- Grincheux, il manque du jus. Tu sors ?

En deux semaines, l'inconnue était devenue plus que connue et régissait son cocon comme s'il s'agissait du sien, de sorte qu'il avait la mauvaise impression de ne pas en être le propriétaire, d'être l'étranger. Ce qui était très rageant et frustrant. Elle avait quasiment refait la décoration de la chambre où elle dormait, avait installé ses affaires dans l'armoire et imposait ses préférences culinaires, de sorte que, lorsqu'il faisait les courses, il devait prendre en compte ses choix marqués sur une liste qu'il devait absolument suivre. Quand il s'autorisait une grasse matinée, elle oeuvrait tant et si bien qu'il se réveillait toujours au lieu de dormir paisiblement. La vie était terriblement injuste. Il lui offrait le gîte et le couvert et voilà comment il était remercié.
Deux semaines pendant lesquelles il obéissait à une femme qu'il ne connaissait ni d'Adam ni d'Ève. Il supportait mal d'être gouverné par cette clandestine et avait l'impression d'être un chien attaché à une laisse tenace. Vu que madame ne pouvait pas sortir sous peine d'être attrapée par la police locale, c'était à lui de sortir de la maison appuyant encore le sentiment d'être exclu de son propre cocon.
Shikamaru ne s'était pas remis de la perte de sa vente mais alors les deux semaines passées avec l'inconnue insupportable commençaient à lui taper sur les nerfs. Au moins cela lui permettait de confirmer sa pensée : il n'était pas fait pour vivre en couple.
Il continua la lecture de son bouquin actuel sans se soucier de la jeune femme qui fulminait silencieusement.

- Hey, Grincheux, je t'ai causé.
- Blanche-Neige n'a qu'à sortir.
- Je te rappelle que mon visa n'est plus valable, toute sortie est à éviter.
- Et si je ne vous avais pas accueillie, vous auriez fait comment ?

Le silence suivit sa question et il camoufla un sourire adorait avoir le dernier mot avec elle, cela arrivait si peu souvent. Temari ne dit rien et garda ses réflexions pour elle jusqu'à ce que le téléphone sonne, du moins, son téléphone portable.

Shikamaru fronça les sourcils. En deux semaines, ce téléphone n'avait jamais sonné et voilà qu'il s'éveillait.

Qui cherchait à la joindre ? Un parent ? Un ami ? Ou la police ?

Il n'était pas curieux de nature mais la panique prit le dessus et il suivit discrètement la jeune femme qui partit s'enfermer dans sa chambre.
Temari tenait son cellulaire entre les mains, le fixant sans rien dire. Moult questions la perturbaient et elle hésitait entre répondre ou laisser sonner. Si elle répondait, on pouvait très bien retracer son appel. Or, s'il s'agissait de sa meilleure amie qui souhaitait avoir de ses nouvelles ...

Pourquoi les gens appelaient-ils toujours en inconnu ? Que c'était chiant !

Finalement, le bon sens l'emporta et Temari sortit de la chambre en laissant le portable sonner.
Shikamaru était retourné sur son canapé et faisait mine de sommeiller tandis que la curiosité le démangeait. Il n'obtiendrait aucun indice car Temari demeura silencieuse et oublia même de l'invectiver pour aller faire les courses. Ce qui était très suspect soi-disant passant. Ce fut le seul événement « perturbant » de ces deux premières semaines car ensuite, Shikamaru reçut un appel qui l'enquiquina plus qu'autre chose.
L'après-midi était déjà bien avancée et Temari regardait la télévision branchée sur les clips latinos pour bien illustrer sa couverture de fille de Saint-Domingue pendant que l'agent immobilier travaillait. Le téléphone – fixe, cette fois-ci – sonna et, par réflexe, elle répondit alors que le brun le lui avait fermement interdit.
A peine avait-elle décroché, qu'une voix féminine puissante manqua de lui briser les tympans.

- Nara Shikamaru Daisuke Yoshinobu, comment pouvez-vous être aussi ingrat !

Temari n'eut pas le temps de répondre que l'interlocutrice enchaîna les insultes avant de sermonner la personne qu'elle croyait être son fils.

- Tu oses ignorer mes appels alors que j'ai un truc urgent à t'apprendre.

Elle continua à tergiverser des sermons jusqu'à ce qu'elle s'étonne de ce silence.

- Mal élevé ! Qu'ai-je fait au ciel pour mériter un fils pareil ?! Tu vas me répondre, oui ?!
- Bonjour, Madame.
- Bonjour, ma ... Pardon ?! Qui est au téléphone ?
- Temari et vous ne vous êtes pas trompée de numéro de téléphone, répondit la jeune femme, en anticipant la prochaine question. Je transmets le message à Shikamaru ?
- Que ...

La mère de son hôte demeura silencieuse – chose extrêmement rare si l'on croit son entourage – dubitative, abasourdie d'entendre la voix d'une femme à l'autre bout du fil, c'est-à-dire, chez son fils, éternel célibataire endurci. Il lui avait donc caché une relation ?
Ou lui en avait-il fait part et l'avait-elle ignoré ou pas entendu ou oublié ?
Non, impossible, une mère n'oubliait jamais quand son enfant lui annonçait qu'elle allait avoir un gendre ou une bru. Par conséquent, Shikamaru lui avait dissimulé ce secret. Ouh le galopin, elle allait le farcir !

- Allô ? Vous êtes toujours en ligne ?
- Oui.
- Je transmets le message ? réitéra Temari.
- Euh. Non, je rappellerai.
- Et vous vous rappellerez de toutes vos insultes ?
- Evidemment. Mes sincères excuses, elles ne vous étaient pas adressées.
- Ce n'est pas grave. Shikamaru a dit qu'il rentrerait à 19h, vous pourrez le joindre plus tard.
- Je vous remercie, Mlle... ?
- Temari.
- Très joli prénom. Passez une bonne fin d'après-midi. Au revoir.
- Au revoir.

Lorsque Temari raccrocha, elle avait un sourire aux lèvres, amusée par son interlocutrice. Lorsque la mère de Shikamaru raccrocha, plusieurs questions travaillaient son esprit et elle supplia au temps d'avancer vite afin qu'elle puisse avoir une conversation avec son fils. Lorsque Shikamaru rentra chez lui, il ne s'attendait pas du tout à ce que son invitée forcée lui apprenne qu'elle s'était entretenue avec sa mère car il avait déjà anticipé la conversation et le sermon qu'elle lui ferait. Et tout cela était couronné d'un mot : galère.

- Vous avez dit quoi ?
- Ta mère a téléphoné, elle souhaitait te parler et a dit qu'elle rappellerait.
- Vous avez dit quoi ?
- Tu es sourd ?! s'énerva Temari. Ça fait quatre fois que je le répète !
- C'est assez déstabilisant pour que mon cerveau refuse d'enregistrer la nouvelle.
- Alors, je le répète : ta mère t'a téléphoné et rappellera, prononça Temari, en insistant sur chaque syllabe.
- Mais ... comment ? Pourquoi ?
- Ça suffit de pleurnicher. Prends le téléphone et rappelle-la, toi. Elle avait l'air suffisamment remonté, conseilla la blonde.
- Justement lorsqu'elle est ainsi, mieux vaut se tenir éloigné. Je ne rappelle personne.
- Elle a dit qu'elle avait quelque chose d'urgent à t'annoncer.

Shikamaru fit volte-face et poussa un soupir résigné. Très bien, il téléphonerait en premier. Il s'avança vers son téléphone fixe et composa de tête le numéro de sa mère. Heureusement qu'il avait pris un abonnement pour l'international, sinon, avec ses longs sermons, sa mère l'aurait ruiné en factures téléphoniques.
Au bout de deux sonneries, le dragon décrocha et les rouages de l'enfer pour Shikamaru s'enclenchèrent.

- Maman, c'est moi.
- SHIKAMARU DAISUKE YOSHINOBU NARA !hurla sa génitrice.

L'agent immobilier roula les yeux au ciel sous l'air amusé de la blonde qui se tenait auprès de lui. Jamais sa mère ne commençait pas un « bonjour » ou un « comment vas-tu », elle ne connaissait que les sermons et les engueulades. C'était galère. Elle continua encore de longues minutes et, en grand habitué de la chose, il tint éloigné de son oreille le combiné jusqu'à ce que le décibel soit de nouveau tolérable.

- Bonjour, Maman.
- Abruti ! Je cherche à te joindre depuis des jours et toi, tu m'ignores ! L'idée de prendre des nouvelles de ta mère ne t'a jamais traversé l'esprit ?
- Maman, je suis navré.

Il s'excusait rapidement afin d'atténuer la colère de sa génitrice, stratagème qui fonctionnait un coup sur deux.

- Comment vas-tu ? Toujours en pleine forme ?
- Oui, mais cesse de tourner autour du pot. Depuis quand es-tu avec ta petite-amie ? N'as-tu jamais eu le temps de prendre ton téléphone et de me dire que tu n'étais plus célibataire ? Depuis le temps que je passe ma vie sur la toile en essayant de te dégoter une petite femme, tu aurais pu me dire que je perdais mon temps, déballa la mère du Nara. Ça fait combien de temps que vous êtes ensemble ? Quand a-t-elle emménagé ?

Elle aurait pu continuer ses nombreuses questions pendant des heures si son fils ne l'avait pas stoppée.

- Maman, de qui parles-tu ?

La réponse ne tarda pas à fuser.

- Imbécile ! Tu es bien le fils de ton père ! Tu as pris toute sa niaiserie et son sous-développement intellectuel !explosa l'interlocutrice. De qui je parle d'après toi ? De ta voisine lesbienne ?!
- Mais je ne suis avec personne, Maman.
- Fiche-toi de moi, grand bênet ! Je ne suis pas idiote comme toi ! Qui est-elle et que fait-elle dans la vie ?!

Près de l'agent immobilier, Temari se retenait de rire, tant elle était hilare. Elle n'avait même pas besoin de mettre le haut-parleur pour écouter tout ce que disait la génitrice de son hôte puisqu'elle réveillerait un sourd. La blonde trouvait cela vraiment amusant et surprenant qu'un homme comme Grincheux soit le fils d'une femme aussi franche et bruyante. Son enfance avait bien dû être passionnante, du moins, si l'on n'était pas à sa place.

- Maman, je t'assure que je suis seul.
- Et que fait balle de soie dans l'histoire ?! Elle t'apprend à tisser, peut-être ?

Shikamaru ne saisit pas la moquerie, se contenta de rouler les yeux au plafond, ennuyé par son pétrin. Maintenant, il avait sa mère sur le dos.

- Quelle nouvelle avais-tu à m'apprendre ? questionna-t-il.
- Tu vas devoir réserver un billet, garnement et ne change pas de sujet.

Réserver un billet d'avion ? Non, misère. Il ne voulait pas se rendre au Japon. Surtout pas en cette période estivale, c'était un sacrifice suprême de quitter Miami pendant les vacances d'été. S'il faisait cela, il était bon pour la déprime.

- Non, Maman, je ne peux pas.
- Et pour quelle raison valable, mon fils ?

Shikamaru chercha au plus profond de son esprit une explication digne de ce nom, ce qui était une mission délicate, vu qu'il avait quelques difficultés pour mentir correctement. Son regard se posa sur l'inconnue culottée et il eut une idée. Vu que sa mère pensait que la blonde était avec lui, autant jouer avec cette carte.

- Temari travaille et ... et je ne peux pas prendre de vacances alors qu'elle travaille. Tu comprends, Maman, c'est très égoïste de ma part, baratina-t-il, tachant de coller le plus à son mensonge.

Silence à l'autre bout du fil.

- Tu viens d'avouer une relation alors que tu la démentais cinq minutes avant.

Il avait oublié que sa mère le connaissait par c½ur et qu'elle analysait finement. Elle avait certainement déjà compris qu'il lui mentait et alors là, ça chaufferait pour lui.

- Très bien, on fait un deal.
- Un deal ? répéta Shikamaru, ahuri.

Depuis quand sa mère empruntait un tel niveau de langage ? Ce n'était pas son habitude, pourtant. Elle ne parlait pas « jeune » puisqu'elle avait été élevée dans de grandes écoles qui prônait le langage poli, extrêmement soutenu qu'elle maniait efficacement et diabolisait la « déchéance » de la langue qu'engendrait le mauvais langage des jeunes générations.

- Oui, un deal, mon poussin. Tâche de faire une place à ta maman adorée car dès ce soir, je réserve mon billet pour Miami.
- Mais ...
- Puisque je dois rencontrer cette fameuse balle de soie ...
- Maman, je t'assure qu'on aura le temps. Je ne suis même pas sûr que ce soit sérieux entre nous et je n'aimerais pas que tu aies de faux espoirs, paniqua le jeune homme. Prenons notre temps, s'il te plaît.
- Non, ma décision est prise, je veux connaître cette fille au plus tôt avant que tes liens avec elle ne s'approfondissent. Ainsi, je te dirai si elle est correcte ou pas pour toi.

Finalement, la situation ne tournait pas en son avantage et surtout, s'il ne l'arrangeait pas tout de suite, elle s'aggraverait sans aucun doute.

- Maman, cela ne sert à rien, puisque tu ne la verras pas.
- Pourquoi cela ?!
- Je t'ai dit qu'elle travaillait et elle sera très occupée. Elle travaille de nuit, donc la journée, elle dort.
- Je trouverai bien une heure pour faire sa connaissance.
- Tu ne vas pas payer un billet pour simplement une heure avec une fille qui n'est que de passage ! tenta Shikamaru.
- Mon fils idiot, sache que tu n'es pas le genre d'homme à apprécier les aventures d'un soir et tu envisages une relation profondément sérieuse et durable avec cette femme, donc j'ai le droit de faire sa connaissance. Concernant le billet, il s'agit de mon argent, je le dépense comme je veux.

Non, vraiment, là, il n'avait plus d'idées pour contrecarrer les plans maternels.
Comment la retenir loin d'ici ?!

- De toute façon, je ne viendrais pas inutilement. Je dois moi-même te présenter mon fiancé.
- Ton fian ...QUOIII ?! s'étrangla Shikamaru, incrédule.
- Oui, tu as bien entendu, chéri. Il s'appelle ...
- Mais Maman, tu ... tu ne peux pas être fiancée ! se fâcha le Nara. Tu n'as plus l'âge de prendre un tel engagement, et ... non ! Tu ne peux pas te remarier !
- Religieusement non, mais civilement, oui. J'ai déjà fixé la date du mariage.
- Maman ! Comment peux-tu me ...
- Donc, on se revoit prochainement, mon fils ingrat.
- NON ! HORS DE QUESTION QUE TU ...
- Bye.

Et la conversation fut coupée.

Abasourdi, secoué, médusé et dégoûté, Shikamaru reposa rageusement le combiné et sortit du salon avec fureur. Il claqua la porte de sa chambre avec fracas et n'en sortit pas de la soirée. Assis sur son lit, les mains tenant sa tête prête à exploser, il fulminait les pires insultes à l'encontre de celui qui avait séduit sa mère. Comment avait-elle pu dire oui ? Elle n'aurait pas dû et il aurait fallu qu'elle lui demande son avis car il avait bien son mot à dire dans cette histoire. Or, non, elle l'avait exclu et le mettait devant le fait accompli maintenant, il allait devoir accueillir un homme qu'il ne connaissait pas et qui partageait la vie de sa mère. Une horreur, sa vie n'était qu'une horreur maintenant !
Malgré tout l'amour qu'il éprouvait pour sa mère, Shikamaru était contre sa décision subite et surprise de se remarier et surtout, il ne pouvait pas laisser dans l'ignorance son père. Il devait être au courant. Mais pas ce soir, sinon, il en ferait des cauchemars et son insomnie le reprendrait. D'ailleurs, lui-même ne savait pas comment il allait faire pour dormir sans songer à cette maudite et affreuse nouvelle. Demain matin, il l'appellerait en espérant que sa journée serait assez chargée pour qu'il oublie ce gros tracas. En attendant, lui devait faire le vide dans son esprit pour tenter de trouver un peu de repos.

Temari dîna en compagnie de la télévision et songeant au moment douloureux que traversait son hôte, elle décida d'être polie et correcte le lendemain avec lui. Elle ne savait pas comment il réagirait, comment il serait demain mais elle, à sa place, aurait été méga en colère et n'aurait plus adressé la parole à sa mère. Elle faisait partie de ces gens qui ne croyaient qu'en un unique amour. Pour elle, on ne pouvait qu'aimer une fois. Alors les remariages ... ce n'était pas pour elle. Il y en avait eu pléthore dans sa famille et cela n'avait pas apporté que du bonheur. En tous cas, elle compatissait pour son hôte et espérait que la situation s'arrange pour lui. Elle le plaignait presque, avec la mère qu'il avait. Alors qu'elle regardait la météo, son téléphone portable sonna plusieurs fois et comme la dernière fois, elle le laissa sonner sans lui jeter un coup d'oeil.

Le lendemain matin était arrivé trop vite et trop lentement au goût de Shikamaru.
Trop vite car il devait prévenir son père de la situation, trop lentement car il avait mal dormi. Il s'était réveillé avec une bonne odeur de pancakes, de corn-beef, d'oeufs et du jus frais pressé l'attendait sur la table de la cuisine. Depuis son arrivée, c'était la première fois que la blonde cuisinait et cela émanait de sa compassion.
Shikamaru ne fut pas dupe et ne dit rien, préférant ne pas se mettre sur le dos, une autre femme. Dès qu'il l'aperçue, rayonnante comme une fleur arrosée délicatement, une bonne humeur l'envahit, le temps d'un repas.

- Ça va ? Hier, tu as oublié d'acheter du jus mais finalement, je me suis débrouillée et les fruits frais, c'est vachement meilleur qu'en bouteille. Goûte et tu verras la différence, tu te sens revitalisé.

Il ne répondit pas, la remercia pour les assiettes bien garnies et commença à manger même son estomac était noué. Il mangeait pour ne pas la froisser mais aussi parce qu'au fin fond de son estomac, il avait faim puisqu'il avait sauté le dîner. Et puis, il lui fallait des forces pour apprendre la nouvelle à son père. Temari but un verre de jus d'un trait, disparut ensuite pour ne pas revenir. Son téléphone portable sonna encore et Shikamaru se retint de jeter un ½il sur le correspondant. Qui pouvait bien chercher à la joindre ? Ses parents. Sa famille, en général et ensuite, ses amis.

Mais pourquoi ne répondait-elle pas dans ce cas-là ? Avait-elle peur que les autorités la harcèlent, parviennent à la localiser pour la renvoyer à la frontière ? Non, impossible, ce serait une perte de temps et d'argent pour eux. Elle pourrait bien se cacher mais pas éternellement et d'une façon ou d'une autre, ils la coinceraient. Par conséquent, il ne s'agissait pas des autorités. Il faudrait peut-être qu'il lui dise qu'elle ne risquait rien en répondant à son téléphone ? Ou peut-être qu'il devait se taire et se mêler de ses affaires.

N'empêche, ce téléphone l'intriguait et il était en droit de se poser des questions sur une inconnue qui dormait chez lui. Et si elle faisait partie d'un trafic de stupéfiants, si elle sortait de prison ou si elle faisait partie d'un gang dangereux, n'avait-il pas le droit de le savoir afin qu'il prenne ses jambes à son cou ? Temari accourut dans le salon et dut sans doute éteindre le portable car il ne sonna plus et elle repartit dans sa chambre. Pourquoi ne répondait-elle pas ? C'était une question qui dérangeait beaucoup Shikamaru et il remerciait secrètement la jeune femme de lui prendre la tête ainsi car sinon, il ne songerait qu'aux lubies de sa mère. Bon, maintenant que son ventre était plein, il devait joindre son père.

- Je suis désolé, Papa mais je devais te le dire.

Son père demeura silencieux durant de longues minutes, méditant ses propos. Il savait que cela lui faisait mal, cependant, il n'aurait pas pu lui cacher cela. Il fallait qu'il le sache parce qu'ils s'étaient promis une chose : pas de secrets entre eux et Shikamaru respectait ses promesses.

- Tu as bien fait, fils, prononça, enfin, d'une voix posée, son géniteur.

Shikaku Nara était quelqu'un de sage, de très sage et il avait inculqué à son fils de nombreuses valeurs, de nombreux aphorismes afin qu'il devienne quelqu'un d'aussi calme, sage et serein comme lui. Il savait que son enfant en était encore loin, comme lui-même au même âge, et avec les années, il était sûr que Shikamaru suivrait sa voie.
Evidemment qu'il était blessé par l'attitude de son ancienne femme, seulement qu'y pouvait-il si elle décidait de refaire sa vie avec un autre ? C'était son choix, sa responsabilité et elle était libre de faire ce qu'il lui plaisait. Par conséquent, même si au fond de lui, son coeur saignait de la savoir aimer un autre que lui, il devait tout simplement l'accepter. Et montrer l'exemple à son fils. De la façon, hargneuse et remontée, avec laquelle il s'était exprimé, Shikaku avait facilement saisi que son enfant ne respectait pas la décision maternelle et en souffrait autant que lui.

- Je ne le connais même pas et elle veut déjà se marier avec lui, bougonna-t-il.

Shikaku continua de regarder la mer sans laisser les sombres pensées le démoraliser.

- Elle a dit qu'elle viendrait me le présenter, informa l'agent immobilier, en décapsulant deux bières bien fraîches.

Il en tendit une à son père et s'installa près de lui, ses lunettes solaires sur le nez hâlé et but une gorgée de sa boisson. Il appréciait grandement les moments d'intimité comme celui-ci avec son père. Ils étaient très complices et une fois par semaine, ils fixaient un rendez-vous et faisaient un tour en mer sur le bateau de Shikaku. C'était une cigarette modeste avec deux moteurs avec un intérieur composé d'une couchette, d'une kitchenette et d'une petite salle de bain, son père ayant toujours aimé la simplicité. Ils débarquaient de la marina et allaient naviguer ici et ailleurs pour se détendre, respirer l'air marin et discuter. Ces moments père et fils étaient privilégiés et Shikamaru les aimait beaucoup. Cela lui permettait de se ressourcer et d'ouvrir son coeur.

- Tu as autre chose à m'annoncer, non ?devina le conducteur du bateau.

Naturellement, son père étant son plus grand confident, il savait reconnaître les signes d'un trouble intérieur, de sorte que Shikamaru ne pouvait rien lui cacher.

- Ouais. Y a une fille chez moi.
- Une fille ? releva Shikaku, très étonné.

Depuis le temps que son fils était célibataire, cela paraissait surprenant qu'il lui apprenne l'existence d'une femme dans sa vie. Cela méritait des explications.
Avant de se confesser, Shikamaru vida sa bière d'un trait et poussa un long soupir.

- Elle vient de Saint-Domingue et son visa a expiré. Elle squattait un superbe appartement que je devais vendre et dont j'ai perdu les potentiels acquéreurs, raconta-t-il, brièvement. Elle parle très bien l'anglais et m'a promis de me rembourser quand elle en aura l'occasion, c'est-à-dire, jamais sans doute. Avant que tu dises quoique ce soit, je sais, Papa. Je sais, mais je ne pouvais pas mettre cette fille à la rue, Maman et toi, vous ne m'avez pas élevé comme ça.

Shikaku sourit discrètement à l'aveu de son fils et hocha la tête. Son enfant retenait bien ses leçons et appliquait l'éducation qu'il lui donnait. Heureusement qu'il avait toujours été obéissant. Cependant, comment allait-il se sortir de cette situation maintenant ?

- Ma malchance, c'est que Temari a répondu au téléphone et est tombée sur Maman qui veut la rencontrer maintenant parce qu'elle croit que nous sommes ensemble. J'ai beau nié, elle ne m'écoute pas alors j'ai menti et ce fut une grosse erreur.
- Effectivement.
- Mais j'ai tout planifié : je ferai croire à Maman que Temari et moi, c'est fini. Pendant ce temps, je cacherai Temari autre part.
- Et tu penses à moi, n'est-ce pas ? devina Shikaku.
- Si tu veux bien me donner un coup de main.

Naturellement. Il n'abandonnerait jamais son fils aux griffes de sa mère et de ses mésaventures.

- Je lui ferai de la place, ne t'en fais pas.
- Merci, Papa.

Le jeune agent immobilier décapsula une autre bière qu'il porta à ses lèvres lorsque la sonnerie de son portable retentit. Ennuyé, il manqua de ne pas répondre, ce fut l'inscription de son portable indiquant l'identité de son correspondant qui le poussa à décrocher.

- Allô ?
- Shikamaru ? J'ai besoin de toi, immédiatement, dit une voix apeurée, l'invitée du Nara.

Ce dernier pâlit subitement au son de la voix féminine et déposa sa boisson à côté de lui.

- Que se passe-t-il ?
- J'ai besoin de toi, pressa Temari.
- J'arrive.

Ni une ni deux, Shikamaru se levait déjà, inquiet du sort de sa colocataire. Et si les autorités l'avaient trouvée ? Et si tous les scénarios catastrophiques dont il avait rêvé se réalisaient ? Si on le mettait en prison pour complicité ? Galère.

- Un problème, fiston, devina Shikaku.
- Oui, il faut faire demi-tour, Papa.
- Pas de souci mais à une condition.
- Tout ce que tu voudras.
- Tu me présenteras cette charmante Temari.
- Évidemm ...non !
- Tu n'as pas le choix.

Shikamaru soupira de résignation et se prépara à l'accélération de son paternel.

Temari était dans une panique totale. Comment avait-on pu la trouver ?
Elle était restée confinée dans l'appartement du Nara durant ces dernières semaines, avait été très discrète auparavant. Elle ne comprenait pas pourquoi et cela lui rajoutait une grosse couche d'angoisse en plus du stress de la fuite. Parce qu'elle devait fuir.
Il n'y avait pas d'autre solution.
Depuis qu'elle avait reçu l'appel sur le domicile du Nara, elle n'avait pas perdu de temps : ses affaires étaient déjà dans ses valises et elle n'attendait plus que son hôte pour la sortir d'une mésaventure.
Jusqu'à ce qu'il pénètre dans son cocon, elle fit les cent pas sans arrêt, triturant ses doigts avec panique, songeant à ce maudit appel. Comme elle s'en voulait d'avoir répondu. Pourtant, elle n'avait pas eu le choix : c'était le fixe du Nara, elle avait l'habitude de répondre, et puis comment aurait-on pu la trouver chez lui alors que personne ne les avaient vus ? Toutes ces questions l'angoissaient et elle n'avait jamais atteint un tel niveau de stress. A moins que son hôte soit disant bienveillant soit en réalité un monstre égoïste qui l'avait dénoncée à la police locale. Aurait-il pu faire cela ? Elle en doutait mais elle restait méfiante : elle lui avait fait rater un grand pactole donc il aurait pu se venger de cette façon. Et vu qu'il était sorti aujourd'hui pour voir son père ... peut-être qu'il avait tout orchestré. Oh la vache ... merde.
Elle stoppa subitement ses pas lorsqu'elle entendit les clefs dans la serrure et attendit, alerte, l'agent immobilier, tout aussi soucieux qu'elle.

- Alors ?
- Alors quoi ?
- Tu m'as dénoncée, pas vrai ?
- Je ... pas du tout.
- Alors comment se fait-il qu'on m'ait trouvée ? s'écria Temari, paniquée. J'ai été aussi discrète qu'une ombre et quand même ça, quand j'ai décroché le téléphone ...
- Je n'y suis pour rien du tout.
- Comme par hasard, tu étais sorti, j'ai le droit de me poser des questions !
- Je n'ai rien fait contre vous, jura Shikamaru, car on m'accuserait d'être votre complice. Je ne suis pas stupide à ce point !

Là, il marquait un point, nota la jeune femme, en reprenant ses cent pas. Alors comment avaient-ils trouvé sa cachette ? Elle n'avait laissé aucun indice, trace de ses passages ... ils étaient puissants, avaient leur réseau, les moyens de la traquer sans relâche mais quand même, pas à ce point. Shikamaru l'avait vue jusqu'à ce jour très vive, joyeuse et là, il la découvrait tendue, affolée, tourmentée et il se sentit peiné pour elle.

- Que puis-je faire pour vous, Temari ?

La blonde plongea les deux admirables émeraudes qui lui servaient de prunelles dans ses yeux, contact visuel qui lui donna un frisson général. Soudain, il lui vint à l'esprit qu'il ferait n'importe quoi, tout ce que lui demanderaient ces yeux verts.

- Partons au Japon.

Surpris, Shikamaru éclata d'un rire nerveux qui cessa dès qu'il remarqua l'air déterminé de son interlocutrice. Elle était sérieuse. Galère. Quand il disait qu'il ferait tout, il n'avait pas pensé à un truc aussi grotesque et effrayant.

- Pourquoi cela ? Je veux dire, pourquoi le Japon, pourquoi partir ...
- Il ne s'agit pas de partir mais de fuir, rectifia la jeune femme. Concernant la destination ... eh ben ... votre mère habite là-bas, au lieu qu'elle vienne, on pourrait lui rendre visite.
- Il en est hors de question.
- Pourquoi ? Je ne peux plus rester aux Etats-Unis. Il me faut aller au bout du monde pour qu'ils me perdent de vue à tout jamais !
- Pourrais-je savoir qui en a après vous ? questionna Shikamaru, intrigué.

Temari devint livide, poussa un long soupir et planta à nouveau son regard dans celui du Nara. À la façon dont elle avait prononcé ce « Ils », ce cher agent immobilier en avait intelligemment déduit qu'elle ne faisait plus référence aux autorités fédérales. Il ne pouvait pas être au courant de la vérité sinon il ne lui porterait aucune aide et il était le seul pilier pour elle actuellement. Sans lui, elle avait peu de chances de quitter le sol américain pour espérer refaire sa vie, prendre un nouveau départ.
Seulement, elle mesurait l'ampleur de sa requête, ce qu'elle impliquait – il avait une agence immobilière tout de même, des employés, des clients, lui demander d'abandonner tout cela simplement pour elle, alors qu'il ne la connaissait pas.
C'était beaucoup demandé pour un inconnu, la plupart de ses connaissances l'avait abandonnée et lui, il restait un parfait étranger à qui elle demandait un trop grand investissement. Elle comprenait qu'il ne pouvait lui prêter main forte si elle, de son côté, ne faisait pas un effort pour révéler qui elle était vraiment. Sauf que révéler son identité le ferait rétropédaler et elle se retrouverait sans aucune aide. Elle lui mentait déjà, il se sentirait trahi et refusait de collaborer alors qu'en se taisant, elle pouvait le faire coopérer. Elle n'avait pas le choix de toute façon.
Elle prit la parole avant que son hôte ne commence réellement à soupçonner un lien mafieux et à lui jeter un méchant regard.

- Je vous l'ai déjà dit... les autorités fédérales me recherchent.
- Elles ne font pas une chasse à l'homme pour traquer les travailleurs immigrés. À moins que vous ne soyez liée à quelque chose de beaucoup plus malsain.

Elle n'appréciait pas ce regard inquisiteur chez lui, il la mettait très mal à l'aise, comme les professionnels des interrogatoires et un traumatise violent la saisit à la simple évocation du mot « interrogatoire », de sorte qu'elle se figea, les lèvres tremblantes. Shikamaru remarqua tout de suite ce changement de comportement brutal et culpabilisa derechef. Qu'est-ce qu'il était bête : Temari était paniquée et lui, il agissait comme si elle était une Camalaty Jane du XXIème siècle. Elle n'avait pas le visage d'un gangster et encore moins l'âme d'un criminel en série. Elle n'était qu'une simple clandestine qui exagérait un peu les procédures d'arrestation de la police fédérale et il ne pouvait pas la blâmer pour cette phobie.
Bon, il acceptait de l'aider à quitter le territoire américain et à l'amener au Japon où il faudrait quand même qu'elle fasse ses papiers d'identité.
Seulement ce serait également galère, plus même qu'ici. Savait-elle parler japonais ? Saurait-elle se débrouiller dans ce pays asiatique aux moeurs différentes ?
Le Japon n'était peut-être pas une bonne idée après réflexion. Mais où pourrait-elle poser ses valises sans être tracassée ?
Soudain, une idée traversa son esprit ingénieux et il alluma son ordinateur portable tandis que l'autre main composait un numéro. Lorsque son interlocuteur décrocha, Temari ne comprit pas un mot de ce que le Nara racontait et commença à s'inquiéter sur sa santé mentale. Pourtant, il communiquait bien dans une langue existante et non fictive mais elle ne la connaissait pas. De quoi pouvait-il bien parler et avec qui ?
Tout en discutant avec son interlocuteur, l'agent immobilier réservait en quatrième vitesse des billets d'avions sur sa compagnie favorite. Mais comment faire passer la frontière à son inconnue puisque ses papiers n'étaient pas à jour ?
Faisant face au problème, il demanda un laps de temps d'attente à son interlocuteur et se tourna vers la jeune femme, assez dépassé.

- Temari, on n'a pas pensé à vos papiers d'identité... je ne peux pas réserver.

Alors qu'il pensait que la situation ne pouvait pas s'arranger, la jolie blonde de Saint-Domingue le dévisagea quelques secondes, le temps de réfléchir, avant de sortir un passeport de sa poche. Tant pis pour sa couverture.
Hébété, interloqué, le cerveau ne fonctionnant plus, Shikamaru lut avec difficulté que le passeport était en règle et bien valide.

C'était quoi cette histoire ?!

Hello ! N'hésitez pas à me laisser des avis quels qu'ils soient pour que je puisse savoir ce que vous en pensez ^^

À très bientôt ;)