Chapitre 9 : «MY QUEEN»

AN : Merci à toutes celles et ceux qui ont suivi cette histoire jusqu'au bout malgré les changements de rating et de catégories. Merci donc aux différentes personnes qui m'ont laissé une review : merci aux guests, à Yaya gefibu, Fictionneuse, JRizzlesM, Luglo, Jess, violaine 2707, Ys, scgate, Titimaya, Sabby 78, L.I.E., Xazera, f. , RavenSkyAngel, GraniteW, frenchkiss, noicz et… bien sûr notthelastone.

EDIT 12/05: Note de dernière minute: ce chapitre ne sera pas le dernier. Il sera sans doute suivi d'un épilogue ou d'une suite. Je n'ai pas encore décidé...

J'ai fini tard, j'espère que vous m'excuserez pour les fautes de frappe ou fautes tout court.

To you : J'essaie de tenir mes promesses. Thank you love for being you and… for loving me.

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La journée fut engloutie par les pensées de Maura. Elle ne savait pas. Elle ne savait rien. Pourtant elle se sentait prête. Le dressing avait craché la vérité de ce qui la rendait belle. Au départ casual cheap banal pour faire plaisir à Jane, elle finit par se ressembler. Tout sur elle était en accord tout suivait sa partition, en harmonie avec elle-même: grandes griffes, bijoux, maquillage.. Comme son intérieur. Chaque chose était à sa place, soulignait un détail, un goût, une pensée. Elle ne pourrait jamais s'habiller uniquement par rapport à une situation ou à une personne. Il fallait qu'elle soit elle lors de ce genre de circonstance. Cela pouvait induire de changer de style ou de tendance, mais surtout de ne jamais transiger sur qui elle était, quitte à ne pas être comprise.

En enfilant ses escarpins, Maura se remplit la tête de questions toujours plus nombreuses, comme si répondre à une ouvrait la porte à deux autres, puis encore à d'autres. Sa tête prenait des allures de pièce au carrelage blanc et noir. Maura y était tombée comme Alice, et se retrouvait entourée de portes. Grandes, petites, elle ne savait pas quelle fiole prendre pour ouvrir la bonne, ni s'il existait une vraie fiole dans la vraie vie. « Et qu'y a-t-il derrière ces portes ? Le chemin attendu à suivre comme un mouton ou un risque à prendre ? » Il n'y avait qu'une infinité de questions mais Maura était sûre d'une chose : elle n'était pas un mouton. Elle était trop consciente de la préciosité de la libre conscience et de pensée pour se livrer en esclave à des carcans sociétaux, encore moins au sacrifice.

Elle jeta un regard, se tourna, vérifia son allure générale, se tourna, se retourna. Elle aima ce qu'elle vit d'elle physiquement. La psyché donna son accord final et elle claqua la porte du dressing.

Le Dirty Robert était un lieu symbolique de leur amitié. C'était à la fois un pub classique et moderne, alliant bière et nourriture biologique. Maura s'y rendit dans sa prius. Le trajet s'effectua en silence. Elle le passa à faire redéfiler une nouvelle fois dans sa tête les conséquences de ce qu'elle s'apprêtait à faire. Ces conséquences l'angoissaient. Même si Angela l'avait assurée d'un entier soutien, ce que Maura craignait, c'était l'instant d'après. Quand la décision aura été prise. Si elle tournait à l'avantage de Maura, l'instant d'après était déjà écrit. Si elle tournait à l'avantage de l'homme… ce serait autre chose. Et même si Maura ne se fiait jamais à un élément aussi incertain que l'instinct, il lui semblait quand même très probable qu'elle ne pèserait pas bien lourd contre les certitudes qu'il pouvait procurer à Jane.

« Il. »

Même son nom elle ne pouvait pas l'avaler. Il était amer en bouche. Elle pouvait le mastiquer autant qu'elle voulait, elle ne pourrait jamais l'avaler. Il heurtait ses oreilles. Il heurtait son cerveau. Il déchirait son cœur avant d'essayer de l'étouffer. Et quand Jane le prononçait… l'effet était décuplé. Et Jane n'en savait rien. C'était irrationnel. C'était stupide. Ce n'était pas logique. Parfois le plus grand cerveau doit plier devant l'irrationnel. Elle n'y pouvait rien. Face à la situation elle essayait de limiter les occasions où elle pouvait voir Casey, et surtout voir Casey avec Jane, entendre Casey avec Jane. Ce faisant elle pouvait limiter sa souffrance. Mais elle ne pouvait pas tout contrôler. Elle l'avait appris plusieurs fois à ses dépends. Combien de fois fut-elle sonnée en l'entendant en bruit de fond derrière leurs conversations téléphoniques ?

Un soir après leur journée Jane lui avait téléphoné, comme souvent. Malgré leur proximité et leur amitié, elles ressentaient le besoin de s'appeler pour tout se raconter, ce qu'elles avaient partagé comme ce qu'elles avaient manqué de la journée de l'autre. Pourtant leurs bureaux n'étaient distants que de deux étages... Ce soir là Casey rentra au milieu du coup de fil. Jane ne l'avait pas entendu.

_ Hey Case' ! Tu es là tôt, c'est génial ! Je vais te laisser Maura, on se voit demain.

_ …

Et là le bruit. Le bruit vicieux de sa meilleure arme : la proximité. Il l'avait embrassée devant le combiné. Elle avait tout entendu. Il n'avait rien dit.

_ On s'appelle plus tard Maur' ?

Elle était de trop. Il avait gagné. Elle avait raccroché.

Ce souvenir était un des plus douloureux. Le téléphone n'appartenait qu'à elle. C'était son territoire. Il l'avait sûrement compris. Il n'était pas bête et leur combat inégal. Maura s'était laissée glisser contre le mur de l'entrée jusqu'à s'asseoir par terre, touchant le fond. Le téléphone collé à l'oreille, elle était restée là à pleurer. Il y avait de la souffrance, oui. Mais surtout de la colère contre tout.

Il était là. Son ombre planait sur Maura, l'écrasant de tout le standard réconfortant de son hétérosexualité.

Une larme dévala sur ses joues.

Elle arriva au pub la première. Les clients habituels étaient là, ceux qui venaient juste se détendre après le boulot. Ils étaient une dizaine, certains du commissariat, d'autres non. Dix personnes. Dix personnalités. Dix visions du monde. Dix regards. Dix cœurs qui battaient. Maura se faufila vers une table. Elle était en avance. Quand elle fut assise elle se demanda si elle avait eu raison de vouloir faire ça dans un lieu neutre. A première vue c'était rassurant. Jane pourrait partir et Maura serait seule sans l'être vraiment. Elle n'aurait pas à affronter le silence de sa vie. Noyée dans les tintements de verre, les rires et les conversations, elle pensait qu'elle serait abritée. Mais c'était faux, elle ne serait jamais autant exposée si une dispute venait à éclater entre Jane et elle. Elle s'en rendit compte seulement à ce moment là. Les bruits se propageraient vite au precinct. Maura était déjà un animal de foire. Seule la protection de Jane la préservait. Sans Jane, que serait-elle ? C'était drôle comme paradoxe.

Jane n'était pas là.

Elle s'apprêta à attendre en commandant une eau gazeuse. Quand elle fut servie, son regard se perdit dans le verre. Une tranche de citron flottait à la surface et se faisait chahuter par les bulles qui remontaient. Sa danse capturait l'attention de Maura qui fut soudainement projetée quelques jours plus tôt, quand elle avait observé un phénomène semblable dans une flûte de champagne. Elle fut transportée en Pensylvanie dans un cocon intemporel, un écrin de plaisir. Puis revint en mémoire le reste… Elle but une gorgée et resta plongée dans ses souvenirs. Une gorgée de souvenirs blonds dont les décibels pouvaient très vite s'incarner…

Elle prit son téléphone et lança un appel.

_ Maura ?

_ Bonsoir Kate. Je ne te dérange pas ?

_ Absolument pas. Je ne m'attendais pas à avoir de tes nouvelles aussi rapidement. Comment ça va ? Comment était l'expo de ta mère ? Et le retour à Boston, pas trop dur ?

_ Non, non, ça va. Enfin, ça va à peu de choses près. Le vernissage de ma mère était un succès. Et apparemment l'affluence bat déjà des records. Je suis contente pour elle... Et puis, nous avons parlé toutes les deux.

_ Bien ! Comment ça s'est passé ?

_ Comme d'habitude avec ma mère dans ce genre de circonstances. Une abondance de non-dits qui éclate et renverse tout sur son passage.

_ Je vois très bien le genre. Et Jane ?

_ Justement j'attends Jane.

_ Ah, ah ! Alors ? Tu lui as parlé ou tu vas lui parler ?

_ Je comptais lui parler ce soir. Mais je crois que je vais le faire différemment de ce que je pensais.

_ Ah… changement de tactique Miss Isles ?

_ Non, je crois que je viens surtout de réaliser quelque chose.

_ Quoi donc ?

_ Je suis la seule à avoir ces sentiments. Jane ne se doute de rien. Elle a Casey dans sa vie et ne voit que par lui. Jamais elle ne m'a laissé à penser quoi que ce soit.

_ Mais tu es persuadée…

_ Qu'elle n'est pas ce qu'elle prétend être ? Oui. Mais elle n'en a pas encore conscience. Je veux dire…

_ … que tant qu'elle n'a pas fait ce chemin, tu ne peux pas lui dévoiler tes sentiments.

_ Exactement. Elle nage en plein bonheur. De quel droit je pourrais bien l'embarrasser de mes sentiments ? C'est un comportement égoïste. Et peut-être même que je me trompe et qu'elle n'est rien de tout ça.

_ Et si elle n'en prend jamais conscience ou si elle ne l'est pas, tu n'auras pas gâché votre amitié.

_ Je suppose, oui.

_ Mais Maura, où es-tu dans tout ça, toi ? A quoi va te servir de la voir si tu prends ce chemin ?

_ Je vais lui dire que j'ai bien profité du séminaire comme elle me l'avait conseillé, et que j'ai passé trois jours au lit… avec une femme.

_ Tu vas donc lui faire ton coming-out en espérant éveiller un soupçon de jalousie. Dites donc Docteur Isles, ce n'est pas un peu tordu comme raisonnement ? A quel moment tu vas tenter ta chance pour avoir droit au bonheur toi aussi ? Si c'est la femme de ta vie est-ce que tu ne vas pas le regretter ?

_ Dans ce cas je viendrai pleurer dans tes jupes à Philadelphie… déclara-t-elle en se forçant à rire.

_ Je ne plaisante pas Maura. C'est ta vie. On n'a qu'une vie.

_ Je sais.

Elle savait mais elle préférait quand même s'abstenir. Les deux amies terminèrent la conversation en se perdant dans les banalités. Kate y noya son amertume devant la lâcheté de Maura, et Maura sa culpabilité. Avant de raccrocher, Kate fit promettre à Maura de l'appeler pour savoir comment cette révélation se serait passée. Elle ne renonça pas à lui faire admettre que renoncer à confesser un amour quel qu'il soit était une erreur.

Maura retourna à son verre. Lorsque le serveur repassa, elle commanda un mojito. « Fuck wine ! » Le serveur hésita et lui lança un regard suspicieux avant de tourner les talons et de partir vers le bar. De quel droit se permit-il de juger ce changement d'habitude ? Elle faisait partie des habitués du lieu. L'habitude justifiait-elle la bêtise ? Non. Maura le méprisa. « Je me saoulerai à votre santé ! » pensa-t-elle en souriant.

Lorsqu'elle avait prononcé le nom de sa commande, Maura avait l'odeur du citron vert et de la menthe ciselée qui lui chatouillaient les narines. L'évocation du rhum ne tarda pas à envahir sa bouche de son souvenir et fit palpiter ses papilles. La salive se précipita. Quand le verre arriva, elle but une longue gorgée en se moquant des effets à venir. Maura régla ses deux verres et laissa un pourboire plus que généreux au barman qui n'en crut pas ses yeux.

Tout avait disparu autour d'elle, ou du moins, rien n'avait plus d'importance. Elle était juste Maura Isles dans toute sa vérité, et elle se foutait du reste. Elle pouvait déclencher une dispute, boire de manière inconsidérée, se laisser aller... En un seul geste elle venait de mettre de côté la considération des autres car elle savait au plus profond d'elle que les personnes proches, les intimes, ne vous tournent jamais le dos en cas de coup dur ou de changement de situation. Les personnes qui comptent vraiment vous soutiennent : Angela, Constance, Kate. Si elles ne le font pas, c'est qu'elles ne sont pas si importantes que ça et qu'elles ne vous méritent pas. Les exemples étaient nombreux autour d'elle… La personne la plus importante à ses yeux allait devoir le démontrer quand elle la rejoindrait.

Quelques flics la regardaient. Une forêt de cœurs battait en ce lieu exigu. Ils résonnaient, comme d'habitude, et elle se sentait perdue malgré les regards familiers. Elle se sentait si différente... Cette impression était dure à chasser. Mais pour la première fois de sa vie en pareille circonstance de malaise, elle leur sourit. Elle s'interdit de se sentir gênée. Ils détournèrent le regard et tout changea. Le cœur se Maura se mit à battre de concert, ou plutôt en parfaite cacophonie avec les leurs. Maura Isles faisait ses premiers pas dans l'anonymat le plus total et il voulait dire normalité. On lui foutait la paix. Elle n'était pas une bête curieuse. Elle était elle et enfin le monde l'acceptait parce qu'elle s'acceptait. Un bar familier ce n'était pas grand-chose, mais c'était un premier pas.

C'est alors qu'une tornade brune fit son apparition.

_ Hey Maur' ! jeta Jane en même temps que ses bras qu'elle enroula brièvement autour des épaules de la légiste. Elle s'assit face à son amie et héla le barman pour voir arriver sa bière favorite devant son nez. Elle gratifia Maura d'un grand sourire.

_ Bonsoir Jane. Comment vas-tu ?

Maura rêvait de se jeter au cou de Jane, prolonger ce contact éphémère auquel elle avait eu droit… Profiter de son parfum, de la chaleur de son étreinte. Jane était à croquer, et visiblement excitée à l'idée d'entendre le compte-rendu… Elle ne savait pas à quel point elle était sexy. Mes doigts de Maura se crispèrent sur son sac de peur de se laisser aller et de se mêler à ceux de la détective. Seul son regard s'appuya sur Jane.

L'amour est traitre. Il imprime une attraction physique indélébile dans le cœur de ses victimes : un besoin de toucher constamment, de caresser, d'étreindre. Un besoin de proximité irrépressible qui pouvait certainement mener jusqu'à la folie… et une jalousie féroce dans les cœurs comme celui de Maura : supporter que l'autre soit touché par le rival… C'était quasiment impossible de ne pas y penser, ça faisait mal à chaque fois qu'elle pensait qu'il pouvait éventuellement lui donner du plaisir et qu'elle, Maura Isles, n'aurait sans doute jamais cette chance. Supporter, endurer ces images qui imprégnaient son cerveau, d'elle sous lui, de ses yeux fermés, de son corps nu, offert… C'était pourtant supportable. Elle y pensait, chaque soir... Et elle le supportait. Elle le faisait parce qu'elle l'aimait. Elle le faisait parce qu'elle croyait que tout était possible entre elles. Non, en fait elle ne le croyait pas, croire n'est pas assez fort. Elle en avait la certitude.

_ Bien, bien. Un meurtre au sud de la ville, la routine. Pykes a fait l'autopsie. Tu verras sans doute le rapport en revenant au bureau. La routine, quoi. Mais tu m'as manquée toubib… J'suis perdue des fois sans ma meilleure amie.

_ Jane…

_ Ouais je sais, ça fait un peu ado dit comme ça ! Mais je m'en fous c'est vrai. Alors, ces vacances ?

_ Ce n'était …

_ Oui je sais : pas vraiment des vacances !

_ Si c'était des vacances Jane. Et je rentre plus fatiguée que quand je suis partie.

_ Ah bon ? Tant que ça ? Je savais que la médecine légale était assommante ! Allez, raconte ! Et je veux tout le croustillant ! Je suis sûre qu'il y en a eu… Foi de flic !

_ Tu es sûre ? demanda Maura avec une pointe d'angoisse.

_ Yep', vas-y, ne m'épargne rien !

_ Ok. Je dois commencer par le congrès… Maura prit une longue inspiration. J'ai passé trois jours au lit. Trois jours fantastiques à confondre jour et nuit dans un hôtel de luxe. Trois jours de sexe à n'en plus finir… finit-elle en tremblant.

_ Ok, ok. Tu as donc rencontré ton Roi des morts ! C'est merveilleux Maura ! Je suis si contente pour toi ! Et j'avais raison.

Maura écouta ces paroles avec la plus grande attention. Jane était sincèrement ravie pour elle. Elle n'avait pas cillé. Pas un muscle de son visage n'avait trahi une quelconque émotion négative, pas une pointe de jalousie. Maura chercha désespérément la meilleure façon de lui parler. A mesure que le moment approchait, l'angoisse augmentait. Elle se sentait tendue de tous ses muscles, et son estomac était complètement noué. Les mots foisonnaient mais ne se tenaient pas dans le bon ordre. Les secondes filaient et l'amour lui faisait mal.

_ Non, tu avais tort.

_ Quoi, t'as perdu la mémoire génie ? Je te l'avais dit avant de partir…

_ C'est la Reine des morts.

_ Oui, ça c'est toi, nous le savons tous…

_ Non, ce n'est pas ça. J'ai rencontré mon équivalente à Philadelphie.

_ Ah oui, elle est sympa ?

_ Ce n'est pas ça l'important ! Je ne parlais pas de mon Roi des morts, mais MA REINE des morts, Jane. J'ai passé trois jours à faire l'amour avec une femme, souffla-t-elle en sanglotant.

Jane resta interloquée. Elle eut du mal à réagir.

_ Quoi ? Mais qu'est-ce qui t'a pris ?

Maura ne put plus se retenir de pleurer devant la répugnance que lui inspirait cette question. Il lui fallut plusieurs minutes avant d'être capable de parler correctement, et Jane ne l'aida en rien. Sa poitrine se soulevait de manière irrégulière et incontrôlée. Les spasmes eurent du mal à passer… La tournure que prenait la situation n'y était pas pour rien. Elle était maintenant convaincue qu'il fallait qu'elle aille jusqu'au bout.

_ Rien ne m'a pris Jane. Kate n'est pas la première femme qui traverse ma vie.

_ Mais Maura, tu es toujours sortie avec des hommes !

_ Parle plus doucement Jane…

_ Maura, explique-moi !

_ Jane, j'aime autant la compagnie des hommes que des femmes. J'ai toujours été comme ça depuis le lycée. Quand je suis attirée par quelqu'un, c'est la personne qui m'attire, pas le sexe. Je crois que je suis sexuellement fluide comme le montrent certaines études…

_ Maura, pas de wikipedia, pas maintenant… Maura, je suis désolée d'avoir réagi comme j'ai réagi. C'était la surprise. Pourquoi tu ne m'en as jamais parlé ?

_ Nous n'avons jamais abordé le sujet…

_ Je ne t'ai jamais vue avec une femme.

_ Parce que depuis que je te connais, il n'y en a eu aucune dans ma vie.

_ Maura… grimaça Jane qui s'attendait au pire.

_ Beaucoup de choses se sont passées dans ma vie ces derniers jours.

_ Apparemment ! s'exclama Jane en finissant sa bière et en en recommandant une autre.

_ J'ai parlé. J'ai beaucoup parlé à des proches et…

_ Mais attends Maura, qui est au courant de… ça ?

_ De quoi Jane ? De mon côté homosexuel qui te déplaît ? siffla Maura.

_ Euh… non, c'est juste que… Oh allez Maur', tu sais bien que je ne suis pas comme ça ! Je n'ai rien contre les gays… « C'est juste que Casey avait raison à ton sujet et que ça me bouleverse de ne rien avoir vu avant… Je ne suis pas capable de voir ce que j'ai sous le nez. »

_ Je l'ai dit à ma mère à New-York.

_ Et elle a dit quoi ?

_ Qu'elle savait. Et ta mère aussi est au courant Jane.

_ Quoi ? Ma mère a été au courant avant moi ? Mais enfin Maur' ! J'étais censée être ta meilleure amie. Pourquoi ma mère et pas moi ?

Elle joignit ses mains à celles de Maura.

_ Parce que ta mère a vu que j'allais mal. Parce qu'elle m'a demandé pourquoi… et qu'elle a compris… que j'étais amoureuse de toi, Jane. Je t'aime Jane… Je t'aime.

Jane garda les mains de Maura au chaud, les protégeait.

Maura avait prononcé ces mots absolus comme si elle les jetait protégés dans une bouteille à la mer. Une mer faite de ses larmes trop longtemps retenues. Une mer secouée des tumultes de son âme. Le visage humide et les yeux rougis, Maura se tenait droite, comme son regard planté dans les yeux noirs de Jane. Elle était prête à attendre.