Chapitre 7 : « Welcome back Maura »

AN : Merci à tous pour vos reviews du dernier chapitre : LIE et notthelastone. C'est toujours un plaisir de vous lire. Merci, merci, merci. Merci d'avoir tout compris.

Si vous pouvez continuer… :-)

Bob : «Just… thank you. I mean it. Le reste tu le sais."

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Maura se fit à nouveau digérer dans une suite de boyaux métalliques. Elle n'en sortit qu'à Boston où le gris du ciel se confondait avec celui des buildings environnants et l'accueillit à bras ouverts. Il était tôt. La journée promettait l'ennui, dans le meilleur des cas, un retour en arrière… Loin de l'aéroport, des ribambelles de maisons défilèrent devant ses yeux fatigués. Il n'y avait quasiment personne dans les rues. Il n'y avait pas de neige non plus. Curieux pour la saison, pensa-t-elle. Bientôt son quartier apparut. Il n'exprimait que le calme lui aussi. Le chauffeur du taxi n'avait pas ouvert la bouche jusqu'à ce qu'il lui annonce le prix de la course. « Welcome back Maura… »

Sa maison respirait le silence. Tout était là, rangé, à sa place. Tout avait une explication, un sens, une rationalité. Maura pensa qu'elle n'avait plus qu'à se ranger elle-même dans son décor parfait. Elle se dégoûta. Elle posa ses bagages dans l'entrée, trop contrariée pour satisfaire son penchant maniaque. L'ennui le disputait à l'ordre. Elle soupira. Elle se sentait déjà lasse, complètement écrasée par son quotidien.

Bass anima l'espace de ses griffes qui rayaient le parquet. Maura le trouva derrière l'ilot central de sa cuisine. Elle s'agenouilla devant lui, le regarda défiant le temps au rythme de son reptile. Elle promena ses doigts sur la carapace de l'animal en souriant. Lui ne bougeait plus et avait protégé sa tête. Les écailles, épaisses et semblables à de la rocaille apparut comme une armure à la légiste. La peau de Maura parcourait ce dôme de sûreté, le caressait presque envieusement. Le contact sur la cuirasse se révélait énigmatique. Il n'avait rien de sensuel mais restait fantasmé dans un sens qu'elle ne comprenait pas. Le fait que la colonne vertébrale de l'animal soit partie intégrante de la carapace et qu'elle en assure la solidité la fascinait.

Bass avait abîmé le fil de sa carapace. Maura l'avait recueilli comme ça. C'était cette imperfection qui l'avait décidée. La jointure droite de sa carapace dossière et de son plastron était aussi tranchante qu'une lame. Elle le savait. Elle dansait avec ce danger pour la première fois. Il la séduisait.

Elle traînait, remontait, et descendit. Elle se coupa sur le rebord. La douleur la transperça.

Du sang se répandit sur ses doigts. Elle l'accepta. Elle décolla ses phalanges et leur ordonna de repartir à l'assaut… Son cœur s'accélérait. La proximité d'une plus grande souffrance l'excita. Elle avait peur. Chaque aspérité la meurtrissait. Elle ne jura pas, ne geignit pas. Elle subissait l'effet désiré, enviait l'animal et se blessait à la mesure de sa jalousie. La douleur la ramena au silence de la pièce. Ses doigts saignaient comme son cœur. Elle connaissait ses limites.

Elle se releva, les mains vaincues.

Le sang coulait par terre et commençait à sécher comme un trophée sur les écailles de l'animal.

_ Bass… Je suis… désolée mon vieil ami. Est-ce que je peux encore t'appeler comme ça après ce que je viens de faire ?

La douleur ne suffisait pas à cacher la honte qu'elle ressentait. Elle avait l'impression d'avoir violé Bass. Cette façon qu'elle avait eu de lui envier sa protection, d'envahir son espace personnel et de le considérer comme un vulgaire chien… ce n'était pas elle.

L'eau fit disparaître les ultimes traces de sang Elle désinfecta les coupures soigneusement et observa. L'épiderme ne portait que de fines traces rougies, et une entaille un peu plus importante sur l'index nécessité d'être recousue. Un pansement la recouvrit en attendant. Venait-elle de perdre sa dernière virginité ?

Quelques larmes chaudes s'échappèrent.

Elle avait besoin d'Angela. Plus l'épuisement la gagnait plus la folie rôdait. Elle l'attendrait, téléphone éteint. Elle ferma la porte de la maison à clé et s'endormit sur son sofa, bien au chaud sous sa couverture. L'environnement familier et l'odeur des lieux lui procuraient un curieux apaisement. Son corps se détendit lentement au fil des minutes et bientôt des heures. La notion du temps disparaît au rêveur.

Les morceaux de vie défilaient dans la tête de la légiste. Brodés de cheveux noirs, ils ne tardèrent pas à se mélanger à des images, aux mots qu'ils provoquaient. L'apparition prenait une forme ovale et un parfum de vanille. Deux yeux noirs au regard profond s'en dégagèrent. La bouche de Maura s'ouvrit. L'accent de Rivere heurtait chaque phrase que Maura essayait de prononcer. Jane avait pris le contrôle de son langage. Maura se trouvait prise au piège de son propre corps et du regard moqueur de Jane. Elle se sentit humiliée. Un cri déchira son cauchemar. Une main sur son bras vient la sortir de ce mauvais pas.

_ Maura !

Elle sursauta.

_ Angela ?

Une fois redressée elle sentit la sueur coller les vêtements à sa peau. La peur se lisait sur son visage, mêlée de surprise et d'excitation. Son dos était poisseux et raidissait ses mouvements. Elle se sentait vaseuse, au bord de la nausée. Angela vint s'asseoir à côté d'elle. Quelle heure était-il ?

_ Tu as fait un cauchemar Maura.

_ Je peux ? demanda-t-elle en ouvrant ses bras à cette créature effrayée.

Maura refusa.

_ Je suis désolée Angela, je ne voulais pas vous déranger…

_ Me déranger alors que je suis chez toi ? Tu n'es pas sérieuse j'espère !

Il fallut cinq bonnes minutes à Maura pour réaliser tout ce qui s'était passé depuis qu'elle était rentrée chez elle. L'incident avec Bass l'avait marquée… puis le sommeil. Elle avait presque dormi trois heures. La nuit était tombée. Angela avait fini sa journée. C'était le moment qu'elle avait espéré.

_ J'aimerais vous dire tellement de choses Angela !

_ Je suis prête à tout entendre Maura. Prends ton temps.

Maura se prit la tête dans les mains ne sachant par où commencer. Une bobine d'images était projetée par son esprit. Tout se mélangeait : les odeurs, les sensations, les émotions. Un triste bordel habitait le cerveau de Maura Isles. Plus aucune de ses pensées n'était ordonnée et capable de sortir de manière correcte. A quoi bon avoir un cerveau de génie si c'est pour qu'il soit trop encombré ?

_ Je ne sais pas quoi dire Angela. J'attendais de vous voir avec impatience, et là…

Angela voulut prendre les mains de Maura dans les siennes, mais celle-ci se déroba sans parvenir à cacher pour autant les blessures sur ses doigts.

_ Comment s'est passé ton congrès. C'était intéressant ?

_ Je n'y ai quasiment pas assisté.

_ Tu as été malade ? Il fallait rentrer…

_ Non Angela, je n'ai pas été malade… J'ai fait une rencontre. Et… j'ai passé quasiment tout le temps du congrès avec elle.

_ Ah… Tu veux m'en parler un peu plus ?

_ Je ne sais pas. Ce que je peux en dire c'est que c'était inattendu. Il était convenu que ça ne durerait pas. Et puis… j'ai quelque peu ouvert les yeux sur ma vie. Elle occupe le même poste que moi à Philadelphie. C'est quelqu'un de bien. Elle m'a plus aidée en trois jours que je ne me suis aidée moi-même en des années…

_ Parfois le dépaysement a du bon, chérie. Le dépaysement ou les joies du hasard.

_ J'ai aussi vu ma mère à New-York.

_ Comment était son exposition ? Et comment ça s'est passé avec elle ? Et …

_ Je lui ai tout dit. Tout. Sur moi, sur Jane.

_ Qu'a-t-elle dit ?

_ Qu'elle savait ! Ma mère savait ! lança Maura dans les aigus. Chaque mot qu'elle prononçait laissait exploser toute la colère qu'elle avait accumulée. Et elle s'est même payé le luxe de me demander si j'aurais voulu qu'elle m'en parle ! Vous comprenez Angela, elle ne savait pas que c'était important pour moi ! Elle ne savait pas… Elle savait tout mais elle ne savait pas.

_ Maura, je ne vais pas me faire l'avocat du diable, mais tu aurais pu lui en parler toi aussi.

_ Je sais…

_ Tu n'en as pas eu le courage toi non plus.

_ Nous ne communiquons jamais émotionnellement de toute façon.

_ Alors ne lui reproche pas quelque chose que tu n'as pas pu faire toi non plus.

_ Vous avez raison murmura-t-elle les yeux baissés sur ses doigts. Angela, il y a quelque chose que je dois vous dire. Je ne sais pas si ça va vous plaire.

_ Qu'y-a-t-il chérie ?

_ J'ai décidé d'aller voir Jane. Je vais tout lui dire.

_ Et pourquoi ça ne me plairait pas ?

_ Parce que selon comment ça se passe…

_ Oui ?

_ Les choses peuvent mal tourner entre nous. Je ne sais pas ce qui va ce passer et encore moins comment elle va réagir.

_ Si tu pouvais savoir ça je te demanderais les prochains numéros du loto Maura ! s'écria Angela en riant.

Cette spontanéité déstabilisa Maura.

_ Maura… Tu dois lui en parler, quelles que puissent être les conséquences. De toute façon je suis fière de toi. Tu as fait un grand pas en avant en parlant à ta mère. Je suis sûre que cette femme que tu as rencontrée a joué dans tes décisions. Je me trompe ?

_ Non. Elle a été la première femme avec qui j'ai eu des relations sexuelles depuis que je suis tombée amoureuse de Jane. Je n'avais jamais osé franchir le pas. J'avais l'impression de tromper Jane à chaque fois que mes yeux se posaient sur une femme.

_ Et concrètement, comment c'était ?

_ Angela !

_ C'est important Maura ! Tu le sais. Dis-moi !

Maura ferma les yeux pour répondre. Elle n'avait jamais rechigné à parler sexe. Cependant en parler avec la mère de la femme qu'elle aimait… elle trouva cela assez gênant.

_ C'était très bien. J'ai retrouvé des sensations, des choses que j'avais enterrées au fond de moi en espérant Jane. Et j'ai aimé qu'elles reviennent, qu'elles prennent possession de moi. Je n'avais pas pris autant de plaisir depuis longtemps… cette chaleur… ces émotions…

_ C'est ce qui t'a décidé à parler à Jane ?

_ Oui, ça et ma conversation avec Constance. Je dois parler à Jane pour avancer, que ce soit avec elle ou sans elle.

_ Maura… Angela marqua une pause. Maura je suis fière de toi. Et quoi qu'il puisse se passer avec Jane, je serai toujours là pour toi et je te considèrerai toujours comme ma propre fille.

Les deux femmes échangèrent un sourire, puis un autre. Pour la première fois, c'est Maura qui tendit les bras vers Angela. Elle trouvait cette femme extraordinaire. Il y avait tant de générosité en elle que Maura ne pouvait jamais mettre en exergue ses propres qualités auprès d'elle. Elle se sentait toujours petite à côté de cette mère fantasmée. Et ce qu'elle trouvait de fantastique à son sujet, c'était qu'elle ne médirait jamais à propos de sa mère adoptive ou de sa mère biologique. Elle ne la jugerait jamais elle non plus. Elle ne se moquerait jamais d'elle non plus…

_ Angela je vous aime. Vous êtes une personne fantastique.

_ Toi aussi Maura, mais tu ne le sais pas toujours. Tu as bien besoin d'une troisième mère pour t'en rendre compte !

Elles restèrent dans le canapé à discuter pendant un long moment. Les éclats de leurs rires ravivèrent la maison et donnèrent une autre couleur au quartier…

Le passé d'Angela n'avait rien de glamour ou de BCBG, mais il était vivant et chaleureux. Dans un coin de sa tête quant à elle, Maura ne pouvait s'empêcher de penser à ce qu'elle avait ressenti sur les écailles de Bass. Elle ne comprenait pas ce sentiment. Le sommeil la cueillit lorsqu'Angela parla de ses années lycée… Une flopée de mots savants teintés de freudisme commença à tourner dans son cerveau. Elle tourbillonna jusqu'à créer un courant de pensées qui l'entraîna devant un lac. La curiosité s'imposa et l'empêcha de se réveiller. Maura resta bordée par le silence, la tête posée sur l'épaule d'Angela qui caressait ses cheveux. Dans sa projection, elle s'assit sur la rive du Lac. En guise d'environnement il n'y avait que des tâches de verts à l'allure d'aquarelle, comme si un énorme pinceau avait projeté l'illusion aquatique d'un décor à la nature anecdotique. Il n'y avait pas d'air. L'atmosphère était sèche malgré l'étendue d'eau. Elle ne bougeait pas. Maura s'en approcha. Ses yeux plongèrent dans l'onde. Elle n'y rencontra que son reflet. Le lac était sans fond.

Ses propres yeux l'observaient. Le reflet n'en était pas véritablement un. Son visage s'animait indépendamment des mouvements qu'elle pouvait faire hors de l'eau. Une véritable scène se mit en place. Maura du Lac se retrouva face à Jane. Elles étaient en train de parler. Peu à peu leur discussion devint audible à la Maura spectatrice.

- Jane, ça fait quatre ans que je t'aime.

- Pourquoi tu ne m'avais pas parlé de ces attirances avant?

- Parce que ce n'était pas facile. Parce que j'étais lâche. Parce que dès que nos conversations s'approchaient du sujet tu étais soit ironique, soit effrayée à l'idée que les gens puissent seulement t'imaginer lesbienne.

- Maura...

- Je t'aime Jane, malgré Casey, malgré tes préjugés.

Maura de l'eau s'approcha du visage de Jane.

- Je vais t'embrasser Jane...

Jane fondit sur les lèvres de Maura. Elle les trouva douces, différentes de celles de Casey, et tellement différentes dans leur manière d'embrasser. Elles restèrent collées, à se découvrir et à se goûter l'une l'autre. Maura du bord souriait. Dans son estomac se formait cette boule de peur qui était toujours là dès que Jane papillonnait près d'elle. Se pourrait-il que la vie lui accorde enfin le cadeau suprême de l'amour d'une vie ?

Jane rompit leur baiser.

- Je t'aime Maura... je t'aime...

Des rides se formèrent à la surface. Elles passaient toutes sur le visage de Jane. Le visage de Maura de l'eau se crispa. Il resta épargné par les ondes. Il fallait qu'elle puisse se contempler. Le nœud au creux du ventre de Maura du bord se serra, puis elle eut l'impression de recevoir des coups dessus. Sa respiration était coupée. Elle cherchait l'air. Les deux Maura allaient pleurer. Les deux se regardaient. Le reflet était parfait à présent. Maura se reconnaissait parfaitement dans l'eau, sauf dans les larmes. Des yeux de son reflet coulaient des larmes de sang. Plus ses sentiments remuaient, plus la douleur était forte. Mais ses sentiments étaient réels. Sa douleur était réelle aussi. Elle la déchirait intérieurement. C'était elle que Maura regardait dans l'eau. C'était sa douleur. Le rêve était douloureux comme son amour. C'était une pulsion de mort qu'elle avait ressenti tout à l'heure avec Bass, un rappel à l'ordre sur la brutalité de ses sentiments qui la consumaient.

Un appel à agir.

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Angela laissa Maura dormir sur son canapé. Avant de partir elle la borda comme une enfant et laissa un petit mot sur sa table basse. Maura passa la nuit dans des rêves étranges, tous aussi personnels mais tellement moins réels que celui du lac… Elle se réveilla le lendemain matin enroulée dans sa couverture. Il lui fallut quelques instants pour réaliser qu'elle était chez elle, dans son salon.

Le parfum d'Angela était toujours dans l'air. Son morceau de papier la fit sourire. Elle se servit un café avant de filer sous la douche. Son téléphone était toujours éteint. C'était le meilleur moyen de se protéger de Jane. Jane n'était pas un danger à proprement parler. C'était l'addiction dont souffrait Maura à son égard qui était dangereuse. Si Jane était une drogue, Maura était accro. Son téléphone était toujours source de joie quand elle entendait sa sonnerie. Il y avait toujours du plaisir à découvrir un message de Jane, même s'il ne contenait aucun mot magique. L'amour ne s'éteint pas comme ça, parce qu'on l'a décidé ou parce que l'être aimé ne répond pas à nos attentes. L'amour a son propre chemin et chacun a sa façon de s'en détourner ou pas.

A Philadelphie, elle avait réussi à s'en protéger en le laissant éteint. Elle avait une raison valable de le laisser éteint. A Boston il fallait faire face. Elle l'alluma et fila faire une séance de yoga avant de se doucher. Seul au salon, le cellulaire s'affola et cria aux meubles qu'il avait reçu une quinzaine de messages qui embarrassaient sa mémoire.

Lorsque Maura revint, elle prit une longue inspiration et les parcourut. La quasi-totalité venait de Jane. Elle répondit aux autres, Constance en premier, Kate en second. Kate avait écrit pour lui demander des nouvelles et lui souhaiter du courage… Maura prit tout son temps pour lui répondre. Elle voulait trouver les mots les plus appropriés pour la remercier correctement. Tout en tapant sur on écran tactile, Maura se demanda ce qui se serait passé si elle était restée à Philadelphie, si elle avait eu le temps de faire réellement connaissance avec Kate… Tout cela appartenait à l'imagination, mais quand même. Peut-être qu'elle aurait pu trouver une amie en elle. Et pendant qu'elle laissait marcher son imagination, elle retardait le moment de répondre à Jane. Elle le savait et savourait ces derniers instants de fausse simplicité, et pour la première fois, le silence qui l'entourait.

Lorsqu'elle convia Jane à la rejoindre au Dirty Robert pour le début de soirée, la réponse ne se fit pas attendre.

[text] Jane

Yeah ! Avec plaisir Maur'. Tu m'as manquée !

[/text]