Bonjour tout le monde, merci à Lycann et Ayame raving-mad pour leurs commentaires ! Je n'ai pas posté depuis un petit temps, j'ai eu des soucis avec mon ordi et j'ai bien cru que mes fichiers allaient être définitivement effacés^^ Je rattrape donc mon retard et publierai deux chapitres aujourd'hui et sans doute demain aussi ;) Bonne lecture !
Le terrible mage noir, Lord Voldemort, dont même le nom était craint, la menace qui pesait sur le monde des sorciers, le redoutable ennemi de Harry - et de tous ceux qui luttent contre le Mal -, l'assassin, se trouvait face à moi ; proche, si proche…
Sans doute, j'aurais dû ressentir de la haine, de la terreur ; mais ce jeune homme me paraissait tellement ordinaire. Certes, j'avais peur, mais il ne s'agissait pas de la peur que j'aurais ressentie devant Voldemort ; plutôt celle éprouvée quand une jeune fille sans moyen de défense - moi - se retrouvait confrontée, au beau milieu d'une forêt brumeuse, à un homme inconnu.
C'était comme le loup qui se déguisait en agneau pour mieux approcher sa proie ; je voyais devant moi le Jedusor de façade, au visage humain ; cependant, en lui, je devinais la foule d'intentions mauvaises, les pulsions assassines en ébullition, sa cruelle nature.
Ainsi, ce ne fut pas à cause de son apparence que je reculai. Face à mon retrait, le sourire de Jedusor s'effaça, ses traits se durcirent - il me sembla, en l'espace d'une seconde, apercevoir sa réelle figure -, mais il se reprit vite et afficha une mine avenante, quoique crispée :
- Je n'aime pas que l'on se moque de moi. Je vais vous apprendre la politesse, miss Granger.
Cette dernière phrase résonna comme un ultimatum. Si je ne lui donnais pas d'explication immédiate, qui savait ce qu'il adviendrait de moi ? J'arrêtai de reculer, à présent quelque cinq mètres me séparaient de lui. Toute ma force, je la concentrai afin de produire une parole cohérente :
- Je… Je n'ai pas menti.
Ma voix m'apparut différente, extrêmement aiguë. Par réflexe, je portai la main à ma gorge. Jedusor me scruta intensément ; ses sourcils se froncèrent ; il sembla subitement déstabilisé. Je n'y prêtai guère d'attention alors, je ne songeai qu'à la suite de mon mensonge :
- Ou un peu, peut-être, je le confesse. Nous ne nous sommes jamais rencontrés, nous ne sommes donc pas amis, je ne vous connais pas personnellement - juste de réputation.
Jedusor ouvrit grand ses yeux noirs :
- De réputation ?
- J'ai été élève à Poudlard.
Il resta impassible, néanmoins je pressentais qu'il devait être intéressé. Cette intuition m'encouragea à poursuivre :
- Le professeur Slughorn aime à parler de ses élèves préférés ; il vous a cité, a discouru au sujet de vos talents multiples, a confié ses désirs quant à un avenir brillant de votre part. C'est ainsi que j'ai appris sa déception de vous voir, vous, si brillant, travailler dans une vulgaire boutique comme Barjow & Beurk.
Le rire de Jedusor se fit entendre ; sans humour cependant, et aigu, étrange contraste avec le grave de sa voix remarqué jusqu'alors.
- Cela ne m'étonne pas. Avec tout le respect que je porte aux professeurs de Poudlard, leur souhait de me voir gravir les échelons d'une carrière ministérielle m'a toujours agacé, exaspéré même. Quelle étroitesse d'esprit, de considérer ce genre d'avenir comme le plus grand et le plus noble qui soit…
Son regard me quitta un instant, se perdit. Quant à moi, mon assurance augmentait ; mon histoire tenait la route. Moi-même, je me trouvais surprise de la rapidité et de l'aisance avec lesquelles je l'avais imaginée. La preuve que, dans les moments critiques, nos frontières physiques et intellectuelles sont repoussées au-delà de nos capacités quotidiennes.
Je ne ressentais aucune inquiétude, seulement ma volonté exacerbée de sortir de cette forêt, de retrouver ma baguette. Je n'avais que cet objectif en tête, la pensée même de ma mission fut reléguée au second plan.
Jedusor me fixait à nouveau.
- Alors miss ? J'attends la suite. Je suis heureux d'entendre que des propos me concernant ont atterri dans vos oreilles - flatteurs, quoique quelque peu déçus. Mais je ne suis pas éclairé sur votre présence auprès de moi.
- Et bien, sachant que je n'avais pas la moindre idée d'une perspective d'avenir et de carrière, et que je m'apprêtais à prendre une année sabbatique, le professeur Slughorn m'a confié une mission.
- Tiens donc ?
De mon ton le plus convaincant, je continuai :
- Vous ramener à la raison. Je devais tenter de vous persuader de vous engager dans une autre voie ; en même temps, je me disais pouvoir être engagée dans cette boutique.
- En d'autres mots, me voler ma place ?
- Non non, bien sûr que non, m'empressai-je de dire. En vérité, j'avais bien peu d'espoir quant à la réussite de cette mission ; si je crois ce qu'on m'a dit sur vous, à savoir que vous êtes un homme intelligent, vous ne pourriez avoir agi ainsi par stupidité.
J'espérai que la flatterie serait efficace. Ma confiance en moi, doucement, retombait à un point plus bas. Dans ma tête, mon histoire m'avait paru tout à fait convenable, plausible ; formulée à voix haute, elle sonnait faux.
Je ne voyais rien d'autre à ajouter ; quelque peu dépitée, j'attendis une réaction de la part de Jedusor.
Il m'observait avec grande attention. Je sentis un frisson me parcourir, puis l'horreur me frappa ; il allait essayer de lire dans mon esprit ! N'était-il pas extrêmement doué en legilimencie ; raison pour laquelle Rogue, à une époque, avait donné à Harry des cours particuliers d'occlumancie ?
Je ne possédais aucune défense. J'essayais de me débarrasser de toute pensée, de vider mon esprit, mais cela était inutile, je le savais. Jedusor allait, en premier, découvrir l'énormité de mon mensonge ; ensuite, plus grave encore, savoir que je venais d'un autre temps, connaître mes souvenirs. Je m'étonnai d'ailleurs qu'il n'ait pas lu en moi avant, et qu'il ne m'ait pas déjà foudroyé sur place.
Il ne semblait pas disposé à m'attaquer, ce qui me parut bizarre. Encore une fois, ses sourcils s'étaient froncés, son visage revêtit un aspect sévère, inquisiteur. Il pencha la tête de côté. Je remarquai que sa mâchoire se crispait. Le sourire qu'il m'adressa, déformé, n'avait rien d'amical :
- Miss Granger… Dois-je vous croire ?
Surprise, je réalisai qu'il s'agissait d'une véritable question.
- A présent, il n'y a plus aucune raison pour que je mente. Je cherchais simplement du travail, et j'ai profité de ce que le professeur Slughorn avait dit ; j'avoue mon procédé malhonnête.
- La fin justifie les moyens, fit Jedusor, comme s'il m'approuvait.
Après un court silence, il me demanda :
- Avez-vous votre baguette ?
Il veut se mesurer à moi ?
- Non, je ne l'ai pas ; M. Barjow me l'a…
- Bien, m'interrompit-il. Ce sera pour plus tard.
Le duel est donc reporté, me dis-je. Que va-t-il donc faire de moi ? L'appréhension me tordait le ventre ; je n'avais aucune certitude quant au fait qu'il me croyait ou non. Même, quel avantage aurait-il, lui, être maléfique, à sortir une stupide jeune fille d'un lieu menaçant ? Il n'en avait rien à faire, bien sûr, absolument rien - peut-être même m'achèverait-il, ici et maintenant.
La tension rendait mon corps aussi immobile qu'une statue. Jedusor continuait de me considérer, de son regard profond, sombre. Je le comparai au trou d'un abîme, inconnu et dangereux.
Il paraissait en pleine réflexion, comme s'il évaluait mon mérite de rester ou non en vie. Un nouveau sourire apparut sur son visage - qui n'augurait rien de bon.
- Je vais vous faire une faveur.
Il avança d'un pas vers moi.
- Il est rare que j'accorde des faveurs, savez-vous ? Là, je vais faire une exception. Vous vous demandez pourquoi, n'est-ce pas ?
Avant que j'aie eu le temps de répondre, il enchaîna :
- Vous ne le saurez pas ; pas pour l'instant. Cela dit, votre espérance de vie me semble très limitée, aussi ne commettez pas d'acte imprudent. Cela équivaudrait au suicide. Si vous ne vous sentez pas de taille à suivre mes ordres, nous pouvons en finir immédiatement ; cela m'éviterait de perdre mon temps, ce dont j'ai horreur.
Jedusor sortit sa baguette de sa robe ; il y fit courir ses longs doigts pâles.
- Que décidez-vous ?
Mon corps fut pris d'un tremblement nerveux ; le voir baguette en main, prêt à faire de moi un souvenir vite oublié aussitôt que j'aurais refusé de lui obéir, m'emplissait d'une immense nervosité.
Il me proposait un échange : pour partir d'ici, il fallait suivre ses ordres ; sinon, autant mourir tout de suite.
Je n'avais pas à hésiter, quoique l'alternative me parut également menaçante :
- Je ne commettrai aucun acte qui put me porter préjudice ; ainsi, je m'engage à… me plier à tous vos désirs.
- Vous parlez très bien, sourit Jedusor. Vous avez le mérite d'avoir un semblant de jugeote. Bien.
Je n'eus pas le temps de le voir s'approcher ; il fut d'une rapidité telle que j'eus à peine l'occasion de pousser un cri de surprise, tandis que je sentais qu'il m'agrippait, et transplanait avec moi.
J'eus la désagréable impression d'être tortillée dans tous les sens, de tenter de passer une entrée trop petite pour moi ; j'y parvins quand même, mais ce fut complètement retournée, que j'atterris sur une surface dure. Tremblante, je m'écroulai sur une herbe humide.
