Chapitre 7
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Comme elle s'était engagée à le faire, Regina retourna à la mairie de Storybrooke les semaines suivantes. Les premiers jours avaient été difficiles pour elle. La bâtisse laissée à l'abandon depuis bientôt trois mois, aucun des employés n'était resté après sa longue absence. Tous avaient quitté le navire après elle et la Reine avait donc dû reconstituer une équipe de confiance pour l'aider dans ses tâches de gestion de la ville. Pour sa Majesté, ce retour avait été difficile d'un point de vue émotionnel. D'une part parce qu'elle était seule, d'autre part parce que sa volonté d'aller de l'avant lui donnait l'impression de devoir laisser Henry dans le passé.
Quand elle entra dans son bureau ce lundi matin après un week-end de tempête, le vent frais qui s'engouffrait par les fenêtres la claqua. Des documents, des dossiers, des factures et des plans divers étaient éparpillés ici et là sur le sol marbré. Les fenêtres ouvertes, les intempéries avaient laissé rentrer des feuilles mortes et les détritus de sa poubelle étaient éparpillés dans toute la pièce. Les rideaux volaient et des feuillets reliés à un livret de compte tapaient les uns contre les autres. Regina s'empressa de fermer et se tourna vers ce désordre qu'elle ne s'était pas attendue à trouver. Combien de temps encore devrait-elle à ce point réorganiser sa vie, de sa maison jusqu'à son lieu de travail, se demandait-elle. Avant qu'elle ne parte ce matin, elle avait trouvé Emma dans la cuisine, seule pièce qui n'avait pas essuyé la tempête Swan lors de leur énorme dispute. La Sauveuse avait finalement décidé de contacter plusieurs personnes capables de l'aider à réparer les fissures des murs ou à déménager les meubles brisés. D'une certaine façon, la Reine participait aussi à relancer l'économie de la ville avec tous les travaux qu'Emma devrait accomplir.
Mais pour l'heure, Regina avait à faire. Elle commença par ramasser sur le sol les feuilles qui trainaient, certaines salies par l'eau qui était entrée après les fortes pluies tandis que l'hiver approchait et serait certainement très vigoureux cette année. Un pas familier résonna à l'entrée, claudiquant…
— J'ai hésité à me présenter, entendit-elle.
Regina se redressa et posa son regard sur Gold qui se tenait sur sa canne.
— Je pensais que vous n'en aviez plus besoin lorsque nous étions au Pays Imaginaire, dit-elle en désignant la canne du menton.
— C'est vrai, avoua le Ténébreux. Mais certaines habitudes me collent à la peau…
Regina fit un tas de document qu'elle posa sur le bureau et continua de ramasser d'autres feuillets qui jonchaient le sol.
— Si vous voulez le poste de Maire, Gold, il faudra organiser une élection.
— Je n'en veux pas, dit-il. Je l'aurais pris si vous n'étiez pas revenue il y a deux semaines et si vous n'aviez su relancer l'économie de la ville. Mais c'est chose faite à ce que je vois. Je venais donc vous remercier.
— Quelle bonté d'âme, répondit la Reine d'un ton sarcastique.
Gold ne s'attendait pas à de grands élans affectifs de la part de Regina Mills. Elle et lui avaient toujours nourri une mésentente cordiale qui avait, d'une certaine façon, donné un équilibre aux gens de Storybrooke. Il y avait eu ceux qui soutenaient la Reine, d'autres qui soutenaient Rumplestiltskin. Mais la mort d'Henry avait tout bouleversé, comme si personne n'avait su vers qui se tourner car il n'y avait plus eu personne d'assez solide pour se tenir debout. Gold savait ce que la Reine avait subi après la mort de son petit-fils. Lui-même avait été affecté, mais le départ de Baelfire lui avait fait prendre la mesure de ses propres erreurs.
— Ma boutique rouvrira aujourd'hui, annonça-t-il enfin. Belle s'occupera de l'accueil le matin et je me chargerai de l'après-midi.
— Parfait, dit Regina en récupérant un balai laissé à même le sol. Je suis sûre que quelques habitants auront besoin de vos services…
Elle se tourna vers lui et ajouta d'un regard plus sombre :
— Ou de passer un marché qu'ils regretteront dans un avenir proche.
Gold ferma sa main sur le haut de sa canne sur ces paroles qu'il savait délibérément choisies par sa Majesté.
— Vous n'allez sans doute pas me croire, mais je ne savais pas qu'Henry mourrait, annonça-t-il.
Regina s'approcha, le regard plus dur.
— Vous saviez pourtant que la fille de Blanche-Neige et du Prince viendrait vous sauver vous et les habitants de Storybrooke vingt-huit ans plus tard, Gold. Comment pouviez-vous ignorer qu'Henry, leur petit-fils, donnerait sa vie pour sauver la magie ?
— Si je l'avais su, j'aurais tout fait pour l'empêcher.
Regina le fixa et sut malgré elle que Gold ne mentait pas. Sa rancune, ses regrets et son deuil l'incitaient à chercher un coupable, une personne responsable de son chagrin et celui d'Emma. Elle retourna vers son bureau et répondit :
— Laissez-moi… J'ai du travail.
Gold préféra ne rien ajouter et quitta les lieux. Il n'était pas venu pour provoquer la Reine. Elle et lui n'étaient pas encore prêts à reprendre leurs affrontements quotidiens, pas encore… Gold devait aussi retrouver son fils.
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Quand Regina revint à sa demeure sur Fleet Mills Street, plusieurs des nains allaient et venaient en sortant d'énormes morceaux de béton qu'ils posaient dans un camion garé le long du trottoir.
La Reine s'empressa d'entrer, le claquement de ses talons résonnant sur le sol marbré mais poussiéreux. Quand elle vit le mur séparant le grand salon du petit complètement détruit, ses yeux s'agrandirent d'horreur et elle appela :
— MISS SWAN ?!
Elle se tourna et à cet instant vit la blonde arriver, une bouteille d'eau à la main, les cheveux attachés, quelques mèches dorées tombant sur son visage. Son débardeur blanc et son jeans étaient marqués de peinture, ses épaules suintantes, tachetées de sciure ou de poussière de ciment. Malgré l'état déplorable de la Sauveuse qui avait dû passer sa matinée à retaper la maison, Regina eut un regard plus brillant en la voyant s'approcher. Son état avait quelque chose de tout à fait excitant…
— Euh…
Regina se reprit en se rappelant de son mur abattu et fronça les sourcils.
— Tu aurais pu m'en parler !
Emma hésita après ce bref silence voulu par la Reine. Elle comprit enfin de quoi celle-ci parlait et tourna les yeux vers le mur qu'ils avaient enlevé.
— Oh ça, fit-elle… J'ai pensé que ça ferait plus de place.
— Mais… Le petit salon servait à prendre le thé… Avec ta mère d'ailleurs !
— Ben vous le prendrez dans le grand, je vois pas pourquoi il vous faudrait une pièce dédiée au thé…
Regina resta malgré tout sur ses positions, l'air renfrogné.
— Si tu avais vécu dans un château pendant…
Elle s'arrêta, préférant ne pas formuler le nombre d'années.
— … Un certain temps, continua-t-elle, tu comprendrais l'utilité d'avoir plusieurs pièces !
Emma prit un instant pour comprendre les explications de la Reine au sujet de cette pièce à thé. Elle ramena son marteau sur l'épaule et pencha la tête sans la quitter des yeux.
— Mais là, on n'est pas dans un château et je te rappelle que je vais aussi vivre ici…
Regina ne l'oubliait pas et s'en félicitait quand son regard brun se baladait sur la Sauveuse. Effectivement, elle devait faire des concessions et ceci en était une. Elle soupira, résignée…
— Bien, qu'il en soit ainsi…
Elle se dirigea vers l'entrée où se trouvait le placard à manteaux et ôta sa veste en expliquant :
— David est passé me voir ce matin.
Elle le rangea puis se tourna vers Emma tout en rajustant son chemisier pourpre.
— Il souhaitait savoir si je comptais nommer un nouveau Shérif …
Emma n'avait pas réfléchi à tout ça. C'était trop tôt pour l'instant. Elle tentait déjà de refaire surface et de lutter contre l'envie d'alcool pour s'aider à repousser le rappel de l'absence d'Henry. Comme Regina lui avait conseillé de faire, elle appréhendait les choses les unes après les autres pour ne plus se laisser dépasser.
Avant que Regina ne pose son talon dans une tâche de béton frais, elle la retint.
— Viens plutôt par là si t'as pas envie de perdre tes talons.
Elle l'entraîna sur un autre chemin dans le salon et répondit à sa première remarque :
— Tu peux le nommer, il fera un meilleur Shérif que moi.
Regina prit une courte pause. Non pas qu'elle souhaitait que chaque chose « revienne » à sa place dans les prochains jours, les prochaines semaines ou les prochains mois. Cependant, comme disait Gold, certaines habitudes pouvaient coller à la peau et la Reine avait aimé voir la Sauveuse travailler au commissariat.
— J'accepte de le nommer temporairement, mais ce travail te revient. Les habitants ont toujours respecté ton autorité, même plus que la mienne.
Emma soupira en silence, mais secoua la tête sur l'insistance de la Reine. Celle-ci croyait plus en elle qu'elle-même. Malgré la peine qu'elles partageaient toutes les deux, Regina ne cessait de l'encourager à aller de l'avant...
— Je crois pas qu'après ce qu'ils ont vu de moi, ils me respectent autant qu'avant.
Sur les coups de marteau qui résonnèrent subitement, Regina fronça les sourcils et ferma les portes d'un geste de la main. Elle reporta son attention sur Emma et répondit :
— Ils savent que tu as tué Peter Pan et que tu as détruit Neverland… S'ils te craignent, ils te respecteront, crois-en ma très longue expérience.
Les arguments de la Reine étaient justes. Mais Emma hésitait parce que le poste de Shérif revenait à une personne intègre au tempérament solide.
— Je me sens plus aussi juste qu'avant, Regina…
— Juste ? demanda Regina sans comprendre.
— Juste dans le sens justice…
La Reine fronça les sourcils. Elle n'aimait guère quand la Sauveuse se montrait si dure envers elle-même et se jugeait sans être réellement objective.
— Quelle injustice aurais-tu commise dont je ne sois pas au courant ?
Emma soupira en silence, mal à l'aise. Ce sujet les rapprocherait forcément de la mort d'Henry, de ses souvenirs douloureux et ils demeuraient épineux et dangereux. Elle tourna les yeux dans le vide et repoussa ses cheveux d'une main.
— Je regrette rien de tout ce que j'ai fait… J'ai beau m'en rappeler, je regrette rien en pensant aux gens que j'ai tués…
Regina avait complètement omis ces « gens » dont Emma lui parlait. Ces enfants perdus qu'elle avait vus morts sur l'île autant que Blanche-Neige, David et Crochet. Son air plus concerné, elle répondit :
— Les regrets sont un poison pour l'âme. Ne sois pas l'avocat, le juge et le bourreau Miss Swan. Nous faisons tous des erreurs et même sans les regretter, cela ne signifie pas que nous les commettrons à nouveau.
Une fois de plus, Regina essayait d'éclaircir ses réflexions, songeait Emma encore embrouillée et perdue dans ses émotions. Ses journées étaient difficiles même si celle-ci semblait être un peu plus lumineuse que les précédentes. Parfois, elle reprenait goût à ce qu'elle faisait et y trouvait un but jusqu'à l'heure suivante où son esprit replongeait dans l'obscurité et où son corps réclamait sa dose d'alcool pour anesthésier ses songes néfastes.
— N'en parle pas à Blanche, fit-elle en réalisant ce qu'elle avait confié à Regina.
A cet instant, la porte s'ouvrit sur Leroy.
— Désolée de vous interrompre mesdames. Emma, tu nous accompagnes au magasin ? Pour la peinture et les fournitures ?
Emma tourna les yeux vers le nain – qui d'ailleurs ne l'était pas du tout.
— Ouais, j'arrive, répondit-elle. Je vous rejoins dehors.
Il acquiesça et referma pour les laisser à nouveau seules. Emma reporta les yeux sur Regina et s'approcha d'elle. La proximité avec elle devenait maintenant nécessaire. Alors elle ramena sa main sur sa joue et ses lèvres sur les siennes dans un baiser bref mais doux.
— C'est gentil de m'aider, mais tu devrais aussi penser à toi…
Regina n'avait plus besoin de penser à sa personne quand les lèvres de la Sauveuse se posaient sur les siennes.
— J'aime prendre soin de toi, avoua-t-elle… Tu n'as pas idée à quel point ta présence me réconforte.
Emma demeura près d'elle un instant de plus. Les parfums de Regina apaisaient ses tourments et atténuaient sa peine. Le soir venu, ils l'enveloppaient tandis qu'elle se blottissait contre elle. C'était alors le meilleur moment de sa journée, celui où Regina la soutenait de la meilleure des façons. Elle esquissa un léger sourire, reconnaissante.
— Dans ce cas, tu peux continuer…
Emma s'éloigna mais Regina l'interpella :
— Miss Swan ?
La blonde se tourna et la Reine reprit d'un léger sourire :
— Tu es très sexy quand tu es aussi… Pleine de sueur.
Emma n'aurait jamais pu s'attendre à une telle remarque de la part de Regina. Mais un frisson la surprit tout autant et elle ne put s'empêcher de sourire. Regina était la seule à ramener un peu de chaleur en elle, en seulement quelques paroles.
— D'accord, alors je me laverai pas pendant une semaine, taquina-t-elle.
— N'exagère pas non plus, réprimanda la Reine.
Emma lui fit un clin d'œil et quitta la salle à manger tandis que les coups de marteau, de scie ou de perceuse résonnaient plus fort maintenant. Regina préférait encore déjeuner à l'extérieur pour être au calme. Cela faisait des mois d'ailleurs qu'elle n'avait pas remis les pieds chez Granny qui avait pu rouvrir la semaine passée. Elle retourna à l'entrée, récupéra finalement son long manteau d'hiver et quitta la demeure.
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