Yoh. La rentrée, c'est un truc mort qui git au fond d'une de mes caves.
En premier lieu et franchement franchement je vous aime. Merci pour ces reviews au poil et pour tous les gens qui suivent cette histoire au rythme un poil (ah bon ?) erratique. Je t'aime, LECTEUR ANONYME !

Enfin voilà. Bonne lecture !


CHAPITRE 7

Cesse de balbutier

"Oh mon pauvre cœur cesse de trembler, la voilà / Plus belle qu'une fleur et que l'amour / Oh ma pauvre bouche cesse de balbutier / J't'en prie regarde, la voilà, tout près de moi"
Au Comptoir, Debout Sur Le Zinc

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« J'ai pris de bonnes résolutions » dit Callum. Les trois Gryffondor venaient de prendre place dans un compartiment vide ; par la fenêtre, Louis pouvait apercevoir le clan Weasley dans son grand complet. Sa mère agita la main avec énormément d'entrain. Il fit la grimace et s'enfonça dans son siège ; un jour, il lui ferait savoir de façon claire, précise et qui ne trahissait aucune ambiguïté que tout le monde pouvait la voir.

« Qui sont ? » s'enquit James.

Callum était survolté. D'après ce que Louis avait pu glaner, ses vacances avaient été chiantes au possible de la possibilité et le jeune homme comptait bien rattraper ce temps perdu à Poudlard. A moins que sa conquête du monde ne commence directement dans ce compartiment, avec James et lui dans le rôle des mignons.

« Tout d'abord, j'arrête de fumer » fit-il.

« Mais tu ne fumes pas » rétorqua nonchalamment Louis. La face que lui présenta l'héritier Greengrass ne pouvait signifier qu'une chose : il était un abruti, doublé d'un idiot muni de la cervelle d'une belette : « Aucun rapport. »

Louis flottait sur un petit nuage depuis hier. Si on lui avait dit, dans l'instant, que l'on allait à Disneyland, il aurait certainement hoché la tête, la bouche grande ouverte, n'ayant pas compris un traître mot de ce qu'on venait de lui balancer. Sa tête était pleine de senteurs, et de joie, et de sourires et de cheveux roux, si roux et si familiers et si siens et si doux...

« Ensuite, je pécho » poursuivit Callum d'un ton qui n'admettait aucune réplique.

James se racla la gorge avec ostentation.

« Quoi ? » fit Callum en roulant exagérément les yeux.

« Qui ? »

« Hein ? »

« C'est bien beau de pécho, mais tu pécho qui ? Traum ? » demanda James.

Callum lui lança un regard horrifié puis, après un temps de réflexion, afficha un sourire sardonique : « C'est une femme d'expérience... »

Ce fut au tour de James de paraître dégoûté.

Il y avait quelque chose entre Molly et Louis ; cette simple pensée lui donnait envie de soulever des montagnes et d'aller crier le fait au monde entier, de dire combien il était plus heureux qu'il ne l'avait jamais été. Il avait envie de leur envoyer son bonheur dans la face ; il avait envie que l'univers baigne dans sa joie de vivre, dans cet océan de bonheur où il aimait à se noyer...

Louis se donnait parfois l'impression d'être un Bisounours en puissance, mais il se foutait un peu, et c'est ce qu'il aurait répondu si on lui avait demandé son avis. Il voulait bien être un Bisounours si cela signifiait être heureux.

Parfois, il pensait au fait que sa vie commençait à ressembler fichtrement à une comédie romantique : ce matin, ils s'étaient à nouveau retrouvés dans la chambre de Molly. Ils s'étaient embrassés, avaient un peu gloussé et s'étaient encore embrassés ; ils avaient ensuite un peu parlé. Pas de choses sérieuses, non. Il savait bien qu'il ne fallait pas parler de l'avenir : ils allaient tous les deux dans l'impasse avec cet amour idiot, tellement dévorant et fondamentalement malsain. Et puis, on disait tant de choses sur les amourettes d'adolescents. Des trucs moches, genre que ce ne serait que passager et que c'était idiot, parce qu'ils étaient si jeunes.

Mais cela n'avait pas terni l'humeur somptueuse du jeune homme. Car rien ne le pouvait.

Il suffisait, pour cela, de vivre dans le moment présent. Tout vous paraissez alors tellement plus beau, lorsque l'on piochait tous ces petits moments qui formaient une journée et une vie toute entière, et que l'on laissait simplement les secondes, les heures, les années s'écouler...

« Plan-cul à trois heures » souffla Callum.

James et Louis tournèrent la tête de façon simultanée : Adelia et Fergus passaient dans le couloir, la première en habits moldus, le deuxième portant déjà la robe réglementaire de Poudlard. James agita la main d'un air gêné. Fergus l'ignora ; Adelia, quant à elle, ralentit, parut hésiter un moment, puis fit un sourire d'excuse aux Gryffondor et poursuivit son chemin à la suite de Fergus.

James baissa la main en soupirant. Sa face aurait pu vous faire culpabiliser.

« Enfin… le presque-plan-cul » ricana Callum.

« Ta gueule » fit James d'un air distrait.

Louis ne l'avait jamais vu autant sur quelqu'un ; cela pouvait porter à sourire, lorsque l'on connaissait la franchise habituelle qui caractérisait tous les faits et gestes du jeune homme. En effet, cette espèce de succession d'échecs ne semblaient que rendre James plus mortifié encore. Il y avait un peu moins d'un an, lorsqu'il avait tourné sans aucune finesse autour de Galatée, une fille de leur promotion, le râteau qu'il s'était pris n'avait pas tari ses ambitions, bien au contraire. Harry avait fait un commentaire là-dessus, comme quoi tous les James étaient fichtrement les mêmes.

« Moi aussi, j'ai pris des putains de bonnes résolutions » appuya James.

Il était finalement sorti, avec cette Galatée. Mais ça n'avait pas vraiment duré.

« Lesquelles ? » dit Callum, intéressé.

« Pécho » fit l'autre en se rengorgeant.

Louis leva les yeux au ciel : tout n'était peut-être pas perdu tout compte fait. Irrécupérable un jour, irrécupérable toujours.

« Les trois font la paire » fit Callum. Personne ne lui demanda ce que pouvait bien vouloir dire cette phrase sibylline. « Et toi, Louis ? »

Le blond ne tiqua même pas -et pourtant, il aurait eu de quoi- : « Trop d'attention, merci. »

James ricana : « Il doit sûrement attendre. »

« Moi, c'est ce que je fais » dit Callum sans se démonter. « La dernière fois, y'en a une bonne centaine qui sont tombés du ciel ; c'était sympa. Orgies, tout ça... »

Louis éclata franchement de rire.

-o-0-o-

Molly sourit à une connerie que venait de sortir Ellie.

Parfois, elle s'étonnait elle-même : sa jambe battait sans interruption la mesure sous la table. Son impatience palpable ne cessait de croître au fur et à mesure de la soirée ; elle n'en comprenait pas plus pour autant ses réactions.

Dans peu de temps, les élèves recevraient l'autorisation de rejoindre leur Salle Commune. Le repas avait été, comme d'habitude, une débauche sans fin de mets et de plaisirs divers, qui n'avait rien à envier à la finesse d'un de ces restaurants français dont ses parents aimaient à faire l'éloge. Cependant, elle avait laissé devant elle une île flottante à peine entamée ; son appétit subissait son excitation malvenue. A côté, sans se départir de son flegme habituel, Nancy engloutissait cookies sur cookies ; s'en était presque alarmant. Molly retint une remarque acerbe sur les capacités d'absorption de son amie.

Ce sentiment de fébrilité la rongeait. Ce qu'elle ne pigeait pas, c'était qu'elle était sortie avec Shields sans réagir de cette manière sans conteste foireusement exagérée.

La Grande Salle bruissait de conversations ; par-dessus le brouhaha, on percevait les cris de l'équipe de Quidditch de Gryffondor, qui venait de se réunir après quelques deux semaines de vacances ; on ne faisait déjà plus état de l'exubérance maladive des rouge et or.

Molly avait vécu dans une fratrie tarée ; elle aurait dû s'y être habituée.

Durant tout le trajet, elle avait prêté une oreille distraite aux récits respectifs des jeunes filles : ainsi, Ellie n'avait pas vu une once de neige, planquée qu'elle avait été quelque part entre les kangourous et les moutons, au fin fond du désert australien -Molly se demanda si un quart des aventures que son amie leur avait raconté était seulement vrai ; il y avait de fortes chances que ce ne soit pas le cas, à moins que son père soit la réincarnation d'Indiana Jones- ; Holly, elle, avait passé tout le trajet à leur raconter par le menu son séjour. Elle ne s'était pas étalé sur ses cousines de sang, préférant détailler par le menu le contenu du slip du demi-frère de celles-ci.

En gros, elles avaient toutes les deux passé des vacances super cools -employait-on encore ce mot ?-. Et bien, à vrai dire, elle aussi. Les vacances les plus cools de toute son existence.

Il y avait des flammes de joie et un brasier qui flottaient dans l'air et éclairaient le monde. Les autres ne pouvaient-ils pas voir comment tout cela était beau ?

Parfois, lorsqu'elle se tournait vers quelqu'un, elle avait l'impression que cette personne la regarderait avec de gros yeux puis allait, sur l'instant, s'écrier « Oh mon dieu ! Elle a couché avec son cousin ! Oh mon dieu ! Elle l'aime ! Oh ! Elle aimerait remettre ça ! ». Et le monde entier la jugerait, parce que le monde entier aimait bien juger les gens.

« Enfin » dit-elle. MacGonagall venait de donner le signal que l'on pouvait se lever. Certains groupes étaient plus prompts que d'autre à s'exécuter ; elle se redressa d'un air nonchalant, tentant de minimiser la tension de ses muscles ; elle se sentait comme une boule de nerfs, prête à tout exploser sur son passage.

Nancy venait de finir son… treizième cookie ? Molly pouvait jurer qu'elle l'avait vue en glisser quelques-uns dans les poches de sa cape : « T'es pressée ? » demanda t-elle.

« Faut que j'aille demander quelque chose aux cousins. Je serais rapide » lui répondit Molly avec un sourire.

Holly, réprimant un bâillement, la regarda s'en aller avec des yeux vides.

Molly se sentait pousser des ailes ; c'était une sensation grisante. Tout à cette effervescence intérieure, elle faillit rentrer dans Louis, qui la saisit par les épaules en mimant une grimace.

« Ouah. Alors toi, quand t'y vas... » fit-il.

Il attendait visiblement quelque chose en particulier, mais elle ne pouvait pas lui offrir ; des bruits de pas se faisaient entendre de tous côtés : elle ne voulait pas que ça se sache.

« Viens » dit-elle, passant devant le bien-connu graffiti « L'Armée de Dumbledore recrute ».

Ils prirent la direction de la tour d'Astronomie, ce que Molly trouva, en y repensant le soir, infiniment cliché. Il était connu que tout le monde le faisait et que tous les couples de Poudlard s'étaient bécotés au moins une fois dans ce qui tenait lieu d'asile dans l'univers froid et mort du château. On disait que MacGonagall avait installé des sorts de Détection pour dissuader certaines pratiques. La rumeur n'avait cependant jamais été avérée, pour le plus grand bonheur de générations d'élèves.

Molly se sentait un peu folle, à monter ainsi les escaliers ; les marches apparaissaient à peine dans la lumière de son Lumos faiblard. Elle n'avait pas peur des araignées, loin de là, mais il y en avait un nombre indécent qui fuyait leurs courtes enjambées prudentes.

Elle percevait le souffle de Louis dans son dos.

Le fantôme du grand Albus Dumbledore hantait ses lieux ; du moins, c'était ce qu'avait avancé Holly, qui le tenait de sa sœur qui le tenait de sa meilleure amie qui le tenait de son cousin, qui le tenait du fils d'un personnage célèbre qui le tenait de…

Ils s'embrassèrent lentement, écrasant le passé de leur présence seule, et écartant un peu les froides ombres aux longs doigts aguicheurs.

Elle avait fermé la porte d'un sortilège basique ; vers minuit sonnant, ils crurent entendre des chuchotements étouffés, mais le bruit s'en était déjà allé quand Molly daigna tendre l'oreille. Ils étaient seuls ; pourtant, tout un château vivait sous eux, et c'était peut-être ça le plus beau.

« Est-ce que tu veux... » demanda Louis.

Les mains du jeune homme était un peu moites, son souffle un peu trop précipité. Leurs yeux se trouvèrent dans la semi-obscurité. Quelques pensées idiotes traversèrent un instant Molly, mais elle les ignora. Elle devait les ignorer.

Pour l'instant.

« Non » dit-elle d'un ton catégorique.

Louis parut se détendre ; c'était bizarre : « Non ? »

« On est bien, là. »

« On est bien. »

Le sol était un peu dur ; elle aurait du conjurer un matelas ou quelque chose d'équivalent. Louis posa le tête contre son épaule et répéta : « On est bien. »

Elle acquiesça. En rentrant, bien plus tard, elle surprit l'air concerné de Nancy. Elle rassura la Poufsouffle d'un sourire complice, qui parut contenter son amie. Elle savait toutefois que cela ne fonctionnerait pas à chaque fois. Le monde n'était pas idiot, ses amies encore moins ; quant à l'entreprise en elle-même, elle était trop hasardeuse, trop folle, trop tête brûlée et sentait le Gryffondor à plein nez. On ne pouvait pas continuer comme cela éternellement...

Molly dormit mal, cette fameuse nuit ; cela n'avait rien à voir avec le fait de retrouver son lit après deux semaines d'absence. Il y avait une impasse, quelque part, un gros mur qu'ils ne tarderaient pas à se prendre au dehors de ce voyage bucolique.

Elle ne voulait pas se prendre des briques de sang dans la gueule.

Mais elle sentait que ça- qu'elle voulait juste ça.

-o-0-o-

« Tiens, il est où James ? » dit Callum.

Louis sortit de ses divagations mettant en scène Molly, lui et Disneyland. Le cours de Potions avait débuté depuis bientôt une dizaine de minutes ; Traum avait retranscris les instructions de la potion à concocter sur le tableau noir. Seuls quelques groupes, parmi les plus assidus, avaient commencé à touiller, sans enthousiasme toutefois, la mixture demandé. Louis, par expérience, pouvait dire que cela ne leur prendrait pas plus qu'un bon quart d'heure.

Ils avaient deux heures devant eux ; Traum s'était éclipsée dans la réserve, à laquelle on accédait via une porte derrière le bureau. Les rumeurs ne disaient rien, mis à part la possibilité que la pièce possédait un portail démoniaque menant tout droit à l'antre des enfers.

James n'était toujours pas là, en témoignait la place restait vacante à côté de Galatée Shepherd.

« Elle a pas fait l'appel ? » demanda Louis.

Callum eut un rictus : « Weaver est pas là non plus. »

Adelia lui rendit son sourire ; Louis venait de jeter un regard, avec une horreur non-feinte, sur la chaise vide à côté de la Serpentard. « Oh putain. Ils sont en train de s'entre-tuer » dit le blond.

Il le pensait vraiment.

« Dix Gallions sur Weaver » ricana Callum.

« Je prends pas le pari » grommela Louis. Brusquement, il se leva puis, d'un pas nonchalant, alla s'asseoir à la place habituelle de Fergus. Il se composa un sourire charmeur.

« Salut » fit-il avec entrain. Adelia se cacha la main derrière la bouche, visiblement ravie du spectacle qu'il offrait : « Salut ».

« Votre preux chevalier est venu vous demander, avec fort grand entrain, si votre grande grandeur savait où l'on pouvait bien trouver ce troufion de Fergus Weaver... »

Elle lui lança un sourire tout aussi aguicheur que le sien : « Je n'en ai absolument aucune idée. » Louis essaya de se recomposer une figure sérieuse.

« Ils ont pas fait un truc con, genre se déclarer en duel ou quelque chose du genre ? »

C'était sensé être son pote, quand même. Quand même.

Ouais.

Il aurait dû aller aider James, si ce dernier avait eu l'intention de taper sur la gueule de quelqu'un ; Louis n'avait rien de viscéral contre Weaver, non, mais il avait toujours été habile à saisir les perches que lui tendaient James. L'histoire pouvait lui en être témoin, Louis n'en demeurait pas moins un abruti de suiveur. Et puis, ce n'était pas comme si Weaver n'était pas cette tête-à-claques de première...

Parfois, il y a des actions qui, sans être intelligentes, défoulaient un max.

« Je pense pas » lui répondit Adelia.

Quelque chose, dans le ton de la Serpentard, ne lui plaisait pas du tout. Et cela n'avait rien à voir avec l'antagonisme naturel qui opposait leurs deux maisons.

« Et... » l'encouragea Louis.

« T'aimerais pas savoir. »

Il grogna.

La porte de la salle claqua violemment contre le mur ; les élèves levèrent les yeux, qui de leur préparation, qui de leur discussion. James rentra en pouffant dans la salle, Weaver sur ses talons, l'air tout aussi guilleret. Louis échangea un regard avec Callum : y avait-il une couille dans le pâté ou… ?

James s'assit à côté de Galatée et commença à déballer ses affaires ; Weaver marqua un temps d'arrêt devant Louis. Qui releva la tête, puis sourit, pour finalement se rendre compte qu'il occupait la place du Serpentard.

« Ah. Ouais. Merde. Pardon. Je bouge » dit-il en s'exécutant.

Le jeune homme lui lança un regard indéchiffrable, alors que Louis reposait son modeste fessier sur sa chaise. James était tourné dans leur direction, les yeux plissés ; il paraissait plus joyeux qu'il n'était humainement possible.

« Qu'est-ce qui va exploser ? » demanda Callum d'un ton badin. « Poudlard ? »

C'était envisageable.

« Le monde » répondit James du tac-au-tac.

Ça, c'était juste flippant.

« Sinon, elle a pas fait l'appel, hein ? » s'enquit James. Louis mit un temps à comprendre qu'il parlait de Traum ; ses pensées batifolaient bien plus loin que cette sombre salle de classe. « Non. T'as eu du pot » fit Callum. James hocha la tête.

« Sinon... » dit le jeune Potter. « J'ai quelque chose à vous dire... »

Louis attendit quelques instants une suite qui ne venait pas, puis demanda : « Maintenant ? »

« Nan. Après » répondit James.

Le jeune homme se passa une main nerveuse dans les cheveux.

Le reste du cours s'écoula tranquillement. Callum fit quelques expériences à caractère foireux sur la personne de malheureuses queues de salamandre. Cela produisit une épaisse fumée noirâtre que les meilleures intentions du monde ne parvinrent pas à dissiper ; Flint fit un commentaire mordant sur ces connards de Gryffondor de merde de mes deux, sérieusement c'est moi ou ils ont l'âge mental d'un troll empaillé ? James, contre toute attente, ne répondit pas à la pique, se contentant de sourire comme un imbécile heureux.

Ce qu'il était.

Louis se remit à touiller le mélange scabreux que Callum et lui venaient de produire, se demandant comment faisait-il pour seulement parvenir à suivre les cours avec des énergumènes pareils comme amis. En sortant des cachots, il s'attendait presque à se retrouver face à une espèce d'apocalypse zombie bizarre et un poil onirique ; James semblait trop heureux pour être honnête.

Il soupira, puis posa son regard sur la chaise vide qui leur faisait face.

Traum, professeur de Potions de son état, était une petite vieille femme un peu boulotte que l'on entrapercevait environ une fois par mois, apparemment lorsque l'envie lui prenait de faire cours. Les tableaux marmonnaient que l'on avait jamais eu autant d'explosions de chaudrons que depuis son investiture. Sa peau, d'un noir presque total, tranchait fortement avec ses longs cheveux bouclés, d'un gris uni ; quelques mauvaises langues la disaient adepte de magie africaine.

Louis l'aimait bien. Ses cours, si occasionnels qu'ils fussent, le passionnaient. Il appréciait notamment sa voix éthérée, qui n'était pas sans rappeler le ton rêveur d'une amie de la famille, une certaine Luna Scamander. Elle était du genre à ne pas répéter tous les jours cette perpétuelle rengaine, qu'il fallait travailler et travailler encore, uniquement, semblait-il, pour ces putains de BUSE de fin d'année.

Comment les professeurs réussissaient-ils à supporter leur bande de bras cassés ? Sans doute avaient-ils un super-pouvoir caché. Sans doute Flitwick travaillait-il pour le MI-6. Sans doute son existence n'était-elle qu'un vaste complot et toute sa vie rien de plus qu'un épisode formaté d'une vilaine série B...

Était-ce lui ou sa préparation était-elle en train de ronger le cuivre de son chaudron ?

L'atmosphère était empuanti de vapeurs, certaines aux allures légèrement douteuses ; Louis, pour tous les Gallions du monde, n'aurait pas daigné s'approcher à moins d'une dizaine de mètres des bulles verdâtres que dégageaient le chaudron de Susan et Catelyn.

Le geste aurait été suicidaire, même pour un Gryffondor de sa trempe.

Ce fut un soulagement de quitter les cachots. Il ne se le fit pas dire deux fois, la cloche une fois retenti, et se rua à l'extérieur. Sa vision s'éclaircit ; son mal de tête décrut soudainement.

« C'est pas des conditions de travail » geignit-il.

« Bof » rétorqua Callum. « C'est pas pire que les chinois... »

Louis haussa un sourcil : « Qu'est-ce que les chinois viennent foutre ici ? »

L'autre émit un bruit étranglé, qui devait passer pour un espèce de rire. « Laisse tomber... » fit Callum en esquissant un sourire blasé.

Louis ne comprenait vraiment pas ce que les chinois venaient foutre ici.

James les rejoignit presque aussitôt ; les trois Gryffondor se mirent en route vers leur Salle Commune. Callum riait à une blague qu'il était seul à comprendre, tandis que James traînait un peu les pieds. Leur dortoir sentait un mélange de pieds et de champignons, malgré le déni catégorique de James, comme quoi cela sentait parfaitement normal et qu'ils n'étaient que des petits aristos de seconde zone, incapables de ressentir et d'apprécier le parfum viril de cette antre adolescente.

Louis s'affala comme une masse sur son lit, imité par Callum, qui s'affala comme une masse sur lui.

Il grogna et, sans entrain, entreprit de faire virer le gros cul de Callum de ses couvertures.

Le Gryffondor se retrouva sur le parquet avant même d'avoir pu dire Quidditch.

« Les gars » commença James.

C'était bizarre, ce ton qu'il venait d'employer ; Louis se redressa. Callum faisait mine d'observer une tapisserie accrochée au mur et la fixait, mais sans vraiment la voir. Ses yeux étaient alertes et son sourire figé.

« Bah… en fait... » continua t-il.

Callum se retourna.

« Je suis gai, en fait. » D'une traite.

Callum ouvrit la bouche, puis la referma. Louis cligna des yeux. Quelques secondes filèrent.

« Gai gai ou gai bi ? » demanda Callum d'un ton badin, l'instant de flottement passé.

Louis cligna à nouveau des yeux. Ah. Ok. Ce gay là… Louis se mit à hocher la tête d'un air stupide, sans vraiment s'en rendre compte, son cerveau assimilant de façon lente l'information que venait de lui balancer son meilleur ami.

« Gay gay » dit précautionneusement James.

Callum fit la moue.

« Donc » fit-il.

James était gay.

« Donc Fergus » finit Callum.

« Donc Fergus » approuva James, surpris l'espace d'un moment. Ses épaules commençaient à se délivrer de la tension qu'elles contenaient jusque-là. Louis continua à hocher la tête.

« Et ? » dit Callum. James, lui, jouait nerveusement avec sa cravate. Il paraissait prêt d'exploser à tout moment : « Et quoi ? »

« T'as tes chances ? »

« Ouais » dit le jeune homme d'un ton benêt. « Enfin… c'est presque dans le sac, en fait. »

« Genre vraiment ? » demanda Louis.

« A moins que je sois schizo et que je me fasse des putains de films, je vois pas » répondit James.

Ce n'était pas cela dont Louis voulait confirmation, mais il resta coi. Pour changer, d'ailleurs. Il ne l'ouvrait jamais, sa gueule, et surtout pas devant James. Parce que James était son cousin, son meilleur ami, le compagnon de jeu de son enfance ; c'était avec lui qu'il avait découvert que les filles existaient, entre autre. Il ne voulait pas prendre tout ça comme une trahison, mais un sentiment de creux se logeait au fond, tout au fond de son estomac.

Il ne pouvait jamais vraiment comprendre les gens, il ne pouvait jamais les percevoir dans leur entièreté et dans leur intégrité. Il se ferait toujours baisé à un moment ou à un autre, tout simplement parce qu'il ne pouvait pas connaître.

« Ça fait combien de temps ? » fit Louis.

James le regarda sans comprendre.

« Ça fait combien de temps que tu sais que... »

Il n'arriva pas à finir sa phrase ; Louis avait envie de se frapper pour ne pas arriver à prononcer quelques petits, minuscules mots trop débiles. Ça fait combien de temps que tu le sais ? Et que tu me l'as jamais dit ? Et toutes ces conversations débiles qu'on a eu sur le pseudo-sexe ? Et, tu te souviens quand on pensait que les bébés sortaient de la cuisse, à cause de cette fameuse image dans ce fameux livre ?

Louis se sentait comme une meuf dans sa tête.

« Ça a commencé à travailler à la rentrée, et puis... » James haussa les épaules.

Callum éclata de rire et fit un geste maniéré de la main, prenant pour l'occasion une voix haute perchée : « J'ai toujours rêvé, mais alors rêvé d'avoir un ami gay, mais gay gay gay ! »

Il frappa James du bout des doigts, le tout accompagné d'un gloussement abominable : « On pourra parler shopping et joueurs de Quidditch et ouh la la la ! »

James rendit le coup. Avec le poing. « T'es con » grogna t-il avec un sourire.

« Mais tu m'as fait mal ! » s'insurgea Callum. Louis crut un instant se retrouver devant Dominique, puis chassa cette pensée dérangeante bien au fond de sa cervelle ; il leva les yeux au ciel.

« Vous êtes juste des espèces d'abrutis » dit-il.

« Ouais » fit James.

« On est au courant » dit Callum.

« Et plutôt fiers, en fait. »

« Nous sommes la vengeance. »

« Nous sommes la nuit. »

« Nous sommes... »

« Batman ! » firent-ils en cœur.

« Hein ? » dit Louis.

Callum se frappa la tête contre la paume de sa main ; James fit une grimace qui se voulait compréhensive, mais qui échoua lamentablement. Callum passa son bras autour des épaules de Louis : « Ah la la… Mais qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire de toi ? »

« Des steaks » dit James d'un ton docte.

Callum se pinça les lèvres : « Oui mais non. »

« Oui mais oui. »

Louis se construisit un sourire ; il l'espérait convaincant.

Callum riait toujours, et James riait maintenant. On entendait au loin la Salle Commune résonner de bruits et de grands éclats assourdis. Il pensa un moment à Molly, à ce truc bizarre, là, qui le prenait beaucoup trop aux tripes et qui lui donnait des envies de s'enfuir au loin ; il regarda James et se demanda comment les gens faisaient pour être heureux. Il se demanda si Molly l'aimait vraiment.

« Allons tous faire du steak ensembles ! » hurla James.

Puis les deux Gryffondors l'embarquèrent, l'un saisissant sa manche droite et l'autre sa gauche.

Une rumeur circulait, comme quoi un septième année avait ramené de la Bièrraubeurre.

-0-o-0-

Molly poireautait depuis un moment déjà lorsque la silhouette un peu vacillante de Louis l'apostropha bruyamment : « Molly ! Vous ici ! »

Il s'avança, elle s'avança. Louis la prit maladroitement dans ses bras, les gestes un peu gauche. Elle s'écarta, un sourire aux lèvres : « T'as bu ? » Louis marqua un arrêt, puis secoua la tête de gauche à droite, puis de haut en bas après un temps de retard. Elle tapota du bout de son doigt le nez du jeune homme : « Et tu m'en as pas emmené ? »

Avec un air plus que suffisant, Louis extirpa de l'arrière de son pantalon une flasque colorée, qu'il agita devant le visage de Molly. Elle ne put retenir un éclat de rire, et engloutit le Gryffondor dans un baiser aux relents d'alcool bon marché.

Quelqu'un hurla quelque chose au loin ; il s'entre-regardèrent, pouffèrent de concert et s'élancèrent d'un même élan dans les tréfonds à peine éclairés de leur grande maison.

Il y eu des éclats de rire dans les couloirs désertés, des jeux de cache-cache au milieu des toiles d'araignées et d'antiques esprits, et puis un sermon comme l'on en avait jamais vu dans l'histoire de Poudlard, administré par une directrice qui paraissait sur les nerfs. Il y eu deux-trois blessés, un pari stupide avec le Saule Cogneur ; un Serpentard qui aurait bien fini au fond du lac si le calamar géant n'avait pas mené sa garde vigilante.

Kessel envisagea sérieusement de prendre sa retraite, et quelques mauvaises langues parlèrent un moment d'aller l'enfermer dans un placard, histoire d'avoir la paix une bonne fois pour toute.

Louis et Molly se réveillèrent côte à côte, entrelacés sur un canapé de la Salle Commune des Serdaigle.

Au petit matin, on leur annonçait que Molly Weasley, née Prewett et première du nom, était morte durant la nuit. On dit qu'elle s'était éteinte durant son sommeil, comme une bougie dont on aurait précautionneusement soufflé la mèche. En somme, comme une flamme qui s'éteint et qu'avalent les ténèbres.