Chapitre 5

-Fukaboshi ?

Shiraoshi préféra s'éclipser le plus discrètement possible et laisser son frère et sa sœur se retrouver, elle se retourna un instant, sourit, puis disparut.

-Pourquoi tu m'as rien dit? Demanda Fukaboshi.


Mizumi sentit dans sa voix qu'il se sentait... trahit, qu'elle ne se soit pas présentée à lui en tant qu'Umiko.

-Je... je ne voulais pas m'imposer... J'veux dire, tu avais peut-être refait ta vie, trouvé quelqu'un...

-N'importe quoi!

Fukaboshi haussait rarement la voix, mais apparemment, qu'elle ait pu imaginer qu'il ait refait sa fit sans elle, le blessait plus qu'elle ne l'aurait crû.

-Si tu veux savoir pourquoi j'ai été distant avec toi, c'est parce que je ne croyais pas que ça pouvait être toi. Parce que j'étais entrain de retomber amoureux de toi, encore une fois. Donc, même si j'avais refait ma vie, ç'aurait été avec toi.

Mizùmi ne pût rien dire, elle regarda Fukaboshi, en tentant de retenir ses larmes. Elle était tellement heureuse mais, elle avait aussi tellement peur, elle ne pouvait pas revenir ainsi, dix ans après et demander à ce que tout redevienne comme avant. Il s'était passé tellement de choses, tellement de blessures, tellement de peine...
Mais Fukaboshi en avait décidé autrement, il posa sa main avec lenteur et douceur sur la joue de Mizùmi, il avait tellement peur de lui faire mal, mais le regard bleu qui le fixait lui donnait confiance. Elle lui sourit et il se pencha en avant, elle était si petite et si fragile et pourtant elle lui semblait aussi si forte.
Leurs lèvres se rencontrèrent. Un simple contact, une explosion. Mizùmi ferma les yeux, elle avait rêvé de ce moment tellement de fois, elle aurait voulu que le temps se fige et qu'ils restent éternellement ainsi. Fukaboshi la souleva, tandis que leurs lèvres restaient scellés, et l'emmena jusqu'à sa chambre, arrivé là-bas ils reprirent là où ils s'en étaient arrêtés.
Le contact des lèvres de Fukaboshi sur les siennes avec quelque chose d'humide et d'agréable, elle adorait ça, avec un peu d'audace elle passa sa langue sur la lèvre du triton, celui-ci entrouvrit sa bouche et la langue de Mizù rejoignit celle de Fukaboshi. C'était beau, c'était magique. Rien n'aurait pu les séparer à cet instant précis. L'homme-poisson d'une main agile retira les vêtements de Mizùmi, celle-ci, enivrée par le baiser, le laissa faire et entreprit elle-même de parcourir le corps de Fukaboshi. Elle sentit les mains de son amant s'attarder sur ses seins, pincer ses tétons puis descendre le long de son ventre pour ensuite caresser ses cuisses. La jeune fille avait très chaud, sa respiration se faisait de plus en plus chaotique et elle avait du mal à penser. Les caresses de Fukaboshi se firent de plus en plus intimes jusqu'à ce qu'elle sente des vagues de plaisir la parcourir, lui arrachant de faibles gémissements.
Fukaboshi continuait de l'embrasser mais soudain elle le repoussa.

-Qu'est-ce qu'y a? Je t'ai fait mal?! S'alarma celui-ci.

-Non, non. C'est juste que je veux pas qu'il y ait que moi qui... profite, fit Mizù les joues en feu.

-Mais...

-Non, je sais comment se reproduisent les tritons, expliqua la jeune fille.

Fukaboshi ne répliqua pas, il se contenta de l'attirer contre lui et de la serrer dans ses bras. Au bout d'un moment Mizùmi osa poser une question.

-Comment ça se fait que tu saches faire ça ? Lui demanda t-elle en essayant de pas rougir.

-Disons, que je me suis souvent rendu chez les sirènes avec mes frères même si je ne faisais qu'observer j'ai très vite appris, fit Fukaboshi avec un petit sourire.

-Je vois... Et P... Neptune n'a jamais essayé de te marier ? Tu es quand même son fils héritier.

-Oui, mais j'ai toujours refusé, il savait pourquoi mais il me l'a jamais vraiment avoué.

-Hm.

-Tu lui en veux ?

Umiko se mordilla la lèvre.

-Je sais pas.

*****

Umiko passa plusieurs jours prostrée, abandonnée, sans boire ni manger, son visage était sale et ses yeux bleus s'étaient éteints depuis longtemps. Elle n'avait plus la force de rien. Ils l'avaient abandonnée, elle avait bien vu leur uniforme dans la chambre, c'était des soldats du Roi. Pourquoi est-ce que Père lui avait fait ça? Pourquoi? Qu'avait-elle fait de mal?
Elle n'avait même plus la force de pleurer, son corps était à peine secoué de sanglots sans larmes. Il y avait un trou dans sa poitrine qui avait été creusé par la mort de sa mère, et son père avait fait en sorte qu'il ne se referme jamais. Elle n'était pas une femme-poisson mais elle ne voulait pas non plus être une humaine.

Les deux premiers jours, elle avait tenté de nager jusqu'à l'île, après avoir failli mourir elle avait arrêté, les trois jours d'après elle n'avait pas bougé, se laissant dépérir lentement. Il y avait bien des gens qui habitaient sur l'île, elle en avait vu plusieurs mais tous s'étaient éloignés en la voyant. Elle les avait entendu murmurer avec effroi qu'elle était la fille de l'océan, qu'elle était l'enfant bâtarde des hommes-poissons.
Un monstre.

Umiko n'avait pas compris, après elle n'avait pas voulu comprendre et pour finir elle avait détesté. Elle avait détesté son père pour l'avoir abandonnée, elle avait détesté les humains pour l'avoir faite, elle s'était haïe pour ne pas être une sirène et pour ne pas être assez forte. Le seul qu'elle ne pouvait se résoudre à haïr c'était Fukaboshi. Quand elle avait les yeux dans les vagues, elle avait presque l'impression de le sentir à côté d'elle, de sentir la chaleur de sa paume contre la sienne. Et elle restait ainsi pendant des heures car elle ne voulait pas se retourner et voir qu'il n'était pas là.
Qu'il ne serait plus jamais là.

Puis, une nuit, elle revit la séparation. Sauf que cette fois-ci, elle revit une chose que le choc du coup lui avait fait oublier : le dernier cri de Fukaboshi, celui qu'il avait lancé avant qu'elle ne perde connaissance.

« Je te retrouverai! Umiko! Je te retrouverais où que tu sois! Umiko! Je t'attendrais le temps qu'il faudra mais Umiko nous nous retrouverons! »

Ils n'avaient que douze ans, mais ce monde avait fait d'eux des adultes.




*****

Umiko se reprit en main. Elle ne pouvait plus se laisser dépérir, elle partit à la recherche de nourriture, les gens du village la rejetèrent. Mais elle ne perdit pas espoir, ils avaient peur, c'était normal, elle aussi. Elle se lava, rapiéça ses vêtements, proposa de travailler à toutes les boutiques du village, pendant plusieurs jours. Elle buvait l'eau des gouttières et mangeait ce qu'elle trouvait, elle ne pouvait pas mourir, sinon qu'est-ce que dirait Fukaboshi ?
Finalement, un homme accepta de l'embaucher, le forgeron, elle dut travailler d'arrache-pied, porter des sacs qui pesaient deux fois son poids, faire le travail d'un homme adulte, mais elle ne se plaignit jamais. Ainsi elle put gagner de quoi manger et même plus.
Le plus c'était pour son projet. Car elle ne comptait pas rester moisir toute sa vie sur cette île, non, avec l'argent qu'elle mettait de côté, elle allait demander au forgeron de lui construire un trident, son propre trident rien qu'à elle avec lequel elle pourrait se battre et rejoindre Fukaboshi. Elle avait déjà commencé à s'entraîner, déjà pour mieux contrôler son haki et aussi pour se battre à mains nues car ça pouvait toujours être utile. Mais il lui fallait aussi de l'argent pour voyager car elle ne savait pas si elle était loin ou pas de l'île des hommes-poissons. Peut-être que si elle demandait au forgeron...
Oui, il faudrait qu'elle lui demande.


****

-Moi je lui en veux.

Fukaboshi avait dit ça sans la regarder, les yeux perdus dans le vague, comme s'il était lui aussi plongé dans ses souvenirs. Umiko lui prit la main sans rien dire, ce simple contact à la fois familier et lointain leur fit l'effet d'un électrochoc, comme si les choses avaient enfin retrouvé leurs places. Ils restèrent ainsi, silencieux, ils n'avaient pas besoin de mots pour se comprendre, ce qu'ils ressentaient allait bien au-dessus de ça.

-Tu vas repartir avec Luffy?

Ce n'était même pas une question.

-J'aimerais bien venir avec vous, mais...

-Tu es le prince héritier, Fukaboshi.

-Oui, je sais.

Le silence s'installa à nouveau entre eux deux, ils se tenaient toujours la main, Fukaboshi la lui serrait presque trop fort comme si elle allait disparaître mais elle ne se plaignit pas, au contraire, et puis il était très probable qu'elle serre la sienne trop fort aussi.
Elle ne voulait pas qu'il disparaisse non plus. Ou qu'on l'enlève à nouveau.

-Tu sais maintenant... Je suis assez forte pour rester, fit Umiko d'une petite voix.

-Je sais. Mais tu veux voyager, ça se voit dans tes yeux, plaisanta Fukaboshi en se tournant vers elle.

Ils se sourirent, pas besoin de mots entre eux, ils savaient tout l'un de l'autre. Mizùmi l'embrassa furtivement mais la deuxième main de Fukaboshi dans son cou l'empêcha de s'en aller. Il l'embrassa à nouveau, approfondissant leur baiser.
Puis, il éloigna un peu son visage du sien.

-Attends, souffla-t-il.

Le prince se leva du lit et tenta de... S'agenouiller? Mizùmi n'arrivait pas à dire car il semblait avoir quelques difficultés à s'installer avec sa queue, mais elle ne dit rien, ne voulant pas le vexer et attendit perplexe qu'il ait finit.
Quand il réussit à s'installer, il leva son visage vers elle, et plongeant son regard dans le sien, déclara :

-Umiko, voulez-vous m'épouser?