Chapitre 8 : Redevenir une famille…
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Quand la Reine entra dans le restaurant, bon nombre de regards se tournèrent vers elle, ce qui ne changeait pas des habitudes. Sans prêter attention à quiconque, elle voulut rejoindre sa table mais entendit une petite voix l'interpeller :
— Regina ?!
La Reine fronça les sourcils en voyant Blanche-Neige lui sourire, installée à une table plus loin. Elle lança un coup d'œil rapide dans la salle, veillant à ce que personne n'ait vu le sourire de son ancienne meilleure ennemie, puis s'approcha.
— Miss Blanchard.
— Oh, arrête, tu peux m'appeler Blanche voyons.
Mais la Reine n'était pas à l'aise avec cette idée de se montrer ainsi amicale en public même si elle appréciait en secret la gentillesse de Blanche-Neige.
— Tu viens déjeuner ? demanda cette dernière. Tu peux t'asseoir, David ne viendra pas ce midi, il m'a dit qu'il aiderait Emma chez toi d'ailleurs !
Incertaine malgré tout, Regina ôta son manteau et son écharpe qu'elle posa sur la banquette avant de s'asseoir face à Blanche. Elle préféra préciser malgré tout :
— Je ne tiens pas vraiment à ce qu'on nous voit ensemble… Ça nuirait à mon image.
— A ton image ? répéta Mary-Margaret d'un sourire incrédule.
— De Méchante Reine ! précisa ladite Reine d'une voix toujours discrète. Comment remettre cette ville en état et me faire respecter si les trois-quarts des habitants me voient déjeuner avec toi.
Blanche dut prendre une pause pour assimiler ces paroles. Regina avait besoin de se montrer Méchante pour être respectée… Elle en sourit, amusée par les craintes de la Reine qui ne semblait connaître rien de plus que la cruauté, l'arrogance et tous les défauts d'un caractère humain. Elle ramena sa tasse de thé à ses lèvres, en but une gorgée et répondit :
— Et tu n'as jamais pensé que tu pouvais prendre ton rôle de Maire comme un vrai statut de Maire ? Faire comme tous les Maires doivent faire, j'imagine. Se contenter de gérer leur ville sans magie, ni menace…
— Je fais moins de magie, se défendit Regina. Emma et moi avons passé un accord.
— Vraiment ? fit Blanche intéressée.
Depuis la dispute apocalyptique qui avait détruit sa maison, Regina avait préféré garder pour elle les détails plus privés. Cependant, elle avait expliqué le contexte global à Mary-Margaret.
— Nous ne devons utiliser la magie qu'en cas d'extrême nécessité ou d'extrême urgence.
Blanche gardait ses mains entourées autour de la tasse, le regard sur la Reine. Depuis ces dernières semaines où elle avait passé plus de temps avec elle, elle avait découvert une tout autre facette de la personnalité de Regina. Celle qu'elle avait appris à connaître bien des années plus tôt lorsqu'elle n'était encore qu'une enfant. Regina s'occupait d'Emma comme personne et elle prenait étrangement le rôle de la gentille face à sa fille qui avait basculé… Comment aurait-elle pu envisager qu'un jour, Regina impose une telle règle ? Ne plus faire de magie pour le bien de sa fille ? Blanche se félicitait d'avoir patienté, de ne pas s'être tendue dès la confession d'Emma à Neverland. Elle avait laissé le temps opérer et Regina s'était finalement placée comme un soutien nécessaire et vital à la survie d'Emma suite à la mort d'Henry.
— Je trouve ça très bien, répondit-elle. Que tu lui imposes quelques limites…
Regina avait parfois besoin d'encouragement et Blanche le savait… Ruby approcha, le sourire aux lèvres.
— Bonjour Madame le Maire, ça fait plaisir de vous revoir.
Regina accusa Ruby du regard.
— N'exagérez rien !
Ruby se retrouva penaude et lança un coup d'œil à sa meilleure amie qui lui fit signe de ne pas se formaliser de cette attaque.
— Je vous sers quoi ? demanda-t-elle.
Regina garda son air plus autoritaire dans cette volonté de « paraître » en toutes circonstances.
— Une salade au poulet et une bouteille d'eau.
— Bien, je reviens dans un instant.
Ruby s'éloigna sous le regard amusé de Blanche. Avec Regina, elle ne s'ennuyait jamais. Celle-ci avait parfois tellement de manières, de manies qu'elle s'amusait à l'observer sans se lasser. De nouveau seule avec elle, quelques questions importantes lui revinrent à l'esprit. Elle hésita sur la façon de les lui poser et se lança finalement :
— Est-ce que je peux savoir où en sont les choses avec ma fille ? Elle est en train de participer aux travaux de ta maison, j'imagine qu'elle va y habiter plus officiellement…
Regina récupéra la bouteille et le verre que Ruby venait de poser, l'expression plus mécontente :
— Elle a cassé le mur séparant le grand salon du petit où nous prenions le thé !
Blanche se retint avant de le lui préciser qu'elle ne parlait pas de l'avancement des travaux, mais bien de sa relation avec Emma. Elle prit alors une mine tout aussi choquée que celle que Regina affichait en cette seconde et plaisanta un peu avec elle.
— C'est pas vrai ! Celle où nous prenions le thé ?
Bien sûr, la Reine approuva et s'agaça davantage :
— Elle ne m'a même pas demandé mon avis. Quand bien même nous habitons ensemble depuis deux mois, elle aurait pu au moins me consulter !
Regina but quelques gorgées d'eau et se calma un peu avant que Blanche ne reprenne sur le sujet qui l'intéressait :
— Alors elle compte rester chez toi ?
Regina détourna son regard sur son verre. Bien sûr, elle avait dit à Blanche que sa relation avec Emma avait changée depuis la mort d'Henry, qu'elles parvenaient à se soutenir mutuellement dans le deuil.
— J'espère qu'elle restera, confessa-t-elle en regardant à nouveau son ancienne belle-fille. Elle est la mère de mon fils et je pense qu'Henry serait heureux de constater que nous avons finalement réussi à nous entendre.
Comme souvent, et Blanche l'avait remarqué au cours des derniers mois, Regina faisait référence à Henry par des suppositions, soulevant quelles auraient été ses volontés s'il avait survécu à Neverland. Blanche savait que cette démarche psychologique de la part de la Reine lui avait permis de ne pas sombrer dans la peine et avait contribué à la rendre meilleure. Alors elle se souvenait de toutes les fois où son petit-fils avait voulu les convaincre que sa maman brune pouvait changer et il avait eu raison.
— Il serait très heureux, confirma-t-elle. Et je suis très heureuse que toi et Emma vous entendiez bien maintenant.
Le regard de Regina refléta alors une étincelle que Blanche avait souvent vue à travers ses prunelles brunes. Autant de peine, de regrets et de douleur qui demeuraient au fond d'elle, tapi dans un recoin de son âme. Blanche tendit la main pour serrer celle de Regina :
— Je suis sûre que là où il est, il vous voit aujourd'hui et qu'il est fier de ses deux mamans.
Ce fut un regard plus marqué de larmes que Regina releva dans celui de Mary-Margaret. Sa main se serra doucement à la sienne, comme pour concrétiser ces mots qu'elle venait d'entendre. La Reine ne s'en rendait certainement pas compte, mais au fil des semaines, Blanche était devenue le même soutien qu'elle avait été auprès d'Emma, une oreille attentive qui savait la réconforter quand la douleur du deuil remontait à la surface.
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David porta les seaux de peinture à l'intérieur et demanda à sa fille :
— Où est-ce que tu veux les mettre ?
Emma entraîna son père au fond du salon, dans l'ancienne pièce à thé.
— Là… On va repeindre toute cette partie et on prendra l'autre couleur pour le reste.
David observa l'étendue des murs refaits, replâtrés et consolidés. Emma et les nains avaient fait du bon travail dans la maison de Regina et il se rassurait de voir sa fille occupée à autre chose qu'à ressasser la mort d'Henry. Depuis quelques jours, puisqu'il n'avait aucune autre tâche, il avait décidé de l'aider parce qu'il voulait se rapprocher d'elle, rattraper le temps perdu.
— Qu'est-ce que tu vas faire de cette partie-là ? demanda-t-il en désignant un pan de mur.
— J'ai pensé le couvrir des lattes en trop qu'il nous restera après avoir réparé le plancher… Tu vois ? Après, on y colle la télé et ça devient une sorte de salon plus privé pour les soirées d'hiver…
— C'est une bonne idée, répondit-il en enduisant son rouleau de peinture. Et pour la cheminée ? T'en as parlé à Regina ?
Tout était dans la question, songea Emma. En parler avec Regina était une opération délicate parce qu'il s'agissait de sa maison et de la future décoration. La Reine avait ses exigences et tenait à ce que tout soit conforme à ses désirs. Certes, Emma devinait les concessions et les compromis que Regina acceptait pour la satisfaire aussi, mais elle la savait à cheval sur certaines idées. Tous les deux en hauteur sur des escabeaux, David lui lança un regard en coin.
— Tu ne lui en as pas parlé, c'est ça ? l'interrogea-t-il.
A l'aide d'un pinceau plus fin, Emma se chargeait de peindre les rebords, les coins du mur avant que David n'y passe le rouleau.
— Pas encore, avoua-t-elle. Mais c'est pas encore fait, j'ai le temps…
— Si tu veux un conseil, parle-lui en avant de faire quoi que ce soit, si tu ne veux pas qu'elle fasse sa Méchante Reine.
Depuis le premier jour où David lui avait proposé son aide, Emma et lui s'étaient rapprochés. Savoir qu'elle continuerait de vivre sous le même toit que la Reine avait suscité quelques questions dans l'esprit de David. Et ce dernier n'était ni dupe, ni aveugle. Même si sa femme persistait à lui cacher le rapprochement entre leur fille et Regina, David avait deviné qu'il était question d'une relation plus intime. Lorsqu'il y avait songé la première fois, cette découverte lui était apparue comme une évidence, une explication au comportement d'Emma envers Regina. Certes, il avait d'abord été déconcerté, presque choqué, mais il avait pris le temps de la réflexion. Il n'en avait parlé ni à Blanche, ni à Emma, ni à quiconque, avait préféré garder ses découvertes pour lui seul. Mais au fil des jours passés auprès de sa fille, il avait compris le sérieux de cette relation inattendue. Regina aidait Emma à ne pas sombrer, lui apportait visiblement ce qui lui manquait, le réconfort nécessaire pour avancer. Alors, sans en avoir réellement parlé avec Emma, il en discutait comme si tout avait été clarifié, annoncé. S'il pouvait l'aider à sa manière, alors il le ferait comme un père devait épauler sa fille.
— Je le ferai, répondit Emma. Mais si elle dit non, j'ai plus qu'à me contenter d'un salon tout simple.
David commença à appliquer la peinture et répondit :
— Elle semble te laisser beaucoup de liberté, je me trompe ?
Emma esquissa un sourire sur cette question judicieuse. En effet, Regina lui laissait le choix, comme elle la laissait prendre certaines décisions importantes, sûrement pour lui redonner confiance en elle-même.
— Ouais… C'est vrai. Pour une Méchante Reine, elle est plutôt conciliante.
David avait aussi remarqué le grand changement de caractère chez Regina. Quand celle-ci se trouvait avec sa fille, elle n'était plus la Méchante Reine sans scrupules, envahie par la soif de vengeance. Aussi étrange que cela pouvait paraître, Regina montrait une facette de sa personne qu'aucun habitant n'aurait pu soupçonner. Un silence suivit la réponse d'Emma tandis que David songeait à une autre question plus délicate. II hésita, jeta quelques regards à sa fille, mais se lança puisqu'ils en avaient parfois parlé.
— Est-ce que t'as réfléchi à la chambre d'Henry ?
Emma laissa quelques secondes défiler après cette question. Ce sujet demeurait aussi épineux que tous ceux qui avaient trait à son fils disparu. Pourtant, elle ne cessait d'y penser à chaque fois qu'elle passait devant la porte de sa chambre. David avait raison : la pièce ne pourrait rester intacte indéfiniment, comme si Henry allait revenir à tout moment. Et savoir qu'elle ne le reverrait plus était l'idée la plus terrifiante à affronter. Elle sentit la main de son père se poser sur son épaule en signe de réconfort.
— Tu peux aussi prendre le temps, ajouta David pour la rassurer. C'est pas le plus urgent.
Emma acquiesça de la tête, incapable de répondre. Quand elle devait parler de son fils ou de tout ce qui s'en rapprochait, elle redevenait muette, se perdait dans ses réflexions parasitées par des émotions encore trop vives.
— Finissons d'abord le salon, reprit David pour alléger la discussion, si tu veux m'inviter à regarder les matchs de hockey.
Emma tourna les yeux vers son père et esquissa un très léger sourire sur cette insinuation destinée à lui faire passer un message.
— Parce que tu crois que je vais t'inviter tous les deux jours ? répondit-elle.
— Non, juste tous les week-ends, plaisanta-t-il, le sourire aux lèvres. Je suis sûr que sa Majesté appréciera les soirées hockey !
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Quand Regina rentra chez elle en fin d'après-midi, elle trouva le camion des nains toujours garé le long du trottoir ainsi que la voiture de David Nolan. Elle pénétra dans la demeure et entendit rires et discussions résonner depuis la salle à manger en travaux. La peinture fraiche laissait planer une odeur de neuf et la Reine songea qu'elle n'avait jamais accueilli autant de monde chez elle. Elle entra dans la pièce, trouva Emma, David, Blanche et les nains en train de manger des parts de pizzas fraichement livrées et déguster des bières. Quelques regards incertains se posèrent sur elle et Emma lui tendit une bouteille.
— Tu veux une bière Majesté ?
Regina hésita. Elle était encore vêtue de son tailleur, son sac à main à l'épaule et sa tenue ne se prêtait pas vraiment à cette petite réunion amicale où on ne l'avait pas invitée.
— Et bien… Je ne sais pas…
Blanche lui sourit :
— Allez, elle est légère ou sinon il y a du cidre puisque j'ai ramené des crêpes.
Sur le regard plus jovial de la Sauveuse et les quelques sourires qu'on lui faisait, Regina se détendit un peu et prit finalement la bouteille.
— Merci Miss Swan.
— Alors il paraît qu'on va avoir droit à un terrain de tennis tout neuf et couvert, Madame le Maire ? demanda Leroy.
Regina fut troublée que le nain lui adresse la parole. En réalité, elle n'avait pas l'habitude de discuter avec quiconque en ville. Par cette question, elle devinait qu'Emma avait parlé de ses projets de rénovations de certains lieux publics au centre de Storybrooke.
— Oui… C'est exact.
— C'est une bonne nouvelle ! dit Leroy.
Emma gardait son léger sourire devant l'incertitude de la Reine devant tout ce monde dans la salle à manger. Elle tira un tabouret près d'elle.
— Assieds-toi, on parlait de la déco de la cuisine, justement…
Regina annonça aussitôt :
— Personne ne touche à ma cuisine.
Leroy, David et Anton soufflèrent dépités.
— Ok…
Ils sortirent dix dollars de leur poche et les tendirent à Emma qui attendait, la main ouverte.
— Merci les gars, dit-elle, ravie.
Regina fronça les sourcils :
— Tu avais fait un pari sur moi ?
Blanche expliqua :
— En fait, Emma leur a dit que tu ne voudrais pas qu'elle redécore la cuisine, ils ont parié que tu la laisserais faire.
Regina regarda la Sauveuse d'un air accusateur :
— Alors maintenant je fais l'objet de paris ?!
Emma ne perdit pas son sourire malgré le ton vexé de la Reine.
— Si tu veux les trente dollars, je te les donne, proposa-t-elle.
Regina roula des yeux.
— Non mais la prochaine fois, assures-toi que je ne te fasse pas perdre.
Emma but un peu de bière, tandis que les nains s'étonnaient de constater le calme et la détente de la Méchante Reine. Ils se levèrent, tout de même incertains et Leroy annonça :
— On va y aller, nous. On revient demain pour le reste. J'aurai trouvé les plaintes pour le salon.
David termina sa bière et glissa sa main dans le dos de Blanche avant de tourner les yeux vers Emma.
— Nous aussi, on va vous laisser. Blanche m'a promis de faire le poulet que j'adore.
Regina vit Emma les raccompagner et se retrouva seule, jambes croisées, assise sur son tabouret avec sa bière. Malgré tout, elle était étonnée par l'accueil fait par les nains. Eux aussi avaient été victimes de sa petite vengeance, de sa cruauté envers Blanche-Neige et tant d'autres personnes. Etait-il possible qu'ils compatissent à ce point pour oublier un peu le mal qu'elle avait causé ? Elle se leva en voyant Emma revenir.
— Alors je ne cuisine pas ce soir ? demanda-t-elle.
— Et non, annonça Emma en rassemblant toutes les bouteilles vides. Mais il reste de la pizza si tu veux te risquer, Majesté.
Regina n'était pas particulièrement adepte de ce genre de nourriture trop grasse, trop salée et terriblement lourde pour son estomac fragile. Elle suivit Emma dans la cuisine.
— Non, ça ira.
Elle ouvrit le réfrigérateur.
— Il me reste du potage.
Emma l'observa un instant et s'appuya contre le plan de travail, près d'elle. Regina et ses manières… Elle aurait pu en faire un roman si elle avait eu des talents d'écriture. Elle croisa les bras, son regard toujours rivé sur elle et demanda :
— Comment s'est passée ta journée ?
La Reine posa sur la cuisinière la marmite du bouillon pour le réchauffer et se frotta les mains avant de se tourner vers la Sauveuse. Tel était son simple plaisir quand elle rentrait le soir, la retrouver, passer du temps avec elle, échanger quelques discussions sur leur journée respective. Parfois, Emma finissait dans le salon à regarder la télévision et Regina montait dans sa chambre pour se changer, se démaquiller, se passer de nombreuses crèmes avant d'aller se coucher avec un livre.
— J'ai terminé l'organisation des réunions du conseil municipal, expliqua-t-elle. Puis j'ai dû passer quelques coups de fil à l'extérieur, rien de très passionnant.
Contrairement à la Sauveuse que Regina voyait encore et toujours marquée par sa dure journée de labeur.
— Et toi ? demanda-t-elle en la détaillant d'un petit sourire. La peinture est terminée ?
Emma ne bougeait pas. Elle aimait quand Regina rentrait à la maison, quand elles discutaient de leur journée, de sujets aussi anodins que la décoration, les tâches ennuyeuses de Maire, les dernières rumeurs de la ville. Peu à peu, elle réalisait alors que la vie se poursuivait, et son esprit s'égarait sur d'autres pensées moins lourdes que la perte de son fils. Il se réadaptait à un fonctionnement normal jour après jour.
— Ouais, il reste encore certains trucs à faire dans le petit salon…
Elle songea d'ailleurs, à sa conversation avec David.
— Et j'ai pensé à une cheminée encastrée dans le mur sur le côté…
Calée contre le plan de travail, Regina s'était servi la bière dans un verre et pouvait maintenant se détendre, ne pouvant s'empêcher de balader ses yeux sur la blonde. Tel était son « chaste » plaisir après une longue journée. Car malgré les rapprochements entre Emma et elle, la Reine n'osait se permettre plus de liberté. Emma était la mère d'Henry, son fils ne permettrait peut-être jamais plus d'intimité entre elles. Alors sans le mesurer, en raison de fausses déductions subjectives, Regina restreignait ses élans affectifs, son envie de se rapprocher davantage de Miss Swan.
— La cheminée est une excellente idée, répondit-elle enfin.
Elle se redressa et se servit un bol de potage avant de venir s'asseoir devant la table de la cuisine. Un sujet un peu délicat devait être abordé et Regina s'était engagée auprès de Blanche à en parler à Emma ce soir.
— Mary-Margaret et moi avons discuté du réveillon de Noël et je souhaitais donc savoir si tu avais réfléchi à ce que tu voulais faire.
Emma s'était réjouie de l'accord de la Reine pour ses projets du petit salon. De cette façon, elle pourrait le décorer selon ses goûts et le terminer dans les prochains jours. Elle prit place à ses côtés, la bouteille de bière à la main, hésitante. Les fêtes se déroulaient en famille, mais cette année, Henry ne serait pas présent, comme les années suivantes. Une place resterait libre et son sourire émerveillé devant le sapin n'illuminerait pas la pièce. Les regrets revenaient. Si seulement, elle avait eu davantage de temps avec lui. Parce que Noël était aussi et surtout pour les enfants. Dans ses réflexions, ses doigts nerveux se chargeaient de déchirer l'étiquette de la bière.
— J'en sais rien, répondit-elle, moins enjouée. Vous avez qu'à organiser ce que vous voulez, je suivrai…
Regina savait les analogies que cette discussion provoquait. Quand Blanche lui avait parlé de l'organisation du réveillon, ses pensées s'étaient tout de suite tournées vers Henry. Et comme souvent, elle s'était dit que leur fils voudrait les voir célébrer ce jour comme les autres qui suivraient. La Reine avait cependant appris que ses références systématiques à ce que « Henry aurait voulu » finissaient par énerver Emma. Elle s'abstenait donc de lui en faire part.
— Si le salon est terminé d'ici là, ça me ferait plaisir que nous décorions le sapin ensemble, avoua Regina. Et tes parents seront heureux de passer cette soirée en ta compagnie.
Emma but une gorgée de bière, seul alcool que Regina lui autorisait à avaler. Elle était une sorte de compromis lorsque la pression devenait trop forte et qu'elle cherchait un moyen facile pour l'apaiser. Regina s'efforçait encore de la pousser vers l'avant, de lui faire ouvrir les yeux sur la réalité de la vie sans la froisser pour autant. Comment la Reine faisait-elle pour tenir bon ? Parfois, Emma se sentait faible et s'agaçait de se voir aussi vulnérable. Encore une fois, elle ne savait quoi répondre, quels mots prononcer et devenait muette. Les Noëls ne seraient plus jamais les mêmes, sa vie ne serait plus jamais la même et la plus petite chose du quotidien ne cessait de lui rappeler Henry. C'était une lutte permanente contre ses propres pensées, ses souvenirs. Elle se leva et jeta la bouteille.
— On a encore le temps, tenta-t-elle.
Regina le savait mais avait préféré aborder ce sujet dès maintenant, pour laisser à Emma le temps d'y réfléchir. Elle mangea son bouillon et changea de sujet :
— Envisages-tu d'acheter une moto ?
Car Regina avait remarqué le catalogue posé sur la table du salon.
Debout devant le frigo ouvert, Emma esquissa finalement un sourire sur la question de Regina. Celle-ci maniait les discussions à merveille contrairement à elle qui n'avait aucun talent pour passer d'un sujet à un autre.
— J'en étais sûre, réagit-elle en cherchant une chose dans le frigo.
Sans la trouver, elle mit le sujet moto de côté un instant pour demander :
— Où t'as mis le reste de ton gâteau au chocolat ?
Regina se leva et écarta le pot de moutarde et de mayonnaise :
— Ici… Il suffit de se baisser un peu Miss Swan.
— J'ai mal au dos, se défendit Emma, de mauvaise foi.
La Reine revint vers la table et débarrassa son bol.
— Dois-je te rappeler que tu es beaucoup plus jeune que moi pour souffrir du dos ?!
Ce qui ramena une question qu'Emma se posait depuis un certain temps. L'assiette de gâteau dans une main, elle prit une cuillère de l'autre et s'assit sur un tabouret pour piocher directement dans les restes.
— C'est vrai, t'as quel âge au fait ? Tu me l'as jamais dit.
Regina fronça les sourcils en préparant cette fois une casserole d'eau qu'elle fit bouillir pour sa tisane. Jamais elle ne répondrait à cette question.
— Et je ne vois pas l'intérêt de te le dire.
Le sourire d'Emma devint alors plus malicieux en constatant que la Reine refusait de dévoiler son âge réel. Alors dans ce moment propice à la plaisanterie, elle réfléchit tout haut, le regard dans le vide :
— Alors, moi j'ai vingt-huit ans, commença-t-elle. On va dire que mes parents en ont trente. En sachant que Blanche avait quoi… Dix ans quand tu t'es mariée…
Regina se tourna plus soudainement vers la Sauveuse, vexée par ce calcul tout à fait judicieux qui la mettrait sur la voix de son âge réel.
— Miss Swan ! Peu importe mon âge, ce qui compte c'est celui que je fais !
Emma ricana, sincèrement amusée et charmée par leur discussion. Elle aimait quand Regina s'offusquait de la sorte et levait la voix en prononçant un légendaire « Miss Swan ». Elle poursuivit quand même :
— En plus, t'es en quelque sorte ma grand-mère par alliance…
Elle leva les sourcils en réalisant alors l'âge minimum de la Reine.
— Oh bordel ! Ca te ferait dans les…
La Reine l'interrompit, les yeux grands ouverts :
— Non ! Ca ne compte pas… Ta façon de calculer n'a aucune valeur puisque le temps dans la Forêt Enchantée n'a rien à voir avec celui qui défile à Storybrooke ! Ce que tu peux être… Têtue !
Emma fit tourner son tabouret vers elle et la détailla, le sourire collé aux lèvres.
— C'est vrai, on doit rajouter dix ans ce qui correspond au nombre d'années où vous êtes restés à Storybrooke avant que j'arrive…
Elle laissa passer un bref silence sans quitter Regina qu'elle voyait bougonne et vexée.
— Je te trouve très bien conservée pour une… Reine.
Sur ce compliment détourné par ce que Regina considérait comme une accusation sur son âge, elle ne put s'agacer davantage. Emma portait un regard sur elle que personne n'avait jamais eu, du moins depuis Daniel, un regard qui la réchauffait et qui lui rappelait que la vie, aussi cruelle était-elle parfois, méritait d'être vécue. Elle se calma un peu et se servit sa tisane à la menthe.
— Mm… Merci…
Emma ne détourna pas le regard même si la discussion touchait à sa fin. Il vagabonda sur la silhouette de la Reine toujours parfaitement apprêtée, élégante et charismatique. Du haut de ses talons qui la ramenaient un peu à sa hauteur, Regina dégageait une féminité à toute épreuve et suscitait des envies moins amicales, beaucoup plus intimes dans la tête d'Emma. Et ça n'était pas la première fois qu'elle succombait ainsi à des pensées libertines. Pour plaisanter, Emma avait répété son accusation sur le fait qu'elle l'allumait, mais Regina ne devait pas savoir à quel point. Saisie par un instant de lucidité soudain, Emma détourna ses yeux baladeurs et brillants et se leva.
— Je vais regarder la télé, fit-elle avant de s'éloigner.
Parce que dans les prochaines minutes, Emma sentirait son désir poindre au creux de son ventre et le besoin de se rapprocher de Regina se faire plus pressant. Et elle ne pouvait se laisser aller. Toutes les deux subissaient et enduraient encore la perte d'Henry. La Reine n'avait sûrement pas les mêmes pensées même si parfois, elle lui lançait quelques compliments sur son allure. Depuis le temps qu'elle dormait ensemble, qu'Emma la serrait dans ses bras, Regina n'avait jamais vraiment montré d'attirance plus poussée. Alors, Emma s'installa dans le canapé et alluma la télévision qui reposait pour l'instant sur la table basse devant le mur fraîchement peint. Se plonger dans une série télévisée effacerait ses envies d'intimité avec Regina.
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N/A 1 : Merci pour reviews et merci à ceux qui se sont procurés le PDF ou le format imprimé de cette histoire :D
N/A 2 : Pour répondre à plusieurs personnes qui nous posent des questions dans leur review, je n'ai pas de date fixe de mise à jour bien que je fasse mon possible pour écrire et me libérer du temps pour venir ici une fois par semaine. Seule certitude, Jamie a plus de temps que moi et envoie les nouveaux chapitres chaque fin ou début de semaine sur le site slayerstime.
