu'un, Steve doit s'arrêter puis courir pour le rattraper. Bucky marche d'un pas militaire, des longues enjambées, les talons frappant le sol et Steve se demande s'il est en train de faire des maths dans sa tête comme les experts en trauma du SHIELD lui ont dit de faire quand il s'énerve.

Steve a ses raisons d'emmener Bucky au parc, et il s'arrange pour prendre la route avec les rues les plus propres, la plus belle architecture.

Le Brooklyn des années 2010 n'est pas le Brooklyn où ils ont grandis. Maintenant, on dirait l'un de ses jolis quartiers où des gens biens élèveraient des enfants bien comme il faut, le genre de quartiers dans lesquels Bucky et Steve se seraient glissés en douce et se seraient sentis sales, mal aimés et pas à leur place, où ils auraient espionné les parcs pleins de familles riantes, et prétendus qu'un jour, ça serait eux.

« -Je sais ce que tu es en train de faire, » dit Bucky alors qu'ils ne sont plus qu'à quelques blocs, et il lance un regard de côté à Steve, les yeux plissés mais avec une lueur de défaite dans les yeux «- Tu essayes de m'adoucir en me montrant à quel point Brooklyn est beau maintenant, mais cela ne va pas marcher. C'est toujours les mêmes ruelles que celles où tu as été tabassé, le même parking que celui où je t'ai sauvé de deux crétins qui t'en voulaient parce que tu n'avais pas aimé leur manière de parler à une dame. La même vieille fille, avec une nouvelle robe, c'est tout.

-Ce n'est vraiment pas le cas, Steve fait la grimace. Ecoute, Bucky, j'aurais du te le dire, mais ce n'était jamais le moment, tu sais, mais les choses ont changés. Elle n'essayait pas d'être méchante ou de sous-entendre quoi que ce soit, elle était gentille.

-Gentille, » Bucky jette un coup d'oeil à Steve « - c'est comme ça que ça s'appelle maintenant ?

-Eh bien, euh, oui, parce que ce n'est pas... les choses ne sont plus pareilles. Ce n'est pas une insulte. Enfin, » Steve se corrige, parce qu'il ne va pas mentir et peindre la vie en rose pour préserver la sensibilité de Bucky. « - Si, c'en est une. Je veux dire, ça peut l'être. Ca l'est toujours, dans certains endroits, même ici, mais pas de la même manière. Ce n'est plus une peine de mort, maintenant, Buck. Tu n'es même pas exclu de l'armée pour ça, c'est passé comme loi fédérale l'année dernière. Merde, à New York, tu peux même te marier. J'étais là quand c'est passé.

-Bordel, pourquoi tu n'arrêtes pas de dire tu ? » demande Bucky, et la tension grésille entre eux comme un câble de téléphone abattu, dressant les poils sur les bras de Steve.

-Tu collectif, tu impersonnel, on, » fait marche arrière Steve, parce qu'il ne le voulait pas dire ça personnellement – quoique si, peut-être, en quelque sorte, sauf que non, et oh, il ne sait plus rien maintenant. C'est un terrain dangereux, de la glace fine, une pente glissante, un million de clichés qui l'envoient la fleur au bout du fusil droit au désastre. « -Je ne parlais pas de toi, je sais que tu n'es pas – je veux dire, il inspire à travers ses dents. Là n'est pas la question. Je veux juste dire qu'elle n'essayait pas de nous insulter. Elle s'est trompée, certes, mais elle essayait juste de faire la conversation, rien de plus.

-Mais elle s'est trompée.

-Oui, répond Steve, parce qu'il ne va pas avoir cette conversation alors que Bucky est sur les nerfs et prêt à exploser, pas alors qu'il n'a pas même pas eu cette conversation avec lui-même. « Oui, Buck, je ne suis pas en train de sortir avec toi dans ton dos, ou quoique ce soit que cela était censé impliquer.

-Si c'était le cas, j'attendrais beaucoup plus de fleurs et beaucoup moins de chinois de merde à emporter, dit Bucky et il laisse échapper une grande expiration. « Okay. Voilà. J'ai plaisanté sur ça, j'ai plaisanté sur ça en public, et je ne vais pas me retourner pour voir si un type et ses potes sont en train de faire craquer leurs doigts en me regardant, satisfait ?

-Je ne suis pas en train de dire que... » Steve se passe la main dans ses cheveux, coincé parce qu'il n'a aucune idée de ce qu'il est en train de dire. « -Juste. Les gens plaisantent plus à propos de ça. Ils le supposent aussi plus, tu devrais lire la moitié des articles à propos des Avengers ces jours-ci, c'est rien que des potins sur qui devrait coucher avec qui, mais ce n'est pas pareil. C'est juste, la plupart du temps, quelque chose de plus sur quoi commérer. Cela ne veut pas dire que quelqu'un va te défoncer à l'arrière d'un restau. Si une vendeuse en parle, c'est juste parce qu'elle essaie de faire la conversation pour avoir un pourboire. »

Bucky fait claquer sa langue contre ses dents. « -Si tu le dis, » et Steve laisse tomber

Prospec Park est joli, apaisant, et ils ne montent pas dans le manège, mais ils prennent quelques hotdogs et s'asseyent sur un banc proche, pour regarder les enfants crier et faire coucou de la main à leurs mères qui font coucou en retour avec obéissance puis retournent discuter avec leurs amies et regarder leur portable.

« -Tout n'a pas changé, » dit Steve, et il y a des couches et des couches de sous-entendus là, mais même lui ne sait pas ce que c'est ni où c'est, alors il ne s'inquiète pas que Bucky puisse les éplucher.

Bucky le regarde, les sourcils froncés, et finalement il se redresse, passant d'une position où il avait les coudes sur les cuisses à se laisser tomber en arrière contre le dossier, son épaule contre le bras de Steve. «-Yeah. »

Ils mangent leurs hotdogs en silence, et Bucky essuie la moutarde de ses doigts sur le jean de Steve, comme pour défier Steve de dire quelque chose. Steve prend le papier gras, le plie et se lève pour le déposer dans la poubelle la plus proche, mais Bucky secoue la tête. Il jette la boule de papier et Steve la suit du regard s'élever dans une trajectoire parfaite et atterrir dans la poubelle sans même rebondir sur les côtés. Un gamin sur un skate à trois roues siffle d'un air impressionné quand il passe à côté.

« -Ecoute, ce n'est pas juste ce.. ce qu'elle a dit, » dit Bucky qui fixe ses paumes comme s'il avait gribouillé des antisèches dessus comme lorsqu'ils étaient enfants et qu'il paniquait la nuit avant le contrôle. « -C'est tout. Le magasin, Brooklyn. On dirait un joli quartier maintenant, un bon quartier. Tu as raison, ça a changé. Je ne sais pas si j'ai toujours ma place ici. »

Steve se cabre en arrière comme si Bucky l'avait frappé en pleine poitrine.

«-Oh, quoi, non...

-Arrête, » Bucky le coupe, la bouche pincée. « -Je suis … brisé, Steve. Je suis un super soldat, un espion, un assassin avec le cerveau haché menu puis recollé comme le premier patchwork d'une gamine de 12 ans. C'est – tout ça – c'est brillant, et lumineux et doux. Ce magasin était plein de gens, des civils, et dans ma tête je les marquais, je prenais note d'où ils étaient, combien de temps ça me prendrait de les tuer. C'est comme ça pour moi tout le temps, et ce n'est pas le Soldat, c'est juste moi. C'est ce que je fais maintenant. Je ne peux pas m'empêcher de penser que notre Brooklyn était peut-être plus sale, plus sombre et plus méchant, mais au moins c'était le notre. Au moins il nous comprenait. Celui-ci, je sais pas, surtout après ce que tu as dis. C'est comme partir au front et apprendre au retour que la fille que t'avais promis d'épouser quand vous étiez gosses, amoureux et stupides, a grandit et que vous ne vous connaissez plus.

-Je ne sais pas à quel meilleur ami tu penses parler, dit Steve, l'air de rien même s'ils n'ont pas utilisé ce mot depuis que Bucky est revenu, et que même maintenant, il flotte entre eux comme la tentative maladroite d'un gamin pour faire un coeur en papier mâché. Je n'ai pas vraiment donné une tape dans le dos aux agents de l'Hydra avant de les renvoyer chez eux avec un mot du principal, et ce n'est pas non plus le cas des Avengers. Je veux dire, on est pas les Conciliateurs ou les Parlons de ça comme des adultes. Tout le monde regarde comme je n'étais même pas capable de cracher par terre, mais ils oublient que Captain America ne défend rien avec un regard sévère et une fessée. »

Steve renverse sa tête en arrière, regarde le ciel en plissant les yeux et observe les nuages se déplaçer en travers du soleil.

« -Je ne dis pas que j'aime ça ou quoi, mais tu as perdu plus de mémoire que prévu si tu penses que je ne sais pas ce que ça fait que de se salir les mains.

-Ouais, pour sauver le monde, répond sombrement Bucky. Pas parce que des savants fous t'ont mis sur les nerfs avant de te mettre dehors avec un flingue. Pas vraiment la même chose.

-C'est la même chose pour les gens qui sont morts à cause de nous, dit Steve avec lassitude, et c'est un truc sur lequel son psy n'arrête pas de revenir, sa culpabilité de vétéran, mais ça ne sert à rien quand il faut que ça sorte. Il y a assez de temps pour les remords quand il ne se jette pas sur le terrain dès que Fury le sonne. « Et tu n'aimes pas ça non plus. Je, je ne sais pas, je ne pense pas que tu sois aussi peu à ta place que tu le penses, ou du moins, pas plus que je le suis..étais, le suis toujours, même si de moins en moins. Ca va aller mieux.

-Je ne suis pas sûr que ça ira mieux, » dit Bucky, sa voix donnant l'impression d'avoir été traînée sur des graviers et fourrée dans un costume trop serré. « Et si ça ne l'est pas ? Est-ce que tu peux gérer ça ? »

Steve se tourne vers lui pour le fixer, furieux:

« -Je t'ai sorti du labo de Zola après avoir risqué de foutre en l'air toute la mission pour faire demi tour et te sortir de là. J'ai sauté au-dessus d'une pièce en feu parce que je savais que tu me rattraperai. Je me rappelle encore comme c'était, quand j'ai lâché ta main sur le train, est-ce que tu crois réellement - » Il se réfrène, parce que c'est trop, beaucoup trop, et la paix entre lui et Bucky après l'incident est trop neuve, trop fragile pour autant d'émotions. « -Quoiqu'il en soit, je suis sûr et certain que je peux gérer ça.

-Je ne t'en voudrais pas, » répond Bucky et la résignation présente dans sa voix fait de son mieux pour briser les côtes de Steve, même s'il y autre chose, en dessous, de l'espoir, peut-être. « -Ca serait bien, quand même.

-Voilà, tu vois. »

Ils finissent par rentrer ensembles, une fois que le soleil a commencé à plonger derrière les plus grands buildings à l'horizon, et que le vent commence à devenir plus frais, et si Bucky garde ses distances, elles ne sont plus strictes et artificielles. Quand ils passent à nouveau devant le magasin, Bucky s'arrête.

« -On a pas prit de jeans, dit-il, mal à l'aise, et ses ses yeux évitent ceux de Steve, mais Steve n'est pas né de la dernière pluie et il est capable de voir une offre de paix quand il en voit une. « -Trouve une paire qui te va, et je promet que je te laisse tranquille, » dit-il, et Buck soupire, redresse le dos, mais il suit Steve sans se plaindre.

La vendeuse sursaute en les voyant, mais Bucky roule des épaules et lui sort son plus beau sourire de tombeur, et ils finissent par sortir du magasin avec une remise et une carte cadeau. Steve est mort de rire, jusqu'à ce que Bucky modifie sa trajectoire pour le heurter et manquer de l'envoyer dans un lampadaire.

Ils n'en parlent pas une fois à la maison, mais puisque Steve n'est pas du genre à sauter comme un fou dans une piscine tout habillé, il laisse couler. Cela ne revient pas dans la conversation jusqu'à une autre promenade, cette fois sans but parce que Bucky – comme c'était le cas de Steve – doit s'habituer au temps libre sans avoir chaque minute de leur emploi du temps dévoué à une tâche spécifique.

Plus le temps passe, plus il ressent le besoin de se lever et de faire quelque chose; le psy de Bucky a suggéré les promenades, Steve a suggéré d'avoir de la compagnie, et donc ils font les deux en même temps.

Steve s'apprête à lui demander ce que Bucky veut manger à midi, quand Bucky s'arrête sur place, sa main venant agripper le coude de Steve.

« -Tu as vu ça ? » demande-t-il et sa voix est un murmure enroué, un mélange de terreur, de choc et d'incrédulité totale.

« -Vu quoi ? »

Steve pivote sur lui-même et essaye que ça ne soit pas trop flagrant.

Il y a un vendeur ambulant qui vend des photos hors de prix, près d'un autre homme avec une table pleine de foulards, un couple avec un enfant dont le visage est plein de glace, et un ado qui a plus de tatouages que ça devrait être possible et légal pour quelqu'un qui semble encore avoir besoin du consentement parental.

« - Buck, je ne...

-Ces deux là, dit Bucky, avec un mouvement du menton vers le couple. Est-ce qu'ils sont fous ? »

Steve cligne des yeux.

L'un des deux est accroupit près de la poussette, et fait de son mieux pour essuyer le visage de l'enfant, l'autre parle rapidement par l'oreillette bluetooth qu'il porte.

«-Oh, dit Steve; apparemment les Soviets n'avaient pas ce genre de technologie. Il se laisse aller, soulagé, devant l'innocence de tout ça, même si, wow, Bucky est sur les nerfs aujourd'hui. Peut-être devraient-ils faire de nouveau une promenade dans le parc. « -Il n'est pas fou, il parle à une oreillette.

-Pas l'oreillette ! J'ai été au SHIELD, je connais le bluetooth, et ce n'est pas... pour l'amour de dieu, Steve, est-ce que je suis fou ? siffle Bucky entre ses dents. Bordel, Steve, ils sont en couple, ils ont un bébé, et ils sont en public, est-ce qu'ils veulent se faire tuer ? » Ses yeux sont écarquillés, et blancs au bord. « -D'accord, okay, les vendeuses peuvent plaisanter su ça, et cela ne veut pas dire qu'ils essayent de vous faire jeter dehors, mais tu ne peux pas me dire que ce qu'ils font, ce n'est pas suicidaire. »

Oh.

Steve souffle.

« -Non, ce n'est vraiment pas le cas, dit il. Enfin, je ne pense pas, pas à New York en tous cas. Il y a toutes sortes de couples avec des enfants, Buck, il y en en partout dans les défilés. Je crois même qu'ils ont leur propre groupe pour défiler.

-Défilés, Bucky lui lance un regard vide, sans comprendre : Il y a des défilés ?

-Eh bien, oui, je les ai vu à la télé, aux infos. »

Steve choisit de ne pas parler de son implication involontaire à Bucky, puisque cela ne compte pas vraiment, de toute façon.

« -Ca dépend de où tu te trouves. Je ne vais pas te mentir, ça n'est pas accepté partout. Mais ici, personne ne va venir et leur prendre leur enfant, ou quoique ce soit. » Il fait un petite sourire à Bucky. « Tu devrais voir tous les petits enfants métisses qui courent partout dans le parc.

-Jesus, » dit Bucky, et apparemment Soeur Catherine sort de sa tombe pour le frapper derrière la tête, parce qu'il sursaute et se frotte la nuque avant que Steve dise quoi que ce soit. « -T'as raison, ce monde est devenu cinglé, dit-il en secouant la tête.

-Quoi, on a posé le pied sur la lune en 69, dit Steve, c'est pas si tiré par les cheveux que ça nous ait pris que 40 ans pour autoriser un couple de mecs à adopter un enfant s'ils en ont envie. »

Bucky renifle et laisse tomber. Devant eux, le type au téléphone raccroche et sourit au bébé.

C'est un sujet sensible, et pas un de ceux que Steve veut aborder, pas quand il n'est pas lui-même sûr d'où il va avec ça. Il a eu du temps pour s'adapter à ce nouveau siècle, aux nouvelles façons de penser – et à celles qui n'ont pas changé, même en 70 ans, la bonne vieille Amérique fidèle et véridique dans sa bigoterie – mais d'une manière abstraite, détachée. Il se dit que c'est parce qu'il est intéressé par la socio-politique, ce qui est logique puisqu'il est un super-héros chargé de représenter toute la nation, mais Steve se connait mieux que ça.

Il se connait assez pour savoir que, être lâché quelque part où les vendeuses cherchent à avoir un pourboire en complimentant un type sur son petit ami sexy, et où un couple peut se promener dans la rue avec leur adorable bébé adopté, cela n'efface pas magiquement 20 années passées à grandir dans l'époque où il a grandit.

Sans compter que n'importe quel soldat sait comment fermer les yeux sur une pensée destructrice, sinon il y aurait bien plus de dépression sur le champ de bataille et peut-être quelques batailles de Passchendale (2) de moins, quelques parties de soccer au son de douce nuit de plus, qui sait.

Le fait est que, oui il a été dans ce nouveau soi-disant siècles « des lumières » ou millénaire même, prenez une seconde pour y penser, pendant plus d'un an, mais c'était sans Bucky, et en-dehors de quelques jours où il finissait pas regretter de métaboliser l'alcool trop vite en tant que super-soldat, Steve ne se laissait pas y penser. Quel intérêt de lancer une bouée de sauvetage à l'eau quand le nageur s'est déjà noyé ?

Avec Bucky de retour, ces questions ont recommencées à traîner dans sa tête, et les verrous qu'il avait placé sur tant de parties de son esprit ont commencé à chercher des clefs. Pourtant, pour l'instant, c'est pas encore le moment. Pas encore. Il suit le tempo de Bucky, quoique cela veuille dire, et rien n'arrivera – si, en effet, Bucky veut que quoi que ce soit arrive, si Steve lui-même veut que quoique ce soit arrive, ce n'est comme s'il s'était donné du temps pour y réfléchir – rien ne se passera si quelqu'un précipite les choses.

C'est pour ça que Steve se retrouve à perdre son sang froid, un soir, à la Tour Avengers, quand les plaisanteries de Clint et Tony vont un peu trop loin.

« Okay, écoute, » dit brusquement Tony, alors qu'il sont supposé regarder un film, mais il date des années 70 et Steve est fatigué du cynisme et de la colère et il a tendance à ne pas vraiment regarder, donc il accueille la distraction avec soulagement, même si Tony a sa tête de guerrier. « -Il n'y a pas moyen de demander ça poliment, mais je regardais le pot des paris, et j'essayais de me débarrasser de quelques vieux paris, et je ne pense pas que ça se résoudre autrement, donc...

-Quoi ? Demande Bucky, se penchant en avant, et Steve en profite pour replier un peu son bras et re faire circuler le sang, pas qu'il se plaigne, jamais jamais. Vous avez un pot de paris, et vous ne m'avez pas compté dedans dès que je suis sorti ? C'est cruel, Stark.

-Miss America ici présent n'est toujours pas dedans, dit Tony et Steve lève les yeux au ciel. On lui en a parlé, mais il a dit qu'il n'était pas intéressé.

-J'aurais pu l'être, si le pari du moment n'avait pas été si Bruce pouvait ou non avoir une relation sexuelle sans que son rythme cardiaque explose et fasse venir l'Autre.

Steve pince les lèvres. Il a un certain sens de l'humour, comme tous le monde – Bucky est capable de le faire rire assez longtemps pour que les muscles de son estomac lui fassent mal et que ses poumons brûlent – mais il n'est pas raccord avec celui des habitants de la Tour. Leur humour est méchant; même lorsque c'est drôle, il y a toujours un arrière goût de mauvais esprit. L'humour du vingt-et-unième siècle est bien plus cynique qu'avant; c'est comme si personne ne peut rire sans que quelqu'un d'autre en fasse les frais.

« -Oh, c'est gentil, dit Bruce, mais son ton est doux et las comme tout le reste. La réponse est oui, au fait, mais puisque je vous l'ai dit, ça veut dire que le vainqueur, qui que ce soit, doit partager les gains avec moi. » Il fait une pause et prend une bouchée pensive de sa pizza végétarienne. « Ou au moins m'emmener dîner avant de vérifier ça, au cas où il s'agissait d'une tentative alambiquée pour me demander un rendez-vous.

-Désolé, big guy, c'est moi qui gagne, mais peut-être le prochain chou. Quoique, peut-être Pep's est dans ce genre de trucs, qui sait, je lui demanderai. » Tony donne une tape sur l'épaule de Bruce. « Je te transfèrerai des actions, ça te va ? Mais non, Steve, on a un truc en cours, pour savoir si, oui ou non, tu as, tu sais, goûté au plus grand plaisir terrestre, pour dire ça comme ça. Bruce dit non, et m'a fait la leçon sur la politique, la société, et je m'en foutais donc j'ai dit oui juste pour le faire taire. Parce que je veux dire, tu sais, Captain America, tes bras, les filles s'évanouissent à la vue de ces bras, et tu ne peux pas être assez naïf pour penser que ces tee-shirts te vont...

-Non, répond Steve sèchement, et Tony s'interrompt en pleine phrase, clignant des yeux comme s'il ne s'attendait pas à ce que Steve lui réponde. Jamais. Il se mord l'intérieur de la lèvre, jusqu'au sang, mais Bucky entre d'un centimètre dans son espace vital, son bras touche ses côtes, et Steve expire « Tu aurais pu demandé, tu sais, j'ai été à l'armée, pas au couvent. Ce n'est pas comme si je me serais évanoui en entendant la question.

Tony frappe des mains :

« -Okay, alors big guy, ça veut dire que c'est toi qui paie, je suppose.

-Ce n'est pas juste, geint Clint, enfonçant son menton dans la cuisse de Tony assez fort pour que Tony glapisse et tente lui-même une petite recalibration cognitive. Pourquoi est-ce qu'on ne donne pas tous notre argent à Bruce ? C'est un pari stupide dès le début, je veux dire, quel est l'intérêt ? C'est comme parier s'il peut ou non être bourré.

-Il pourrait être bourré, théoriquement, répond Bruce, et ils se tournent tous vers lui, même Steve. Son métabolisme est quoi, 4 fois plus rapide que celui d'un être humain normal ? Ca veut juste dire qu'il doit boire beaucoup plus vite, c'est tout. Comptez un shot par minute et il sera aussi saoul que nous, mais ça ne serait pas agréable. »

Ca a du sens, parce que les seules fois où Steve essaie vraiment d'être saoul, c'est à propos de Bucky, et c'est le genre de nuits passées seul en tête à tête avec une bouteille, à avaler des gorgées longues et lentes, en repensant à tout ce qui a mal tourné. Il n'a pas essayé de descendre tout le truc en quelques minutes. On en apprend des choses.

« -Je ne t'aime pas, dit Clint à Bruce malicieusement, t'es pas drôle. »

Etant donné qu'il occupe tout le sofa comme s'il était le seul dessus, allongé à la fois sur Tony et Bruce, avec les pieds sur les genoux de Natasha, la réplique perd de son piquant. Bruce ne semble pas le moins du monde bouleversé; il se contente de tapoter Clint dans le dos avec un geste de réconfort.

«-N'empêche, sérieusement, pour de vrai ? Dit Tony. Okay, je sais que tu as fait le effrayé-mal-nourri-maladif durant des années, mais tu vas me dire que personne n'a eu pitié et été à un rendez-vous avec toi ? Et ne me dis pas que personne ne couchait hors mariage à l'époque de la Grande Depression, parce que pitié, qu'est-ce que vous pouviez bien faire d'autre ?

Steve croise les bras, et ses doigts pianotent sur son biceps.

« Apparemment, ça doit être une surprise pour toi, mais les rendez-vous acceptés par pitié n'était pas vraiment ce que je cherchais. J'étais...j'attendais la bonne personne. Il n'y a rien de mal à ça. Les gens font toujours ça de nos jours, tu sais.

-Oui, bien sûr, les filles avec des jupes qui s'arrêtent aux chevilles et des bagues de chasteté, Tony agite la main et Steve expire par le nez. Mais allez, on est dans les années 2010 maintenant, et les règles ont changé. Tu ne peux pas te cacher derrière les années 40 et la pudibonderie ratifiée par la société ou comment t'appelles ça, et maintenant ça n'a rien a voir avec la pitié. Il n'y a pas d'excuse, Rogers, plus de virginité à protéger. C'est juste triste à pleurer maintenant.

-S'il ne veut pas, il ne veut pas, intervient Bucky, et sa voix est asséchée par l'avertissement sous-jacent. S'il veut attendre, alors quoi ? Bordel, en quoi ça affecte qui que ce soit dans cette pièce ?

Steve donne un coup d'épaule dans le côté de Bucky.

-Je n'ai pas besoin que tu combattes à ma place, soldat, dit-il, mais sa bouche s'étire en un léger sourire. Je peux gérer ça, promis.

-Ben, peut-être que je n'aime pas entendre ça non plus, refuse catégoriquement Bucky. Tu n'es pas un gamin qu'on a amené dans un magasin de bonbons et qui peut prendre tout ce qu'il veut. C'est compliqué. »

Le regard qu'il lance à la pièce fait tomber la température ambiante de quelques degrés – à moins que Jarvis soit d'accord et dramatise.

Tony marque une pause, et soudain son regard passe rapidement de Steve à Bucky.

« -Compliqué, dit-il. Okay d'accord, je comprend. Le 21e siècle est vraiment différent, avec beaucoup de possibilités que vous n'avez peut-être pas envisagé auparavant.

-Stark, intervient Natasha, en appuyant sur la voyelle et aspirant le k. Laisse tomber.

-Je dis ça comme ça ! Tony agite les mains dans l'une de ses attitudes qui veut dire tout et n'importe quoi. «Les gars, si vous voulez prendre le jet, et emprunter une de mes iles pour faire un break, promis, je dirais rien. Je le mettrai dans mes impôts comme une oeuvre charitative. Ou thérapeutique peut-être, puisque Bucky a besoin de s'acclimater au nouveau millénaire etc.

-Stop! »

Tout le monde sursaute quand Steve crie, et il a envie de s'excuser pour avoir fait dégainer son beretta à Natasha et un couteau à Clint, tous les deux sortis de nulle part, mais il y a des limites, et Steve n'en a pas beaucoup quand c'est personnel et non pas à propos de petites frappes ou d'injustices, et oui, souvent il ne sait où sont les limites jusqu'à ce que quelqu'un les traverse, mais là il y en a une.

« Tu vas laisser tomber ça. Tout de suite.

-Tout doux, Cap, dit Clint, les sourcils froncés d'avoir été surpris au point de dégainer une arme. Sérieusement, après toutes ces années, sans compter le temps passé sous la glace, tu devrais vraiment sortir, et baiser. Ca te fera du bien. Et, après tout, si le seul souci c'est de trouver le bon partenaire...

-C'est exactement ce dont je parle, claque la voix de Steve. Il se lève tant bien que mal au milieu du tas de bras et de jambes, tremblant pour de bon de colère et de peur. Peur que leurs railleries fassent ce que les innocentes remarques de la vendeuse ont presque fait : qu'elles vont faire croire à Bucky que Steve a un dessein caché et des arrières pensées et le faire prendre ses clics et ses clacs. Moi, Bucky, le sexe, l'un des trois, c'est interdit. Je n'ai pas à rester assis et à vous écouter plaisanter sur ça, et je ne vais pas le faire. Si quelqu'un a un problème avec ça, il peut venir avec moi dehors. On même aller au gymnase et régler ça tout de suite. »

Quelque chose traverse le visage de Bucky, crispant la ligne de sa mâchoire et la peau autour de ses yeux.

« -Okay, dit-il, frappant ses cuisses et se mettant debout. C'était fun, les amis, mais je pense qu'on devrait rentrer. »

Il pose sa main sur l'épaule de Steve pour essayer de le calmer, mais Steve le repousse. Il ne veut pas être calmé, pas ce coup-ci.

« -Pas avant qu'ils aient compris que ce n'est pas okay. »

Natasha se glisse sur ses pieds, rapide, féline et dangereuse comme une panthère, et immédiatement tous les hommes de la pièce croisent les jambes.

« -Ca va aller, dit-elle en lançant un regard grave à Steve par-dessus son épaule. Je vais leur expliquer. Vous, rentrez. Elle fait un léger sourire crispé à Bucky. Prend soin de lui, James. »

Steve pense qu'il ne s'habituera jamais à l'entendre l'appeler comme ça, mais Bucky se contente d'acquiescer.

« 'Vais faire ça, m'dame, » dit-il et lui fait un salut.

Quand ils quittent la pièce, il entend la voix de Natasha, qui est glaciale et terrifiante sans hausser le ton, et il se détend un peu.

« -Repos, Captain, » dit Bucky et il a l'air à la fois un peu amusé, et un peu hésitant en même temps.

Il fourre ses mains dans ses moches, tire sa manche gauche par-dessus sa main.

«-T'as un peu perdu ton calme, là-haut.

-Je ne suis pas une pièce de musée, dit Steve, et il a l'impression d'avoir des fourmis qui rampent sous sa peau. Mes -choix – n'ont pas à être discutés. »

Bucky se passe la langue sur les dents.

« -Je croyais que tu disais que ce n'est plus un problème.

-Pas un problème, l'intimité ? Non, non, ce n'est pas un problème, pas pour les autres je suppose, mais ça l'est toujours pour moi.

-Pas ça, Bucky grimace, agite vaguement une main entre eux. Tu sais. Ce qu'ils sous-entendaient. Ce que les gens ont toujours sous-entendu, déjà quand j'avais le droit de leur foutre un pain pour ça.

-Oh. Steve passe une main dans ses cheveux, y entortille ses doigts. Oh, ça non. Ce n'est pas... Ils ne sont pas en train de..juger ou quoi. La seule relation sexuelle critiquable de nos jours c'est de ne pas en avoir, je crois, mais ce n'est pas.. agh. Il avale sa salive, et essaye d'organiser ses pensées un peu plus que le chaos actuel. Ce n'est pas un problème, mais je ne veux pas qu'ils disent ça sur nous, Buck. Ce n'est pas ça. Ce n'est...ca ne va pas.

-On dirait que tu vas devoir choisir où se trouve ta tête, Cap, dit Bucky.

Ca fait deux fois qu'il l'appelle Captain, et zéro fois Steve, ce qui apprend à Steve que l'humeur de Bucky a changé de la même manière que le ton soudain cassant.

« - Non, désolé, j'ai compris. C'est okay, mais juste pas pour toi, et ils devraient arrêter ça. »

Steve rembobine, tente de se rappeler ce qu'il a dit. Ils parlent plus de ce-dont-ils-ne-doivent-pas-parler qu'il ne l'aurait jamais imaginé, mais Bucky est toujours là au moins, il n'a pas couru se cacher en montagne, n'a pas dégainé un couteau, et c'est déjà ça.

« -Non, je...ce n'est pas ce que je fais, avec toi. La pression augmente dans sa poitrine, et il doit faire comprendre ça, au moins ça, à Bucky. Ce n'est pas comme ce qu'ils insinuaient. Je ne suis pas ici avec toi parce que j'attends une sorte de, je sais pas, remboursement en nature, pour mon temps et mon attention. Mon meilleur ami est de retour d'entre les morts, et ils prennent ça comme si j'étais le genre de gars qui pense que, parce qu'il paie le repas à une fille, la fille lui doit quelque chose. Je ne veux pas que tu penses que j'essaye de te manipuler, ou de te pousser à quelque chose. Ce n'est pas le cas. Je t'ai perdu sur ce train, et j'ai failli de te perdre avec le lavage de cerveau, et je ne vais pas te perdre parce que mes amis pensent que c'est drôle de dire que je te garde près de moi juste dans l'espoir que tu me rembourses avec... comme ça. Je ne veux pas que tu soupçonnes tout ce que je fais et que tu croies que j'ai des arrières pensées. »

Bucky le fixe, cligne des yeux plusieurs fois avant d'arriver à dire quelque chose.

«-Uh, Steve. Il avale sa salive, s'éclaircit la gorge. Est-ce que tu... t'inquiètes que je puisse penser que tu essayes de, euh, abuser de moi ? Parce que … sa voix s'étouffe dans un rire hystérique qu'il essaie de réprimer, mais cela ne fait qu'empirer les choses en envoyant le son dans son nez. « Steve, allez.

-Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ? Questionne Steve, mais Bucky rit, il est mort de rire, le genre de rire qu'il le fait se pencher en avant et se tenir les mains sur les cuisses, le genre de rire que Steve n'avait entendu depuis très très longtemps. Je voulais juste que tu ne trompes pas !

-Wah, je suis content que tu ais mis ça au clair, parce que, mec, je commençais à croire que je devais surveiller mes arrières. Bucky tape l'épaule de Steve. Ca va, je te le jure. Je me suis mis en colère à la Tour juste parce que c'était clair que ça te tapait sur les nerfs, et ce n'est pas parce que tu es plus grand et que tu n'as plus besoin de moins pour te battre que je peux laisser tomber. Il hausse les épaules, presque penaud. Désolé.

-Ca va, dit Steve qui passe une main sur ses yeux.

-Yeah. »

Steve jette un coup d'oeil à Bucky ,surpris par la chaleur dans sa voix, et Bucky lui fait un large sourire en coin, qui ressemble tellement à son ancien sourire insouciant que Steve en oublie de respirer. « Oui, ça va. »

(1) Dungan est un membre du Howling Commando, qui porte toujours un chapeau melon dans les comics et qui apparaît aussi dans le film. Jim est un prénom courant et je suppose qu'il est aussi membre du commando dans le film ou les comics à un moment donné.

(2) Ou troisième bataille d'Ypres, bataille durant la Première guerre mondiale qui causa énormément de morts ( pour pas grand chose, sous la pluie et dans la boue etc )