Voilà une longue mise à jour pour compenser le fait que je serais absente et complètement injoignable durant un certain temps.
Merci à Adara94 et Milie Green , merci beaucoup pour vos reviews qui m'encouragent beaucoup à continuer. Je vais résumer ici l'essentiel de ce que je vous ai répondu :
J'ai créé les personnages des voyants pour servir de catalyseur et faire évoluer la situation bloquée dans laquelle se trouvaient les personnages de la série à la fin du dernier téléfilm. Ils jouent donc un rôle important, mais je mets un point d'honneur à donner un temps de parole équivalent à chaque personnage ( désolée, les discours des politiques avec lesquels on nous matraque depuis des mois ont tendance à déteindre sur ma prose :) ) . La situation d'urgence où se trouvaient nos personnages dans les chapitres précédents n'a pas vraiment autorisé grandes déclarations romantiques mais cela va finir par arriver ( je vais leur offrir un peu de répit, juste de quoi se retourner dans le prochain chapitre ), même si les intrigues vont aussi suivre leur cour
A propos de ce chapitre, je ne connaissais pas grand-chose de la Colombie ni du Venezuela avant de faire quelques recherches pour l'écrire. Si quelqu'un voit une incohérence flagrante, qu'il n'hésite pas à me la signaler.
Bonne Lecture Tous !
L'homme le guidait maintenant depuis plusieurs heures à travers la jungle. Comme convenu avant leur départ, ils n'avaient échangé aucune parole durant tout ce temps, évitant au maximum tout bruit pouvant éveiller l'attention d'un guetteur mal intentionné. Jarod avait repéré plusieurs campements, mais son guide les avait soigneusement évités, craignant probablement que ces malheureux ne dévoilent leur présence à d'éventuels assaillants.
S'il n'avait pas connu l'existence du complexe, il aurait pu se trouver en son cœur sans le savoir tant les structures étaient bien intégrées à la jungle environnante. Les huttes d'habitation construites au niveau de la canopée étaient complètement invisibles du sol. Seuls des cris et des rires d'enfants permettaient de les localiser. Le centre de recherche était un bâtiment trapu, partiellement dissimulé sous les plantes grimpantes et les fougères arboricoles qu'on avait laissé proliférer sur l'une de ses faces; de l'autre coté, des terrasses de cultures se prolongeant un peu plus loin empêchaient un observateur aérien d'être attiré par cette structure.
Son guide lui indiqua une échelle de corde qui pendait le long d'un arbre et ils commencèrent à monter. Trois minutes plus tard, Jarod atterrit sur une plate-forme perdue à trente mètres d'altitude et qui oscillait à chaque bourrasque. Visiblement les voyants avaient opté pour une structure souple qui aurait une meilleure résistance dans le temps. Malgré ses expériences passées sur des bateaux, il lui fallut plusieurs minutes pour s'habituer à ce nouveau roulis.
_ Jarod, s'exclama soudain une voix enfantine. Tu es enfin arrivé !
Il n'eut que le temps de tendre les bras pour réceptionner la gamine. Elle avait des cheveux roux tressés et des yeux bleu-vert qui pétillaient de joie.
_ Coucou Merry, dit-il en la serrant contre lui. Je suis tellement heureux de te voir !
_ Moi aussi, Jarod, fit-elle en se blottissant contre lui. Maman avait très peur que tu ne viennes pas. Elle a téléphoné pour dire que Tata Angela est en route. Maman était à Paris avec Sydney, et d'après elle, tout se passait bien.
_ Bonjour, Jarod, fit une voix masculine . Celui-ci releva la tête, surpris.
_ Nicolas ? Mais que faites-vous ici ?
_ De l'aide humanitaire. Du moins, c'est ce que je croyais au début, ajouta le jeune homme en passant la main dans ses cheveux. Mais j'ai de plus en plus l'impression de faire partie d'un programme de protection de témoins.
_ Ce n'est sans doute pas très éloigné de la réalité, admit Jarod avec un sourire. Je suis content de vous voir sain et sauf. Le Caméléon pensa à part lui que les voyants avaient agi avec une rare efficacité, prenant tous les facteurs en compte. Alors, est-ce que cela vous plaît d'être ici ?
_ La situation est un peu bizarre, mais les gens sont vraiment exceptionnels. Quand je pense qu'ils ont construit tout ça de leurs propres mains, sans aide extérieure ! Ils aident aussi beaucoup les populations indiennes à se protéger contre les groupes armés qui sévissent dans la région. Mais il y a quelque-chose d'étrange en eux, admit le jeune homme après un moment de silence. Par bien des cotés, ils me font penser à Sydney ou même à vous Jarod.
_ Ils ont traversé des épreuves similaires, expliqua sobrement le Caméléon, en reposant Merry. En voyant les grands yeux interrogateurs de l'enfant, Nicolas acquiesça mais se promit de creuser la question plus tard. Il était conscient que même si aucun de ses hôtes ne lui avait jamais menti, sur bien des aspects, leur silence était assourdissant. On l'avait prévenu de l'existence d'une armurerie,mais il avait été soufflé par la puissance de feu et la réserve de munitions stockées dans les différents dépôts aux parois blindées pour résister à la déflagration en cas d'explosion accidentelle. Sans compter le centre de communication souterrain high-tech qu'il avait plus ou moins découvert par accident. Il était sûr que les deux jeunes Asiatiques, malgré leurs sourires , ne plaisantaient pas lorsqu'ils disaient qu'il finirait encore plus profond sous la terre, s'il parlait à qui que soit d'extérieur de l'installation. Maria n'était pas aussi sensible que lui à l'atmosphère fiévreuse qui régnait de jour comme de nuit dans le village suspendu; a vrai-dire, elle était sollicitée par tous et pour tout, ce qui faisait qu'un troupe de guérilleros armés jusqu'aux dents auraient pu traverser le village sans qu'elle s'en rende compte.
_ Un de vos amis est arrivé hier soir, reprit Nicolas. Les gens d'ici l'appellent Angelo, continua-t-il.
_ Angelo, ici ? C'est vraiment une réunion de famille, s'exclama Jarod.
_ Tu ne crois pas si bien dire, dit une jeune femme rousse qui s'avança vers lui, vacillant légèrement alors que la plate-forme oscillait sous une brusque rafale de vent.
_ Émilie, s'exclama Jarod en se précipitant vers elle et en l'enlaçant. Je n'arrive pas à croire que Sorc'ha est réussi à te convaincre de venir ici en si peu de temps.
_ Qui est Sorc'ha ? Demanda Émilie, surprise.
_ Notre guide bien-aimée a délégué sur ce coup-là, expliqua la jeune femme qui l'accompagnait. Je suis Camilla. La chargée de communication de notre association, ajouta-t-elle en lançant à Jarod un regard explicite.
Jarod pressentit que ses hôtes voulaient garder un semblant de situation normale le plus longtemps possible. Même si le cadre paisible du village suspendu le leur faisait aisément oublier, il était situé en plein cœur de la zone la plus dangereuse du continent américain. Le Caméléon supposait avec raison que l'endroit n'avait pas été choisi au hasard pour mieux se dissimuler aux yeux de leurs poursuivants, les voyants avaient choisi de plonger au cœur des ténèbres.
Ils avaient atterri à l'aéroport de Bueno Aires un jour plus tôt et avaient été immédiatement redirigés vers un petit avion de tourisme qui vibrant et hoquetant leur avait tout de même permis d'atteindre une piste d'atterrissage visiblement clandestine, perdue au milieu de la jungle.
_ On l'a piqué récemment aux narcotrafiquants, avait expliqué d'un ton insouciant un jeune hispanique qui s'était présenté sous le nom de Christobal. Vous avez de la chance que la forêt n'ait pas encore repris ses droits, sinon, il aurait fallu faire le trajet en bus et en 4x4. Vos vêtements ne sont pas vraiment adaptés pour le reste du chemin, avait-il ajouté en déshabillant Miss Parker du regard. Voilà de quoi vous changer, avait-il continué en leur lançant un sac de sport tandis que Miss Parker le fusillait du regard. Maintenant vêtus de tenues couvrantes et aspergés d'anti-moustique, Broots, Miss Parker et Debbie s'apprêtaient à plonger dans la jungle en compagnie de Christobal et d'une dizaine d'hommes indigènes à la peau cuivrée et aux regards sombres impénétrables.
_ Pourquoi sont-ils tous armés, demanda Broots, rendu nerveux par l'apparence farouche de leur escorte.
_ Vous ne regardez jamais les informations, Broots, le railla Miss Parker. Cette région est le refuge de toutes sortes de milices armées et de trafiquants de cocaïne. Nous allons sans doute traverser les territoires de certains de ces charmants personnages
_ Vous comprenez vite, c'est un bon point pour vous, la Miss, déclara Christobal. Bon, à priori, nous suivons un itinéraire relativement sûr. Plusieurs des nôtres surveillent les environs tout du long et nous avertiront en cas de problème imprévu. Mais restez bien au milieu du groupe et économisez votre souffle pour pouvoir suivre l'allure. Il est hors de question de faire une pause. Capito ?
Ils acquiescèrent tous trois d'un signe de tête ce qui leur valut un sourire satisfait de leur accompagnateur.
La marche fut longue et épuisante. Les arbres immenses et les cris des animaux invisibles tout autour d'eux étaient oppressants, mais après plus d'une heure à se frayer un chemin à travers la jungle, ils étaient trop fatigués pour y prêter attention. Un peu plus tard, malgré ses propos précédents, Christobal les invita à faire une première pause. Il savait qu'il ne pouvait pas pousser indéfiniment ces purs citadins qui ne cessaient de trébucher sur les racines qui quadrillaient le sol et ne parvenaient pas à éviter les branches basses ou les lianes qui leur barraient la voie. En vérité, si leur escorte était aussi nombreuse, c'était pour tenir compte du fait qu'ils ne manqueraient pas d'attirer l'attention. Christobal lui-même estimait qu'il aurait pu couvrir la distance en moins d'une demi-journée sans être repéré par les rares tribus hostiles, les patrouilles gouvernementales ou encore les deux ou trois groupes de trafiquants qui s'obstinaient à reconstruire leurs laboratoires dans les environs du village suspendu. Dans cette guerre d'usure que les voyants menaient aux trafiquants depuis leur arrivée trois ans plus tôt, les planteurs de coca perdaient peu à peu du terrain, grâce à une collaboration active avec les tribus indiennes et les autorités. Les groupes armés leur donnaient beaucoup plus de fil à retordre, et la principale action de la communauté à ce sujet avait été de former un réseau de vigilance afin de diminuer le nombre d'attaques-surprise et d'enlèvement. Quelques-uns de ces belliqueux voisins avaient tenté de se débarrasser d'eux, les prenant probablement pour des écolos un peu barjos ayant décidé d'effectuer leur retour à la nature dans l'une des zones les plus dangereuses de la planète. Grave erreur, car le village suspendu avait pour avantage premier de mettre hors de portée des assaillants ses habitants et en second de leur permettre aisément de les bombarder de projectiles diverses allant des flèches utilisés par les indiens aux pistolets-mitrailleurs que Christobal affectionnait. Sans compter les guetteurs et les caméras thermiques qui permettaient de détecter l'approche des combattants bien avant qu'ils atteignent les abords du camp. Le village avait grandi peu à peu, attirant tous ceux en quête d'une certaine sécurité, malgré les contraintes que les voyants imposaient à chaque nouvel arrivant. A vrai-dire, les nouvelles recrues passaient tous entre les mains de Kazuo, le plus psychologue de tous pour un sondage en règle et tous étaient astreints à des entraînements réguliers visant à conditionner leurs réactions en cas de crise. Mêmes les enfants les plus jeunes connaissaient les manœuvres à effectuer. En prévision du nombre toujours croissant d'invités non aguerris, un grand nettoyage avait eu lieu durant les deux semaines précédentes et le périmètre de sécurité avait été largement étendu. Tout individu inconnu porteur d'une arme à feu franchissant la frontière invisible était abattu sans sommation par des ombres aussi silencieuses et mortelles que des jaguars.
Quand cinq heures de marche plus tard, ponctuées de trois autres pauses , leur escorte s'arrêta finalement comme un seul homme, ni Miss Parker ni Broots ne comprirent pourquoi.
_ Je croyais qu'on ne devait plus s'arrêter avant d'être arrivés, s'impatienta Miss Parker. Le sourire énigmatique de Christobal ne fit rien pour l'aider à retrouver son calme.
_ Ecoutez, fit Debbie qui avait levé les yeux vers la cime des arbres.
_ Quoi ? Le chant des grillons géants ? Le babillages des millions d'emplumés qui se planquent au-dessus de nos têtes ou le doux hurlement des macaques locaux, demanda l'autre d'un ton ironique. Miss Parker n'appréciait vraiment pas d'avoir été parachutée dans un monde inconnu et son humeur s'en ressentait fortement.
_ Vous devriez mieux écouter, répliqua Broots d'un ton sec. Même s'il partageait le désarroi de sa patronne, il était hors de question de laisser quiconque parler sur ce ton à sa fille. Ce sont des humains là-haut.
_ Et un point pour le geek, un point, s'exclama Christobal en tapant sur l'épaule de Broots de manière amicale mais si inattendue que celui-ci sursauta. Il s'agit seulement de l'un des avant-postes mobiles mais il y une passerelle permettant d'arriver au village au niveau de la canopée. Il faut grimper d'abord.
Broots pâlit. Depuis toujours, il souffrait de vertige, au point de ne pas pouvoir regarder au travers d'une baie vitrée si elle était située à plus de deux étages du sol. Une main fine se glissa dans la sienne tandis qu'il regardait, horrifié, l'échelle de corde qui descendait en se balançant d'un point qu'il ne pouvait voir à cause du feuillage.
_ Papa, tu vas y arriver, assura Debbie. Broots serra la main de sa fille tout en continuant à regarder la lente descente du filin. Pour elle, il se sentait prêt à surmonter tous les obstacles et à vaincre toutes ses peurs.
Ni Sydney, ni même Sorc'ha n'avaient prévu le comité d'accueil qui les attendait à leur arrivée en France. Un douanier complice leur avait permis de prendre un chemin détourné pour atteindre le parking où les attendait la voiture de location qui devait leur permettre d'atteindre Bruxelles. Mais quelqu'un était adossé à la voiture, l'air un peu perdu.
_ Qui c'est celui-là, avait demandé leur accompagnateur, en mettant sa main sur la crosse de l'arme qu'il portait à la ceinture.
Lorsque le jeune homme avait tourné la tête dans leur direction, Sydney l'avait immédiatement reconnu et Sorc'ha n'avait pas marqué de temps d'arrêt.
_ Je déteste les sensitifs, avait-elle marmonné entre ses dents. Ils s'amènent toujours au pire moment.
_ Salut... je suis Ethan... s'était présenté l'autre d'un ton hésitant.
_ Le petit frère de Jarod, le coupa Sorc'ha, toujours mécontente. François, il tombe mal, mais c'est un ami. Elle avait à nouveau regarder sa montre, inquiète : Il vaudrait mieux que ton absence ne soit pas remarquée.
_ Pas de risque, petite, s'était esclaffé le douanier. Du moment que je rapporte des donuts et du café, personne ne me posera la moindre question.
L'homme avait étreint la jeune fille avant de repartir, puis Sorc'ha avait fondu sur Ethan :
_ Mais bon Dieu, tu ne pouvais pas trouver un moment moins critique pour apparaître comme par magie ? Il y a cinq équipes de Nettoyeurs qui écument l'aéroport en ce moment même, expliqua-t-elle à Sydney médusé par cet éclat de voix. Il faut que nous partions avant qu'ils aient l'idée de bloquer toutes les issues. Allez, montes, avait-elle continué en ouvrant la portière arrière. Ethan, impressionné par sa manifestation de mauvaise humeur ne s'était pas fait redire deux fois. La jeune femme s'était glissée devant le volant et avait vérifié que ses passagers étaient correctement attachés avant de démarrer.
_ Ce n'est pas la bonne direction n'avait pu s'empêcher de remarquer Ethan en voyant la sortie que prenait la jeune femme.
Pas plus Sydney que Sorc'ha n'avaient été surpris par le fait que le jeune homme connaisse leur prochaine destination.
_ Nous devons quitter l'aéroport au plus vite, expliqua la jeune fille. Et si par hasard ils nous repèrent sur les caméras de surveillance, ils croiront que nous nous dirigeons vers le sud.
Un silence tendu s'était établi dans l'habitacle jusqu'à ce que les deux voyants admettent d'un commun accord qu'ils étaient hors d'atteinte de leurs poursuivants. Ethan leur avait ensuite résumé ses recherches des derniers mois contrairement au jeune homme, Sorc'ha avait une idée précise sur l'identité de la femme qui avait continué à déposé des documents de manière régulières durant les vingt dernières années :
_ Y a-t-il eu un dépôt dans les cinq derniers mois, avait-elle demandé.
_ A Londres, il y a six semaines. J'y étais deux jours après qu'elle soit passé.
_ Bon. Je pense qu'il s'agit de Margaret, la mère de Jarod, avait expliqué Sorc'ha comme les deux hommes la fixaient d'un air étonné. Il faudra que tu me donnes le nom de la banque pour que je puisse demander à mon équipe de pirater les données enregistrées par leur société de surveillance pour être sûre, mais vos mères à Jarod et à toi s'étaient alliées pour rassembler de quoi détruire le Centre.
_ Elles rassemblaient des informations ?
_ Oui. Probablement rien de directement incriminant, mais un faisceaux de faits qui pourraient orienter une enquête plus poussée. C'est elles qui nous ont donné l'idée du projet Chaos, continua-t-elle, soudain perdue dans ses pensées.
_ Madame Parker était décédée avant que tu viennes au monde, remarqua Sydney.
_ Toute personne qui passe au Centre laisse une trace, même si on fait tout pour les effacer, avait déclaré Sorc'ha. J'ai eu accès à l'ensemble des données du Centre lors d'un projet visant à renforcer sa structure. Un éclat de rire lui avait échappé. Au début, je comptais rendre un rapport vide, mais je me suis rendue compte que le principal problème du Centre était ses dirigeants. Leurs contradictions et leurs ambitions respectives créent des failles importantes dans les rouages de la machine.
_ Les Sud-Africains n'ont pas du beaucoup aimer, s'était amusé Sydney.
_ Je ne crois pas que les résultats leur aient été présentés, avait estimé Sorc'ha. Sinon Messieurs Parker et Raines auraient été démis de leurs postes. Je ne sais pas si c'est une bonne ou une mauvaise chose quand on y repense.
Sydney s'était tu à son tour, pensif. Effectivement, les rivalités et les manipulations contradictoires entre les membres de la famille Parker avaient bien souvent permis à Jarod de s'en sortir in extremis.
Les sujets graves avaient été mis de coté pour le reste du voyage et ils avaient passés de bons moments dans la voiture de location sur le trajet Paris-Bruxelles. Une fois arrivés à la suite de l''hôtel cinq étoiles que Sorc'ha avait réservée une semaine plus tôt, la jeune voyante avait passé plus d'une dizaine d'appels, le ton de la conversation montant parfois. Ethan, toujours impressionné par la jeune fille, faisait de son mieux pour se faire oublier, tandis que Sydney attendait calmement qu'elle ait fini.
_ Fais voir les papiers que tu utilises en ce moment, dit Sorc'ha après avoir raccroché sèchement. Son dernier correspondant l'avait menacée de mort si jamais il la revoyait et cela n'avait pas contribué à améliorer son humeur.
_ J'ai cinq identités en fait, annonça Ethan en étalant les passeports et les cartes d'identités correspondantes sur le couvre-lit.
_ Ces deux-là ont été repérées par mes informateurs et celle-là est compromise, fit Sorc'ha en écartant les documents incriminés. Le Centre devra débourser beaucoup d'argent pour avoir ces renseignements, mais je sais qu'ils utilisent le même réseau que moi, expliqua la jeune fille. Apparemment, tu as posé beaucoup de questions aux mauvaises personnes, Ethan, ajouta-t-elle sur un ton de reproche.
_ Mais c'est elles qui avaient les réponses, s'insurgea enfin le jeune homme. Sorc'ha lui donna une bourrade un peu brutale dans le dos mais lui sourit pour la première fois.
_ Je sais. Mais les choses ne sont pas simples. Ces gens utilisent ces informations comme assurance-vie. Il est plus intéressant pour eux de signaler à ceux qui veulent leur nuire que quelqu'un cherche à les obtenir qu'à les partager avec un lui, aussi sympathique soit-il.
_ Personne n'a jamais dit que j'étais sympathique, remarqua Ethan en baissant les yeux vers ceux de son interlocutrice qui s'était assise à ses cotés sur le lit.
_ E bien, c'est fait, dit la jeune femme en lui ébouriffant gentiment les cheveux. Bon, à priori, personne n'a jamais entendu parler de Klaus Hummer, continua-t-elle en lui redonnant les documents correspondants. Tu seras le secrétaire particulier de mon père, Julien Franel, dit-elle en désignant Sydney. Je suis Sophie Franel, ajouta-t-elle répondant ainsi à son interrogation muette. Te sens-tu capable de jouer ce rôle pendant plusieurs jours ?
Il acquiesça malgré ses doutes. La formation à laquelle Raines l'avait soumis n'avait eu que peu de points communs avec celle que Sydney avait donnée à Jarod.
_ Je vais t'aider à assimiler ton rôle, intervint Sydney qui avait perçu son hésitation.
_ Bonne idée. Pendant ce temps, je vais aller faire quelques emplettes, déclara Sorc'ha. A ce soir, vingt heures au restaurant de l'hôtel.
Les deux hommes acquiescèrent et elle sortit immédiatement. Quelques heures plus tard, lorsqu'ils remontèrent tous trois du dîner, elle leur montra les gardes-robes qu'elle avait achetées à leur intention dans les plus grandes boutiques de luxe de la ville : chemises, costumes de grands couturiers, chaussures italiennes et même sous-vêtements de marques, rien ne manquait.
_ Normalement, tout est à vos tailles j'ai vérifié avec vos vêtements avant de partir. Je vous ais aussi offert des bagages dignes de ce nom. Un milliardaire et sa suite ne prennent pas l'avion avec de simples sacs de voyage, dit la jeune femme sur un ton suffisant qui laissa dubitatifs les deux hommes. Désolée, c'est le coté snob de la famille qui ressort, s'excusa Sorc'ha en remarquant le regard qu'ils avaient échangé.
_ Je suppose que c'est avec vos millions que je joue au millionnaire, remarqua Sydney.
_ Une partie seulement, corrigea la jeune fille. Les boutons de manchette, la montre en or et l'épingle à cravate sont pour vous, Sydney. Vous allez faire un multimilliardaire très convainquant.
Deux jours plus tard, tous trois embarquaient dans un jet privé à destination de Caracas où ils atterrirent après une escale de ravitaillement. Sydney tiqua en voyant les hommes armés et les voitures aux vitres teintées qui les attendaient sur le tarmac.
_ C'est la procédure d'accueil standard pour les VIP dans cette partie du monde, expliqua Sorc'ha. Ils sont là pour éviter qu'on se fasse braquer ou enlever au beau milieu de la rue. Bienvenue à Caracas-City, dit-elle avec dérision. Bon revoyons la biographie de ce bon Monsieur Franel. Tu veux bien, Papa ?
_ Oui, dit Sydney, contraint. Je suis né à Bruxelles en 1934 dans une famille de marchands d'art qui se sont enrichis pendant la dernière guerre. A mon tour j'ai repris l'affaire familiale et l'ai fait prospérer par des moyens plus ou moins légaux, puis j'ai décidé il y a quinze ans que le soleil de l'Amérique du Sud me conviendrait mieux et j'y ai emménagé avec ma fille et mon épouse. Comment ce fait-il que les autorités n'aient pas tiqué en comparant les dates, remarqua le psychiatre. Il y a quinze ans...
_ Un ressortissant belge trafiquant en art s'est bel et bien installé dans le sud du pays pour se faire oublier des autorités de son pays. Malheureusement, ce monsieur est mort ainsi que toute sa famille, tués lors d'un raid de guérilleros. Comme on a jamais retrouvé les corps, nous avons pensé qu'il serait peut-être utile de lui faire payer des impôts régulièrement jusqu'à ce que nous puissions le ressusciter.
Sydney plongea ses yeux dans ceux de sa vis-à vis, mais elle ne recula pas devant la froideur de son regard :
_ Nous ne faisons de mal à personne. Il ne reste aucun parent proche à votre alter-ego. Personne qui ne se soucie de savoir si il est réellement mort ou vivant. Mais grâce à Julien et Sophie Franel, le Centre ne nous retrouvera pas. Si vous voulez, vous pourrez venir avec moi faire brûler un cierge pour le repos de leurs âmes, dès que nous aurons les papiers qui feront de nous des citoyens vénézuéliens à part entière. Continuez maintenant...
_ Ma femme est morte d'un cancer du sein il y a quatre ans et depuis j'ai consacré mon temps et mon argent à financer des hôpitaux, des écoles... ce genre de choses. Même si je ne sors jamais de ma retraite, je suis très actif politiquement parlant et on recherche souvent mon soutien. Tout cela est vrai au moins ?
_ Oh que oui. Un vrai bienfaiteur et homme de l'ombre. Pour ma part, je n'ai jamais quitté l'hacienda familiale et j'ai obtenue par correspondance des diplômes de psychologie. Nous sommes partis en Europe il y a cinq jours en Europe pour régler des affaires urgentes mais il y a six mois que nous avons commencé les démarches pour être naturalisés. Bon, nous sommes au point. Il nous reste plus qu'à attendre trois jours avant le rendez-vous. Surtout, ne sortez jamais de l'hôtel, ni l'un, ni l'autre sans notre escorte, insista lourdement la jeune femme. C'est vraiment la jungle, ici.
Durant ce temps au village suspendu, malgré la présence de tant de gens qui comptaient à ses yeux et la certitude que d'autres viendraient bientôt les rejoindre, Jarod n'étaient pas heureux. Sans doute à cause d'une grande brune au regard assassin qui faisait de son mieux pour l'éviter depuis presque deux jours. Ce qui étant donné la superficie relativement réduite du village et les coutumes de la communauté était quasiment impossible. Il voulait bien lui laisser du temps, mais avec son manque de tact habituel, Christobal leur avait déjà fait remarquer à quel point leur attitude perturbait le reste de la communauté et qu'ils avaient intérêt à régler rapidement le problème avant qu'il les enferme dans l'un des cachots et qu'il les laisse régler leurs comptes à coup de poing. Miss Parker avait répliqué par quelques remarques acerbes et n'avait rien changé à sa stratégie. Elle n'avait pas encore détecté sa présence et il l'observait à distance, se tâtant pour savoir s'il avait en lui le courage nécessaire pour l'aborder.
_ Tu devrais lui parler, dit une voix à ses cotés.
_ Angelo ! Je ne t'ai pas entendu arriver. Tu te plais ici, demanda Jarod après avoir relâché son étreinte.
_ Oui, répondit Angelo avec un grand sourire. Ici, je suis comme chez moi, et tout le monde m'aime, ajouta-t-il en répondant d'un signe de la main au salut d'une femme aux grands yeux noirs en amande pétillant de joie. Il faut que vous mettiez... les choses au clair, continua l'empathe buttant sur les mots qui lui étaient inhabituels. Il y a beaucoup de gens qui ne vous connaissent pas comme moi mais qui sentent qu'il y a quelque-chose de...bizarre entre vous. Et elle leur fait peur...
_ Parce que dans cet état d'esprit, elle est imprévisible, compléta Jarod en soupirant. Je vais lui parler. Merci Angelo.
L'autre lui tapota l'épaule avec un sourire encourageant. Jarod pressentait que le sien était un peu crispé. L'autre le poussa doucement vers l'avant et il continua sur cette lancée. Évidemment, lorsque Miss Parker l'aperçut, elle se détourna et partit en sens inverse. Jarod pressa le pas pour la rattraper et l'attrapa par le bras.
_ Ne fuis pas, dit-il doucement. Comme il s'y attendait, la jeune femme explosa :
_ Qu'est ce qui te permet de dire que je fuis ? Il ne t'est pas venu à l'idée que je n'avais tout simplement rien à te dire ?
_ Moi aussi j'ai peur et je ne sais pas ce qui va arriver, dit Jarod en s'asseyant dos à la balustrade, la forçant à l'imiter. Je ne suis pas voyant, ajouta-t-il sur le ton de la dérision.
Miss Parker réalisa avec un certain soulagement qu'il ne la lâcherait pas. Elle était donc obligée d'exprimer le malaise qui l'habitait, de laisser sortir ces sentiments amers qui empoisonnaient son cœur.
_ Pour toi, cela doit ressembler au paradis un lieu sûr dans un milieu riche en stimulations : piqûres de moustiques et faune sur-dimensionnée, culture locale encore inconnue du monde extérieur et laboratoire de recherche high-tech. Mais qu'est-ce que je fais ici, moi ?
_ Tu es ici parce que nous avons besoin de toi, répondit Jarod, en se retenant de la prendre dans ses bras. Il savait qu'il était beaucoup trop tôt.
_ Comme otage, répliqua ironiquement son interlocutrice. Ils ne veulent même pas me donner une arme alors que ce p'tit con se promène avec un Uzi en bandoulière !
Jarod en déduisit que le petit con en question était Christobal lui-même trouvait le goût immodéré du jeune homme pour ce genre de quincaillerie un peu inquiétant, mais Kazuo, le voyant d'origine japonaise qui s'était spécialisé dans l'étude psychiatrique lui avait expliqué que le jeune hispanique ressentait encore, trois ans après être sorti du Centre, le besoin de se rassurer sur le fait qu'il avait repris le contrôle de sa vie. Le Caméléon supposait que l'addiction aux armes de sa compagne avait des racines communes avec celle de Christobal.
_ Bien sûr que non, et tu le sais très bien. Tu es forte, tu connais bien le Centre et tu es douée dans toutes sortes de domaines. Et puis, ils savent que tu es prête à tout pour ceux auxquels tu tiens et cela compte beaucoup pour eux.
_ Jarod, je suis douée pour traquer les gens comme eux ça m'étonnerait que ce soit le genre de talent qu'ils recherchent. Broots ou toi pouvez leur être utiles, mais j'ai passé tellement de temps à m'aveugler pour supporter ce que je vivais jour après jour que je ne sais plus où j'en suis. Je suis complètement dans le brouillard, avoua-t-elle avec un petit rire.
_ Alors ne te poses pas trop de questions. Fais un pas après l'autre, prends le temps de profiter de tout ce qui t'entoure, de respirer à plein poumon. Écoutes ce que les gens disent sans a priori. Parles avec eux, laisses les apprendre qui tu es. Ici, tu n'as pas besoin d'armure. Personne ne va te tirer dans le dos.
_ Je sais que vous avez tous de grands espoirs, dit Miss Parker avec lassitude. Mais le Centre est une hydre. Quand on coupe une tête, il en repousse deux.
Cette fois-ci, la pulsion fut trop forte et il lui étreignit la main avec force :
_ Parker, il faut que tu te permettes un peu d'espoir. Sans espoir, on ne peut que sombrer un peu plus profond jour après jour. Crois-moi, je sais de quoi je parle.
Elles se raidit et il craignit pendant quelques secondes qu'elle prenne à nouveau la fuite, mais elle finit par se détendre et laissa son épaule s'appuyer sur la sienne. Ils restèrent ainsi, l'un contre l'autre , jusqu'à ce que les cris des femmes signalent l'heure du dîner.
Monsieur Parker appréciait beaucoup l'empressement de ceux qui l'entouraient à exaucer la moindre de ses volontés. C'est vraiment un autre monde, songea-t-il en se remémorant avec un peu d'aigreur toutes ces années à marchander la moindre parcelle d'autonomie avec les investisseurs sud-Africains qui sous le prétexte qu'ils détenaient les deux tiers des fonds du Centre oubliaient que sa famille avait été la fondatrice de cette institution. Mais ici, dans ce pays où tout était possible à condition d'y mettre le prix et où les autorités étaient toutes prêtes à fermer les yeux et à protéger les investisseurs étrangers en quête de tranquillité, ils pourraient reconstruire le Centre sans que quiconque ne leur mette des bâtons dans les roues. C'était d'ailleurs ce à quoi lui et Raines s'employaient depuis trois mois déjà.
Une domestique s'approcha, le tirant de sa rêverie :
_ Téléphone Monsieur. Il dit que c'est très important.
Monsieur Parker soupira. Une seule personne avait ce numéro et le fait qu'il appelle à l'improviste ne laissait présager rien de bon.
_ Qu'y a-t-il, Raines ?
_ Nous avons un problème, dit la voix sifflante de son cadet. Notre fille, Sydney, Broots et Angelo ont pris la clef des champs il y cinq jours et Lyle s'est montré incapable de les localiser pour l'instant.
_ Comment est-ce possible, demanda Monsieur Parker, sa voix trahissant sa colère comme il se le permettait rarement.
_ Ils ont eu un gros coup de pouce. Les voyants ont refait surface.
_ C'est très ennuyeux, surtout en ce moment, dit Monsieur Parker d'un ton appuyé. Que pensez-vous faire pour résoudre la situation ?
_ Lâcher Lyle pour de bon. Cette fois-ci, rien n'était préparé. Ils ont forcément du laisser des traces.
_ Vous pensez vraiment que...
_ N'oubliez pas que nous avons pensé un moment l'inclure dans le projet Caméléon et ses nombreux contacts dans les milieux les moins conventionnels. De plus il les connaît tous... intimement. Il saura les retrouver si nous lui donnons carte blanche.
_ Alors faisons ainsi, conclut Monsieur Parker.
_ Comment se présentent les choses de votre coté, demanda Raines.
_ Le mieux du monde, assura Monsieur Parker avant de raccrocher.
Sorc'ha avait tenu parole et Sydney et elle étaient maintenant sous l'immense voûte de la cathédrale de Caracas. Ils fixaient tout deux le haut cierge qu'ils venaient d'allumer.
_ Je vous remercie d'avoir existé, dit simplement la jeune fille, tandis que Sydney se taisait à ses cotés. Il pesa les mots qu'elle avait employés, pensif. Le psychiatre pressentait que la voyante n'adhérait à aucun système religieux particulier, mais il avait senti la sincérité de ces mots et en fut apaisé.
_ Nous devons partir maintenant, dit sa compagne en passant gentiment sa main sous son bras. N'avez-vous pas hâte de revoir Mademoiselle Parker et Jarod ?
_ N'oublions pas Broots, sourit Sydney, en pressant sa main. Je suis tellement heureux qu'ils soient arrivés sains et saufs !
Et tels un père et sa fille, ils sortirent lentement de la cathédrale blanche et rejoignirent la voiture blindée aux vitres fumées qui les attendait devant le parvis.
Trois heures d'avion et quatre heures de 4x4 plus tard, Sorc'ha, Ethan et Sydney atteignirent l'embarcadère où les attendait un bateau tous feux éteints.
_ Comment se dirigent-ils, demanda Ethan tandis qu'il s'écartait de la jetée.
_ A la lumière de la lune et des étoiles, expliqua Sorc'ha. Et les perches servent autant à tâter le chemin qu'à avancer. Le coin est vraiment dangereux, crût-elle bon d'ajouter devant leurs regards interloqués.
Ce ne fut qu'alors que ses compagnons remarquèrent les visages tendus des marins autour d'eux, le scintillement des armes automatiques et le sniper positionné sur le toit de la barge. Il se passa plusieurs heures avant que les dix indiens se détendent et qu'ils puissent à nouveau respirer librement. Huit heures plus tard, aucun d'entre eux n'avait fermer l'œil et l'aube se levait. Sorc'ha qui s'était accoudée sur la rambarde, agita soudainement la main, un grand sourire éclairant son visage fatigué. Sydney et Ethan la rejoignirent alors et découvrirent les silhouettes qui les attendaient sur la rive. A leur tour, leurs visages s'éclairèrent : Jarod et Miss Parker faisaient partie de l'assistance. Ils avaient d'ailleurs fort à faire pour retenir une petite fille de trois ou quatre ans qui semblait prête à se jeter à l'eau.
A peine à terre, Sorc'ha souleva dans ses bras l'enfant qui se suspendit à son cou :
_ Maman, s'exclama la petite. Tu m'as manqué !
_ Toi aussi Merry, assura la jeune fille en l'embrassant. Comme vous pouvez le voir, nous avons un invité surprise, ajouta-t-elle, à l'adresse de Jarod et Miss Parker.
_ Mais où étais-tu passé, demanda Jarod tout en aidant son cadet à sortir de l'eau. Ethan attendit que Miss Parker lui sourit avant de répondre :
_ Les voix m'ont dit que je trouverais des réponses en Europe. Et j'ai trouvé quelque-chose, même si je ne sais pas trop quoi, ajouta-t-il en offrant à Jarod la clef USB où il avait téléchargé les documents. Je suis tellement heureux de vous voir ensemble, avoua-t-il en les étreignant avec fougue. Sydney ne put dissimuler son sourire et l'éclat de rire de Sorc'ha devant l'expression des deux jeunes gens se réverbéra sous les arbres.
_ Sydney ?
_ Michelle ! Sydney sauta du pont du bateau sans hésitation et franchit en trois enjambées la distance qui le séparait du bord du fleuve. Nicolas, s'exclama-t-il à nouveau tandis que le jeune homme sortait du couvert des arbres. Comment allez-vous ?
_ Bien, Papa, répondit celui-ci en se joignant à l'étreinte de ses parents. Nous avons trouvé un véritable refuge ici. Mais j'aimerais bien savoir de quoi on veut nous protéger.
Michelle et Sydney échangèrent un regard plein de compréhension au-dessus de l'épaule de leur fils. Eux deux connaissaient bien ce qui s'était lancé sur leurs traces et étaient prêts à tout pour protéger leur fils, même faire confiance à des quasi-inconnus pour peu qu'ils aient le même objectif qu'eux.
Enfin, ça peut attendre encore un peu, reprit Nicolas. Sydney, il y a quelqu'un que je veux te présenter. Voici Maria, dit-il en dévorant des yeux la jeune fille qui apparaissait maintenant timidement à l'orée des arbres, encadrée par une femme tout aussi brune aux yeux bleu saphir et un jeune homme au sourire ironique. On lui a expliqué que c'était dangereux, mais elle a tenu à venir t'accueillir avec moi.
Sydney sentit un large sourire s'épanouir sur ses lèvres. Il se rappelait le bonheur qu'il avait ressenti lorsqu'il avait connu Michelle. Il souhaita que celui de son fils n'ait jamais de fin.
Quelques jours plus tard, Lyle descendait la rampe d'accès du jet privé du Centre, Il fixa d'un air ennuyé le ciel couleur de plomb. Il n'allait pas tarder à pleuvoir.
_ Bienvenue à Bogotá, Señor Lyle, dit un homme sec, de petite taille à la peau cuivrée et aux cheveux et aux yeux sombres qui l'attendait sur la piste d'atterrissage. Avez-vous fait bon voyage ?
_ Sergio, les mondanités n'ont jamais eu aucune place dans nos relations et j'aimerais que cela reste ainsi, dit Lyle, tranchant.
Désolé, Señor, c'est ma femme qui insiste pour que je me civilise, dit l'autre en levant les mains en signe d'apaisement. Il connaissait suffisamment son interlocuteur pour savoir que lorsque celui-ci perdait son sang-froid, rien de bon ne pouvait en sortir.
_ Ce n'est pas grave je suis juste un petit peu sur les nerfs en ce moment, avoua Lyle au grand étonnement de son interlocuteur. Savez-vous exactement où se trouvent nos extralucides en cavale ?
_ Nos renseignements ne sont pas très précis. Depuis deux-trois semaines, ils sont sur le pied de guerre. Mes hommes ont été obligés de se retirer de six de nos plantations et trois laboratoires ont été détruits.
_ Ils ont le grand nettoyage avant l'arrivée de leurs invités, en déduisit Lyle. Il faut croire que vous ne correspondiez pas à l'image qu'ils voulaient donner du quartier, plaisanta-t-il sans que l'autre ne se déride.
_ Depuis leur arrivée, ils nous ont fait beaucoup de tort, appuya Sergio. Avant, les autorités et les sauvages nous respectaient. Maintenant, dès qu'on fait un pas sur leur territoire, les indigènes nous arrosent de flèches et les juges refusent de se laisser corrompre de peur que tout le monde l'apprennent dans l'édition du soir. Vous ignoriez qu'ils étaient en cheville avec plusieurs journaux, ajouta-t-il comme Lyle le regardait sans comprendre.
_ Ce sont des petits futés, finit par dire celui-ci après quelques instants de réflexion. S'ils contrôlent l'information, il leur est plus facile de masquer leurs traces.
_ Et les gens qui les aident sont d'une fidélité sans faille. Impossible de tirer d'eux quoi que ce soit. Ces monstres ont réussi à leur faire croire dur comme fer que la mort est préférable à la trahison. Même la torture n'y fait rien. Évidemment, nous n'avons pas réitérer l'expérience. Les représailles ont été sanglantes. Les trois quart du cartel de Pablo Escoda a été exterminé purement et simplement. On a retrouvé des corps mutilés pendus aux arbres pendant des semaines après ça.
_ Le problème, annonça Lyle en souriant, c'est que vous avez manqué de subtilité. Je les connais, je sais ce dont ils ont peur, ce qui hante leurs cauchemars la nuit. Cette fois-ci, nous en viendrons à bout de manière définitive.
A plus de cinq cent kilomètres plus au sud, Sorcha, adossée à une hutte du village suspendu regardait ceux qui lui étaient chers discuter avec animation tandis qu'assis sur des nattes formant un cercle, ils dévoraient le contenus des plats que les femmes du village avaient préparé à leur intention. Les jumeaux de Mei Li et Kazuo avaient faussé compagnie à l'assemblée et s'étaient éclipsés en compagnie de Merry. Kyle et Cassie, les enfants de Michael et Julia et de Sarah et Rohan somnolaient, blottis entre leurs parents. Sydney et Michelle s'étaient retrouvés et les mains des deux anciens amants s'étreignaient tandis qu'ils couvaient des yeux Nicolas et Maria qui écoutaient Broots leur narrer son équipée dans la jungle. Debbie discutait avec Emily et Camilla et Christobal plaisantait avec Angelo qui ne pouvait empêcher son regard de passer de l'un à l'autre comme pour s'assurer qu'ils n'allaient pas disparaître dans la nuit. Certes, Miss Parker et Jarod s'évitaient consciencieusement depuis leur arrivée mais la présence d'Ethan avait fini par les rapprocher et ils l'encadraient maintenant l'interrogeant en rafale sur ce qu'il avait fait depuis sa disparition. Julian, Esteban, Benjamin, Clara et Dora restaient silencieux mais leurs regards avaient perdu l'expression tourmentée qui était apparue au moment où ils avaient vu le projet Chaos se noyer dans le sang. Dai Lan, la sœur jumelle de Mei Li restait mutique, perdue dans le monde imaginaire où elle avait trouvé refuge pour échapper aux sévices, malgré l'agitation inhabituelle Sorc'ha avait l'intention de commencer à valider dès le lendemain avec Sydney le protocole qui peut-être permettrait à la jeune femme de reprendre pied dans la réalité. Christopher et William les deux scientifiques qu'ils avaient recrutés un an plus tôt pour compléter l'équipe technique du laboratoire se tenaient comme d'habitude un peu à l'écart, mais ce n'était pas à cause d'un quelconque malaise seulement, les deux hommes étaient toujours tellement absorbés par le dernier projet en cours qu'ils ne participaient que rarement aux débats.
Heureuse, Sorc'ha laissa échapper un sourire. Maintenant qu'ils étaient presque tous rassemblés, ils seraient assez forts pour affronter la tempête.
