Chapitre 2 : Welcome to Philadelphia

AN : Merci à ceux qui ont pris la peine de me laisser une petite review. Continuez si vous le pouvez, c'est réconfortant et chaleureux de voir que l'histoire qu'on écrit est suivie !

Petite précision, chaque paragraphe débutera par l'évocation d'une chanson entre crochets.

Bonne lecture !


[Satisfaction / The Rolling Stones]

« Maura, the bore-A… Maura the bore-A… Maura the bore-A… Maura the bore-A… » Elle se retrouva encerclée. Ils dansaient autour d'elle criant et chantant ce surnom ridicule dont ils l'avaient affublée dès la rentrée. Il y avait Matthew Pettersen, cet immense tonneau sur pattes qui se faisait une joie de mener sa bande. Et les autres qui le suivaient aveuglément. Les éclats de rire se multipliaient autour d'elle. « Maura, the bore-A… Maura the bore-A… Maura the bore-A… Maura the bore-A… » Elle entendait Carolina Price, la populaire, dont la voix s'envolait dans les aigus… Emily Paine, qui semblait rebondir sur ses genoux cagneux… Ils tournaient, ils tournaient. Puis ils se rapprochèrent, serrèrent leur ronde de souffrance. Maura était à genoux, complètement paralysée et prise au piège. Elle voulait crier mais aucun son ne voulait sortir de sa bouche. Au loin les professeurs parlaient entre eux, ils ne voyaient pas, ils n'entendaient pas. Elle voulait les appeler. Elle inspirait, expirait, mais son larynx lui aussi semblait pétrifié... « Maura, the bore-A… Maura the bore-A… Maura the bore-A… Maura the bore-A… »

_ Arrêtez ! cria-t-elle dans l'avion.

Son corps entier était en sueur, et sa respiration haletante marquait encore la peur qui l'avait inondée durant ce cauchemar. Ses deux mains se portèrent automatiquement à sa tête. Depuis combien d'années n'avait-elle pas fait ce rêve ? Dix ? Quinze ? Pourtant les visages et expressions de ses anciens « camarades » de classe lui étaient apparus tout aussi nettement qu'avant, leurs vêtements et folies capillaires des années quatre-vingts aussi d'ailleurs. Mais ce qui était le plus troublant, c'était les impressions et émotions remontées à la surface, toutes identiques à celles du passé.

La plus évidente de toutes était la peur. Celle qui glace le sang parce que vous ne savez pas à quoi vous attendre. Vous voyez l'agressivité, la méchanceté ou le vide dans le regard de l'autre. Vous savez qu'il est un ennemi sans forcément savoir pourquoi. C'était cette absence de réponse, inexplicable, irrationnelle qui paralysait Maura quand elle était enfant. Elle ne comprenait pas les autres et les autres ne la comprenaient pas. Les enfants entre eux sont cruels. L'incompréhension de l'autre entraîne souvent la violence. Maura était une enfant différente. Intellectuellement précoce, protégée par ses parents et son milieu social, elle n'éprouvait pas le besoin de se mêler aux autres. Lorsqu'elle avait essayé, elle s'était sentie dyslexique, incapable de comprendre les signaux qu'on lui envoyé, comme si sa fréquence sociale était brouillée. De fait elle préféra la compagnie des livres à celle des humains, quitte à être la tête de turc de ses congénères.

La seconde émotion était la frustration. Elle n'avait jamais compris pourquoi on ne pouvait pas comprendre qu'elle préférait être seule que d'être constamment raillée pour son étrangeté. Elle avait toujours voulu rester tranquille, faisait de son mieux pour se tenir loin des autres. L'école était une sorte de sanctuaire dans les salles de classe, un calvaire dans la cour de récréation. A l'adolescence elle avait appris les codes comportementaux à adopter pour les gens de son milieu social. Et si elle arrivait à tenir son rang ce genre d'évènements, elle était toujours aussi maladroite dans ses relations sociales. Son indéfectible franchise était un handicap, tout comme l'étaient son incapacité à mentir, et sa manie d'effectuer un véritable diagnostic médical à chaque nouvelle rencontre qui s'avérait intéressante. En fin de compte c'étaient son cerveau et sa personnalité qui l'avaient conduite à s'isoler des autres.

Elle était encore à moitié plongée dans ce songe lorsqu'une main se posa sur son avant-bras. Un homme à l'allure débonnaire la regardait d'un œil inquiet. Son œil justement était jaunâtre et brillant. Il transpirait dans don costume beige froissé et se massait à présent le genou droit en lui faisant faire des mouvements comme pour assouplir son articulation.

_ Vous allez bien madame ?

Il était trop tard dans la matinée pour que son haleine soit encore assimilée à celle du réveil. Maura se força pour lui répondre de la plus simple des manières.

_ Oui, oui. Je suis désolée.

_ Tout va bien, ne vous inquiétez pas. Ce sont des choses qui arrivent, vous savez… Ma femme et moi par exemple…

_ Exactement ce sont des choses qui arrivent, tout comme les problèmes de foie..

Elle n'avait pas pu s'en empêcher. Non parce qu'elle s'inquiétait de l'état réel de son voisin...

_ Je vous demande pardon ?

_ Vos yeux sont jaunes, vous souffrez apparemment de vos articulations. La jaunisse est considérée comme un symptôme de problèmes médicaux. Elle est causée par l'accumulation excessive d'un pigment biliaire, la bilirubine dans la couche grasse sous-cutanée du fait d'une production trop importante ou d'une élimination insuffisante par l'organisme. Si vous souffrez de maux de tête et si vos selles sont anormalement décolorées, vous devriez aller voir un docteur. Il vous prescrira un bilan sanguin et un vous fera passer une imagerie des voies biliaires. Ensuite…

Alertée par le cri que Maura avait poussé, une hôtesse vint s'accroupir dans l'allée à côté de son fauteuil. C'était le stéréotype de l'hôtesse de l'air : blonde, chignon haut, maquillage exagéré, ongles bien manucurés.

_ Madame, comment allez-vous ?

_ Bien, ce n'était qu'un cauchemar. Je suis désolée.

L'hôtesse s'en alla satisfaite. Lorsque Maura se retourna vers son voisin, il avait tourné la tête et faisait semblant de dormir… Ce n'était pas la première fois que cela lui arrivait. Elle avait été ravie pourtant de pouvoir apporter une aide à cet homme qui s'était inquiété pour elle…

x-x-x-x-x-x-x-x-x-x

[So happy together / The Turtles]

Les gens se bousculaient autour d'elle dans un sens, dans l'autre, traînant leurs valises sur les pieds inconnus et dispersant leurs sentiments dans cette foule compacte. Des voix s'élevaient, des cris de joie, des pleurs. Des enfants couraient, des corps s'étreignaient. Seule au milieu de cette agitation, Maura se sentit perdue, comme si elle débarquait dans un univers parallèle. « La proximité de Noël sans doute… » pensa-t-elle. Noël n'avait jamais vraiment été une fête chez les Isles, tout simplement parce que le mot famille n'avait pas le même sens que chez tout le monde. Noël y était aussi froid que l'hiver. Les cadeaux étaient proportionnés au degré d'exigence que les parents attendaient de leur fille. Il n'y avait jamais de déclaration d'amour ou de grands éclats de rire, un simple baiser au matin devant le sapin, un sourire poli malgré le sourire béat d'une petite fille, jamais de chants à plusieurs voix devant la cheminée jamais d'excentricité dans la décoration, tout était toujours équilibré, parfait et de bon goût. Constance avait toujours eu plus de souci pour chaque détail artistique que pour le bien-être émotionnel de sa propre fille. Les souvenirs qui affluaient à sa mémoire contrastaient nettement avec l'ambiance qui régnait dans le hall du terminal.

C'étaient justement les enfants qui attiraient son œil. Elle les voyait et sans s'en rendre compte, elle s'était arrêtée au milieu, appuyée sur le charriot qui portait ses valises. Partout elle voyait de l'amour et des gens qui s'embrassaient. Des familles qui se retrouvaient. Des grands-parents choyés. Maura laissa échapper un soupir qui à lui seul en disait beaucoup. Elle sortit son smartphone et le ralluma, toujours perdue au milieu de cette marée d'émotions humaines. L'écran s'alluma et le processeur se mit lentement en marche, beaucoup trop au goût de Maura. Deux messages s'affichèrent.

[text]Jane

Hey Maur', j'espère que t'es bien arrivée. N'oublie pas, profite :-) Peut-être que tu vas rencontrer ton Roi des morts ! :-D

[/text]

x-x-x

[text] Angela

Bonnes vacances chérie. Je ne t'envahirai pas de messages, mais n'hésite pas à m'appeler ou à m'écrire si besoin. Je t'embrasse.

[/text]

x-x-x

Un sourire se dessina sur son visage grâce à Angela. Elle trouvait cette femme formidable, pleine d'abnégation et d'amour. Mais le message de Jane l'avait blessée, une nouvelle fois. Il avait pris le dessus sur tout le reste. A chaque fois elle avait cette sensation de recevoir un coup de poing dans l'estomac. Elle n'avait toujours pas bougé. Elle tournait la tête, dans un sens, dans l'autre, se fit bousculer. Elle tenait toujours son téléphone contre elle, l'appuya contre ses lèvres. Devant elle une femme se jeta dans les bras d'un homme. Elle était blonde. Son homme la serra contre elle comme si elle était le plus précieux trésor du monde. Elle les vit tous les deux, heureux, seuls dans leur bulle, amoureux, fusionnels. Le cœur de Maura se serra dans sa poitrine. L'enlacement du couple était beau. Il n'y avait pas de regards, pas de mots, juste des sentiments qui coulaient dans leurs veines. Ils étaient beaux… Ils donnaient envie. Elle, Maura Isles, avait envie de vivre une histoire avec quelqu'un qui la mérite, quelqu'un qui la désirait vraiment. Elle venait de prendre une décision sans s'en rendre compte.

[text]Maura

Jane, j'ai besoin d'être seule. S'il te plaît ne me contacte pas. Je t'appellerai quand je rentrerai.

[/text]

x-x-x

Lorsqu'elle appuya sur l'écran pour envoyer le message, elle sut qu'elle était sur la bonne voie sans être pour autant sortie d'affaire. Car Jane allait s'inquiéter, se demander pourquoi ce changement brutal d'attitude à son égard. Elle voudrait savoir c'était certain. Elles étaient tout le temps ensemble, et quand elles n'étaient pas ensemble, elles étaient toujours pendues au téléphone… Le temps sembla se suspendre autour de la légiste. Prendre le temps de la réflexion était une qualité comme un défaut. Maura Isles n'agissait jamais sans réfléchir. Dans son travail c'était une qualité. Dans la vie en règle générale aussi. Néanmoins parfois cela tuait souvent toute spontanéité chez elle. Pour une fois, la décision qu'elle venait de prendre ne provenait pas d'une intense réflexion. Elle traduisait simplement l'urgence qu'avait à présent cette active woman à se protéger d'un amour qu'elle éprouvait pour la mauvaise personne et qui consumait tout en elle.

x-x-x-x-x-x-x-x-x-x

[I'm shaking / Jack White]

Au même moment à Boston.

_ Jane ? Jane ?

_ Ouaip !

_ Tu as reçu un message de Maura.

_ Case' j'aime pas quand tu regardes mon téléphone, j'te l'ai déjà dit.

_ Il était à côté, et je n'ai pas lu. J'ai juste vu le nom de l'expéditeur.

_ OK.

Jane prit le téléphone et lut la ligne de Maura. Elle relut le texto plusieurs fois pour être sûre qu'elle ne rêvait pas, puis elle tenta d'appeler sa meilleure amie. « Bonjour, vous êtes bien sur la boîte vocale du Docteur Isles… » Elle raccrocha. « Elle a dû se tromper, ce n'est pas possible autrement… Pas ma Maura ». Elle essaya d'appeler une nouvelle fois mais tomba à nouveau sur le répondeur.

_ Ça ne lui ressemble pas.

_ Qu'est-ce qui se passe ?

_ J'ai envoyé un texto à Maura tout à l'heure et regarde ce qu'elle m'a répondu.

Jane passa son portable à Casey qui poussa une exclamation inattendue.

_ Et ça t'étonne ?

_ Bien sûr que ça m'étonne et ça m'inquiète même. C'est ma meilleure amie et elle ne va pas bien Case'. Les meilleurs amis c'est fait aussi pour s'inquiéter.

Casey s'approcha de Jane et la prit dans ses bras, craignant une réaction négative à ce qu'il allait lui dire. Lui-même s'inquiétait à propos de la légiste, mais son inquiétude n'avait rien à voir avec la naïveté qu'il reprochait à la super détective. Lui s'inquiétait que Maura ne lui prenne Jane. Depuis le début c'était le cas. C'était une des raisons pour lesquelles il était reparti en Afghanistan. La première fois avait été chevaleresque. Il pensait que Maura en profiterait pour faire le premier pas et que Jane ouvrirait les yeux. Mais elle ne l'avait pas fait. La seconde fois il l'avait fait pour se prouver quelque chose personnellement, et aussi pour tester Jane, il lui fallait bien l'admettre.

_ Jane, Maura a changé depuis environ deux mois. A peu près au moment où nous avons décidé d'emménager ensemble.

_ Oui j'y ai pensé…

_ Ah.

_ Elle doit être complètement malade d'être seule alors que je suis heureuse avec toi.

_ Jane, comment peux-tu être aussi brillant et naïve en même temps ?

_ Quoi ? demanda-t-elle honnêtement.

_ La manière dont elle te regarde ? La pointe d'acidité dans ses phrases quand elle me parle ? La manière dont elle finit tes phrases ? Jane, elle est amoureuse de toi et elle souffre.

_ Quoi ? Mais t'es malade Case ! Tu parles de Maura ! Maura Isles !

Casey secoua la tête négativement. Il était certain de son fait et comprenait même le sentiment de Maura. Jane était fascinante, dévouée, attachante… terriblement attachante. Ce qui était rassurant pour lui était que Jane n'avait aucun penchant lesbien, du moins il l'espérait. Mais il reconnaissait que Maura était attachante aussi. Il comprenait aussi que Jane lui soit si profondément liée, même si le comportement de la légiste était parfois déroutant. Les choses étaient complexes dans la tête de Casey, mais il était certain d'une chose : il aimait Jane Rizzoli et voulait construire sa vie avec elle.

_ Il faut que j'aille à Phillie. Elle va trop mal.

_ Jane… si j'ai raison sur ce que je viens de dire, tu vas lui faire du mal. Et même si j'ai tort, elle t'a expressément demandé de lui laisser un peu d'espace. Où que soit la vérité, Maura semble avoir besoin d'être seule.

Jane perdit son regard dans la pièce. Son esprit était à Philadelphie, avec Maura. Comment Maura pourrait avoir des sentiments autres qu'amicaux pour elle ? Ce n'était pas possible, tellement pas envisageable… Maura avec une femme ? Diable, qu'est-ce qu'elle pourrait bien faire avec une femme ? Elle avait besoin d'un homme, d'un homme qui la sécurise, qui la protège des agressions extérieures liées à son comportement… Elle avait besoin… Puis elle se rappela quelques-unes de leurs conversations… « Peut-être que je devrais être lesbienne » et Maura avait dit à Joe Friday : « Les rêves ne deviennent pas réalité »… ou encore « Maura, tu ne veux pas coucher avec moi… » en sortant du garage de Giovani. Elle ne lui avait pas répondu. Elle avait juste eu ce regard mystérieux. Il y en avait eu tant d'autres des moments comme ceux-là. Des moments d'ambigüité. Et elle, bonne poire, elle avait toujours cru que c'était leur amitié qui leur permettait ce genre d'humour…

_ Case'… Je crois que t'as raison…

Casey Jones serra Jane dans ses bras, aussi fort qu'il le pouvait. Elle tremblait. L'idée de blesser son amie la rendait dingue, et en même temps, elle se demandait comment elle aurait réagi si Maura lui avait confessé ses sentiments. Depuis le début de sa relation avec Jane, Maura était un sujet que Casey évitait avec soin. Il ne fallait pas être devin pour voir la façon dont Maura regardait Jane, la proximité qu'elle entretenait avec elle. Et il la comprenait. Il comprenait même quelle devait être sa détresse à ce moment précis, et il compatissait. Contrairement à ce que pouvait penser Angela Rizzoli, Casey Jones était quelqu'un de bien, profondément humain.

x-x-x-x-x-x-x-x

[The streets of Philadelphia / Bruce « The boss » Springsteen]

Plus que jamais isolée au milieu de ces inconnus, Maura peinait à se frayer un chemin vers la sortie. Elle avançait difficilement et prudemment, le regard régulièrement en l'air, en quête d'un quelconque progrès vers le panneau vert. Mais le panneau vert ne semblait jamais s'approcher. Alors elle prenait son mal en patience, poussait son chariot, et se prenait pour une sorte de Sisyphe des temps modernes, en espérant bien ne pas retomber en arrière.

Elle commençait à perdre patience lorsque son regard fut attiré par une pancarte… « Maura Isles ». En dessous se tenait un homme plutôt jeune, brun avec une paire de lunettes. Il plantait là en affichant une tête dépitée. A mesure qu'elle réussissait à s'approcher de lui, Maura découvrit un homme grand, maigre à l'air très juvénile. De grands yeux noir abrités derrière ses lunettes laissaient apparaître une légère inquiétude.

_ Bonjour, Je suis Maura Isles. Vous êtes ?

_ Content de ne pas vous avoir raté ! Vous ne pouvez pas savoir ! s'exclama-t-il en riant. Mall à l'aise, il s'imaginait la réaction qu'aurait eu sa patronne s'il avait échoué…

Un silence gêné s'installa entre eux jusqu'à ce que le jeune homme ne finisse par se présenter non sans avoir rougi et bafouillé quelques excuses.

_ Hummmm je m'appelle Ethan Gross. Je suis Résident au service de médecine légale de Philadelphie. Je dois vous conduire à votre hôtel.

_ C'est très gentil Ethan.

_ Vous êtes au Rittenhouse Hotel. C'est un hôtel de luxe très réputé ! Vous allez être comme un coq en pattes... enfin, une poule en pattes?

_ Je n'en doute pas Ethan, glissa Maura souriant aux maladresses du jeune homme.

_ Hummm, je suis désolé. C'était inapproprié.

_ Ne vous excusez pas.

Ethan Gross se révéla être non seulement un bon conducteur mais également un homme d'une agréable compagnie. La route fit découvrir à Maura l'élégance d'une ville qu'elle n'avait jamais visitée. Dans sa vie privilégiée, la légiste avait beaucoup voyagé, suivant ses parents aux quatre coins du monde. Mais il y avait beaucoup de ville américaines, historiques pour la plupart, qu'elle n'avait jamais pris la peine de voir. Elle se jura de profiter de son temps libre pour visiter Phillie.

Un voiturier les accueillit devant l'hôtel. Un groom se chargea des bagages après avoir pris le nom de leur propriétaire. Ethan se retrouva perdu au milieu de ce balai guindé. Il lança un regard désabusé à Maura qui lui fit signe que tout était normal. Elle se rapprocha de lui et mit une main sur son épaule. Ces gens ne faisaient que leur travail, ils n'étaient pas là pour gêner le jeune Résident. C'est à ce moment précis qu'Ethan se trouva gêné, comprenant que ceci n'avait rien d'inhabituel pour cette femme surprenante. Elle ne semblait rien avoir en commun avec sa propre chef mise à part l'équivalence du poste. Ils arrivèrent ensemble à la réception.

Le hall était immense et très classe : haut de plafond, décoré dans une ambiance cosy. Un concierge était au desk et s'affairait au milieu de nombreux papiers. Maura remarqua une seule autre personne dans la pièce, une femme assise dans un fauteuil. Elle était belle, blonde, pulpeuse, mise en valeur dans un tailleur de créateur. Lorsqu'il l'aperçut, Ethan se précipita vers elle. Il lui glissa quelques mots puis elle lui demanda de prendre congé en le remerciant. Le jeune homme salua Maura et laissa Kate Murphy faire elle-même sa présentation.

_ Kate Murphy, Médecin Légiste en chef du Commonwealth de la Pennsylvanie.

_ Maura Isles, Médecin en chef…

_ du Commonwealth du Massachussets, je sais. Votre réputation vous précède.

Maura rougit. Sa curiosité fut une nouvelle fois piquée.

_ Enchantée. L'organisation du congrès est parfaite, vous avez fait les choses en grand. C'est la première fois que je vois les participants accueillis dès l'aéroport.

_ Mais, tous les participants n'ont pas eu droit à un tel accueil Docteur Isles… dit-elle en fixant Maura du regard. Cette dernière se remit à rougir et détourna le regard. Elle n'était jamais vraiment à l'aise quand on lui parlait de la sorte, et ça se voyait.

Kate remit à Maura la carte de sa chambre et le cadeau d'accueil : une boîte de fraises fraîches enrobées de chocolat. Maura tiqua. Normalement, ce n'était pas à elle de le faire…

_ Voilà. Je suis enchantée de vous avoir rencontrée Docteur Isles. J'espère que je vous verrai ce soir au cocktail de bienvenue.

_ Maura. Appelez-moi Maura. Réussit-elle à articuler.

_ D'accord Maura, seulement si vous m'appelez Kate. A tout à l'heure.

Maura resta pantoise. Beaucoup de questions émergeaient dans sa tête, mais de manière lente ! Si lente qu'elles n'arrivaient pas à s'imposer dans son esprit d'ordinaire si prompt à réagir. Elle n'en revenait pas. C'était comme si son activité cérébrale était perturbée par le magnétisme de cette femme. Pour être honnête, Maura n'avait jamais entendu parler de cette collègue avant. Son nom était apparu dans les papiers relatifs au congrès, mais sans plus. Maura avait toujours les yeux rivés sur la porte par laquelle était partie Kate. Malgré toute la bonne volonté de son cerveau, son esprit restait hanté par le physique de cette blonde. Elle était sculpturale, sûre de son charme et de sa beauté, et le tout était électrisé par ce regard acier. A côté d'elle, Maura se sentait terne…

_ Madame ? Puis-je vous conduire à votre suite ?

_ Ma suite ?