Encore une fois, beaucoup... beaucoup de temps écoulé depuis la dernière publication... Bienvenue à toute personne suivant cette histoire. Je vous aime. Et merci aux rewievers ! (Oui, c'est notre manne céleste à nous, pauvres auteurs désœuvrés en mal de reconnaissance...)

J'espère que vous allez apprécier ce chapitre. Entièrement du POV de Louis. Oui. Lui. Bonne lecture !

Rien ne m'appartient. Mais ça, je pense que tout le monde était au courant.


CHAPITRE 3

Au regard des statues

"Son regard est pareil au regard des statues, / Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a / L'inflexion des voix chères qui se sont tues."
"Mon rêve familier", Paul Verlaine.

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« Il neige » dit Callum.

Louis grogna. Flitwick faisait un cours rhétorique et, franchement, il aurait bien aimé pouvoir y prêter attention. Car après tout, sa promotion avait les BUSE à la fin de l'année. Ô joie ! Ô bonheur inouï !

« Il neige » répéta son voisin.

« Ouais. Et ? »

James, pas très loin, riait ouvertement d'une remarque d'Adelia. On aurait dit l'aboiement d'un chien ; ça résonnait dans la salle. Fergus, juste à côté, affichait un sourire franc, tout en tâchant de prendre des notes. Louis secoua la tête : il n'avait jamais pigé James.

Il avait toujours dit détester, du plus profond de son cœur, les Serpentard. Cela tenait peut-être à une éducation cent pour cent Gryffondor et à des croyances profondément enracinées : les lions se devaient de haïr les serpents, c'était logique. En tout cas, il avait mené la vie dure à la maison rivale, de tous les moyens possibles, durant les trois premières années que le jeune homme avait passées à Poudlard. Ensuite, peut-être que Lily avait changé la donne...

Louis se souvenait encore du regard bovin de James, lorsque le Choixpeau avait hurlé « Serpentard !». C'était quelque chose que l'on pouvait garder pour les longues soirées d'hiver au coin du feu. Dans la Grande Salle, il y avait alors eu un silence un peu irréel, puis des applaudissements nourris avaient accueilli la jeune fille : on commençait à avoir l'habitude ; l'année d'avant, c'était une Weasley, Lucy, qui avait ouvert la voie. Et puis... L'on était plus au Moyen-Âge. L'on était plus quarante, vingt ans auparavant : on était la nouvelle génération, l'on était au vingt-et-unième siècle. Il était logique, que, tôt ou tard, les conventions s'effondrent.

Malheur à celui qui ne savait pas utiliser un téléphone portable.

Toujours était-ce que, en début d'année, James avait commencé à parler à Adelia et à Fergus, son fidèle compagnon. Quelques mots badins, un peu de Quidditch, quelques blagues et... Kessel, elle est chiante, hein ? Des rires, des accolades... Ça s'était fait petit à petit, et Louis avait bien l'impression que les jeunes gens étaient désormais amis. Certainement pas le même genre d'amitié qui les unissait, James, Callum et lui, mais cela s'en rapprochait. Après... au dire des rumeurs, James et Adelia...

Mais ce n'était que des rumeurs, n'est-ce pas ?

« Il neige » murmura Callum, encore une fois.

Louis voyait bien qu'il neigeait et partageait entièrement l'excitation de son ami. Mais lui, au moins, tenait tant bien que mal de la cacher. Des flocons voltigeaient devant la fenêtre : c'était beau.

« Mais qu'est-ce que tu veux que j'en ai à foutre ? » dit-il, un poil trop fort.

La voix de Flitwick s'éleva, autoritaire : « Messieurs Weasley et Greengrass, peut-être qu'une heure de retenue vous fera passer l'envie de chuchoter ? »

Ils l'avaient un peu poussé à bout, l'année dernière. On n'avait jamais vraiment attrapé les types qui avaient fait péter les feux d'artifice lors de l'un de ses cours, mais ils étaient nombreux à avoir leur petite idée. Grand bien leur fasse : le trio étaient aussi coupables que peut l'être un adolescent de quatorze ans aux hormones frétillantes.

Flitwick les regardait bizarre, depuis ce fameux jour.

Il y avait du favoritisme, de toute façon : tout le monde était au courant que Flitwick avantageait toujours ses preux Serdaigles. Ou pas. Mais l'on s'en fichait, après tout : Louis voulait simplement éviter une heure de retenue supplémentaire. Non pas qu'il ne savait pas quoi faire de ses soirées, mais ses parents les prenaient de plus en plus mal. Allez savoir pourquoi.

Vraiment.

« Il neige. »

Et l'autre abruti, à côté, allait fermer sa gueule vite fait, ou il allait la lui réarranger. Métaphoriquement, bien entendu ; il n'était après tout pas un rustre sans cervelle.

Le cours se finit dans le brouhaha le plus total et avant que le professeur ait eu le temps de donner les devoirs à faire pour la première fois. Les élèves paraissaient davantage obnubiler par les flocons tombant à l'extérieur que par la perspective si lointaine de leur BUSE ; il y avait un temps pour rire et un temps pour rire, et aujourd'hui ne faisait pas exception.

Louis suivit Callum en traînant les pieds : le jeune homme s'était déjà précipité sur James, qui discutait toujours ardemment avec Huxley et Weaver. Pour changer. Les deux Serpentards parurent gêner et firent mine de s'en aller, mais James les retint au dernier moment :

« On va juste faire un tour dehors, pour profiter de la neige. Ça vous dit ? » dit-il, sans cacher son excitation. A quinze ans, on restait encore un gros gamin. Le jeune homme ne dérogeait pas à la règle.

La neige, c'était cool.

La Serpentard interrogea Weaver du regard, qui haussa les épaules.

« Ouais, benh... okay. »

James leur fit un grand sourire ; à côté, Louis sentit distinctement Callum se renfrogner : lorsque James passait en mode drague, ça faisait un énorme bulldozer qu'il ne fallait surtout pas déranger. Louis le comprenait, car, après tout, Adelia était... Non. Pas foncièrement belle, mais elle dégageait une sorte d'assurance tranquille qui mettait le jeune homme en confiance. Plutôt petite, les cheveux longs et bruns, et puis un petit nez retroussé qui lui allait bien.

Bon. Le point noir, c'était qu'elle était à Serpentard. Mais il était temps de passer au-dessus de ça ; la sœur de James, sa cousine à lui, y avait bien atterri. D'un point de vue rationnel, cela ne pouvait pas être si affreux que ça... Cette maison avait seulement accueilli le plus grand mage noir de tous les temps ; cela ne voulait rien dire en soit, il fallait faire marcher les statistiques.

Un chiot ne pourrissait pas toute une portée.

A côté d'Adelia, Fergus Weaver était plus gauche et paraissait relativement mal dans ses baskets. Louis avait cru comprendre qu'il était Né-Moldu, fait rare dans la maison de Salazar. le jeune homme ne savait pas si c'était parce que les Moldus avaient un penchant vers la bonté d'esprit, ou un truc du genre, ou parce que les enfants sorciers qu'ils rencontraient dans le train leur disaient bien qu'il ne fallait surtout ne pas se retrouver là-bas. Dans tous les cas, c'était un adolescent à la silhouette dégingandé, la silhouette frêle et des cheveux châtains coupés très courts.

Le petit groupe parvint au parc en même temps qu'une troupe de première années surexcités qui, aussitôt qu'ils eurent posé le pied sur le mince manteau de neige qui recouvrait l'herbe, commencèrent une bataille de neige en règle. Les flocons tombaient drus et recouvraient les têtes de pellicules blanchâtres. Ce seraient un bel hiver, à coup sûr. Meilleur que celui de l'année passée, où ils avaient à peine eu le droit à quelques heures de neige avant de replonger dans la turpitude d'un mois de décembre grisâtre.

Une boule de neige fut prestement évitée par observa ensuite, durant un moment, le dépôt blanchâtre qu'avait laissé le projectile sur l'un des murs de la cour. Louis sentit un frisson instinctif parcourir son dos, tandis qu'un énorme sourire avalait désormais le visage de la jeune fille.

Mû par des réflexes tirés des fin-fonds de son subconscient bestial, il opéra une retraite stratégique et s'éloigna à vive allure, sans prendre garde à sa dignité qui, désormais, battait un peu de l'aile. Bien lui en prit : d'un Wingardium Leviosa prestement mené, Adelia arrosa les trois autres garçons d'une avalanche de neige et de boue mêlée.

« Banzai ! » fut un cri.

Le bruit qu'émit James était un mélange intéressant entre le piaillement d'une gamine effarouchée et les miaulements d'un matou en rut. Callum, quant à lui, fit un adieu tonitruant à sa robe c'est pas du Guipure, les gars, alors que Fergus entamait une vengeance en bonne et due forme.

« Putain, Huxley ! » dit Callum. « C'était pas du Guipure ! » Il commença à s'épousseter, mais prit rapidement conscience que cela ne faisait qu'aggraver les choses : des traces brunâtres maculaient, sans retour en arrière possible, sa robe si bien coupée. Le jeune homme se mit à marmonner des injures sans équivoque en direction de lui, de sa stupidité et d'Adelia. Cette dernière venait de se prendre dans la gueule une énorme boule, lancée adroitement par un Fergus blasée, à la cravate verte dégoulinante d'un liquide pour le moins étrange dont on n'aurait su deviner la provenance.

« Banzai ! » répéta le Serpentard d'un ton carnassier.

Ensuite, Louis se souvint que tout avait dégénérer, mais il n'aurait pas su dire précisément comment ils s'y étaient pris. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, James se retrouva enfoncé jusqu'au cou dans une congère glacée ; Adelia se faisait courser par un bonhomme de neige miniature et Louis essayait d'éviter autant que possible les autres zigotos, ayant trouver une planque idéale en la personne d'un groupe compact composé de filles de quatrième année. Ces dernières poussaient des cris suraigus à chaque fois qu'un flocon les atteignait. Ou peut-être une boule. Une putain de grosse boule. Et puis des avalanches de boules.

« James a les boules volages ! » hurla Callum, la baguette à la main. Il ressemblait étrangement à un psychopathe de la pire espèce, le sourire lui gobant les oreilles. Ces vêtements, du plus chic effet, avaient désormais l'air de guenilles quelconques.

« James, garde tes boules pour Adeli... » voulut renchérir Louis. Le dénommé James sembla s'offusquer de ces dires et rétorqua par une giclée de neige-boue-chose-étrange-non-identifiée :

« Mes boules dans ta face ! »

« James, je suis pour le couple libertin, mais l'on s'était mis d'accord pour un consentement mutuel avant le passage à l'acte » dit Callum d'un ton qui se voulait apitoyé. Louis ricana devant l'air amourachée de James. Ça faisait du bien de rire un coup : ils étaient certes trempés jusqu'aux os et frigorifiés jusqu'à l'âme, mais quelque chose dans l'atmosphère poussait les adolescents à se sentir... heureux. Tout simplement. C'était une magnifique façon de finir l'année : dans une tranche de rire et la bonne humeur générale.

Adelia ahanait dans l'air glacial de décembre et tentait laborieusement de réprimer le fou-rire qui menaçait de surgir d'une seconde à l'autre, se mordant les lèvres à outrance. Elle ne vit pas malheureusement pas arriver le morceau de glace pilée, lancée par James en direction de Callum, qui se tenait un peu en retrait. La boule heurta son visage au moment où James réalisait qu'il avait tiré comme une brêle : une expression horrifiée se peignit sur son visage.

« Oh pu... »

Adelia poussa un cri, tituba, puis s'écroula au sol. Elle effleura son front détrempée du bout des doigts : un peu de sang se mêlait aux éclats transparents de glace. Adelia avait l'air hagard, fixant ses doigts engourdis par le froid.

Fergus se rua sur la jeune fille et la redressa vivement d'un bras protecteur : « Faut pas que tu restes par terre. Viens. On va voir Madame... » Il continuait à neiger, de plus en plus fort. Les bourrasques soulevaient les robes et transperçaient la chair mise à mal par la fraîcheur de l'après-midi.

« Non, c'est bon, c'est juste... je suis juste un peu... c'est pas grave... » murmura Adelia.

James semblait perdu ; il fit un pas en avant et fit mine de s'approcher de la jeune fille : « Je suis désolé ! Pardon... tu as mal ? Je peux aider... ? Est-ce que tu... ?»

Fergus découvrit ses dents. « Benh heureusement que t'es désolé, crétin. » cracha t-il. Surpris face à ce ton véhément, James posa un pied maladroit sur le sol et stoppa brutalement, les bras ballants. « J'ai pas fait exprès » rétorqua t-il. Puis il dut se rendre compte du caractère puéril de sa répartie, puisqu'il renchérit aussitôt : « Je ne voulais pas te blesser, pardon. Ni te toucher, aussi. Je visais Callum, en fait, et... »

Fergus essuyait avec douceur, de sa manche immaculée, le front souillée d'Adelia. « J'ai pas fait exprès » minauda Fergus. « Je suis une victime. Débile. Toi et tes jeux débiles, tu... »

« Fergus... » fit Adelia d'un ton suppliant.

James s'était redressé de toute sa hauteur et serrait les poings ; un tic nerveux agita son visage rougi. « Qu'est-ce que tu fous, Weaver ? Putain... je me suis excusé. C'est bon. J'ai pas fait exprès, ok ? C'est pas à toi de parler : c'est à Adelia, et... » Il fut coupé par Fergus :

« Bien sûr que si, c'est à moi de parler ! Et c'est moi qui parle, là. Ok ? Putain, Potter, t'es juste pathétique : tu parades et t'agites ton nom comme un étendard, tu te crois meilleur que les autres parce que t'es... oh la la... Monsieur est le fils de Harry Potter, alors il se sent plus pisser... T'es même pas foutu de viser correctement et tu joues à des jeux de merde... Tu lances des jeux de merde et t'es même pas foutu d'assumer tes merdes. T'es qu'un petit con, ouais. T'es qu'un putain de petit con de fils à papa qui se rend pas compte de la chance qu'il a, qu'est juste pas foutu de... Qui est juste un crétin, putain... »

Louis croisa le regard de Callum, qui paraissait tout aussi désemparé que lui. Il ne comprenait pas l'état dans lequel s'était mis Fergus, et ça le faisait un peu flipper, à vrai dire. Quelques élèves se rapprochaient discrètement de la source du conflit, avides d'en entendre le plus possible sur ce qui semblait être un bon gros déballage en règle. Louis n'aimait pas ces sangsues avides du prochain bruit de couloir, du petit truc croustillant à raconter au déjeuner à ses potes. Il faisait la même chose, mais désormais... c'était l'un de ses amis qui était directement le centre de l'attention. Et Louis était sensé être doté d'un grand sens de l'amitié et de l'entraide. N'était-ce pas là l'une des qualités que prônaient la maison des lions ? N'était-il donc pas lui-même un de ces lions fougueux ? James n'était-il pas, outre son cousin, son meilleur ami ?

Il sentait que cela allait tourner au vinaigre, mais il ne savait pas exactement comment, et s'il était possible de faire pire que ça. Aucun des deux n'avit sorti sa baguette, ce qui pouvait être considéré comme un bon point.

« Fergus, James... Y'a des gens... » osa t-il murmurer du bout des lèvres.

Les deux garçons l'ignorèrent. Callum passa gauchement d'un pied à l'autre : « James... »

Ce dernier ne quittait pas Fergus des yeux. Lorsqu'il parla, se fut d'un ton résigné : « Je suis un petit con de fils à papa, hein ? Je joue à des jeux de merde... Tu semblais t'éclater comme un malade, avant, non ? Et je tiens à souligner que ce n'est pas moi qui ait commencé à jouer à ce jeu de merde, mais A... »

« Même pas foutu d'assumer ! » se répéta Fergus. Ils se tenaient à moins de deux mètres l'un de l'autre ; les flocons voltigeaient dans le no man's land ainsi créé.

« Mais je l'ai fait ! Mais je me suis excusé ! C'est toi qui te prends la tête pour pas grand chose ! »

« Se prendre la tête... cette expression... » ricana Fergus.

« Tu dis de la merde depuis avant, mais tu t'en rends même pas compte ! C'est même pas à toi de parler. T'as rien à voir avec ça ! C'est à Adelia de faire le truc... de... c'est pas à toi ! T'as rien à voir avec ça ! » conclut James en appuyant ses propos par de grands moulinets de bras.

Louis entendit distinctement un Serdaigle demander à la cantonade ce qu'il était en train de se passer. Là. Maintenant.

« Adelia, c'est mon amie. C'est mon amie. C'est ma meilleure amie, alors j'ai le droit de dire ce que je pense, Potter. » Dans sa bouche, ce nom sonnait comme une insulte. L'assistance frémit ; on ne crachait pas impunément sur un nom de famille possédant une telle ampleur dans le monde magique.

« Fergus, ta gueule. »

Louis tourna vivement la tête en direction d'Adelia, qui venait de cracher ces quatre syllabes à la face de son meilleur ami : « Viens. S'il-te-plaît » supplia t-elle en brisant le cercle qui s'était formé autour du petit groupe.

« Mais... » gémit le jeune homme. « Il... »

Adelia se frotta le front d'un geste machinal : « James n'a pas voulu me faire de mal ; il s'est excusé. C'est tout. J'accepte ses excuses. De toute manière, c'est moi qui ait commencé : il aurait tout aussi bien pu commencer à gueuler lorsque je lui ai balancé la flotte. Il ne l'a pas fait. C'est un jeu. Ne commence pas à compliquer les choses avec... » Elle s'interrompit après avoir jeté un coup d'œil aux alentours. "Ça n'a rien à voir."

Elle attendit ensuite une ou deux secondes, puis se rendit compte que Fergus ne faisait pas mine d'esquisser le moindre mouvement ; d'un geste excédé, Adelia lui saisit un pan de sa robe et l'entraîna vers le bâtiment le plus proche. Louis l'entendit murmurer un « pardon » distinct à l'intention de James. Ensuite, elle disparut de son champ de vision.

Quelques élèves furent sur le point d'aborder l'un des trois garçons, mais le regard noir de James les en dissuada. Ils firent marche arrière sans demander leur reste.

« Et benh » dit Callum. « J'ai rien capté. »

Louis trouva que cette phrase résumait à la fois leur situation, le monde, et puis la vie en général, tant qu'on y était. James fixait un point quelque part au loin ; il paraissait plongé dans des pensées dépassant de beaucoup le commun des mortels. Callum se racla la gorge :

« Je sais pas vous, mais moi, je me la caille : je vais prendre une douche. Qui m'aime me suive ! »

Sur ces paroles, il lança un regard peiné à James et s'en alla à petit pas sautillants ; sa cape gorgée d'eau faisait produisait des bruits étranges de succions. Sans trop réfléchir, Louis le suivit, en concertation avec James qui peinait encore à sortir de sa morne léthargie.

La lente avancée que firent les trois Gryffondor aurait pu ravir n'importe quelle amateur de fictions : leurs chaussures faisaient un bruit monstre sur le sol de pierre, et l'on aurait dit que c'était l'un des monstres du lac de passage dans le château. L'un d'eux aurait pu sortir une baguette et jeter un sort pour sécher leurs habits, mais il sembla à Louis qu'ils étaient... amorphes. Et lui avec. Il se dit de même, en ricanant, que Kessel allait péter une sacré durite si elle tombait, avant les elfes de maison, sur le long chemin de gadoue qu'ils prenaient plaisir à tracer dans les couloirs de l'école.

On n'avait rien vu de si beau depuis la finale Poufsouffle-Serpentard de l'année dernière, ce fameux jour où les célébrations des Poufsouffle avaient fini en une bataille de boue géante. Tout cela sur un terrain qui avait davantage l'allure d'une mer de gadoue que d'un stade conventionnel.

Ils arrivèrent clopin-clopant devant leur salle commune et s'attirèrent un commentaire méprisant de la part de la Grosse Dame qui « n'avait jamais rien vu de pareil ». Elle les laissa cependant pénétrer dans la salle commune après que Callum eut donné le mot de passe : « Feu follet ».

Louis traversa l'antre des lions en quatrième vitesse, sourd aux interrogations de ces camarades. Les rumeurs allaient bien assez vite. Quoique, cette fois-ci, il ne savait pas quelle forme cette dernière allait prendre : James Potter, fils du Survivant, s'était quasiment tapé sur la gueule avec un Serpentard. Et ensuite ? Il n'y avait rien à tirer de cela, sinon que les Potter avaient une réputation à tenir et que les Serpentard étaient des connards à demi-fous. Rien de nouveau sous le soleil.

Callum prit d'office la salle de bains d'assaut, après avoir fait son Petit Poucet dans le dortoir ; des habits gisaient un peu partout dans la pièce. Louis vit avec répugnance que les chaussettes détrempées de son colocataire avaient élu domicile sur son oreiller.

C'était peut-être un peu difficile à croire, mais il aimait beaucoup ses amis.

Louis se dévêtit quasi-intégralement et ne garda sur lui que son boxer. Il ne s'était pas rendu compte, avant d'enlever ses habits, de l'inconfort dans lequel il nageait depuis une bonne quinzaine de minutes. Enlever son pantalon fut une épreuve que l'on pouvait qualifier de titanesque : le tissu collait de manière désagréable à sa peau marbrée par le froid.

James n'avait pas pipé mot depuis que que l'autre abruti était parti monopoliser la douche ; ce n'était pas dans ses habitudes : il était davantage bout-en-train que Callum lui-même. Lorsque l'on connaissait le bonhomme, cela représentait quelque chose de conséquent.

« Pourquoi ? » demanda Louis avec précaution. « Pourquoi Fergus s'est-il autant énervé ? »

James se tourna avec lenteur vers le jeune homme. Un instant, il parut vouloir dire quelque chose, puis il sembla se raviser et secoua la tête. Toutefois, il prit finalement une grande inspiration et dit, d'une traite : « Parce que j'ai fait mal à Adelia et qu'Adelia est sa meilleure amie et que c'était très con de ne pas vérifier si c'était de la glace et qu'il y avait du sang. Du sang sur la neige. »

Louis inclina la tête sur le côté, sans quitter James des yeux.

« C'était... exagéré, non ? » murmura t-il. Son cousin émit un gémissement peu glorieux. « Je sais pas. Peut-être. Je le connais pas. Pas vraiment... Je connais pas ses réactions. Je le connais pas. Et en fait, je m'en fous. »

James ferma les yeux. « Ça me soûle. » Il sembla prendre une décision et s'empara violemment de sa grosse couverture bordeaux, s'enfouissant dessous, comme l'aurait fait un jeune enfant.

On entendit alors un remue-ménage monstre dans la salle de bains ; la porte s'entrouvrit sur un Callum victorieux, la serviette nouée telle un habit d'apparat autour de la taille. Nonchalant, il traversa la pièce dans un nuage de buée et s'assit sur le bord de son lit.

Louis grogna. « Sympa pour les chaussettes. Vraiment. J'espère que c'est gratuit. » Callum ne comprit pas le sous-entendu, au vu du regard indéchiffrable qu'il lui accorda. Louis clarifia sa pensée : « Tes putains de chaussettes. Sur mon putain de lit à moi. »

L'autre parut assimiler l'information : « Ah. Ok. De rien, c'est cadeau. »

« C'est surtout très dégueulasse, ouais » rétorqua Louis d'un air absent.

Callum croisa les bras sur sa poitrine. Il dut voir le tableau qu'offraient les deux adolescents et ne pas apprécier cette œuvre de maître : « Youhou ! C'est la fête ! On s'amuse comme des petits fous ! » fit-il, le ton empli d'ironie. « Où est la corde ? Le tabouret, la fenêtre ? Le chocolat ? L'amour vibrant et pénétrant d'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime... et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même... »

James grogna sous son monceau de couvertures.

« Le blaireau n'a pas à s'en faire... » poursuivit Callum sur un ton un peu plus sérieux. « Tu pourras toujours la pécho, ton Adelia d'amour, de folâtreries et de mille pardons. » Il attendit une réponse qui ne vint jamais : le sus-nommé blaireau n'émit aucun essai quelconque d'une quelconque langue orale.

Louis approuva. « C'est Weaver qui a foutu la merde. Si... euh... si tu veux... tu as encore largement toutes tes chances... »

« Vous êtes cons » dit la couverture.

Louis approuvait aussi cela, mais il n'en laissa rien paraître ; il était vrai que l'approche de Callum avait un petit goût merdique, mais il avait toutefois raison dans sa globalité : James pouvait toujours pécho son Adelia. Si c'était bien ça qu'il souhaitait. Ce dont il ne doutait absolument pas, ayant plusieurs fois surpris des regards d'amoureux transi en direction de la Serpentard. James, depuis son enfance, avait toujours été prévisible à en mourir.

Et puis... Louis avait appris à le connaître : les deux enfants avaient le même âge, les mêmes centres d'intérêts et étaient tous deux issus du grand clan Weasley. Comme un et un font deux, ce qui devait arriver arriva : les deux bambins étaient devenus copains comme cochons, et à la vie à la mort. Ils jouaient ensembles depuis qu'ils avaient un an et avaient découvert les choses de la vie en simultané ; ils avaient vécu les mêmes expériences, côtoyés les mêmes personnes. Ensuite, ils avaient tous les deux étaient soulagés de se retrouver dans la même maison. Quant au troisième trublion... Louis lança un œil affable à Callum. Le troisième trublion avait cette faculté de s'incorporer et de se rendre indispensable à n'importe quel groupe ; il était doucement parvenu à se glisser entre l'amitié à fort caractère des deux garçons. Peut-être n'avait-il pas vraiment eu le choix : ils n'étaient, après tout, que trois garçons de leur promotion à avoir été répartis à Gryffondor ; l'héritier Greengrass avait dû choisir entre s'imposer ou vivre durant les sept prochaines années dans un dortoir où il n'aurait eu personne à qui se raccrocher.

Quoique non. Louis avait une certaine manière de tourner les choses qui les faisaient apparaître plus sombres qu'elles ne l'étaient en réalité. Ça s'appelait le pessimisme. Mais la vie était destinée aux pessimistes...

« Et l'amour, c'est encore plus con » surenchérit James, bien qu'il fallut tendre l'oreille pour percevoir davantage que quelques grognements incompréhensibles.

« Dis pas ça... » lui répondit Louis par réflexe.

« Mais puisque je te dis que c'est débile, comme principe... » gémit le garçon.

Louis soupira : « C'est toi le débile. Vire cette couverture, je pige rien à ce que tu dis. »

Contre toute attente, James obtempéra : « Oui maman. » Pour faire bonne mesure, Louis ajouta ensuite, d'un ton condescendant qui ressemblait à s'y méprendre aux manières guindées de sa mère lorsqu'elle tentait de faire entendre raison à ses enfants : « Et cesse de t'adresser à moi sur ce ton, James Sirius Potter. Arrête de te comporter comme le dernier des abrutis et ne prend donc pas exemple sur ton père ! »

James pouffa. Callum se frappa la tête contre le montant du lit.

« L'amour, c'est encore plus con » répéta Louis. « Expliquez votre point de vue, vaillant jeune homme. »

Callum ne put s'en empêcher : « Alors, tu vois, hier soir, j'ai vu un chemisier super sexy qui va avec mon sac à main. Je te raconte même pas : y'avez ce magnifique vendeur, là, le blond, il me fait me... je me sens dans tous mes états à chaque fois que j'aperçois son corps d'Apollon vénusien luisant amoureusement sous les ardents rayons du soleil printanier en été, et... » Sa tirade fut stoppée net par un oreiller vengeur, qu'il se prit dans la face.

James semblait avoir retrouvé le sourire, mais à peine. « Bah... » dit-il. « En gros, ça sert à que dalle. Joie et bonheur pour celui qui y trouve son intérêt, mais j'en ai, personnellement, rien à branler... »

« Je vend des cordes. Pas chères » lança Callum d'une voix tonitruante.

« Et Adelia... » fit Louis, prudemment. Son cousin haussa les épaules : « Je ne vois pas du tout ce qui a pu vous faire croire ça, mais je n'aime pas Adelia. Enfin... Pas du sens où vous l'entendez. C'est... euh... c'était... c'est juste une amie. Rien d'autre. »

Callum échangea un regard dubitatif avec Louis, puis fit mine de se pendre.

« Il est vrai que nous, hommes viriles et bardés de testostérone, n'avons pas de temps à perdre avec ces simagrées de bonnes femme,s il est un millier de fois plus plaisant de... » Il mima une certaine action avec un certain geste sans équivoque et continua d'un ton rempli d'emphase : « De faire ces affaires sans de frivoles pensées tournoyant dans notre cerveau si virile et si incroyablement certain de sa toute-puissance sur le règne humain et... »

James grimaça : « Lucy va te buter. »

« Lucy Weasley, votre cousine numéro deux mille quatre-cent vint huit ? La féministe ? »

Louis émit un ricanement : « Si être féministe implique des pilules rose et des éléphants volants tout aussi rose, alors Lucy est une féministe de la première heure. »

Ils restèrent muets un instant, quelque peu gênés. Ce fut James qui rompit finalement ce silence pesant : « Ouais. Bon. Laissez tomber. On va pas en faire tout un plat : Fergus a juste pété un putain de câble. Je m'expliquerais avec Adelia demain, et puis basta ! »

Louis opina. Après tout, c'était pas ses affaires, mais bien celles de son cousin. Si ce dernier estimait que le problème était réglé, s'il y en avait bien eu un, c'est qu'il devait être réglé. Voyant que James n'avait pas encore l'intention de prendre sa douche, il se dirigea d'un pas traînant en direction de la salle de bains.

La température divinement élevée de l'eau lui fit un bien fou. Il laissa le jet bouillant couler le long de ses membres jusqu'à ce que James lui rappelle, à travers la porte, qu'il n'avait pas le monopole de la salle de bains. A contrecœur, il s'extirpa de l'alcôve enfumée.

L'amour, c'est encore plus con. Molly, il ne savait pas trop, et c'était peut-être son Adelia à lui ; il ignorait toutefois qui était son Fergus. A vrai dire, il ne voulait pas le découvrir.

Louis ne voulait pas non plus y penser, mais cela allait s'avérer on ne peut plus difficile pour le jeune homme. Il n'avait pas toute sa vie devant lui.