Bonjour ! Je suis désolée du retard de publication, j'ai beaucoup de choses à gérer dans mes études... Voici le chapitre 5, et pour me faire pardonner je publierai le 6 avant la fin de la semaine ;) Je vous souhaite une bonne lecture.

Ma détermination s'émoussait au fur et à mesure de mes pas sur le sol meuble de la forêt dite de Jane Mirrow. Cette jeune fille me revenait sans cesse à l'esprit, y penser me faisait frissonner ; et ce n'était pas à cause du froid.
Les frondaisons des sapins masquaient la lueur du jour, si bien que les lieux étaient éclairés d'un étrange halo bleu pâle ; une brume s'enroulait autour des troncs ; de multiples bruits me parvenaient aux oreilles, sans que je pusse en déterminer la nature, et sans voir la moindre âme vivante, oiseau ou écureuil.
Je stoppai très vite après mon entrée dans la forêt. Il ne fallait pas que je m'aventure plus loin ; l'épreuve serait réussie si je restais ici une demi-heure, aucun n'avait précisé que je devais exécuter une promenade. Il suffisait donc que je reste là, tranquillement, et le tour sera joué.

Cela m'aurait été facile si mes pensées n'étaient obsédées par l'histoire racontée par Barjow. Il ne l'avait dite, j'en étais certaine, que pour m'effrayer ; une légende ne devient réelle que quand ses auditeurs la prennent véritablement pour une réalité.
Cependant je ne pouvais m'empêcher d'y croire ; aussi ma résolution de ne pas bouger tenait tout autant au souhait de ne pas me fatiguer inutilement qu'au désir de ne pas forcer une éventuelle rencontre avec le fantôme de Jane Mirrow - ou pire, avec Peter Kinley !

Je m'assis au pied d'un des innombrables sapins, appuyai mon dos contre son écorce rugueuse, quelque peu mal à l'aise. Je laissai mon regard errer à l'entour, mais il y avait peu à observer ; la brume voilait la vision ; le paysage était monotone. Comme dans toute forêt , soupirai-je.

Je perçus soudain un bruit qui se distinguait des autres, plus net et plus précis. Ou plutôt : je crus percevoir, car après avoir jeté un œil autour de moi, rien ne m'indiquait un quelconque mouvement aux environs.
Lève-toi.
Cette sensation de sérénité… Qu'elle était subite et étrange ! Ce besoin de me lever, dont me pressait ma voix intérieure, si soudain soit-il, ne me paraissait nullement incongru ; légère, je me redressai vivement.
Une fois debout, l'incompréhension m'envahit. Pourquoi m'étais-je mise debout ?
Marche.
Marcher ?
A nouveau, la certitude de ce besoin fut en mon esprit, incontestable ; je me mis en marche, tranquille, comme j'aurais entrepris une promenade normale. Je prêtais à peine attention à la brume qui s'intensifiait et devenait aussi épaisse qu'un brouillard, à l'obscurité qui s'installait.
Combien de temps dura ma folie ? Je l'ignorai, mais suffisamment pour que, dans un retour de lucidité, je me rende compte que je ne savais où j'avais atterri, ni par quel chemin. Comme si j'avais tourné sur moi-même, mon sens de l'orientation était brouillé, perdu.

Je réalisai que j'étais dans une clairière. Un trou de ciel bleu m'apparaissait, au-dessus de ma tête ; les arbres avaient laissé place à quelques grandes pierres, grises et plates. Une herbe clairsemée colorait le sol de vert défraîchi. Une forte odeur de terre pénétrait mes narines.
Par la barbe de Merlin, qu'est-ce qui m'a pris ? rageai-je contre moi-même, tandis que je tentai de trouver un quelconque indice qui m'aurait aidée à retrouver mon chemin.
Avance.
Cela ne servait à rien de s'énerver ; j'avais encore du temps devant moi ; autant avancer, explorer la petite clairière, profiter de l'air pur de la nature.
Tandis que je me mettais en mouvement, une voix à l'intérieur de moi me cria soudain :
Ne bouge pas ! Danger !
Danger ?
Mon sentiment de légèreté disparut. Je me trouvais à proximité d'une des grandes pierres plates. A nouveau, je ne pus mettre le doigt sur ce qui m'avait poussée à avancer.
Puis je compris, soudain.

Un frisson parcourut chaque membre de mon corps, remonta le long de mon échine. Je fus subitement incapable de bouger, comme gelée sur place - mais non de froid ; de terreur. Si je m'étais changée en statue, mon esprit, lui, bouillonnait, réfléchissait à toute allure.
L'évidence m'était apparue, comme si tout ce temps, j'avais été aveugle ; j'aurais dû me rendre compte de ce qui m'arrivait, après tout, j'avais connu Harry Potter et Maugrey Fol Œil !
J'avais été soumise au sortilège de l'Imperium.
Je me rappelai ce que j'avais lu ; la théorie apprise s'appliqua parfaitement à ce que je venais de vivre. Loin de m'apaiser, ma lucidité fit naître en moi une peur incontrôlable - qui m'avait lancé ce sort ? Qui m'avait enjoint de m'avancer, de partir me perdre dans cette forêt ?
Quelqu'un se trouvait là, tout près de moi ; et ce n'était pas un animal, c'était un homme, un sorcier, suffisamment dénué de scrupules que pour lancer à une jeune fille sans défense un Sortilège Impardonnable.
Serait-ce…
Serait-ce Peter Kinley, le dangereux psychopathe - dont on ne savait s'il était mort ou vivant ?
Il vit toujours, réalisai-je avec horreur.
Il fallait que je parte.
Mais où ? J'avais perdu mon chemin.
Je n'arrivai à réfléchir correctement ; j'imaginais mon corps pendu à un arbre, terrible signature de l'homme évadé, coupable de la disparition de la pauvre Jane Mirrow…
Assieds-toi.
Non !

Je ne veux pas. Ma voix intérieure, la vraie, était prête à lutter ; je ne devais pas me laisser faire. De toutes mes forces, je voulus repousser l'ordre parasite, je pensai à Ron, à Harry, à ma mission - je ne pouvais pas tout abandonner, si bêtement…
ASSIEDS-TOI !
Non ! Je ne veux PAS !

Ce fut comme si on m'avait projetée en avant, et qu'en même temps, on m'avait giflée ; je perdis l'équilibre, tombai à genoux sur le sol meuble. Ma respiration était saccadée, mes muscles endoloris, comme si je venais de fournir un effort physique considérable - ce qui, sans doute, devait être le cas. Pressentant une menace, je me dépêchai de me relever, et m'apprêtai à entamer une course folle, n'importe où, pourvu que ce soit loin de cette carrière maléfique, lorsque je suspendis tout mouvement.
Assis en face de moi sur la pierre plate, décontracté, se trouvait un homme.
Peter Kinley… ?
Une intuition étrange - fausse, peut-être - me souffla que ce n'était pas le dangereux psychopathe évadé d'Azkaban. La personne que je voyais là était plutôt jeune, je la situerais dans la vingtaine d'années ; sa robe de sorcier était impeccable, élégante même ; la noirceur de son vêtement contrastait avec la peau pâle de son visage, mais s'accordait avec la couleur de ses yeux, d'un noir profond, que j'aurais presque pu confondre avec la pupille.
Je restai immobile, à fixer l'apparition. Je ne parvenais pas à déterminer clairement si celle-ci était réelle ou un effet de mon imagination excitée par la peur. Bien que je pressentis le danger, je ne m'enfuyais pas ; d'ailleurs, où se trouvait la menace ? Ici, ou plus loin ? Toute alternative me paraissait risquée.
Un long moment passa, fait d'hésitation ; je ne m'en allais toujours pas. Le regard du jeune homme assis me scrutait, intense ; j'eus la très nette impression qu'il essayait de lire en moi, de déceler la nature de mes intentions. Ses sourcils se froncèrent, comme si j'eus dit quelque chose qui l'eût contrarié.

- Alors… Sa voix s'éleva, grave. Un frisson me parcourut toute entière.
- Alors… miss… Granger, c'est cela ? Hermione Granger, si je me souviens mieux.
Le malaise m'envahit, plus puissant que ma surprise. J'esquissai un mouvement de retrait. Un sourire en coin étira ses lèvres minces.
- Vous vous en allez déjà ? Comme c'est dommage, nous venons à peine de faire connaissance.
- Je ne vous connais pas.
La réplique avait jailli, tremblante, avant que j'eusse pu la retenir.
Son sourire s'élargit, il se leva.
- Moi, je vous connais déjà très bien, miss. Vous êtes, je le crains, une menteuse éhontée.
- Une menteuse éhontée, répétai-je stupidement.
Les éléments s'emboîtaient avec difficulté dans mon esprit ; peut-être, au fond, craignais-je de réaliser la vérité ? Sans doute, une sourde angoisse m'empêchait de réfléchir librement ; ce face à face rendait le silence oppressant. J'attendais que mon interlocuteur le brisât, ce lourd silence ; cependant, il ne me parut pas disposé à le faire. Au contraire, lui semblait savourer cette confrontation ; il m'observait, de haut en bas, et lorsque ses yeux tombaient sur mon visage, mes joues, je les sentais rougir malgré moi. Tandis qu'en moi-même je maudissais ma faiblesse, mon cœur tambourinait à une vitesse terrible, je n'entendis plus à mes oreilles que son battement rapide.

- Je disais…
Sa voix, de nouveau, résonna, tel un écho. Je me forçai à écouter, attentivement, car j'allais être bientôt éclairée sur la situation, sur l'identité de l'homme.
- Je disais, continuait-il, face à moi, me dominant d'une tête, que vous étiez, miss Granger, une menteuse éhontée. Il paraît, contrairement à ce que vous m'avez affirmé, que vous me connaissez très bien ; que, même, j'étais votre ami. N'est-ce pas ce que vous avez dit ?
Les coups de mon cœur contre ma poitrine, violents comme s'il désirait sortir de moi, me rendaient presque sourde à ses paroles. Mes mots à moi restaient coincés dans ma gorge ; ils arrivaient à peine à s'assembler pour former une phrase à la syntaxe correcte. Ainsi, je demeurai silencieuse, supportant grâce à mes dernières forces le regard noir, scrutateur, qui n'admettait pas un battement de cil.
- Avez-vous perdu votre langue, miss ? Il est très impoli de ne pas répondre à une question. Mais vous allez répondre à ma question : oui ou non, avez-vous affirmé me connaître, moi, dans le seul but d'obtenir un poste chez Barjow & Beurk ?
Ma bouche s'assécha ; dans un effort surhumain, je soufflai, avant d'être coupée de ma respiration :
- Tom Jedusor…
Ce fut tout ce que je pus dire. Grave, je le fixai, attendant - je ne savais quoi.
Lui souriait.