Yoh. En cette période troublée d'examens, alors que le monde tombe sur la Terre et que les ténèbres tournoient et s'enfoncent dans un puits sans fond de révision, moi, vaillant auteur, se saisit de sa torche -mais purée ! je vous jure que je révise- ! Ou pas. Mais je devrais. Ça me laisse du temps pour vous envoyer cette prose incroyable et magnifique qui va vous titiller les sens.
Pour ceux qui ont compris, j'ai des examens à passer. Dans les semaines à venir. Donc. Voilà.
C'est tout. En vous souhaitant une agréable et passionnante lecture.
Et merci pour les reviews. Ça me fait toujours très. TRÈS. Très plaisir.
(Nourrissez l'auteur affamé : laissez une review.)
CHAPITRE 4
Leurs souvenirs d'hier
"Vive le vent d'hiver/ Qui rapporte aux vieux enfants/ Leurs souvenirs d'hier."
De Jingle Bells, James Pierpont
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Le quai bondée de la gare retentissait d'appels, de rires et d'éclats de voix joyeux. Les étudiants retrouvaient leur famille après plusieurs mois de séparation : cela faisait un bruit fou qui résonnait sous les hautes voûtes du fameux quai neuf trois-quarts.
Molly venait de quitter sa petite bande avec la promesse de se voir au nouvel an, pour fêter ça. Elle doutait cependant que cela se fasse : les autres étaient toujours occupés comme pas deux dans ce climat constant de fêtes et de réunions familiales. Elle-même avait un programme chargé qui consistait en un Noël gargantuesque au Terrier suivie d'un repas chez ses grand-parents du côté de sa mère, pour finir avec un réveillon qui, comme tous les ans, s'annonçait épique. Cette année, elle était majeure et en pleine possession de ses droits : les autres n'avaient plus qu'à trembler.
Elle chercha sa petite sœur du regard, tentant de faire abstraction de la multitude de signaux qui agressaient tout autant sa vision que son ouïe. Molly la repéra en pleine discussion avec Hugo, à quelques pas de... ça. Le clan Weasley. Calculez le nombre de roux au mètre carré et vous obtenez un résultat pour le moins intéressant. Ils étaient tous là ; Molly tiqua en apercevant son père : cet abruti faisait encore une fois sa tête d'ahuri. Bon gré, mal gré, elle se traîna jusqu'au groupe compact. Non pas qu'elle n'appréciait pas la foule, mais trop... c'était trop.
« Molly ! » fit sa mère.
Oui, elle s'appelait comme ça. Ce fut elle qui se précipita vers l'adolescente, non le contraire. Quelques secondes plus tard et Molly se retrouvait à serrer sa mère dans ses bras, le menton posé sur sa tête. Audrey Weasley était une femme petite aux longs cheveux brun foncé, qui contrastait fortement avec le grand dadais qui lui servait de mari. Perceval, dit Percy, était aussi grand qu'elle était menue et aussi mince, au contraire d'elle qui était tout en rondeurs. Elle était... pulpeuse, au dire des oncles. Pulpeuse et incroyablement sexy, avait dit George une fois, avant se faire frapper avec une louche par une Molly Weasley, première du nom, au meilleur de sa force.
Ladite femme venait de sursauter : « Mais renommez donc cette enfant ! » fit-elle sur le ton de la plaisanterie.
« Bonjour Mamie » lui lança Molly en retour. La sorcière lui répondit par un sourire et accueilli Rose avec grand entrain et une avalanche de décibels. Les autres enfants arrivaient en grappes irrégulières, excités par la perspective prochaine des vacances. L'adolescente s'extirpa de la poigne de sa mère et salua gauchement son père : l'homme n'était pas friand de contact physique, et elle respectait cela. Elle-même avait beaucoup de mal, parfois, avec la familiarité excessive de certains membres de sa famille.
« Tout le monde est là ? » demanda Harry.
L'Auror commença à compter sur ses doigts en plissant les yeux, avant que Charlie ne l'interrompt ; il réprimait un rire : « Je pense que le compte est bon. »
Molly savait que les Weasley n'étaient pas une famille normale, à proprement parlé. Personne, dans son entourage, n'avait autant de cousins repeuplant Poudlard avec leurs cheveux roux et leur joies de vivre. En tout, si l'on comptait Teddy (ce que l'on faisait souvent), ils étaient treize, dont douze à aller à Poudlard : Roxanne, la petite sœur de Fred et la fille d'Angelina et George, était dépourvue de tout pouvoir magique. En gros, c'était une Cracmolle.
Toutefois, dans la famille, on évitait d'employer ce terme, jugé trop discriminant et un poil de mauvais goût. Pourtant, il semblait à la jeune fille que Roxanne ne serait jamais la favorite de sa grand-mère ; c'était une vérité perturbante, mais les convictions sorcières devaient être encore trop enracinées dans l'esprit d'une vieille femme qui avait vécu sous le règne de Voldemort.
Molly suivit la troupe, après avoir balancé son sac sur l'épaule ; elle n'avait pas emporté beaucoup d'affaires et en avait laissé la plupart dans sa malle, quelque part sous son grand lit à Poudlard. Ils sortirent de la gare sans presser l'allure, en prenant le temps nécessaire aux retrouvailles. Sa mère s'enquit bientôt de sa santé, sur quoi elle la rassura. Des moldus courraient dans tous les sens : pour eux aussi, c'était la fin des cours.
« Et l'école, ça se passe bien ? » continua t-elle sur le ton de la conversation.
« Ouais. Tranquille, si tu t'inquiètes pour mes ASPIC » répondit Molly.
Hugo se glissa entre elle deux, un grand sourire sur les lèvres : « Et les amours ? » pépia t-il. « Comment vont les amours ? J'ai entendu dire que... » Molly l'interrompit en lui ébouriffant ses cheveux roux.
« Stupide chose ; vas-tu te taire ? » lui dit-elle en levant les yeux au ciel.
Son cousin ricana et partit chercher quelqu'un d'autre à embêter avec ses remarques d'une très grande profondeur. En deuxième année à Gryffondor, il était dans cet âge où les hormones commençaient à travailler ; petit-à-petit, il découvrait que les filles... bah... c'étaient des filles. Que lui était un garçon, et qu'il fallait faire avec ; peut-être, aussi, la gente féminine n'était pas aussi bête qu'il avait bien voulu le croire jusqu'alors.
Elle ne se souvenait plus exactement dans quel état d'esprit elle se trouvait, lorsqu'elle avait douze ans, mais elle pouvait dire, sans se tromper, que Hugo était en avance. Et qu'il ferait un bourreau des cœurs des plus convaincant en grandissant.
Deux Portoloins les attendait dans une ruelle adjacente. Molly n'appréciait pas particulièrement ce type de voyage, qui avait tendance à lui faire rendre l'âme ; cependant, elle se prêta bon gré, mal gré, à l'exercice, se collant aux autres dans le but de toucher du doigt une boîte de sardines usagées. Un moldu, s'il était passé à ce moment, ce serait à coup sûr demandé ce qu'une armada de rouquins pouvait bien manigancer, en admiration devant une vieille boîte de conserve. Cela n'eut pas lieu : la ruelle était déserte, et tant mieux pour eux.
« Et le Terrier... » murmura Fred.
Molly était à deux doigts de gerber. Elle tâcha tout de même de garder bonne figure, tandis que les Weasley s'égayaient de toutes parts. Le métis se pencha à ses côtés :
« Ça ira ? » dit-il avec commisération.
Elle hocha la tête avec lenteur : « Ouais. Je vais essayer de pas trop mourir. » Fred esquissa un sourire, s'empara du sac de la jeune fille, qu'elle avait laissé tomber, et s'en alla en direction du Terrier. Molly, elle, prit le temps d'inspirer un bon coup et se mit à la suite de la smala.
La maison était grande, certes, mais avait du mal à contenir la famille entière : la cuisine s'était transformée en l'antre incontestée des adultes ; la maison était infestée de dizaine de sacs, qui n'était pas tous de la taille de celui de Molly : Dominique avait du emmener sa maison avec elle ; les plus jeunes parlaient déjà activement d'entamer une partie de Quidditch, sous le regard blasé des aînés.
C'était joyeux, c'était plein de vie, en totale opposition avec l'atmosphère morne qui avait suivi l'enterrement de grand-père.
De manière instinctive, elle tourna la tête en direction de Louis. Le jeune homme collait James comme un petit chien, en pleine discussion avec le frère de ce dernier, Albus, qui paraissait commencer à s'énerver. Pour changer. Les deux frères étaient en froid depuis... elle ne savait pus trop. Du moins était-elle sûre que cela faisait un bail. Cela refroidissait aussi l'ambiance, de temps à autre, malgré les efforts manifestes que faisaient leurs parents pour les rabibocher. Leurs caractères butés n'arrangeaient rien à l'affaire.
A bien y réfléchir, d'ailleurs, James semblait ailleurs : son tempérament vif tendait à le faire promptement s'énerver ; cette fois, pourtant, il restait calme et subissait les attaques de son frère sans broncher, ou du moins n'y mettait-il pas son mordant habituel.
En d'autres circonstances, elle serait allée demander à Louis s'il y avait un quelconque problème, au moins pour être au courant, si ce n'est pour aider. Elle préférait toutefois éviter d'adresser la parole à son cousin ces temps-ci. Pourquoi ? Grande question.
Cette histoire allait finir par lui faire péter un câble. Rien ne l'avait autant mis en rogne depuis cette autre aventure idiote avec Shields. Ce mec. Elle se sentait l'envie pas catholique de le frapper à chaque fois qu'elle voyait sa gueule, qu'il ouvrait sa gueule ou qu'il faisait parler de sa gueule. C'était physique, et puis c'est tout.
Elle trouva Lucy qui fixait le vide d'un air ennuyé, avachi sur l'un des canapés du salon. A côté d'elle, Lily tapotait sur un téléphone portable d'un air concentré. Molly marqua un temps d'arrêt.
« Tes parents t'ont acheté un portable ? » demanda t-elle d'un ton circonspect.
« Non » répliqua Lily sans lever la tête. Elle paraissait envoyer un pavé.
« Tes parents sont au courant que tu as un portable ? » continua Molly. Elle n'eut, pour seule réponse, que les cris de Hugo, qui se faisait vraisemblablement courser par Rose dans toute la maison. Ce gosse était incorrigible.
Voyant qu'elle n'obtiendrait rien de plus, elle haussa les épaules et se cala entre les deux Serpentard. Ce n'était pas son affaire. Elle n'était pas sa sœur, ni sa mère. Que tout le monde vive sa vie et elle irait prodiguer son amour pure de Poufsouffle dans une autre fratrie.
« T'as l'air démoralisée... » glissa t-elle à Lucy. Cette dernière émit un grognement pour toute réponse. Molly, parfois, se sentait bien entourée.
Lucy était sa sœur. Cela impliquait bien des choses. Elles n'étaient pas vraiment proches et il n'y avait aucun amour fusionnel entre elles deux. Cependant, elles vivaient ensembles depuis qu'elles étaient nées. Il était difficile de conserver une rancune durable dans ses moments-là. Lucy était aussi brune que sa mère ; pourtant, alors que cette dernière préférait les garder libres de tout artifices, la jeune fille avait l'habitude de se les attacher en une tresse impeccable. Quant à ses yeux, ils étaient d'un bleu profond, peut-être même trop grand par rapport à la taille de sa tête. Cela lui donnait un air ahuri, souligné par les immenses poches noires qu'elle avait sous les yeux.
Lucy avait treize ans. Molly ne voyait pas ce qui pouvait empêcher une gamine de treize ans de dormir. Peut-être une histoire de cœur ?
« C'est que dalle, en fait » dit sa sœur. « Juste que ça me soûle, quoi. Les vacances... tout ça... les Weasley-Potter... »
« Sympa » marmonna Lily sans lâcher son portable des yeux.
Molly inclina la tête.
« Nan mais c'est vrai ! Même pas foutu d'être deux semaines pépère à la maison, faut en plus se coltiner ces foutues belettes qui ont jamais vu un seul neurone de leur vie. Limite. »
« C'est l'hôpital qui se fout de la charité » glissa Molly. Lily affichait un énorme sourire. « Ton nom de famille, c'est quoi, d'ailleurs ? » poursuivit-elle. « Jean-Pédoncule de la Gazonnière ? Je pense pas. Ça a un air de Weasley. T'es ce que t'es, et voilà. Point. Y'a... Y'a des gens qui ont pas de famille sur laquelle cracher... »
Lucy gardait un silence buté.
« Et puis, ils sont pas si terribles... Roxanne... Lily... Hu... euh... Albus et Rose. Tu peux au moins leur parler... Ou essayer. Ou essayer d'essayer. Regarde : Lily est à côté de toi... »
La cadette Potter renifla bruyamment et rangea son portable dans un repli de sa robe de sorcière : « Et on se demande pourquoi ça finit à Poufsouffle... »
Molly esquissa un sourire. « Je tiens à souligner le fait que le Choixpeau ait considéré Serpentard comme première maison. » L'expression de Lily se fit dubitative. « Et je déconne pas... »
Si, elle déconnait. C'était son passe-temps préféré, décoincer des Serpentard pédants.
Avant qu'elle ne puisse ajouter quelque chose, Fred pénétra dans la pièce, puis posa son cul sur la moquette, dans un coin de la salle. Il sortit ensuite un livre de sous sa chemise et se plongea dans sa lecture.
Les filles s'entre-regardèrent.
« Quand je dis que. Voilà » dit Lucy. Puis elle ajouta en apostrophant Fred : « Qu'est-ce que tu fous ? »
« Je lis » dit laconiquement le jeune homme. Il tourna une page dudit livre.
« Oui. Mais pourquoi ici ? » fit Molly avec une pointe d'agacement.
« Trop de bruit. »
« Tu lis quoi ? » demanda Lily, curieuse. Fred, sans cesser sa lecture, pointa la couverture dans sa direction. Elle déchiffra lentement le titre. « Ah. Et c'est bien ? »
« Oui. »
Lily haussa un sourcil, puis se tourna vers les deux autres filles. « Bon, on en était à où ? »
Molly passa les deux heures suivantes affalée sur le canapé. La conversation, de temps à autre, avait un léger air surréaliste et sonnait quelquefois creux. Cependant, elle devait avouer un avantage à végéter ainsi : elle n'avait jamais, ô grand jamais, croisé cette tête à claques de Louis.
A un moment, la chenille était passée par là en chantant des chansons paillardes à tue-tête. Sinon, dans l'ensemble, cela avait été plutôt calme.
Ce fut Teddy qui vint les chercher, leur intimant avec gentillesse et savoir vivre de bouger leurs gros culs jusqu'à la cuisine, ce qu'ils firent avec moult grimaces. L'on était peut-être pas vieux, mais purée ! Qu'est-ce que ça faisait mal aux jambes ! Fred se servit du tapis comme marque-page et les suivit, l'air à moitié dans les vapes.
Il ne restait plus, à la cuisine, que son père, Harry, Angelina et Teddy. Ils étaient tous les trois en train de manger lentement leur dessert. Sa grand-mère les regardait faire avec un petit sourire aux lèvres, assise à une extrémité de la table. Elle sortit de sa léthargie lorsqu'elle les vit arriver, leur présentant leurs places d'un geste ample : « Il reste des pâtes. Attendez, je vais vous les chercher » dit-elle. Elle fit ensuite mine de se lever, mais ce fut sans compter sur la promptitude de Fred.
« Laisse, Mamie. Je m'en occupe. »
La table trembla, grinça, mais ne s'effondra pas lorsque le Serdaigle posa le grand plat sur la vieille nappe usée ,au grand étonnement de Molly. De dehors, on entendit une clameur soudaine. Molly s'approcha d'une fenêtre pour tenter d'apercevoir les autres sous la lueur dansante du soir : « Ils jouent au Quidditch ? »
« Non. Au football » répondit Harry.
Lily et Lucy prirent place à la table et commencèrent à se servir.
« Un fichu sport de Moldus... » renchérit Teddy. Molly tiqua : « Je sais ce que c'est. J'suis pas co... bête à ce point. » Angelina l'observait en faisant la moue.
« Mais je sais même pas pourquoi il font ça... » poursuivit le jeune homme. « C'est une nouvelle mode ou quoi ? » Molly vit distinctement Harry froncer les sourcils. Pourtant, son ton était détaché lorsqu'il répondit à Teddy : « Enfin... ça nous change un peu du Quidditch... Toujours la même chose, c'est redondant... »
L'horreur se peignit sur le visage du Métamorphomage : « Mais tu sais même pas y jouer, au foot ! »
Molly fit ce qu'il y avait de mieux à faire en de pareilles circonstances : elle arrêta de prêter attention à leur querelle et s'assit devant une grande assiettée de pâtes. Le tout était froid, un peu collant et formait une bouillie pâteuse ; Molly trouva cela délicieux. Ça collait un peu au palais.
« Molly, ça se passe bien pour toi, Poudlard ? » fit Harry.
Jusqu'alors, on avait seulement entendu le bruit profond des couverts raclant les assiettes. Elle levait la tête vers son oncle qui se trouvait aussi être le Sauveur du monde sorcier. Mais aussi le Garçon-qui-a-Survécu, et autant d'épitaphes que Molly avait relevé lors de ses cours d'Histoire de la Magie.
La deuxième guerre n'était pas dans les programmes du Ministère ; toutefois, Binns l'avait inclue dans son programme que rien ni personne ne pourrait jamais ébranler. Molly savait donc ce qu'il avait fait. Ce que les Weasley avait fait. Elle savait qu'il s'était levé contre une force puissante là où le Ministère n'avait fait que se replier dans l'ombre.
Elle savait ça, et elle trouvait toujours que ses lunettes étaient les chose les plus stupides que n'ait jamais créées cette terre.
Teddy s'était excusé et était sorti dans l'air vivifiant de la nuit. Elle apercevait le point rouge de sa cigarette se détachant des ténèbres et des quelques lampes qui parsemaient le jardin. On était heureux, dehors. Les enfants courraient dans la neige et les adultes applaudissaient. Tout était bien, et pourtant...
« Ouais. Euh... Oui. C'est cool. Les cours... tout ça » dit-elle.
« Tu sais ce que tu vas faire plus tard ? »
Son père déguisa un éclat de rire en une toux amusée ; Angelina lui tapa sur la main.
« Euh... non. Je sais pas du tout... Peut-être dans les Potions... Où un cursus moldu... peut-être voyager, découvrir de nouvelles cultures... je sais vraiment pas, en fait. J'attends l'inspiration » trancha t-elle.
Son avenir, exposé en quelques phrases, paraissait très, très flou et faisait très, très peur.
« Elle attendra longtemps » persifla Lily.
Harry remonta les célèbres lunettes sur son nez ; il semblait prendre son mal en patience.
« Mais qu'est-ce que je vais faire avec cette gosse ? » soupira t-il. On sentait une certaine fierté poindre de sa voix, bien que Molly ne saisisse pas pourquoi. Lily était exécrable : tout le monde était d'accord là-dessus.
« Ne t'en fais pas, on est bien tous dans le même bateau » rit Angelina.
« Tous des ingrats ! » renchérit son père.
Les trois adultes éclatèrent de rire. Les trois enfants, eux, échangèrent un regard empli d'effroi. Il y avait des moments où ils avaient du mal à comprendre leurs parents...
« But ! » hurla quelqu'un à l'extérieur. Le cri fut bientôt repris et amplifié.
Quant à Molly, elle se resservit en pâtes.
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« Elle est là » murmura James. Son souffle chatouilla vicieusement l'oreille de Louis, qui retint à grand peine un éclat de rire. Il sentait le corps de James collé contre le sien ; il percevait également l'odeur de sueur -virile- qui se dégageait du jeune homme.
« Ta... bouche... » répondit-il. James avait son œil collé contre le trou de la serrure. Lui apercevait un rai de lumière qui perçait de sous la porte du placard, mais c'était bien tout. Il priait intérieurement pour ne pas se découvrir une claustrophobie avancée dans les quelques minutes qui allaient suivre.
« Elle est... dans la pièce » articula lentement James.
« Oh merde. »
Un frisson glacé le parcourut de la tête aux pieds. C'était... terrifiant.
« Elle vient vers nous... »
« Oh putain. »
« Oh putain. »
La porte du placard s'ouvrit ; Louis tomba en avant, entraînant James dans sa chute. Il se retrouva donc vautré sur la moquette avec James l'écrasant de tout son poids et, accessoirement, aux pieds d'une Ginny hilare. Les poings posées sur les hanches, elle regardait le spectacle qu'offraient les deux garçons d'un œil amusé :
« Je ne veux même pas savoir ce que vous faisiez dans ce placard » dit-elle.
James s'apprêtait à ouvrir la bouche, mais elle le devança :
« En bas » fit-elle d'un ton sévère. « Tout de suite. Vous faîtes comme les autres et vous allez aider votre grand-mère. » Voyant qu'ils tardaient à réagir, elle ajouta : « Au pas de course. Et malheur à celui que je surprend en train de faire tout autre chose que ce que votre grand-mère vous aura demandé. James Potter, retiens ces paroles ! »
Après leur avoir jeté un dernier regard, Ginny sortit de la pièce à grandes enjambées.
« James Potter, retiens ces paroles ! » bougonna le dénommé James. « Et elle, je peux savoir ce qu'elle fait ? Des macaronis, peut-être ? Mon cul... »
Louis se remit les cheveux en place : « Ta mère me fait peur, parfois. »
« Et je vis avec ça tous les jours » se lamenta James.
Les adolescents se plaignirent de cette vie ô combien injuste tout en descendant les escaliers. La maison bruissait d'activités, sous la supervision intransigeante de Molly, première du nom. Elle avait tous l'air d'une matrone intransigeante, et cela faisait frémir les deux garçons. James s'approcha d'elle, un air de chien battu sur le visage : « On peut t'aider ? »
Leur grand-mère se tourna vers lui : « Oh ! James ! C'est tellement gentil à toi de proposer ton aide ! Je crois que vous pouvez aller aider Fred à équeuter les haricots ! »
Leur cousin releva la tête ; les deux garçons se posèrent à la table, observant avec effroi le tas effroyable de haricots, qui semblait surgir de la nappe comme quelque monstre abyssale. Molly tourna le dos à cet instant. Fred profita de cette opportunité pour se pencher vers eux et murmurer d'un ton qui n'admettait aucune réplique : « L'équeutage de haricots, c'est un truc peinard, capito ? Ça fait une heure que j'y suis... » Louis jeta un coup d'œil en direction de la pile ridiculement petite qui se dressait en face du Serdaigle. « Et je compte bien y rester jusqu'à midi. Ne foutez pas la merde, s'il-vous-plaît... » leur fit Fred d'un ton suppliant.
James et Louis se sourirent et s'emparèrent dans un même geste d'un haricot.
« Compte sur nous » dit Louis avec affabilité.
« Puisque c'est demandé si gentiment… La défense de la veuve et de l'orphelin nous appelle à la lutte ! »
Fred leur sourit.
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« Elle me gonfle. »
« Qui ? »
« Molly 1.0 »grogna Molly 2.0.
Lucy se redressa péniblement et posa ses poings sur les hanches. Elle, qui avait la fâcheuse manie de se gratter le visage à tout moment, avait désormais le visage constellé de tâches brunâtres. On avait demandé -ordonné- aux deux sœurs de faire place nette à l'extérieur. Elles n'en voyaient toutefois pas l'utilité : on avait prévu de la pluie pour ce soir et ils ne finiraient sûrement pas à l'extérieur. De toute manière, c'était Noël. Les Noël au Terrier avaient toujours été… chiants. Des traditions familiales qui s'éternisaient et tout ça, et puis des cousins bruyants à la limite de la connerie.
« Peut-être que c'est un moyen… d'oublier » jugea Lucy.
« Si elle nous avait oublié, nous, ça m'aurait arrangée » bougonna Molly, qui ne voulait pas en démordre.
Cette tâche était idiote.
« On fait la gueule ? » dit une voix moqueuse.
Lucy ne fit pas mine de se retourner, ayant sans doute reconnu la personne qui les alpaguait ainsi. Molly, au contraire, voyait dans l'échange une manière de fuir ce travail idiot, débile et profondément abrutissant. Poufsouffle, d'accord. Mais fallait pas non plus pousser.
« Ron ! » s'exclama t-elle d'un ton ravi. Elle n'avait pas eu le temps de réellement discuter avec lui ; les Weasley étaient trop nombreux : parfois, c'était un peu difficile à suivre. « Est-ce que… ta mère… a toujours été comme ça ? »
L'adulte éclata de rire et posa une main sur son épaule. Elle flancha sous le poids que Ron faisait peser sur son corps. Derrière, Lucy affichait un sourire sardonique : Ron, c'était bien le type de la famille qu'elle n'arrivait pas à saquer ; allez savoir pourquoi, ce devait être physique.
« Je dirais qu'elle s'est adoucie avec l'âge » dit Ron avec humour. « J'ai passé la moitié de mon enfance à tenter d'échapper aux tâches ménagères qu'elle nous attribuait... »
Quelque part dans la maison, James et Louis équeutaient des haricots.
« Il faut bien que la nouvelle génération en pâtisse un peu. Sinon, à quoi bon grandir ? »
Il lui présenta une face hypocrite, lui tapota l'épaule et s'en alla en sifflotant gaiement.
Molly sentit alors une goutte de pluie s'écraser sur sa main ; elle leva les yeux au ciel. Tout d'un coup, elle avait follement envie d'un soda. Ou de n'importe quoi d'autre. Ou d'une corde. Lucy siffla quelque chose entre ses dents ; cela avait tout l'air de quelque remarque vindicative.
« Viens » fit Molly en jetant un regard désespéré aux dalles du jardin. « On rentre. »
« Bah heureusement » répondit sa sœur.
Elle était déjà à l'intérieur avant que Molly ne puisse dire « Quidditch ».
Il pleuvait. Quelques secondes plus tard, des trombes d'eau déferlaient sur la région. Joyeux Noël.
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Louis opéra une approche subtile qui n'avait rien à envier à la course sauvage du requin déferlant sur sa proie -à un chaton venant quémander de la bouffe-. Il prit une profonde inspiration et présenta sa face la plus avenante à la jeune fille. Cette dernière lisait passivement Sorcière Hebdo ; on pouvait entendre ses reniflements méprisants depuis l'autre bout de la maison.
« Au fait… Merci pour les chocolats » dit-il sans se départir de son sourire.
Lucy releva la tête et jaugea le blondinet par en-dessous. « De rien » fit-elle d'un ton laconique. Louis resta pourtant planté là ; il paraissait attendre quelque chose. Il attendait. Attendait. Attendait encore.
Lucy comprit enfin : « Ok. Ça, ça veut dire que tu m'as offert quelque chose ». Il réfléchit quelques instants, puis ajouta en tâchant de faire sa frimousse « Merci. » Tout le monde a toujours la sienne ; celle qui vous fait sembler adorable au reste du monde et qui fait réfléchir au pourcentage de psychopathes que comptait l'humanité.
« De rien » dit Louis.
Il pensa aux personnes qui lui restaient à remercier et se sentit soudainement abattu. C'était sa fichue mère qui avait encore voulu mettre son grain de sel dans sa vie, et avait ainsi obligé les enfants à faire de fichus cadeaux. Si l'on faisait le calcul, l'on obtenait un total de -en comptant les deux débiles qui lui servaient de sœurs- douze cadeaux ; là, c'était sans compter sur les adultes, ces gros crevards, qui se sentaient obligés de faire un commentaire s'ils se sentaient mésestimés. Louis étaient quasiment certain qu'il s'agissait d'un genre de bizutage géants dont il était la victime.
C'étaient donc douze cadeaux. Ajoutez à ça le cadeau concerté que l'on offrait aux parents -d'habitude, Victoire s'en chargeait en qualité de grande sœur responsable-, un petit quelque-chose pour son parrain -Charlie- qui valait son pesant de fric et offrait des présents relativement cools -il avait reçu son balai de lui, à son quatorzième anniversaire et, bien que ce dernier était depuis longtemps passé de mode, lui offrait encore des sensations fabuleuses-, et quelque chose qu'il devait choisir à la force de ses tripes pour Callum, James, mais aussi Lewis et Elisa, avec qui il avait de très bons contacts, sans toutefois être de proches amis. Ils se parlaient et rigolaient un bon coup, mais les deux autres Gryffondor restaient… sa bande. Ses poteaux. Ses distributeurs attitrés de bouffe.
De temps en temps, il se demandait si tout cela n'était pas une fête purement et simplement commercial. Vraiment.
« Moi, c'était le chocolat » dit Lucy. Sa voix le tira de sa torpeur.
« Hein ? »
« Si tu te demandes c'était quoi mon cadeau. Moi, c'était le chocolat » répéta la Serpentard.
Louis pensa à la pile de paquets de chocolat qui avait miraculeusement poussé au milieu de la nuit et avait manqué d'envahir son lit de leurs papiers d'emballages colorés. Il émit un reniflement de dédain.
« Je trouve que c'est débile » appuya Lucy. « Enfin, voilà : pas que je t'aime pas… Mais je te connais pas vraiment non plus… en plus, c'est un magnifique budget qui passe à la trappe… et les cadeaux qu'on reçoit en retour ne se revende même pas sur le marché… j'ai reçu trois boîtes euh… tu sais, celle qu'on voit directement à notre droite, lorsque l'on rentre sur le Chemin de Traverse par le Chaudron Baveur ? »
« Euh… Les délices de Noël, l'éveil des sens pour une nuit magique ? »
« Ouais. Bah j'en ai reçu trois. Trois putains de boîtes identiques ! » Elle paraissait franchement révoltée de cette incroyable injustice.
Louis sourit : « C'est l'intention qui compte. »
Lucy lui lança un regard qui se voulait méchant : « C'est bien une phrase de... »
« Oui » la coupa t-il. « Je pense qu'on a compris. On va tâcher d'éviter les attaques à caractères raciales envers les maisons, ou on n'est pas sorti de l'auberge. Sinon… je crois que Dominique, cette année, avait prévu de réutiliser les cadeaux qu'elle aurait reçu. »
L'autre ricana : « Molly avait fait ça, y'a deux ans. Trop d'organisation. Trop risqué pour valoir le coup. »
« Mais tout le monde s'en fout. »
Elle hocha la tête.
« Enfin, voilà. Quoi. Je te laisse à ta lecture » dit-il. Il tourna les talons. Ensuite, il aurait bien aimé aller s'occuper de la grande sœur, mais il savait bien que… voilà. Quoi. Il n'oserait pas aller se présenter devant elle en agitant ses bras et en hurlant qu'il était là, ouais. Qu'il était là, ici et maintenant, et qu'elle devrait bien faire avec un jour ou l'autre.
« Tu peux pas imaginer comme c'est du Shakespeare » souffla Lucy.
Il y avait quelque chose, dans cette fête, qui le foutait en rogne. Peut-être l'ambiance. Les gens. La famille. Les circonstances dans lesquelles se déroulaient cette farce géante. Les BUSE qui, mine de rien, lui donnaient envie de se rouler par terre et de hurler que tout s'arrête et que tout allait trop vite pour lui, lui, lui.
Y avait-il un destin tout tracé, ou pouvait-on franchir la ligne toute tracé et s'enfoncer dans le désert ?
Il avait envie d'être joyeux, putain. Il avait juste envie d'être joyeux.
