Chapitre 4 : « Do you think my soul is broken ?»
AN : Merci à mes 'revieweuses' officielles. Merci encore Bob ^^ Je crois que je te le dirai jusqu'à la fin de mes deux fics.
Désolée pour les dialogues en anglais (ceux du début). Je sais que ça peut être énervant. Je ne pouvais pas me les imaginer autrement, et le clin d'œil que j'ai voulu faire n'aurait pas été le même. D'avance je vous demande de m'excuser pour les fautes et approximations que vous pourrez éventuellement relever. Je ne suis pas bilingue même si je me débrouille.
Si certains d'entre vous se sentent de traduire en français lors d'une review pour les lecteurs qui ne comprendraient pas, je prends. -)
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[Take a walk on the wild side / Lou Reed]
Le froid était mordant. Elle avait beau serrer le col de son manteau, l'hiver la tenait dans sa main. Il jouait avec sa peau, engouffrant son souffle avec une cruelle délectation dans ses vêtements mal ajustés. Elle était chair de poule. Seule et à pied dans une ville qu'elle ne connaissait pas, elle semblait provoquer la mésaventure. Elle aurait pu sauter dans un taxi pour se faire reconduire. Elle ne l'avait pas voulu ainsi. A croire que son cœur cherchait à expier, recracher l'affront qu'il venait de subir. Il criait au viol dans le dôme de sa cage thoracique, saignait. Le pas de Maura noyait son anonymat dans une artère bien éclairée de la cité. Ainsi exposée en pleine lumière elle n'était rien. Face à elle se déployait l'immensité d'une mégapole urbaine comme les autres. Façades, orgueil démesuré, ces cubes de vie avaient toutes tout du décor du théâtre par excellence, l'odeur âcre de la pisse de chien en plus. Partout les mêmes pièces s'écrivaient à la pointe noire de l'âme humaine. Les mêmes vies s'enchevêtraient, les mêmes schémas s'établissaient. Que c'est triste de se dire que sa vie n'a rien d'original, que sa blessure n'est teintée de rien d'autre que de banalité. La douleur irradie le corps, empoisonne l'esprit annihilant toute réflexion. Les hommes sont faits de chair et de sang, d'émotions et de sentiments. Chaque pore de la peau est susceptible de devenir une porte d'entrée pour accueillir le poison qui va ronger le cœur jusqu'à la folie. Réceptacle de la vie et des sentiments, le cœur est un organe commun à l'humanité. Par essence, le chagrin d'amour s'attaque au cœur. Sa douleur est commune à tous les hommes sans aucune distinction de caste, de race ou de religion. La seule égalité entre les hommes avec la mort. C'est cruel. Telle est la vie. Heureuse, douce, inéquitable, cruelle, mais juste dans la peine.
Le regard baissé, Maura continuait à marcher. Instinctivement, il lui sembla que partir était le seul moyen de laisser sa honte derrière elle avec Kate et ses éminents confrères. Mais l'odeur du sexe lui collait à la peau. Et Kate était là. A chaque fois que ses doigts s'approchaient de son visage, à chaque frottement du revers de ses manches sur ses yeux, les larmes s'effaçaient. Mais l'odeur était là, et Kate s'accrochait. L'odeur était là ! Plus prégnante que jamais, de sorte à ce que chaque larme devienne un coup de poignard, et qu'elle n'ait d'autre choix que de supporter leur flot et d'afficher et de supporter publiquement un aveu de faute. C'est ainsi qu'elle avançait à travers la ville, les joues humides, glacées par la bise, tandis qu'une partie d'elle repensait toujours à ce qui venait de se passer. Cette part d'elle n'éprouvait aucun remords sur ce qu'elle avait fait, mais regrettait amèrement de ne rien avoir reçu en échange de ce qu'elle avait donné. Elle se maudissait même de ne pas avoir eu le courage de rester et de s'abandonner complètement. Car les effluves qui l'accompagnaient ne provenaient pas seulement de Kate. L'ardeur qu'elle avait mise à satisfaire la blonde et la chaleur de leurs échanges avaient produit leur effet sur Maura qui se trouvait couverte des mêmes stigmates. En même temps quelques pensées arrivaient à émerger à la surface de ses idées. Chacune de ces rebelles frappait à grands coups dans ses certitudes jusqu'à les fissurer. Il lui était impossible de nier l'attraction que Kate exerçait sur elle. Elle avait eu envie d'elle, envie de la posséder et d'être possédée de la même manière. Elle en avait encore envie. Si elle écoutait cette pulsion, elle ferait demi-tour. Mais elle remonta le col de sa veste une fois de plus et avança sans se retourner.
Elle était bouleversée par ses contradictions. Un feu l'arrêta. 'Don't walk'.
_ Hey babe ! lança une voix grave.
Sous la surprise de cette interpellation, Maura se retourna. Ce n'est qu'à ce moment qu'elle se sentit totalement seule. Cette réalisation la frappa de manière plus cinglante qu'une gifle.
Derrière elle, appuyée contre un mur, se tenait une créature étrange. Elle devait faire plus d'un mètre quatre-vingt. Des cheveux bleus luisaient sous la lumière artificielle et ressortaient encore plus avec la poudre blanche qui recouvrait son visage. Un maquillage de la même couleur, assorti de fines lèvres bleues qui souriaient. Cachés derrière d'immenses faux-cils, le regard était dirigé sur Maura, mais il semblait pourtant absent. Sous le menton se profilait un long cou fin. La peau était délicate et régulière. Seule une pomme d'Adam venait casser l'harmonie de l'ensemble et les efforts de cet homme pour se rapprocher d'un double féminin. Tout était pourtant parfait dans sa tenue. Une veste blanche cintrée, de longues jambes aux parfaites proportions terminée par des bottes en cuir lacées.
_ You seem lost sweeeet giiiiiirl…
_ I … I am not….
Face à cet homme cherchant sa propre voie ou du moins semblant l'avoir trouvée, elle ne se sentait pas en danger. C'était inexplicable pour son cerveau si rationnel.
_ Take a walk on the wild side…
L'homme se mit à rire. Maura le suivit. C'était la première fois. Chaque muscle de son corps se contracta. Ces contractions étaient libératrices. Une fois qu'elles étaient passées, c'était une impression de légèreté qui dominait la légiste, comme si le poids de ces dernières semaines commençait à s'en aller. Les deux inconnus ne s'arrêtaient plus de rire à gorge déployée. Les décibels s'envolaient et peuplaient la rue. Le délestage s'accélérait. Le soulagement envahit la jeune femme qui ne pouvait plus se départir de son sourire. Cette rencontre était si improbable… Elle n'avait plus froid, comme si son cœur pulsait à nouveau un sang chaud dans ses veines. Cette chaleur irradiait. Elle ne savait pas quel sens lui donner. Elle savait juste qu'elle se trouvait à un carrefour de vie et qu'un choix était inéluctable, même s'il n'avait pas à s'opérer immédiatement.
_ And what's your name lovely lady ? Should I call you Holly or … hummm Ultra blue ?
_ Nice one honey. I'm Micky.
_ It's a pleasure. I'm Maura.
_ Nice to meet you Maura. If you got lost you should go to Marge's, right over the street.
_ What's Marge's ?
_ A place for broken souls, a bar. Wanna come in ?
_ Do you think my soul is broken ?
_ Broken, I don't know, injured, that's for sure.
_ Why do you think that ?
_ What would a classy lady do on her own, here, with puffy eyes ? And I'm not talking about the smell you're carrying with you…
_ OK, ok. You made your point Micky. Where is Marge's ? I don't see any bar there.
_ That, young lady, is because you need a sponsor to get in.
Maura déclina poliment l'invitation. Cette invitation sentait trop l'inconnu et le danger pour qu'elle y cède si facilement. Micky lui demanda un morceau de papier et un stylo. Elle y nota son numéro en précisant à Maura qu'elle pouvait l'appeler ou lui envoyer un message quand elle voulait si elle se sentait prête à pénétrer dans cet univers. Maura lui confia n'être que de passage à Philadelphie, mais lui promit de réfléchir à la question.
_ I probably should call a cab.
_ Yeah. Good luck sweet Maura girl.
_ Good bye lady Micky.
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De retour à l'hôtel, elle trouva les lieux plongés dans une atmosphère feutrée. Le concierge était seul derrière son desk. Il la salua comme l'exigeait sa fonction, puis retourna à la lecture qui semblait le passionner davantage que l'ombre de la femme qui venait d'entrer. Il en avait vu des clientes, partir, revenir sans se ressembler, couvertes de honte ou de gloire, ou pire, de fierté. Son costume l'obligeait à la discrétion, pourtant de temps en temps, ce n'était pas l'envie qui lui manquait de faire certains commentaires. Un seul coup d'œil lui avait suffi pour comprendre que Maura faisait partie des paumées de service. Malgré ses années de service il n'arrivait jamais à se départir d'un pincement de nez quand il plaçait une personne dans la catégorie des indignes de l'hôtel. A ce moment là, seule le solde du compte en banque de la légiste aurait pu le faire changer d'avis.
Tout respirait pourtant la discrétion chez cet homme. Un vrai professionnel. Maura partait le regard baissé en lui rendant grâce pour son silence. C'était la première fois qu'elle rentrait dans un hôtel de ce standing dans un état aussi négligé. Et alors qu'elle allait dissimuler sa gêne dans l'un des ascenseurs de service, elle se fit accoster.
_ C'est la première fois que quelqu'un me fait l'amour et s'enfuit en pleurant, ou presque.
_ Kate ?
_ Je suis venue directement ici après ton départ précipité et le concierge m'a dit qu'il ne t'avait pas vue rentrer.
_ Et moi qui prenait ces gens pour des professionnels de la discrétion…
_ Je peux monter ?
_ Pour quoi faire ?
_ Tu me le demandes vraiment ?
Maura leva les sourcils au ciel.
_ Quoi ? Non, je n'ai pas envie de…
_ Ça j'avais bien compris. Non, je veux simplement t'écouter. Je veux que tu me parles.
_ Je ne veux pas parler. Je veux me coucher et…
_ Et quoi ? Pleurer toute la nuit ?
Maura appela l'ascenseur. Elle fulminait.
_ Ecoute, je n'aime pas parler, je n'aime pas qu'on s'approche de moi quand je suis dans cet état, et…
_ Et je n'aime pas qu'on me plante après un orgasme sans aucune explication et en pleurant. A croire que je suis le diable. Alors tu entres dans cet ascenseur et on va parler !
Le ton employé cloua le bec de Maura qui s'engouffra dans l'ascenseur. Elle occupait le même poste que Kate. Et pourtant elle ne se sentait pas le même charisme. Jamais elle ne pourrait faire preuve de la même autorité qu'elle. Elle y arrivait à peine avec Pike… Sur le court trajet qui les emmenait vers la suite, Maura reconsidéra sa position professionnelle. Souvent elle se sentait d'usurpatrice. Il n'y avait guère que ses compétences de légiste qui faisaient remonter son estime d'elle-même. Personne ne pouvait remettre son habileté et son savoir-faire professionnel en cause. Elle était la meilleure de l'Etat. Quelque part elle ne pouvait s'empêcher d'admirer les personnes comme Kate, celles qui possédaient l'art de diriger les autres. Elle rêvait souvent d'imposer ses vues, et ses ordres. Avec les internes, sa réputation suffisait à imposer le respect. Avec les plus anciens, elle se sentait manquer d'autorité. Dans sa vie c'était souvent pareil. Elle glissait vers la sécurité dans chaque décision qu'elle prenait, en essayant à chaque fois de lui donner un sens rationnel et logique.
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La chambre était plongée dans une semi-obscurité. Seule la lumière artificielle de l'éclairage public pénétrant par les fenêtres permettait aux deux occupantes de donner un peu de relief à la scène. Elles étaient entrées en silence. Maura s'était automatiquement dirigée vers la chambre et s'assit dans le fauteuil près de la fenêtre. Cela rendait impossible tout contact avec Kate. Celle-ci le comprit immédiatement et s'allongea en toute provocation sur le lit.
Maura ne desserra pas la mâchoire. Kate ne la força pas. Elle préféra attendre que Maure prenne l'initiative. L'état de choc dans lequel elle l'avait quittée ne devait pas être loin. Pourtant, c'est une parole inattendue qui la cueillit.
_ Est-ce que tu crois que mon âme est brisée ?
_ Quoi ?
_ Est-ce que tu crois que mon âme est brisée ?
_ Parce que toi, Maura Isles, tu peux croire en un concept aussi religieux et non scientifique que l'âme ?
_ Non. J'ai rencontré quelqu'un tout à l'heure, une personne étrange qui m'a dit que mon âme était brisée. Comment a-t-elle pu me dire ça, sans me connaître ?
_ Un enfant de huit ans pourrait dire que tu as l'air de porter la misère du monde sur tes épaules. Rien à voir avec l'image qui est la tienne habituellement.
Maura ne répondit pas, toute à son trouble. Des larmes s'échappaient de ses yeux et mouillaient ses joues. Kate s'en aperçut à la manière qu'avait eu Maura de renifler.
_ Est-ce que tu as un ordinateur ou une tablette ?
_ Une tablette dans le sac sur la coiffeuse. Il n'y a pas de mot de passe.
Kate alluma une lampe de chevet. Maura ne dit rien. La lumière de l'appareil se refléta au plafond. Assise en tailleur sur le lit, Kate ne mit que quelques secondes à obtenir le résultat qu'elle attendait.
_ Viens voir.
Maura s'exécuta mécaniquement. Elle s'assit en tailleur comme Kate.
_ Tu m'as 'googlelée' ?
_ Tu vois ces photos de toi ? en désignant une multitude de carrés lumineux du doigt. Tu rayonnes. Je ne sais pas de quand elles datent mais il y a un gouffre entre ces photos et l'image que tu renvoies aujourd'hui. Que s'est-il passé depuis ?
_ J'ai compris que je ne serai jamais heureuse.
_ C'est peut-être un peu excessif.
_ J'aime une femme qui aime un homme. C'est la femme de ma vie. Je ne retrouverai jamais une personne comme elle.
_ C'est elle ?
Elle lui montra une photo publiée en encart dans un article de journal de Boston suite à la résolution d'une enquête complexe. On y voyait Jane et Maura tout sourire. En arrière-plan Frost et Korsak veillaient sur elles. Maura prit la tablette et s'attarda sur la photo. Elle faisait remonter de bons souvenirs à la surface. Kate observait Maura. Elle s'apaisait un peu mais n'avait toujours pas répondu à sa question.
_ Maura ?
_ Oui, pardon, c'est bien elle.
_ Elle est belle.
_ Et elle n'en a pas conscience.
_ Mais si elle est source de ton angoisse actuelle, ton sourire signifie que ce sont les deux hommes sur la photo qui t'apaisent.
_ Le Sergent Korsak et le Detective Frost. J'étais devenue proche du Detective Frost. Personne ne le savait. Le revoir comme ça me fait du bien.
_ Il est parti ?
_ Il est mort.
Frost était tombé en mission, les illusions de Maura aussi. Dans l'ombre de sa soumission à Jane, Maura avait développé une véritable relation amicale avec avaient abrité leur relation comme un moineau blessé qu'on protège entre ses mains. Un soir, alors que Jane et Korsak étaien partis, Barold descendit à la morgue pour vérifier certains documents par rapport à une affaire en cours. Maura était seule, isolée dans le confort dispendieux de son bureau. Elle se croyait seule et n'avait aucune raison de se cacher quoi que ce soit. Il était arrivé seul, avec sa douceur habituelle dans le regard. Il suffit qu'elle lève les yeux pour tomber dans le piège. Une brèche s'était ouverte dans son cœur et il l'avait vue.
-FLASH-BACK-
Elle était prise comme une petite fille en faute… Barrold croisa les bras, montrant ainsi qu'il ne partirait pas avec une fausse excuse bredouillée. Il connaissait Maura, il connaissait Jane, et sans être devin, il devinait ce qui se passait dans la tête de Maura parce qu'il avait approché son état quelques années auparavant.
_ Un jour il faudra aborder le sujet avec elle.
Elle n'essaya même pas de le dissuader d'aborder le sujet.
_ Ça ne servira à rien. Elle n'est pas près d'admettre un penchant lesbien.
_ Ma mère ne l'était pas non plus. Et puis… elle est heureuse depuis dix ans.
_ Mais Jane ne le fera pas.
_ C'est important que vous le lui disiez. Surtout tant que Casey Jones est loin d'ici. Ça lui donnera le temps de réfléchir et vous ça vous soulagera d'un poids. Jane est assez grande pour faire la part des choses.
_ Barrold, comment avez-vous su ?
_ J'ai traversé la même chose.
-FIN DU FLASH-BACK-
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_ … Mais Barrold est tombé. Je n'ai pas pu lui dire au-revoir. On ne discute pas avec une balle.
_ Depuis combien de temps es-tu amoureuse d'elle ?
_ Trois ans. Même le fait qu'elle ait tiré sur mon père biologique n'a pas anéanti mes sentiments. Au départ j'ai éprouvé une attirance physique. Elle était belle, sauvage. Et puis j'ai appris à la connaître et elle n'a pas eu peur de me connaître. Elle accepte tout de moi, même mes pires bizarreries. Et moi j'aime tout en elle, la complicité que nous partageons, sa mère, ses frères, sa façon de s'habiller… et la façon dont elle me fait sentir protégée à chaque instant, la façon dont elle me défend face aux autres.
_ Et elle a donc quelqu'un dans sa vie.
_ Oui. Un soldat qui lave même ses strings…
_ Oh… je vois. Et depuis trois ans, tu as eu des aventures ?
Maura explosa de rire. C'était la première fois que Kate la voyait un peu plus légère.
_ Oui ! Avec un criminel recherché par Interpol et un serial killer. Jane m'a sauvée à chaque fois. Et puis ce soir il y a eu toi.
_ La seule femme du lot. Et en plus tu n'as pas voulu que je te rende la faveur. J'en conclus que ce soir pour toi j'ai été elle et qu'après tu t'es laissée submerger par la honte. Tu as l'impression de l'avoir trompée mais tu ne lui dois rien Maura, quels que soient les sentiments que tu as pour elle.
_ Je ne pensais pas être si facilement lisible.
_ L'amour conduit généralement les mêmes schémas.
Maura resta silencieuse. Elle s'était allongée sur le lit, les traits tirés. Elle était lasse. Cette journée lui avait paru interminable. La bienséance aurait voulu qu'elle s'enquière de la situation de Kate. Elle n'en avait pas envie et l'assumait avec un égoïsme affiché. Kate le comprit parfaitement.
_ Qu'est-ce qui se passerait si Jane savait que tu aimes les femmes ?
_ Je ne sais pas.
_ Imagine. Je sais que tu n'aimes pas ça, mais fais l'effort.
_ Je suppose qu'elle serait en colère parce que je ne lui en ai jamais rien dit. Puis elle se poserait inévitablement des questions sur elle et sur notre amitié. Et elle tirerait les conclusions qui s'imposent.
_ Et ça ne vaudrait pas le coup de le lui dire ?
_ Je devrai le lui dire un jour, mais je ne me sens pas prête pour le moment.
_ Plus tu retardes, plus ce sera difficile.
_ Sa mère est au courant.
_ Et elle en dit quoi ?
_ Qu'elle savait et qu'elle aurait aimé avoir un docteur dans la famille.
Kate sourit.
_ Finalement, tout le monde est au courant sauf elle si je caricature un peu.
Kate sourit. Maura finit par sourire aussi. Allongées côte à côte, elles se regardèrent. Une hésitation traversa les esprits. Kate s'approcha du visage de Maura.
_ Va prendre un bon bain, repose-toi. Passe une bonne nuit.
Il ne restait de Kate que le souvenir d'un baiser sur son front. Les dernières bulles de bain moussant disparurent sous le peignoir qui recouvrit le corps de la légiste. Elle ne le garda pas longtemps sur elle, juste le temps de traverser la salle de bains pour rejoindre la chambre. Epuisée par son conflit intérieur, elle se glissa nue dans les draps. Elle tendit un bras pour éteindre la lumière et tomba sur une carte laissée sur le chevet.
« Je veux te toucher. Je ne veux pas être une culpabilité. Je veux être un bon souvenir, un souvenir qui te fera sourire quand il te viendra en mémoire. Laisse-moi te toucher avant que tu partes. »
