Voici l'Arène ! Je sais qu'il manque un gros passage entre l'interview et ce moment, mais quand j'ai écris, je n'avais pas envie de tout élaboré. Au départ, cette fiction ne devait faire que quelques pages, juste les gros moments, et j'ai finalement décidé d'y accorder plus d'importance :P
Chapitre 3:
Ils l'avaient dit, les organisateurs, que l'arène serait révolutionnaire. Mais je m'attendais à tout sauf à une suite d'immeubles abandonnés. Ils s'élèvent tous sur plusieurs étages et les murs tombent en ruines par endroits. La Corne d'Abondance se situe au centre de ce décors morbide qui l'entourent en parfait carré. Il faut obligatoirement passer par une bâtisse pour l'atteindre. On dirait le seul endroit où se trouve de l'herbe et des arbres, et je n'ai aucune idée du lieu où il pourrait y avoir de l'eau, ou de la nourriture.
Peur. J'ai peur. Tellement. Malgré tous mes efforts ces derniers jours pour paraître fort et désintéressé de mon sort, je sens la peur me prendre aux entrailles. Mon estomac se serre douloureusement, tant et si bien que je manque de régurgiter mon maigre petit déjeuner. Mes jambes tremblent, ma tête tourne.
Montrer ma peur dès le début du jeu serait m'assurer une mort rapide, alors je reste fier et regarde la Corne d'Abondance, juste devant moi, en resserrant le blouson de cuir noir que Narco m'a aidé à enfiler.
C'est à peine si je remarque la brise fraîche qui ébouriffe mes cheveux tant mes muscles sont tendus. Une perle de sueur me dégringole le long de la tempe tandis que je fixe les armes au fond de la corne. Je dois me faire violence pour détourner les yeux. Je suis rapide, certes, mais je ne connais pas encore assez mes adversaires. Un seul faux pas et mon jeu de la faim s'arrête aussi vite qu'il a commencé. La voix de Ray me raisonne dans la tête alors que le compte à rebours commence :
« Dès que le gong retentit, débrouille toi pour t'éloigner le plus possible de ce bain de sang et trouve de l'eau ! Tu ne serais jamais assez rapide et puissant pour atteindre un sac. »
Malgré tout j'ai du mal à me résoudre à m'enfoncer dans les immeubles qui m'entourent sans aucun matériel alors que les autres auront presque tous quelque chose. Si seulement je pouvais réussir à emporter un de ces sacs posés au sol à à peine 20 mètres de moi. Sans doute contiennent-ils des objets de bases si précieux pour la suite du jeu. J'hésite. J'évalue la distance. Je compte les secondes à mi-voix. C'est décidé, j'emporterai le sac rouge sur ma gauche avant de détaler dans l'un des bâtiments.
Je jette également un regard aux autres tributs et croise Bryan. Je suis aussitôt frappé par son expression satisfaite du visage. Les yeux fixées sur son objectif, ses dents brillent à travers son sourire. Je vois aussi Leïla, qui est déjà en position pour faire demi-tour.
Le gong retentit et c'est comme si plus rien d 'autre n'existait à par les battements de mon cœur. Je cours aussi vite que mes jambes me le permettent en direction du sac. Je suis tellement concentré sur mon objectif que je ne vois pas le garçon sur ma gauche qui vise le même objectif que moi. On se rentre dedans avec un choc qui me coupe la respiration et me fait rouler au sol. L'adrénaline m'oblige à me relever d'un bond et nos yeux se croisent. Des orbes bleus se posent sur moi avec intensité avant de reporter leur attention vers le bain de sang. Un coup de canon retentit, et le garçon s'effondre devant moi, mort.
Sans réfléchir j'empoigne d'une main le sac de randonné qui pèse un bon poids avant de m'engouffrer à l'intérieur d'un immeuble, essoufflé, prenant soin d'en choisir une opposée aux autres tributs et m'efforçant de ne pas entendre les autres coups de canons.
J'entends des cris près de moi et instinctivement, je ressers l'étreinte autour du petit sac. Toujours en courant comme un demeuré, je gravis d'étroits escaliers sombres. Je ne m'arrête pas aux étages et continue, persuadé que je serais plus en sécurité tout en haut.
Mais je n'en vois pas la fin, et je n'ai plus de souffle, ce qui m'oblige à m'arrêter, épuisé. Pendant quelques minutes, je reste ainsi, une main sur le mur, l'autre en appui sur ma jambe pour reprendre une respiration normale, et une pointe de fierté me traverse la poitrine : j'ai survécu au bain de sang, moi, le fou du District Sept ! Aucune égratignure, juste un choc entre un autre garçon. J'espère tout de même que Leïla a réussi à s'en sortir, elle est la seule personne avait qui j'ai sympathisé.
Je pousse une porte à battant et découvre un long couloir donnant sur d'autres portes fermées. C'est assez éclairé, il y a beaucoup de fenêtres. Les murs sont gris/blancs et il y a une absence totale de décoration, faisant alors un ensemble terne et monotone. Je suppose que les autres bâtiments sont pareils. Un silence de plomb enveloppe le tout seulement troublé par le bruit de mes pas. Je reste néanmoins au aguets, car le peu de temps que je suis resté à la Corne m'a assez bien éclairé sur la nature des humains lorsqu'ils doivent survivre.
Le souffle court, je rentre dans une pièce dépourvue de mobilier. Seule une fenêtre condamnée laisse entrer de la lumière, et le parquet craque sous le poids de mon corps. Une lourde ambiance règne ici, et je préfère ressortir pour trouver une salle plus accueillante le temps de me reposer.
Un coup de canon me fait sursauter, mon cœur manque un coup. Quelle sensation horrible ! Je n'avais jamais ressenti le stress et la peur, mais les deux mélangés sont insupportables. J'ai l'estomac noué, et tous mes sens sont en alerte.
Je finis finalement par me trouver une salle étroite comme le dressing que j'avais avant. Une grande baie vitrée l'éclaire joyeusement, mais les meubles sont encore manquant. Je m'approche de la fenêtre, mais recule légèrement lorsque je remarque à quel point je me trouve en hauteur. La Corne d'Abondance paraît beaucoup moins imposante vue d'ici, et je peux encore distinguer des silhouettes se combattant pour un sac ou une arme. Du sang encadre la scène, mais les cadavres ont disparus. Déjà vidé de toutes forces, je me laisse tomber dans l'angle de deux murs, loin de la baie vitrée pour ne pas me faire repérer. J'ouvre alors mon sac et observe son contenu : une couverture en aluminium prévoit des nuits glacials, une gourde, vide bien évidemment, une lampe torche (parfait pour se faire repérer), un petit sachet de fruits secs et des pommes qui me donne l'eau à la bouche. Aucune arme ? Le visage intrigué, je fouille un peu plus profondément à l'intérieur et déniche une petite dague ridicule. Je ne me suis jamais servi de cela, il faudra faire avec.
La salle s'assombrit subitement, et l'hymne de Panem se fait entendre. À l'extérieur, un hologramme gigantesque apparaît et les visages des tributs décédés défilent. À quatre pattes, je m'approche pour mieux discerner les personnages : les deux tributs du District 12, le gamin de quinze ans tremblant du District Neuf, Ash aussi est mort durant le bain de sang. À eux s'ajoutent le tribut féminin du District Cinq, Laurène du Onze, celui qui m'a percuté, et Céline du District Six, le tribut de carrière féminin du Un, Alie et le garçon manqué du Deux. Enfin, je vois un visage encadré de cheveux auburn apparaître et mon cœur se serre. Leïla n'a pas survécu n'ont plus. J'aurai espéré qu'elle aille plus loin, et j'aurai même pu me sacrifier. Heureusement que j'ai essayé de ne pas trop m'attacher à elle. Avec toute l'énergie du monde, j'arrive à retenir mes larmes et à garder une expression neutre.
Dix personnes ont perdus la vie, au bout d'à peine quelques minutes de jeu. Je déteste parler de jeu quand il s'agit de la mort de personne. La musique se termine et l'apparition disparaît, plongeant l'arène dans le noir. Je me retire dans mon coin et me frotte les bras pour me réchauffer. Je n'ai aucune blessure pour le moment, simplement un choc physique et psychologique.
Peut-être que finalement j'ai une chance de gagner, ou du moins de faire parti des huit restants. Au moins. Mais je ne me fais pas d'illusion. Je pose un sourire sur mes lèvres, conscient des caméras qui doivent filmer ma réaction.
La lampe torche en main et n'ayant pas sommeil, je sors de la pièce, décidé à trouver de l'eau. Je n'ai pas spécialement faim, et les quatre pommes que j'ai pourront durer quelques jours. En attendant, j'espère dénicher d'autres choses à manger.
Inlassablement, je passe de porte à porte, toujours sur le qui-vive. Mais il n'y a rien. Vraiment rien. Cette arène est totalement dénuée d'occupation, et je ne sais même pas comment nous allons faire pour trouver à manger.
