Chapitre 4

-Pour moi aussi, fit Mizùmi un air peinée sur le visage.

La jeune fille sera les poings en se remémorant son passé.



****

Umiko nageait dans l'eau avec un naturel digne de celui d'un homme-poisson, sauf qu'elle était humaine. Totalement humaine, ce qui parfois, elle devait bien l'avouer, la rendait triste. Même si son papa et sa maman l'aimaient beaucoup, elle aurait tellement aimé ressembler un peu plus à ses frères.

-Umiko!

D'ailleurs, l'un d'eux l'appelait. Elle savait lequel c'était, elle était capable de reconnaître le son de sa voix entre n'importe laquelle, elle était même capable de reconnaître le bruit qu'il faisait en nageant, le bruissement de l'eau sur les écailles de sa queue. Ce son était unique.
La jeune fille nagea jusqu'à lui.

-Qu'est-ce qu'y a ?

-Shiraoshi vient de naître !

Umiko sortit immédiatement de l'eau et prit la main que lui tendait Fukaboshi. Depuis plusieurs semaines ils attendaient la naissance de la princesse qui tardait à sortir de son œuf et enfin elle l'avait fait !
Les deux enfants arrivèrent au berceau tout essoufflés mais le sourire aux lèvres. Shiraoshi reposait dans son berceau. Elle n'était qu'un bébé mais elle faisait déjà trois fois leurs tailles.

-Chui sûre qu'elle deviendra aussi grande que papa, fit Umiko des étoiles dans les yeux.

-Nan! Je serais plus grand moi ! Fit Fukaboshi vexé.

-Arrête d'être aussi sérieux Boshi, plaisanta Umiko en riant.

-Mais! Ne m'appelle pas comme ça!

-Pourquoi? Demanda-t-elle avec de petits yeux tristes.

Immédiatement son frère se calma et se mit à rougir.

-Non, ce n'est pas grave...

-Super! Boshi! Boshi!

-J'me suis encore fait avoir, soupira l'enfant-triton.

Fukaboshi regarda sa sœur s'agiter, elle était plus petite que lui mais plus agitée aussi, elle souriait tout le temps et aurait passé ses journées à nager si on l'avait laissé faire. Il l'aimait beaucoup, et ses yeux avaient la même couleur que ceux de l'océan et lui donnaient toujours envie de les regarder tout le temps.


****

-Je sais pas si on devrait les laisser ainsi, fit Neptune, soucieux.

-Ils n'ont que dix ans, le rassura Otohime. Et même s'ils sont très proches, c'est plutôt bien.

-J'espère qu'ils n'auront pas de problèmes...

-Ne t'inquiète pas, fit la reine en souriant.

La jeune reine grâce à son haki avait toujours ressenti le lien profond qui unissait ses deux enfants. Peut-être que le secret d'une entente entre les humains et les hommes-poissons se tenait juste là, sous l'apparence d'enfants.


****

-Moi aussi j'aimerais bien avoir une queue, fit Umiko l'air boudeuse en regardant celle de Fukaboshi.

Ils se trouvaient dans la chambre du triton et Umiko était paresseusement allongée sur le lit, agitant mollement ses jambes en l'air et les joues gonflées comme une gamine. Fukaboshi, lui, était assis sur une bulle et la regardait en souriant.

-Tu sais moi j'aimerais bien avoir des jambes, répliqua son frère, ça serait mieux pour marcher.

-Mouais. Je suis tellement humaine, soupira Umiko.

-Ça me gênes pas moi, fit Fukaboshi en souriant.

Umiko ne répliqua pas, elle tendit sa main pour toucher les écailles de son frère. Elles n'étaient pas dures ni coupantes, au contraire elles étaient presque molles et agréables à toucher. Umiko les caressa du bout des doigts tandis que son frère la laissait faire en la regardant. Pour pouvoir continuer à les toucher elle s'était rapprocher dangereusement du bord du lit dans un équilibre plus que précaire, mais elle était trop préoccupée par les écailles pour le remarquer. Alors, sans prévenir, Fukaboshi bougea sa queue la faisant basculer au sol, la jeune fille réagit au quart de tour et l'entraîna dans sa chute.
Fukaboshi se retrouva ainsi dans l'incapacité de se relever.

-Tu vois, là des jambes ça serait bien pratique, soupira Fukaboshi.

Umiko ne répondit pas, elle le regarda puis prit sa main.

-Comme ça, on se complète.



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Les habitants de l'île avait d'abord trouver ça révoltant, une humaine adoptée par la famille royale, où allait le monde! Mais au fur et à mesure des années ils l'avaient vu grandir. Tout ce qu'on avait dit sur les humains, tous les préjugés comme quoi ils étaient mauvais par nature avait était démentis par une petite fille.
La petite Umiko, fille de la mer, s'était retrouvé être une fillette adorable, toujours pleine de vie et gentille avec tout le monde. Pour elle, son monde c'était l'île des hommes-poissons et tout le monde la considérait comme une des leurs. Ils la voyaient nager avec ses frères dans l'eau comme si elle avait été une vraie sirène. Et peu à peu, malgré son apparence, c'est ce qu'elle devint pour tous ceux de l'île.
Les enfants de la reine étaient toujours inséparables, le duo Umiko et Fukaboshi était le plus célèbre, toujours l'un avec l'autre, inséparable, main dans la main. Certains disaient qu'ils provenaient du même œuf, même si c'était totalement impossible, mais ils étaient étaient proches et complémentaires que la question se posait de plus en plus souvent. On les voyait toujours ensemble et ils étaient toujours d'une gentillesse incroyable avec tout le monde, et malgré leur jeune âge ils essayaient déjà de se rendre utiles et d'aider ceux qui avaient des problèmes.
Les discours de la reine, puis la présence de cette petite qui en grandissant ressemblait de plus en plus à une humaine et qui pourtant était de plus en plus appréciée, modifiaient lentement mais sûrement l'esprit des gens. De plus, on s'était très vite rendu compte qu'elle possédait la même aptitude que la reine à ressentir les émotions des gens et dès qu'Umiko sentait que quelqu'un était triste elle cherchait à tout prix à le consoler.

Mais elle n'était pas toujours sage, parfois elle et Fukaboshi faisaient des bêtises, comme la fois où ils avaient voulu aller au district des hommes-poissons pour chercher des 'copains' et heureusement que la garde les avait rattrapés avant qu'ils ne l'atteignent, car personne ne les avait reconnus vu qu'ils s'étaient habillés avec des habits sales et déchirés.
Umiko et Fukaboshi n'avaient jamais compris où avaient été leurs bêtises, ils n'avaient jamais compris pourquoi ils n'avaient pas le droit d'aller là-bas, ils n'avaient jamais compris ce que les hommes-poissons du district avaient de si différent.
Il y avait aussi eu la fois où ils avaient voulu nager jusqu'au bout de l'île et où le Roi Neptune lui-même avait dû partir à leur recherche car ils ne réapparaissaient pas. On les avait alors retrouvés, endormis main dans la main, sur le sable d'une mini île au centre de la crique. Tout le monde avait eu très peur mais quand ils les avaient retrouvés ainsi, personne n'avait eu le courage de les gronder.

Pourtant, tout cela n'empêcha pas de tristes événements.

*****

-Oneee-saaaan, appela Shiraoshi.

-Qu'est-ce qu'il y a ? S'inquiéta Umiko.

-Je peux m'entraîner moi aussi?

-Non, désolée, on ne peut qu'à partir de dix ans, fit Umiko qui en avait maintenant douze.

-Mais...

-Promis, quand tu auras dix ans je te montrerai, promit Umiko.

-D'accord!

Shiraoshi, rassérénée, retourna s'asseoir pour regarder son frère et sa sœur s'entraîner. Fukaboshi et Umiko échangeaient quelques coups sans vraiment d'intentions belliqueuses, c'était surtout pour s'habituer à manier le trident. Neptune leur avait proposé plusieurs armes et tous deux avaient choisi la même. Mais Umiko avait une difficulté de plus car elle devait apprendre à contrôler le haki, celui-ci avait tendance à jaillir dès qu'elle se battait et à agresser violemment ses adversaires même lorsqu'elle jouait.
Donc ils s'entraînaient tous les deux. Mais au bout d'un moment Otohime entra et leur proposa de la suivre dehors, ce qu'ils firent tous sauf Umiko qui voulait continuer de s'entraîner encore un peu. La dernière fois elle avait vraiment cru qu'elle allait faire du mal à Fukaboshi et cela l'avait passablement traumatisée. Celui-ci voulut rester avec elle mais elle le força à suivre sa mère.
Elle n'aurait pas dû.


****

Fukaboshi se précipita dans sa chambre, l'enterrement avait eu lieu le jour même, tout le monde pleurait, son père ne sortait plus, sa petite sœur était inconsolable et lui encaissait tout sans rien dire. Il avait mal dans sa poitrine, c'était atroce, mais même dans cet état-là il s'inquiétait encore pour Umiko. Il ne l'avait pas trouvée dans sa chambre, alors il espérait la trouver dans la sienne, il commença donc à regarder un peu partout.
Soudain, il entendit sangloter.

-Umiko? Appela-t-il.

Fukaboshi se rapprocha de la source du bruit, Umiko était recroquevillée au sol, en pleurs.

-Umiko! Ça va?!

Le jeune triton prit sa sœur dans ses bras et la serra de toutes ses forces.

-Je suis désolée, je suis désolée, sanglait-elle, je suis désolée d'être une humaine !

-Non, ne dis pas ça, fit Fukaboshi qui se mit à pleurer à son tour.

Ils pleurèrent longtemps, ils étaient inconsolables mais ils étaient ensemble. Leur mère avait eu une dernière volonté, et ensemble ils allaient la réaliser.
Alors que leurs pleurs se tarissaient, leurs visages se rapprochèrent. Fukaboshi et Umiko ressentaient comme un trou dans leur poitrine mais la chaleur de l'autre les rassurait un peu. Puis leurs lèvres s'unirent, brièvement, tendrement. Comme une promesse.

-Jamais on se séparera, se promirent-ils dans un même souffle.

Umiko s'était endormie depuis un moment quand elle se réveilla, quelque chose l'avait tirée de son sommeil, c'était comme si son 'haki' s'agitait en elle. La jeune fille voulut réveiller Fukaboshi qui dormait toujours à poings fermés à côté d'elle, mais une main se plaqua sur sa bouche et une paire de bras puissants la soulevèrent.
Umiko réagit instinctivement : elle mordit les doigts de son assaillant et se mit à hurler.

-Fukaboshiiiiiiiiiiiiiiiiiiii!

L'homme qui la tenait lâcha un chapelet de jurons et tenta de la faire taire mais elle se débattait de toutes ses forces. D'autres hommes arrivèrent et tentèrent de la faire sortir. Fukaboshi s'était levé et tentait de la secourir mais un groupe entier de personnes tomba sur lui et même sa grande taille ne lui fut d'aucun avantage.

-Umiko!

-Au secours! Fukaboshi! Cria-t-elle.

Quelqu'un frappa sur sa tête, violemment, elle sentit que son esprit se détachait et sombrait mais avant de perdre totalement connaissance elle vit Fukaboshi, maintenu au sol par d'autres hommes qui se débattait et hurlait son prénom.

-Umikoooooooooooo!



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Umiko se réveilla en sursaut, son crâne lui causait une douleur atroce mais dès qu'elle ouvrit les yeux elle sauta sur ses pieds. Autour d'elle il n'y avait que la mer à perte de vue et des habitations derrière elle. Mais le plus étrange, c'était qu'il n'y avait pas de bulle, au-dessus d'elle il y avait que le vrai ciel avec le vrai soleil.
La vérité la heurta avec la force d'un coup de poing, elle vascilla.

-Non!

Umiko se jeta à l'eau, elle nagea de toutes ses forces en direction du fond marin, même si l'air s'échappait de ses poumons à cause de la panique, même si ses membres étaient trop frêles pour supporter la pression, même si elle n'avait aucune chance.
Elle se sentit suffoquer, elle sentit que ses poumons se consumaient dans sa poitrine. Elle allait mourir. Elle ne put s'y résoudre.
Une fois de nouveau sur la terre ferme, elle garda les yeux fixés sur l'eau sans ciller, jusqu'à s'en faire pleurer les yeux.
Elle devait se rendre à l'évidence, ils l'avaient abandonnée.



*****

Shiraoshi regarda sa sœur, Umiko regardait droit devant elle en pleurant silencieusement, elle aussi pleurait.

-Je suis contente que tu sois revenue, fit Shiraoshi en se penchant sur sa sœur.

-Moi aussi...

Mizùmi posa son front contre celui de Shiraoshi et entremêla ses doigts avec les siens. Leurs pleurs se mélangèrent, c'était à la fois des larmes de tristesse pour toutes ces années qu'elles avaient perdues, mais c'était aussi des larmes de joie car les deux sœurs s'étaient enfin retrouvé.
Soudain, quelqu'un approcha.

-Umiko?