Devant les choix que l'on m'avait donnés, mon esprit était embué. J'étais perdue, tout simplement. Au début de mon combat, l'objectif était simple. On devait détruire les Moissonneurs. Ils étaient une nuisance. Ils voulaient notre anéantissement. C'était de notre devoir que de se battre, que de les combattre. Pourtant, les nouvelles données étaient trop lourdes de conséquences.
« Vous avez le pouvoir de nous détruire. Mais je vous préviens, d'autres seront aussi exterminés. Le Creuset ne fera aucune distinction, et visera tous les synthétiques. »
Je ne pouvais pas faire ça. IDA, Légion. Synthétiques se sont battus à nos côtés. Ce serait injuste que de les réduire à néant. Nous avions besoin d'eux. Ils faisaient partis de notre quotidien, la cohabitation était indispensable. Il m'était impossible de prendre cette décision. Elle était contre-nature.
« Vous pouvez toujours utiliser l'énergie du Creuset pour prendre le contrôle des Moissonneurs. […] »
Comme l'homme trouble en soit. Pourtant, je l'avais vu sombrer peu à peu dans la folie. Il avait échoué, se faisant avoir à son propre jeu. Il avait voulu les contrôler mais son désir s'était retourné contre lui. Y arriverais-je alors ? Je n'en savais fichtrement rien. Devais-je prendre le risque ? On m'assurait que je pouvais prendre le contrôle, mais cela aurait aussi des conséquences sans précédents.
« Vous mourrez. Vous nous contrôlerez… mais vous perdrez tout ce que vous avez. […] Votre forme physique se désintégrera, mais vos pensées, vos souvenirs survivront. Vous ne serez plus un être organique. Votre lien avec les vôtres sera rompu mais vous aurez toujours conscience de leur existence. »
En clair, je perdrais tout. Je ne pourrais plus interagir avec mes proches. Je serais morte à leurs yeux. Et pourtant, en soit, je veillerais sur eux. Je ne serais plus tout en étant encore. Les décisions seront miennes, et cette nouvelle force me permettrait de conserver la liberté des peuples. Mais aurais-je le courage de mettre fin à ma forme physique, réduisant ainsi à néant le soupçon de bonheur qui tendait à poindre le bout du nez ? Ou alors, devais-je accepter la troisième solution ?
« Ajoutez votre énergie au Creuset. […] Votre énergie organique, l'essence même de ce que vous êtes, sera décomposée, puis dispersée. »
Autrement dit, la synthèse. Je me désintégrais pour permettre la création d'une nouvelle forme d'entité, un alliage entre les vies organique et synthétique qui deviendraient un tout, chacun alliant à merveille ce deux données. En soit, ça pouvait paraître beau, mais pouvais-je prendre une telle décision ? Je ne pouvais pas choisir pour les autres. Où passerait l'autonomie que je prônais pour chacun ? Aux oubliettes, indéniablement. Et cela, ça allait contre ma doctrine. Je m'étais démenée pour offrir un échappatoire aux peuples, pas pour leur imposer une décision lourde de contrecoup. Quoique je fasse, je mettais à mal tout ce qui faisait mon identité. Soit j'allais à l'encontre de mes croyances en détruisant les vies synthétiques qui furent jusque lors mes alliés soit je contrôlais les Moissonneurs, ceux contre qui je combattais sans relâche, tournant le dos à ces heures de confrontation qui devenaient caduque soit je permettais la fusion entre vie organique et synthétique, sans demander l'accord de chaque partie, annihilant les différences qui pouvait cohabiter. C'était un dilemme insurmontable. Et pourtant, je devais me résoudre à choisir la meilleure alternative, celle qui ferait le moins de dégâts. Car les pertes étaient déjà élevées. Bien trop au goût de tout le monde.
Sans plus réfléchir, je m'avançais vers la solution qui me paraissait la plus adéquate. L'image du garçon disparaissait à mesure que mes pas me menaient vers l'issue finale. Le sang coulait le long de mon armure, ma main droite tentant tant bien que mal de ralentir l'afflux sanguin. Traînant ma jambe droite, mon destin n'était plus qu'à quelques mètres. Il était temps d'en finir. De mettre un terme à ce carnage. La respiration saccadée, l'air lourd pesant d'autant plus, je peinais à avancer vers mon objectif. Pourtant, c'était dans l'obligation que je puisais dans mes derniers retranchements, en évitant de jeter un oeil au paysage apocalyptique qui s'offrait devant moi. La bataille faisait rage et je savais que notre fin s'approchait à mesure que les minutes s'écoulaient. Raison de plus pour agir vite. Une fois positionnée devant le levier, ma première main vint se poser sur l'une des deux poignées. Essoufflée, je repris légèrement de l'air. En réalité, ce soupir cherchait plus à me donner la force. Celle que je perdais à chaque seconde. Cette volonté qui était ébranlé par la petite voix dans ma tête qui me dictait que ce que j'allais faire été mal. Mais avais-je réellement le choix ? En pesant le pour et le contre, j'étais venue à la conclusion que ce choix serait le moins lourd de conséquences. Me perdant à scruter l'extérieur, je vis le spectacle effroyable, le combat effréné que connaissait des milliers de vaisseaux. Sans plus attendre, je devais agir. Néanmoins, avant de réitérer mon action avec l'autre côté de la poignée, je ne puis empêcher mon esprit de divaguer.
Leurs visages m'apparaissaient. Les uns après les autres. Mes yeux se fermèrent, comme cherchant à prolonger cette dérive. Miranda, Jack, Jacob, Samara qui combattaient sur d'autres fronts. Wrex, Grunt, IDA et Liara qui devaient surement encore se battre sur terre de toutes leurs forces. Mordin, Thane, Ashley et Légion, ces amis que j'avais perdu en combat et qui me manquait, incontestablement. Kaidan. Un sourire se dessinait sur mon visage. Qu'aurais-je fais sans lui ? Pas grand-chose, au final. Il m'avait inconsciemment ouvert les yeux. Je ne le remercierais jamais assez. James. Un homme au grand cœur. Un soldat talentueux. Dans une autre vie, peut-être aurais-je pu succomber. Mais les choses étaient ainsi, il m'était impossible de donner suite à ses avances, même si sa sincérité m'avait légèrement perturbé. Joker. Doucement, je sentais les émotions prendre le dessus sur l'impartialité commune de mes traits. Je ne devais pas craquer, même dans les derniers instants. Il m'en avait fait voir de toutes les couleurs, ce sacré timonier. Je l'avais aimé, véritablement. Et encore maintenant, il était quelqu'un de spécial. Savoir que je ne pourrais jamais plus communiquer avec lui me fit un pincement au cœur. Il me manquerait, bien plus que je ne voulais le penser. Et il y avait Garrus. Quel coup du sort. Alors que m'était rendu compte de son importance, alors qu'un bonheur réel était à portée de main, voilà que le sort en avait décidé autrement. Il fallait croire que c'en était trop, que ma demande ne pouvait être valide. Mon rôle de meneuse était lourd de conséquence, et mon sacrifice était indispensable quant à la survie des peuples. Je le savais et pourtant, une part de moi aurait voulu être égoïste. Mon souhait aurait été de le retrouver, de pouvoir enfin profiter de cette vie à ces côtés. Mais cette ultime étreinte fut le dernier moment de bien-être qui me fut accordé. Mon cœur s'alourdissait face aux images de Garrus qui défilait dans mon esprit. L'idée de le perdre définitivement me révulsait, mais je n'avais pas d'autre alternative. Il était temps de lui dire adieu, de leur dire adieu à tous. Mes yeux se rouvrirent et d'un geste irréfléchi, ma seconde main vint se poser sur le deuxième levier. Soudain, une lumière bleu électrique virevolta tout autour de mon corps, brulant mon épiderme. Mon visage se crispait à mesure que l'énergie envahissait les pores de ma peau. Puis, scrutant un point vide devant moi, je me sentais me désintégrer. Mon esprit quittait mon corps, qui fut réduit à néant en quelques dizaines de secondes. J'allais les contrôler. J'allais être eux.
"A toutes les flottes, le Creuset est armé. Rejoignez le point de rendez-vous sur le champ!"
Lorsque l'amiral Hackett prononça ces mots, la troupe était à bord du Normandy. La tension était palpable et Garrus ne pouvait s'empêcher de faire les sans pas. Il voyait Joker torturait sa tablette de commande. Par ces manœuvres, il comprenait que le timonier s'en faisait. Tout autant que lui. Car il n'était pas crédule. Shepard... Mais il ne voulait pas y croire. Il ne pouvait pas y croire. Elle était Shepard, leur commandant, celle qui les avait sauver de nombreuses fois. Celle qui était leur pilier à tous. Celle qu'ils aimaient profondément. Non, c'était impossible. Elle ne pouvait pas... Et pourtant.
"Je répète. On se replie, foutez-moi le camp d'ici."
Inconsciemment, Garrus s'approcha de Joker et posa une main sur son épaule. Il voyait bien que le pilote perdait le contrôle, et faisait tout pour retarder l'échéance. Mais ce serait suicidaire que de rester là, et cela n'aiderait en rien l'action de Shepard. Ça lui faisait mal que de l'admettre, mais le Normandy devait bouger. Devait s'enfuir. Devait rejoindre les autres. Quoi que lui en coûte de dire ça.
- Allez Joker, il faut qu'on y aille.
Il lança ça, le plus promptement possible. Sa voix se voulait neutre, mais son cœur lui, était en train de saigner. Il s'effondrait à mesure que les minutes passaient. Il ne voulait pas affronter la dure réalité qui s'offrait à lui. Il ne la reverrait plus jamais, Joker le savait aussi. Sa main quitta l'écran de contrôle. Le visage grave, il ferma les yeux, essayant de contenir ses larmes qui montaient. Garrus aurait voulu l'aider, mais il luttait déjà contre lui-même.
- Bordel ! Cria Joker, la rage prenant le dessus.
Son impuissance. Encore une fois. Il n'avait rien pu faire pour empêcher l'inévitable de se produire. Bordel de merde ! Il jura plusieurs fois, sous les yeux de ses coéquipiers. Garrus restait là, impassible, mais ne disait mot. Il n'en avait plus la force. C'était une aubaine qu'il se soit tenu au siège du pilote car sinon, il se serait déjà écroulé. Joker manœuvra pour faire demi-tour, et quitta sans plus tarder les commandes du vaisseau. Il avait besoin d'être seul. La troupe se dispersa, Kaidan dont les larmes avaient prit le dessus, laissa Garrus seul. Devant lui, il vit l'énergie de Creuset absorber tout autour de lui. Et il lâcha. Tout. Il posa genoux à terre, prit sa tête entre ses mains et pleura. Comme un gros bébé. Comme un homme ayant perdu la femme de sa vie juste devant ses yeux.
Sur Terre, la bataille faisait rage. Les soldats tombaient un par un sous la puissance des moissonneurs. Leurs armes étaient inefficaces, tout le monde le savait. Pourtant, il fallait se battre. Puis, alors que les ennemis décimaient non sans mal bons nombres d'humains, tous furent témoin d'un virement de situation. Les troupes terriennes virent les monstres s'envoler un à un, quittant les lieux du conflit. La joie explosa. La réussite, voilà le sentiment qui prédominait chez chacun d'eux. Le ciel changea. L'univers apocalyptique disparaissant pour laisser place à un ciel moins meurtri.
Sur toutes les planètes, le constat fut le même. Les moissonneurs quittaient les lieux, s'envolant loin du champ de bataille. Car les ennemis n'obéissaient dorénavant qu'à une seule personne. Et elle avait été clair. Dorénavant, la moisson était finie.
Sans fioritures, l'hommage du commandant se fit dans le respect le plus total. Elle qui avait fait établir un mémorial au sein du vaisseau, voilà que l'ironie du sort voulu qu'elle en soit l'élément principal. Aucun membre ne disait mot. Après trois jours de recherches intensifs, le constat était déclaré. Shepard n'était plus. Son corps n'avait pas été retrouvé parmi les décombres, l'explosion ayant emporté tout dans son passage. Néanmoins, personne n'était crédule. Elle n'avait pas pu s'en sortir. Elle était une guerrière, mais elle restait avant tout humaine. Chacun leur tour, les coéquipiers du commandant déposèrent une rose devant le monument. Personne ne se retenait. L'émotion était à son comble et chacun avait perdu un être cher. L'amiral Hackett avait, dans un discours militaire, rendu hommage à la femme qu'était Shepard. C'était d'une demi-oreille que Garrus écoutait ses dires. Il était submergé d'émotions, mais comme tout bon turien, il ne voulait pas craquer. Pas devant tout le monde. Pas maintenant. Lorsque l'amiral eu finit de parler, il tendit une plaque. Avec son nom. S'en était trop. Personne n'osait la prendre. Cela signifiait mettre un terme à tout ça. Prouvait qu'elle était définitivement partie. Il vit les jambes de Joker trembler. Sans doute voulait-il y aller, mais il était trop instable pour cela. Un autre homme que la mort de Shepard avait détruit. Irrémédiablement. Garrus, d'un pas lent mais assuré, s'approcha de l'amiral. James releva les yeux vers lui. Au fond, il n'était pas si surpris par le geste de son ami. Il lui avait tout dit. Tout. Il était celui qui ne connaîtrait jamais la sensation de se réveiller avec Shepard à ses côtés. Il en avait rêvé, elle le lui avait promis. Et voilà qu'elle avait faillit à sa promesse. Pour leur bien à tous. Garrus accepta le présent d'Hackett, qui se décala pour se placer aux côtés des camarades du commandant. Tous observaient le turien. Tous hormis Joker, qui scrutait sans once de vie ses chaussures. Sa casquette lui donnait l'impression d'être camoufler mais il n'en fut rien. Il sanglotait en silence, sachant pertinemment qu'il n'était pas le seul dans cette situation. Garrus souffla, ferma les yeux, imprimant le visage de sa bien-aimé dans son esprit. Délicatement, il posa l'inscription sur le mémorial, juste au dessus du nom d'Anderson. Ses deux mains restèrent à chaque côté de la pancarte, le visage baissé. Dans un murmure, il la remercia. Pour tout. Pour les avoir sauvé. Pour l'avoir aimé. Pour l'avoir fait connaître le bonheur. Pour continuer à les protéger. Car Garrus n'était pas idiot; Shepard est et sera toujours là. Car elle est son amour invincible.
C'est l'épilogue le plus nul de toute la terre, j'en suis désolée mais je n'arrivais pas à mettre finir correctement cette histoire. Oui, je suis une méchante, qui a droit d'être tapé pour avoir fait "mourir" Shepard.
En tout cas, j'espère que cette fic vous aura quand même plu, et à très vite pour d'autres horizons (ouais, j'ai espoir de finir un jour mon autre histoire = la vie par procuration)
