Un jour, quatre ans auparavant :

Shepard marchait, l'allure fière et impénétrable. Elle saluait ses camarades, qui lui répondaient d'un signe de main. Je la regardais, complétement subjugué. Elle était consciente de mes sentiments, je le lui avais clairement fait comprendre. Liara aussi d'ailleurs. Je l'avais considéré comme une rivale. A tort. L'asari m'avait avoué avoir embrassé Shepard, qui dignement, l'avait par la suite repoussée. Elle ne ressentait rien pour elle, et même si elle paraissait détachée, Liara était terriblement attristée. C'était à ce moment-là que j'avais attaqué. De but en blanc, je lui avais fait des sous-entendus qu'elle ne pouvait ignorer. Et lorsqu'elle me demanda directement si je l'aimais, d'un large sourire je lui répondis qu'il ne pouvait en être autrement. Elle avait baissé la tête, gênée que l'un de ses fidèles compagnons craque pour elle. Encore. Elle m'avait ignorée quelques jours. J'avais pris cela avec détachement. Je comprenais que cela puisse l'embarrasser. Cependant, cela devenait trop lourd. Plusieurs semaines que cette torture perdurait. Et là, elle passait près de moi, m'adressant un simple sourire. Comme si de rien n'était. Comme si elle ne savait pas. C'en était trop pour l'homme que j'étais. Je la suivis, sans me faire prendre. Une fois qu'elle eut finit dans la salle de communication après un long entretien avec le conseil, je fis mon entrée. Elle se retournait instantanément, entendant mes pas s'approcher d'elle. L'air inquisiteur, elle croisa ses bras, attendant que je prenne la parole.

- Commandant. Veuillez-excuser mon intrusion, mais si je puis me permettre, nous devons discuter. Avez-vous quelques minutes à m'accorder ?

- Je vous écoute. Lâchait-elle d'un ton froid et monocorde.

- Voilà. Depuis ma « déclaration », vous m'avez clairement ignoré. Au début, je le comprenais. Mais après quelques jours, j'estimais que vous redeviendrez au moins comme avant. Alors je voudrais comprendre. Pourquoi cette ignorance totale ? Je ne vous demande pas de répondre à mes attentes. Je voulais seulement vous faire part de mes sentiments. Car oui, je vous aime commandant. Plus qu'un subalterne le devrait. Vous êtes ma supérieure et ce que je ressens pour vous pourrait être mal vu. Mais je ne peux pas empêcher mes sentiments de croitre. Libre à vous de me repoussez ou bien de feindre, mais vous ne pouvez pas me laisser de côté, m'ignorer totalement.

- Vous avez raison, Kaidan. Mon comportement était inadapté. Je m'excuse pour cela. Je fus emplie de doutes. Pas à votre propos, mais pour bien autre chose… J'aimerais répondre à vos attentes, cela serait d'ailleurs tellement plus simple. Mais mon cœur en a décidé autrement. Peut-être espériez-vous autre chose, mais je suis désolée car je ne peux répondre à vos sentiments qui m'ont l'air sincère. La situation est gênante et en proie à la douleur, mais je ne peux pas vous donner plus.

- Merci pour votre sincérité commandant… Cela signifie-il que tout va redevenir comme avant ?

- Je vais tout faire pour en tout cas.

- D'accord. Et sachez que si vous avez besoin d'une oreille attentive, je peux être la vôtre. J'aurais voulu plus mais gardez bien en tête que vous serez toujours avant toute chose mon amie. Ayez bien conscience de ça.

Sur ces mots, je quittais la pièce, laissant seule une Shepard qui n'avait pas l'air d'aller mieux. Les jours suivirent. Malgré ses efforts, elles paraissaient toujours distantes. Mais pas seulement avec moi. Avec les autres aussi. Et je compris que mon égoïsme m'avait rendu aveugle car je ne m'étais pas rendu compte du phénomène. Elle était remplie de doutes, elle me l'avait dit. Pourquoi ne l'avais-je pas plus cuisiné ? Je l'ignorais, mais en même temps, je ne pouvais pas me le permettre. Elle était ma supérieure. Si elle ne voulait pas répondre à mes questions, elle n'avait pas à le faire. Son intimité la regardait, je n'avais aucun droit de m'immiscer.

Lorsque sa mort s'abattu sur nous quelques mois plus tard, personne ne voulait y croire. Nous avions vu le Normandy exploser avec Shepard à l'intérieur. Nous étions brisés, incapable de penser. Inerte, ce fut le mot qui me caractérisa durant cette période. Difficilement, je m'étais relevé, voulant croire que c'était ce qu'aurait voulu Shepard pour moi. Continuer dans cette voie, me battre pour mes convictions, vivre pour elle. Quelle ne fut pas ma surprise que de la voir sur Horizon, accompagnée de deux individus inconnus. Je n'avais pas pu m'empêcher de la prendre dans mes bras. Puis très vite, je compris que quelque chose avait changé. J'avais des tas de questions à lui poser, elle répondit à certaines d'entre-elles. Cerberus. Elle s'était alliée à cette organisation terroriste. Je ne pouvais y croire. Et tandis qu'elle tentait de se justifier, je l'avais repoussé violemment, lui faisant comprendre qu'elle me dégouttait. Je l'avais blessé, sans aucun doute. Elle l'avait ressenti comme une haute trahison. « Vous prétendez être mon ami alors que vous me jugez sans même comprendre ? » m'avait-elle lancé. Je restais bouche bée. J'avais été bête. Mais je ne le compris que trop tard. Je lui écrivis un long mail d'excuse quelques mois plus tard, où je reconnaissais mes tords et où je compris qu'elle œuvrait pour le bien commun. Après tout, elle était Shepard, la femme que j'avais aimé et que j'aimais encore. La femme pour qui j'avais accepté de donner ma vie sans contrepartie. Celle que j'aurais dû suivre aveuglement ce jour-là au lieu de me buter dans mes convictions erronées. Et dans toute sa bonté, elle m'avais accordé un pardon que je ne méritais pas. Plus encore, elle m'avait livré une partie d'elle-même. Je sentis sa souffrance quant à ma réaction. Elle s'était mise à douter de ses actions. J'avais tenté de la rassurer, lui faisant comprendre que j'avais été stupide, rien n'y changeait. Mes obligations m'empêchait de venir la voir, elle avais admit cela et l'avait accepté agréablement bien. Cependant, j'avais sentis une certaine fragilité à travers ces mails qui se voulaient de plus en plus mélancoliques. Puis un jour, elle avait craqué. Elle m'avait avoué certaines choses que jamais je n'aurais pu imaginer. Elle voulait le taire, mais le fardeau était tel qu'elle n'en était plus capable. Elle m'avais avoué que comme l'issue de la mission suicide approchait, elle souhaitait qu'au moins quelqu'un puisse connaître entièrement son histoire. Je ne savais pas ce qui m'avait choqué le plus : le fait de savoir qu'elle avait couché avec Garrus ou bien qu'elle pensait être amoureuse de ce cher timonier Joker ? La deuxième je croyais bien. Car si Garrus était un turien, il avait une certaine aura qui pouvait intimider mais aussi attirer. Mais Joker… Comment cela pouvait-il être possible ? Physiquement, il n'était pas repoussant, loin de là. Mais si l'on accumule sa condition avec son caractère et son cynisme, comment Shepard avait-elle pu craquer ? Elle n'avait pas la réponse, elle doutait encore de la nature de ses sentiments. Elle savait juste que Joker n'était plus le même à ses yeux, et qu'à chaque fois qu'elle le croisait, elle sentais son coeur s'emballer. Sans rentrer dans les détails, elle me fit comprendre qu'une lourde discussion avait eu lieu, et que le timonier avait même craqué. Le poids de sa mort, sa culpabilité. Il savait que le commandant était morte par sa faute et il s'en voulait. Shepard été restée secrète, mais me fit comprendre que depuis cette entrevue, Joker était redevenue celui qu'il était et non plus l'ombre de lui-même. Son sourire n'était plus une façade. Sa voix ne sonnait plus creux. Il était vrai avec elle. De nouveau. Même peut-être plus qu'avant. Leurs discussions devenaient de plus en plus fréquente. Son quotidien rimait avec Joker. C'était à ce moment qu'elle pensait être tombée amoureuse de lui.

Après la mission suicide, je ne reçus aucuns mails. Pourquoi ? Cela restait un mystère pour moi. Lui avais-je dis quelque chose qu'il ne fallait pas ? Je n'en avais pas l'impression pourtant. Alors, décidant que c'en était trop, je me mis à écrire un mail. Hésitant, je ne l'avais pas envoyé de suite. Et chaque jour, je le modifiais, rajoutant ou retirant certaines parcelles de mon texte. Puis je me décidais à l'envoyer. Il ne me restait plus qu'à attendre.


J'avais donné rendez-vous à Kaidan à la Citadelle. On avait pleins de choses à se dire, et cela était plus simple de vive voix. Il avait accepté, à mon plus grand bonheur. J'avais fait part à mon équipage de notre escale dans la capitale de la communauté galactique, ce qui fut très bien accueilli. Ma troupe était exténuée par les multiples missions et un peu de repos ne leur ferait pas de mal. Lorsque l'on descendit du vaisseau, je fis comprendre à mes coéquipiers qu'ils avaient quartier libre. La troupe se démobilisait tandis que je me dirigeais vers le café Apollon. Kaidan me faisait dos. Il ne m'entendit pas arriver. Alors je le pris par surprise en posant ma main sur son épaule. Il avait sursauté avant de se retourner. Un large sourire se dessinait sur son visage en apercevant le mien. Il avait surement voulu me prendre dans ses bras, mais a dû se réfracter. Il m'invitait à m'asseoir. Une asari vient à notre rencontre, nous demandant ce que l'on voulait. Après avoir prit notre commande, elle s'éloignait, me laissant seule avec Kaidan. Le silence était pesant. Logiquement, j'aurais dû commencer, mais aucuns sons ne sortaient de ma bouche.

- Comment allez-vous, commandant ? S'aventurait Kaidan devant mon mimétisme.

J'aurais voulu lui dire que tout allait pour le mieux, que je pétais la forme. Mais ça serait mentir, n'est-ce pas ? Surtout, je lui avais déjà parlé de mes inquiétudes, de mes ressenties, de mes maladresses par le passé. Cependant, il ignorait tout des événements récents. Je ne pouvais pas rentrer dans les détails. Pire, je ne pouvais pas lui raconter ce qui s'était passé, combien j'avais merdé. Comment réagirait-il ? Quelle image donnerais-je ? Au fond, il me comprendrait, mais à quel prix ? Je ne voulais pas me montrer ainsi, aussi faible et déroutée. Mais avec Kaidan, j'arrivais à être naturelle. Je le considérais comme un frère, et même si ça lui avait fait mal, il m'avait assuré qu'il était passé à autre chose. J'avais quelques doutes parfois, mais je ne préférais pas m'aventurer sur ce terrain glissant. Depuis la mission suicide, j'avais coupé les ponts avec lui. Je ne savais pas entièrement pour quelle raison. Peut-être pour enfin le laisser vivre ? Quelle bêtise. Au fond, j'étais beaucoup plus dépendante de lui que l'inverse. Il avait réussi à avancer, lui. Il était devenu spectre. J'étais fière de lui. Il le méritait amplement. Bien plus que moi quelques années auparavant. Sans doute l'avais-je mis au ban de ma vie pour ces raisons. Il ne méritait pas que je l'accable d'autant plus. Il devait faire sa vie, montrer au monde qui il était. Pas un simple soldat combattant dans l'ombre de quelqu'un, mais bien un grand être à part entière, qui avait plus de mérite que la pauvre humaine que j'étais. Comprenant qu'il s'impatientait lorsque je l'entendis se racler la gorge, je devais maintenant faire face à lui, qui avait pris le temps de venir me rencontrer.

- Merci, Kaidan.

Ma réponse ne répondait aucunement à sa question. Il comprit bien vite que j'allais difficilement me confier. Mais il était doué pour me tirer les vers du nez. J'en avais fait les frais bien longtemps, lui en voulant un temps avant de comprendre que c'était pour mon bien.

- Je vous écoute, commandant. N'oubliez pas que je serais toujours là pour vous.

- C'est bien trop long à expliquer, Kaidan. Bien trop long. Tout part en vrille depuis le début, tout. Ça en devient rageant.

- Point par point, commandant. Racontez-moi chacune de ces choses qui vous tracassent.

- Je ne peux pas.

- Pourquoi ?

- Ça serait aller contre les règles.

- Quelles règles ?

- Celles que je me suis imposée.

- Ne soyez pas stupide, commandant ! Comment comptez-vous avancer si vous vous contraignez ?

- Je ne sais pas.

- Moi je sais. Vous devez vous confier. Intériorisez n'est pas la solution.

- C'est ce que je pensais faire Kaidan. Au début. Et puis j'ai réfléchie. Je ne veux pas être un calvaire pour vous, ni pour n'importe qui d'autre.

- Mais qu'est-ce que vous me chantez là ? Un calvaire ? Mais vous délirez complétement !

- Je sais, Kaidan ! Mais je n'arrive pas à m'enlever cette idée de la tête. Je suis confuse, torturée, tiraillée. Ma vie est un chaos complet et je ne sais pas comment m'en tirer. Je fais risquer la vie de mes compagnons à chaque secondes. On fonce droit dans un mur et pourtant je me bute à ce qu'on continue dans cette direction. J'ai l'impression que le conflit sera interminable, que les moissonneurs auront raison de nous. Et pire encore, je me mets à dos mes plus fidèles alliés en me comportant comme la dernière des salopes !

Je m'étais emportée. Je n'avais pas voulu de cela. J'aurais voulu garder cette carapace de femme froide et forte, mais j'avais craqué. Ma voix s'était élevée, se risquant sur un terrain miné. J'avais maintenant donné les armes à Kaidan pour qu'il s'inquiète. Encore plus qu'il ne l'était déjà. Je m'en voulais mais mon self contrôle avait complètement disparu, à mon et surtout à son grand étonnement.

- Commandant… Je ne vous avais jamais vu ainsi. Je peux comprendre que vous ayez des doutes, mais vous devez comprendre que vous êtes la plus apte à nous sauver. Si quelqu'un peut détruire ces foutus moissonneurs, c'est bien vous ! Et ne doutez jamais de cela. Sans vous foutre une pression supplémentaire, on a confiance en vous. Shepard, vous représentez l'espoir. Alors ne vous amusez pas à penser autrement, sinon, malgré tout le respect que je vous dois, je serais en droit de vous remettre les idées en place.

- Merci, Kaidan. Le coupais-je, un ricanement sortant inconsciemment de ma bouche.

- Ensuite, par rapport à vos dernières paroles…

Et merde. Alors ok, au fond, j'avais voulu le voir pour obtenir des réponses à mes questions. Mais je voulais éviter de trop en dire. Cependant, en m'emportant, je ne pouvais plus fuir. Je devais endosser mes responsabilités, répondre de mes actes et raconter à Kaidan mes déboires.

- Est-ce que ça concerne encore… Joker ? Garrus ?

Mon visage trahissait mes pensées. A l'écoute de ces deux noms, mes joues s'enflammèrent.

- Je ne vous jugerais pas, commandant. La dernière fois, vous aviez besoin de moi. En vous ouvrant à moi, vous m'avez comblé de bonheur. D'habitude, vous gardez une certaine distance avec tout le monde. Et pourtant, vous vous étiez dévoilée, preuve que c'était nécessaire au fond. C'est pour cette raison que je suis ici, aujourd'hui, n'est-ce pas ? Vous avez besoin de mon aide et pourtant vous n'osez pas me le demander.

- J'ai merdé, Kaidan. Comme jamais je n'avais jamais merdé.

- Je suis sûr que ce n'est pas aussi horrible que vous le dîtes.

- Oh si. J'ai couché avec James. Je ne le voulais pas spécialement mais j'étais bourrée, Joker m'avait littéralement rejetée et j'étais totalement désespérée. Et puis Vega était là et je lui ai carrément sauté dessus.

- Bon d'accord, vous avez peut-être un peu merdé avec lui. Et alors ?

- Si seulement c'était tout. Mais voilà que Garrus débarque dans mes quartiers pour me rappeler cet instant -magique, c'est le seul mot qui me vient quand j'y repense- et se montre entreprenant avec moi. Il me demande des comptes, veut savoir si je regrette et si je voulais recoucher avec lui. Et je doute, je suis trop lente à répondre et il se rapproche dangereusement de moi. On allait surement s'embrasser, mais Joker débarque et nous surprend ainsi. Et le pire, c'est que je pense que je n'allais même pas le repousser. Si Joker n'était pas venu, que ce serait-il passé ? Puis voilà que c'est au tour de James de se pointer. Il m'avait posé des questions, me demandant si je regrettais avec lui aussi. Qu'aurais-je pu lui répondre bordel ? Que non ? Je serais passée pour la pire des salopes. Et sans hésitation, il m'avait embrassé. Et je l'avais laissé faire, moi, le commandant, celle qui devait être impassible avec tous. James me prenait littéralement en bouche et je ne disais rien. Pire, j'y répondais. Puis je l'avais repoussé. Je n'étais qu'une passade, qu'une obsession pour lui. Je le savais et pourtant je lui avais donné encore trop d'espoir. Voilà Kaidan. Me croyez-vous maintenant quand je dis que j'ai merdé ? Pire que ça. Je suis perdue. Je ne sais plus quoi faire, que dire, comment me comporter.

Lorsque j'avais finis mon monologue, il se mit à rire. Pas un petit ricanement étouffé. Non, un bon gros fou rire. Inconsciemment, je le suivis. On devait avoir l'air complétement cinglé là, au milieu d'une foule qui ne faisait pas attention à nous pour autant.

- Au fond, sans moi, vous ne faites plus grand-chose dans la dentelle n'est-ce pas ? Arriva-t-il à placer entre deux éclats de rire.

Après quelques minutes, Kaidan redevint un minimum sérieux. Je ne pensais pas être un cas à ce point-là tout de même. C'en était limite vexant. Mais venant de Kaidan, je ne pouvais pas mal le prendre. Après tout, si quelqu'un pouvait bien m'ouvrir les yeux, c'était lui.

- Bon, plus sérieusement. Déjà, sachez que je ne trouve pas votre comportement inadmissible. Vous êtes seulement une femme entourée d'hommes… Rien de choquant ni d'alarmant.

- Quelle grande découverte, waouh, merci monsieur le spectre.

- Eh oh, pas de moquerie ! Laissez-moi finir voyons. Vous êtes tiraillée entre plusieurs choix, je le conçois. Vous hésitez. Vous ne savez pas quoi faire, dire. Vos décisions vont quoiqu'il arrive peser sur chacune de ces personnes. N'avez-vous pas déjà une toute petite idée ?

- Honnêtement, si. Mourir.

- Pas de ça avec moi Shepard ! La galaxie toute entière vous l'interdit, moi y compris ! Plus sérieusement, aucunes pistes ? Qu'est-ce que vous dit votre cœur ?

- Mon cœur ? Mais je n'en sais fichtrement rien ! La seule chose que je sais, c'est que j'en souffre. Je n'arrive plus à être imperturbable. Joker m'a brisé, son amour pour IDA me ronge et je n'arrive pas à l'oublier. Garrus est là, toujours là, il réapparaît au pire moment. Et il me fait douter. Lorsque l'on avait… Cette fois-là, ç'avait été spontanée. Je me sentais bizarre, ne voulant pas comprendre les sentiments que j'éprouvais pour notre timonier. J'hésitais, faisant retarder l'échéance. Et Garrus m'avait hypnotisé. J'avais besoin de lui à ce moment-là. Juste de lui. Parce qu'il avait toujours su me rassurer sans rien dire. Parce qu'il avait toujours été à mes côtés malgré tout ce qui avait pu se passer. Jamais je n'aurais pu penser qu'il se passerait quelque chose entre nous, et pourtant… Cependant, je ne pouvais pas le regretter. Je ne voulais pas. Mais j'avais feinté. Nous étions redevenus ce que nous étions auparavant, et c'était pour le mieux. Il restait mon plus fidèle ami et je restais son commandant qu'il vénérait. Mes sentiments pour Joker avaient fleuries, s'étaient épanouies et nonobstant IDA, n'arrivaient pas à faner. Et pourtant, j'aurais tout donné pour y mettre un terme ! Comme une conne je persistais. Et il m'avait tendu une perche. Je m'étais ouverte, lui crachant à la gueule mes véritables sentiments. Puis je m'étais dérobée, faisant croire à un simple canular. Mais au fond j'étais groggy. Et James était là, au bon ou au mauvais endroit, selon le point de vue. Il n'avait été qu'un coup du soir et c'est cruel à dire mais il le resterait. Il a pourtant tout pour lui. Néanmoins, il n'est pas pour moi. Ma réponse à son baiser n'avait été que dans le feu de l'action. Je l'avais repoussé pour son bien, il ne fallait pas qu'il devienne trop accro à moi. J'ai assez d'emmerdes comme ça.

- Vous êtes donc tiraillée entre deux hommes, si j'ai bien compris.

- Et c'est bien ça qui me fait peur. D'un côté je m'attache à Joker, restant cloîtrée dans un passé qui me démolie et qui me pousse vers l'abîme. Je reste dans l'illusion d'un avenir plausible à ses côtés, délaissant IDA et ne vivant que pour moi. Et d'un autre côté, j'ai Garrus. Lui qui a toujours su être là quand il le fallait. Lui qui au fond me rend dingue. Lui qui me fait douter. J'en oublierais presque Joker. Car sa voix, ses gestes, ses mots pèsent bien plus que je ne l'aurais pensé. Alors je me mets à me haïr. Je déteste penser ainsi, hésiter entre deux hommes. Et même en parler ne me fait pas avancer. J'ai l'impression d'être engloutie encore plus. D'être perdue définitivement.

Je vis Kaidan être attentif à tout ce que je disais. Il tentait de réfléchir, de trouver les mots justes pour trouver une solution. Mais il ne put en placer une. Puis, je vis Garrus accourir à notre table. Instantanément, mes joues commencèrent à rougir. Je tentais de freiner mes ardeurs tandis qu'il s'approchait, ne voulant pas me montrer ainsi devant lui. Une fois à notre hauteur, il salua poliment Kaidan même si son regard trahissait plutôt un certain dégoût puis se tourna vers moi.

- Commandant. Il y a une urgence.

Et avant que je ne puisse lui demander ce qu'il en était, nous fument attaqués.