En avant pour le chapitre 2 ! Pas de reviews, mais je suppose que c'est parce que je débute. Enfin, j'espère, pour ceux qui lisent, que cela vous plaît, c'est l'essentiel :D

Chapitre 2:

- Je n'ai pas envie de monter sur scène ! M'écriai-je comme un gamin.
- Je te conseille fortement de changer de ton quand tu t'adresse à moi. Si tu souhaite survivre à cette aventure, il faudra collaborer. Sache qu'une équipe n'est rien sans respect.
- Et moi, monsieur, je vous conseille fortement de ne pas me dire comment agir, renchéris-je.

Assis sur le lit de ma chambre, je croise les bras et détourne la tête. Intérieurement, j'admire Ray, qui parvient à garder un calme olympique devant moi, qui suis insupportable, je dois l'admettre.
Il faut dire que depuis que j'ai été choisi, à la Moisson, je fais vivre l'enfer à quiconque essaie de me parler. Ils avaient d'ailleurs été étonné de voir pour la première fois quelqu'un monter sur l'estrade au District Sept sans démontrer un sentiment de peur ou de tristesse.

Mais la vérité est que je suis mort de trouille. Et aussi de ridicule. La parade, à mon arrivée, avait été un vrai calvaire, je n'étais pas du tout à l'aise derrière ces chevaux blancs et mon costume n'arrangeait rien à mon humeur : contrairement aux autres années, nous n'étions pas en arbre comme le styliste du District Sept aime tant faire. Il avait décidé de faire de nous des sortes «d'elfes » de la nature. Pour Leïla, oui, ça avait de la gueule. Sa robe courte de velours verte foncée ajustée d'un corset en or contrastaient délicieusement avec ses cheveux auburn remonté en chignon éclaté et surmonté d'une couronne de fleurs aux couleurs chaudes. Elle était franchement belle, et en la voyant, j'avais été bien content de ne pas la connaître avant pour ne pas m'être attaché à elle.
Par contre, moi, je me suis trouvé vraiment ridicule dans mon costume : pantalon beige rentré dans des bottes de chasseurs, veste verte par dessus une chemise blanche à froufrous et brassards de la même couleurs que le corset de Leïla. Mes cheveux châtains clairs avaient été dressés sur ma tête, en pics, comme dans les mangas, et nous avions même eut droit aux oreilles synthétiques d'elfes. Malgré tous les compliments que j'avais reçu, je me trouvais horrible et rien que de me voir dans les projections sur les murs me donnait envie de rire.
Nous avions tout de même eu beaucoup de succès, beaucoup plus que les tributs des années précédentes.
Mais cela n'empêche pas que je ne veux pas monter sur scène pour cette interview.

- Tu n'auras qu'à faire comme je t'ai appris : tu reste toi-même en appuyant sur tes traits de caractère principaux : l'humour et la décontraction.

Je secoue nerveusement la tête :

- Je ne suis pas décontracté.
- Fais semblant.
- Facile à dire ! Je fais quoi ? J'arrive sur scène en sautillant et je dis dans un grand sourire : « Je vais peut-être mourir ! ». Il y a de quoi être détendu, en effet.

Ray me considère, sans expression.

- T'es une grande gueule, tu te comporte comme un gosse, tu es invivable, mais je t'aime bien, gamin, déclare-t-il finalement. Tu n'auras qu'à dire ce qu'il te passe par la tête, mais évite de critiquer le Capitole, sinon je doute que tu aille loin dans le jeu.

Je hausse les épaules et continue de bouder, pour la forme. Mon mentor me pousse gentiment et m'annonce que le styliste est près pour me préparer. Je grimace :

- Je vais encore ressembler à un lutin.

Il sourit et me fait un clin d'oeil :

- Je t'ai trouvé mignon comme tout, moi. Tu verras bien ce qu'il t'attend. Il ne m'a rien dit à par que vous alliez être exceptionnels.
- Ça me rassure, lâchai-je ironiquement.

Il me tire vers la porte en disant que Leïla est déjà sur place, prête et qu'il ne manque que moi.

Narco, mon styliste, s'écarte de moi en m'admirant, satisfait de son travail. Moi, je ne peux pas détacher mon regard de son oreille où brille une émeraude gigantesque. Comment fait-il pour supporter le poids de la pierre ? Et ce n'est pas l'élément le plus étrange de sa tenue : rien que ses cheveux verts coiffés en brosse sont plutôt psychédéliques, et son ensemble en soie dorée n'arrange en rien la caricature qu'est cet homme. Il porte de nombreuses bagues aux doigts qui m'ont écorché la peau quand il m'a aidé à enfiler mon costume.

- Tu es parfait ! Beau comme un cœur ! Si je n'avais pas ma femme, je te mangerai tout cru ! Déclare-t-il en tapant joyeusement dans ses mains.

Je finis par réussir à arracher mes yeux de lui et me détaille dans le miroir géant. Je ne peux retenir un sourire en me voyant. Je porte sur mes épaules une veste en jean et une sorte de bandage en ficelle m'enveloppe le poignet droit. Le pantalon noir est décoré d'une chaîne qui me tombe sur la cuisse et est rentrée dans des Rangers très confortables, semblable à celle que j'aurai une fois dans l'Arène. Pas du tout futuriste, comme style, excepté les lunettes d'aviateurs que Narco m'a sensuellement passé sur la tête. Ça insiste encore plus sur l'aspect fou/décontracté, avait-il dit. Mieux que le costume de lutin d'il y a quelques jours, ça c'est sur.
Je ressens la pression de la foule en délire, au dessus de ma tête. J'essaie de me rappeler les conseils de Ray : rester le plus calme possible, sourire et répondre naturellement, ce qu'il me passe par la tête. Mes mains tremblent et mes muscles sont crispés.

- Détends-toi, mon choux, tout va bien se passer, je t'assure !

Narco glisse derrière moi et commence à me masser le dos. Vraiment bizarre, ce type. Mais pas méchant. Et il masse comme un dieu. Au bout de quelque minutes, il recule et me fais signe de monter dans l'ascenseur en verre. J'ai le vertige, et à chaque fois que je dois monter dans ce truc horrible, une grosse boule se forme dans mon ventre et je n'ai qu'une envie : me recroqueviller dans un coin et fermer les yeux. Mais je garde la tête haute et tente de respirer normalement, le regard figé vers le haut pour ne pas voir le sol qui s'éloigne de moi. Des acclamations me parviennent. Je sort de la machine infernale et Ray, qui m'attendais, me gratifie d'un grand sourire rassurant. Il me donne une tape amicale et me répète une fois de plus ces conseils. Je m'avance vers la scène et voit Leïla, resplendissante dans sa robe de princesse verte. Elle est présentée comme une fille maligne et elle joue le jeu de la discrétion et de la naïveté. Les autres candidats la regardent à peine, trop occupés à se juger entre eux. Finalement, le tribut féminin se lève et descend de l'estrade en saluant la foule en délire.

- Il est beau, il est frais, il est drôle, et vous l'avez remarqué dès le début, le tribut masculin du District Sept vous a fait rêver par son originalité, et je suis persuadé qu'il continuera encore longtemps. Je vous demande d'accueillir comme il se doit notre très chère ami Marthy !

Le public hurle, applaudit à s'en rompre les mains, et c'est non sans une pointe de fierté que je rejoint le présentateur qui m'enlace chaleureusement avant de m'inviter à m'asseoir. Le brouhaha cesse petit à petit et, souriant de toutes ses dents trop blanches comme il le fait à chaque fois, César commence son petit numéro.

- Marthy, Marthy, Marthy, commence-t-il en me détaillant. Comment avez-vous fait pour vous faire aimer comme cela ?
- Pas grand chose en fait, lâchai-je après quelques secondes, le regard dans le vide, comme si cette question était existentielle. Je reste juste naturel.
- Vous êtes donc naturellement beau, mon ami !

Je me penche vers lui :

- Je pense que niveau beauté vous êtes assez calé.

Il rigole, rentre dans mon jeu pour le plus grand bonheur du public.

- Ma nouvelle couleur de cheveux te plais-t-elle ?

D'un air inspiré je passe un doigt sur sa courte queue de cheval rouge.

- Pas mal du tout !

Nous plaisantons encore un instant, puis il fait mine de reprendre un semblant de sérieux :

- Alors Marthy, ne te cache pas, tout le monde ici sait que tu es adepte d'herbe à fumer ! Bien que cela ne soit jamais bien vu, nous avons tous une question qui nous brûle les lèvres : comment vas-tu faire, une fois dans l'arène ?

Une fois dans l'arène. Dans l'arène. Ces derniers mots résonnent dans ma tête et mon sourire s'efface. Nous sommes des animaux, des gladiateurs, ici pour divertir en tuant. Ils veulent du combat, ils veulent du sang, du cinéma en réel. Je ne pourrai pas tuer. Je n'ai jamais fait ça. Quand je devais abattre des bêtes pour pouvoir manger, cela me rendait malade. Je m'imaginais ce qu'elles pensaient en me voyant arriver avec la hache. Est-ce qu'elles se rendaient compte, se sentaient menacées ? Une fois dans le jeu, comment vais-je faire ? Voir leurs yeux se plonger dans les miens avant de tourner aux blancs, sans réagir ? Le présentateur me contemple, compréhensif, comme s'il devine ma pensée. Je tourne la tête vers Ray, qui lève le pouce en signe d'approbation. Je plisse les yeux et reporte mon attention sur mon voisin de scène :

- Ce serait une bonne occasion d'arrêter.

L'immense salle soupire, satisfait de ma réponse.

- J'ai entendu dire que tu es une sacré tête brûlée avec ton mentor ! Quelques mots à dire ?

Je me redresse sur mon fauteuil, fier comme un coq :

- Et bien, César. Ce que vous avez ouïe pourrait être faux. Les rumeurs vont bon train au Capitole, et d'après la presse, j'ai déjà eut quatre amantes de Districts différents.
- Et c'est vrai ? Interrompt-il d'une moue aguicheuse.

Je hausse les réponses en prenant une mine désolé.

- À mon grand désespoir, non ! J'ai d'ailleurs une question de la plus haute importance à vous poser.

Visiblement intrigué, le commentateur croise les jambes :

- Je t'écoute.
- Connaissez-vous l'histoire de Pinocchio ?

Le public répond d'une voix à la place de César. Parfait. Il hoche la tête, les yeux figés sur moi.

- Que se passerait-il si il disait « mon nez va grandir » ? Serais-ce un mensonge ou une vérité ?

Un grand silence rempli la salle, et les yeux du présentateur s'agrandisse de confusion. Il bégaie quelques mots, et finalement me demande la réponse. Je tourne la tête vers le public, le visage fermé :

- Je n'en sais rien. Je n'en dors plus la nuit.

Quelques rires s'élèvent, suivit de légers applaudissements.

Mon temps de parole terminé, je descend de l'estrade et m'assoie aux côtés de Leïla, qui n'a pas loupé une miette de ma prestation. Elle me félicite et je la complimente au retour. Malgré ses quatorze ans elle paraît vraiment mature. J'en viens à me surprendre espérer qu'elle aille loin dans le jeu.

Du District Huit, Tchina, une jeune brunette de seize ans aux grands yeux sombres et à la peau pâle se montre particulièrement séductrice. Matos, le tribut masculin n'a pas plus de treize ans. Ses cheveux roux et ses tâches de rousseurs lui donne un côté léger et vraiment enfantin. Il sourit jusqu'aux oreilles et a les bras croisés sur sa poitrine. Il avait obtenu la note de huit à l'entraînement. Je note son assurance et son excitation.

Puis, le District Neuf, Élise, dix-sept ans est très charismatique avec ses courts cheveux châtains et ses yeux clairs et Ash, quinze ans, frêle et tremblant se trouve à deux doigts de fondre en larmes. Ils ne font pas parti des gens dangereux.

Le présentateur annonce le prochain participant, un gamin du District Dix. Il est présenté comme sans peur et renfermé. Je n'entend rien d'autre que cela et après d'autres cris d'approbations de la foule, un gosse vêtu tout de blanc s'installe, intimidé. Il sourit légèrement, en coin, ses yeux verts balaient la salle et il passe sa main dans ses cheveux châtains clairs, gêné sous les applaudissements. Je fronce les sourcils, me masse les tempes et en vient à regretter le joint que j'ai fumé avant de monter sur scène. Je ne comprend même pas ce qu'il dit. La salle se met à tourner autour de moi malgré mes clignements d'yeux et je suis obligé de me tenir fermement à ma chaise. Je n'avais jamais réagis comme ça face à la marijuana, j'ai sûrement dû prendre quelque chose de mauvais.

Je sens qu'on pose une main sur la mienne et je peine à distinguer Leïla. Elle me demande si ça va, mais je n'arrive pas à lui répondre. Les cris me vrillent les tympans et me tapent dans la tête. Au loin, je vois Ray. Il sort discrètement du rideau et me rejoint. Son visage est tout déformé. Il me force à me lever et me maintient fermement. Je titube et m'emmêle les pieds. Je sens le regard moqueur des tributs de carrière qui pensent sûrement que c'est la peur qui me met dans cet état. L'expression satisfaite de Bryan m'interpelle un instant. Tout tangue, j'ai l'impression d'être en train de voler. Voilà, je n'entend plus rien. Et bientôt, alors que mon mentor me confie aux pacificateurs, plus rien.