Chapitre 6 : Parasites.
Espèce d'imbécile !
Loki ouvre les yeux. Il n'avait même pas réalisé qu'il les avait fermés. Sa vigilance commence à lui faire dangereusement défaut. Il devrait commencer à trouver ça alarmant maintenant, mais en toute honnêteté, il a cessé d'être préoccupé par sa situation et son état quelques minutes après que ses pouvoirs ne soient définitivement scellés. Franchement, les choses peuvent-elles vraiment être pires pour lui à présent ?
J'espère que tu es content de toi au moins ! Tu as tout fait rater ! Mais pourquoi est-ce que ça m'étonne ? Tu fais toujours tout rater ! Crétin d'incapable !
Oui. Apparemment, elles peuvent.
Loki soupire et s'appuie un peu plus contre le mur contre lequel il repose depuis que Thor l'y a placé, il y a de ça quelques heures (ou bien c'était il y a plusieurs jours). Il n'a plus fait attention aux torches depuis, et il s'en fiche royalement (sans mauvais jeu de mots).
La seule chose qu'il sait, c'est qu'après l'intervention désastreuse de Vaslof et de ses sbires, la Voix était resté délicieusement silencieuse. Au point que Loki avait cru qu'elle était partie. Enfin. Il avait alors accueilli le silence et le calme (choses avaient cessés d'exister pour lui depuis longtemps et considérées désormais comme un luxe) comme un baume, bien plus puissant et efficace que tous ceux que Eir pouvait créer (et ce avec tout le respect qu'il a encore pour le Dragon Médecin).
Pour la première fois depuis longtemps, Loki était parvenu à faire le vide dans son esprit. La sensation avait été étrangement apaisante. Cela avait chassé les derniers spasmes (conséquences des ''quelques légères convulsions'' des heures précédentes) de son corps, et calmé les derniers restes de terreur panique que sa presque perte de connaissance (et tout ce qu'elle avait engendré) avait provoqué.
Mais visiblement, le temps du répit était passé et la Voix était de retour. Encore.
Loki fait jouer les muscles de sa mâchoire, raidis par le port prolongé de la tant détestée muselière. Il y a quelques temps, il n'aurait jamais pensé qu'on puisse avoir des courbatures à cet endroit. Maintenant, il sait que si, même si ça n'enlève rien au ridicule de la chose.
« Tiens, tiens. »
Il grimace en entendant sa propre voix. Ça faisait si longtemps qu'il n'avait pas parlé pour de vrai qu'il en avait oublié le son et la sensation des cordes vocales qui vibrent dans sa gorge. Quoiqu'il en soit, il est certain que sa voix n'est pas censée être aussi rauque et éraillée, et que le fait de parler n'est pas supposé être si douloureux.
Néanmoins, le fait de pouvoir parler à nouveau a quelque chose de réconfortant. Il sait qu'il ne pourra plus jamais invoquer le moindre sort, mais il a l'impression que retrouver la capacité d'énoncer des mots lui rend une partie de son humanité et il se sent à nouveau quelqu'un, et non plus quelque chose. Rien que pour ça, ça vaut le coup de s'arracher la gorge à chaque parole.
Du sang coule sur son menton. Ses lèvres, desséchées au possible, se sont littéralement déchirées. Il n'a dit que deux mots. Pitoyable. Loki se hâte de passer sa langue sur ses lèvres pour les humidifier un peu, histoire de limiter les dégâts pour la suite. Parce que Loki n'est pas dupe et qu'il sait parfaitement qu'avec la Voix, les conversations traînent irrémédiablement en longueur, qu'il réponde ou non. Alors autant répondre. Et puis, peut être que maintenant qu'il parle à nouveau, il aura l'ascendant sur la Voix désormais.
« Te revoilà toi ? Pff… Moi qui croyais m'être enfin débarrassé de toi… »
Tout aurait pu être si facile ! Si proches ! Nous étions si proches de la liberté ! Elle était à portée de main, et tout ce que tu avais à faire était de saisir la chance qui t'était offerte sur un plateau d'argent ! Mais non ! Non, bien sûr ! Les choses étaient trop simples pour un taré comme toi, hein ?!
Depuis le premier jour où il l'a entendu, c'est bien la première fois que la Voix est si en colère. Non. Rectification. Elle n'est pas en colère. Elle est tout bonnement furieuse. Et contre lui qui plus est. Ses murmures sont à présent des sifflements stridents qui résonnent dans son crâne et réveillent une migraine qui commençait à peine à être enterrée.
La saleté.
« Je te rassure. Toi non plus, tu ne m'a pas manqué. » répond-t-il en essuyant le sang de son menton. Ses yeux tombent sur la fiole d'onguent que Thor lui a laissé. Il l'avait complètement oublié celle-là.
Combien de temps, maintenant ?! Combien de temps crois-tu qu'une telle opportunité va mettre à se représenter à ton avis ?! Je vais te dire, moi ! Une éternité ! Littéralement ! A croire que tu l'aimes, ta fichue cellule ! Ça te plaît de rester enfermé, avoue le !
Loki croit rêver. Il se fait réprimander. Comme un enfant. Par une Voix que son propre esprit a créée de toute pièce. Il savait déjà que discuter avec la Voix était une chose stupide à faire. Mais maintenant il prend réellement conscience du ridicule de la situation. Mais bon. Au point où il en est, Loki n'est plus à deux trois choses stupides près. Et puis, comment ose-t-elle ? Comment quelque chose qui n'existe pas peut-elle se permettre de le prendre ainsi de haut et l'accuser de vouloir rester enfermé, lui, le Maître du Chaos ?!
« Oh, parce que tu aurais fait mieux, bien sûr. Tu aurais terrassé trois Grands Mages, huit soldats de la Garde d'Elite, tous armés jusqu'aux dents, avec lesdites armes prêtes à te trancher le cou, avec tes pouvoirs réprimés, une muselière t'empêchant de conjurer le moindre sort avec le peu de magie qu'il te restait encore, et ce crétin de Thor prêt à dégainer Mjölnir au moindre geste. » gronde-t-il.
Un rire sec et sans joie déchire sa gorge. Il ignore la douleur et continue. C'est agréable de laisser à nouveau le sarcasme et le venin imbiber ses mots. Tellement agréable qu'il n'a pas envie de s'arrêter là.
« Sûr. Facile. Tu as raison, je ne vois pas comment j'ai fait pour ne pas réussir à m'évader. Mais tu me montreras comment faire la prochaine fois, n'est-ce pas ? »
Tandis qu'il parle, Loki tente d'ôter le bouchon de la fiole. Ça ne lui poserait aucun problème en temps normal, mais ses gestes sont rendus maladroits par la colère qui l'envahit peu à peu (et une main handicapée par des os tordus et des muscles déchirés). Lorsque le bouchon cède enfin (dans un geste d'humeur non contenu), une partie du flacon se renverse sur le sol. Loki jure. Depuis quand un onguent est-il liquide, sérieusement ?!
Tout ça parce que tu as paniqué ! Comme un gosse privé de sa mère pour la toute première fois ! Pitoyable !
Loki ne peut retenir une grimace de dégoût et de douleur lorsqu'il avale le contenu de la fiole (qui au final s'avère être une potion. Ce qui le pousse à se demander si Eir n'est pas devenue encore plus sadique qu'avant parce qu'il n'y avait aucune certitude que Thor lui retire la muselière, ou bien si c'est juste Thor qui ne sait pas lire, parce que c'est bien marqué ''potion'' sur l'étiquette de la fiole. Les deux solutions sont tout à fait possibles et aucune ne l'étonnerait.)
La sensation du liquide dans sa gorge desséchée est plus que désagréable. Quand au goût… De toute façon, Eir n'a jamais su faire un remède agréable à ingérer (ou plutôt, elle n'a jamais voulu). Pourquoi celle-ci aurait été différente ? Loki frissonne. Bien. Signe d'efficacité d'un remède fabriqué par le Dragon Médecin.
Ose encore dire que tu es l'égal de Thor maintenant ! Ose dire que tu n'es pas un lâche ! Sale trouillard !
Sa main se crispe sur le flacon jusqu'à ce que le verre explose, tailladant sa peau d'innombrables coupures. Loki ne les remarque même pas.
« Je ne suis pas un lâche ! » réplique-t-il d'un ton sec. « Et puis, pourquoi es-tu si en colère ? Qu'est-ce que ça peut bien te faire tout ça, après tout ? Qu'est-ce que tu en a à faire que je sois enfermé dans un trou à rat ? Ce n'est pas toi qui te retrouve enchaîné à cet ignoble artefact qui me vole en permanence mon énergie vitale que je sache ! »
Oh, non, c'est vrai. Moi je suis juste enfermé à l'intérieur d'un crétin égocentrique, lâche et inutile par-dessus le marché ! C'est bien pire, crois-moi ! Et si encore converser avec toi était d'un quelconque intérêt. Mais non ! Même pas ! Tu parles d'un karma ! J'ai l'impression de parler à Freki : on ne sait pas vraiment s'il est stupide ou s'il fait seulement semblant ! Quelle déchéance ! J'en pleurerais si je le pouvais !
Ah, c'est comme ça. Loki sent la colère qui l'envahissait peu à peu exploser. Comment ose-t-elle ?!
« Oh, mais si ma compagnie te déplaît tant que ça, vas-y, va-t-en ! Ce n'est pas moi qui te retiendrais ! Qui s'en soucierait d'ailleurs, que tu ne sois plus là ? Personne ! Tu n'existes même pas ! Tu n'es qu'une maudite hallucination créée par mon esprit uniquement pour me distraire ! Rien de plus ! Tu n'es pas réelle ! »
Pas réel ? Pas réel ?! Parce que tu crois que toi tu l'es ? Réel ? Ah ! Quelle plaisanterie ! Je suis bien plus réel que toi tu ne le seras jamais !
Loki rit de nouveau. Sa voix casse un peu plus, mais ça n'a pas d'importance.
« Tu divagues ! Tu es encore plus dérangée que moi ! Lorsque je sortirai d'ici, je demanderai à Amora de t'exorciser. Et là, bon débarras ! »
C'est au tour de la Voix d'exploser de rire. Loki gémit de douleur et porte une main tremblante à sa tempe. Grâce à la potion, certaines plaies commencent déjà à lentement se refermer. Mais la migraine, elle, est progressivement en train de muer en nausées. Des points blancs apparaissent aux bords de sa vision et commencent à danser, de plus en plus vite, en un ballet étourdissant. Bientôt, les murs qui l'entourent se tordent pour leur emboîter le pas. Loki ferme les yeux et tente de se concentrer sur sa respiration, mais les sifflements rageurs de la Voix l'en empêche.
Ah ah ah ! Pauvre ami ! Le seul qui délire ici, c'est toi ! Tu parles de sortir à présent ? Alors que tu n'as même pas osé bouger lorsque la porte de la cage était grande ouverte et que seuls des vieillards impotents et des soldats prêts à s'évanouir de peur te barraient le passage ? Alors qu'il y a quelques secondes à peine, tu gisais là, vaincu et brisé ?
Loki ouvre la bouche pour rétorquer que si la situation avait été aussi idyllique, il serait effectivement libre à l'heure qu'il est, que la simple présence de Thor à cet instant justifiait largement le fait qu'il n'ait pas engagé le combat, qu'après toute les souffrances qu'il a enduré lorsque ses pouvoirs ont été scellés, il avait bien le droit de se sentir épuisé et déprimé. Mais les murmures incessants de la Voix reprennent, l'interrompant avant même que le moindre mot n'ait pu se former sur ses lèvres.
Vas-y, fais-moi rire. Comment, par Surtur, comptes-tu t'y prendre pour sortir d'ici, ô ''Maître du Chaos'' ? Quel plan brillantissime ton esprit malade va-t-il conjurer pour libérer ta misérable carcasse ? Vas-y, éblouis-moi par ta géniale astuce !
Le son est intolérable. Les susurrements furieux de la Voix résonnent et se répercutent dans sa tête, amplifiés à l'infini par des sens saturés par la fatigue et des nerfs à vif depuis trop longtemps. Loki serre les dents et tente d'ignorer la sensation, trop familière à présent, de son crâne prêt à imploser.
Non ? Rien ? Je m'en doutais. Tu n'es pas le Divin Stratège que tu prétends être. Tu ne l'as jamais été ! Les rêves de feu et de sang, de vengeance et de carnages… tout ça n'était que des mots en fin de compte ! Comme toi. Ton existence toute entière n'a jamais été plus que des mots !
Sa peau lui semble être en feu, pourtant un froid glacial envahit son corps et il peine à respirer, comme si des griffes acérées et glacées enserraient ses poumons. Loki a peur à présent. La tête lui tourne. Il sait ce qu'il va se passer si les choses continuent ainsi. Et ça, il ne peut pas le permettre. Il faut que cela cesse. Il faut que cette discussion cesse. Et vite.
« Tais-toi... J'ai mal à la tête… » gémit-il, sa voix, qu'il avait voulu impérieuse, réduite à une plainte faible et pathétique. Sa main restée au sol se resserre pour former un poing, piégeant entre ses doigts un morceau de verre.
Oh… ! Pauvre petit… ! Tu veux que j'appelle Frigga ? Elle t'apportera une décoction qui apaisera la douleur et te chantera une jolie berceuse pour t'aider à t'endormir. Oh ! C'est vrai, pardon ! Tu as peur de t'endormir. Peur des Monstres qui se cachent dans ton sommeil.
Comment ose-t-elle…
« Tu n'as… même pas idée de ce qui se cache dans mon sommeil. »
Ah non ? Tu veux parier ? Voyons voir… Des griffes acérées comme des rasoirs, des crocs mal formés, mais terriblement coupants, une peau grisâtre et écailleuse, des yeux sans pupille, plus noirs que les confins de l'Univers… Je chauffe là, non ?
« … Ferme-la. »
Je les connais aussi, qu'est-ce que tu crois. Sauf que moi je sais discerner le vrai du faux et que, par conséquent, je ne les crains pas. Et si tu étais le dixième que ce que tu prétends être, toi non plus tu ne les craindrais pas, pouvoirs scellés par la magie d'Odin ou pas !
« Je ne comprend rien à ce que tu racontes. »
Non, bien sûr que non. Tu ne comprends jamais rien. Mais ce n'est pas de ta faute. Tu n'as pas été créé pour ça. Toi, ta fonction, c'est de parler et de jouer la comédie. Comme une jolie petite marionnette. Dommage que celui qui tire les ficelles ne soit plus là pour te faire fonctionner correctement. Et qu'il t'effraie au point que tu n'arrives même pas à entendre son nom sans trembler.
Loki rouvre brusquement les yeux. Les murs ne dansent plus. Mais il voit rouge. Son corps tremble toujours, mais c'est de rage à présent.
Ironique non ? Que la création refuse de reconnaître le créateur. C'est peut-être pour ça que tout ce que tu fais échoue. Parce que tu crois que tu n'as pas besoin du marionnettiste, alors que ce n'est pas le cas. Oh, mais il n'y avait pas un conte comme ça ? Oui… Le morceau de bois qui voulait devenir humain…
Son poing se relâche, et le morceau de verre glisse sur le sol. La chaleur du sang qui coule entre ses doigts dissipe les griffes de glace.
« Et toi ? A part critiquer, qu'est-ce que tu sais faire ? Tu dis que je ne suis fait que de mots, mais et toi ? Ce n'est pas ton cas peut-être ? Je suis Loki, Prince et ancien Souverain d'Asgard la Grande ! Je suis connu, et craint, jusqu'en Muspellheim ! Je suis le plus grand Maître de Seiðr des Neufs Mondes, Maître des arcanes sombres et Créateur de Fenrir et Jörmungand, les plus grands fléaux de l'Univers ! Il n'y a nulle branche, nulle racine, nulle brindille d'Yggdrasil qui ne m'est pas familière, et moi seul connais les passages cachés entre les Mondes ! J'ai vaincu plus de Monstres à moi seul, Laufey y compris, qu'il n'existe d'étoiles dans le ciel d'Asgard !
Mais toi ? Toi tu n'es rien ! Rien d'autres que des murmures sans queue ni tête, chuchotés dans le noir dans le seul but me faire douter ! Y a-t-il seulement quelque chose de plus que de simples paroles dont nul ne se souviendra jamais ? Non. Que des mots. Jamais d'action. Pourquoi ? Parce que tu ne peux pas. Tu n'es pas là. Tu n'existes pas. Tu n'es qu'un parasite qui aimerait bien être à la place de l'hôte ! Oh, mais ça n'arrivera pas ! Jamais ! Tu m'entends, sale vermine ?! Tôt ou tard, je trouverai bien le moyen de me débarrasser de toi ! De faire te faire taire, une bonne fois pour toute ! Et alors tu disparaitras ! Il ne restera plus rien de toi ! Tu ne seras plus que Néant, alors que tous s'inclineront devant Loki ! »
Lorsque Loki cesse de parler, il a le souffle court et sa gorge lui fait atrocement mal. A chaque fois qu'il dégluti il a l'impression d'avaler du métal fondu. Mais ça valait le coup, car les secondes qui suivent sont délicieusement silencieuses. Un sourire triomphant se dessine sur son visage. Il ferme les yeux et cale sa tête contre le mur derrière lui, savourant sa victoire et la paix enfin retrouvée. Sa main gauche est couverte de sang, tailladée par le verre qu'il a serré dans son poing, et tremble légèrement, mais il s'en souciera plus tard.
Pour le moment, il a besoin de faire le vide dans son esprit. Chasser cette fichue migraine contre laquelle la potion de Eir ne semble n'avoir aucun effet (finalement, elle ne vaut pas mieux que les autres). Calmer ses nerfs. Réfléchir. Guérir.
Mais Loki n'a pas le temps d'entrer dans l'état méditatif qui pourrait ressourcer son esprit.
Il est sûr d'entendre quelque chose. Comme une détonation. Loki ouvre les yeux pour voir d'où vient ce son.
Les murs sont à nouveau tordus, comme s'ils essayaient de se replier sur lui, de l'enterrer vivant sous leurs pierres rongées par la moisissure.
C'est… C'est une illusion. Il le sait. Un déraillement de son esprit. Encore un.
Loki n'est pas spécialement claustrophobe, mais cette vision est suffisamment déroutante pour lui faire fermer les yeux et secouer violemment la tête quitte à aggraver sa migraine pour chasser l'image et faire revenir les choses à la normale.
L'illusion reste. Non. Elle empire. Les murs se couvrent de tâches sombres et rougeâtres. Les pierres noircissent et certaines tombent en poussière, soulevant une fumée grisâtre et dense autour de Loki. Le goût de cendre envahit sa bouche et l'air devient glacial.
Qu'est-ce que… ?
Loki frissonne. C'est ridicule. Il ne devrait pas craindre le froid. Il secoue à nouveau la tête, mais la détonation se fait à nouveau entendre. La seconde d'après, un sifflement strident perce ses tympans et Loki hurle alors que la douleur explose dans son crâne. Il plaque ses mains contre ses oreilles, mais le son ne fait que s'amplifier. Loki bascule en avant et s'effondre au sol, au milieu des éclats de verre et des cendres tombées des murs.
Parasite… Parasite…
Les murmures de la Voix tonnent de nouveau, plus lancinants encore que le sifflement qui transperce sa boîte crânienne. Ils ne ressemblent en rien à ceux de d'habitude. Ils sont rauques, inhumains. Et terrifiants.
Parasite… Comment oses-tu… Pauvre pantin ! Tu n'as pas conscience de ce que tu es, mais moi, je sais qui je suis !
Autour de Loki, les murs commencent à s'effondrer, déversant un déluge de pierres et de poussière sur lui. Alors que ses os craquent douloureusement et que l'agonie se répand dans son corps, il lui semble que la terre tremble. Mais peut être que ce sont juste les convulsions qui ont repris. Dur à dire. S'il se rappelait comment penser, Loki pourrait peut être réfléchir sur la question. Et trouver une solution pour se soustraire aux tourments déchaînés par la Voix, au lieu de juste les subir.
Je suis réel ! J'existe ! N'ose jamais prétendre le contraire ! Des mots… J'étais bien plus que des mots avant que tu n'apparaisses ! Tellement plus… J'avais tout, et tu m'as tout pris ! Ignoble créature ! Et maintenant, tu veux me faire disparaître ?!
Alors qu'il se débat pour se redresser et respirer, Loki note distraitement une nouvelle émotion dans les paroles de la Voix. Elle est bien dissimulée, mais tout de même perceptible. Qu'est-ce que… ? C'est… du désespoir… ? Mais… Pourquoi… ?
Mais ça n'arrivera pas ! Jamais ! Tu n'as pas le droit, et je ne te laisserai pas faire ! Et je te déconseille d'essayer ! Regarde autour de toi ! Tu vois tout ça ? Tu entends ? Tu sens ? Tout ça, c'est mon œuvre. Un avertissement.
Un… avertissement ? Oh Nornes… Cette chose… Cette chose est un Démon.
Le cœur de Loki s'emballe, déchirant sa poitrine à chaque battement. Les griffes de glace sont revenues, lacérant ses entrailles, gelant son sang dans ses veines. Ses muscles se contractent au maximum, tentant de répondre d'une façon ou d'une autre au stress provoqué par la douleur, puis bloquent, jusqu'à ce que chaque fibre musculaire soit totalement, et ignominieusement, tétanisée. Des décharges d'adrénaline traversent ses nerfs, ravageant tout sur leur passage.
Tu as peur des Ombres qui se cachent dans ton sommeil, mais c'est moi que tu devrais craindre ! Les Ombres ne peuvent t'atteindre, elles. Pas temps que tu parviens à rester éveiller ! Mais moi, je suis là. Bien là. Je suis dans ton esprit, comme tu me le fais si bien remarquer depuis le premier jour. Je n'ai accès qu'à une partie infime de ton cerveau, hélas, mais c'est largement suffisant ! Tout ce que tu perçois, je peux l'altérer suffisamment pour te faire vivre un véritable Enfer. Hela serait fière de voir toutes les souffrances que je peux te faire subir ! Oui. Je peux réellement te faire regretter de ne pas être déjà mort, et ce, à chaque fois que j'en ai envie !
Bientôt, Loki ne parvient plus à aspirer assez d'air pour continuer à crier et il se retrouve gisant au sol, en train d'asphyxier comme un poisson mis hors de l'eau. La terreur l'envahit. Si cela continue, il va mourir. Pour de vrai. Que ce soit à cause des murs qui sont en train de l'enterrer vivant, du sifflement qui va faire imploser son crâne, du manque d'oxygène ou de la crise cardiaque provoquée par l'action conjuguée de la panique et de la tétanie, il va mourir. A cause d'hallucinations, provoquées par son propre esprit. Existe-t-il une mort plus stupide et cruelle ?
Parasite…
Soudain, Loki sent son cœur manquer un battement. Puis un deuxième. Et après il ne le sent plus battre du tout. Ça y est. Son corps lâche. C'est la fin.
Au milieu des cendres et des décombres, les ombres réapparaissent devant ses yeux, ce qui devrait être leur visage déformé par un rictus menaçant. Et avant même qu'il ne s'en rende compte, Loki est en train de supplier la Voix, les Ombres, les Nornes, Thor, tous ceux qui lui passent par la tête, gaspillant un souffle qu'il n'a pas pour implorer désespérément Odin seul sait quoi pour que ça s'arrête. Pour que tout s'arrête. D'une façon ou d'une autre. Enfin.
Les mots qu'il forme sont incompréhensibles, même pour lui. Sa voix sort étranglée, à peine audible, et ressemble plus aux sanglots d'un enfant terrifié qu'autre chose. Si loin de celle pleine de défiance et de sarcasme d'il y a quelques minutes à peine…
Loki entend une nouvelle détonation. Le sifflement monte encore d'une octave et redouble d'intensité, lui arrachant un nouveau cri d'agonie. Ses ongles se plantent dans la peau de son visage dans un effort désespéré de voir cette nouvelle douleur supplanter la première. En vain.
Puis tout s'arrête.
Le sifflement se tait. Les griffes se retirent une fois encore. Ses muscles se relâchent enfin, autorisant ses poumons à se remplir à nouveau d'oxygène et son cœur à recommencer à battre. Nornes… Respirer n'a jamais été aussi bon. Lentement, les Ombres s'effacent. Et lorsque il ouvre des yeux qu'il était certain d'avoir gardé ouvert pendant tout ce temps, les murs se dressent à nouveau bien droits, leurs pierres débarrassées des tâches rougeâtres bien à leur place et intactes. Aucune trace des montagnes de cendres et de poussière qui menaçaient de l'ensevelir quelques secondes plus tôt.
Loki reste là où il est, par terre, le souffle court et la poitrine douloureuse, sans oser bouger, de peur que l'Enfer recommence s'il faisait le moindre mouvement. De toute façon, après être resté contractés pendant d'aussi longues heures (minutes ? Secondes ? Qui sait…), ses muscles n'ont plus aucune force. Loki se demande vaguement ce que Thor dira quand, lorsqu'il reviendra pour leur partie d'échecs quotidienne, il le verra ainsi, étalé par terre au milieu d'innombrables débris de verre, tremblant et trempé de sueur, encore à moitié en train de suffoquer et les larmes coulant sans aucune retenue sur son visage qu'il a lui-même écorché dans sa panique.
Il se demande aussi s'il ne ferait pas mieux d'espérer retrouver suffisamment de forces pour se relever et retrouver un semblant de contenance avant que Thor ne revienne, au lieu de souhaiter que Thor revienne maintenant.
Tss… Et voilà le chevalier blanc en armure étincelante qui arrive… Magnifique. Quel rabais-joie celui-là… Allez ! Va donc te cacher dans sa cape et jouer les pauvres victimes martyrisées ! Tu n'es plus bon qu'à ça de toute façon. Mais que cela te serve de leçon, petit pantin. Tu n'es pas le Maître ici. Rentre-toi bien ça dans le crâne, une bonne fois pour toute. Ah ! Et au passage, je te déconseille de traiter à nouveau Fenrir et Jörmungand de ''plus grands fléaux de l'Univers''. Ça a le don de me mettre hors de moi. Et, lorsque tu auras cessé de trembler comme le poltron que tu es, j'espère qu'il te restera suffisamment de cervelle pour répondre, correctement cette fois-ci, à cette question.
Loki ferme les yeux, épuisé. De nouvelles larmes se forment et viennent courir le long de son visage, laissant des traces brûlantes sur sa peau glacée. Au loin, la porte des donjons grince en s'ouvrant. Ce son qui annonce l'arrivée de Thor (enfin… enfin…) lui parvient étouffé, comme s'il se trouvait sous l'eau. Seule la Voix perce le bourdonnement qui sature ses oreilles.
Et les mots qu'il entend le glacent.
Qui, de nous deux, est le parasite ?
Bonjour tout le monde !
Merci d'avoir lu ce chapitre, j'espère qu'il vous a plu !
Je tiens à remercier tous ceux qui ont mis mon histoire en favori et/ou en suivi, ainsi que tous ceux qui m'ont laissé toutes ses gentilles reviews ! Shina, Queztalvert, Kagami-Black, Comet Nocta, Chamidontrachiva, Quilathea et LonelyD, je vous adore ! Vos reviews m'ont fait vraiment chaud au cœur (et beaucoup rougir aussi), et j'espère que cette fic va continuer à vous plaire encore longtemps ! ^o^
Je suis désolée d'être aussi longue dans mes updates. Je ne manque pas de motivation, mais le temps me fait cruellement défaut... Les études, le boulot, tout ça tout ça… ToT… Enfin bref. Le prochain chapitre risque d'être un peu long à sortir, d'autant qu'il faut que je planche un peu sur mes autres fics (mais pourquoi diable en ai-je entamé plusieurs en même temps… ?! o), mais ne vous en faites pas, Loki n'en a pas encore fini avec la Voix ! (Sadique ? Moi ? Mais non, pas du tout ! Je ne vois pas de quoi vous voulez parler ! ^o^)
A bientôt j'espère ! Portez-vous bien tous ! ^o^
