Hello !
Je vous remercie beaucoup pour vos commentaires, c'est super gentil ! Profitez bien de vos vacances et du soleil :)
Bonne lecture ;)
Supputant que la jeune femme ne le répondrait pas – vu son choc – le Nara suivit son regard et lui-même se sentit mal lorsqu'il reconnut sa mère en compagnie d'un inconnu. Certainement Papounet Bis, cela ne faisait aucun doute. Mais pourquoi Bonnie réagissait-elle ainsi ? Se pourrait-il que...
- Vous le connaissez, devina Shikamaru, sentant la panique grimper en flèche.
Bonnie avait tout l'air de quelqu'un qui venait de voir un fantôme, d'ailleurs, elle avait tout l'air d'un spectre tant elle était exsangue et dans ses yeux sans éclat, il put déduire que lui-même ne devait pas avoir une meilleure tête. Temari déglutit, la bouche sèche et dut faire un effort monstre pour reprendre contenance.
Du calme, Temari, du calme, s'ordonnait-elle, alors que ses poings se refermaient.
- Vous le connaissez, répéta le Nara, s'attendant à tourner de l'œil dans les secondes qui suivraient.
Il imaginait de multiples scénarios catastrophes comme on en voyait tant dans les séries policières, dans les thrillers et il voyait sa mère embarquée contre son gré dans une course-poursuite à travers le monde, traquée par la police internationale ou allongée sur une table d'autopsie dans une chambre froide. Non ! Il ne laisserait pas cela se produire ! Bonnie et sa clique ne sèmeront pas le malheur dans sa vie. Ils ne gâcheront surtout pas l'existence de sa mère.
- Dites-moi ce que vous savez sur lui ! commanda Shikamaru, de nouveau, furieux.
Temari ne pouvait pas lui dévoiler l'identité de l'homme qui cajolait la mère du Nara sans se compromettre elle-même. Pas question de ruiner ce qu'elle avait construit jusqu'à présent.
- Je ne suis pas sûre que ce soit bien lui, esquiva-t-elle.
- J'en doute fort.
Oh, il l'enquiquinerait avec cela pendant des heures. Non, elle ne lui révélerait rien du tout. Elle l'ignora parfaitement tandis que l'angoisse l'envahissait de plus en plus. Un criminel, un assassin, un meurtrier, un tueur, un hors-la-loi sanguinaire, un psychopathe flânait avec sa mère, gagnait impunément sa confiance pour lui ôter la vie ? Il devait porter secours à sa mère au risque d'être inculpé pour assistance à personne en danger.
Quoique... avec une Bonnie à ses trousses, il était plutôt mal barré lui aussi.
Sauf qu'elle pourrait l'aider à son tour. Elle ne semblait pas porter dans son cœur l'homme qui roucoulait mielleusement et d'une façon écœurante avec sa maternelle et il pourrait s'en faire une alliée sur le principe que «les ennemis de mes ennemis sont mes amis ». Temari était bien l'ennemie de son ennemi, n'est-ce pas ? Autant ne pas refuser une si bonne aide face à un terrible adversaire. Surtout que Bonnie détenait un bon grade et qu'elle ne semblait pas avoir peur de grand monde.
- Bonnie...
Pour qu'elle ne darde pas sur lui son regard vert terrifiant, elle devait véritablement être déstabilisée. Ce qui n'était pas bon. Tant pis, elle semblait être sa seule et meilleure option.
- Bonnie, je vous en prie.
Il n'osa pas attraper son avant-bras pour la tourner vers lui et espéra que son bon sens la ferait relever la tête vers lui. Heureusement ou plutôt miraculeusement pour lui, elle posa ses yeux intelligents et mystérieux à la fois sur sa personne et il comprit qu'elle réfléchissait sur l'attitude à adopter.
- Je vous supplie de forcer cet imbécile à quitter ma mère.
- Shikam...
- Non, il s'agit de ma mère, Bonn...Temari. Vous...vous pouvez rester autant que vous voulez à la maison ! jura-t-il. Mais aidez-moi à le faire partir.
Tiens donc ? Elle n'aurait même pas l'occasion de lui annoncer que son fameux deal n'était que foutaise. Dommage. Sa tête aurait été mémorable. Naturellement, cette soudaine requête tombait à pic car elle aurait été littéralement incapable de trouver une excuse pour son petit mensonge. Et il en serait mort de crise cardiaque.
Au moins, elle ne serait pas à la porte ce soir et dormirait dans le lit extrêmement moelleux et ô combien confortable dont elle était follement éprise.
La villa Nara était un havre de détente et de méditation absolue, un oasis de quiétude dont elle ne bénéficiait pas souvent. De plus, abandonner l'ennemi dans le nid de ses alliés ne lui paraissait pas correct et ne lui plaisait pas du tout, en réalité. Grincheux était son Grincheux et pas question de le livrer au loup. Cet agneau ne résisterait pas aux crocs de l'animal.
Et elle gagnait un toit en échange d'un coup de débarras.
- S'il vous plaît.
- J'accepte à une condition.
- Restez à la maison, l'interrompit Shikamaru, survolté. Et aidez-moi à supprimer cet homme.
- Tu tombes dans l'illégalité, Grincheux ?
- En Amour, il n'y a ni Bien ni Mal, se défendit le jeune homme, grave.
Temari ne le contredirait pas, elle voyait bien que l'implication de sa mère dans une relation avec un homme pas fréquentable l'inquiétait énormément et qu'il ferait n'importe quoi pour la protéger. Quoi de plus honorable ? Ce n'est pas elle qui allait le blâmer. Elle se rapprocha de lui jusqu'à ce que leurs visages ne soient qu'à quelques centimètres et planta son regard dans le blanc des yeux du Nara. Il devait être en parfait accord avec elle, ne pas la discuter, ne pas la contredire, ne pas la contrarier, ne pas l'harasser de questions sur son passé ou sa relation avec Hector.
- Hector ? Il se prénomme comme ça ? s'étonna Shikamaru.
- Qu'ai-je dit ?
- Pas de questions, récita-t-il, boudeur.
Néanmoins, il devait bien dire qu'il était soulagé qu'elle ait accepté son accord. Il pouvait au moins se reposer sur des épaules solides qui allaient pouvoir le guider et l'aider à éliminer l'odieux Hector.
Bonnie était devenue son Achille. Il avait juré de ne pas la questionner sur ses origines, ses actes illicites, de ne plus l'ennuyer ni même la chasser de sa villa. Il savait que cela l'emprisonnait dans une grande promesse qu'il n'était pas certain de tenir ou de parvenir à la respecter mais pour sa mère, il ferait absolument tout.
Quitte à pactiser le Diable. Et c'est ce qu'il venait de faire, le regard solennel qu'ils échangeaient traduisant leur engagement. Désormais, Shikamaru ne pourrait plus faire marche arrière.
- Je ne crois pas qu'il me reconnaîtra donc n'oublie pas : aucune allusion et chut.
Le Nara hocha la tête, obéissant et le duo, désormais allié, se dirigea vers le réceptionniste qui les conduisit vers la table réservée. Dès qu'elle les vit approcher, Yoshino poussa une exclamation et se redressa, avec un grand sourire.
Évidemment, elle était agréable surprise et très heureuse de voir son fils, ignorant complètement les réflexions cornéliennes qui l'assaillaient. Elle avait bien failli croire qu'il n'allait pas venir et une grande reconnaissance se lut dans son regard chocolat lorsque ce dernier se posa sur celui de la jeune femme.
Celle-ci lui adressa un clin d'œil, faussement radieuse mais aucune personne dans le restaurant n'aurait été capable d'affirmer avec assurance qu'elle jouait un rôle. Même le meilleur des comédiens tomberait dans son piège.
- Nous avons seulement commandé l'apéritif, commença Yoshino, toute excitée.
Maintenant que la fameuse rencontre avait lieu, l'angoisse de voir son fils réagir assez mal la tenaillait et légèrement fébrile, elle serra la main ou plutôt broyait progressivement celle de son fiancé. Shikamaru posa son regard impassible sur Papounet Bis et il lui fut encore plus difficile d'accepter la relation quand il devina que son fameux futur beau-père devait à peine avoir son âge.
Depuis quand sa mère était-elle devenue une cougar ? Frederik avait son âge, comme tous les autres avant lui. Certains étaient même plus vieux. Alors pourquoi s'intéressait-elle maintenant à des jeunes qui non seulement d'être ses cadets, avoisinaient son âge ?!
Repoussant. Il scruta la mâchoire fine, les traits presque efféminés, des cheveux blonds soigneusement tirés par un bas catogan, des yeux bleu outre mer, un sourire éclatant, un visage qui n'admettait aucune ride. Un pur lionceau. Temari dévisageait également le jeune homme qui lui faisait face. À son grand dam, elle ne s'était pas trompée et le regrettait amèrement.
Vêtu d'une chemise à manches longues retroussées, son teint naturellement tanné et cet air tout aussi enfantin, elle pouvait affirmer qu'il n'avait pas changé. Il devait peut-être avoir obtenu quelques muscles mais rien d'autre, il demeurait le même. Elle espérait que moralement aussi. Ce qui s'annoncerait être une tout autre affaire.
- Shikamaru, Temari, voici Hector Canelon Izquierdo, informa Yoshino, augmentant la pression exercée sur la main du blond. Hector, voici mon fils, Shikamaru et sa conjointe Temari.
Les deux opposés étaient si obnubilés par Hector qu'ils n'accordèrent aucune importance au terme « conjointe » qu'employa la Nara. D'ailleurs, elle aurait pu dire n'importe quoi qu'ils n'auraient pas relevé. Shikamaru tâchait de soutenir le regard désiré amical du cher Hector, hésitant à être poli ou pas à son égard tandis que Temari se maîtrisait du mieux qu'elle pouvait pour garder une mine affable et désintéressée.
Finalement, sous le silence qu'aucun membre du duo ne rompit, Hector prit la parole après avoir pris une grande inspiration.
- Je suis vraiment ravi de faire votre connaissance, Shikamaru.
- Je n'irai pas jusqu'à dire « connaissance », entrevue serait plus adéquat, grogna le concerné, en dépliant sa serviette. Et vous comprendrez également que je ne peux être « ravi ».
Bon...la rencontre commençait bien. Yoshino se trouva un peu plus soucieuse de la tournure des événements et inspira promptement, desserrant son emprise sur la main du jeune blond. Elle s'était peut-être trop enthousiasmée et son fils continuerait d'être ronchon et désagréable. Elle devait s'y attendre.
Hector frotta ses mains sur ses cuisses, gêné, et déserta le regard brun du jeune Nara pour le reporter sur sa « compagne ». Il espérait bien recueillir du soutien de sa part seulement, il était loin d'avoir gagner la partie avec elle également. Temari ne semblait pas être aussi amicale avec lui non plus. Elle demeurait polie mais ne paraissait pas être encline à devenir être sympathique avec lui.
Solidarité entre couple sans doute. En tout cas, il avait à convaincre deux personnes, deux hostiles et compliquées personnes. D'ailleurs, ils ne souhaitaient visiblement pas combler le silence embarrassant qui s'était installé. Ce fut Yoshino qui s'y colla, exaspérée par ce trop long silence.
- Nous avons déjà demandé nos apéritifs, je vais appeler le serveur.
Elle leva le bras, secoua les doigts promptement et capta l'attention d'une ravissante serveuse qui se dirigea vers leur table. Hector se sentait mal à l'aise sous le regard impavide et l'oppressant silence du duo qui ne bougea pas d'un millimètre, les deux visages rivés sur et uniquement sur lui. Il avait la désagréable sensation d'être épiés tels une proie par son prédateur ou encore être scanné par un IRM.
Yoshino dut rattraper l'attention de la conjointe de son cher bambin afin qu'elle jette un œil sur le menu. Avec l'indifférence la plus totale, celle-ci opta pour un cocktail alcoolisé et commanda le même pour Grincheux, parce qu'il en aurait bien besoin pour cette soirée. Effectivement, elle avait fait le bon choix car la suite de la soirée aurait déprimé n'importe quel être optimiste et le plus joyeux de l'Univers.
Jamais elle n'avait assisté à un dîner aussi ennuyeux et narcotique, affligeant, pitoyable et foutrement décourageant. Navrant même. Yoshino était navrée par ce dîner qui s'était avéré plus terrible encore qu'elle ne l'avait imaginé. Son fils n'avait pas prononcé une seule parole de tout le repas, n'avait même pas répondu à ses propres questions, ignorait totalement les sujets de conversation et montrait sans fard qu'il s'ennuyait plus que d'ordinaire.
Un parfait mal élevé. Un stupide enfant gâté.
Temari n'était pas en reste et affichait la même tête que son cher et nouvellement allié. Cependant, elle avait mémorisé chaque parole, chaque réponse d'Hector, elle ne l'avait pas quitté des yeux afin d'étudier le moindre de ses changements de traits. Il n'avait pas changé ou alors il cachait encore son véritable jeu. Soudain, elle vit les yeux bleu outre-mer se poser sur elle et un furtif coup d'œil à Yoshino lui fit saisir qu'on lui avait posé une question.
- Pardon ? J'étais distraite.
- Je vous en prie. Je vous demandais ce que vous faisiez dans la vie.
- Je travaille avec Shikamaru, répondit derechef la jeune femme.
Grossière erreur car la mère du Nara arqua un sourcil étonné et un « comment cela ? » franchit la porte de ses lèvres.
- Shikamaru n'avait pas mentionné que vous travaillez avec lui.
- C'est tout récent, mentit avec aise, la jeune femme. J'ai été licenciée de mon ancien travail et après des semaines désertiques, Shikamaru s'est décidé à m'engager.
À l'évocation de son prénom, le brun tourna la tête vers la blonde mystérieuse qui, d'une pression ferme sur sa cuisse, lui intimait de garder le silence. Il ne put que l'écouter mentir à sa mère concernant son ancien job de secrétaire vétérinaire et les multiples démarches qu'elle avait dû entreprendre pour espérer retrouver une profession. Yoshino parut fortement surprise par l'accès de générosité de son fils qui ne paraissait pas être le beau chevalier sur son cheval blanc mais peut-être que l'Amour l'avait fait changer.
Du moins, c'est la seule raison qui pouvait expliquer la gentillesse dont il avait fait preuve pour la jolie femme. Shikamaru était toujours aussi impressionné et horrifié par la faculté de Bonnie à mentir aussi facilement, sans le moindre scrupule.
Certes, cela devait lui servir bien des fois dans sa vie dangereuse mais quand même, même sa mère tombait dans ses pièges avec une facilité déconcertante et effrayante. Qu'en pensait Hector ? L'agent immobilier fixa le fiancé maternel qui buvait les paroles de Bonnie. Curieusement, il remarqua que ce dernier semblait également croire sur parole la blonde et une question jaillit dans le cerveau du Nara. Bonnie connaissait Hector et elle avait dit qu'elle n'était pas sûre qu'il la reconnaisse ou à quelques mots près.
Qu'est-ce que cela pouvait signifier ? Ils se connaissaient, elle l'avait reconnu pourquoi l'inverse ne serait donc pas possible ? Il n'était quand même pas atteint d'un Alzheimer précoce et personnellement, une femme comme Bonnie, on s'en rappelait à vie. Hector semblait jeune et sa mémoire n'avait pas pu faire l'impasse sur Bonnie.
Il y avait donc un problème alors. Bonnie s'était-elle à nouveau jouée de lui ?
Cela ne pouvait être possible, surtout pas avec le choc dont elle avait été victime lorsqu'elle avait aperçu Hector. Elle paraissait réellement chamboulée, apeurée même si cette femme pouvait craindre autre chose que ses poursuivants.
Et si...
Et si Hector était l'un de ses traqueurs ? Et s'il avait un lien avec les rivaux de Bonnie ? Peut-être était-il un pion, un simple membre sous couverture. Mais cela ne résolvait pas son problème : si dans tous les cas, Hector faisait partie du camp adverse, il aurait dû reconnaître Temari, la fixer, la dévisager, lui poser des questions pièges mais il n'avait rien fait de tout cela. Il était resté « normal », paraissait vraiment ignorant de sa vie, n'avait pas paru choqué ou intrigué de la voir avec lui ou de l'entendre dire qu'elle travaillait à son agence.
Jouait-il un rôle lui aussi ? Mais quel était l'intérêt s'il savait que Temari le connaissait ? Allait-il la prendre à part, lui parler, tenter de faire une alliance pour les assassiner sa mère et lui ?
Ou tenterait-il de l'éliminer pendant qu'il coucherait sous son toit ?
Cela n'avait pas de sens. Vraiment pas de sens.
Shikamaru ne savait plus réfléchir, ne savait pas quoi penser et ses cellules nerveuses commençaient à crier au repos. Qu'est-ce qu'il n'aurait pas donné pour ne pas connaître ces deux énergumène dangereux et être en ce moment dans sa rassurante Miami, à signer contrat de vente sur contrat de vente.
Qu'est-ce qui reliait Bonnie et Hector ?
Qu'est-ce qu'Hector avait fait pour que Bonnie réagisse aussi mal à son égard ?
Ces deux questions turlupinèrent tant et si bien Shikamaru qu'il eut énormément de mal à dormir. Il se retourna dans son lit plus de fois qu'il ne l'avait fait dans toute sa vie, terrassé par des questions pointues et peu rassurantes sans réponses. À cela s'ajoutait la présence si contestée du fiancé maternel.
Qu'attendait-il de sa mère ? Qu'elle l'épouse et qu'elle renfloue son compte en banque ? Quoi d'autre ?
Comme si un jeune premier pouvait réellement éprouver quelque chose pour sa mère.
Aucun homme ne pourrait respecter, admirer, chérir follement jusqu'à en perdre toute raison sa mère autant que son père. Il était le seul homme sur Terre à réellement aimer sa mère et Shikamaru s'assurerait que personne ne vienne le remplacer. Le destin devait être probablement de son côté puisqu'il avait déniché un précieux allié en la qualité de Bonnie. Elle lui filerait un sacré coup de main, même si évidemment, elle en recevait des intérêts. Demeurer la seule criminelle de la villa faisait partie des premiers sur la liste.
Entre être éliminée et éliminer, Bonnie ne devait pas hésiter.
D'ailleurs, Shikamaru n'avait pas idée de l'état volcanique dans lequel était la jeune femme. Elle non plus n'avait pas fermé l'œil de la nuit, s'attendant probablement à ce qu'Hector pénètre silencieusement dans sa chambre et vienne finir son travail. Ce fut avec un soulagement sans borne qu'elle accueillit l'aurore et après avoir passé le reste de la nuit à faire les cent pas dans sa chambre, elle put enfin s'allonger sur son superbe matelas et poussa un soupir, tentant vainement de se détendre.
Impossible en sachant que son ennemi reposait sous le même toit. Temari se dressait d'un bond, mue par l'angoisse qui l'avait tenue éveillée toute la nuit. Il fallait qu'elle se débarrasse de lui au plus vite si elle ne voulait pas redevenir insomniaque. Elle avait longuement combattu cette maladie et il n'était pas question qu'elle perde ses journées dans des examens médicaux interminables par la faute d'Hector.
À entendre les mauvaises langues du duo parler sur lui, celui-ci avait les oreilles qui sifflaient pratiquement constamment. Il croisa Shikamaru qui sortait de son endroit isolé, salua ce dernier qui l'ignora superbement et continua son chemin avec plus d'empressement encore. Manquerait plus qu'Hector l'aborde et palabre jusqu'à n'en plus finir. Il espérait vraiment que Temari trouverait le moyen de le faire quitter sa mère.
Inutile de préciser qu'il espérait que leur relation houleuse s'améliore ; ils avaient signé un pacte, certes, mais celui-ci n'impliquait pas de devenir copains comme cochons. Ils avaient uniquement convenu d'éliminer Hector. Seulement, même s'il savait que ce pacte ne changerait rien, Shikamaru avait quand même pensé que Bonnie serait moins terrifiante qu'il ne l'avait connue. La fille de Saint-Domingue était peut-être chiante et galère mais elle était beaucoup plus sympathique et inoffensive que Bonnie. Lorsqu'il frappa à la porte de celle-ci, après un silence, il prit l'initiative de pénétrer dans l'antre de la jeune femme afin de s'assurer de son absence et il franchit à peine le seuil de la porte, qu'il se sentit happé et plaqué contre le mur tel que le ferait un policier.
La porte fut fermée d'un coup de pied, coupant toute échappatoire et il ne put que mettre les mains en l'air et hurler son identité. Lorsqu'elle remarqua les cheveux noirs, l'aura fragile de l'homme qu'elle avait méchamment plaqué contre le mur, Temari s'écarta de lui, grimaçant. Elle n'avait jamais rencontré un homme aussi faiblard que le Nara qui répétait, comme sous l'effet d'un sort, ses prénoms, âge, mensurations, lieu de naissance. Elle apprit énormément de choses futiles auxquelles elle n'apportait aucune importance et croisa les bras, fâchée de son intrusion.
- Tu fous quoi ici ?
- On doit pas créer un plan ? J'en ai marre de voir la face de ce fouineur dans ma maison.
- Tu ne sais pas qu'il faut entrer avec la permission ?
- J'ai frappé plusieurs fois, personne ne m'a... et puis merde ! Vous êtes chez moi et j'ai le droit d'aller et venir où je le souhaite ! s'écria Shikamaru.
- Ça ne va pas la tête ?! Ben installe-toi ici pendant que tu y es !
- Vous ne vous êtes pas gênée pour venir me chercher, hier !
- Force majeure.
- Moi aussi je suis en force majeure ! Je vous rappelle qu'il y a un assassin sous mon toit.
- Oh ? Je n'en suis plus un ? railla Temari, sourire malicieux.
Il avait beau lui taper sur les nerfs, elle appréciait se moquer de lui. C'était fichtrement déstressant de « s'acharner » sur lui, cette pauvre petite sainte âme apeurée. Grincheux était vraiment une nunuche.
- Je pense qu'Hector est plus dangereux que vous puisque vous en avez peur.
Elle retirait ce qu'elle venait de penser. Il n'était qu'un putain d'homme égoïste, capricieux et emmerdeur, légèrement sans cœur. Qu'est-ce qu'il avait à la ramener ?
- Je n'ai pas peur de lui, siffla Temari, vexée.
- Sans blague, vous étiez toute...
- Pâle ? Comme sera le cadavre de ta mère si tu continues à m'emmerder.
Cette menace fit taire derechef le Nara qui ne baissa pas la tête sous le dur regard féminin. Il savait qu'il avait touché un point sensible et cela ne faisait qu'augmenter sa curiosité. Quels souvenirs entretenaient Bonnie et Hector ? Déjà, il s'agissait de mauvaises réminiscences pour Bonnie, ce qui pouvait orienter ses recherches vers une certaine rivalité entre clans hors-la-loi.
Ce devait être certainement cela. Une histoire de vendetta devait fonder leur relation conflictuelle. Galère. Hector le considérerait comme faisant partie du camp de Bonnie et le tuerait. Il espérait vraiment que Bonnie trouverait une solution assez rapidement et ensuite, il trouverait lui, un moyen de se séparer d'elle.
- Tu peux baisser tes bras, maugréa Temari, en rangeant ses papiers d'identité.
Il manquerait plus que le Nara obtienne les informations qu'il désirait. Celui-ci fut désarçonné par sa phrase et il y eut un laps de temps considérable avant qu'il ne se rende compte que ses mains étaient toujours en l'air, tel un innocent pris en flagrant délit. Honteux, il baissa les bras lentement de même que la tête, cherchant à se faire plus discret. Temari ne s'occupa pas de lui pendant un moment, le temps de ranger soigneusement ses affaires personnelles même si elle savait qu'elle les changerait de place, une fois le Nara parti.
Puis, subitement, elle fit volte-face et croisa les bras sur sa poitrine.
- J'ai besoin d'un ordinateur avec un accès à Internet, annonça-t-elle, tout de go.
Les désirs de madame apparaissaient comme des ordres et en réalité, Shikamaru saisissait bien que ce n'était que des ordres qu'il se devait de tenir. Galère. Il ne comprenait pas trop ce qu'elle envisageait de faire avec une connexion sur la Toile, surtout qu'elle paraissait connaître assez bien ce maudit Hector.
Que cherchait-elle à faire ? Prévenir par mail ses alliés ? Leur donner également des ordres qui tendraient à éliminer Hector ? Bon, maintenant il devrait trouver un ordinateur et une connexion à Internet. Galère.
Cette villa avait été conçue pour être un havre de paix et de détente absolue, par conséquent, les ordinateurs n'existaient pas.
Le seul téléphone qu'ils possédaient se résumait à son téléphone portable et celui de sa mère. Tout était fait pour rompre totalement avec le monde extérieur. Et voilà que cette femme surgie de nulle part lui exigeait un ordinateur avec connexion Internet.
Quelle galère.
- Il n'y a pas d'ordinateur mais nous pourrions peut-être faire appel à Balraj.
- Je croyais que je ne devais pas pervertir ton ami ?
Un seul coup d'œil noir de la part du Nara la ravit et un sourire narquois naquît sur ses lèvres. Naturellement, Grincheux fit une tête de dix pieds de long et glissa ses mains dans les poches.
- Il faudrait un ami de ce cher Balraj.
- Et que voulez-vous faire exactement ?
- J'avais dit quoi ?
- Pas de questions, répéta le brun.
Tout de même, il voulait savoir dans quoi il embarquait la connaissance de son ami. Il ne pouvait pas impliquer d'autres innocents dans cette sordide affaire.
- Bon, tu appelles Balraj ?
- Bonnie... il faut au moins que je sache ce que vous comptez faire.
- Rien d'illégal, rassure-toi.
Elle pouvait autant lui dire la vérité que lui mentir et il n'en saurait rien car comme il l'avait déjà remarqué, elle était une excellente menteuse. Il n'avait pas d'autre choix que de lui obéir et il acquiesça à peine tandis qu'il sortait son téléphone portable pour contacter son ami balinais.
Encore une fois, elle fut exclue de la conversation et lorsque le Nara raccrocha, elle devina que tout était établi. L'agent immobilier fit un signe de tête et l'invita à le suivre. Balraj leur fixerait un rendez-vous avec un très bon ami qui ne semblait pas étonné par sa requête. C'était cela l'esprit balinais.
Quelques minutes après, ils étaient installés dans la voiture de Balraj qui les conduisait chez sa connaissance. Avec gentillesse, il décida que la discussion serait anglophone afin que Temari puisse participer. Cette attention ne la laissait pas indifférente et elle fut bien prolixe pour le plus grand malheur du Nara qui voyait son ami discuter gaiement avec Bonnie.
Il s'agissait de la première fois qu'il la revoyait aussi légère et vive depuis leur départ de Miami, depuis qu'elle lui avait annoncé qu'elle n'était pas ce qu'il pensait. Les cheveux au vent, sourire franc sur le visage, éclat de rire parfois et voix sympathique. Était-ce la luminosité ? Le fait de sentir sur son visage les rayons solaires de Bali qui la remotivait à ce point ? Peut-être était-ce également une façon de duper Balraj à son tour. Il n'avait qu'une chose à dire : Galère.
- Oh, ce n'est pas son habitude d'être aussi ronchon. C'est à cause de comment se nomme-t-il encore ?
- Hector, rappela sèchement, Temari.
- Vous ne semblez pas l'apprécier, vous non plus.
- Non, des préjugés probablement mais même si j'apprécie énormément Madame Nara, même pour son plaisir, je n'encouragerai pas Shikamaru.
- Vous avez l'air de bien vous comprendre. Vous vous êtes bien trouvés.
Temari se tourna lentement vers Grincheux en question qui, sentant bien un poids sur lui, détourna la tête du paysage tropical et soutint le regard malicieux de la jeune femme. Sacrée Bonnie. Qu'avait-elle en tête ?
Eu égard son air enjoué, il devinait sans mal qu'elle devait bien se régaler à jouer la petite-amie du plus long célibataire de l'Univers. Elle devait le savoir tellement désespéré par les espoirs de ses proches de le caser, le trouvait totalement idiot et puéril et il s'en contrefichait totalement de ce qu'elle pensait de lui puisque leurs chemins étaient voués à se séparer. Du moins, il l'espérait fortement.
Un fin sourire incurva les lèvres corail de la blonde qui s'amusait de la tête qu'arborait Grincheux. Un silence s'installa dans l'habitacle de l'automobile pendant que Balraj les observait dans le rétroviseur central. Une passion sans limite brûlait l'âme de ce duo, il en pariait sans hésiter sa main. Shikamaru avait pris du temps pour trouver sa perle rare mais cela en valait le coup, vraiment le coup car leurs atomes crochus semblaient parfaitement s'harmoniser. Cela annonçait une très belle histoire sentimentale et Balraj était parfaitement sûr et absolument certain que le destin, faisant toujours bien les choses, les avait réunis pour la rédaction d'une superbe vie commune.
Balraj était probablement très romantique et devait voir l'amour sous n'importe quelle forme sous n'importe quel trait car actuellement, le duo atypique se fusillait gentiment du regard, les yeux de l'une brillant d'une lueur moqueuse ceux de l'autre d'un éclat blasé. Pour changer.
- Je ne vous le fais pas dire, ajouta Temari, avant d'administrer une pichenette sur l'épaule masculine.
Grincheux se massa l'épaule tout en baragouinant des syllabes inaudibles pendant qu'il reporta ses yeux sur le paysage à nouveau, ignorant totalement la conversation entre son ami et Bonnie. Elle parvenait à ensorceler tout le monde. Comment faisait-elle ?
Lui avait succombé, sa mère avait succombé et maintenant Balraj semblait être aussi envoûté. Quel était son secret ? Elle était magicienne ? En plus d'être criminelle ? Mmmm...cela pouvait expliquer ces hold-up superbement orchestrés, si savamment préparés que la police internationale ne l'avait pas trouvée. Elle devenait de plus en plus dangereuse dans son esprit et il ne pouvait que s'en méfier encore plus.
Balraj les conduisit chez son ami qui était un homme issu d'un milieu social aisé qui, sans surprise, tomba immédiatement sous le charme de Bonnie, malgré la présence de son épouse. Il rassurait cette dernière par de douces paroles et Shikamaru fut mis à contribution pour confirmer que la blonde était bien avec lui et ne faisait pas de l'œil à son mari.
À peine arrivée au domicile étranger, Temari s'installa devant l'ordinateur et armée d'un traducteur en la personne exceptionnelle de Grincheux. Il lui traduisit tout ce qui lui apparaissait inconnu sans laisser son étonnement s'exprimer. Il ne comprenait pas encore ce qu'elle cherchait à faire, quelles étaient ses idées, ses intentions, son plan mais comme il l'avait juré, il ne lui posa aucune question, traduisant chaque phrase, répétant chaque mot pour sa bonne compréhension.
Quand elle eut terminé, elle commanda ce dont elle avait besoin grâce à la carte bancaire de l'ami de Balraj et elle le remboursa tout de suite en liquide, lui remettant même en surplus pour enregistrer le scénario qu'elle avait imaginé : elle avait affirmé au Balinais qu'il ne craignait rien mais au cas où, il ferait la rencontre de personnes peu fréquentables ou la police, il devrait absolument dire qu'il avait acheté le matériel pour surveiller sa femme qu'il soupçonnait d'infidélité. Incroyable de s'apercevoir que cette femme avait toujours une imagination débordante pour convaincre les gens qu'elle approchait.
Une vraie menteuse professionnelle.
Où avait-elle déniché son diplôme en duperie professionnelle ?
En tous cas, elle avait dû être première de sa promotion car personne ne trouvera à soulever une question, à la mettre en doute, à la soupçonner d'être de mauvaises relations. Balraj et ses amis étaient charmés et les avaient même invités à déjeuner. Après avoir passé une agréable après-midi à rencontrer des gens merveilleux, à tenter de pratiquer le B.A-BA de la langue balinaise et à communiquer en anglais pour plus de rapprochement. Shikamaru avait fait un effort et avait même oublié les soucis qui l'avaient mené vers ces gens. Il n'existait plus d'Hectorposteur et de Maman galère qui turlupinait son esprit ordinairement calme et serein. Même le sombre avenir dans lequel il s'était projeté ces dernières heures ne l'inquiétait plus et il désirait rien de plus que de questionner la jeune femme sur ses intentions.
Il contenait son impatience mais celle-ci déborda immédiatement dès lorsqu'il franchit les portes de sa villa. Il attrapa l'avant-bras féminin pour la tourner vers lui. Sans aucune difficulté, Temari put lire ses nombreux questionnements et une mine victorieuse faillit naître sur son visage. Torturer mentalement Grincheux devenait vraiment son jeu préféré. Que faisait-elle ?
Lui révéler ses intentions ou le faire mariner encore un peu ?
Ignorant superbement l'agent immobilier qui manqua en mordre son poing de frustration, elle s'éloigna de lui et se dirigea vers le lieu qu'elle considérait comme sa chambre, l'esprit joyeux.
