Chapitre 10 : Oser vivre à nouveau…

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Pour personne, l'humeur joyeuse et heureuse de la Reine ne passa inaperçue selon les jours où les habitants de Storybrooke la croisaient. La fin de l'année approchait doucement et malgré les températures plus fraîches et les premières neiges, le soleil parvenait à percer à travers les nuages pour égayer les esprits. Pas une seule fois en onze ans, Regina n'avait mis un si gros budget dans les décorations de Noël. Des guirlandes, des luminaires, des lampions et des bonshommes de neige ornaient les rues de la ville, sans parler du grand sapin installé sur la place près de la bibliothèque. Regina gardait en tête les paroles de Blanche, à savoir l'idée qu'Henry pouvait peut-être voir ce qu'elle faisait de l'endroit où il était désormais. Alors la mémoire de son fils devenait une sorte de bonne conscience pour la Reine. La seule chose dont Regina ne parlait pas était le revers des émotions véhiculées par cette fin d'année. Car le jour de Noël, malgré sa portée religieuse, était pour elle un jour dédié aux enfants. Chaque fois qu'elle croisait des enfants dans la rue avec leurs parents quémandant des cadeaux, les souvenirs de son fils, de sa plus grande perte, lui revenaient, tel le rappel d'une douleur qui ne s'effacerait jamais. Et grâce au ciel, Emma était près d'elle quand elle rentrait le soir après une longue journée. Sa Sauveuse avait terminé de peindre le salon, d'aménager les meubles qu'elles avaient choisis ensemble. Alors sa demeure était devenue plus chaude sous les couleurs orangées des murs, les tapis, les tableaux plus colorés dans des teintes rouges, grises, vertes, jaunes, etc. Et Emma lui avait laissé le soin de décorer le sapin de Noël qui trônait fièrement près de la cheminée.

Le matin du réveillon, la Reine endormie fut extirpée de son sommeil non pas par son réveil, son téléphone ou l'arrivée impromptue d'un proche de la Sauveuse, mais par une vague de chaleur, d'extase soudaine et diffuse dans son bas-ventre. A peine ouvrit-elle les yeux que sa lèvre inférieure disparut entre ses dents avant qu'elle ne lâche un doux soupir :

— Mmm… Miss Swan…

Sa main eut pour premier réflexe de descendre dans les cheveux dorés d'Emma dont le visage était entre ses cuisses, la langue de la Sauveuse lui donnant autant d'attentions délicieuses que Regina en exigeait souvent à son réveil. Sa tête bascula en arrière sur les assauts infligés par Emma. Qu'il était bon d'être arrachée à son sommeil par un plaisir si intense. Sa respiration devenait déjà plus profonde, son cœur palpitant sous les effets de son extase.

— Tu es incorrigible, ajouta-t-elle d'une voix chaude.

Sous le drap, Emma bouillonnait depuis quelques minutes déjà. Elle n'avait pu se résoudre à taire ses envies d'intimité à son réveil. Ces dernières semaines avaient été remplies de très nombreuses étreintes où Regina lui avait démontré son côté demandeur et coquin. Un côté qui ne faisait qu'accroître l'attirance d'Emma envers elle. Alors ce matin, elle avait ouvert les yeux et les avait tournés vers sa Reine. La regarder dormir contre elle, aussi séduisante même ensommeillée, avait réchauffé son corps. Ses mains chastes, sages et retenues l'avaient d'abord caressée mais s'étaient finalement égarées après quelques minutes. Et maintenant qu'elle sentait Regina bien réveillée, le plaisir se décuplait. Les doigts de sa Majesté s'agrippaient à ses cheveux en rythme avec ses caresses. Du bout de sa langue, elle découvrait son trésor entre ses cuisses, lui offrait toute son attention. Diable que Regina la rendait folle, avide et insatiable… Ces commentaires lâchés au gré de leurs étreintes avaient un pouvoir euphorisant, explosif sur la Sauveuse. Celle-ci aimait l'entendre lui glisser quelques encouragements libertins au creux de son oreille. Elle redoublait alors d'inventivité, d'idées toutes aussi indécentes les unes que les autres. La surprendre ainsi, comme ce matin, faisait partie de ses passe-temps favoris. Si la Reine aimait se sentir comblée, Emma ne voyait aucun inconvénient à céder à ses exigences. Quand elle sentit sa Majesté se raidir, son corps se cambrer, sa main l'agripper, Emma multiplia ses assauts et joignit son pouce à sa langue sur son intimité. Un doux gémissement résonna dans la chambre et elle sut que la Reine succombait… Pour l'instant, rassasiée, Emma remonta lentement le long du corps délicieux de sa Reine. Elle y laissa quelques baisers brûlants et atteignit son cou aux mille senteurs.

— Bonjour, Majesté, fit-elle d'une voix chaude, à son oreille.

Regina ne pouvait rêver mieux et se demandait comment chaque matin pouvait ainsi frôler la perfection. Bien sûr, dans ce genre de moment, son fils n'occupait pas dans ses pensées, son cerveau encore victime de délicieux vertiges après son orgasme. Ses cuisses écartées, la Reine succombait au corps délicieux de la Sauveuse qui épousait le sien à merveille. Son pied glissa le long de sa jambe, sa main lui repoussant quelques mèches dorées de son visage.

— T'ai-je dit combien j'aimais tes initiatives matinales ?

Accoudée de part et d'autre du visage de la Reine, Emma put la détailler à volonté. Son regard pétillant de plaisir, elle esquissa un léger sourire à la fois satisfait et charmé. Ses lèvres se posèrent sur les siennes, incapables de ne pas l'embrasser.

— Ouais... Mais tu peux me le dire encore…

Elle se recula, apprécia les caresses plus tendres de sa Majesté dans son dos et se laissa glisser un peu sur le côté pour éviter de peser de tout son poids sur son corps. Elle la sentit suivre le mouvement pour éviter de mettre trop de distance entre elles et la prit dans ses bras.

— Je savais qu'après la soirée d'hier soir, t'aurais besoin d'un remontant ce matin, ajouta-t-elle.

Parce que la veille, Madame le Maire avait eu une réunion avec le conseil municipal qui regroupait les adjoints et les conseillers. Et Regina était rentrée assez tard après une longue journée. Emma savait qu'avec l'approche des fêtes, beaucoup de choses devaient être organisées, réglées et la nouvelle année préparée. Avant qu'elle ne se rapproche ainsi de Regina, Emma n'avait pas soupçonné l'ampleur de son travail, de ses tâches à accomplir.

La Reine se lova contre le corps de sa Sauveuse. Ce matin, personne ne viendrait les déranger. Ni l'une ni l'autre n'avait d'obligation jusqu'à la fin de la journée, ce qui signifiait qu'elles avaient tout le temps pour profiter de cet instant. Son visage se fondit dans le cou d'Emma, en quête de ses parfums délicieux.

— Je devrais t'engager comme assistante... On pourrait faire un tas de choses dans mon bureau… Dessus, dessous…

La Reine se redressa au-dessus du visage d'Emma qui s'était finalement allongée sur le dos, une main sous sa tête. Ainsi, elle pouvait contempler son regard bleu qui avait le don de la faire chavirer.

— Il y a aussi la salle de conférence que je trouverais plus intéressante lors de mes prochaines réunions.

Emma souriait sur les nombreuses propositions de sa Reine. Celle-ci se montrait aussi insatiable qu'elle, parfois plus et elle ne pouvait s'en réjouir davantage. Elle ne cessait de la détailler et de retracer ses traits autoritaires, quelques fois ténébreux et finalement envoûtants.

— Pas besoin d'être ton assistante pour m'incruster dans ton bureau ou ta salle de conférence, précisa-t-elle sur le même ton.

Elle redressa son visage et captura ses lèvres dans un baiser tendre et savoureux.

— T'étais aussi coquine avant ?

— Non, fit la Reine dans un petit sourire… Mes amants n'étaient pas aussi entreprenants que toi et n'avaient pas non plus ton endurance.

Emma ne quittait pas son sourire contre les lèvres de Regina. Elle la fit basculer sur le dos et se glissa sur son corps. L'envie l'envahissait encore, le désir revenait l'échauffer. Les parfums de sa Reine lui faisaient tourner la tête.

— C'est l'avantage d'être avec une femme… Pas besoin d'attendre.

Elle retourna l'embrasser avec plus de passion et sentit Regina réceptive à cet assaut. Une fois de plus, elles consumeraient leurs envies respectives et profiteraient de leur temps libre pour renforcer leur relation, la concrétiser un peu plus à travers une nouvelle étreinte.

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En fin de matinée, elles avaient dû quitter leur chambre et s'arracher à leur lit après une énième étreinte. Le soir même, le réveillon aurait lieu en compagnie de Blanche et David. Regina avait donc tenu à faire la cuisine, préparer des plats traditionnels pour la soirée en famille. L'absence d'Henry ne devait pas peser. Chacune voulait se tourner vers l'avant et non s'abandonner à leur tristesse et risquer de gâcher le repas. Alors, Regina avait pris les choses en main, investi sa cuisine, la salle à manger ainsi que le petit salon. Tout avait été prévu selon les plans de la Reine.

En début de soirée, alors que la nuit était tombée sur Storybrooke et que quelques flocons commençaient à blanchir les routes, Emma se retrouva reléguée au salon pour assurer la préparation des alcools pour l'apéritif. Elle était interdite dans la cuisine et risquait de ne pas obtenir ses présents de la Reine si elle désobéissait. Elle avait bien tenté de l'aider durant le courant de l'après-midi, avait au moins placé les couverts sur la table, fait les courses de dernière minute pour acheter des ingrédients pour les plats de Regina. Blanche et David arrivèrent, d'autres plats dans les bras. Une fois qu'elles les eurent salués, Blanche et Regina disparurent dans la cuisine, laissant la fille avec son père…

— Ca sent drôlement bon, commenta David en s'approchant du bar.

Emma remplit le verre de son père avec du whisky et de la glace et répondit :

— Ouais, ça fait des heures que Regina est enfermée dans la cuisine. Je crois qu'elle a oublié qu'on était que quatre.

David sourit sur cette remarque qui impliquait la passion de Regina pour la cuisine. Une main dans la poche, il balaya le petit salon fraîchement décoré qu'il avait aidé à rénover.

— Tu as eu raison de mettre la cheminée, commenta-t-il, avec le froid qu'il fait dehors, vous allez en avoir besoin.

Emma s'appuya contre le rebord de la cheminée, une bière à la main. Elle avait droit au whisky ce soir, mais tentait de ne pas sauter sur l'occasion.

— Alors ? Quoi de neuf au commissariat ? demanda-t-elle curieuse.

David reporta les yeux sur sa fille et finit par s'asseoir dans le canapé. Son expression redevint plus sérieuse lorsqu'il se rappela justement d'un évènement peu ordinaire à Storybrooke.

— Tu te souviens de ce type qui s'était perdu la semaine dernière ?

Emma acquiesça d'un signe de tête. En effet, un inconnu de Storybrooke était arrivé en ville après s'être, selon lui, trompé de route.

— Ouais… Trevor Wyatt si je me souviens bien, et alors ?

— Il projette de s'installer, annonça David.

Emma fronça les sourcils, perplexe et sur le recul.

— A Storybrooke ?

— Oui, répondit David. Il veut ouvrir une filiale de sa société qui fait dans l'exportation de bois.

Emma gardait une expression incertaine et interrogative. Normalement, Storybrooke demeurait invisible aux gens de l'extérieur. Savoir qu'un individu était parvenu à franchir l'entrée restait déjà un fait troublant, mais entendre qu'il souhaitait s'installer, la mettait sur le recul.

— Pourquoi faire ? fit-elle. Pourquoi Storybrooke ? On lui a dit que la forêt appartenait à la ville ?

— Il le sait, acquiesça David, mais il dit qu'une partie au nord n'appartient à personne.

— Et Regina est au courant ?

— Bien sûr, mais elle ne peut rien faire puisque cette partie de la forêt se trouve aux abords des limites de Storybrooke.

Emma but une gorgée de bière et suggéra avec évidence :

— Il suffit de fabriquer un document attestant que la forêt en question appartient à la ville.

David secoua la tête en signe négatif.

— C'est pas aussi simple, répondit-il. Wyatt peut demander un plan du cadastre de la région directement à Portland, la direction de l'Etat.

Emma marqua une pause et réfléchit. En théorie, Storybrooke n'existait sur aucune carte et personne ne devait la connaître puisqu'elle était une ville invisible. Si ce type alertait des personnes plus hauts placées, alors d'autres pourraient arriver et ainsi de suite… Regina avait dû omettre de lui en parler puisqu'elle l'avait occupée à autre chose de beaucoup plus agréable…

Blanche quitta la cuisine, accompagna Regina vers la table de la salle à manger afin d'y poser les entrées de leur repas. Huitres, petits canapés de foie gras ou de caviar, la Reine n'avait rien laissé au hasard, ne songeant nullement à ses invités mais à son propre plaisir.

— A table, fit-elle en voyant Emma et David poursuivre leur discussion.

Sa Sauveuse lui lança un sourire enjôleur tandis que Regina ne se lassait pas de la contempler dans sa tenue plus « festive » consistant en un pantalon de tailleur et une chemise blanche cintrée. Tous s'étaient bien vêtus pour cette soirée. David avait laissé ses jeans et chemises de ville pour un costume élégant assorti à la belle robe blanche de Mary-Margaret. Quant à la Reine, elle avait opté pour une de ses magnifiques robes noires fendue sur le côté, à la fois élégante et aguichante.

Tous les quatre s'installèrent et Emma prit aussitôt la bouteille de vin pour servir les verres. Ce soir, sa Reine ne lui imposait aucune restriction sur l'alcool et tous les excès seraient donc permis à tous les niveaux.

— Vos entrées mettent en appétit, lança David qui, pour des raisons obscures, continuait de vouvoyer la Reine autant que celle-ci le faisait.

— Et je vous suggère le caviar, je l'ai commandé expressément de Portland, c'est un délice.

Blanche, le regard gourmand, ramena des toasts dans son assiette tandis qu'Emma demanda à la Reine :

— Il va falloir qu'on discute de ce Wyatt qui s'installe à Storybrooke.

Mais Regina répondit :

— Ce soir, on ne parle pas travail.

— Oui, approuva Blanche. Surtout que David et moi avons une importante nouvelle à vous annoncer.

David sourit largement.

— On s'est dit d'ailleurs qu'on vous soumettrait à un petit jeu pendant le repas.

— Quel genre de jeu ? demanda Emma.

— Des devinettes, répondit Blanche. Vous devez essayer de découvrir ce qu'on doit vous dire.

Regina marqua une courte pause et tenta la première sans hésitation:

— Vous comptez vous remarier ?

— Non, fit David en souriant.

Emma les regardait à tour de rôle, intriguée et perplexe. Elle mâcha sa bouchée de toast au foie gras frais poêlé aux cerises, en apprécia les saveurs exquises originales. Ce soir, sa Reine s'était dépassée à tous les niveaux et avait encore une fois démontré ses talents de cuisinière et d'hôtesse. Sa robe noire ne la couvrirait pas longtemps une fois qu'elles seraient seules, s'était dit Emma en la dévorant des yeux. Mais pour l'heure, elle se demandait quel genre de nouvelles David et Blanche avaient à leur annoncer.

— Vous avez acheté une maison ? questionna-t-elle à son tour.

— Non plus, répondit Blanche sans quitter son sourire. Mais on y pense cela dit…

A en juger les expressions que les Charmant arboraient, il s'agissait d'une heureuse nouvelle et la Reine continuait d'y réfléchir. Elle tenta à nouveau :

— Vous comptez quitter Storybrooke et vous souhaitez qu'Emma ou moi, vous donnions le contre sort pour quitter la ville ?

Blanche roula des yeux :

— Quelle idée ! Quitter la ville et nous éloigner de notre famille ? Non, bien sûr que non !

Regina fut perturbée par le « notre famille » qui pouvait signifier que Mary-Margaret la considérait comme un membre à part entière de leur petit clan de « gentils » malgré leur passif si chaotique.

— Désolée, je vois pas, fit Emma après réflexion.

Blanche tendit sa main vers David qui la lui prit et annonça alors :

— Je suis enceinte.

Le silence qui tomba dans la pièce rendit les Charmant incertains malgré leur sourire respectif. Emma ne disait rien, les regardait avec des yeux ronds, tandis que la Reine venait de froncer les sourcils en les regardant. Et plus les secondes s'écoulaient, plus le silence devenait gênant.

— On tenait à ce que vous soyez les premières au courant, intervint Blanche pour briser le silence.

— On sait bien que c'est inattendu et nous avons été tout aussi surpris que vous, ajouta David sans quitter le sourire.

Emma en demeurait bouchée bée, loin d'avoir songé à ce qu'un jour, Blanche et David fassent une telle annonce. Elle réalisa soudain ce que cela impliquait.

— Alors quoi ? fit-elle, je vais avoir un frère ou une sœur ?

Son expression transparut autant de confusion que de perplexité parce que cette question sonnait étrangement à ses oreilles.

— C'est vrai que normalement, vous êtes censés avoir au moins cinquante ans tous les deux, alors… Ca fait bizarre… Mais c'est bien… Enfin, j'imagine.

Emma ne savait quoi dire de plus. Ses parents semblaient si heureux. Elle jeta un regard sur la Reine qui n'avait pas dit le moindre mot.

Regina ne savait quoi dire ni comment réagir. La bienséance exigeait qu'on se réjouisse d'une pareille annonce mais la Reine ne le pouvait. Elle n'expliquait pas les émotions que cette nouvelle faisait naître en elle. Peut-être y avait-il un soupçon de jalousie, d'amertume ou de rancune venant s'ajouter à toutes les injustices subies depuis tant d'années. Pourquoi fallait-il que les Charmant aient encore droit à ce que la vie lui avait retiré ? Pourquoi eux pouvaient-ils avoir un enfant alors qu'elle venait de perdre le sien ? Regina détourna le regard, prise de vertiges, d'une peine qui remonta bien trop violemment pour qu'elle ne puisse la contrôler. Elle se leva sans un mot et s'éloigna dans la cuisine laissant Blanche et David complètement perturbés. Blanche voulut se lever mais Emma la devança :

— Non, c'est bon, j'y vais.

Emma quitta la table à son tour et rejoignit la Reine qu'elle vit appuyée sur ses deux mains au rebord de l'évier.

— Hey, l'interpella-t-elle doucement, Regina…

Elle fit quelques pas vers elle, la sentant tendue à l'extrême. Elle tenta tout de même :

— Est-ce que… Est-ce que ça va ?

Regina sentait remonter en elle des émotions qu'elle avait pensées oubliées. Elle se tourna vers la Sauveuse, le regard assombri.

— Comment osent-ils nous jeter à la figure leur bonheur alors qu'Henry est mort il y a seulement six mois ?! De quel droit Blanche-Neige se permet-elle pareil affront sous mon propre toit, Miss Swan ? Je ne peux le tolérer ! Ils n'ont pas le droit de nous faire ça ! Ce bébé, c'est nous qui devrions l'avoir, c'est moi qui devrais être enceinte, pas Mary-Margaret ! Quand aurais-je droit moi aussi à une fin heureuse ?!

Des larmes ponctuèrent ces complaintes, mais Emma demeurait plus confuse que jamais sur l'emportement de Regina. Elle avait mal de la voir aussi affectée, tellement touchée qu'elle en pleurait. De ses pouces, elle essuya ses larmes sur ses joues, mais répondit :

— Du calme, Regina, fit-elle, ça n'a rien à voir avec toi, là, ni Henry… Et tu les as entendus, c'était pas prévu. Je crois pas qu'ils aient annoncé ça pour te faire enrager… Et…

Mais elle remettait les paroles de Regina dans l'ordre dans sa tête et ajouta, plus perplexe que jamais.

— Et pourquoi tu dis que c'est toi qui devrais être enceinte ?

Même si la proximité d'Emma réconfortait la Reine, sa peine demeurait. Elle détourna le regard, mettant toute son énergie à calmer la tension qui grimpait en elle. La question de sa Sauveuse la mettait face à son propre égoïsme, à son refus de voir les gens de son entourage heureux si elle souffrait. Son regard brun remonta dans celui d'Emma et elle tenta :

— J'ai toujours voulu être mère… J'ai toujours rêvé d'avoir un bébé.

Emma tentait de comprendre le fond des pensées de Regina, ses analogies. La perte d'Henry l'avait bouleversée autant qu'elle et elle réalisait que Regina n'avait pas souvent montré son chagrin, sa peine vis-à-vis de son deuil.

— Ecoute, c'est normal que tu sois tendue, commença-t-elle pour la rassurer, je comprends que ça puisse te faire mal, mais… Même si c'est dur, on sait que la vie continue et c'est pareil pour les autres. On peut pas leur demander de tout arrêter parce qu'on a encore mal…

Regina le savait, tentait de vivre avec cette ligne de conduite, s'efforçant toujours de réfléchir à ce qu'Henry aurait voulu, à ce qu'Henry aurait dit, à ce qu'Henry aurait pensé… Mais là, il était question d'elle, de son instinct de mère, de son passif avec les enfants. Même si elle avait élevé Henry, même si elle avait autrefois tenté de kidnapper Greg Mendell, aucun de ces deux petits garçons n'avait réellement été les siens.

— Juste une fois, tenta-t-elle d'une voix cassée… Juste une fois, j'aimerais savoir ce que cela fait de donner la vie, d'avoir la chance d'avoir un bébé à moi…

Emma demeura silencieuse sur ces derniers mots. Cette fois, il n'était plus question du bébé de Blanche et de David, ni même d'Henry. Regina lui confiait clairement son envie d'être mère à nouveau, de tomber enceinte. Et cette nouvelle donnée, cette information tout aussi inattendue que la grossesse de Blanche, la rendit plus incertaine. Elle fronça les sourcils, l'air troublé. Parce que depuis quelques semaines, toutes les deux avaient franchi le pas de l'intimité, s'étaient rapprochées au point de vivre en couple sous le même toit. Et jusque-là, jamais Regina n'avait insinué ce type de projet. Un projet qui, forcément, l'impliquait aussi mais qu'Emma ne partageait pas.

— Ok, fit-elle, perturbée. Je comprends… Mais là, tout de suite, c'est Noël alors tu peux pas en vouloir à Blanche et David.

Regina se tourna vers un placard et sortit une bouteille de cognac avant de se servir un petit verre qu'elle but d'un trait. Elle s'en voulait, s'en voulait d'être si faible, si soumise à ses propres émotions.

— Je sais, répondit-elle.

Elle s'en servit un autre.

— Je suis désolée…

Emma ramena sa main sur le verre que Regina s'apprêtait à remplir encore et le lui prit.

— Et le but, c'est pas que tu sois ivre morte avant le plat principal.

Elle tenta un petit sourire pour détendre les tensions qu'elle lisait sur son visage et prit aussi la bouteille pour la ranger avant de reprendre :

— Alors, on va retourner à table et on va déguster ce que tu nous as préparé, ça te va ?

Emma avait ce don de la calmer, songea la Reine malgré sa peine. Elle acquiesça d'un petit signe de tête mais avant qu'Emma ne recule, sa main se ferma sur la sienne pour la tirer vers elle et elle demanda :

— J'arrive dans un moment mais… Ne leur dit pas que j'ai pleuré…

Emma esquissa un léger sourire charmé devant la fierté et l'orgueil que sa Reine démontrait parfois. Celle-ci voulait paraître toujours impassible en toutes circonstances devant tout le monde. Elle lui repoussa une mèche de cheveux et posa un doux baiser sur ses lèvres. Un frisson atténua les petites tensions que cette discussion avait créées.

— Promis, mais tarde pas trop… Je vais avoir du mal à empêcher Blanche de venir te voir si tu restes trop longtemps dans ta cuisine.

Regina acquiesça et la regarda s'éloigner. La Reine avait besoin d'un instant pour se reprendre, vérifier que son maquillage n'avait pas coulé puis surtout, trouver une excuse à son manque de réaction après la nouvelle que Blanche-Neige venait d'annoncer. Souvent, depuis la mort d'Henry, cette idée folle d'avoir un bébé l'avait traversée, souvent, elle avait cru inapproprié d'en parler à Emma et d'émettre ce souhait déplacé. Un enfant n'en remplaçait pas un autre bien sûr, mais la Reine ne pouvait se résigner à ne plus jamais être mère. Henry n'aurait-il pas approuvé qu'elle se donne la chance d'avoir un autre enfant et ce, peut-être avec la Sauveuse ? Même si la magie ne pouvait pas tout faire, Regina savait que ce monde offrait des moyens divers de porter un enfant…

Regina se reprit et sortit du four la dinde qu'elle avait laissée chauffer. Il était temps de poursuivre le réveillon, d'oublier cette nouvelle malencontreuse qui pourtant n'était pas mauvaise. Emma avait des présents pour elle et Regina avait attendu des semaines pour que ce jour arrive afin de lui offrir les siens.

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Regina n'avait pas trouvé le sommeil malgré la longue et satisfaisante étreinte offerte par Emma avant que celle-ci ne sombre dans un profond sommeil. Cette histoire de bébé s'était répétée dans sa tête de toutes les façons possibles ou plutôt, elle avait imaginé toutes les façons possibles d'avoir elle aussi un bébé bien à elle. Mais qu'en dirait la Sauveuse ? Car la Reine n'oubliait pas que sa vie avait pris un tournant inattendu avec Emma. Elles vivaient ensemble depuis leur retour de Neverland, leur relation s'étant peu à peu affirmée comme plus intime. Etaient-elles un couple ? La Reine le considérait ainsi. Or, les couples n'envisageaient-ils pas à un moment ou un autre d'avoir un enfant ? Le fait qu'elles soient un couple de femmes ne changeait rien dans l'esprit de Regina. Un couple était un couple, peu importait le sexe et l'ordre des choses voulait qu'un couple envisage d'avoir un bébé. Il en avait toujours été ainsi ! De plus, si Emma allait avoir un petit frère ou une petite sœur, Mary-Margaret et David avaient passé une partie de la soirée à évoquer les prénoms possibles qu'ils donneraient à leur enfant, forçant Regina à se demander aussi quel prénom elle donnerait aux siens si elle en avait plusieurs. Car élever seule un enfant était une chose, mais si Emma restait avec elle, si elles demeuraient un couple, alors l'idée d'avoir plusieurs enfants devenait aussi envisageable. Ce qui impliquait la nécessité de réfléchir à plusieurs noms de bébé car dans la mesure où elle donnerait naissance à un fils – car Regina voulait porter leur descendance – alors elle ne l'appellerait pas Henry. Philip semblait être un prénom convenable, digne de son sang royal. Et si c'était une fille… Cette question exigeait une plus grande réflexion. Alors la Reine se demandait si elle souhaitait d'abord avoir une fille et après un garçon, ou deux filles ou d'abord un garçon puis un autre ? Combien avait-elle le droit d'en avoir finalement ? Emma dans sa vie, la Reine pourrait-elle d'ailleurs envisager de laisser son poste de Maire de côté pour se concentrer pleinement à l'éducation de leurs anges ?

De suppositions en suppositions, Regina avait peu dormi et ses rêves s'étaient trouvés envahis de petits bébés qui l'appelaient « maman », jusqu'à sentir les baisers délicieux de sa Sauveuse l'extirper de son sommeil. Les rayons blancs du soleil d'hiver perçaient à travers les rideaux et la luminosité était telle que la Reine devinait qu'Emma devrait déblayer la neige devant la porte. Prise par de doux frissons, elle ouvrit les yeux sur Miss Swan, sentant son corps nu se coller au sien. La veille, Emma avait eu le plaisir de « déballer » l'un de ses cadeaux surprises, une tenue très, très coquine que la Reine avait fait venir en secret de Boston.

— J'ai fait un rêve exquis, fit la Reine d'un regard tendre sur les traits d'Emma.

— Je te faisais l'amour ? demanda naturellement la Sauveuse.

— Nous étions en promenade non loin de mon château dans les vastes prairies du Comté des Highlands, expliqua la Reine. Nous avions une petite fille et un petit garçon et nous leur apprenions à faire du cheval.

Une nouvelle fois, Emma entendait parler « enfants » de la bouche de la Reine. Celle-ci ne semblait pas considérer cette idée comme une pensée anodine ou un petit manque. Emma se sentait troublée par ce sujet, cette envie d'enfant chez la Reine. Après Henry qu'elle avait eu par hasard, Emma n'aurait pu songer à avoir un deuxième enfant. Aucun ne pourrait remplacer Henry à ses yeux. Peut-être était-ce une envie passagère, songea Emma qui reposa ses lèvres dans son cou.

— Je sais pas faire du cheval, répondit-elle.

Regina frissonna et glissa ses doigts dans le dos de sa Sauveuse, continuant de rêver éveillée à ce que pourrait être cette « vie » si elle retournait dans la Forêt Enchantée avec Emma.

— Tu adorerais, fit-elle. Les chevaux sont des animaux parfois capricieux… Quand j'étais plus jeune, j'ai même eu un cheval qui avait un peu le même caractère que toi. Il était têtu, mais j'ai su l'apprivoiser.

Emma jeta un œil sur le visage de Regina, un regard un peu accusateur, avant de repartir à la conquête de sa poitrine avec ses lèvres.

— T'es en train de me comparer à un cheval, là…

Dans des frissons conséquents, Regina se mordit le coin de sa lèvre et répondit :

— C'était un pur-sang, Miss Swan.

Emma esquissa un léger sourire sur cet argument censé la rassurer. Elle redressa le visage, arracha ses lèvres de la peau douce de la Reine et posa ses yeux brillants sur elle. Sa curiosité était piquée puisque Regina confiait quelques bribes de son passé. Jusque-là, la Reine avait toujours été discrète sur sa jeunesse, sur ses loisirs et ses plaisirs de petite fille. En dehors du drame qui avait touché Daniel, son premier amant, Emma ne connaissait pas beaucoup de détails de la vie de Regina.

— Et qu'est-ce que tu faisais d'autre quand t'étais jeune ?

Ces années étaient bien loin derrière elle, songeait Regina, plus loin encore qu'elle s'était obligée à les enfouir dans sa mémoire quand elle avait basculé dans son désir de vengeance. Son regard suivit ses doigts qui longeaient lentement le biceps de sa Sauveuse tandis qu'elle repartait dans ses si lointains souvenirs…

— Ma mère me disait que j'étais aussi farouche qu'un garçon, aussi sauvage qu'une biche et plus indomptable qu'un lion. Je n'étais guère ce genre de fille à fréquenter les bals ou les palais des nobles. Quand ma mère n'était pas au château, je préférais les balades en forêt ou accompagner mon père lors de ses voyages. Parfois, nous visitions les villages du royaume où l'on célébrait des mariages… Je rêvais de me marier…

Emma frissonnait sous les allées et venues des doigts de la Reine sur sa peau. Mais elle l'écoutait avec attention et tentait de s'imaginer la vie de Regina dans cet autre monde d'une autre époque. Un léger sourire étira ses lèvres sur ce bref récit de son passé qui la décrivait comme une fille plutôt simple, presque à l'opposé de ce qu'elle montrait aujourd'hui. Cependant, elle sentait une once d'amertume et de regret dans sa voix, devinait des rêves déçus, jamais réalisés, des désillusions blessantes.

— Alors t'étais presque une petite fille comme toutes les autres ?

La Reine resta un instant silencieuse sur cette question. Elle avait conscience de l'évolution de sa personnalité et de son caractère au cours des dernières années. Sa mère l'avait transformée, avait fait d'elle une mauvaise personne avide de vengeance et de pouvoir. Malgré ses efforts pour devenir meilleure, pour retrouver cette part d'innocence que Cora avait effacée, Regina savait qu'une partie de son âme garderait les marques indélébiles de ses meurtres.

— J'ai tué des gens. J'ai toujours pensé que l'amour n'était que faiblesse, confessa-t-elle.

Emma n'aimait pas voir ce qu'elle lisait sur les traits amers de Regina. Celle-ci semblait autant souffrir de son côté diabolique que les gens qui avaient subi ses foudres. Elle comprenait très bien sa dernière confession et dans un sens, elle n'avait pas tort. Emma avait ôté son propre cœur avant de retourner à Neverland pour tuer Peter Pan. Parce qu'il était sûrement l'organe le plus sensible du corps, il renfermait autant de source de souffrance que de bonheur.

— Peut-être, répondit-elle, ou peut-être pas… Mais si on vit sans, alors on fait que survivre sans savoir qui on est vraiment.

Elle eut un sourire plus amusé avant d'ajouter :

— Regarde, même Gold a trouvé l'amour et c'était pas gagné, pourtant.

Regina reprit un léger sourire et glissa tendrement sa main sur la joue de la Sauveuse…

— Et je t'ai trouvée, preuve qu'Henry avait raison quand il disait que j'aurais droit à ma fin heureuse.

Emma frissonna sous la main de sa Reine et se pencha vers elle pour l'embrasser. Rester trop longtemps sans goûter à ses lèvres finissait par peser, surtout lorsqu'elles se trouvaient dans un lit, complètement nues. Le rappel d'Henry avait éveillé une pointe de tristesse, mais elle l'avait repoussée pour éviter de parasiter cet instant avec Regina.

— Ouais, approuva-t-elle. Mais t'en as pas encore fini avec moi…

La Reine poursuivit le baiser. Elle ne voyait pas l'avenir autrement qu'avec Miss Swan à ses côtés. Henry avait tout fait pour les rapprocher, il était donc évident qu'elles restent ensemble et forment un vrai couple.

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Fin

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N/A : Merci à celles et ceux qui ont suivi et commenté cette histoire tout au long de sa publication. Si vous souhaitez vous procurer le fichier PDF, il est en téléchargement sur le site Slayerstime.

N/A 2 : Un concours est en ligne sur notre page FB pour gagner notre dernière FF SwanQueen intégrale ainsi qu'un roman original Emma/Regina. Nous posterons sur les détails du concours dès que possible.