Bonjour. J'aime mes vacances. Genre très fort. Et puis Avengers 2. Voilà. J'aime vos reviews. Et vous, aussi. Les reviews nourrissent l'auteur affamé.
Je t'aime aussi, lecteur anonyme ! -mais un peu moins, parce que je suis du genre à faire du gros favoritisme-
Bonne lecture, les enfants !
CHAPITRE 8
On ne s'entendrait plus vivre
"Les morts n'ont pas de voix, heureusement. Si les morts pouvaient se plaindre, quel cri, quel clameur. On ne s'entendrait plus vivre."
George Duhamel.
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Molly, elle était morte.
Pour la jeune fille, c'était un peu comme un monde qui s'effondrait. Sa grand-mère, c'était son grand-père et le Terrier. Ne restait plus désormais que ce dernier, et une maison n'était jamais rien sans ses propriétaires ; le Terrier était vide. Vide, jusque comme ça ; en un instant, ne voilà plus que des successions de pièces sans âme, là où vibrait autrefois le centre d'un petit monde.
On ne pourra plus jamais faire cette fameuse blague : demander « laquelle ? » d'un ton espiègle, lorsque quelqu'un demandait une « Molly ! ». Penser à ça, ça lui creusait un trou au milieu de l'estomac. Ça lui donnait envie, tout à la fois, de hurler et de détruire des empires. Ça lui donnait envie de se rouler en boule dans un coin de son lit, puis d'attendre cette mort inévitable qui paraissait prendre tout le monde. Et, après tout, pourquoi vivre si la fin se limitait à ça ?
A un enterrement.
Lucy vint se placer à ses côtés. Molly ne savait pas si elle la voulait près d'elle ou si elle souhaitait lui hurler toute cette rage qu'il faudrait bien déverser -un jour-, avant que tout son corps n'explose dans une gerbe d'étincelles qu'elle voulait voir atteindre les étoiles.
« Ouais » dit la Serpentard.
« Ouais » lui répondit Molly.
« Et il fait beau. »
« Il fait beau, ouais. »
Lucy, du bout du pied, joua un instant avec un caillou. Elle semblait incroyablement intéressée par les motifs que formaient le sol. Molly ne pouvait pas lui en tenir rigueur ; elle-même aurait aimé disparaître quelque part, très loin, dans un endroit où l'on ne pourrait jamais, ô grand jamais la retrouver.
Les enterrements, c'étaient vraiment pas son truc ; elle ne se mouillait pas pour dire que ce n'était le truc de personne… Il y avait quelque chose de morbide, là-dedans, regarder ces faces dévastées et tous ses hommes, que l'on pensait ne voir jamais pleurer mais qui laissaient s'écouler toutes les larmes de leur corps.
Hier matin, étrangement, elle avait plutôt bien pris la nouvelle. Lucy, au contraire -et c'était plus d'elle dont elle se souciait, sachant qu'il s'agissait de sa sœur-, avait mal réagi. Vraiment mal réagi. La Serpentard avait un caractère de Serpentard, et ne laissait jamais véritablement quelqu'un farfouiller dans sa pelote d'émotions. Mais apprendre cette mort avait du briser quelque chose ; elle avait mal réagi.
Molly était restée, présence silencieuse à ses côtés. Elle ne pouvait que lui procurer cela ; Lucy n'était pas du genre à raconter par le menu ses émotions -et puis comment elle se sentait, et puis ce qu'elle aurait pu faire et ce qu'elle n'avait pas fait, finalement, et puis est-ce que c'était bien, là, ce qu'elle avait fait- sur toutes les étapes de cette foutue journée. Molly lui en était reconnaissante ; elle n'aurait pas su quoi lui répondre, préférant faire office de meuble plutôt que d'oreiller -ou tout autre objet sur lequel on pouvait s'essuyer-.
La jeune fille n'avait plus recroisée Louis, sinon en un coup de vent -pas de baiser ni d'accolade-. En tuant Molly -l'autre-, on poignardait dans le dos la famille Weasley.
Plus de Noël, maintenant qu'elle y pensait. Enfin… Si. Sûrement. Mais ce ne serait plus pareil ; ça aurait tout l'air d'un cours de Histoire de la Magie à qui l'on aurait enlevé le tic-tac rassurant d'une horloge.
La mort de Molly, cette Molly 1.0 aux senteurs de gâteaux et de grand-mère, c'était son père qui la prenait dans ses bras, fort. Et cette embrassade qui durait, alors qu'elle ne savait absolument pas comment réagir. Son père n'était pas du genre physique ; sa mère non plus d'ailleurs, et ça avait du se refiler aux enfants, puisque la jeune fille elle-même n'aimait pas ces gens tactiles qui se croyaient tout permis, posant leurs sales pattes partout.
Et son père qui la prenait dans ses bras, sa mère qui lui caressait l'épaule avec commisération, Lucy, sa sœur, qui éclatait en sanglots. Molly était morte et c'était fini.
Les enfants Weasley et la branche Potter avait donc pris la tangente, dès que l'annonce du décès rendue publique. Elle avait supporté les regards de commisération de ses camarades de chambrée, mais sans vraiment flancher, plutôt parce qu'il s'agissait d'une étape à passer. Et que merde.
Le cadavre -ce truc mort qui avait été la personne à les border durant les vacances, qui leur avait souri et avait, avec indulgence, laissé passer quasiment toutes leurs frasques- avait été conservé au Terrier. Beaucoup de roses et d'énormes bouquets bouffaient la maison. Au milieu, les adultes n'étaient plus que des enfants orphelins ; Molly n'avait pas pleuré.
Y paraît que c'était pas son genre.
Le lendemain, tôt le matin, on enterrait sa grand-mère. Molly avait l'impression de voir une moitié d'elle-même s'en aller, à moins que ce ne fut pas seulement qu'une impression.
Il y avait eu un encart dans la Gazette du Sorcier de ce matin, entre l'augmentation du prix de la poudre de Cheminette et une annonce officielle du Ministère de la Magie. Elle observa le journaliste qu'ils avaient dépêchés pour l'occasion : un vieux de la vieille dans un habit noir formel claquant doucement dans la brise montante. Elle voyait déjà les gros titres de demain défiler devant ses yeux ; elle ignorait si elle devait se sentir dégoûtée, de voir toutes ses charognes s'agglutiner autour de l'événement -et la métaphore était bien choisie-, ou au contraire fière de l'attention portée à sa famille. Les gens ne s'en fichaient pas. Les gens étaient intéressés. Le monde était au courant que sa grand-mère, que sa famille avait accompli quelque chose de grand.
Elle se redressa subtilement.
Le ciel était d'un bleu pâle incroyable pour la saison. Il faisait presque trop beau ; on aurait dit un hommage à une grande dame. Molly se dit que quelques nuages épars auraient davantage collé à l'ambiance.
Cela paraissait presque… surréel. Faux. Les sorciers, cette file de condoléances plus ou moins sincères, ne paraissaient ici que des marionnettes dont on tirait les ficelles.
Le monde sorcier tout entier semblait s'être déplacé pour l'occasion.
Les discours s'étaient suivis dans une ambiance un peu guindée, comme si les Weasley ne savaient plus tellement comment se comporter, comme s'il manquait un élément important à la grande balance de leur univers. Une personne, pour s'exprimer de manière plus précise : petite, bougonne et aux cheveux roux reconnaissables entre mille.
« Et ça reviendra jamais » marmonna Molly. Lucy lui lança un regard interrogateur.
Louis choisit cet instant pour se poster à sa droite. James, qui le suivait et semblait perdu, se tint légèrement en retrait ; il paraissait flotter dans un espace, très loin, bien loin au-delà de cette Terre. Ses yeux vides fouillèrent la foule agglutinée autour de ça.
Le cercueil était noir. C'était une boîte incongrue dans un cimetière de boîtes.
« Ça va ? » demanda Louis.
Elle tourna la tête dans toutes les directions pour voir si aucun adulte ne remarquait qu'ils étaient en train de parler, particulièrement lors de la cérémonie funéraire de leur foutue grand-mère. Molly avait rajeuni de plusieurs années aujourd'hui, se faisant l'effet, à nouveau, d'une petite fille cachottière ; fallait-il se réjouir ou blâmer les événements ? Son examen terminé et un poil rassérénée, elle lui répondit : « Ça va. Et toi ? »
Molly avait bien le droit de parler à son cousin si elle le souhaitait. Rien ne pouvait le lui interdire ; il n'y avait rien de mal dans le fait de parler à son cousin. Elle le fixa à la dérobée, n'ayant pas encore le temps de lui parler depuis… -quoi ?- une éternité.
L'autre portait une chemise bleu marine, dédaignant la cape qui composait la garde-robe de la majorité de l'assemblée. Il se targuait toutefois d'un chapeau pointu, et c'était une chose à laquelle on ne pouvait pas vraiment se dérober lorsque l'on était un sorcier. Les traditions avaient parfois du bon.
« Ouais. Enfin… ouais... » dit-il. Ensuite il ajouta, comme s'il avait lu dans ses pensées : « Cool le chapeau. »
Elle le rajusta d'une main, profitant de l'occasion pour ranger une mèche de cheveux derrière son oreille. « Hat is the new sexy » grommela Lucy.
« Hein ? » s'exclama Louis. Pas trop fort, parce qu'il y avait un enterrement à une dizaine de mètres.
Lucy leva une face excédée ; elle était plus petite que le Gryffondor d'environ une tête et demie. Ça avait une dimension comique lorsqu'on les plaçait côte à côte :
« Nan mais sérieusement. Arrêtez de faire ça devant moi. Genre là, tout de suite. Merci. »
Molly et Louis échangèrent un regard. « Faire quoi ? » demanda précautionneusement la jeune fille. Pour toute réponse, Lucy poussa un soupir. Après un temps de retard, elle secoua également la tête.
D'un commun accord, ils décidèrent de ne pas s'aventurer sur ce terrain aux allures de champ de mines. A côté, un cercueil disparaissait lentement dans un trou aux ombres mouvantes ; il rendit un son creux en touchant le fond. C'était morbide, de s'imaginer que le cadavre, là-dedans, il-
Elle avait envie de lui prendre la main.
Son visage avait des allures d'ange, concentré qu'il était à nouveau sur cette cérémonie d'une fin des temps. Le fait qu'il fronce ses sourcils ne parvenait pas à atténuer la rondeur de son visage et, encore une fois, Molly se surprit à le comparer à un chérubin aux boucles blondes et folles.
C'est qu'il faisait vachement chaud, ici ; ses vêtements lui collaient à la peau. La lourde cape ne semblait que vouloir entraver ses moindres gestes. Là-haut, le soleil continuait sa course dans le ciel ; midi n'allait pas tarder à sonner, au grand bonheur de la jeune fille. Tout cela avait-il une fin ?
Des pelletées de terre furent jetées sur le cercueil ; il paraissait y avoir de la symbolique derrière l'acte en lui-même. Molly se mit à danser d'un pied sur l'autre, la présence rassurante de ce petit d'homme à ses côtés.
A partir de quand avait-elle commencé à trouver sa présence rassurante ?
A ce rythme, elle allez se mettre à glousser comme une pintade, et sans l'avoir vu venir. Elle fronça le nez à cette idée. Il y avait des pensées qui lui donnaient de l'urticaire -et elle était au courant qu'il s'agissait d'une expression totalement has been-.
On commençait à quitter le cimetière, en petit groupe. On marchait la tête penchée en avant, les pieds traînants au sol, le chagrin incarné ; quelques femmes essuyaient de manière fort peu discrètes quelques larmes, au grand bonheur du photographe. L'homme avait passé l'ensemble de la cérémonie à prendre des clichés de Harry, sans même prendre la peine de s'en cacher. Les flashs de l'appareil étaient du genre violents ; on aurait dit que Zeus s'amusait à balancer des éclairs au milieu de la foule.
Son père lui fit un signe de tête ; elle ne fit pas mine d'aller dans sa direction, préférant rester en compagnie de sa sœur, qui semblait aller un peu mieux, de Louis -et franchement, ce type pouvait-il seulement aller mal ?- et de James qui semblait broyer du noir. Ça avait l'avantage de ne jamais durer longtemps avec lui ; le Gryffondor était davantage de nature volubile. Ce fut d'ailleurs James qui brisa le silence, qui s'était installé sans qu'ils y prêtent vraiment attention. Le moment était étrange, de toute manière.
« Ça fait bizarre de… je sais pas… mourir. Comme ça. Si vite après… grand-père. Elle était en bonne santé, non ? »
Lucy renifla : « Attention, spoiler : à la fin de ta vie, tu meurs. »
James éclata doucement de rire, ce qui était plutôt bon signe. « Attention, spoiler : à la fin de Titanic, le bateau coule » répliqua t-il du tac au tac. Molly sourit malgré elle ; Lucy leva les yeux au ciel.
« A la fin de quoi ? » demanda Louis.
Quelques personnes -qu'ils ne connaissaient pas et dont ils n'avaient strictement rien à péter- leur lancèrent des regards désapprobateurs. Louis s'était peut-être exprimé un peu fort, mais tout de même… Ce n'était pas parce que l'on était à un enterrement que l'on n'avait pas le droit à la parole...
« Du Titanic » répéta patiemment Molly. Il se trouvait être l'une des seules personnes au monde avec qui elle voulait bien être patiente ; elle sentait que cela n'allait pas durer.
« C'est quoi ? »
« On t'expliquera lorsque tu seras plus grand » dit Lucy d'un ton docte.
« C'est totalement-absolument pas de ton âge » renchérit James.
Les deux hurluberlus, ravis, s'échangèrent une œillade complice. Puis se rendirent compte de qui se trouvait en face d'eux. Donc se renfrognèrent simultanément. Louis, au milieu de tout ça, les fixait la bouche entrouverte.
Molly choisit de stopper là toute tentative de compréhension.
Elle se rapprocha de la tripotée de roux qui se tenaient serrés les uns contre les autres ; quelquefois, quelqu'un allait leur serrait la main, puis murmurer un truc qui ressemblait à Mes sincères condoléances. Le roux, ainsi accosté, souriait puis lâchait un ou deux mots, et c'était fini.
Et c'était très bien comme ça.
« Il y a encore le repas » leur rappela Fleur. Le bras passé autour des épaules de Bill, elle s'était fait un devoir de surveiller les plus jeunes. Hugo suivait dans son sillage, l'air renfrogné ; Lily paraissait incroyablement stone, par rapport.
« Chatte en approche » lui avança Louis à l'oreille. L'appellation était indécente, mais c'était bien la directrice qui s'avançait dans leur direction ; elle tenta de se cacher derrière Lucy.
A bien y regarder, tout le staff enseignant de Poudlard paraissait traîner dans le coin. On retrouvait Flitwick, Londubat, Hagrid -qui dépassait l'assemblée de sa haute stature-, l'antique Chourave -elle avait pris sa retraite depuis déjà un bout de temps- et Molly, à un moment, avait cru reconnaître la silhouette de leur Premier Ministre. Le gratin du monde magique était présent ; Molly étant enterrée dans le cimetière du village, on avait du poser un sort Repousse-Moldus pour dissuader d'éventuels curieux.
« Ce qui me surprend, en fait, c'est qu'il y ait autant de monde… genre, ils pouvaient pas tous la connaître personnellement... »
Louis haussa les épaules.
« Résistancialisme » clama Fred avec emphase.
Elle sursauta, puis se tourna vers lui : « Tu m'as fait flipper, putain ». Le Serdaigle secoua ses dreadlocks avec un sourire ; il semblait bien trop fier de lui. « Résistan- quoi ? » demanda Louis sur la défensive. Le connaissant, il devait s'imaginer qu'il s'agissait du nom d'une friandise.
« Cette politique du Ministère, qui consiste à mettre en avant la figure du Résistant, avec un grand R, plutôt que de s'appesantir sur le collaborationnisme foireux dont a fait preuve le Ministère sous Voldemort. Et- » commença Fred.
Sa mère, Angelina, lui donna une tape amicale derrière la tête. Il rentra les épaules.
« C'est pas le moment de critiquer le Ministre et compagnie » tança t-elle.
« Mais justement ! » s'insurgea Fred d'un ton geignard. « A quoi ça sert l'Histoire, si c'est pour ressortir les mêmes schémas débiles ? »
« Mais il n'y a pas eu d'antécédents, non ? » risqua Louis.
Molly sentit un mal de tête commencer à poindre : la politique -enfin, un truc qui lui ressemblait vachement- et elle, ça faisait deux. Elle avait des idées bien à elle, toujours, mais ne voyait pas l'intérêt d'aller les étaler joyeusement face à des personnes qui n'en avaient rien à branler ; elle haïssait que les gens ne soient pas ouverts. Mon avis, c'est le mien et comme c'est le mien et comme je l'ai entendu à la radio, et puis mes parents, donc c'est le meilleur. De toute manière, son avis n'en était jamais un, mais plutôt du bon sens. Elle ne pigeait pas comment des gens pouvaient penser autrement. Franchement ?
« Et voilà. Il n'y a jamais eu d'antécédents et l'Histoire, c'est de la merde... »
« J'ai jamais dit que l'Histoire de la Magie, c'était de la merde ! » fit Louis.
Une ombre passa sur le visage de Fred : « Je parle pas de toi. Je parle du... » Il fit un geste vague de la main. « Du monde sorcier en général. D'ailleurs, il n'y a pas que l'Histoire de la Magie. Il y a l'Histoire. Tout court. Dans son entièreté. »
« Ouais, mais c'est les Moldus, ça » dit Louis.
Fred prit une très grande inspiration :
« Il était une fois un monsieur très petit, très méchant et très moustachu qui décida de déclarer la guerre au monde entier. Son but était de promouvoir sa race au-dessus de toutes les autres, et puis, tant qu'on y était, hein, comme ça, en passant, exterminer purement et simplement de la surface de la terre tout un groupe de personnes… genre quelques millions. Genre pour le kif... »
Sa mère tenta de lui redonner une tape ; il s'écarta prestement.
« Et ce petit monsieur moustachu avait, outre une moustache, une très très grosse armée. Et il y avait un gouvernement d'un certain pays qui, lui, avait une toute petite armée. Et donc, il s'est fait bouffer. Et alors paf ! collaboration : on aide le petit monsieur moustachu à tuer des millions de personnes ; de toute façon, qu'est-ce qu'on s'en fout, puisqu'on les aime pas de toute manière, et que c'est vachement de leur faute si on est dans la merde ! »
Un dénommé Fred George Weasley était en train de retracer La Seconde Guerre Mondiale pour les Nuls. A l'enterrement de sa grand-mère. Tout passait crème : le ciel était bleu ; quelques oiseaux chantaient dans les frondaisons.
« Attend » dit Louis. « Tu parles de Grindelwald ou de Voldemort ? Voldemort n'avait pas de moustache, non ? »
Quand même.
« Il n'avait pas non plus de nez » glissa innocemment James.
Fred baissa les bras. Puis pointa Louis à sa mère, qui n'avait pas encore perdue l'idée de le faire taire : « Tu vois que ça sert à quelque chose ! »
Angelina se passa une main sur le visage.
« Il parle d'Hitler » dit Molly. Pour une fois qu'elle comprenait des fragments de conversation.
« Ah. Ouais. Je connais » fit Louis d'un ton enjoué.
Il n'en avait pas l'air.
« Y'a de l'animation par ici » dit Harry en s'avançant vers leur groupe. Ce qui coupa instantanément le sifflet à tout ce petit monde. On commençait à transplaner ; il était en effet prévu de se retrouver au Terrier pour une coupe, peut-être quelques amuse-gueules et un repas complet pour les derniers des derniers. On s'était mis d'accord pour que les enfants scolarisés à Poudlard y soit renvoyé le soir-même.
Ils reprendraient les cours le lendemain. Que de joie en perspective…
« Lily s'est bien tenue ? » demanda Harry à Fleur.
« Lily s'est admirablement bien tenue, puisqu'il se trouve que Lily n'est plus une gamine » grogna la Serpentard. Molly l'avait aperçue en train d'envoyer, quelques instants plus tôt, des messages à un destinataire inconnu.
Harry lui passa une main dans les cheveux ; elle tenta de se dérober au geste.
« Tu ne seras plus une gamine à partir du moment où tu n'auras plus à le préciser » dit-il d'un ton espiègle. Il fallut un temps à Molly pour saisir le sens de sa phrase ; elle se mit à hocher la tête d'un air concentré.
« Et Fred ? » s'enquit gravement Harry, passant du coq à l'âne.
Angelina fit la moue, pointant du menton le cimetière.
« On pourrait déjà commencer à y aller ? » demanda Louis. « C'est pas très loin et on surveille les petits, les pauvres ont dû poireauter toute la matinée... »
Lily leva les yeux au ciel ; à la perspective de quitter le cimetière, Hugo se sentait déjà un peu plus guilleret, questionnant tour à tour du regard les adultes présents.
« Ouais, je pense qu'on peut faire ça » dit Harry. « Et puis je vous accompagne. Ça fera le pied au journaliste. »
« Tu ne lui avais pas accordé une interview ? » dit Angelina, l'air de déjà connaître la réponse à sa question.
Harry se contenta de sourire, puis s'en alla vers le Terrier d'un pas sautillant, un Hugo trop heureux sur les talons. Le groupe de jeunes leur emboîta le pas. Lily affichait une mine renfrognée, mais l'on ne pouvait pas dire que cela ne correspondait pas au thème de la journée.
Molly Weasley -la première et l'unique, pour certaines mauvaises langues- était morte, certes, mais la vie poursuivait son cours, malheureusement à peu près comme avant. Ne restaient plus que des vides dans les maisons et aux grands repas de famille. Ne restait plus qu'un grand vide là où se dressait autrefois une espèce de bouillonnement de vie aux mèches rousses.
Elle se surprit à apprécier le buffet qui avait été dressé dans le jardin. Les adultes -oui, elle était au courant qu'elle en était une elle-même, légalement parlant- évoquaient la morte, un peu de politique, beaucoup de souvenirs… Les Weasley paradaient dans leurs grandes capes noires, souriants, accueillant avec douceurs les attentions et multiples condoléances. Quelques poings se crispaient à l'occasion, quelques tics apparaissaient fugitivement sur certains visages et quelques yeux restaient trop longtemps ouverts, fixes et brillants, mais ils demeuraient une façade solide, qui jamais ne semblait se fissurer.
Lisse, rassurante pour les autres. C'est très bien… Ils prennent tous très bien sa mort. Oh, mais vous savez… c'est qu'ils étaient très proches, tous. Oui, tous… Oh ! Vous savez, avec la Guerre… Ça vous rapproche des gens…
Molly fronça le nez, observa d'un drôle d'œil les grosses pointures du Ministère. Elle éprouvait tout d'un coup comme un sentiment affreux de possessivité envers la pelouse du Terrier ; il ne lui paraissait pas sain que des personnes pareilles marchent sur ce qui avaient été sa place favorite de jeux. C'était pas… normal.
Le résistanmachinchose de Fred, là, elle aurait bien aimé se l'enfoncer dans le fessier.
Sauf Shacklebolt . Elle pouvait à peu près le blairer ; c'était en effet un chic type, même s'il s'avérait également être un politicien jusqu'au cou. Sa fille, au contraire, était, outre la meilleure amie de Dominique, une cruche gloussante à qui elle aurait bien aimé distribuer quelques tartes. Ce n'était tout simplement pas humain d'être débile à ce point. Même Hugo avait une maturité supérieure à cette meuf !
Elle continua à siroter le verre de cidre qui était miraculeusement apparu dans sa main. Et se mit prier intérieurement à ce que personne, autour de cette table, ne puisse entendre ses pensées.
Louis dansait nerveusement d'un pied sur l'autre, ayant accompli son petit tour de buffet -c'était le dixième qu'il faisait en deux minutes ; il allait finir par exploser, à se gaver de petit-fours- : « Il paraît que George à pété un câble. »
« Ah. »
« Genre, vraiment pété un câble. Dominique m'a dit que- » continua t-il.
Molly se racla la gorge.
« Oui, je sais… Dominique n'est pas la personne la plus fiable sur cette planète. » Sans blague. « Mais il paraît limite qu'il a envoyé chier... » Il surprit le regard que lui destinait Molly, et leva ses mains en guise de sédition : « Ok. J'ai compris. J'arrête. N'empêche- »
Molly lui donna un coup de coude. Il répliqua. Elle répliqua. Cela finit en une bataille rangée de chatouillis ; elle aperçut Lucy qui levait un sourcil dans l'arrière-plan, par-dessus une assiettée de choses vivantes.
« Arrête » marmonna t-elle à Louis.
« Pourquoi ? » dit le Gryffondor en continuant son œuvre de torture.
« Enterrement. »
Il mit ses mains derrière son dos, sifflotant un simulacre de marche funèbre. L'image même de l'innocence. Les gens continuaient à discuter ; le noir des tenues s'accordait avec la morosité qui commençait lentement à lui tomber dessus.
Trop de chuchotements. Trop de personnes. Trop de regards et d'attentions ; on demandait bien trop d'elle. On lui demandait d'être gentille, de se montrer comme un être humain parfaitement équilibré, bien dans sa tête et dans son corps, tout le temps et tous les jours. Soudainement, ce fut trop.
« Viens. On bouge » fit-elle en agrippant Louis par le bras.
Elle se glissa furtivement dans le Terrier, espérant que personne n'ait la fâcheuse idée de les suivre.
« Tu fais quoi ? » murmura Louis d'un ton pressant. Il paraissait apprécier l'aventure. Une idée complètement tarée commença à prendre ses aises dans la tête de la jeune fille ; elle tenta de l'ignorer. Puis échoua de manière misérable. C'était comme un feu d'artifice dans sa tête.
Il n'y avait personne dans la maison, hormis Louis, elle et l'horloge qui égrenait les secondes en un tic-tac somnolant. Les deux Weasley s'entre-regardèrent.
Elle détourna la tête la première puis, d'un pas qui se voulait nonchalant, prit le chemin de l'étage. Ils pénétrèrent dans la première chambre, celle qui appartenait autrefois à leur tante Ginny. Après tout ce temps, il semblait que cette dernière n'avait quitté la maison depuis un moment à peine. Cela formait un musée un peu dérangé dédié aux vieilles années ; les posters des Harpies étaient toujours accrochés aux murs. C'était ironique lorsque l'on savait que la femme les avait rejoints peu après sa sortie de Poudlard ; la capitaine leur fit signe.
D'une main, elle arracha le chapeau du jeune homme, libérant des mèches de cheveux blonds. Louis cligna des yeux et tendit le bras pour essayer de le rattraper. Elle le mit hors de sa portée avec une certaine espièglerie.
Molly, d'un coup de baguette, jeta ensuite un informulé sur la porte. Elle sentit le sort prendre effet et les murs s'imprégner de sa magie. C'était bon. Tout était parfait. Rien ne viendrait jamais les déranger. Jamais. Pour- Peut-être aurait-elle du être liquéfié d'une peur morbide, non ?
« Et maintenant ? » demanda Louis.
Elle joua un instant avec la pointe du chapeau. « Tu le sais très bien, gros débile » dit-elle en relevant la tête. Ce fut presque malhabile, mais elle commença à lui déboutonner la chemise.
La pièce sentait bon le bois fraîchement ciré ; ça pénétrait les sinus et engourdissait le cerveau. Sa respiration s'accéléra.
Et si lui- ? Et si les autres- ? Avec le sort qu'elle venait de lancer, l'on entendait uniquement les sons à l'intérieur de la chambre ; on aurait dit que l'on se trouvait dans un cocon, la paroi protectrice dressée contre ce monde extérieur aux relents d'interdit.
Molly était morte. Voilà son enterrement.
« Et… On devrait pas… j'en connais pas, personnellement, mais un sort ? » fit Louis d'un petit ton suppliant. Elle se figea, cherchant dans ses connaissances quelque chose qui pourrait faire l'affaire. Elle trouva la chose, avec une certaine joie mêlée d'excitation.
« J'en connais un » annonça t-elle.
Molly avait une culture générale incroyable, lorsque l'on y réfléchissait à deux fois.
« J'ai entendu dire que ça la faisait rétrécir » dit Louis d'un ton badin.
Un sourire de psychopathe apparut sur le visage de Molly ; elle ressortit sa baguette sans se départir de ce sourire. Quelque part, et peut-être pas très loin de chez vous, un chaton mourut.
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Louis n'avait jamais lu d'œuvres shakespeariennes.
Il ne connaissait donc pas tant que ça Roméo et Juliette, sinon par ouï-dire.
Cela lui évoquait seulement une espèce d'histoire d'amour interdite, des duels à l'épée, des parfums aux senteurs de rose et des rendez-vous au clair de lune que l'homme accompagnait certainement de longues sérénades passionnées.
Il se demanda s'il pouvait être Roméo.
Molly était morte, bien plus bas, sur les plates-bandes des mortels. Molly était morte, et lui il la retrouvait dans un Nirvana fragile. Et elle crevait et puis ressuscitait.
Comme ça.
La magie flottait dans l'air au même titre que les odeurs de pâtisseries.
Fred commença quant à lui à se demander s'il ne portait pas le nom d'une famille de tarés.
