Chapitre 6 : Désillusion…
.
.
Les jours passèrent. Pour les habitants de Storybrooke, chacun se ressemblait autant que la ville demeurait la même, inerte, triste, paralysée par un Maire absent dont tout le monde se plaignait.
Chaque matin en allant à l'école, Blanche voyait les aiguilles de la grande horloge arrêtées sur le chiffre neuf et le six, marquant l'horaire auquel son petit-fils avait été enterré un mois et demi plus tôt. Le temps maussade, le ciel gris et pluvieux, les journées devenaient plus courtes à l'approche de l'hiver. Chaque jour après l'école, Mary-Margaret se rendait à la demeure de Regina Mills où sa fille avait choisi de rester enfermée, du moins, « quand elle n'allait pas courir le matin pendant des heures », d'après les explications de la Reine qui s'était confiée à elle. La ville de Storybrooke, telle que tous l'avaient connue n'était plus… Mais personne en ville ne pourrait soupçonner que les relations entre Mademoiselle Blanchard et la Reine avaient évolué au point qu'elles prennent le thé ensemble avant l'heure du dîner.
Chaque soir, David voyait sa femme rentrer et se mettre à cuisiner tout en lui expliquant comment la Méchante Reine tentait de prendre soin de leur fille. Outre les plats qu'elle cuisinait et qu'elle donnait parfois à Blanche-Neige pour emporter chez eux, la Reine avait poussé Emma à « évacuer » par une activité qui lui permettrait de dormir le soir. Pour Regina, le ménage, la cuisine suffisaient. Pour la Sauveuse, le sport, la course en forêt étaient devenus une addiction qui peu à peu, remplaçait le Whisky.
Car Regina avait vu combien la Sauveuse s'était noyée dans l'alcool depuis son arrivée chez elle. Non seulement elle buvait beaucoup mais elle utilisait la magie à tout bout de champ. Pour se changer, nettoyer, débarrasser la table, la mettre… Des réactions qui avaient provoqué une première dispute très violente entre la Sauveuse et la Reine avant qu'Emma ne quitte la demeure en claquant la porte. Car Regina se raccrochait à ces petites choses futiles et ces obligations du quotidien pour ne pas sombrer à nouveau dans la peine.
Blanche était inquiète du comportement de sa fille qu'elle sentait froide, distante, renfermée sur elle-même. La Reine avait beau tenter de la rassurer, rien n'y faisait pour Mary-Margaret qui se sentait impuissante face à l'état de sa fille. Tandis que la « Méchante Reine » s'adoucissait, elle voyait Emma devenir plus dure, utiliser la magie sans aucune réserve. Ainsi, elle et David avaient sursauté un soir en la voyant apparaître dans leur salon, en quête du livre de contes d'Henry qu'elle avait cherché dans tout l'appartement, avant de disparaître comme elle était arrivée.
Les jours se suivaient et se ressemblaient pour la plupart. Mary-Margaret constatait aussi l'agacement chez les parents de ses élèves, à l'école. Parce que l'établissement scolaire était sûrement le seul à fonctionner encore depuis la mort d'Henry. Tous les habitants avaient repris le cours de leur vie par obligation, parce que le monde continuait de tourner en dépit de cette perte.
Chaque nuit s'écoulait avec la Reine. Depuis la première qu'elles avaient partagée, elles n'avaient plus dormi seules. Emma se chargeait d'étouffer les souvenirs douloureux dans l'esprit de Regina qui, au moins, dormait mieux, plus apaisée. Ainsi, elle remarquait son entrain un peu plus palpable. Quand Regina se sentait bien, alors la douleur d'Emma s'estompait. C'était ainsi qu'elle fonctionnait, de cette façon qu'elle parvenait à continuer. L'alcool, la course et frapper dans un sac aidaient à évacuer cette colère permanente, la pression ressentie à force de contenir sa détresse. Regina tentait parfois de lui arracher quelques mots, quelques ressentiments au sujet d'Henry, mais rien ne voulait sortir. Emma préférait aborder des discussions autour de choses anodines, comme ses plats cuisinés, le climat, la décoration de la maison plutôt que d'approcher du sujet « Henry ». Mais la Reine ne cessait de calquer sa vie, ses décisions sur ce que leur fils aurait voulu, aurait pensé et ainsi de suite… Deux manières différentes d'affronter leur chagrin qui, parfois, semaient la discorde entre elles. Emma découvrait une autre Regina Mills, plus attentive, plus prévenante, fragile et même plus douce tandis qu'elle se voyait devenir plus dure.
Sortie de la salle de bains après une course de deux heures, Emma enfila un jeans et un petit pull avec une fine capuche à l'arrière. Elle essayait de respecter ce que Regina lui avait demandé : moins d'usage de la magie pour occuper son esprit à des tâches basiques. Mais retrouver le goût des choses s'avérait difficile. Elle se forçait à le faire d'abord parce que Regina avait raison, mais surtout parce qu'elle tenait à lui montrer une certaine reconnaissance après tout ce temps passé chez elle. Cela faisait presque deux mois qu'elle s'était installée dans la demeure de Madame le Maire et elle avait fini par délaisser la chambre d'ami pour rejoindre Regina dans son lit tous les soirs.
Elle descendit les escaliers et entendit des voix s'élever depuis le rez-de-chaussée. Quand elle mit le pied sur la dernière marche, elle tourna les yeux vers la porte d'entrée, grande ouverte. Regina se tenait debout sur le seuil, face à une dizaine de personnes et elle put entendre la voix du docteur Whale s'adresser au Maire sur un ton mauvais :
— Tout ça, c'est à cause de vous ! lâcha-t-il en s'approchant dangereusement de Regina.
— Je ne vous permets pas, se défendit la Reine.
Il pointa son doigt dans sa direction, l'air vindicatif et reprit :
— Nous sommes prisonniers de cette ville que vous avez créée !
Il voulut s'approcher encore mais fut brusquement arrêté. Ses deux mains remontèrent sur sa gorge dans l'espoir de se défaire de cette emprise invisible autour de son cou.
Dans le dos de Regina, Emma apparut, le bras tendu en direction de Whale, l'expression assombrie.
— Tu vas baisser d'un ton ou je fais de toi un exemple, Whale…
Mais pour l'instant, il pouvait à peine respirer et se débattait pour émettre un son. Emma tourna les yeux vers les autres sans relâcher son emprise.
— Qu'est-ce que vous foutez là ? Un rassemblement en force pour vous en prendre à Regina ?
Granny s'avança en sortant du groupe qui ne disait plus un mot. Tous avaient appris ce que la Sauveuse avait fait à Peter Pan sur l'avenue principale, deux mois plus tôt. Ils savaient aussi, selon les rumeurs, qu'elle avait détruit le Pays Imaginaire tout entier.
— La ville est en train de mourir, expliqua Granny avec plus de calme. J'ai été obligée de fermer le restaurant parce que je n'ai plus de clients et le travail commence à manquer pour tout le monde…
Emma relâcha son emprise sur Whale et le laissa tomber lourdement sur le sol. Ce dernier se redressa, toujours accusateur malgré la réaction menaçante de la Sauveuse.
— Si personne ne fait rien, nous allons dépérir, reprit-il. Qu'elle nous laisse au moins le choix de quitter Storybrooke ou qu'elle laisse à quelqu'un d'autre le soin de gérer cette ville !
Ruby osa reprendre en regardant la Sauveuse.
— Le magasin de madame Winters n'est plus réapprovisionné depuis des semaines, Emma… Bientôt nous n'aurons plus de stock d'eau ou de nourriture.
Regina les avait écoutés à tour de rôle et comprenait leurs besoins. Henry lui aurait dit de se reprendre pour aider ces gens.
— Bien, concéda-t-elle. Je reprendrai mes fonctions dès demain pour parer au plus urgent.
— Vous devriez démissionner ! lança Whale.
Mais Emma s'approcha de lui et le revers de sa main frappa contre sa joue. Elle ne pouvait contenir sa colère plus longtemps et ne supportait plus ce ton menaçant que le docteur prenait à l'encontre de la mère de son fils. Ce dernier vacilla sous l'impact et perdit l'équilibre. Si elle ne devait pas user de la magie, elle pouvait au moins utiliser ses mains. Et elle les ferma autour du col du docteur.
— Et tu devrais la fermer avant que je perde patience !
D'un geste sec, elle le poussa en arrière et Leroy intervint en empêchant le médecin de repartir à la charge. Regina posa sa main sur l'épaule d'Emma :
— Laissez Miss Swan… Ça va aller.
Elle s'adressa à tous ceux qui étaient encore plantés dans son jardin.
— Je vous ai dit que je m'occuperai de ce qui doit l'être dès demain, alors laissez-moi un peu de temps.
Les gens présents devant la maison murmurèrent quelques commentaires entre eux et Granny répondit à la Reine.
— Nous vous laissons jusqu'à la fin de la semaine, ensuite nous devrons trouver une solution.
Granny et Ruby firent signe aux autres de s'éloigner, de quitter le terrain de la Reine et de retourner à leurs occupations. Le docteur Whale essuya le sang de sa lèvre ouverte, le regard méprisant rivé sur Emma Swan.
— Vous êtes devenue complètement folle… La mort d'Henry n'excuse pas tout.
Mais le prénom de son fils, prononcé de la bouche de cet individu plus connu sous le nom de Frankenstein, eut raison des dernières retenues d'Emma. Celle-ci voulut répliquer par une frappe plus puissante, mais fut stoppée par les pouvoirs de Regina qui ordonna à Whale :
— Allez-vous en !
Le docteur n'attendit pas pour obéir. Il avait constaté le regard noir de la Sauveuse et avait craint pour sa vie l'espace d'une seconde. Il s'éloigna en toute hâte de la maison, tandis qu'Emma se défaisait de l'emprise de Regina, furieuse :
— Pourquoi tu m'as arrêtée ?!
Regina était confuse. Elle s'était retrouvée prise entre deux feux, entre son affection, sa gratitude envers Emma qui la défendait, et le « devoir » de l'empêcher d'utiliser sa magie contre le docteur Whale.
— Parce que c'est ce que je devais faire, tenta Regina… Henry ne voudrait pas que nous nous entretuions.
— Henry est mort ! lâcha Emma, envahie par une colère incontrôlable. T'entends ça ? Il est mort ! Il peut pas te voir ! Et tu es la Méchante Reine, bordel !
Sa mâchoire lui faisait mal à force de serrer les dents et de contenir cette rage au fond d'elle. Il lui semblait qu'elle était en train de se libérer, de s'échapper. Elle s'approcha d'elle, raidie par le chagrin, la douleur et le manque de sommeil trop longtemps accumulé. Elle la poussa contre le mur dans un mouvement brusque et sans ménagement avant de la contourner et de rentrer dans la maison.
— Arrête de croire qu'il reviendra !
Regina avait froncé les sourcils sur ce contact plus agressif et en constatant le regard noir de la Sauveuse. Elle la suivit à l'intérieur, claqua la porte derrière elle en voyant Emma retourner vers le bar et récupérer une bouteille de Whisky. La Reine sentait gronder la magie de la Sauveuse, celle-ci mêlée d'une peine qu'Emma contenait comme autant de colère depuis leur retour de Neverland. La Sauveuse refusait la mort de leur fils, jamais Regina ne l'avait vu verser une larme, et comment pourrait-elle entreprendre son deuil si elle restait dans le déni et ne cessait de s'enivrer ?
— Tu crois qu'Henry serait fier de voir la Sauveuse sombrer dans l'alcool ? accusa-t-elle. Est-ce ainsi que tu comptes honorer la mémoire de notre fils ?
Les paroles de Regina ne firent que la blesser davantage et accentuer ses émotions négatives.
— C'est mon fils ! lui renvoya-t-elle, prise par la colère, les rancœurs et tous ses regrets. Et il a plus de mémoire là où il est !
Le ton était monté et les tensions arrivées à leur comble. La bouteille de whisky dans sa main éclata en mille morceaux. Le sol se mit à trembler et les bibelots sur les meubles de la Reine chutèrent les uns après les autres. Le regard envahi par la rage, Emma fixait Regina. Toute la maison semblait vibrer, depuis les fondations jusqu'au toit.
— Comment tu peux me juger en sachant qui tu es ?!
Le mur du salon se fissura sur un bon mètre, la fenêtre du salon se brisa et des éclats de vitre s'éparpillèrent sur le parquet. Regina avait conscience de ce qui se passait. La magie de la Sauveuse tentait de sortir, proportionnelle à ses émotions trop longtemps étouffées. La coupe était pleine, littéralement et ses pouvoirs contenus par sa peine exigeaient d'être libérés. Un vase tomba, des tableaux ou photos se décrochèrent des murs mais la Reine ne vacilla pas sur les accusations de la Sauveuse. Que croyait Emma ? Bien sûr que Regina n'oubliait pas qui elle était, ce qu'elle avait été et fait avant la mort de leur fils. Ses efforts pour devenir « meilleure » – pour Henry – n'avaient jamais signifié que la Méchante Reine disparaîtrait. Mais si Emma voulait revoir son côté sombre, alors Regina le lui montrerait…
— Henry est mort par ta faute car tu n'as pas été à la hauteur, Miss Swan !
Le mur du plafond s'effrita et Regina comprit que ses accusations mensongères avaient leur effet sur la colère d'Emma.
— J'ai élevé Henry, j'ai été sa vraie mère, continua-t-elle dans le seul but d'accroitre la colère de la Sauveuse. Tu n'as été qu'une mère de remplacement quand il a voulu croire qu'il sauverait les gens de cette ville. Mais au lieu de les sauver, tu as causé leur perte !
Emma ne la quittait plus des yeux. Les mots de Regina s'enfonçaient en elle comme des lames acérées directement dans son cœur déjà brisé. Une boule de feu apparut sur sa paume, nourrie par sa rage à l'encontre de la Reine, par sa colère envers elle-même. Le pire était sûrement que ces mots étaient vrais. Sa culpabilité se mêla alors à toute cette fureur attisée par Regina. Elle aurait voulu abattre sa puissance sur elle, la détruire, la réduire au silence le plus total, mais elle s'en retrouvait incapable. Et plus elle lui en voulait, moins elle agissait. Mais la maison continuait de trembler. De la poudre de plâtre couvrit ses épaules, la rambarde des escaliers se tordit avant de se briser comme une allumette. Dans un craquement, le lustre se défit de son câble et s'écrasa sur la Reine. Devant le corps inanimé de Regina, Emma fut prise de panique et se rua vers elle. Elle repoussa le lustre d'un mouvement de la main et s'agenouilla près de la Reine. Son cœur affolé rebondissait jusque dans ses tempes. Le sol avait cessé de trembler, mais ses membres avaient pris le relai.
— Regina ! cria-t-elle.
Elle tenta de la redresser et posa sa tête sur ses cuisses. Elle craignait de la toucher, d'aggraver la situation et se retrouvait désemparée. Une main suspendue au-dessus de son corps, elle ne savait quoi faire. User de ses pouvoirs ? Après ce qu'ils avaient provoqué, elle n'osait s'en servir.
— Regina, répéta-t-elle.
Mais la peur lui enserra la gorge aussi soudainement que le lustre était tombée sur la Reine. Ses yeux lui brûlèrent et rougirent lorsque ses larmes voulurent sortir. Regina ne bougeait pas et tout recommençait… Du sang s'écoulait sur le front de la Reine, recouvrant sa joue, son visage, salis par la poussière et le plâtre.
— Non, non, non, supplia-t-elle.
Ses doigts se posèrent sur son cou, au niveau de sa jugulaire, mais sa panique l'empêchait de sentir quoi que ce soit. Elle ne parvenait pas à trouver de pouls.
— Je suis désolée, fit-elle, affolée en cherchant désespérément les battements de son cœur. Je suis désolée…
Ses larmes au bord des yeux embrumaient sa vue et sa respiration ne franchissait plus sa gorge nouée. Regina ouvrit les yeux et sentit sa tête douloureuse. Elle avait perçu le choc après avoir vu le regard assombri d'Emma.
— Regina, répéta Emma en voyant ses paupières ouvertes. Réponds-moi…
La Reine avait eu besoin de quelques secondes pour se remettre tandis qu'elle voyait la Sauveuse au-dessus d'elle, en proie à son inquiétude, des larmes roulant sur ses joues. Les secousses magiques avaient cessé et le calme était revenu aussi soudainement que l'enfer s'était déchainé dans sa maison…
— Miss Swan…
Elle releva sa main vers la joue de la Sauveuse et y referma doucement ses doigts.
— Ne laisse pas la magie prendre le contrôle… Je ne veux pas te perdre toi aussi.
Emma sentit un poids libérer son ventre. Le regard de Regina dans le sien, elle ne put s'empêcher de l'embrasser, de poser ses lèvres sur les siennes. Elle répondait à ses paroles, à un besoin soudain de contact. La peur l'avait envahie, la panique lui avait fait envisager la mort de la Reine et elle s'était vue sombrer à jamais, tomber pour ne plus jamais se relever… Alors, elle devait l'embrasser, goûter à ses lèvres chaudes et réconfortantes, faire durer ce rapprochement entre elles. Une proximité qui atténuait ses maux, le froid intérieur et le vide au plus profond d'elle-même. Sa main remonta sur sa joue, sa paume perçut le velouté apaisant de sa peau. Elle rompit le baiser par manque de souffle, mais ses lèvres ne s'éloignèrent des siennes que de quelques centimètres à peine.
— Je suis désolée, murmura-t-elle. Je… Je voulais pas…
Elle renouvela le contact de leurs lèvres dans un autre baiser à la fois tendre et nécessaire. Parce que Regina semblait être la seule à l'atteindre autant, à l'affecter au point de sentir, ressentir et réaliser qu'elle vivait encore…
Regina avait perçu son corps se réveiller soudainement sur l'assaut des lèvres de la Sauveuse. Elle ne s'était pas attendue à sa réaction qui, pourtant, ne devait pas l'étonner puisqu'Emma réagissait dans tous les extrêmes. Sa main encore sur sa joue, son pouce effaça l'une de ses larmes. La Reine avait réussi à la pousser à bout, à faire sortir à la fois sa peine et sa colère même si elle n'avait pas prévu que son magnifique lustre lui tombe sur la tête.
— Je vais bien, la rassura-t-elle d'un sourire tendre. Ce ne sont pas quelques lampes qui vont avoir raison de la Méchante Reine.
Emma esquissa un léger sourire sur ces paroles. Elle avait eu si peur qu'un brin d'angoisse subsistait au fond d'elle. Elle l'aida à se redresser, puis à s'asseoir dans le canapé et Regina la vit lever sa main vers le salon mais l'arrêta…
— Non, Emma… Plus de magie…
Malgré l'état pitoyable de sa maison, Regina savait pourquoi elle arrêtait la Sauveuse. Si la magie aurait rétabli de l'ordre dans ce capharnaüm de débris en un instant, la Reine estimait qu'il était temps pour elle, et surtout pour Emma, de rebâtir leur vie sur des bases solides et non plus sur des illusions, quand bien même devraient-elles commencer cette « restructuration » par sa maison.
— Nous pourrions simplement faire appel à des professionnels pour réparer… Puis changer la décoration ensemble…
Emma fronça les sourcils sur ces explications, hésitante et incertaine. Elle ne se sentait pas totalement prête à reprendre sa vie en main de cette façon. Certes, elle avait eu une sacrée leçon avec ce lustre qui s'était écrasé sur la Reine, mais elle ne s'était pas attendue à abandonner toute magie d'un coup. Elle balaya la pièce des yeux et évalua les dégâts. Tant de choses avaient été brisées et abîmées à cause d'elle. Pourtant, Regina avait raison et elle le savait. Si elle devait reboucher les trous et remplir ce vide, elle devrait sûrement commencer par réparer ce qu'elle avait cassé… Elle fronça les sourcils en voyant une boite de premier soin apparaître sur ses genoux.
— Hey, je croyais qu'on utilisait plus de magie.
Regina l'ouvrit et répondit avec évidence :
— Je suis la Méchante Reine j'ai droit à quelques exceptions.
Emma sourit encore et c'était bien la première fois depuis des mois… Qui aurait pu croire que Regina Mills serait celle qui ramènerait le sourire à Emma Swan ? Elle prit la compresse des mains de la Reine.
— Laisse-moi faire, alors.
Elle tamponna doucement la plaie à la limite de son cuir chevelu.
— Ca va être long de tout reconstruire sans magie, tu sais ça ?
Regina la regarda faire et détailla ses traits toujours fatigués. Il avait fallu en arriver à ces extrêmes, à un affrontement dangereux entre la Sauveuse et elle pour que celle-ci prenne conscience de son état et des risques qu'elle encourait envers elle-même.
— Je suis très patiente, répondit la Reine, surtout quand il s'agit de regarder mon entourage se mettre à l'œuvre.
Emma se recula en stoppant sa tâche sur le front de Regina et demanda, incertaine :
— Parce que t'as pas l'intention de participer ?
Regina eut un air évident.
— Je te ferai des sandwichs, sauf si le four fonctionne encore.
Sur la mine peu convaincue d'Emma, la Reine ajouta :
— Me vois-tu bricoler, réparer ces murs ou encore les peindre ? Je ne suis pas un homme Miss Swan !
— Parce que moi, j'en suis un ?
Le sourire de la Reine revint sur ses lèvres, mais avant qu'elle ne dise quoi que ce soit, Emma l'interrompit :
— C'est bon, dis rien, j'ai compris… Mais je suis pas un homme !
Elle ramena une autre compresse imbibée d'alcool sur le front de Regina et ajouta :
— J'ai même tout d'une femme…
Même si la situation ou les circonstances ne s'y prêtaient pas vraiment, Regina laissa son regard se balader sur les formes fines et musclées de la Sauveuse. Elle avait eu l'occasion de la regarder bien avant le départ de leur fils et la Reine ne voulait plus s'encombrer de réflexions inconvenantes puisque tant de choses avaient changé depuis Neverland.
— Sauf ton côté chevaleresque.
Emma jeta un regard sur elle tandis qu'elle était concentrée sur la pose d'un petit pansement sur la plaie. Un autre sourire étira ses lèvres sur ce compliment énoncé par la Reine. Elle rangea le nécessaire dans la trousse et répondit :
— J'ai dû passer trop de temps avec toi et tes histoires de Reine… Ca a dû me monter à la tête.
Regina lui sourit :
— Pour ma part, je l'ai toujours trouvé très attirant.
Pour une fois depuis longtemps, Emma reconnut un frisson agréable parcourir son corps. Il la ramena à leur petit moment seule à seule sur cette île où elle avait eu l'audace de l'embrasser. Déjà, son attirance pour Regina avait parlé et continuait de le faire à travers ses réactions et ses gestes, même extrêmes ou dangereux. En rappel à un passé plus agréable, elle poursuivit :
— Tu recommences à m'allumer, là ?
Regina ne put que sourire. Elle préférait de très loin voir le regard faussement accusateur d'Emma lui donner le « mauvais » rôle plutôt que de la voir assumer celui de la Méchante aux yeux de toute la ville.
— Je savais que nous étions proches bien avant tout ça, tenta-t-elle. Ces derniers jours n'ont fait que confirmer cette réalité.
Emma baissa les yeux sur la trousse de soin qu'elle fermait. Elle acquiesça d'un signe de tête. Autrefois, peut-être, elle aurait tenté de nier cette évidence, mais après ces deux mois passés aux côtés de la Reine, elle ne pouvait qu'approuver. Un souvenir d'Henry traversa son esprit comme beaucoup d'autres avant lui. Et il ramena un sentiment amer de tristesse et de regrets avec lui. Elle ravala ses émotions plutôt que d'y succomber encore une fois. Henry avait toujours espéré un rapprochement entre elles, une entente au moins. Tant de fois, il avait insisté pour qu'elle soit plus tolérante envers Regina, moins accusatrice…
— Henry aurait été content…
Les mots avaient fini par sortir. Ils avaient franchi sa gorge écorchée par l'amertume et s'étaient évadés pour quitter ce désordre intérieur.
Regina sentit sa gorge se serrer sur ces mots. Oui, leur fils aurait été heureux et le seul fait qu'Emma puisse lui confier cette pensée à voix haute avait quelque chose de bouleversant. Elle remonta sa main sur la joue de la Sauveuse, vit son regard bleu revenir dans le sien et ne put s'empêcher de venir l'embrasser. Elle n'avait su quoi répondre, ni comment lui dire qu'elle partageait cet avis. Ce baiser lui permettait alors de sceller une sorte de pacte silencieux à la mémoire de leur fils. Elle se recula à peine, son regard brun plein d'émotions.
— Il est toujours avec nous, tenta la Reine en ramenant son autre main sur la poitrine d'Emma. Juste là…
Ces paroles étaient bien trop abstraites pour être assimilées par la Sauveuse et la douleur bien trop vive. Elle continuait de vivre, elle était là, mais subissait les évènements sans pour autant en avoir le contrôle. Grâce au ciel, ou quoi que ce soit d'autre, Regina était là et Emma ne supporterait pas de la perdre elle aussi…
.
.
N/A: En espérant que cette suite vous plaise. Le fichier PDF est téléchargeable sur le site Slayerstime. Les liens pour vous procurer les versions imprimées de nos histoires sont désormais en ligne dans le forum pour les membres Premium. Pour plus d'information n'hésitez pas à me contacter ou à m'ajouter sur Facebook.
