Chapitre 2

.

Été 1979


Le petit garçon essuya la sueur qui coulait sur sa tempe tandis qu'il portait un immense sac rempli de grains. Il était lourd mais Charlie était déjà costaud pour son âge et de toute façon, il n'avait pas le choix. Sa mère lui avait ordonné de faire les corvées du jardin, alors il devait prendre ce fichu sac et donner à manger aux poules, dont certaines lui pinçaient déjà les mollets.

Il réussit à le poser vers les gamelles en ferraille toutes cabossées où il devait verser les grains. Il était décidément trop petit pour le faire comme faisait son papa, en conséquence, il plongea ses petites mains dans le maïs et le blé et en prit de grosses poignées pour les jeter ensuite dans les mangeoires improvisées. Aussitôt, les poules se bousculèrent en caquetant comme des folles pour être les premières à attraper leur pitance. L'enfant sourit en les regardant. Ces bestioles étaient vraiment amusantes. Il ne s'attarda pas trop cependant, il avait encore plein de choses à faire avant que son papa ne rentre du travail. Il attrapa de nouveau le sac entre ses bras pour le soulever, puis se dirigea vers le garage. Bon, il n'arriverait jamais à le remettre sur l'étagère branlante, cela était certain. Sans Bill pour l'aider, il lui faudrait le dire à son père pour que celui-ci le fasse lui-même. Il n'avait pas peur de son père, il ne le gronderait pas... enfin, il l'espérait. Tout à ses pensées et avec le lourd sac dans ses bras, le petit garçon ne vit pas la grosse pierre sur le chemin. Il se prit les pieds dedans et tomba lourdement sur le sol.

« Aïe ! » cria-t-il alors que ses genoux rencontraient durement la terre sèche sous lui. Il s'assit de suite et regarda son genou droit qui le faisait le plus souffrir. De la terre et des petits graviers le maculaient, comme le gauche, mais contrairement à son voisin, celui-là saignait. Charlie poussa un lourd soupir. Et zut. Il sortit de la poche de son short un grand mouchoir à la propreté incertaine et commença à nettoyer comme il pouvait la plaie en grimaçant de douleur.

Il avait beau être plutôt courageux, du moins c'était ce que disait Bill, il avait drôlement mal et le sang imbibait son mouchoir maintenant. Il décida de nouer ce dernier sur son genou, histoire d'arrêter le saignement. C'était ce qu'aurait fait Bill, il en était sûr et Bill était le plus génial grand frère de l'univers. Bien meilleur que lui qui n'était qu'un vaurien comme avait dit, enfin, hurlé, sa maman tout à l'heure. Son petit cœur se serra en y repensant, à ça et à ce qu'il avait entendu la veille. Il leva ses yeux d'un bleu profond qui tombèrent sur le sac à terre, éventré, dont les grains s'éparpillaient partout.

« Oh non ! » s'écria l'enfant, désolé.

Cette fois, ce fut trop pour le cadet Weasley qui fondit en larmes, la tête sur son genou valide. Le petit bonhomme, du haut de ses six ans et quelques mois, savait bien que cela ne servait à rien de pleurer, mais tant pis, il avait vraiment trop de peine. Et il avait mal. Oh, il ne fit pas de bruit, Charlie ne faisait jamais de bruit en pleurant. D'ailleurs, il faisait rarement du bruit tout court, contrairement à tous ses autres frères. Sauf quand il jouait et riait avec Bill. Mais ça faisait maintenant plusieurs jours que cela n'était pas arrivé.

... ... ...

Arthur Weasley, heureux père de cinq magnifiques petits garçons débordants de vie et de vitalité arriva dans un crac devant son foyer. Un immense sourire fendit son visage avenant. Sa maison n'était sans doute pas un Manoir, mais il en était fier ! Tout comme il était fier de son épouse et de ses cinq héritiers.

Il entra dans la bâtisse en poussant son habituel « Bonjour les Weasley ! » sonore. Molly assise sur le canapé, très pâle, lui rendit un faible sourire elle aussi. Percy, installé à côté d'elle en train de griffonner sur un carnet, releva la tête et sauta sur le sol pour courir dans ses bras. Fred et George quant à eux, se contentèrent de tourner leur petite bouille de bébé vers lui puis de se redresser dans leur parc.

« Dada ! » crièrent-ils en chœur.

« Eh bien les enfant, on vous a mis en prison ? » rigola l'heureux père de famille tout en prenant Percy dans ses bras.

« Cha'lie et Bill ont fait des bêtises ! » annonça alors le troisième enfant Weasley à son père.

« Oh, » fit Arthur. « Ils sont où ? »

« Bill est dans sa chambre et Charlie dans le jardin, » l'informa Molly.

Arthur reposa l'enfant roux par terre avant de se diriger vers son épouse pour lui déposer un léger bécot sur les lèvres.

« Toujours aussi fatiguée, Mollynette ? »

« Oui, mais les nausées sont passées je crois. Pfff, ce début de grossesse est épuisant ! » soupira son épouse.

Arthur lui sourit de nouveau et s'avança vers l'escalier.

« Je vais aller voir mon grand. »

Molly ne répondit pas et se contenta d'un léger signe de tête alors que Percy se recollait contre elle.

Arthur grimpa donc rapidement les marches afin de parvenir au second palier et d'entrer sans frapper dans la grande chambre que se partageaient ses aînés. Bill allait se jeter sur son lit en faisant mine de prendre un livre mais, en découvrant qu'il s'agissait simplement de son père, il s'arrêta dans son élan pour aussitôt préférer bondir dans les bras du grand homme.

« Papa ! »

« Salut mon grand garçon. Alors, on a fait des bêtises, il paraît ? » fit Arthur sans seulement essayer de paraître un peu fâché.

Il savait parfaitement que Molly avait donné à ses garçons une punition assortie d'un long monologue énergique, inutile donc d'en rajouter une couche. Du moins l'espérait-il.

Cependant, à sa grande surprise, Bill prit aussitôt un air renfrogné et s'éloigna de lui pour se rasseoir sur son lit.

« Qu'est-ce qu'il se passe, Bill ? »

« C'est maman ! Cette fois franchement, elle exagère ! Tu as vu Charlie ? »

« Non, pas encore, ta mère m'a dit qu'il jouait dans le jardin, » répondit Arthur un peu étonné de la virulence de son fils aîné.

« Jouer ? Jouer ?! Alors celle-là c'est la meilleure ! » explosa le petit garçon en colère. « Il n'est pas en train de jouer ! Elle l'a encore puni et c'est lui qui a récolté toutes les corvées à faire, encore une fois ! En plus, elle l'a tapé ! » s'égosilla le jeune Weasley.

« Bill... Calme-toi, d'accord, je peux comprendre que tu sois fâché mais je n'aime pas trop que tu me parles sur ce ton. Et si tu me racontais tout ce qui s'est passé avec Charlie ? » proposa le patriarche en s'asseyant à côté de l'enfant.

« Ben voilà. En fait, maman était fatiguée, à cause du bébé, alors elle a dit qu'elle allait faire la sieste en même temps que Percy et les jumeaux. Donc, Charlie et moi, on devait être bien sage. Et on l'a été, je te promets ! » fit le petit garçon en le regarda de ses grands yeux clairs. « Ensuite, Percy s'est réveillé et est descendu dans le salon. Il a voulu une histoire alors on s'est assis sur le canapé et j'ai lu son livre avec les lapins. Ensuite, les jumeaux se sont réveillés et Charlie est allé les chercher. »

« C'est très bien ça, mes enfants, » approuva Arthur tout en se demandant quelle catastrophe allait bientôt arriver.

« Et moi, j'étais occupé avec Percy, alors Charlie a posé les jumeaux dans leur parc et il leur a préparé leur biberon. Mais Fred avait fait dans sa couche, donc il est monté pour le changer. Alors tu vois c'est ma faute, c'est moi le plus grand, c'est moi qui aurais dû m'occuper de Fred, mais j'aime pas du tout quand il fait caca, ça pue... » Bill s'arrêta un instant, visiblement un peu honteux.

« Et... ? » s'enquit Arthur.

« Eh bien en fait, Charlie l'a fait tomber de la table à langer, » avoua Bill. « Mais Fred s'est même pas fait mal, tu sais ! » rajouta-t-il vivement.

« D'accord... et ensuite ? »

« Ben, il est redescendu avec Fred. Comme il pleurait, je l'ai pris aussi avec moi sur le canapé, et là c'est George qui a commencé à crier. Percy s'est mis en colère parce que du coup, j'arrivais plus à lire. Alors forcément, maman est arrivée parce qu'on l'avait réveillée à cause du bruit. Elle est allée dans la cuisine. Là, ça a été vraiment le drame, parce que Charlie, quand il était monté, il avait oublié le lait sur le feu et ça avait débordé partout, » fit Bill en secouant sa main pour accentuer ses propos. « Elle a crié, Charlie, il a été surpris et il a fait tombé la casserole par terre. Maman s'est fâchée. Elle nous a grondés. Elle a dit que je devais monter dans ma chambre et Charlie devait faire les corvées dehors. Et ça, c'est pas juste papa ! C'est toujours Charlie qui doit faire les corvées ! Alors je lui ai dit et là, elle nous a mis une fessée, à tous les deux ! C'est pas juste non plus parce que Charlie avait rien dit. En plus, quand on est sorti de la cuisine, elle a vu la bosse sur le front de Fred, Charlie a dit que c'était de sa faute et... »

« Et... ? » reprit une nouvelle fois Arthur.

« Elle lui a mis une grosse gifle... » Bill leva les yeux vers son père qui eut la surprise de les voir bien trop brillants. « C'est pas juste, papa ! Charlie, il est plus petit que moi, c'est difficile pour lui ! En plus, elle le gronde toujours plus que moi. Pourquoi c'est toujours lui qui doit travailler dans le jardin et moi qui suis puni dans ma chambre, hein ? »

« Bill, c'est parce que quand maman et moi on vous dit ça, c'est surtout pour vous séparer. Et on sait que toi, tu préfères jouer avec tes figurines en bois, tu sais celles que tu as cachées sous ton lit quand je suis rentré, et que Charlie, lui, préfère jouer dans le jardin. »

« Mais... Mais il joue pas dans le jardin ! Il travaille ! » s'exclama Bill.

Ses parents ne croyaient quand même pas que Charlie restait dans le jardin à bâiller aux corneilles ? Pourtant, à en juger par les sourcils froncés de son père, il fallait croire que si.

« Comment cela, il travaille ? Et c'est quoi cette histoire de corvées ? On vous dit juste que toi, tu dois monter dans ta chambre et Charlie sortir dans le jardin. »

Cette fois, ce fut au tour de Bill de paraître surpris.

« Mais non ! Vous avez dit que Charlie devait faire les corvées ! La première fois, c'est ce que vous avez dit ! »

Arthur réfléchit pour tenter de se souvenir mais peine perdue. Avaient-ils dit cela un jour, sous le coup de l'énervement ? Avaient-ils vraiment dit à Charlie d'aller travailler dans le jardin ? Au vu du regard que lui lançait son aîné, il fallait croire que oui et que surtout, les deux enfants y croyaient dur comme fer.

« Tu sais papa, en ce moment, Charlie est triste, il pleure tous les soirs quand il croit que je dors, » finit par lâcher le plus grand des enfants Weasley. Il avait longtemps hésité à le dire, mais là, il pensait que c'était le moment.

« Vraiment ? » s'écria cette fois Arthur.

Il se leva, très contrarié. Comment cela ? Charlie allait-il si mal que ça ? Ce n'était pourtant pas dans les habitudes de son cadet de pleurnicher. Il embrassa son fils sur le front.

« Je vais aller discuter avec Charlie. Tu peux descendre, je vais dire à maman que la punition est levée. »

L'homme descendit rapidement les escaliers, avertit son épouse que Bill n'était plus consigné et qu'il allait maintenant lever la punition du plus jeune.

Une fois dehors, Arthur regarda dans le jardin, persuadé, malgré ce que lui avait dit Bill, de trouver Charlie vers les arbres du fond en train de jouer à l'ombre. Mais il ne le vit pas. Il fronça de nouveau les sourcils. Où était le gamin ? Il s'avança vers le garage pour aller voir derrière la maison. Charlie n'était quand même pas allé se baigner tout seul à l'étang ? Il savait nager, certes, mais pas suffisamment pour y aller tout seul, il en était parfaitement conscient.

Alors qu'il commençait à accélérer le pas tout en contournant le garage, Arthur s'arrêta net avant de se cacher dans l'angle.

Charlie était devant lui, en train de porter le sac de graines pour les poules. Il trouva cela attendrissant dans un premier temps puis se reprit. Le sac était bien trop lourd pour l'enfant, il était presque aussi grand que lui ! D'accord, Charlie était costaud mais quand même. Et puis, pourquoi nourrissait-il les poules ?

Arthur s'obligea à bien regarder autour de lui. Et eut un choc en comprenant que Bill avait raison. Toute l'allée et le palier de la maison avaient été balayés, les fleurs arrosées. Il ne se rappelait pas avoir vu le moindre gnome dans le jardin, preuve d'un dégnomage récent et chaque nid de poules avait de la paille bien fraîche. Au loin, il lui sembla que le potager, qui ce matin regorgeait encore de mauvaises herbes, n'en avait plus. Il se sentit mal à l'aise. Est-ce qu'à chaque fois qu'ils l'envoyaient dans le jardin, Charlie faisait tout ce travail ? Pire encore, il le faisait alors que ses parents ne le félicitaient jamais ? Pas un seul « merci » ni même un « c'est bien mon garçon » ? Merlin, l'enfant devait être terriblement déçu de constater qu'aucun de ses efforts ne semblaient être remarqué. Ce qui, et c'était sans doute le plus grave, était d'ailleurs tout à fait le cas.

À cet instant, l'objet de ses pensées chuta lourdement sur le sol. Arthur le vit sortir un mouchoir pour s'en tamponner son genou ensanglanté. Mais Charlie ne disait rien. Arthur eut un sentiment de fierté un peu mal placée. Son petit garçon était un dur, un petit homme. Au même instant, la tête rousse de l'enfant s'affaissa sur son genou épargné et ses épaules se mirent à tressauter. Qu'est-ce qu'il faisait ? Le père ne se posa pas plus la question alors qu'une petite main sale vint essuyer une joue en relevant un visage pour le moins humide... Et crasseux.

Arthur aurait reçu un coup de poing dans le ventre qu'il n'aurait pas eu plus mal. Alors Bill avait raison, encore une fois. Son fils chéri était malheureux et c'était entièrement de sa faute. Il le vit se redresser, en serrant les dents, pour retourner en boitillant vers le gros sac couché à terre dont les grains s'éparpillaient partout sur le sol. Son petit bonhomme avait passé ses bras tout autour pour tenter de le redresser en peinant. Une fois fait, il passa de nouveau son poing serré sur ses yeux avant de commencer à ramasser les grains tombés par terre pour les remettre dans le sac.

Ce fut trop pour Arthur qui décida d'interrompre ce qu'il considérait être le calvaire de son fils.

Il marcha rapidement vers l'enfant qui ne l'entendit pas arriver. Le petit sursauta violemment alors que son père s'agenouillait à ses côtés.

« Laisse, mon enfant, je crois que tu en as assez fait comme cela pour aujourd'hui, » dit-il de sa voix douce.

« Papa ? Tu es déjà rentré ? » demanda l'enfant, surpris.

Il se rappela soudain que ses joues étaient humides. Il rougit et se dépêcha de les essuyer vivement une nouvelle fois. Il avait six ans et demi, il était grand, son papa ne devait pas croire qu'il était faible ! Non, il voulait être grand et fort, comme lui et Bill !

En le voyant faire, Arthur sentit son cœur se serrer un peu plus. Depuis combien de temps n'avait-il pas eu une conversation avec son cadet ? Visiblement, beaucoup trop longtemps.

« Charlie, pourquoi as-tu pris ce sac ? Il est beaucoup trop gros pour toi, mon ange. »

« Mais, c'est parce que je dois faire les corvées ! » s'exclama le petit, étonné de la question.

Sans doute son papa ne savait pas qu'il avait fait des grosses bêtises et qu'il était un moins que rien. Le petit visage constellé de taches de rousseur s'affaissa.

« J'ai été puni, » avoua-t-il.

Son père soupira profondément. Voilà, il l'avait déçu. Charlie garda la tête basse, n'osant relever ses yeux. Voir son père déçu serait trop pour lui, il se remettrait à pleurer comme un bébé. Son papa ne dit rien, mais il lui prit le menton pour lui redresser le visage. La vision qu'ils eurent l'un de l'autre fut un choc pour les deux.

Au lieu de lire de la déception sur les traits de son père, Charlie vit un profond chagrin. Il ne sut quoi en penser. Mais c'était sûrement à cause de lui de toute façon. Arthur, quant à lui, lut une telle peine dans les yeux de son fils qu'il eut de nouveau un grand coup dans le cœur. Il remarqua aussi que sa lèvre inférieure était rouge et gonflée, trace encore visible de la gifle de sa mère.

« Oh Charlie, mon bébé, » s'empressa de lui dire le patriarche en prenant son garçon contre son torse.

Il le serra fort, l'écrasant de ses bras. La tête rousse du petit sur son épaule, il redressa sa haute taille. Son enfant sentait la terre, le soleil et une sueur enfantine légèrement sucrée. Il était poisseux et chaud, nouvelles preuves que cela faisait bien trop longtemps qu'il travaillait dur sous le soleil brûlant de cette fin de journée d'été. Arthur embrassa fermement la tempe humide.

« Mon bébé, je suis si désolé, » chuchota-t-il.

Ce fut trop pour l'enfant qui éclata en sanglots. Il ne comprenait pas du tout pourquoi c'était son père qui s'excusait alors que c'était lui qui avait fait le sot. Tout ce qu'il savait c'était que son papa, son héros, le tenait contre lui et lui faisait un gros câlin. Enfin.

Charlie entendit son père jeter un sort pour ramasser les graines et ranger le sac qui vola jusqu'au garage. La tête toujours dans le giron paternel, les yeux fermement clos, il sentit que Arthur se mettait à marcher, sûrement en direction de la maison. Effectivement, bientôt ils pénétrèrent dans la fraîcheur relative du Terrier. Ses petits bras fermement cramponnés au cou de son père, Charlie n'ouvrit pas les yeux. Il entendit ses frères qui criaient et jouaient, alors que son papa montait les escaliers.

Arrivé à la salle de bains du premier étage, Arthur déposa l'enfant pour le mettre assis sur une large commode basse à côté du lavabo.

« On va regarder ce gros bobo, qu'en penses-tu, mon chéri ? » demanda la douce voix paternelle.

L'enfant renifla tout en hochant la tête. Arthur désinfecta la plaie puis posa ensuite dessus un baume verdâtre. Il avait une odeur pour le moins désagréable mais c'était un puissant cicatrisant qui avait aussi l'avantage de protéger la plaie, y compris de l'eau. Charlie grimaça mais ne dit rien. Le père de famille en fut de nouveau fier, bien qu'aussi un peu triste. Charlie devenait trop discret. Il ne s'en était pas rendu compte jusque là mais maintenant, c'était devenu une évidence pour lui. Depuis combien de temps ne l'avait-il pas entendu rire aux éclats ? Parler bruyamment à table avec ses frères ? Charlie avait toujours été d'un naturel plus calme et doux que Bill, Percy et que ce que semblaient déjà être les jumeaux. Et Arthur, en toute honnêteté, s'était déjà avoué depuis bien longtemps que le caractère de son cadet lui plaisait énormément, puisqu'ils le partageaient. Mais là, son fils se faisait vraiment trop effacé. Ce n'était pas normal.

« Au bain maintenant, mon ange, » fit-il en passant le débardeur par dessus la tête ébouriffée alors que l'enfant, docile, levait les bras pour faciliter son déshabillage.

Charlie n'avait pas la peau aussi claire que ses frères, elle était bronzée sur son visage constellé de taches de rousseur, ses bras, déjà étonnement musclés pour son âge, et sur tout le torse. Charlie aimait être dehors et cela se voyait. D'un coup de baguette, Arthur plaça une immense bassine dans le bac de douche et la remplit d'eau tiède et mousseuse. Son fils sauta en bas de la commode pour s'enlever son short noir de crasse et sa petite culotte. Nu comme un ver, les petites fesses blanches se dandinèrent jusqu'au bac puis Charlie entra dans son bain. Il se tourna vers son père en lui adressant un grand sourire. Arthur le lui rendit tout en se pliant pour s'asseoir à terre, à côté de son enfant qui s'amusait déjà avec l'eau et la mousse.

« Charlie ? »

Des yeux d'un bleu étonnant se levèrent vers lui. Aucun de ses enfants n'avait pour le moment la même couleur d'iris. À part évidement les jumeaux qui étaient identiques en tout point. Bill les avait d'un bleu de ciel d'été, clair et lumineux. Percy, du marron chaud de sa mère. Fred et George d'un joli noisette teinté de vert. Et Charlie, lui, les avait d'un bleu plus sombre que celui de Bill, celui de l'outremer, mêlé à de toutes petites pépites d'or.

« Oui, papa ? »

« Que se passe-t-il mon chéri, pourquoi es-tu si triste ? Bill m'a dit que tu pleurais souvent le soir. Et, Charlie, quand papa ou maman te disent d'aller dans le jardin parce que tu as fait une bêtise, ce n'est pas pour que tu fasses toutes les corvées, tu sais. »

L'enfant fut visiblement surpris de cette dernière information, tout comme l'avait été son frère aîné quelque temps auparavant.

« Mais... Mais maman a dit que je devais travailler au jardin ! » s'exclama en effet le garçon.

« Quand est-ce que maman a dit ça ? »

Charlie fronça ses fins sourcils alors que son père lui versait un grand verre d'eau sur les cheveux. Le petit gloussa et releva de nouveau son visage.

« Je sais plus, mais je sais qu'elle l'a dit un jour ! » avoua-t-il d'un ton très sérieux, de l'eau coulant de partout sur son visage. De larges traînées plus claires se firent aussitôt sur les joues crasseuses.

« Alors écoute bien ce que papa te dit, d'accord mon fils ? » L'enfant hocha la tête, sans se départir de son air grave. « La prochaine fois que papa ou maman te disent d'aller dehors quand tu fais une bêtise, tu n'as pas à travailler, d'accord ? Tu restes simplement dans un coin du jardin, ou sur le bûcher, ou tu te choisis un autre endroit à l'ombre quand il fait aussi chaud qu'aujourd'hui. Bref, tu restes simplement calme et sage dehors. C'est tout ce que l'on te demande, fiston. »

Charlie fronça de nouveau ses sourcils cuivrés.

« Pas de corvées ? Du tout ? » demanda-t-il, histoire d'être sûr d'avoir bien tout compris.

« Du tout. »

« Mais... Et si je veux m'occuper des poules !? » s'exclama l'enfant, presque scandalisé.

Arthur sourit et retint un petit rire. Charlie et les animaux ! Une grande histoire d'amour qui ne connaîtrait sans doute jamais de fin. Déjà quand il avait cinq ans, l'enfant leur avait déclaré qu'il voudrait être, soit joueur de Quidditch, soit soigner les animaux quand il serait grand.

« Si tu veux faire quelque chose pour t'occuper ou nous aider, tu en as parfaitement le droit. Mais c'est uniquement si tu le veux. D'accord Charlie ? »

L'enfant lui fit un immense sourire en réponse, creusant deux fossettes sur ses joues aux rondeurs enfantines. Celle de droite était largement plus marquée que celle de gauche, qui disparaîtrait sans doute en grandissant, se lamenta Arthur. Il aimait tant voir ces deux petits creux sur les joues de son fils.

« Moi j'aime bien travailler dans le jardin, » dit l'enfant. « Mais... mais pas quand il fait aussi chaud, ni aussi longtemps qu'aujourd'hui. »

« Charlie mon grand, Bill m'a expliqué ce qui s'est passé aujourd'hui, avec Fred et maman. »

Le petit garçon baissa bien vite la tête, penaud. Une grosse boule se forma dans sa gorge alors que l'envie de pleurer le reprenait.

« Je suis désolé, papa. J'étais en train de nettoyer dans la cuisine quand maman est entrée et a crié. C'est pour ça que j'ai fait tombé la casserole. Je suis désolé d'avoir fait tomber Fred aussi. Je sais bien que je suis qu'un vaurien et un sot. Je sais que je ne suis pas aussi bien que Bill ou mes petits frères. »

Arthur se retint de faire une grimace suite à cette déclaration.

« Mon petit cœur, pourquoi dis-tu une chose pareille, enfin ? Charlie, regarde-moi s'il te plaît. »

L'enfant obéissant releva sa tête et Arthur put constater que de nouvelles perles d'eau embrumaient les yeux clairs.

« Tu es un petit garçon formidable, pourquoi penses-tu cela ? Tu sais, Charlie, je ne connais pas beaucoup d'enfants de ton âge qui préparent les biberons de leurs petits frères ou qui changent leurs couches. Pourquoi as-tu fait cela ? »

« Maman est fatiguée, à cause du bébé, » répondit laconiquement l'enfant. Il ne dit pas « encore » mais le pensa si fort que Arthur l'entendit quand même.

« Tu n'as pas encore sept ans, Charlie. Même si on est fatigué maman et moi, tu n'as pas à faire ce genre de chose à notre place. Tu peux nous aider en faisant d'autres choses, mais pas en changeant les jumeaux. C'est dangereux. Tu aurais pu leur faire très mal et tu aurais pu aussi te brûler avec le lait. »

Le petit se contenta de hocher la tête, que son père recouvrit de shampoing à la cerise. Le préféré de l'enfant. Il sourit à son papa qui le frottait énergiquement. Arthur ne l'avouerait pas à ses collègues, mais il adorait s'occuper de ses bambins. Les cheveux de son fils étaient doux, le soleil de l'été les avait éclaircis et ils brillaient de reflets d'or. Une fois la tête rincée, l'heureux père lava le corps du garçonnet. Il le rinça avec soin avant de l'emmitoufler dans une serviette verte. Charlie adorait le vert. Il le prit de nouveau dans ses bras et le porta jusque dans sa chambre pour le poser sur son lit. Là, il décida de faire subir une terrible séance de chatouilles et de guilis au petit qui rit enfin aux éclats tout en se tortillant. Quand il cria grâce, Arthur, dont les cheveux qui commençaient à se dégarnir étaient atrocement ébouriffés, l'aida à mettre un fin pyjama, vert également.

Puis, il s'assit sur le lit à côté de l'enfant qui vint immédiatement se blottir contre l'un de ses deux héros personnels, le deuxième étant Bill, évidemment. Son papa le serra contre son torse et lui câlina le dos avec tendresse.

« Petit cœur, pourquoi es-tu si triste en ce moment ? Pourquoi dis-tu que tu es un vaurien ? » chuchota Arthur sans cesser ses caresses.

De nouveau, l'enfant ne répondit pas. Mais Arthur le sentit se tendre contre lui.

« Charlie, tant que je n'aurai pas de réponse à ces questions, je te les poserai encore. »

Il prit son cadet par les épaules pour pouvoir le regarder dans les yeux. Ce dernier le regarda un bref instant, avant de baisser ses perles bleues et de se mâchouiller sa lèvre inférieure, toujours un peu gonflée.

« Parce que c'est la vérité. Maman l'a dit tout à l'heure. Que je suis un sot, un vaurien et un bon à rien. Bill a crié que c'était pas juste qu'elle me gronde et elle lui a mis une fessée. À moi aussi, » rajouta-t-il, amer. Là encore, l'enfant ne le dit pas, mais Arthur devina la suite : elle m'a mis une fessée à moi aussi alors que je n'avais rien dit. Charlie était-il donc jaloux de ses frères ? Pensait-il que ses parents l'aimaient moins ? Arthur se posait de plus en plus la question, car c'était ce qui ressortait des propos de l'enfant et, plus inquiétant, qui ressortait aussi de ceux de l'aîné de ses fils.

« Tu n'es ni sot, ni un vaurien et encore moins un bon à rien, mon chéri. Parfois, quand ils sont énervés et fatigués, les parents peuvent dire des choses très dures, mais ils ne les pensent pas. »

Le petit garçon le dévisagea un instant, perplexe. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais la referma aussitôt.

« Charlie, mon petit lapin, dis à papa ce que tu as sur le cœur, s'il te plaît. J'aimerais vraiment t'aider, mais si tu ne me parles pas, je ne le pourrai pas. Je n'aime pas te voir malheureux, fiston. »

Charlie regarda son papa un instant en silence, avant de se lancer.

« Je comprends pas. Pourquoi les papas et les mamans diraient des choses qu'ils ne pensent pas ? C'est idiot ! Et puis de toute façon, je sais bien... vous les pensez quand même. » Il se tut et reprit. « Papa, est-ce que tu m'aimes ? »

Arthur aurait été tenté de rire devant l'absurdité de la question s'il n'avait vu une réelle appréhension dans les yeux de son enfant. Un effroyable sentiment d'échec l'envahit. Il n'avait pas tenu la promesse qu'il s'était faite à la naissance de son fils.

« Mon petit cœur, je t'aime plus que ma vie elle-même. Tu es mon bébé, mon magnifique bébé, mon petit ange, ma vie, mon soleil. Bien sûr que je t'aime, Charlie Weasley. »

Le visage de l'enfant, au lieu de s'illuminer, sembla se fissurer. Arthur pouvait sentir Charlie retenir ses larmes. Mais que se passait-il, bon sang ?

« Charlie... »

Il n'en fallut pas plus pour que le petit craque enfin et déverse ce qu'il avait sur le cœur, en fondant en larmes. Tant pis s'il se comportait comme un bébé. De toute façon, il ne serait jamais aussi fort ou courageux que Bill ou son papa, c'était certain !

« Je savais plus ! Parce que moi, je crois que c'est pas vrai. Maman l'a dit hier soir, et toi, toi t'as rien dit du tout ! Moi je croyais qu'au moins toi tu m'aimais autant que les autres ! J'ai fait un cauchemar, je me suis réveillé et vous faisiez pas dodo avec maman. C'est pour ça que je suis descendu hier soir. Vous étiez avec tous les gens. Et là, là maman, elle a dit que Bill était très beau, Percy très intelligent, Fred et George très drôles. Mais elle a rien dit sur moi. Et puis le professeur Dumbledore m'a vu dans les escaliers, il a demandé « et lui ? ». Mais maman a juste crié parce que j'étais debout et toi, tu m'as dit de remonter me coucher. Je savais bien que maman m'aimait moins que Bill, mais je croyais que pas toi. Et puis c'est vrai, Bill, c'est le plus fort et le plus beau et je le trouve plus intelligent aussi. C'est le meilleur grand frère ! Percy, il sait déjà écrire son nom et maman est toujours très fière de lui. Tout le monde rigole quand les jumeaux font les idiots. Mais moi, je suis rien du tout, et en plus, je suis même pas capable de m'occuper d'eux sans faire n'importe quoi. Maman, elle a raison, je suis vraiment un bon à rien ! » Là-dessus, il ne put rien dire de plus et se jeta dans les bras paternels qui l'encerclèrent aussitôt.

« Oh mon bébé, mon pauvre bébé. Je suis désolé, si désolé, » articula difficilement Arthur.

Voldemort lui aurait jeté un Doloris qu'il n'aurait pas eu plus mal. Il écoutait son fils adoré pleurer dans ses bras, il sentait ses larmes lui mouiller sa chemise et il était au moins autant malheureux que lui. Il redressa la jolie petite frimousse qu'il aimait tant et la dévora de baisers. « Je t'aime, mon petit cœur, je t'aime Charlie et non, je ne t'aime pas moins que tes frères ! Certainement pas ! Je t'interdis de penser une chose pareille, tu entends, mon amour ? »

Ledit amour s'essuya les yeux puis passa sa petite main sur la joue de son père.

« Papa, pourquoi tu pleures ? »

« Parce que papa n'a pas réussi à faire ce qu'il voulait faire, mon chéri. Parce que je t'ai fait beaucoup de peine et de chagrin. »

« Oh, mon papounet ! Non, pardon, c'est pas de ta faute ! » s'empressa de le rassurer son enfant.

Arthur éclata de rire en l'embrassant de nouveau. C'était tellement Charlie !

« Tu es un fantastique petit garçon, Charlie. Tu es beau, intelligent et surtout, tu es si gentil et toujours prêt à rendre service. Tu as aussi beaucoup d'humour et un très beau rire. Sans oublier que tu es aussi super costaud. Montre-moi un peu tous ces muscles ? » demanda le père de famille en soulevant le tee-shirt vert pour chatouiller un peu le ventre ferme de l'enfant qui se mit à rire.

Charlie banda ensuite un biceps, en regardant son papa avec une lueur amusé dans le regard.

« Je suis fort, papa ? »

« Autant qu'un dragon ! » assura son père.

« J'adore les dragons ! »

« Quelle bestiole tu n'aimes pas ! »

« Oui, mais les dragons encore plus ! Tu sais, Bill, il m'a montré un livre avec plein de dragons ! Quand je serai grand, je serai dragonnier ! »

« Tu feras ce que tu voudras mon garçon. Je serai toujours fier de toi de toute façon. »

L'enfant le regarda avec des étoiles plein les yeux. Ils se firent un grand câlin avant qu'il ne reprenne.

« Papa, tu vas pas mourir, hein ? »

« Comment cela ? » s'étonna Arthur.

« Mon cauchemar... c'était que t'étais mort » fit l'enfant.

Arthur ferma de nouveau ses yeux. Merlin, ils avaient été en dessous de tout avec ce garçon depuis quelque temps, cela était une certitude.

« C'est la guerre, papa ? Pourquoi y a toujours du monde qui vient à la maison ? Vous parlez des méchants à la tête de serpent. Bill m'a dit que c'était les Mangemorts et que leur chef c'était Voldemort. Il a dit qu'il y avait que les froussards qui voulaient pas dire leur nom, c'est ce que le professeur Dumbledore il répète tout le temps. Mais Bill, c'est pas un froussard. Tu fais la guerre, papa ? »

Que Merlin lui vienne en aide. Il allait devoir jeter des sorts de silence à la prochaine réunion de l'Ordre du Phénix. Ses deux aînés en savaient déjà bien trop à son goût. Et cela n'allait sans doute pas aller en s'arrangeant. Il devait protéger ses enfants, tant qu'il le pouvait.

« Oui, c'est un peu comme une guerre, Charlie. Mais ne te fais pas de soucis, papa est très prudent. Et comme tu le sais, le professeur Dumbledore est un très grand sorcier. Il y a aussi des Aurors avec nous, ils sont très forts. Nous gagnerons. »

« Comme James et Sirius ? » demanda l'enfant, appelant deux des Aurors souvent présents au Terrier par leurs simples prénoms.

« Oui, comme James et Sirius. »

« Je les aime bien, ils sont très beaux et en plus, une fois ils m'ont donné une plume en sucre ! »

Arthur sourit en prenant son fils contre lui. La merveille de l'enfance qui passait des rires aux larmes en une simple seconde. Il s'étonna quand même sur la déclaration à propos de la beauté des jeunes Aurors. Ce n'était pas la première fois que Charlie trouvait un homme ou un garçon beau, jamais une fille.

« Si tu refais un cauchemar, tu me le dis, d'accord mon chéri ? »

« Oui ! Je t'aime papa ! » déclara alors Charlie avec une telle ferveur que le cœur d'Arthur se réchauffa enfin.

« Moi aussi, mon lapin, ne l'oublie jamais. »

Ils se câlinèrent encore, puis, Arthur jeta le garçon sur son dos, fit un bruit de cheval et descendit au trot jusqu'à la cuisine alors que Charlie riait aux éclats. Son papa était un héros et il l'aimait.

Molly parut surprise en les voyant ainsi arriver. Bill et Percy s'accrochèrent immédiatement à leur père en riant eux aussi. Les jumeaux quant à eux se manifestèrent avec énergie, du haut de leur chaise haute. Mais Arthur ne lâcha pas son cadet pour autant. Il s'assit et déclara que ce soir, Charlie avait le droit de manger sur ses genoux. Molly protesta avec vigueur mais rien n'y fit. Arthur passa donc son repas avec l'enfant sur lui, lui donnant même la becquée dès qu'il le pouvait.

« Arthur vraiment ! Charlie n'est plus un bébé ! » s'écria Molly pour la troisième fois.

« Ce n'est pas non plus un adulte, Molly, au cas où tu l'aurais oublié. Je garderai mon fils et je lui donnerai à manger si je le veux ! » s'énerva Arthur.

Un silence religieux se fit autour de la table. C'était sans doute la première fois que le patriarche tenait ainsi tête à son épouse.

« Dis-moi mon garçon, demain ça te plaira d'aller pêcher à l'étang avec moi ? »

« Oui ! » s'écria l'enfant ravi.

« Pff, la pêche c'est nulle, » fit Bill.

« Et on pourra faire un peu le jardin aussi, papa ? Tu sais, j'ai enlevé toutes les mauvaises herbes et les haricots sont bons à être ramassés » continua Charlie.

« Bien sûr, mon chéri, tout ce que tu veux. Demain, on passe la journée juste toi et moi. »

« Super ! » cria Charlie en passant ses bras autour du cou de son père.

Tout en frottant le dos de son fils avec tendresse, Arthur pensa qu'il avait beaucoup de chance. Charlie était comme lui, moins emporté que sa mère et ses frères. Il aimait jardiner et être à l'extérieur. C'était le seul qui avait assez de patience pour pêcher ou faire des activités plutôt calmes. Il était aussi d'une grande sensibilité, comme Arthur l'avait sans doute oublié, à sa grande honte. Trop concentré sur l'Ordre, son travail, la grossesse de Molly et ses problèmes d'argent, il avait délaissé cet enfant que Molly appelait parfois son « mini-Arthur». Oui, Charlie lui ressemblait, de part le caractère et non pas physiquement, avec une bonne dose d'empathie en plus. Empathie à cause de laquelle il allait devoir prévenir Molly et les membres de l'Ordre d'être plus discrets quand ils venaient au Terrier.

Ils finirent donc leur repas ainsi, le petit sur ses genoux qui lui adressait sourire sur sourire, ses fossettes creusées sur les joues et ses yeux bleus pétillants de malice. Voilà, ça c'était son petit garçon !

Arthur entraîna ensuite ses deux aînés au premier, pendant que Molly s'occupait des jumeaux, Percy cramponné à sa robe. Il leur fit brosser les dents, Bill fila sous la douche et Charlie, de retour dans les bras de son père, finit sous son drap.

« Tu vas faire un gros dodo, mon chéri, » murmura le père de famille.

L'enfant tendit deux bras bronzés et musclés pour lui enserrer le cou. De nombreux baisers furent échangés avant que le petit garçon ne consente enfin à le lâcher.

« Bonne nuit, papounet, » marmonna Charlie déjà à moitié endormi. Il se roula sur un côté et ferma les yeux.

Le patriarche Weasley allait sortir de la chambre quand la voix fluette de son cadet l'appela :

« Papa ! Tu me promets de faire attention avec la guerre, hein ? »

« Oui, fils. »

« Tu vas tuer des méchants ? »

« J'espère que l'on gagnera cette guerre sans avoir à le faire, mon garçon, »

« Je t'aime, papa, »

« Moi aussi, mon bébé d'amour, » sourit Arthur. « Charlie ? Si tu fais encore des cauchemars, viens me voir, même si je suis en bas dans le salon et qu'il y a du monde. D'accord ? »

« Oui, papa, » répondit le jeune Weasley avant de bâiller à s'en décrocher la mâchoire.

« Bonne nuit, mon fils, » fit Arthur en refermant doucement la porte. Il croisa dans le couloir son fils aîné et lui souhaita à lui aussi une bonne nuit en lui embrassant les joues.

Lorsqu'enfin la maisonnée fut dans le calme, la nuit était déjà tombée depuis longtemps. Arthur se glissa dans son lit, auprès de son épouse.

« Je peux savoir ce qui s'est passé avec Charlie, ce soir ? » demanda Molly en pinçant les lèvres.

Arthur soupira. Son épouse n'appréciait pas d'avoir l'impression d'être mise de côté, surtout quand il s'agissait de ses enfants. Prenant des gants et aussi précautionneusement qu'il le pouvait, c'est à dire de la même façon qu'il s'approcherait d'un dragon blessé ou d'une mandragore déracinée, Arthur raconta à sa femme ce que Charlie et Bill lui avaient avoué.

Dire que la mère de famille le prit mal était une évidence. Mais Arthur tiqua quand, au départ, elle s'en prit à l'enfant, l'accusant de ne rien comprendre et d'être bassement jaloux. Cela lui fit mal, alors qu'il se souvenait de son garçon assis dans la poussière en train de pleurer. Pour la seconde fois de la journée, il se mit presque en colère, défendant âprement son cadet.

Quand il lui lança que même Bill était de l'avis de Charlie, Molly commença à pâlir. Le rappel de l'intervention de Dumbledore lui-même, la veille, finit de l'achever.

« Oh mon Dieu, Arthur, il pense vraiment que nous l'aimons moins que ses frères ? »

« Il l'a cru tout du moins, » répondit le concerné, sans préciser qu'il pensait lui aussi qu'il y avait un petit fond de vérité.

Pas que Molly préfère certains de ses enfants, du moins, pas dans ce sens là. Mais Arthur pouvait comprendre Charlie. Bill était l'aîné et il était évident que son épouse l'idolâtrait. Percy était toujours dans les robes de sa mère, ne la lâchant que pour essayer d'apprendre à lire et à écrire. Molly était si fière de l'intelligence de son fils. Quant aux jumeaux, ils l'accaparaient toute entière, faisant bêtises sur bêtises malgré leur jeune âge. Restait donc Charlie. Molly aimait son enfant, cela ne faisait aucun doute, mais elle partageait sans doute moins d'affinité avec lui.

Contrairement à moi, pensa Arthur. Oui, son cadet était son bébé et l'avait toujours été. Aussi loin que remontaient ses souvenir, Charlie était collé à son père. Il se devait d'être honnête, il adorait son garçon et avait hâte d'être au lendemain pour passer la journée avec lui, seul à seul.

« Molly, demain matin j'irai pêcher avec Charlie. Je pensais l'emmener à l'étang mais je vais lui faire une surprise. On partira plus loin, sur la River Otter. Enfin à côté. Je connais un petit lac qui regorge de truites. Ça lui plaira. On pique-niquera là-bas. »

« D'accord. Je vous préparerai ça, » répondit-elle d'une voix lasse.

... ... ...

« Regarde, papa ! Regarde comme elle est grosse celle-là ! »

Les deux mains dans l'eau clair du lac, l'enfant attrapa la truite que se débattait furieusement et la montra à son père, un grand sourire sur les lèvres.

« Elle est magnifique Charlie, viens, il faut lui enlever l'hameçon. »

Arthur attrapa la gluante bestiole par les ouïes pour lui arracher le crochet de fer qu'elle avait dans la bouche, devant les yeux écarquillés du garçon qui regardait sans mot dire. Arthur sourit en remontant ses lunettes qui étaient légèrement tombées sur le bout de son nez. Charlie apprenait en regardant, comme toujours. Il n'y avait pas de doute qu'avant la fin de la matinée, il essayerait lui-même de faire ce qu'Arthur venait de lui montrer.

« Et de deux ! » fit-il en jetant le poisson dans le seau d'eau à côté d'eux. « Plus que deux ou trois et je crois que l'on aura notre dîner de ce soir, qu'en penses-tu fiston ? »

« Oui ! C'est Bill qui va être content ! » répondit le bambin.

En effet, si l'aîné Weasley n'aimait pas particulièrement perdre son temps à taquiner la truite, il adorait par contre la trouver bien dorée dans son assiette, accompagnée de pommes de terre sautées.

Charlie était véritablement heureux. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas passé du temps avec son père. Il savait bien que les temps étaient sombres, Bill lui avait tout expliqué. Leur père devait aider des gens biens, des gentils, dont faisait partie le professeur Dumbledore, les Aurors, James et Sirius, et surtout leurs parrains, Gideon et Fabian. Charlie s'était longuement demandé comment son grand frère savait tout ça.

Bill avait avoué sans rougir qu'il avait espionné la dernière réunion des gentils au Terrier. Charlie avait ouvert grands ses yeux et ses oreilles face à l'exploit de son héros, espion dans sa propre maison. Charlie ne s'étonnait plus trop de voir le professeur Dumbledore, les Potter, les Londubat ou d'autres personnes encore, venir régulièrement au Terrier. Il aimait bien Alice et Lily. Elles lui caressaient souvent les joues ou les cheveux en lui disant qu'il était mignon. Pourtant, celui qu'il préférait était Sirius Black. L'Auror impressionnait beaucoup l'enfant de par sa stature, mais il était très gentil. Il lui faisait souvent des petites blagues, des chatouilles et venait toujours au Terrier avec des bonbons pour les enfants. Et puis, il était si beau.

Il sourit de nouveau à son père, assis à ses côtés, tout en tenant fermement sa canne à pêche dans sa main. Son dernier cauchemar avait été terrible, il avait vraiment crû que son papa était mort, tué par un méchant. Il ne voulait pas que ses parents ou ses frères meurent dans cette guerre dont personne pourtant ne parlait ouvertement. Alors il était heureux, simplement heureux d'être là, avec lui en cet instant.

Une nouvelle truite plus tard, les deux Weasley décidèrent d'ouvrir le panier que leur avait préparé Molly le matin même. Sa maman l'avait embrassé, en lui disant à quel point elle l'aimait et qu'elle était si fière de son brave garçon. Le petit avait sauté, bien que délicatement, dans les bras de sa mère, veillant à ne pas lui faire mal au ventre, là où un autre frère était en train de grandir. Puis il avait mis sa menotte dans la grande poigne de son père qui avait transplané au bord du lac. Là, il avait réclamé un bisou paternel.

Molly leur avait préparé une salade verte, avec les tomates du jardin que Charlie avait ramassées la veille et des œufs durs. Elle leur avait également confectionné deux énormes sandwichs au poulet et à la mayonnaise. Il y avait aussi de la glace à la vanille et à la fraise accompagnée d'une tonne de cookies. Le tout était agrémenté d'une bouteille d'eau fraîche, d'une bièraubeurre pour Arthur et d'une bouteille de jus de citrouille pour Charlie.

L'enfant dévora à belles dents son repas, sous l'œil attendri de son père. Ils attrapèrent deux autres poissons et Charlie décida de se baigner un peu les pieds. Les pieds devinrent rapidement les genoux pour finir en Charlie en culotte qui se trempa entièrement et nagea à quelques mètres du bord, sous le regard attentif de son père.

Évidemment, Charlie étant Charlie, rapidement la nage se transforma en chasse-poursuite des diverses bestioles qu'il trouvait sur et dans l'eau. Il revenait régulièrement vers son père, dégoulinant d'eau, avec dans les mains des araignées d'eau, des petits poissons scintillants, des grenouilles et d'autres trésors, en quêtes d'approbation et d'explications paternelles.

Avisant que son fils avait les lèvres de plus en plus bleutées, Arthur décida d'écourter le bain improvisé.

« Viens là mon garçon, » fit-il en tenant une serviette de bain, verte, à l'enfant tremblotant.

« J-J'ai p-pas f-froid » grelotta lamentablement le bambin.

Arthur explosa de rire tout en l'enveloppa dans l'étoffe douce. Il lui retira la culotte trempée avant de le frotter gentiment.

« Tu es gelé tu veux dire ! »

Charlie se mit à rire avec son père. Il s'assit, emmitouflée dans la serviette sur l'herbe tendre, tout contre lui. Son regard se fit un peu vague, alors qu'il observait au loin les bouchons de leurs lignes.

« Papa, quand j'aurai un vrai balai, tu m'apprendras à jouer au Quidditch ? »

« Charlie, tu es un peu jeune pour apprendre à voler. Et puis on te l'a déjà dit, les balais sont chers, même d'occasion. Tu apprendras quand tu seras à Poudlard. »

« Oui mais Poudlard c'est dans longtemps ! »

« Tu as le temps, Charlie. La patience est une vertu mon fils, ne l'oublie pas. »

L'enfant regarda son père avec un léger sourire aux lèvres. Arthur ne manqua pas l'étincelle de moquerie dans les yeux bleus pétillants.

« Et c'est à moi que tu dis ça ? Papa, voyons... » se moqua effectivement l'enfant.

Arthur lui rendit son sourire.

« Je te le dis car tu es sans aucun doute le seul qui peut l'entendre dans cette maison ! » lui confirma son père.

Non, la patience n'était pas l'une des qualités des autres membres de la famille. Les seuls instants ou l'un des autres Weasley faisait preuve de patience, c'était lorsque Bill réfléchissait sur son livre d'énigme, Percy sur son alphabet, Molly dans sa cuisine et les jumeaux... non, les jumeaux, jamais jusqu'à ce jour.

Charlie rigola de nouveau en se frottant la tête dans la serviette. Arthur le regarda faire alors que les cheveux souples s'emmêlaient sous les coups énergiques de l'enfant.

« Attends Charlie, tu vas faire des nœuds dans tes cheveux et ta mère va râler. Il faut qu'elle te les coupe d'ailleurs. C'est bientôt la rentrée, mes fils doivent être les plus beaux de l'école. »

« Bill est déjà le plus beau ! » lança aussitôt avec conviction le petit.

« Plus beau que Sirius ? » taquina à son tour Arthur.

Les sourcils cuivrés en face de lui se froncèrent. Dilemme. Arthur se retint de rire alors qu'il voyait presque dans les yeux bleus le combat interne que se livraient les sentiments de Charlie dans sa petite tête rousse. Que répondre ? Qui choisir entre son idole et l'Auror qui l'impressionnait tant ?

« C'est diffèrent, » répondit-il enfin.

« En quoi est-ce différent ? »

« Bill est mon grand frère, » fit l'enfant avec sérieux. « C'est le plus beau de l'école mais Sirius est un adulte et en plus... » les sourcils se froncèrent de nouveau.

« Et en plus ? »

« Et en plus, c'est pas pareil dans ma tête. Parce que Bill c'est Bill, le plus génial des grands frères et des frères tout court. Sirius, je l'aime pas pareil que Bill. Papa, tu crois que quand je serai grand je pourrai me marier avec lui ? »

« Avec Bill ? » s'exclama Arthur.

« Mais noooon, avec Sirius ! » dit Charlie en levant les yeux aux ciel.

Arthur regarda son fils. Il caressa la joue enfantine puis passa ses doigts dans les cheveux doux et épais.

« Sirius est beaucoup plus âgé que toi, Charlie. Tu auras le temps de voir avec qui tu veux te marier quand tu seras adulte. »

Bon, a priori Charlie préférait avoir un mari plutôt qu'une femme, pensa le père de famille. Enfin, il verrait bien, il n'était qu'un enfant, c'était peut-être normal ce genre d'idées à cet âge-là ?

Il étudia attentivement les yeux clairs. Ils ressemblaient à ceux de son propre frère, mort il y avait déjà si longtemps.

« Charlie, quand Bill et toi retournerez à l'école, il faudra être très prudent, d'accord ? Vous ne devez absolument pas faire de magie, ou du moins, essayer de ne pas en faire. Vous ne devez rien dire non plus sur les gens qui viennent à la maison, à personne. Si un jour quelqu'un vous pose des questions, vous ne répondez pas, vous rentrez tout de suite à la maison. Tu as bien compris ? »

Charlie cligna des yeux sous la surprise. Il n'avait peut-être que six ans et demi, mais il n'était pas stupide. Il savait depuis longtemps que les autres enfants de l'école n'étaient pas des sorciers mais des Moldus et qu'il ne fallait rien leur dire de leur « spécificité » à Bill et lui. Quant aux réunions qui se passaient parfois le soir au Terrier, il n'avait pas l'intention d'en parler, à quiconque, sauf avec Bill bien sûr. Mais il comprit l'importance que cela revêtait pour son père.

« Oui papa, je te le promets, » assura-t-il sagement. « Ne t'inquiète pas, je ne dirai jamais rien. Je n'ai jamais dit à Andrew que j'étais un sorcier tu sais. »

« C'est très bien mon garçon, » approuva Arthur.

Bill et Charlie s'étaient faits des amis à l'école primaire de Loutry Ste Chaspoule et il savait que ce n'était pas toujours facile pour eux.

Molly avait commencé à faire la classe à Bill dans les premiers temps et voulait faire de même avec Charlie. Mais avec la naissance de Percy et surtout celle des jumeaux, elle n'avait pas pu continuer. Sans compter les réunions de l'Ordre, bien qu'elle n'y participe pas vraiment. Ainsi, l'année précédente, ils avaient décidé de les inscrire à l'école primaire moldue.

Leur première année avait été difficile. Personne ne connaissait les deux enfants de cette famille étrange qui arrivaient comme un cheveux sur la soupe, à six et huit ans. Les deux enfants n'étaient pas habillés comme les autres à la rentrée. Bill s'était battu avec d'autres enfants dès ce premier jour des classes, pour défendre son jeune frère, objet des railleries des gamins.

Petit à petit, ils avaient fini par s'intégrer. Bill avait harcelé sa mère pour s'acheter des habits moldus, que les deux garçons avaient choisis eux-mêmes. Ils avaient maintenant des amis. Arthur ne savait pas encore s'ils continueraient leur scolarité ainsi jusqu'à l'entrée à Poudlard, mais il en doutait. Molly avait déjà décrété que Percy resterait à la maison. Bill finirait le cycle primaire, puis quand il partirait à Poudlard, Charlie reviendrait finir ses études avec ses jeunes frères et sa mère. C'était ce que souhaitait Molly. En regardant son enfant qui babillait à propos de ses amis, Arthur se demanda cependant si c'était une bonne idée. Il se promit, en son for intérieur, que si Charlie préférait rester à l'école, il le soutiendrait. Il sourit à l'enfant qui parlait toujours, véritable flot continue de paroles. Charlie était différent, il n'aurait pas pu expliquer pourquoi, mais c'était ainsi. Il aimait profondément chacun de ses fils, mais avec Charlie... avec lui, tout semblait plus facile. Ils avaient tant en commun.

« Papa ? On rentre ? » demanda finalement le petit garçon.

« Tu es fatigué de la pêche, mon lapin ? »

« Non, c'est pas ça, mais je voudrais montrer ma grenouille à Bill et à Percy. Et puis on a déjà attrapé cinq poissons pour le dîner. On avait dit à maman qu'on ramasserait les haricots et il faut aussi piocher des pommes de terre pour ce soir. Bill adore les patates avec la truite, » répondit Charlie.

« Pomme de terre, Charlie, pas patate, » le reprit Arthur.

Ils se levèrent. Charlie remis son short et son débardeur, puis il tendit la main à son père, pour transplaner devant le Terrier.

La grenouille Frenchie eut un succès indéniable au Terrier. Les trois plus grands Weasley jouèrent avec elle, en lui faisant faire des records de bond devant les jumeaux, hilares. Charlie la sauva cependant d'une mort certaine lorsque les deux diablotins réussirent à sortir de leur parc par magie et trottèrent à quatre pattes derrière elle.

« Tu vas la garder dans un bocal, Cha'lie ? » demanda Percy à son frère, les yeux remplis d'envie devant le batracien.

« Non, Percy. Les animaux comme Frenchie n'ont rien à faire dans une maison. C'est un animal sauvage, elle doit rester dehors. »

« Sauvage ? Mais elle est pas méchante ! » rétorqua le petit rouquin.

« Sauvage ne veut pas dire méchante, juste que ce n'est pas un animal domestique, comme un hibou, un crapaud sorcier, un chat ou un chien. C'est juste une petite grenouille. Je la relâcherai dans l'étang ce soir. Tiens, en attendant, je te la confie. Tu fais bien attention, d'accord ? »

Le gamin prit religieusement la grenouille qui coassait que lui tendait son aîné, en hochant la tête en signe d'accord.

« Allez les garçons, venez m'aider, » lança Arthur avec deux grandes bassines dans ses mains.

Bill et Charlie aidèrent donc leur père dans le jardin, tout en écoutant ses explications sur les différentes plantes qui s'y trouvaient. Leurs petites mains agiles se glissaient sous les feuilles pour recueillir avec précaution les haricots, verts et fins, que la matriarche ferait cuire pour le repas du lendemain. Arthur leur montra ensuite le sort permettant de faire sortir de terre les fameuses pommes du même nom qu'ils dégusteraient dorées à point le soir même avec leur pêche. Ils rentrèrent à la maison, leurs bassines pleines de victuailles.

Une fois leur dîner avalé, Charlie récupéra Frenchie qui coassait désespérément dans sa prison en verre. Bill et lui se dirigèrent vers l'étang, profitant du fait que leurs parents couchaient les plus jeunes.

Arrivés au bord de l'eau, les garçons dénichèrent un coin tranquille, avec des roseaux et des feuilles de nénuphar.

« Elle sera bien là, hein Bill ? » demanda le plus jeune.

« Sûr ! » approuva son aîné.

La petite grenouille verte bondit de la main enfantine qui la tenait et plongea avec délice dans l'eau fraîche.

Le soir, Arthur pénétra dans la chambre de ses plus grands héritiers. Il posa un seul bisou ferme sur la joue de Bill en lui souhaitant une bonne nuit. L'aîné Weasley avait déjà décrété haut et fort que ces effusions baveuses n'étaient plus du tout de son âge. Il tolérait tout juste un baiser le matin et le soir de la part de ses deux parents.

Il avança ensuite vers son cadet qui lui tendait les bras avec impatience. Charlie, lui, aimait les bisous et les câlins. Arthur se prit à souhaiter qu'il ne changerait jamais, sur ce point comme sur beaucoup d'autres. Il se pencha vers le petit garçon, enfouissant avec bonheur son nez dans les doux cheveux roux foncés qui sentaient bon la cerise.

Le petit garçon embrassa longuement son papa en lui disant mille mercis. Cette journée, il ne l'oublierait jamais.

... ... ...

A suivre

... ... ...