Bonjour. Mesdames et Messieurs et la compagnie.
Juste pour dire que voilà, appréciez si vous aimez apprécier ce genre de choses.
Ah.
Sinon.
Nourrissez le pauvre auteur affamé, il aime bien dévorer des reviews, s'en est dérangeant.
CHAPITRE 5
Et les Frites
"Abandonnons les citations. La vie n'est pas une citation. La vie n'est pas les autres parce que la vie est nous, et que nous sommes la vie. Nous ne serons donc pas la répétition des milliards de vies qui nous ont précédés."
Quelque Part, La Personne Qui L'Aura Dit
-o-0-o-
« Et les frites » souffla James.
« Les frites, c'est la vie » rétorqua Louis.
« C'est une brise au petit matin. »
« Quatre pintes de bière. »
« Jean-Pédoncule dansant la capucine. »
« La différence entre le carré du rectangle de l'hypoténuse et le carré droit pas droit de la différence du carré au carré. »
Roxanne grogna. Fred se servait en frites, tout en lançant des regards en coin aux deux adolescents goguenards : « Mon royaume pour une frite. »
« Ma femme pour une frite » dit Hugo.
Roxanne leva les yeux au ciel : « Ta femme ? Vraiment ? »
« Et bien oui » appuya le jeunot, sans se départir d'un sourire légèrement dérangeant sur cette face imberbe.
La jeune fille leva les yeux au ciel : « Je suis sûre que j'étais pas comme ça quand j'étais petite » dit-elle d'un ton où perçait une note de désespoir.
« Tu n'as qu'un an de plus que lui » avisa Fred.
Sa sœur l'ignora : « J'étais beaucoup plus mature que ça. »
« Tu veux voir ma maturité ? » glissa Hugo, goguenard.
« Mon royaume pour que les chatons ferment leur gueule » soupira Molly.
Le dîner suivait tristement son cours, entre tentatives vaines pour égayer un peu l'ensemble et grandes périodes de blanc qui faisaient peur à vivre. Les adultes, à côté, discutaient poliment de tout et de beaucoup de rien. George essayait de se noyer dans son verre de vin ; Grand-mère souriait d'un air absent, les yeux dans le vague. Il y avait quelque chose de vide dans cette maison, comme si la cheminée, tout d'un coup, n'avait plus été à sa place. Ça suintait de tous les pores de la pièce ; Louis se lançait dans une piètre imitation de MacGo.
Elle avala une frite.
A la place de la cheminée, cela laissait comme un trou béant dont on ne parvenait pas à tâter le fond.
Roxanne observait son cousin en hochant la tête avec enthousiasme. Bon public, elle était fascinée par tout ce qui touchait de près ou de loin à Poudlard, et se délectait des soirées en famille où leurs parents respectifs ressassaient leurs jeunes années. De temps à autre, Molly avait peine à les croire : il semblait impossible que tout cela ait véritablement eu lieu ; en comparaison, les cours qu'elle suivait lui paraissait bien ternes. Franchement. Elle aurait bien apprécié un peu d'aventures dans cette vie un poil trop fade qui était la sienne. Un professeur loup-garou. Un basilic. Ce genre de trucs complètement tarés dont leurs parents parlaient comme d'une promenade au parc.
Cette année, Roxanne n'avait pas reçu sa lettre. Elle ne la recevrait jamais.
Molly avait envie de la serrer dans ses bras et de lui faire comprendre que tout irait bien, toujours, et que ce n'était pas de sa faute, et qu'elle pourrait vivre avec ça ; et elle ne comprenait pas comment l'on pouvait naître sans ressentir cet appel puissant et la baguette au bout des doigts, et Wingardium Leviosa. Elle s'imaginait alors sa vie, sans Poudlard. Sans la magie. Cela formait un tableau tout aussi triste que ce repas. Que Grand-père pourrissant au fond d'une tombe et le bois mat du cercueil, et le bruit sinistre des mottes de terre résonnant dans la lueur pâle du jour.
Pourtant, malgré sa situation, Roxanne paraissait prendre tout cela… bien. Comme ça venait. Au fil de la vie et- cela devait être si triste.
« Ça vous dit de bouger ? » tenta Dominique, une fois que chacun eu à peu près fini son plat ; Hugo jouait avec ses haricots, en les asticotant du bout de sa fourchette. D'un commun accord, les jeunes se levèrent, s'attirant quelques regards mi-intéressés des adultes.
« Vous allez où ? » demanda Teddy.
Visiblement, il aurait bien aimé les imiter. Molly retint un ricanement : elle n'avait pas ce genre de problèmes, elle. Les adultes étaient ennuyeux au possible ; aucun risque qu'elle se mette brusquement à leur taper la causette lors des repas de famille. Que chacun reste à sa place et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes.
« Dans le salon » répondit James de manière évasive. Il n'attendit pas que l'autre réagisse et quitta rapidement la pièce, derrière Louis qui portait Hugo sur son dos.
Le môme semblait heureux d'abandonner ces ignobles légumes verdâtres. Molly leur emboîta le pas.
Ils n'avaient pas grand-chose à faire : il pleuvait affreusement dehors, comme elle l'avait prévu plus tôt dans la journée. Les jouets et cadeaux reçus ce matin avait été testés, débattus et étaient, pour la plupart, à moitié oubliés au fond du sac ; Dominique se sentait ballonnée : le mélange surprenant de chocolat, chips, frites, glaces ne faisait jamais bon ménage.
Molly s'affala sur le canapé, pour changer ; les autres prirent place en groupes éparses, souvent par familles. Il n'y avait bien que Louis et James, et dans une certaine mesure Albus et Rose, qui avait développé une amitié dépassant les simples liens familiaux. On voulait bien se parler, certes, parce que l'on y était obligé, mais chacun avait ses propres amis à Poudlard. On savait aussi que Weasley voulait dire quelque chose, et l'on se serrait les coudes à l'occasion, mais elle ne se voyait pas devenir copain comme cochon avec… James.
La jeune fille se demanda ce que pouvait bien faire ses siens, d'amies. Holly était actuellement en Australie pour une raison non-déterminée ; Ellie avait fait entendre que ses vacances seraient tout aussi merdiques qu'à l'accoutumée, évoquant des cousines qu'elle avait qualifiées de « trucs qui parlent et font des trucs d'humains, mais non mais franchement je suis certaine que voilà » ; quant à Nancy, elle ne s'était pas étendue sur la question. Ses deux parents étaient divorcés et ne s'étaient pas quitté en très bons termes : elle passerait certainement son temps libre à servir de hibou messager entre les deux partis.
Dominique se posa à côté d'elle, la grâce d'un sac à patates en prime : « Je te dis que j'ai trop mangé... »
« Si tu le dis » marmonna t-elle.
« Je vais exploser ! » fit-elle en posant une main sur son ventre. Elle paraissait contrite.
Molly sentit quelqu'un prendre place à sa droite ; elle tourna la tête. Et rencontra le regard bleu azur de Louis. Elle sursauta bien malgré elle, mais se contint en esquissant un mince sourire. Il n'y avait rien, rien du tout. Elle n'avait pas à se mettre dans tous ses états pour si peu. C'était Noël, la joie, la bonne humeur, et il n'y avait aucune raison au fait de se morfondre sur sa vie en général.
Louis était un sujet préoccupant.
« Laisse de la place pour les Delacour » ricana le jeune homme en s'adressant à sa sœur.
« Tais-toi » fit cette dernière. « Je te parle plus. Je parle à personne. Mon corps ne parle à personne, ma bouche ne parle à personne... Je meurs dans ce canapé. »
Molly ne put s'empêcher d'éclater d'un rire franc devant l'air clairement désespéré de Dominique.
« La rumeur » dit Louis, en agitant son doigt devant son visage. « C'est que Grand-mère veut nous engraisser. Et nous donner à manger à la goule. Et entamer un commerce de croquettes pour goule. Weasley and Co, que ça s'appellerait. »
« C'était Victoire qu'avait dit ça, y'a deux ans, non ? » grommela Dominique dans sa barbe.
Molly regarda autour d'elle, s'attardant sur chacun des adolescents présents, à la recherche de la grande blonde. Elle ne la trouva pas ; « Tiens, elle est où ? »
Dominique se redressa dans l'instant, comme mue par une brusque poussée d'adrénaline. Son visage prit un air de conspiratrice ; elle se pencha plus avant vers Molly.
« Elle est restée à table. »
« A cause de... » poursuivit Louis, qui n'avait pas perdu un mot de l'échange et semblait apprécier l'instant plus que nécessaire.
« … Teddy » conclut Dominique, triomphante.
Molly fronça les sourcils : « Mais elle sortait pas avec son français, là ? Julien, quelque chose comme ça... »
Elle avait entraperçu le froggish lors d'un de ses séjours au Terrier, aux dernières grandes vacances. Il ne lui avait pas fait grande impression mais, après tout, Victoire devait mieux le connaître qu'elle.
« Jules » précisa Dominique.
« Lecuyer » renifla Louis.
« Je crois qu'elle a rompu avec lui » poursuivit sa cousine. « Mais je suis pas sûre. Et puis je m'en fous : c'est pas vraiment une grosse perte. »
Louis leva un sourcil à son encontre : « Parce qu'au change, tu préfères Teddy ? »
Dominique haussa les épaules.
Molly se glissa doucement dans la conversation. Non pas parce qu'elle souhaitait parler avec Louis, mais parce qu'elle voulait tout simplement s'occuper l'esprit. Passer le temps en attendant une heure acceptable pour aller au lit. Noël était un peu terne, le pull qu'elle avait reçu, marqué d'un « M » jaunâtre, était un peu rugueux, mais dans l'ensemble, elle était bien. Le feu ronflait dans l'âtre et personne ne se tapait sur la gueule. Que pouvait-elle demander de plus ?
Molly sentit lentement son attention flancher. Ses yeux commencèrent à papillonner ; elle était bien. Il faisait bon et beau. Une odeur entêtante et douce et tendre flottait dans l'air.
Rien, rien de plus.
-o-0-o-
Louis hésitait : il ne savait pas s'il devait sourire comme un bienheureux ou se lamenter sur son sort.
Parce qu'il était visiblement en train de servir de coussin familial.
Et que voilà. Hein.
James avait ainsi posé sa tête sur son épaule droite et respirait bruyamment par la bouche ; il grommelait de temps à autres des bouts de phrases incompréhensibles. Tout en bavant certainement sur son pull. Ce n'était pas que Louis n'appréciait pas son ami. Non. C'étaient ses cheveux qu'il avait du mal à supporter. En particulier lorsque ces derniers prenaient un malin plaisir à se loger contre son cou ; c'était étrange et cela lui donnait envie de se gratter. Voilà.
D'un autre côté, il n'avait pas du tout l'intention de le déloger. En effet, Molly avait sa tête posée sur ses cuisses.
Molly le touchait. Molly avait sa tête contre son corps. Contre ses cuisses à lui.
Molly se servait de lui comme une espèce de coussin géant, vivant, et très humain. Et lui se laissait faire. Comme un con.
Parce qu'il y avait ce poids rassurant contre lui et ses cheveux roux en myriades de mèches folles. Et il pouvait ressentir son souffle, et c'était beau, la façon dont elle respirait. Parce que son dos se soulevait et s'abaissait, doucement. Comme celui d'un gros chat.
Avec un peu moins de poils, certes. Louis se frappa mentalement pour penser cela, à ce moment précis, alors que tout était tellement bien. Que tout paraissait être à sa place, enfin. Que tout n'irait jamais mal. Son meilleur ami d'un côté et son… et… et la personne qu'il aimait de l'autre. L'envie de lui caresser les cheveux, d'enfouir la main dans cette chevelure là, juste là, à portée de mains et tout à lui, rien qu'à lui… tout ça lui triturait le bout des doigts ; ça allait le rendre fou.
Il se trouva débile, mais ne bougea pas. Trop bon trop con, n'est-ce pas ?
Et la personne qu'il aimait respirant doucement tout contre lui. Il l'aimait. Il l'aimait. Il l'aimait et cette vérité s'incrusta avec lenteur dans sa conscience déjà pleinement embourbée dans la ronde folle du sommeil. Il l'aimait, elle et pas une autre, en cet instant-là, alors que les dernières braises du feu allaient bientôt s'éteindre. Il l'aimait.
Et il n'y avait rien d'autre à ajouter, sinon que cela lui faisait un peu peur.
-o-0-o-
« Il faut aimer les gens qu'on aime ! » lui dit James d'une voix haut perchée. Il tenait une flûte de champagne à la main, mais ce n'était pas du champagne. Certainement pas. Des bouteilles colorées avaient négligemment été posées sous la table basse. Presque hors-de-vue. Presque.
« Vraiment ? » fit mine de s'intéresser Louis.
« Vraiment ! Vraiment comme… vraiment ! Vraiment ! Vraiment ! Il faut aimer et aimer encore, et encore, et encore, et toujours plus et faut avoir les couilles, putain. Juste les couilles et l'autre vous aime en plus, alors il faut aimer. Et aimer et plus et ça explose, l'amour et tout ça, ça explose et ça brille tellement fort, le monde et l'amour ! »
Il reprit son souffle, les pommettes en feu. Louis s'autorisa un sourire : « Et ? »
« Et donc je vais l'aimer ! L'aimer ! L'aimer ! Et on s'en fout parce que si l'amour m'aime aussi donc c'est débile, voilà. C'est débile l'amour ! »
Il conclut sa tirade en trébuchant sur l'un des tapis ; Louis se mit à prier intérieurement pour qu'aucun adulte ne se pointe dans les minutes, voire les heures qui allaient suivre.
Après le repas un peu léthargique de Noël, la semaine qu'ils avaient passée s'était révélée… intéressante. Réunissez l'ensemble des Weasley dans un espace clos, et regardez ce que vous obtenez : quelque chose de grand et d'effrayant qui faisait trembler la maisonnée sur ses fondations, voire même une petite portion du pays.
Pour sa part, il était allé visité les Delacour dans leur maison du bord de mer, se coltinant par la même occasion un sempiternel repas de famille ; il avait ainsi revu ses deux cousins, Nathan et Louise qui, eux, parlaient passablement l'anglais. Lui-même avait lâché prise dans sa tentative héroïque d'apprendre plus de deux mots de vocabulaire français, limitant ses vagues connaissances au très prosaïque « Voulez-vous couchez avec moi, ce soir ? ». Ils avaient ensuite passé la soirée à jouer à Mario Kart Wii, laissant le plaisir d'une conversation saine à leurs parents.
Dans l'ensemble, Louis se targuait d'avoir appris deux ou trois bons gros jurons français.
Le reste du séjour s'était ensuite poursuivi avec d'intenses parties de Quidditch lorsque le temps le permettait -et même lorsqu'il ne le permettait pas ; ce n'était pas un peu de pluie qui allait les décourager-. Louis n'était pas un fervent joueur, mais se débrouillait assez lorsqu'il jouait comme batteur. Balancer quelques Cognards à la gueule de ses cousins, ça, il pouvait gérer ; il eut notamment la joie d'envoyer valser James dans le décor, au grand mécontentement de ce dernier, qui se vengea lors d'une bataille de boue spontanée.
Ouais, en gros, on pouvait dire que ça s'était plutôt bien passé.
Molly riait dans sa ligne de mire. Lui souriait tristement et se demandait à quel moment sa vie était-elle devenue si compliquée. Et ses sentiments si flous et si fous.
Il savait que ce n'était pas normal, d'aimer sa cousine. Ça ne se faisait pas. Parce qu'elle était sa cousine, justement, qu'elle était une Weasley, que la société n'acceptait pas ça. Que c'était de… de… -il ne savait pas si on pouvait appeler cela comme ça- de l'inceste. Il se balançait des mots crus à la figure, sans détour et il se faisait mal. Il se faisait mal, car. Car il l'aimait.
Que ce n'était certainement pas réciproque.
Que -tiens- elle était majeure.
Qu'elle était de la famille.
Qu'il avait aussi un peu peur de ce grand Amour.
Amèrement, il se demanda s'il ne fallait pas mieux aller directement se jeter du haut de la tour d'Astronomie. Ça avait un petit côté symbolique...
A quelques pas de lui, James venait d'entamer une conversation avec l'espèce de pouffe qui suivait Dominique comme son ombre, une métisse qui se prénommait, si ses souvenirs étaient bons, Lennie Shacklebolt. Son ami paraissait en pleine parade nuptiale, au vu des gloussements hystériques qui s'échappaient par intermittence des lèvres de la jeune fille.
La vie paraissait tellement plus simple de ce côté-ci du globe.
Callum n'avait pas pu venir ; étant un Greengrass, il se devait de passer le Nouvel An à leur manoir familial, au grand damne du Gryffondor. Il s'était plaint durant tout le voyage en train de sa famille, arguant qu'elle était un véritable trou à serpents, avec des foutus serpents partout partout, et que franchement, et benh les soirées comme ça, c'était la louse.
Rose émit un grognement.
Pour les mêmes raisons, Scorpius Malfoy n'avait pas montré le bout de sa face de fouine. Quant à la meilleure amie de la jeune Serdaigle, Autumn, elle était en train de taper la causette avec Fred, arrachant quelques sourires timides au Serdaigle.
Ce qui était surprenant.
Fred était, en effet, limite asocial.
« Elle drague ? » lança négligemment Louis. Autant s'amuser un peu, et tant pis si les cancans n'était pas l'activité la plus intelligente du siècle.
Rose comprit, avec un temps de retard, qu'elle s'adressait à lui : « Autumn ? Nan. Pas son genre. Elle attend encore le prince charmant qui lui tombera tout cuit dans le bec. Elle… elle sociabilise... »
« Avec Fred ? »
Rose haussa les épaules.
Molly discutait, tapant du pied au rythme de la musique. Seule l'une de ses amies avait répondu présente, cette année. Ellie. Ou Nancy. Ou peut-être Holly, en fin de compte. Louis n'arrivait jamais à différencier les membres du groupe d'amies de Molly : leurs foutus prénoms étaient fichtrement trop emmerdants pour leur propre bien.
James avait commencé à conter fleurette à un coussin ; Louis ne savait pas si cela était intentionnel ou si le jeune homme ne s'en rendait même pas compte. Il aurait du prêter plus attention à la quantité monumentale de liquide que James paraissait capable d'assimiler.
Il ricana intérieurement en songeant au réveil fabuleux que son cousin allait se taper le lendemain matin. Puis s'arrêta brusquement lorsqu'il réalisa qu'il n'avait pas du paraître plus intelligent à l'enterrement de son grand-père.
Autant pour lui. Il faut balayer devant sa porte, aurait dit sa mère. Non pas qu'il avait quelque chose à faire de ce que disait sa mère…
Les adultes étaient partis en ville manger dans un restaurant français, les laissant seuls à la maison ; ils comptait manifestement sur Teddy pour maintenir un semblant d'ordre ; il était, après tout, adulte et vacciné. Actuellement, pour ce que pouvait en voir Louis, ce dernier observait d'un œil fixe une flûte de champagne vide, enfoncé dans un fauteuil et ne paraissait pas porter une très grande attention à son environnement immédiat.
Victoire était partie chez une amie, et lui restait à ce putain de Terrier à supporter ces putains de gosse. Louis pouvait sentir le ruminer d'ici.
Molly, elle, rit à gorge déployée.
La musique, pendant ce temps, montait crescendo ; cela, ou peut-être la gorge blanche de Molly, il ne sut jamais trop comment, lui saisit les tripes. C'était un de ces Moments. Un de ces Moments que l'on regrette encore une vingtaine d'années plus tard, que l'on ressasse, encore et encore, et que l'on ne cesse de ressasser, et que lui commençait déjà à se morfondre, alors que le Moment était toujours là, à portée de main, et qu'il pouvait lui appartenir, là, maintenant, s'il le voulait vraiment.
Et que Molly continuait à sourire.
Ça ne devait pas être si flippant que ça, l'amour. Ça n'avait pas à l'être. Si tout le monde le faisait, pourquoi pas lui ?
Je m'appelle Louis Apollon Weasley, se dit-il en son for intérieur.
Et elle s'appelait aussi Weasley.
Pourtant, en cet instant, il s'en foutait.
Car rien n'avait vraiment d'importance. Il se noyait tout entier dans l'être. Il s'y plongeait et s'y laissa submerger ; ses mains étaient moites, collantes et- Il avait chaud. Car qu'est-ce qu'il pouvait faire chaud, ici… Quelqu'un ne pouvait-il pas ouvrir une fenêtre ?
S'il n'y allait pas dans les secondes à venir, il n'irait jamais. Le Moment serait gâché, humilié, et son étendard bafoué dans la boue sale des espoirs déçus, écrasé et souillé par des milliards et des milliards de petits pas rageurs.
Et cette Ellie-Nancy, ne pouvait-elle pas la lâcher ? Elle ne serait jamais seule, de toute la soirée, jamais jamais jamais, et tout serait emporté dans le courant froid de cette soirée gâchée qu'il ruminerait encore dans des dizaines d'années.
Mû par une pulsion subite, il se leva.
Rose le regarda s'éloigner d'un air absent.
-o-0-o-
Elle s'interrogea un instant sur ce que pouvait bien foutre Ellie et Holly à cette heure. Minuit n'allait pas tarder à sonner. Elle en profiterait pour aller se resservir de ce mélange revigorant qu'un dénommé Danny avait apporté ; sympathique attention de sa part, vraiment. A ce qu'il paraissait, c'était un des cousins à la smala Potter… Pour ce qu'elle en avait à faire.
N'empêche que cette connerie dépotait sa race.
Dominique essayait d'entraîner ses amis sur l'espace qu'ils avaient emménagé pour pouvoir danser ; cela avait semblé une bonne idée sur le moment, mais maintenant… Molly était très bien où elle était. Le siège était confortable, le verre un peu vide, mais l'on ferait avec ; elle discutait de tout et de rien avec Nancy, qui semblait avoir découvert que James Potter n'était pas aussi con qu'il n'en avait l'air, même bourré comme il l'était.
Tranquille.
La musique qui s'écoulait d'antiques hauts-parleur rajoutait un peu de peps à la scène ; elle s'était assurée que l'on daigne au moins passer quelques chansons de son répertoire.
Elle n'attendait rien de cette soirée. Jusqu'à ce que Louis se pointe.
Il paraissait décidé comme pas deux et se tenait étrangement droit. Son regard s'attarda un instant sur Nancy, puis revint vers elle. Sa lèvre frémit :
« Je peux te parler, juste un moment ? Seuls ? »
Molly se figea. Nancy leva un sourcil interrogateur.
Oui, bien sûr que son cousin pouvait lui parler. L'on était dans une démocratie, les gens avaient le droit à la parole et tout et tout. Mais pourquoi seuls ? Cela sonnait si…
Cliché.
Subitement, elle se dit que oui, vraiment, ce canapé était l'apogée de toute une existence, ce verre vide, mais plus pour longtemps, le nectar des dieux, et Louis un parasite un peu trop opiniâtre à écraser dans les plus brefs délais et les plus incroyables souffrances.
Elle sourit. « Ok. Tu m'excuses ? » fit-elle à Nancy qui, pour toute réponse, émit un grognement. Molly se leva sans faire mine de se presser.
« On… monte à l'étage ? » dit le jeune homme en lui lançant un regard suppliant. Elle acquiesça et évita une… une ruée de bambins. Elle ne s'était pas rendue compte qu'ils étaient si nombreux.
Leurs parents les auraient-ils laissé venir s'ils avaient su que leur marmaille serait laissée sans supervision ? Son regard erra du côté de Teddy. Ou presque sans supervision ?
Elle fit la moue et se lança à la suite de Louis, qui jetait des coups d'œil furtifs par-dessus son épaule, certainement pour s'assurer que Molly le suivait toujours.
Pourquoi vaudrait-il lui parler ? Pourquoi maintenant et seuls ? Quelqu'un était-il au courant de ce qui pouvait presque apparaître comme la plus grosse connerie de sa vie -outre le fait d'avoir baisé ce crétin de Shields dans une salle de classe vide et d'avoir réussi à se faire choper par Kessel-Rusard- ?
Les étapes importances de son existence tournaient bien trop autour de certaines choses.
Louis la regardait en se grattant la tête de sa main droite. Il ne paraissait pas savoir quoi faire de son autre main, la plaçant tantôt dans sa poche de jeans, derrière son dos quelques secondes plus tard ou la laissant ballante le long du corps aussitôt après.
Il était rouge, dénota calmement Molly.
« Donc ? » lança t-elle d'un ton abrupt.
Louis prit une inspiration et s'humecta la commissure des lèvres. Il fit un pas en avant.
« Je t'aime. »
Ah.
