Chapitre 7 : « Maman...»

AN : L. I. E., je ne vous remercierai jamais assez pour votre review. J'espère que la suite vous plaira tout autant. C'est un bonheur de lire ce genre de remarques.

Bob, you know what I feel. You know what you mean to me. Thanks for everything you give to me…

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Le jour sourit deux fois sur Philadelphie. Le soleil avait brillé haut et fort contrariant toutes les velléités de la nuit pour anéantir les promesses de l'aube. La nuit cédait toujours. Du mélange des corps lors de la tempête était né un équilibre fragile de deux jours qui avait emporté très loin la réalité de leurs vies. Deux jours avaient suffi pour donner le jour à une sensation de bien-être. Maura y était restée enfermée, protégée de toute forme d'agression. Pour une fois ses pensées avaient tourné tout autour d'elle sans accéder à son cœur. Une pelote de fils dorés s'était enroulée autour d'elle, tissant une toile compacte et serrée. Enserrée dans cette côte de maille blonde, Maura avait eu l'esprit libre. Les pensées parasites avaient toutes ricoché et explosé dans le ciel de cet ilot paisible la laissant libre de respirer. Libre dans une cage thoracique dorée qui se soulevait au gré des disparitions de Kate.

Kate s'était absentée quelques heures, le temps de donner le change au congrès. Maura ne s'en était plus préoccupée. Avait-elle été concernée jusque là ? La perte de Kate ne durait jamais. Elle ouvrait des plaies que le retour comblait de mille et unes faveurs. L'un dans l'autre, la compensation faisait l'affaire et le sens des réalités restait à la porte. Le temps était passé à la mesure des changements de tailleurs de Kate. Kate était toujours revenue. Elle glissait dans le luxe de l'hôtel comme une bulle de champagne sur une flûte. Elle avait entraîné Maura dans son sillage et était remontée avec elle. Elle avait presque sorti la tête, mais c'était pour mieux comprendre que le concept de bulle pouvait s'appliquer à sa vie entière.

Kate avait tenu à rester la dernière nuit et prolonger la métaphore de refuge qu'elle avait dessinée dans la chambre. Kate était restée. Elle tenait à l'accompagner à l'aéroport. Maura avait perdu la sensation de cocon dès que la porte de la suite avait claqué. La bulle avait explosé et toutes les incertitudes de la vie planaient autour de Maura fondirent sur elle comme des vautours. Kate ne suffisait plus, Philadelphie non plus. Il était temps.

Il faisait froid ce matin là. Faisait-il aussi froid à New-York ?

Sa jupe lui avait donné un prétexte. Pendant tout le trajet en taxi elle avait tiré dessus pour éviter qu'elle ne remonte de manière indécente sous son manteau. C'est ainsi qu'elle avait passé quasiment un quart d'heure à regarder ses genoux. Et Kate ne la quittait pas. Il faisait froid ce jour là. Ça avait commencé dans le véhicule malgré la neige qui tombait dehors. Kate avait transformé un simple 'au-revoir' en un adieu officiel et Maura ne savait pas comment le gérer. Les miles aidant, Kate se transformait. Elles ne s'étaient pas parlé du trajet. Kate souriait. Maura se tassait. Elle refusait de la regarder. Les freins crissèrent et le véhicule s'immobilisa. L'air glacé mordit les mollets de Maura. Kate refuse d'en rester là. Elle entra avec elle et alla jusqu'à la limite, restant à ses côtés avec une fierté. Maura avait refusé tout contact. Elle traversait les lieux, croisait des vies sans visage, des destins sans histoires. Au moment de présenter ses papiers, Kate la saisit par le bras et la força à la regarder.

_ Tu vas sortir de ton mutisme ? Ou tu vas me sortir de ta vie avec condescendance ?

_ Je…

_ Tu ne sais pas quoi dire. Tu ne sais pas quoi faire. Tu ne sais pas comment te comporter face à moi.

_ Non.

_ Pourquoi Maura ?

_ Parce que… Je ne sais pas. J'angoisse…

_ … Le retour à ta réalité. Et tu veux me mettre de côté comme si rien ne s'était passé… Maura, tu sais ce qu'est une relation sans engagement quand même…

_ Oui. Kate, je n'ai jamais rien dit ou atten…

_ Arrête ! l'invectiva-t-elle en l'enfermant dans ses bras. Arrête…

Maura ne bougeait pas. Elle n'essayait même pas de se débattre. Elle se laissa faire. Elle se laissait bercer. Le cœur de Kate était incandescent. Il diffusait une chaleur qui brûla bientôt le corps de Maura. Le sang battait à ses tempes, il semblait bouillir dans ses veines sans que cela ne prenne de sens pour elle. Elle découvrit qu'au fond d'elle que c'était sans importance. Elle profitait du sentiment. Le moment l'inspirait.

_ Ce qui s'est passé tu l'as vécu au plus profond de toi. Il faut que tu t'en serves pour vivre. Tu ne peux pas te laisser enfermer dans une fausse relation. Cette femme t'aime en amie. Ne gâche pas ta vie pour elle. Tu le regretteras et votre amitié en souffrira.

Un baiser réconcilia leur séparation et scella définitivement cet intermède. Les bras s'ouvrirent et le moineau s'envola affronter les vicissitudes de l'air avec cette expérience pour seul bagage. On apprend toujours d'une leçon. Cependant, si le message est clair, on en retient par fois que ce qu'on veut bien en comprendre. L'assimilation est lente et dépend de beaucoup de choses.

Un dernier regard et Kate était noyée à la foule d'accompagnateurs massée derrière la barrière. Maura fut avalée par les couloirs. Prise par le flot humain, Maura se laissa porter. Les panneaux se succédaient avec les messages diffusés par les hauts parleurs, les escalators redirigeaient, un numéro de porte d'embarquement fit irruption et précisa un peu plus le départ. Un hall accueillit un rassemblement de voyageurs qui devait patienter avant d'être recraché dans un cockpit. Deux hôtesses régulaient le flux d'entrée par leur vérification minutieuse des cartes d'embarquement. Maura les quitta en poursuivant son périple dans les boyaux sans âme de l'aérogare.

Elle aboutit dans une nouvelle poche humaine. Porte 42. Ses papiers étaient prêts. On voyait à travers les baies vitrées quatre Boeings qui patientaient. Le sien commençait à recevoir ses premiers voyageurs.

« Bonjour. Merci. Au-revoir. Bonne journée. » C'était les banalités qu'elle avait déclarées au personnel de bord. Elle gagna sa place en classe affaires. Les Boeings étaient plutôt des appareils silencieux. Elle se demanda si c'était la déglutition des voyageurs dans le ventre de métal qui faisait autant de bruit. Ou qui faisait ce bruit particulier qui bourdonnait à ses oreilles. Le flux la submergea. De l'acide s'en répandit. Maura avait l'impression de brûler mais elle ne se rendit pas compte que c'était de l'intérieur.

A New-York elle effectua le même parcours métallique avant d'être régurgitée dans un nouveau taxi à la couleur défraîchie qui l'emmena dans un nouveau palace. Constance avait laissé un message pour elle à la réception en guise d'accueil. Le temps était aussi froid à New-York qu'à Philadelphie.

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Une fois posée dans sa chambre, Maura alluma son portable pour la première fois depuis son départ de Boston. Aucun message d'Angela parmi la rafale de textos qui apparut. Ce qui la contraria un peu plus était que Jane l'avait écoutée et n'avait rien envoyé. Pour une fois elle avait obéi, et au lieu d'être satisfaisant, cet acte devenait blessant. Pourtant c'était elle qui lui avait demandé d'être blessante.

Maura soupira et se laissa tomber sur le lit. Elle resta allongée un moment à contempler le plafond et à sentir une brûlure déchirer son ventre. Un net sentiment de frustration avait pris possession de son corps. Elle se sentait trahie par sa dignité, ce qui était presque pire que de se sentir trompée. Elle était consciente de la stupidité de sa réaction mais elle n'arrivait pas à passer outre. Elle rechercha le bon contact dans le répertoire et appela.

_ Maura chérie, comment vas-tu ?

_ Je vais bien, mentit-elle. Je voulais vous dire que je suis arrivée à New-York.

_ Tant mieux. Tout s'est bien passé là-bas ?

_ Oui, oui. Hummm… je vous raconterai quand je rentrerai. D'accord ?

_ Tu n'es pas obligée chérie.

_ Si, j'y tiens. Je le ferai Angela.

Elle raccrocha après avoir rajouté quelques banalités. La voix d'Angela avait toujours un effet apaisant sur elle. Et la conversation qu'elles avaient eue la veille de son départ avait décuplé toute l'admiration qu'elle pouvait avoir pour cette mère de famille.

Le temps passa doucement pendant qu'elle se changea. Le rendez-vous avec Constance approchait et avec lui croissait le stress de Maura. Constance impressionnait toujours autant Maura, même 37 ans après son adoption. Elle avait beau être sa fille, aborder le sujet dont elle voulait l'entretenir relevait du challenge sportif. Maura avait envie d'écouter Angela et donner du crédit à sa mère. Mais elle ne savait pas comment s'y prendre. Elle se regarda dans la glace. Elle était parfaite. Extérieurement en tous cas. Parce qu'intérieurement, plus les minutes défilaient, plus elle se sentait pétrifiée.

Dans le même miroir, dans ce reflet de Maura Kate aurait vu l'ombre de tristesse qui planait dans ces yeux noisette. Kate avait raison. Ce n'est pas qu'une expression. La réalité dépasse parfois tous les mots. Certaines personnes sont très lisibles à travers leurs yeux. Maura faisait partie de ces personnes, sa vie habitait son regard et ses émotions y transparaissaient vivement.

Le rendez-vous avait été pris dans une brasserie française de Manhattan.

_ Bonjour Mère.

_ Bonjour Maura. As-tu fait bon voyage ?

_ Oui, très bon. Comment s'annonce ce vernissage ?

_ Très bien. Les articles de presse ont hâte, les critiques sont intéressés, et il y aura beaucoup de personnalités, même monsieur le Maire.

_ Une entrée au MOMA ne passe jamais inaperçue Mère. Félicitations.

Elles commandèrent une salade pour accompagner leur discussion.

_ Je te remercie. Pourquoi es-tu venue seule ? Je pensais que tu serais venue avec ton amie Jane.

_ Je t'avais prévenue que je viendrai après le congrès à Philadelphie.

_ Ah c'est vrai. Mais tu aurais pu l'inviter. Je la trouve charmante, et sa mère encore plus.

Maura leva la tête de son assiette. Sa mère continua à parler de Jane et d'Angela, surtout d'Angela. Maura ne savait pas comment interpréter cela. Est-ce que c'était une invitation à ouvrir le sujet Jane ? Est-ce qu'Angela avait parlé à Constance ? Non, sûrement pas. Elle ne s'amuserait pas à ça. Maura prit une grande inspiration sans savoir précisément ce qu'elle allait dire. Pour une fois, elle laissa la part belle à l'improvisation.

_ Non mère, je ne l'aurais pas invitée, répliqua-t-elle plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu.

_ Et pourquoi donc ? Elle me semblait assez ouverte pour apprécier ce genre d'évènement.

_ Ce n'est pas ton vernissage ou son ouverture d'esprit qui sont en cause.

_ Mais que se passe-t-il chérie ? Vous êtes-vous disputées ?

_ Non. Elle a rencontré quelqu'un.

_ C'est donc à cause d'un homme…

« Mais le fais-tu exprès ? » avait-elle envie de crier. « Tu ne comprends pas ? » Maura avait l'impression que l'expression « lesbian in progress » était écrite partout sur son visage et ses vêtements. Comme si ses traits pouvaient imager la une du New-York Times ou du Boston Herald pour exprimer tout ce qu'elle avait ressenti ses derniers temps. Angela avait compris rapidement. Pourquoi la femme qui l'avait élevée, sa propre mère, ne le pouvait pas ?

_ Indirectement oui mère.

_ Pourquoi indirectement ?

_ Parce que je l'aime et que je n'ai jamais eu le courage de le lui dire. Et maintenant qu'elle est avec Casey, je me suis rendue compte que c'était trop tard. J'aime les femmes, mère.

_ Oui, et donc ? Pourquoi n'as-tu pas parlé à Jane ? Quand je suis venue à Boston, j'ai cru que vous étiez déjà ensemble. Encore une fois je n'ai rien compris.

_ Comment ça, tu savais ?

_ Une mère sent ces choses.

_ Pourquoi tu ne m'en as jamais parlé avant ?

_ Parce que… nous ne parlons pas de ces choses là. Tu aurais voulu que je t'en parle ?

Le nez commença à lui piquer et elle plissa les yeux jusqu'à ce qu'une coulée de larmes ne se mette à dévaler ses joues. Un sanglot resta coincé dans sa gorge. Sa poitrine se souleva de plus en plus rapidement. Elle respirait trop vite et ne tarderait pas à hyper ventiler. Constance vola à son secours.

_ Je ne savais pas que c'était si important pour toi.

« Comment tu peux penser ça ? Tu es lâche. Tu toujours été lâche dans ce genre de situation ». L'esprit de Maura fonctionnait, sa bouche ne suivait pas. Toutes ces émotions passaient dans son regard. Elle était un livre ouvert pour quiconque et la seule question qui la taraudait était : « est-ce que ma mère me comprendra un jour ? »

Un temps passa. Constance reprit doucement :

_ Jane est quelqu'un de bien. Mais si elle ne s'est pas aperçue avant que tu étais faite pour elle et inversement, c'est qu'elle ne te mérite pas… Essaie de garder son amitié. Pour le reste tu verras.

Elle posa une main sur l'épaule de sa fille qui ne s'arrêtait plus de pleurer, la caressa un moment. Elle chercha ses yeux qui se dérobaient et s'arrêta quand elle comprit que si elle les trouvait, ils ouvriraient une conversation plus intime encore. Tout s'arrêta lorsque les dernières feuilles de salade disparurent. Maura ne parvint plus à articuler le moindre mot. Elle avait tellement de choses à lui dire pour profiter de l'instant que les mots se mélangeaient dans les sentiments et embrouillaient toutes les phrases qu'elle essayait de construire. Constance se leva, incapable de savoir quoi faire face à cette boule de douleur.

_ Maman…

C'est Maura qui se leva. Elle se jeta dans les bras de sa mère à la face du restaurant. « Les Français sont beaucoup plus effusifs que les Américains », se dit Constance qui serra fort sa fille contre elle.

_ Maman… murmura-t-elle sans savoir pourquoi.

_ Maura, je savais que tu étais attirée par les femmes depuis bien longtemps. Ça ne me dérangeait pas. Je suivais de loin ce que tu faisais, j'avais quelques amis à l'Université qui m'en disaient plus sur toit que toi. Si j'avais compris que tu pouvais avoir ce besoin de parler… j'aurais fait de mon mieux.

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Maura avait mis du temps à se remettre de cette rencontre. Elle était rentrée dans sa chambre, seule. Le silence était propice à la remémoration de ce qui s'était passé. Maura pleurait toujours. C'était la première fois de sa vie qu'elle avait appelé Constance maman au lieu de Mère, et la première fois aussi qu'elle avait l'impression d'être comprise. Elle avait envie d'appeler Angela mais le temps courait. Il fallait qu'elle commence à se préparer. La cérémonie était dans quelques heures.

Pendant qu'elle sortait ses affaires la situation lui rappela sa première soirée à Philadelphie. L'ambiance, le décor, la perspective des mondanités qui se profilait, tout, concourait à faire remonter ce souvenir et à faire revivre Kate et ses conseils dans sa tête. Il ne lui fallut pas longtemps pour être sublime, même si le reflet du miroir ne la satisfaisait pas. Il y avait toujours des imperfections qui la contrariaient. Elle se trouvait l'air fatigué. Si elle avait fait un peu plus attention, elle aurait remarqué que ses traits avaient néanmoins gagné en sérénité.

Le tapis rouge se présenta à elle. Ce n'était pas la première fois qu'elle en empruntait un. La carrière de sa mère avait exigé très tôt qu'elle sache se conduire en de pareilles circonstances. Les flashes et la foule lui faisaient moins peur que sa mère d'ordinaire. Pourtant, ce soir là il y avait de l'admiration dans son regard, comme d'habitude, mais aussi une sorte de fierté filiale, un sentiment abouti. La conversation avait porté ses fruits. Tout n'était pas encore parfait, mais pour une fois, Maura se sentait comprise et considérée par sa mère. La sensation était puissante et enveloppa son cœur. Tout d'un coup Maura se sentit avoir un organe tout neuf ! Le sourire revenait un peu. Elle le glissa à l'intérieur du musée après avoir franchi l'entrée des VIP.

Maura embrassa sa mère et commença la visite une coupe de champagne à la main. Dans cette forteresse de la culture Maura se sentait bien, entourée par sa mère, protégée par sa fragilité. Cette femme à la carapace rendue épaisse par tant de gloire était une énigme pour Maura qui ne se rendait pas compte qu'elle lui ressemblait énormément sur ce point.

Les œuvres se succédaient. Autour d'elle défilait un cortège de journalistes et de personnes aux avis tranchés. Ils étaient tous sûrs de leurs mots et de leur bon goût, s'arrogeant le droit de décréter ce qui était beau ou non. Maura n'aimait pas ces gens là. L'exposition les engloutit sans faire de cérémonie.

Au bout d'un long couloir jaillit l'œuvre principale de Constance. Maura se trouvait dans un creux. Le gros des experts était passé avant elle, apparemment subjugué par la pièce maîtresse de la collection, et la masse grand public souvent plus préoccupée par la qualité du champagne et l'opportunité de se faire voir que par le développement de leur sensibilité ou l'appréciation du don que leur faisait l'artiste n'était pas encore arrivée. La production d'une œuvre était sans doute l'acte le plus personnel que Constance savait effectuer. Elle n'était pas égoïste mais pudique. La réserve l'habitait. La libération par l'art c'était le chemin qu'elle avait choisi. La création était un acte de don d'elle-même. Maura râlait que certaines personnes ne prennent pas la peine de comprendre cet acte d'amour. Il en fallait pour tous les goûts mais c'était râlant.

Devant elle était suspendue la fameuse sphère lumineuse. Le silence envahit la légiste pendant qu'elle prit le temps d'observer. C'était la première fois que sa mère utilisait autant les couleurs dans son travail. C'était le cas dans les œuvres précédentes de l'expo, mais c'était clairement le point d'orgue de son travail. Maura était bouleversée.

_ Je pense que celle-ci est ma performance préférée, lui dit une jeune femme rousse en interrompant le cours de ses pensées.

_ C'est apparemment l'avis de la majorité des personnes jusqu'ici.

_ Il y a une grande force artistique dans ces œuvres, et un véritable fil conducteur.

_ Vous connaissiez l'artiste avant de venir ici ? demanda Maura intriguée.

_ Un peu. Elle a une notoriété mondiale. Et elle a quand même enseigné à Harvard.

_ Impressionnant. Vous êtes artiste, ou étudiante en art ?

_ Non ! Je suis étudiante en droit. Je m'appelle Alexis Castle.

_ Enchantée Alexis. Je m'appelle Maura Isles.

_ Isles ? Vous êtes jeune… pour être l'artiste.

_ Je suis sa fille. Et je ne suis pas du tout artiste ! Je suis médecin légiste.

_ Impressionnant également. Vous travaillez à New-York ?

_ Non, je suis de Boston. Je suis venue spécialement pour l'évènement. Pourquoi est-ce impressionnant d'être légiste pour vous ?

_ Une de mes amies est légiste ici, à New-York. J'ai fait un stage auprès d'elle. Contrairement à tous les préjugés qu'on peut avoir, j'ai trouvé ce travail fascinant, et très respectueux des victimes.

Maura sourit.

Derrière elles se tenait une autre jeune femme enfoncée dans un fauteuil en velours rouge. Elle tenait deux flûtes de champagne dans les mains… L'excitation de la jeune rouquine dans la conversation qu'elle avait avec Maura semblait lui déplaire… La contrariété se lisait sur son visage.

_ C'est rare un tel discours, surtout de la part d'une si jeune personne. Je serais ravie de vous présenter ma mère si l'occasion se présente ce soir et si vous le souhaitez.

_ Avec plaisir Maura. Enchantée d'avoir fait votre connaissance.

_ Moi de même Alexis.

Cette rencontre venait de faire exploser quelques préjugés que Maura n'avait pas eu conscience d'avoir… Elle se reconcentra sur la sphère lumineuse et ses bouteilles compactées. A force de fixer son regard dessus, elle se rendit compte que les variations de lumières faisaient apparaître une ombre aux formes variant à l'intérieur. La jeune fille était sûrement passée à côté. Maura fit quelques pas en arrière et la forme se précisa…

_ Un fœtus…Mère…

Maura se laissa tomber dans le fauteuil précédemment occupé par la jeune femme aux flûtes et resta un moment à contempler cette déclaration d'amour de sa mère. Une boucle venait de se fermer complétant des connexions internes. Elle survola le reste de la soirée. Aux côtés de sa mère elle mena différentes conversations mondaines. Elle restait encore dans son ombre, la route restait longue, mais quelque chose avait changé.

La conversation qui l'intéressa le plus fut celle qui lui fit à nouveau croiser la route des deux jeunes femmes qu'elle avait croisées précédemment. Alexis l'impressionnait et Kate tout autant. Elles formaient un joli couple, assorti, loin de toute forme de cliché… Lorsqu'elle regagna sa chambre, Maura avait le corps léger. Elle serait bientôt prête à manger la vie. Tout n'était pas réglé, mais les pièces du puzzle commençaient à s'assembler.

Boston l'attendait à bras ouverts.