UNBOUND
-Comment étaient Erika et Amélie? Est-ce que quelqu'un aurait pu leur en vouloir à ce point là?
La jeune femme haussa les épaules dans un signe à la négative. Elle ne voyait pas pourquoi quelqu'un aurait pu tuer ses deux meilleures amies aussi froidement. Il était maintenant sept heures et demie. L'équipe de jour allait embarquer sur le cas et Ecklie aurait le plaisir de boucler l'affaire. Sauf si Grissom s'en mêlait.
Et comme c'était l'un des cas les plus intéressants depuis des lustres, le bon vieux Conrad ne devait même pas penser pouvoir mettre la main sur l'enquête. Au risque de tomber sur une bande de C.S.I. enragés.
-Non… tout le monde les aimait bien.
Brass soupira avant de laisser Greg continuer. L'enquêteur se leva pour aller se procurer un triple expresso allongé. Comme le boit tout les bons oiseaux de nuit.
-Avaient-elles des passes temps quelconque?
-Erika aimait jouer au badminton. Elle jouait tout les mardis et jeudis soirs. Sinon Amélie aimait beaucoup sortir aussi. Mais je ne vois pas en quoi ça peut vous permettre de savoir qui les as tuées.
Sanders soupira. N'importe quoi pouvait aider. Suffisait de trouver le fil conducteur pour mener jusqu'au mobile et, par le même moment, le meurtrier. Les indices nous aidaient à faire le lien entre les choses mais il fallait quand même partir d'une piste pour trouver.
-N'importe quelle raison est bonne pour un criminel. J'essaie seulement de trouver qu'est-ce qui s'est passé.
Il eu un faible sourire compatissant pour la jeune femme.
-Elles ont des copains?
-Non. Erika a fréquentée un garçon il y a deux mois mais c'est fini maintenant.
-Une fille aurait pu être jalouse d'elle?
Jordan haussa les épaules. Non. Pourquoi être jalouse comme ça? C'était ridicule. Mais selon le C.S.I. niveau un, c'était très envisageable. La jalousie peut conduire à la folie. La folie au meurtre. C'était un classique dans les cas de meurtres commit par des femmes.
-Bien… si quelque chose te revient en mémoire qui serait bon pour l'enquête tu pourras nous contacter. Sinon, tu peux retourner au dortoir, on va t'appeler lorsque tout seras terminé.
La jeune femme fit un bref signe de tête avant de sortir de la salle d'interrogation, Greg sur les talons. Elle se retourna et pointa les bancs gisant dans le corridor du labo.
-Est-ce que je peux attendre ici? J'aimerais mieux ne pas retourner chez moi avant que ce soit fini…
L'homme hésita un moment. Il ne savait pas trop s'il lui était possible de lui autoriser l'accès au labo pour la journée. Habituellement, on raccompagne les gens à la porte et c'est fini. On ne demande jamais de traîner dans un laboratoire de la police.
Par chance pour lui, Grissom passait par là, il s'excusa à l'étudiante avant d'aller demander conseil à son supérieur. Celui-ci haussa les épaules et lui dit qu'elle pouvait attendre dans l'entrée si elle le voulait. Mais pas dans le labo même, étant donné que l'enquête serait traitée le jour même et qu'elle pourrait entendre des choses qu'elle ne devait pas entendre.
Soulagé, Sanders retourna auprès de Jordan et lui répéta ce que Grissom lui avait dit. La jeune femme sembla heureuse, en dépit de tout ce qui se passait. Elle sorti donc, prit place sur une chaise à l'accueil, sorti un livre de son manteau et commença une longue lecture. Pendant un moment, il la trouva vraiment courageuse d'affronter ça toute seule.
Où étaient les parents des victimes?
Catherine marchait autour de l'immeuble, recherchant quelques indices possibles. C'est grâce au soleil qui s'était levé qu'elle remarqua une immense poubelle qui était cachée dans un coin derrière les dortoirs. Elle esquissa un sourire avant de s'en approcher.
Willows avait en son idée que si le meurtrier était quelque peu stupide, il aurait pu tout jeter dans cette poubelle. Souvent, on disait que les criminels planifiaient extrêmement bien leurs coups mais une fois le meurtre commit, ils laissent des indices derrière eux. On oublie qu'il y a un ''après'' à un meurtre. Catherine jouait sur l'idée que la personne qui avait tué les deux jeunes filles aurait seulement pu mal planifier la fin de son crime et laisser d'importants indices à la merci de la police scientifique.
Elle regarda au sol avant de laisser un petit cri de victoire sortir d'elle. Elle avait remarquer quelques gouttes de sang au sol et sur la benne a ordure. Sortant ses outils, elle prit un échantillon de ce sang avant d'ouvrir le couvercle.
Bingo.
-Grissom?
-Devine ce que je viens de trouver
L'homme haussa un sourcil avant de répondre.
-L'arme du crime dans la benne a ordure?
Catherine ria. C'était tellement prévisible qu'ils avaient complètement passé à côté. Elle récupérerait les preuves avant de venir le rejoindre au labo. Enfin, quelque chose qui avançait dans l'enquête!
-Hey Greg!
Nick pivota dans le couloir lorsqu'il croisa le jeune homme. Il avait à la main des résultants d'ADN qu'il avait prélevé sur les lieux du crime. De l'autre une liasse de feuilles quelconque.
-Juste te dire, c'est pas la fille la coupable. Les empreintes ne correspondent pas.
-Je savais.
-C'est pour ça que je te le dis!
Et Nick reparti sur sa lancée vers le labo, rejoindre Sara qui recherchait quelque chose sur les traces de pas trouvées au sol.
-Et puis Sara?
-Ce que je peux te dire, c'est que c'est des baskets de marque Converse. De femme et de taille 7. Elle doit avoir encore du sang sous ses chaussures, si on se fit à l'épaisseur de la marre qu'il y avait dans la salle de bain.
-Je vois. Il nous faudrait une commission rogatoire pour pouvoir partir en conquête de ces chaussures et de leur propriétaire.
- On n'en a pas assez. Il faut trouver autre chose.
Nick croisa les bras et fit une moue boudeuse. Leur enquête n'avançait en rien. Grissom apparu dans le cadre de la porte, songeur.
-Catherine a trouvé quelque chose que vous allez aimer analyser.
-Une paire de basket Converse?
Grissom eu l'air décontenancé durant une fraction de seconde.
-C'est les chaussures que portait le meurtrier.
Il approuva d'un signe de tête avant de continuer.
-Elle a l'arme du crime. Un simple couteau de cuisine. Qui aurait pu appartenir a n'importe qui dans le dortoir.
Nick soupira.
- On n'avance pas.
Et c'est à ce moment précis que Warrick choisi d'apparaître.
-J'ai votre suspect numéro un.
Tous le regardèrent avec un regard ahuri, ne s'attendant pas à un tel déboulement de la situation. Durant un moment, ils étaient dans une impasse et maintenant tout semblait s'emboîter. C'était magique.
-Anna Meyers. Ses empreintes étaient au fichier. Vol de dépanneur il y a deux ans. Elle habite sur le même étage que les deux victimes, mais à l'opposé. On la tient.
-Minute…
Grissom détruit les festivités par son air grave.
-Catherine va prendre les empreintes sur l'arme du crime et les comparer. En attendant, pourquoi vous n'allez pas chercher une paire de basket, Nick et Sara?
-Jamais je ne pourrais vivre dans un endroit comme ça.
Sara attendait patiemment l'ascenseur avec Stokes, tout en scrutant le dortoir d'un regard perturbé. Les murs en carton, la proximité, le partage de toute parcelle d'intimité avec de parfaites inconnues. Tout pour la répugner.
Nick se mit à rire.
-Une fois habitué ça va. Quand on est gosse c'est toujours drôle.
-Si tu le dis.
Ils montèrent jusqu'au quatrième et recherchèrent la chambre du suspect.
-Quand j'allais au collège je vivais dans un endroit comme celui-là. Mes parents vivaient trop loin pour que je puisse voyager tous les jours. Des coups pendables, ils s'en passent régulièrement.
-Mais pas des meurtres.
Nick laissa l'honneur à Sara de cogner à la porte de la jeune femme. Celle-ci se fit un plaisir de le faire.
-Police scientifique! Ouvrez cette porte!
On fini par ouvrir. C'était une jeune femme aux cheveux marron qui lui tombaient aux épaules. Des yeux verts. Elle était toujours en pyjama. Mais ce que Sara adora par-dessus tout, c'était de voir dans un coin de la chambre une paire de vieux Converse tout usés.
-On vient te poser quelques questions.
-J'ai déjà répondu à votre copain. Je dormais la nuit passée. Je n'ai absolument rien entendu. Je n'ai rien à dire de plus.
Nick l'écarta sans un mot et attrapa les souliers qui gisaient au sol. Sara sorti la commission rogatoire au même moment pour taire la jeune femme.
-On vient t'emprunter tes souliers. Ils ont l'air usés.
-Et fraîchement lavés aussi.
Ils glissèrent l'objet de preuve dans un sac plastique avant de la laisser en plan devant sa chambre.
-On va revenir, ne t'inquiète pas.
Les empreintes trouvées sur les lieux du crime et celles de l'armes concordaient. De même qu'avec celles d'Anna Meyers. Ils n'avaient plus besoin de chercher de coupable. De plus, les baskets avaient été fraîchement nettoyés mais comportaient toujours du sang, celui des victimes d'ailleurs. À moins d'être Dieu, elle ne pouvait plus s'échapper. Double homicide prémédité. Pour la jeune femme de vingt et un ans, c'était la peine maximale.
-Tu as quelque chose à ajouter?
La jeune femme avait gardé le silence depuis le début de l'interrogatoire. Elle paraissait complètement zen, comme si elle se fichait largement d'avoir tuée deux jeunes femmes. Grissom, se laissant un peu emporter, s'accouda sur la table et lui planta le regard droit dans les yeux.
-Tu es entrée dans les salles de bains en parlant tout bonnement avec Erika en sachant pertinemment que tu allais la tuer lorsqu'elle sortirait du cabinet. Tu lui as rentré un couteau en plein cœur et tu l'as poignardée plusieurs fois avant de la laisser morte au sol. Tu allais t'en aller mais Amélie est entrée. Tu t'es jetée dessus pour l'étrangler avant qu'elle ne puisse hurler et avertir les autres filles qui dormait. Ensuite, tu l'as poignardée pour faire comme si les deux meurtres étaient reliés entre eux, puis tu l'as pendue pour nous faire croire qu'elle était morte en premier.
Toujours un silence de mort.
-La question est pourquoi? Qu'est-ce que Erika Spencer a bien pu te faire pour que tu aies envie de la tuer?
Greg vint s'assoire aux côtés de Jordan. Il ne voulait pas assister à l'interrogatoire. Les jeunes femmes avaient un âge qui se rapprochait au sien et ça le frustrait largement. Il avait prit l'enquête très au sérieux. Elle ne bougea pas lorsqu'il arriva près d'elle, et fit mine de continuer de lire. Sanders se pencha pour voir ce qu'elle avait à la main.
-Faulkner? Tu lis des trucs plutôt ardus.
-Ça m'fait oublier que j'ai perdu deux de mes amies.
Un silence embarrassant. Le C.S.I. niveau un fixa un point dans le vide, les mains jointes sur ses genoux. Il se demandait silencieusement pourquoi elle était la seule à être présente alors que deux jeunes femmes venaient d'être tuées. Elles n'avaient pas d'autres amis? Pas de familles? Il n'osait pas demander froidement la question mais cette histoire le travaillait. Théoriquement, les enquêteurs de la police scientifique ne devaient pas se poser toutes ces questions là mais Greg était tout de même humain.
Jordan cessa de prétendre de lire et regarda le jeune homme d'un regard fatigué.
-Non….elles n'avaient personne a part moi, si c'est ce que vous êtes venu demander.
Il haussa un sourcil, la jeune femme était sur la défensive. Elle avait vu juste, c'était probablement la seule raison pour laquelle il était venu lui parler. C'était quand même chose étrange qu'elle fût la seule présente alors qu'ils avaient deux cadavres sur les bras.
-Amélie et Erika étaient comme mes sœurs. Les parents d'Amélie vivent vachement loin et ils ne se parlent plus depuis longtemps. Les parents d'Erika sont morts dans un accident d'auto.
Greg garda le silence face à la confession de la jeune femme. Ça expliquait certaine chose, quoique quel parent ne viendrait pas à la mort de son enfant, même s'ils étaient en mauvaise ententes?
-Les parents d'Amélie savent qu'elle est décédée?
Elle haussa les épaules, l'air de s'en ficher complètement.
-Des parents qui abandonne leur enfant à lui-même alors qu'elle n'a que douze ans, je n'ai pas beaucoup d'estime pour ça monsieur.
Sanders eu un rictus étrange, ne sachant pas s'il devait faire une moue face au rejet qu'avait subi la jeune femme ou rire de Jordan qui l'avait appelé monsieur.
-Tu as leurs coordonnées? Je dois leur communiquer sa mort, je n'ai pas le choix.
- Non, on n'en parlait jamais. Je n'ai vu ses parents qu'une seule fois. Et c'est lorsqu'ils l'ont abandonné dans une famille d'accueil. Après elle n'a plus voulu avoir de nouvelles. De toute façon, sa mère était une toxicomane finie.
-Je vois.
Anna eu un rictus mauvais. Elle avait adoptée une attitude plutôt méfiante et désagréable depuis le petit discours de Grissom. Derrière le miroir sans teint, Sara se passa la main dans les cheveux, complètement décontenancée par le zen et le je-m'en-foutisme qu'arborait la jeune femme. Elle les avait tuées. Elle s'en fichait. Comment peut-on tuer un autre être humain sans avoir quelque chose sur la conscience?
L'être humain était rempli de mystère et était également complètement tordu.
-En quoi ça vous regarde? Vous avez trouvé le meurtrier? Vous êtes heureux? Le reste on s'en balance.
Sidle fut fasciné et frustrée par le même moment. Elle regarda Nick. Celui-ci était sidéré. Non seulement par la réponse de la jeune femme, mais aussi par l'attitude calme que Grissom avait.
-Je veux savoir pourquoi elle les a butée!
-Sara!
Trop tard, déjà elle était de l'autre côté, s'excusant à son supérieur, avant de reprendre les rennes de l'interrogation. Leur travail était terminé. Ils devaient seulement trouver qui et comment. Et non le pourquoi. Pourtant, dans certain cas, le pourquoi était important.
-Et qu'est-ce qu'on va dire aux familles? Qu'une pauvre cinglée à buter leurs filles sans raisons apparentes? Non mais, tu délires complètement!
La C.S.I. pivota de 360 degré pour reprendre son calme avant de continuer. Grissom l'observait du coin de l'œil.
-C'est trop facile. Tu crois vraiment t'en tirer sans qu'on sache ce qui s'est vraiment passé?
Anna croisa les bras. Elle se ferma face aux scientifiques et aux policiers. Résolue à ne plus parler. Son avocat lui fit signe qu'elle faisait pour le mieux.
-Vous n'avez plus rien à demander à ma cliente?
-Tu sais qu'on a trouvé le coupable?
Jordan leva la tête, incrédule. Elle serra son livre contre elle et regarda intensément Sanders qui hocha positivement de la tête pour appuyer ses paroles.
-Je veux savoir.
-Dès que l'interrogatoire sera terminé tu pourras le savoir. C'est plus qu'une question de temps.
-Je vois. Secret professionnel.
Il eu un léger sourire en coin. Elle savait probablement la procédure grâce aux milliers d'émissions policières et scientifiques qui peuplaient les chaînes de télévisions.
-Qu'est-ce que tu vas faire après?
Elle haussa les épaules, négativement. Retourner au dortoir? Jamais. Elle ne pourrait plus aller aux toilettes sans avoir l'horrible image d'Amélie et d'Erika tuées. Elle se trouverait un appartement sans doutes. Elle continuerait l'école, peut-être. Elle ne savait pas. Ne savait plus. S'en foutait largement pour le moment.
-On verra. Tout ce qui compte, c'est que je vois le salaud qui leur a fait ça.
Anna se leva, menottes aux poignets. Elle eu un rire hystérique face aux visages renfrognés des C.S.I. Elle eu une grimace puis cracha quelques mots au visage de Sara qui se tenait debout à ses côtés.
-Parfois tuer pour tuer, c'est amusant. Parfois, on n'a pas besoin de mobile. Parfois on a juste envie de buter quelqu'un pour rendre sa vie moins misérable. Ça ne vous arrive pas? Ça ne vous ait jamais arrivé d'avoir envie de tuer quelqu'un?
Sara fit une grimace dégoûtée alors que la meurtrière sortait de la pièce accompagnée de deux policiers.
-Non. Jamais.
Sanders se leva alors qu'il vit la porte de la salle d'interrogatoire ouvrir. D'une main, il reteint la jeune femme avec qui il était, puis il regarda la coupable s'éloigner. Un sourire impassible au visage.
Jordan tenta d'approcher mais il la reteint encore une fois. Elle fonda en larmes en voyant sa voisine d'étage, menottée. Elle comprenait parfaitement.
Anna Meyers avait tuée ses deux meilleures amies.
-POURQUOI TU LES AS TUÉES?
Elle n'eu que pour seule réponse un sourire dérangé de la part de la jeune femme qui s'éloigna. Greg eu pour réflexe de la prendre maladroitement dans ses bras alors que toute l'équipe C.S.I. sortait de la salle à la suite de la criminelle.
-Affaire classée
Warrick disparu en direction de la sortie. Tout le monde avait bien travaillé, c'était le temps de se reposer avant le retour au travail en soirée. Les autres firent de même, heureux de mettre un terme à toute cette histoire plutôt tordue.
-C'est fini Jordan.
Elle pleura doucement. Oui, c'était fini. Enfin. Anna Meyers allait en prison. Amélie et Erika pouvaient reposer en paix, maintenant.
-Tu veux que je te raccompagne?
Elle hocha doucement de la tête en serrant son manteau contre elle. Un bras sur l'épaule, Sanders la dirigea vers la sortie.
