Lorsque j'entendis la voix de Garrus, je fus pris de panique. Pourquoi ce n'était pas Shepard à l'autre bout du combiné ? Il m'avait expliqué la situation, j'étais alarmé. Complétement stone. Je me sentais coupable, une nouvelle fois. Elle ne pouvait pas nous laisser encore, n'est-ce pas ? Elle allait s'en sortir. Puis vint le sujet IDA. Elle était dans un piteux état. On m'avait totalement perdu. Je criais de rage, de désespoir, de solitude. Garrus essayait de me calmer, en vain. Il criait qu'il allait bientôt débarquer à bord du Normandy, avec tout le monde. Qu'il ne fallait pas que je cède à la folie. Qu'IDA allait s'en sortir. Que Shepard allait vaincre. A ces derniers mots, je sentais une profonde inquiétude dans la voix de Garrus. Comment avais-je pu oublier ? Il tenait réellement au commandant. Bien plus qu'un subordonné le devrait. Ses gestes, ses dires, son attitude. Il se trahissait sans que l'on s'en rende compte. Il était fou d'elle comme je devrais être fou d'IDA. Ou plutôt, comme j'essayais de me faire croire que j'étais fou d'IDA. L'aimais-je vraiment ? Je doutais de plus en plus. Elle était mon idéal. Etait-elle la femme parfaite pour moi ? Je n'en savais fichtrement rien ! Tapant du poing sur ma table de contrôle, j'ouvris la fenêtre qui donnait sur une des caméras extérieures. Rien. Le vide. Le néant. La citadelle n'avait jamais été aussi calme qu'à l'heure d'aujourd'hui. C'en était triste. Le voyant rouge clignotait à nouveau, je répondis à l'appel de Garrus. Il m'indiquait qu'il était dans la tour de contrôle et qu'il allait libérer le Normandy de la zone d'amarrage. Puis quelques minutes plus tard, je vis la troupe sortir de l'ascenseur. Kaidan portait IDA. Une IDA inerte. Sans vie. Bordel. Mes larmes montèrent plus vite que je ne le pensais. D'une traite, je balayais ce soupçon de sentimentalisme. Il ne fallait pas que je craque devant tout le monde. J'ouvris la porte du sas et accouru non sans mal vers l'entrée. Mes yeux se posèrent sur IDA. Ne pas la voir bouger me brisait le cœur. Comprenant ma détresse, Kaidan accouru vers le fond du vaisseau et se dirigea vers Tali qui était restée à bord, encore affaiblie par la dernière mission. Elle était notre mécanicienne en chef et si quelqu'un pouvait bien venir en aide à IDA, c'était elle. Garrus fit comprendre à la troupe de retrouver leur poste, malgré leur inquiétude et leurs multiples interrogations. Tous avait compris ses mots et se démobilisait. Puis, le turien vint se positionner à mes côtés. Il s'assit sur le siège où était d'habitude posée IDA. Il me regardait, incrédule. Je sentais qu'il voulait prendre la parole mais qu'il ne trouvait pas les mots. Puis il se releva et me scruta, l'air grave.

- Joker. Nous devons décoller.

- Quoi ?! Répliquais-je en haussant le ton.

- Vous m'avez très bien compris ! Décollez ce putain de vaisseau pour qu'on puisse retrouver Shepard !

Lui qui d'habitude restait impassible venait de briser sa carapace, littéralement. Ses yeux étaient imbibés de sang, l'inquiétude le rongeait et il se sentait impuissant. Je comprenais sa rage. Trop bien même. Sans plus attendre, je me tournais vers ma table de contrôle et démarrais le vaisseau en quatrième vitesse. Garrus m'indiquait la route à suivre. Shepard était sur le toit de la tour de la citadelle, à la merci d'un homme armé d'une épée et d'un Udina complètement à la ramasse. Évitant les nombreux débris qui continuaient à tomber, je ne voulus pas faire attention au décor alarmant qui s'offrait à moi mais c'était peine perdue. Des centaines de milliers de personnes couraient, cherchant à échapper à cet enfer. Des cadavres à la pelle squattaient les rues. Un spectacle à faire pâlir et vomir quiconque. Mais nous n'avions pas le temps de nous montrer sentimental, nous devions aider le commandant au plus vite. Une fois sur les lieux, on vit ce que l'on regrettait. Shepard, du sang dégoulinant, en position de faiblesse. Elle faisait face à son adversaire, affaibli mais encore armé. Le commandant avait un genou à terre, se tenant le ventre pour atténuer sa douleur. On n'entendait pas ce qui se disait, mais on comprit que ça ne sentait pas bon. Garrus ne disait rien, les yeux grands ouverts. Il ne voulait pas croire à ce qu'il voyait. Des gouttes perlèrent sur mes joues, contre mon gré. Nous n'allions quand même pas assister à la mort de Shepard ? On ne pouvait pas. A nos yeux, elle était invincible. Immortelle. C'était inconcevable, tout simplement. Automatiquement, je pris contact avec Cortez. On ne pouvait pas laisser le commandant seule n'est-ce pas ? A sa voix, je compris qu'il était au courant de la situation. Et pourtant, il ne se voulait pas rassurant. Avant même que je ne pose la question, il m'indiquait que le Mako n'était pas opérationnel. Un gros merde sortit de ma bouche. Notre ultime chance de lui venir en aide tombait à l'eau. Puis, d'un bond, je vis Garrus prendre son fusil. Il le rechargea et se dirigea vers l'entrée du vaisseau. Il voulait descendre. Je lui criais que c'était impossible, ce à quoi il me répondait qu'il n'en avait clairement rien à foutre si c'était pour lui sauver la vie.

- Et Shepard ?! Vous y avez pensée ? Si elle vous perdait, elle serait dévastée. Arrivais-je à dire, à contrecœur.

Ses yeux me scrutèrent et s'ouvrirent encore plus. Il était choqué. Par mes propos ?

- Je serais dévasté si je la perdais. Me répondit-il en accentuant sur le dernier « je ».

- Parce que vous croyez que je le serais pas peut-être ?! Criais-je, mes yeux remplies d'eau que je n'arrivais plus à cacher.

J'avais craquer. Devant Garrus. Celui que je commençais à considérer comme mon rival. A tord. A cette pensée, je me mis à devenir fou. Bordel, comment pouvais-je changer d'avis comme ça ? Le commandant était en situation de vie et de mort et c'était maintenant que je réalisais certaines choses ? Et IDA ? J'y avais pensé. J'étais qu'un putain d'égoïste !

- Joker, vous...

Et alors qu'il n'avait pas finit sa phrase, je vis Garrus accourir vers moi. Instantanément, je me tournais pour voir ce qu'il regardait avec intention. L'homme nous montrait, de son épée. Shepard s'était retournée vers nous. On ne pouvait voir son visage parfaitement, la distance nous séparant, mais je pense qu'on pouvait y sentir une certaine détresse. Elle ne voulait pas qu'on soit là. On était complètement inutile. On ne pouvait pas se poser. On pouvait seulement assister. C'en était navrant, frustrant. Puis l'homme retourna son attention vers elle. Il peinait à tenir debout mais restait stable. On voyait que sa jambe le lançait, qu'il boitillait légèrement en s'approchant dangereusement de Shepard. Puis on la vit sauter sur lui, dans un ultime orgueil. Son épée quittait ses mains. L'espoir pour nous revenait. Puis une droite vint percuter le visage de Shepard, la faisant tomber. Il récupéra son arme et la pointa sur elle, mais elle profitait de cette inattention pour lui faire un croche patte. Elle se relevait péniblement, observant l'homme qui fit de même. On sentait la fatigue s'accumuler. La phase d'observation dura quelques dizaines de seconde avant que l'homme ne prenne son élan et attaque notre commandant. Nous retenions notre souffle. Shepard avait évité le coup de justesse et vint s'élancer à son tour sur l'homme. D'une traite, elle lui tordit le bras, la douleur se reflétant sur le visage meurtri de l'ennemi. Puis, il se mit à reculer à mesure que les coups de Shepard s'intensifiaient. Son unique arme était ses poings qu'elle savait manier d'une main de maître. Sous les coups incessants du commandant, l'homme était désœuvré, n'arrivant pas à reprendre l'ascendant sur le combat. Son épée devenait impuissante, peinant à le tenir sous les assauts rapides et puissants de Shepard. Sa main le faisait horriblement souffrir et il n'arrivait pas à asséner un coup à Shepard. Le sourire refit surface sur mon visage, jusqu'à ce que l'homme, en évitant un des coups du commandant, appuya sur la blessure du commandant qu'il la fit arrêter tous gestes. Profitant de cet instant, il voulut l'asséner d'un coup fatal mais c'était sans compter sur l'adresse du commandant qui frappa son adversaire au mollet visiblement touché. Il baissa son épée sous la douleur qui le languissait et Shepard en profita pour retirer à l'homme son unique arme. Il reculait, maintenant en position de faiblesse. Mais le commandant ne fit pas de cadeau. Elle se précipitait sur lui, tenant l'épée des deux mains et trancha en deux son ennemi, à l'instar des samouraïs de l'époque médiévale. L'homme s'écroula, perdant tout signe de vie. Shepard se tenait droite, le sabre à la main droite et la tête légèrement penchée. Scotchés, c'était le mot. Alors que l'on avait complètement oublié sa présence, Udina se releva, totalement paniqué, pour se diriger vers la sortie. Shepard voulut le suivre, mais elle perdit ses forces et posèrent ses genoux à terres. Le visage d'Udina se décrispait et il se mit à rire. Pauvre fou. On ne pouvait pas le laisser s'enfuir. Je regardais Garrus, la haine prédominant sur son visage. S'il tentait de s'enfuir par les airs, j'allais pendre un malin plaisir à l'éliminer. Alors qu'il avait quitté totalement notre champ de vision, sous les yeux incrédules de Shepard, on vit Udina revenir à reculons. L'arme du capitaine Bailey était pointée sur lui. Il était accompagné des membres du conseil et de plusieurs agents du SSC. Son regard vint se perdre sur Shepard. Elle lui fit signe de la main, comme pour signaler que tout allait pour le mieux. Deux des hommes du capitaine vint à la rencontre du commandant, l'aidant à se lever. Elle rejoignit Bailey qui surveillait Udina. Puis on le vit s'enfuir, une nouvelle fois. Il n'avait plus d'échappatoire et pourtant il essayait encore. De sang-froid, Shepard choppa le pistolet de Bailey pour abattre l'ambassadeur qui s'écroula. Les genoux du commandant cessèrent de la tenir. Bailey et ses hommes se précipitaient sur une Shepard qui était à terre. Pris de panique, je me relevais, les mains devant ma bouche. Liara fit son entrée, et percevant le spectacle qui lui faisait face, elle accouru vers le fond du vaisseau, suivit de Garrus. Puis, je vis une autorisation pour que le Mako descende. Il n'était pourtant pas complètement réparé. Cortez m'avait dit qu'il n'était pas opérationnel, comment cela se faisait-il ? Lorsque je posais la question à James, il m'envoyait bouler et m'ordonnait d'ouvrir le vaisseau. Obéissant, je vis le Mako se poser. James et Garrus se précipitèrent vers l'extérieur et portèrent Shepard. Elle avait besoin de soin au plus vite. Prenant son élan, le Mako remontait à bord du Normandy. A l'aide d'une caméra, je vis Garrus et James courir vers l'infirmerie. J'étais soulagé à moitié. Je savais que le docteur Chakwas était quelqu'un de compétent. Après tout, c'était le commandant n'est-ce pas ? Elle avait bien réussi à ressusciter. Elle n'allait pas mourir pour si peu hein ? Mais l'apercevoir en si piteux état m'avait retourné l'estomac. Non, définitivement, elle ne pouvait pas nous laisser. Elle ne pouvait pas me laisser. J'avais besoin d'elle. Réellement.

- Joker, on a un problème. C'est IDA. M'interrompit Tali alors que mes pensées commençaient à dérailler.

Les emmerdes n'étaient pas finies.