Chapitre 3 : Show me
AN : Le jour où j'ai imaginé le contexte de cette fiction, j'ai fait quelques recherches sur internet pour savoir si de tels congrès de médecine légale existaient. Quelle ne fut pas ma surprise en voyant qu'un congrès national s'était tenu à Marseille en juin dernier ! J'ai décidé d'en reprendre le programme. Je n'ai donc rien inventé pour le coup.
Pour info, le rating a changé. There's no need to explain why. Je ne suis pas spécialiste de ce genre d'écriture. Si je l'approche aujourd'hui, ce n'est que pour servir l'histoire et l'exploration des sentiments de Maura. Il s'agit principalement de suggestion, pas de pornographie à proprement parler, d'ailleurs je ne pense pas être capable d'écrire ce genre de choses.
J'ai gardé le principe des crochets pour la musique et dernière chose, je suis désolée pour le "coq en pâte"... C'était une horrible faute... j'ai honte !
x-x-x-x-x-x-x-x-x
Après vérification, Maura apprit qu'aucun autre participant au congrès légal n'avait effectivement eu droit à pareil traitement. Tous avaient été logés dans un hôtel élégant du centre-ville de Philadelphie, mais rien de comparable avec le Rittenhouse. C'était un hôtel de luxe old fashionned à la décoration campagne traditionnelle pour ce qui était de la junior suite qu'occupait Maura. Elle était composée d'un salon privatif, d'une salle de bains en marbre avec une grande baignoire, et d'une vue magnifique sur le Rittenhouse Square, parc renommé de la ville. Maura se laissa tomber dans un fauteuil près de la fenêtre et perdit son regard dans les arbres du parc. Cet accueil particulier la gênait. C'était incompréhensible pour un cerveau cartésien comme le sien. Elle n'était là que pour assister à la conférence, aucune intervention à faire pour une fois, pas d'article en prévision. Supporter de vieux fossiles refusant tout progrès après eux, soutenir de jeunes médecins chercheurs dans leurs tentatives d'innovations procédurales, jouer les arbitres générationnels, voilà souvent ce à quoi se réduisaient souvent les congrès de médecine légale. Il fallait de tout pour faire avancer une discipline. Il fallait vraiment de tout. Après la soutenance de sa thèse, Maura avait publié de nombreux articles. Elle avait fait partie de ces jeunes internes raillés par les plus expérimentés. Elle aussi s'était fait voler un article qu'elle avait retrouvé publié sous un autre nom. C'était le lot commun, le rite initiatique par lequel chaque interne ambitieux devait passer.
Elle soupira et jeta un coup d'œil au programme qu'elle avait une nouvelle fois oublié. Cela devait faire la dixième fois qu'elle le lisait, mais rien ne s'imprimait vraiment dans sa tête. Elle ne pouvait pas faire l'effort tant son esprit était ailleurs. La tentation était forte de vérifier sur son smartphone. Voir si Jane l'avait écoutée, ou si elle n'avait pas pu s'empêcher de lui répondre en s'inquiétant… Telle qu'elle la connaissait, Maura aurait presque cru son amie capable de sauter dans le premier avion pour la rejoindre et s'assurer que tout allait bien… Elle sourit jusqu'à ce qu'elle imagine la tête de Jane ne comprenant pas la source de son malaise. Et si elle était là, si elle était là… Si elle avait débarqué à la porte de la suite…
[Sarabande de Haendel / interprété à la guitare par Andres Segovia]
Jane aurait le front appuyé contre la porte et hésiterait à frapper. Mais elle aurait fini par le faire, car elle ne serait pas venue pour rien, elle aurait su poser les tripes sur la table comme elle le disait toujours. Un seul regard aurait suffi à électriser Maura qui n'aurait pas eu à continuer ce ridicule pantomime qu'elle jouait depuis quatre ans au quotidien, cette farce dont les dialogues muets ne se déclinaient incognito qu'au grès de ses gestes. Elle aurait cessé ce jeu stérile pour entrer dans la vérité de ses sentiments, les mettrait à nu quitte à tout risquer pour eux. Elle ne l'aurait pas laissée parler, elle l'aurait attirée à elle en agrippant le col de sa longue veste noire, prête à tomber rôtie contre sa bouche. Mais ce serait Jane qui abolirait ces centimètres insupportables entre leurs lèvres. S'en suivrait une danse sensuelle, lente, tendre, patiente, à la hauteur du temps qu'elles auraient pris avant de réunir leur désir. Souffle contre souffle, peau contre peau, le monde aurait pu continuer de tourner autour d'elles, il n'aurait fait que donner du corps à cette valse du sentiment amoureux.
Mais Jane n'était pas là.
Maura se leva de son fauteuil et se laissa tomber sur le lit, les yeux fermés, grisée par sa rêverie érotique.
Seul son souffle rapide brisait le silence de la suite. Une main s'aventura sous son chandail, glissa sur sa peau laiteuse, frôla son ventre, traîna sur ses côtes, et vint se poser sur son sein. Elle en caressa le galbe, pinça sa pointe dure. Chaque geste était accompagné d'une variation de son souffle selon le degré d'excitation que provoquait le frôlement de chaque zone, chaque geste témoignait de la timidité que Maura imaginait de sa partenaire. Jane fantasmée serait hésitante et attentive en même temps au moindre tressaillement. A chaque nouvelle caresse ses yeux seraient rivés sur le visage de Maura dans une recherche désespérée d'approbation ou de réaction.
Jane n'avait jamais fait l'amour avec une femme. C'était une certitude. Un jour elles en avaient parlé, comme ça, une des fois où Giovani apparaissait. Maura, elle, n'avait rien osé répondre, encore moins confesser.
Alors Maura s'imagina prendre le dessus dans leurs ébats. Son imagination accentuait son désir, ses propres caresses décuplaient son plaisir. Elle était proche. La chambre était silencieuse et absorbait dans son dispendieux confort le reste des gémissements qu'elle étouffait au creux de son coude. La sueur perlait sur son corps qui se tendait. Cette tension monta crescendo. Maura savait comment gérer le plaisir qu'elle se donnait, stimuler les certaines zones érogènes avant d'autres, selon le temps qu'elle souhaitait consacrer à cette activité. Elle maîtrisait le temps et la puissance, associant Jane à chacun de ses succès. Quelques secondes plus tard, ses muscles se relâchèrent après avoir secoué tout son être d'ondes apaisantes. Sa respiration se calma, les battements de son cœur aussi. Elle reprit lentement ses esprits sans esquisser le moindre mouvement.
Le silence envahit la suite à nouveau. Il n'était pas bien loin, à peine avait-il été dérangé. Cette activité n'imprimait jamais de souvenir dans la pièce où elle l'exerçait. Maura n'avait jamais eu aucune difficulté à parler de sexe, à aimer le sexe ou à le pratiquer en solitaire. Elle considérait la chose comme inhérente à chaque être humain, quasiment comme un signe extérieur de santé. Elle était à l'exact opposé de Jane qui avait le plus grand mal à aborder le sujet. Chaque évocation la mettait mal à l'aise et faisait évanouir la certitude qui la rendait si désirable habituellement. C'était une question d'éducation. Dans une famille catholique d'origine italienne, on n'expose pas ce genre de sujet en public. Chez les Isles on ne mettait pas non plus la chose en avant. Mais Maura avait lu beaucoup de d'articles sur le sexe, son appréhension, ses effets positifs sur l'organisme et sur l'individu en général. Elle en avait fait un sujet scientifique de plus, et à ce titre, parfaitement discutable sur le fond. Cette fois cependant, c'était différent. Le besoin de discrétion était proportionnel à la honte et la douleur qu'elle éprouvait à entretenir cette relation dans sa tête. C'était bien ce sentiment qui lui faisait baisser le regard sur le chemin de la baignoire.
Elle paressa dans l'eau, fit disparaître les ultimes traces de sa gêne. Le temps filait. Il lui en restait suffisamment avant de se rendre à la cérémonie d'ouverture du congrès, suffisamment assez pour réfléchir. Mais les peines de cœur ne sont pas solubles dans l'eau. Elles ne disparaissent pas non plus dans une coulée de larmes. Elle en avait déjà fait l'expérience à plusieurs reprises et le résultat avait toujours été le même. A quoi bon recommencer, encore et toujours ?
Elle enfila sa robe noire, ses talons, et dissimula ses interrogations. Le cocktail l'attendait, et là, elle pourrait briller et oublier le reste pour quelques heures. « Pour pouvoir être moi sans l'être vraiment ou me découvrir en fin de compte ». C'était ce qu'elle s'était promis en partant.
x-x-x-x-x-x-x-x-x-x
[Mack the knife / version de Robbie Williams]
Un taxi la déposa à l'Hôtel de Ville de Phillie, sur Market Street. Les fenêtres mansardées, le gré blanc et les toits en ardoise lui donnaient un faux air du Louvres. L'édifice était somptueux. Tout comme Boston, Philadelphie avait sur conserver son passé pour garder ce caractère confluent de l'Europe et de l'Amérique.
La salle d'honneur du City Hall était plongée dans une douce atmosphère, cela s'entendait du hall d'entrée. Maura déclina son identité à l'accueil et fut guidée vers le salon de réception après avoir reçu son badge d'accréditation. Environ deux-cent personnes étaient présentes. Les conversations allaient bon train, sans qu'il n'y fût forcément question de médecine légale. Maura laissait traîner une oreille distraite, cherchant du regard un visage familier. Le Maire de Philadelphie entama son discours inaugural, avancé sur la scène dressée spécialement au fond de la salle, une personne droite, digne, imposant le silence dès sa première parole. Il enchaîna les banalités d'usage que la légiste en Chef du Massachussets avala comme on l'attendait d'une personne de son rang... Jusqu'à ce que son attention soit happée par une autre personne présente sur la scène. Elégamment servie par une robe fourreau bleu foncé, très classique dans la coupe, terminée par deux nœuds attachant les bretelles sur ses épaules nues, Kate Murphy venait de jeter un sort sur l'assemblée. Si l'aura du Maire avait intimé un ordre muet à la foule, Kate Murphy l'avait subjuguée, suspendue à son souffle. Les rares résistants étaient conquis les uns après les autres par un regard charbonneux appuyé. Maura l'admirait. Ce n'était pas le cas d'une personne derrière elle. Maur se retourna. Elle aperçut ce grand escogriffe d'Ethan qui la salua de la tête. Il était accompagné d'une femme à la chevelure flamboyante, visiblement insensible à la prestation du docteur Murphy.
_ Si les électeurs sont aussi faciles à conquérir que les médecins légistes, l'élection au poste de gouverneur ne sera qu'une formalité pour elle.
_ Docteur Hunt…
_ Quoi ? Tout le monde ici sait qu'elle n'a la tête qu'à cette élection.
_ Pas les gens qui ne sont pas d'ici.
_ Et après l'élection, vous souhaiterez sans doute prendre sa place ?
_ Ethan Gross ! Ce n'est pas une façon de parler à une titulaire !
Maura écouta la conversation tout en conservant le regard fixé sur l'oratrice à la tribune. D'habitude ce n'était pas son genre. Mais cette femme l'intriguait tellement qu'elle se trouva fortunée de pouvoir apprendre quelques bribes d'informations à son propos.
Le discours se termina par des applaudissements de circonstance. Maura n'en avait écouté que la moitié mais ne s'en trouvait pas gênée. Elle était fascinée par cette femme. Ethan posa une main sur son épaule et la fit redescendre sur terre.
_ Docteur Isles, je vous présente le Docteur Megan Hunt.
_ Enchantée Docteur Hunt.
_ Oh… vous êtes de Boston. Enchantée.
_ Comment savez-vous d'où je viens ?
_ C'est écrit sur votre badge, Docteur Watson… dit-elle ironiquement en pointant du doigt le rectangle de plastique accroché sur sa robe.
_ Doucement Megan. Intervint Kate. Vous avez encore trois jours pour vous faire détester. Patience.
Elle tourna toute son attention vers Maura.
_ Excusez-la Maura, elle n'a ouvert personne depuis deux jours. Megan Hunt travaille à notre Bureau. Contrairement aux apparences c'est l'une des meilleures à son poste.
_ Oh… Maura, uh ? Allez Ethan, venez, allons rejoindre le commun des mortels… Bonne soirée.
Kate entraîna Maura par le bras en direction du bar. Elle ne savait plus réellement où elle était. Pour aider à se convaincre qu'elle était là pour le travail, elle attrapa au passage sur un coin de table un flyer du programme du congrès et essaya désespérément de regagner un peu de calme. Tout ce qui venait de se passer autour d'elle l'avait perturbée. Elle était passée pour une imbécile devant cette femme étrange, quant à l'arrivée du Docteur Murphy, elle l'avait complètement prise de court. Maura venait de perdre tout contrôle sur la soirée, ce qui lui était autant désagréable qu'embarrassant.
CONGRES NATIONAL DE MEDECINE LEGALE PHILADELPHIE 2013
JOUR 0
Cocktail de bienvenue à l'Hôtel de Ville de Philadelphie. 18h30
JOUR 1
10h - 12h 30
Table ronde n°1 « Les responsabilités infirmières »
12h30 – 14h : Pause déjeuner
14h - 16 h Table ronde n°2 « Les problèmes éthiques liés à la profession infirmières
16h - 16h30 : Pause café
16h30 - 18h 30 : Séance de la Société de Médecine Légale
- Hématome sous-dural chronique : pas toujours traumatique !
- Décès et garde-à-vue : à propos de deux cas.
- Les investigations moléculaires post-mortem des canalopathies cardiaques du sujet jeune âgé de moins de 35 ans : bilan et perspectives.
- Hypothermie et lésions gastriques de Wichnewski.
- Etude rétrospective descriptive des violences faîtes aux personnes âgées de plus de 65 ans
- Intoxication à la métoxatémine : informations sur une nouvelle drogue.
- Le protocole "Obstacle médico-légal": un exemple de l'organisation des réseaux de proximité.
20h : Réception à l'Hôtel de Ville
JOUR 2
9h : Session Inaugurale
Conférence plénière « Thanatologie & Imagerie Médicale »
10h45 – 11h15 : Pause café
Conférence plénière « Imagerie & Dommage corporel »
12h30 – 14h : Pause déjeuner
14h – 16h
- Salle 1 : Anthropologie
- Salle 2 : Psychiatrie légale
- Salle 3 : Médecine Légale Clinique
- Salle 4 : Thanatologie
- Salle 5 : Toxicologie
- Amphi 1 : Thanatologie
16h – 16h30 : Pause café
16h30 – 18h
- Salle 1 : Médecine en Détention
- Salle 2 : Médecine Légale Clinique
- Salle 3 : Médecine Légale Clinique
- Salle 4 : Club Junior
- Salle 5 : Droit Médical
- Amphi 1 : Thanatologie
A partir de 20h : Diner de Gala
JOUR 3
9h – 10h30
- Salle 1 : Droit Médical
- Salle 2 : Dommage Corporel
- Salle 3 : Thanatologie
- Salle 5 : Toxicologie – Session sur invitation (1ère partie)
- Salle des thèses n°1 : Thanatologie
- Amphi Toga : Médecine Légale Clinique
- Salle des thèses n°2 : Club de Pathologie Médico-Légal
10h30 – 11h : Pause café
11h – 13h :
- Salle 1 : Droit Médical
- Salle 2 : Médecine Légale Clinique
- Salle 5 : Toxicologie – Session sur invitation (2ème partie)
- Amphi 1 : Thanatologie
- Salle des thèses n°1 : Anthropologie
13h – 14h : Pause déjeuner – Salle du Conseil Faculté de Médecine
15h – 17h30 : Visite guidée du Musée de la guerre d'indépendance
18h : Apéritif dinatoire de clôture
Maura restait concentrée sur son morceau de papier tandis que Kate Murphy lui tendait une coupe de champagne.
_ Vous savez à quoi servent les documents comme celui-ci Maura ? demanda-t-elle en lui retirant le flyer des doigts.
_ A savoir pourquoi je vais me lever demain matin ?
_ Si vous décidez de vous lever… et ça, ça ne dépend que de vous…
Maura prit la coupe et but immédiatement une gorgée, espérant dissimuler le rouge qui avait saisi ses joues.
_ Dans ce cas montrez-moi pourquoi je ne devrais pas me lever.
