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Bonne lecture ;)


Tant pis pour sa couverture.

Hébété, interloqué, le cerveau ne fonctionnant plus, Shikamaru lut avec difficulté que le passeport était en règle et bien valide. C'était quoi cette histoire ?! La colère apparut soudainement dans son regard et sur son visage et avant qu'il ne pousse un cri d'indignation, Temari s'était déjà posée sur ses genoux, pianotant à toute vitesse son nom d'usage et enregistrant la réservation. Puis, elle se releva et se repositionna sur ses genoux, face à lui cette fois-ci et le regarda bien dans le fond de ses yeux. La position était suggestive et dans un contexte très différent, Shikamaru aurait probablement senti un chambardement total en son intérieur mais ni la situation ni Temari n'en lui laissa le temps. Et pour cause, il fallait faire vite.

- Je vous ai légèrement menti, avoua-t-elle, il reste encore quelques mois à mon visa avant son expiration. J'ai seulement besoin de vous pour l'argent parce que je ne peux pas m'alimenter aux distributeurs sans me trahir. Je vous l'ai promis : je vous rembourserai tout. Maintenant, imprimez les billets et on décampe.

Les propos qu'elle déversa furent tellement prompts que Shikamaru n'eut pas le temps de réagir et la vit, sonné, se contorsionner pour choisir la carte bleue comme moyen de paiement. Elle la sortit du porte-carte installé près de l'ordinateur, composa les chiffres demandés et cliqua sur le bouton « imprimer la réservation » avant que le Nara ne parvienne à formuler sa pensée. Qui était cette femme ?
Alors qu'il croyait fermement depuis trois semaines qu'elle était une personne en situation irrégulière, voilà qu'il apprenait qu'elle est parfaitement en règle. Que lui cachait-elle ? Peut-être qu'il s'était trompé après tout. Peut-être qu'elle était réellement une criminelle et qu'il était sa prochaine victime... Cette pensée fit croître une panique importante qui le fit se relever brusquement de sa chaise et s'écarter considérablement de la jeune femme.

- Qui êtes-vous réellement ?! RÉPONDEZ-MOI !

Il avait fichtrement peur. Temari garda un regard impavide sur son gentil hôte, soupesant une nouvelle fois les possibilités qui s'offraient à elle. Naturellement, elle ne revint pas sur sa précédente position et jetant un coup d'œil à sa montre.
Plus que deux heures avant le vol.

- Bali, très jolie destination.

Grâce à la réservation, elle avait pu déduire que le Nara maîtrisait parfaitement le balinais. Pas mal comme agent immobilier finalement.

- J'appelle la police.
- Cela ne sera pas nécessaire.
- Ne m'approchez pas ! ordonna Shikamaru, apeuré et furieux.

Et dire qu'il avait failli tomber lâchement et aveuglement dans son piège. Il n'allait pas se laisser museler et il la dénoncerait aux autorités.

- Notre avion va bientôt décoller, Shikamaru.
- Je vous interdis de m'appeler par mon prénom et surtout vous pouvez oublier notre petite virée. Je n'ai pas envie de faire un remake de Bonnie and Clyde.
- Je ne suis pas une meurtrière, je ne suis pas une trafiquante de stupéfiants et je n'ai pas de mandat d'arrêt international sur mon dos. Interpol ne me recherche pas.
- Comment pourrais-je vous croire ?! Vous m'avez déjà menti et vous le referez sans hésitation pour sauver votre peau !
- Je dois quitter le pays.
- Et arrivés à Bali, vous allez me tuer ?

Il ne pensait réellement pas qu'elle avait du sang sur les mains ? Il plaisantait ?
La stupeur qu'il lut sur le visage de la jeune femme l'intrigua mais ne le fit pas baisser sa garde et attrapant rapidement son téléphone fixe, il composa le 911 sous les yeux impassibles de l'inconnue. Ce qui le troubla un peu plus.
N'était-elle pas effrayée à l'idée d'être arrêtée ? Ou était-elle un sociopathe pour ne rien regretter de ses actes et ne pas avoir peur de la peine de mort ? Ou alors... peut-être qu'elle disait la vérité ? Et si tout cela n'était qu'un ultime jeu de rôle pour le berner une nouvelle fois ? Que devait-il penser maintenant ?
Temari s'approcha de l'imprimante, attrapa les billets qu'elle fourra dans sa poche sans un regard pour son hôte qui hésitait à appuyer sur le bouton pour lancer l'appel vers la police. À quoi jouait-elle ?

- Où allez-vous ?
- J'ai un avion à prendre.
- Quoi ?! Vous n'allez pas vous en ...
- Je te le répète, Shikamaru, je n'avais besoin que de ton argent et d'une cachette provisoire. Maintenant que tu as payé le billet, je peux partir et ne t'en fais pas, tu seras remboursé.
- Avec de l'argent sale.

La blonde mystérieuse ne chercha même pas à répondre à son ancien hôte qui la regardait maintenant avec mépris. Il allait éructer quelque chose à son égard lorsqu'une immense explosion se fit entendre. Temari se tendit, se précipita à la fenêtre et y jeta un œil à travers les rideaux, tout en restant très discrète.

- Votre BM est foutue, annonça-t-elle, avec gravité.

Shikamaru s'apprêta à prononcer un « Quoi » empli d'effarement lorsque Temari emporta son sac à main, abandonnant ses effets personnels et se dirigea vers l'entrée de l'appartement.

- Où allez-vous ?
- Tu ferais mieux de me suivre, Shikamaru, si tu ne veux pas terminer comme ta voiture, prévint-elle, avec un regard sérieux.
- Ces gens... ils sont là pour vous ?
- Pour nous, rectifia-t-elle, en ouvrant la porte. Si tu tiens à la vie, suis-moi.
- Ah ah ah... vous croyez que vous aller m'enrôler comme ça ? Pour m'assassiner après quand je ne serai plus un bon pion ?
- Fais comme tu veux.

Et alors que Temari sortait de l'appartement, une grenade atterrit dans la cuisine du Nara qui, réfléchissant à toute vitesse, récupéra son ordinateur, ses papiers d'identité, son porte-carte et fonça hors de son chez lui. La blonde fit volte-face et fut surprise de le voir en haut de l'escalier.

- Je viens avec vous, décréta-t-il, livide. Quitte à être avec un assassin, je préfère être avec une femme.
- Salopard de macho, jura Temari, en reprenant la descente des escaliers.

Shikamaru lui emboîta le pas tout en reprenant la conversation avec son interlocuteur qui, heureusement, n'avait pas raccroché.
La sortie de l'immeuble ne fut pas simple mais Temari n'était pas idiote. Ses traqueurs l'attendaient en bas de l'immeuble et était certainement postés à la sortie du garage. Pour s'échapper, ils n'avaient pas le choix. Ils ne pourraient pas utiliser le toit, autant risquer le sous-sol. Parvenus au parking, elle fit son choix sans tarder. Sortant un outil que les vols de voiture qualifierait de magique, elle parvint à ouvrir la portière sans difficulté et à se hisser sur le siège du conducteur, faisant gronder le puissant moteur du véhicule.

- Vous ne comptez tout de même pas...
- Monte et ferme-la, sinon je te considère comme un cadavre.

Shikamaru n'eut pas le temps de déglutir, il monta à bord du 4*4 de son voisin – pauvre Monsieur Gibbs – et eut à peine le temps de fermer sa portière que la conductrice démarra en trombe. Elle avait choisi une voiture haute, solide, avec une bonne vitesse et surtout, aux vitres teintées. Pas question d'aggraver la situation du Nara. Si jamais on le reconnaissait, il serait à jamais sur leurs listes pourpres et elle aurait sa mort sur la conscience. Elle n'aimait pas condamner les innocents. Opérant un virage à 90° degrés qui fit dresser les cheveux de son passager qui hurla, elle appuya son pied sur l'accélérateur et juste avant la barrière, elle se tourna vers le Nara pour obtenir le code qui ouvrait la barrière.

- 8954, récita ce dernier, déglutissant avec peine.
- Respire un bon coup, Shikamaru. Tout va bien se passer.
- Je vais attacher ma...AAaah

"Pas le temps", songea la blonde en accélérant à la sortie du garage. Comme elle l'avait prévu, trois voitures teintées étaient postées sur le trottoir, leurs passagers étudiant les faits et gestes des voisins qui sortaient de leurs maisons pour hurler, alerter la police. Celle-ci ne tarderait pas à se rendre sur les lieux et Temari conduisit tranquillement – ce qui permit au Nara d'attacher sa ceinture de sécurité avec un certain soulagement – afin de ne pas éveiller la curiosité de ses poursuivants. En agissant ordinairement, ils passèrent incognito, même si, au bout de dix minutes, une voiture noire se mit à les suivre par prudence. Il fallait s'y attendre.

- Guide-moi à l'aéroport, commanda-t-elle, tandis qu'elle baissait la vitre de sa voiture, pour imiter une femme à son volant.

Heureusement que même les meilleurs poursuivants du monde ne pouvaient reconnaître un bras parmi 10 000 à 840 mètres de distance. Avec ce geste anodin, elle espérait bien les duper afin qu'ils abandonnent leur filature. Aujourd'hui devait être son coup de chance car la voiture noire commença à s'éloigner avant de bifurquer brusquement à gauche.

- Dis, il y a un raccourci pour l'aéroport ?
- Nous sommes déjà sur le raccourci, grogna Shikamaru.

Il n'eut pas tort car au bout de quelques minutes, ils parvinrent sans encombre à l'aéroport, réussissant à garer leur bolide devant le terminal des départs.
L'aéroport d'Orlando était un assez joli bijou d'architecture et accueillait de très nombreux passagers, étant le treizième aéroport le plus utilisé des Etats-Unis, d'autant plus qu'il était considéré comme un hub. Il serait donc facile pour eux de se faufiler parmi les milliers de touristes ou simples voyageurs qui transitaient.
Temari sortit les billets électroniques – elle remerciait le ciel d'avoir inventé cette merveille technologique qui facilitait la vie – et les présenta au comptoir de la compagnie, le Nara à ses côtés. Il remarqua qu'elle ne chercha même pas à cacher son passeport à sa vue.

Était-ce un signe de coopération ? Une stratégie de séduction pour mieux le manipuler encore ?
Quoiqu'il en soit, il ne refusa pas cette opportunité de s'informer sur la femme qui avait complètement chamboulé sa vie et causé la destruction de son appartement. Elle mesurait 1m70, pesait... non, il ne regarderait pas, était née le 23 août... non plus, il savait qu'il était défendu de demander son âge à une femme. Elle avait vu le jour à Montevideo. Montevideo.
Il savait que c'était une grande ville, la capitale d'un pays sud-américain.
Mais lequel ? Montevideo... C'est alors qu'il lut un indice non négligeable.
Double nationalité.
Elle avait la double nationalité suisse et uruguayenne. Et le déclic s'enclencha tout seul : Montevideo était la capitale de l'Uruguay, pays de l'Amérique du Sud. Et dire qu'il la suspectait d'être de Saint-Domingue, il n'était pas si loin que cela, finalement. Il lui jeta un long regard curieux tandis qu'elle discutait toujours avec l'hôtesse de bagages et produits interdits à bord de la cabine.

Suisse et Uruguayenne.
Si elle n'avait pas peur de transiter entre les différents pays du sol européen qui collaboraient en matière policière et judiciaire, cela signifiait qu'elle n'avait rien à se reprocher. Après lui avoir menti, il ne la soupçonnait pas d'être une femme droite et juste, aussi cette analyse ne lui plut pas. Elle avait soit dérobé le passeport d'une femme (japonaise si l'on en croyait le nom de famille et le prénom) et avait modifié la photo d'identité, soit elle était à la tête d'une grande société aux bénéfices tout droit sortis de l'économie souterraine et qu'elle n'avait rien à craindre.
Néanmoins, si elle était si intouchable, pourquoi avait demandé l'asile chez lui ? Elle aurait dû avoir des gardes du corps, ne pas être esseulée, elle la grande maîtresse du crime organisé. Ou alors, ses propres soldats s'étaient retournés contre elle et la pourchassait afin qu'elle n'accomplisse pas sa vengeance, ce qui expliquait le visa américain valide, un probable passeport réel et ses fameux comptes en banque pleins. Tout à son raisonnement d'inspecteur de police, le Nara fut rappelé sur Terre par ladite criminelle qui le hélait.

- Je dois retirer de l'argent pour te rembourser. Seulement, je ne le ferai que dans exactement un quart d'heure.
- Pourquoi pas tout de suite ? Plus vite on montera dans l'avion, plus vite on ne vous repèrera pas.
- Il y a une chose que tu n'as pas saisie, Shikamaru, releva Temari, toujours aussi sérieuse. Au cas où je repérerai quelque chose d'anormal, on ne montera pas dans cet avion mais on choisira une destination au hasard.

Quoi ? Alors la réservation n'était qu'un plan A ? Il avait payé cash ou plutôt elle avait utilisé sa carte bleue pour financer le vol et elle lui disait qu'au cas où elle en aurait décidé autrement, ils voyageraient sur un autre vol ? Elle était cinglée ?!
Elle avait pourtant bien vu ce qu'il avait déboursé pour une réservation de deux heures avant le vol et il paierait une fortune pour un achat à la dernière minute alors qu'il ne serait même pas remboursé pour le premier vol. elle était inconsciente ou quoi ?
Déjà qu'il n'était même pas sûr qu'elle allait réellement le rembourser, alors quant à songer à se ruiner pour une destination X... elle pouvait tirer un trait sur lui.
D'autant plus qu'il ne savait pas comment elle allait pouvoir affirmer que tel adversaire se trouvait dans leur avion alors qu'on n'avait pas piraté son ordinateur et que ceux qui avaient bousillé son appartement ne pourraient pas s'incruster dans un avion.
C'était de la pure folie et il ne savait pas comment il allait pouvoir expliquer ça à la Cour Suprême ou à la Cour pénale internationale. Il était fichu et passerait le restant de ses jours derrière les barreaux si elle ne le tuait pas avant.
Temari voyait bien qu'il ne partageait pas sa décision et contre tout attente, elle l'écouta et se dirigea d'un pas pressé vers le premier distributeur automatique venu. Là, elle sortit sous les grands yeux hagards de son hôte deux cartes bleues, dont l'une fut avalée par le distributeur. Quelques minutes plus tard, la blonde avait retiré sous ses yeux au moins neuf mille dollars dont trois qu'elle lui remit sans ciller. Même lui cessa de battre les cils lorsqu'il vit cette somme dans sa main gauche.

- Tu ferais mieux de ranger ça dans un endroit sûr, Shikamaru, conseilla-t-elle, en s'éloignant du distributeur.

Elle filait déjà vers la salle d'embarquement alors qu'il tentait de se remettre de sa stupeur et sa confusion.

Elle l'avait payé.

Elle lui avait donné beaucoup plus que ce que son billet lui avait réellement coûté. Alors pourquoi un supplément ? Pour lui prouver qu'elle était riche ? Que sur ce point, elle avait dit la vérité ? Evidemment qu'une criminelle de son gabarit roulait sur l'or, il n'y avait pas de quoi engager sa bonne foi.
Et puis, elle avait suffisamment ruiné sa confiance pour qu'il la donne à nouveau. Il resterait plus que méfiant à son égard et le pactole qu'elle lui avait remis ne changerait rien à la façon dont il la voyait. Fausse, manipulatrice, assassin, hors-la-loi. Bonnie.
Il aurait pu, à ce moment où elle tendait son passeport et son billet au poste d'embarquement, fuir, détaler à toute vitesse, s'évanouir dans la nature. Sauf qu'il ne pouvait pas disparaître, devenir un nuage car il ne pourrait jamais échapper aux truands qui avaient failli les poursuivre et qui se feraient une joie de l'exécuter qu'il parle ou non. Il ne pourrait jamais échapper à la femme galère puisqu'elle le traquerait à son tour et le ferait taire avant qu'il ne divulgue le peu de choses qu'il savait sur elle.
En somme, il était dans un cul-de-sac.
Ainsi acculé, Shikamaru Nara se dirigea vers le poste d'embarquement lentement, à cette allure que favorisait les réalisateurs de films lorsque leur héros prend une lourde décision irrévocable, abandonnant sa vie d'avant, laissant son quotidien derrière lui à tout jamais, embrassant une vie à l'avenir funeste.
Si seulement Shikamaru Nara savait ce qui l'attendait en suivant la blonde inconnue dans le tunnel menant à l'avion, ce que l'avenir lui réservait, ce qu'il quittait à contrecœur, cette Miami adorée qui lui avait donnée tant d'amour et de chaleur et qu'il ne reverrait jamais plus.

Shikamaru Nara quitta le sol américain, sa Floride chérie, le cœur lourd, affligé, pessimiste. Peut-être même qu'il s'agissait de son dernier vol.
Prenant une longue inspiration, il se refusa à jeter un œil à l'hublot alors que les trains d'atterrissage rentraient, l'avion prenant de l'altitude.

Le vol Miami-Bali durait vingt-sept heures et cinquante-cinq minutes avec escale et pour l'instant était agréable. Shikamaru avait choisi la classe économique mais actuellement, il regrettait amèrement. Il confirmait que le service de la compagnie était de bonne qualité, les hôtesses et stewards étaient à l'écoute des passagers et le repas avait été plutôt bon. Il n'était jamais déçu par cette compagnie promue internationalement comme étant la meilleure pour la qualité de son service en vol et le professionnalisme dont faisait preuve l'équipage mais peut-être était-ce sa situation plutôt dramatique ou les gémissements, pleurs, cris de bébés ne supportant pas l'avion, il ne parvenait pas à trouver l'apaisement qui le réconfortait lorsqu'il voyageait.
Tout était allé si vite.
Elle l'avait appelé en catastrophe, il avait rappliqué le plus vite possible et le tsunami l'avait emporté, dévastant son quotidien. Elle l'avait dupé dès le matin : elle n'avait pas été une simple clandestine mais bel et bien une squatteuse sans foi ni loi qui semait le trouble dans différents pays. Et il l'avait aidée à passer la frontière, ce qui était sans aucun doute un élément constitutif de complicité. On allait le condamner pour trahison à l'état américain et il finirait ses jours par injection létale finalement. Quelle horreur.
Il ne souhaitait pas que ses parents assistent à sa condamnation, à sa mise à mort et dire qu'il leur avait promis de ne jamais passer par la case prison. Un excès de gentillesse, de bienveillance et voilà où la bonté l'avait mené. À sa propre tombe.
Elle avait un bien joli visage, la Mort. En observant la menteuse dormir paisiblement dans une position bien inconfortable, Shikamaru se demanda si le moment pour fuir n'était pas venu. Il avait une occasion rêvée de disparaître, d'échanger sa place avec un autre... Faux espoir.
Il restait encore une dizaine d'heures de vol et elle aurait largement le temps de le retrouver. Ce n'était pas comme s'il allait sauter par-dessus bord. Galère. Le point de non retour avait déjà été atteint et impossible de faire marche arrière depuis longtemps. En ce moment, son père devait probablement tenter de le joindre et commencerait à s'inquiéter surtout lorsqu'il découvrirait l'état chaotique de son appartement. Galère. Il lui en voulait tellement de le mettre dans une telle situation. Il lui en voulait tellement de foutre sa vie en l'air comme cela. Elle n'avait fait que débarquer et avait tout fauché. Maintenant il ne possédait rien.

Ni dignité, ni fierté, ni courage, ni agence immobilière, ni profession, ni vie privée.

Rien.
Il n'était qu'un fugitif qui mourrait dans l'indifférence générale. Il ferait de la peine à ses parents, et c'était certainement pour cette raison qu'il la détestait. Ses parents ne seraient plus jamais heureux. Déjà que son père avait très mal vécu son divorce alors que penser de la condamnation de son fils unique ? Il ne s'en remettrait il ne fallait même pas évoquer le sort de sa mère.

Il la détestait.

Il la détestait pour tous les torts qu'elle lui avait causés, qu'elle causerait à ses parents, pour tous les gens qu'elle avait fait souffrir. Elle n'était qu'une garce qui ne méritait que son sort : pourrir dans la prison la plus stricte du monde. Sans aucun droits.
Elle n'était qu'une ordure qui n'avait pas mérité la chance de croiser son chemin.
Être bon samaritain n'était pas chose aisée en ce bas monde. Cela pouvait vous précipiter à votre perte. Il avait tout perdu. Tout perdu par sa gentillesse, son éducation et, il fallait l'avouer, la personnalité de la criminelle. Au premier abord, il l'avait trouvée énervante et insupportable parce qu'elle lui avait fait perdre gros. Ensuite, son côté enjoué et « cool » l'avait un peu adouci, ramolli serait le terme le plus approprié même et au cours de leurs semaines de cohabitation, elle n'avait pas été aussi invivable qu'il l'avait cru. Elle avait même été gentille et de bonne compagnie.
C'est vrai que, rétrospectivement, elle avait des idées très « européennes » que son côté américain ne saisissait pas souvent et ils avaient eu des débats très instructifs et intelligents, qui l'avaient pour la grande majorité beaucoup surpris. Elle avait une éloquence digne de Cicéron et semblait être très informée sur l'actualité politique, économique et sociale des différents pays du monde. Est-ce que la chef d'une organisation illégale devait être aussi calée dans ces domaines ? Avait-elle le temps de lire la presse, de visionner les journaux télévisés si elle devait coordonner des assassinats, des guets-apens ou des hold-up ? Après tout, ce n'était pas parce qu'on était le cerveau d'une bande criminelle qu'on était un parfait imbécile. Si elle possédait une bonne culture générale, tant mieux pour elle.
C'était peut-être cette connaissance qui l'avait perdue ? Une femme avec un cerveau dépourvu de pois chiche, à la tête d'une organisation criminelle, qui, d'après les comptes en banque de la fameuse Bonnie, semblait bien lucrative...ce tableau pouvait faire craindre des rivaux.
Quelles que soient les raisons qui l'avaient mise dans une situation dramatique, Shikamaru s'en fichait royalement et n'admettait pas des circonstances aggravantes pour absoudre les torts de la blonde. Il n'oubliait pas et n'oublierait jamais ses mensonges cumulés et la responsabilité qu'elle détenait dans sa position tragique.
La couverture bleu ciel glissa de son épaule, la découvrant partiellement. Elle aurait probablement froid mais il ne lui fournirait plus jamais son aide.
Même si assoupie, elle avait le portrait d'un ange, il était maintenant sûr que les apparences étaient lourdement trompeuses et en payait suffisamment le prix pour ne pas succomber à nouveau. Tournant le dos à l'intrigante jeune femme, Shikamaru tenta de s'installer plus confortablement, ce qui était vain, il ne fallait pas se leurrer, et tâcha de penser à son passé.
Il passa tout en revue : son enfance – joyeuse, insouciante, heureuse – son adolescence – plus grise et triste à cause du divorce de ses parents – et sa vingtaine d'années, passées à étudier, à monter sa propre agence immobilière et à gagner sa vie tranquillement. Il avait pu se bâtir une modeste mais convenable fortune à l'aube de ses trente-deux ans et aurait pu jouir d'une vie simple à laquelle il se destinait si cette maudite femme n'était pas intervenue dans son existence.
Il avait eu une courte vie. S'il avait su qu'il terminerait ainsi. Il se demandait même pourquoi il continuait à vivre, à subir cette vie damnée alors qu'il avait la possibilité d'écouter ses jours avant qu'elle ne le fasse. Peut-être parce qu'il voulait la dénoncer, révéler l'injustice qu'il avait subie au monde entier, clamer sans relâche son innocence et mourir, peut-être condamné, mais soulagé d'avoir fait son devoir d'honnête citoyen.
Il poussa un long soupir, ignora le petit écran qui lui promettait de bons divertissements pour méditer à nouveau sur son existence.

Franchement, il aurait voulu avoir un chien. C'était galère, fallait le nourrir, le laver, l'amener chez le vétérinaire, le sortir et jouer avec...mais ça lui aurait permis de ne pas broyer du noir actuellement. Quoique...le chien aurait été livré à lui-même, probablement tué par leurs agresseurs.
Le chien était une mauvaise idée. Il avait fait le bon choix de ne pas avoir d'animal de compagnie de n'importe quelle espèce. C'était bien trop galère.
Tout comme cette couverture qui ne le recouvrait pas complètement. Et impossible de bouger puisqu'il était coincé entre une criminelle et un bougre plutôt musclé. Une aubaine pour lui qui aimait somnoler. Ce vol infernal était son voyage sur le Styx.
Alors qu'il tenta d'ajuster sa position pour sa colonne vertébrale, il heurta le coude de la demoiselle endormie qui s'éveilla, dardant un regard ennuyé sur le dos de son hôte.

- Pas la peine de bouger autant, il n'y a pas de place.

Il n'en revenait pas. Elle osait le réprimander maintenant. Il n'en avait strictement rien à cirer de l'empêcher de dormir, cela le forcerait même à ne pas la regarder et à se demander comment une femme comme elle pouvait être tombée aussi bas.

- Si vous cessiez aussi de coincer votre genou contre ma hanche, ce serait déjà plus agréable.
- Fallait demander, Grincheux, chuchota-t-elle, en lui tournant le dos.

Grincheux. Voilà qu'elle recommençait avec ce surnom idiot. Si elle croyait faire ami-ami avec lui, elle se trompait énormément. Il ne retomberait plus dans son piège. Alors qu'il s'attendait à ce qu'elle reprenne son somme, sa voix se fit légèrement entendre, de crainte de déranger les autres passagers endormis.

- Dis...tu téléphonais à qui avant notre départ ?

Shikamaru ne répondit pas, se refusant à lui fournir la moindre explication. Elle avait ses secrets ; très bien. Lui aussi en avait et il ne comptait pas les dévoiler. Il la sentit bouger dans son dos, se rapprocher de lui et il songea aussitôt à fermer les yeux.

- Ça sert à rien de feindre, Shikamaru, je sais que tu ne dors pas.

Diantre. Elle était beaucoup plus près qu'il ne l'avait pensé. Maintenant, hors de question de détourner la tête pour la fusiller du regard vu que leurs visages seraient beaucoup trop rapprochés à son goût. Tant pis. Elle allait bien se rendre compte qu'il ne souhaitait pas lui parler.

- À qui tu t'adressais ? Shikamaru ? Je ne compte pas te laisser dormir jusqu'à ce que tu me répondes.
- Allez vous faire voir, Bonnie.

Avant même qu'il ne puisse réagir, ladite Bonnie avait plaqué une main sur sa bouche et lui pinça violemment l'intérieur de la cuisse, de sorte que son cri étouffé ne reçut aucun auditeur. Shikamaru transperça d'un regard glacial et indigné la jeune femme qui n'eut aucune émotion compatissante à son égard.

- Ne m'appelez plus Bonnie, commanda-t-elle, son souffle sur son oreille.

Un souffle glacial, terrifiant, qui lui gela les entrailles. Doux Jésus. Elle était traumatisante. Pas étonnant pour une criminelle internationale. Il la regarda sous ses cils, apeuré, angoissé et attendait sa prochaine menace. Mon Dieu... qu'allait-elle lui dire ? Elle allait lui annoncer l'heure de sa mort ?

- Je ne suis pas une...méchante fille, murmura-t-elle, en regardant autour d'eux.
- Mon cul, oui.

Il ne lui faisait pas confiance. C'était à prévoir.

- Bien. Alors où as-tu appris à parler le balinais ?
- J'ai envie de dormir.
- Depuis combien de temps le parles-tu ?
- Fichez-moi la paix.
- Un doigt en moins te fera peut-être parler ?

Shikamaru se figea, tétanisé et il cessa de respirer, déglutissant avec toutes les difficultés du monde. Il venait d'avoir la confirmation qu'elle n'était pas de bonne fréquentation. Temari savait également qu'elle venait de tenir sa réputation et qu'il ne lui accorderait plus jamais sa confiance. Tant pis, il commençait à lui casser les pieds. Qu'il pense vraiment qu'elle était mauvaise. Paniqué. Sa pomme d'Adam faisant lentement l'ascenseur, le Nara ne réfléchit même pas, sachant qu'il n'avait pas le choix.

- Un ami. Il gère pour moi ma maison à Bali.
- Et que lui as-tu dit ?
- De la préparer, que j'arrivais. J'imagine qu'une femme comme vous a peur des petites bêtes.

Il reçut une pichenette derrière la tête qui le fit se redresser et croiser son regard vert vexé. Oh, la vilaine était fâchée. Pour tout ce qu'elle lui ferait subir, elle le méritait. Bien plus même mais il n'avait pas les moyens de se venger.

- J'espère que tu dormiras mal, Grincheux, siffla-t-elle, en insistant sur son surnom.

Elle le trucidait de ses yeux de Méduse, s'installa à moitié sur son siège (et elle le dissuada muettement mais ardemment de l'en empêcher), le toisa du regard une dernière fois et lui donna son dos, se recouvrant avec sa couverture, le condamnant à passer une bonne dizaine d'heures de vol insupportables. Galère.
Cette femme savait également torturer les gens !
Shikamaru laissa poser l'arrière de sa tête contre son dossier et poussa un très long soupir, résigné, défait, abattu, complètement vidé.


C'est l'heure du quizz ! Ha ha.. plus sérieusement, j'aimerais savoir si vous aviez des idées sur Temari. Qui est-elle réellement ? Pourquoi on la poursuit etc...

Évidemment, je ne donnerais pas les réponses, elles viendront au fur et à mesure que Shikamaru en apprendra davantage sur elle mais je suis toute ouïe pour vos idées ^^

Ciao,

Bichebleue