NDA : Désolée pour le petit retard. J'en profite pour vous prévenir que la semaine prochaine je ne suis pas certaine de pouvoir publier dimanche, ni même lundi. Si je ne peux pas, ce sera au plus tard jeudi. Bonne lecture.


Chapitre 3

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Années 1979 – 1981

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Les Années noires


Été 1979 – suite.

« Où est-ce que tu vas, Bill ? » chuchota le petit garçon en redressant sa tête de l'oreiller.

« Chuuuuut ! J'ai entendu du bruit en bas. Je crois que c'est une autre réunion de tu sais quoi. Je veux aller voir, » répondit le sus-nommé sur le même ton que son frère.

Charlie regarda son aîné s'avancer à pas de loup vers la porte de leur chambre qu'il ouvrit sans faire le moindre bruit. Bill était vraiment doué ! L'enfant ne réfléchit pas plus et souleva ses couvertures pour se lancer à la poursuite du plus grand.

« Qu'est-ce que tu fais, le gobelin ? » demanda Bill en se retrouvant avec le petit corps pressé contre le sien.

« Je viens avec toi, quelle question ! » fit Charlie en roulant des yeux.

Son frère pouffa et ils se glissèrent, l'un dernière l'autre, dans le couloir. Leurs petits pieds nus ne faisaient pas le moindre bruit sur le parquet alors qu'ils marchaient lentement.

Ils arrivèrent aux premières marches de l'escalier et commencèrent à les descendre avec encore plus de précaution. Certaines grinçaient, heureusement, Bill les connaissaient parfaitement. Ils s'accroupirent l'un à côté de l'autre dans la pénombre, suffisamment proches du rez-de chaussée pour entendre et apercevoir les membres de l'Ordre, mais sans être vus.

« ... peux comprendre, Arthur, » faisait la voix douce de Dumbledore. « Toutefois, pour quelles raisons exactement, si je puis me permettre ? »

« C'est à cause de mes enfants, Albus. Bill et Charlie ont compris que des réunions se tenaient ici et qu'elles avaient trait à la guerre que nous menons contre le Seigneur des Ténèbres. Je ne pourrais peut-être pas le faire indéfiniment, j'en ai bien conscience, mais tant que je le peux encore, je souhaite protéger et préserver mes fils de ce chaos. »

« La guerre les rattrapera pourtant un jour, Weasley ! »

« Peut-être, Fol Œil, mais pour le moment ce n'est pas le cas. Je suis navré mais c'est ma décision, » rétorqua le père de famille.

« Nous comprenons, Arthur, comme l'a dit Albus. Nous avons d'autres lieux de conseil, cela n'est pas important, » lança James Potter.

« Je suis d'accord. De toute façon, les temps deviennent de plus en plus durs. Je n'ai pas du tout envie que ma sœur et mes neveux soient mêlés à l'Ordre. Non, tais-toi Maugrey ! Molly est enceinte et elle a déjà cinq jeunes enfants à élever. Ces enfants ont besoin de leur mère et d'un foyer ! Tu n'as pas à redire à quoi que ce soit ! Le fait qu'Arthur fasse partie de l'Ordre, même de façon informelle, met suffisamment cette famille en danger ! »

Fabian avait parlé et Charlie sentit son frère se redresser à ses côtés face aux paroles de son parrain. Bill était fier de lui.

« La maison de Muriel remplacera le Terrier désormais, » décida l'héritier Prewett.

« Fabian, tu as conscience que nous ne laisserons jamais ta famille dans le besoin si un malheur arrivait, » dit gentiment Alice Londubat.

Le petit cœur de Charlie rata un battement à cette annonce. Un malheur ? Non ! Il ne voulait pas que le cauchemar qu'il avait fait quelques jours auparavant devienne réalité. Il ne voulait pas que son papa meurt ! Ni sa maman ! Ni ses frères ! Il glissa sa main froide dans celle de son frère. Ce dernier se retourna vers lui et lui caressa le dessus de la main avec son pouce, en un geste de réconfort.

« Les pertes seront inévitables et vous le savez tous... » ajouta Gideon.

« Allons, allons, inutile de parler de telles choses à cette heure. Arthur a évidement raison. De jeunes oreilles sont présentes ici et pourraient entendre des choses qu'elle ne devraient pas, » le coupa prestement Dumbledore. « À ce propos, vos enfants sont bien endormis, n'est-ce pas Molly ? »

Les deux enfants se dévisagèrent en pensant la même chose : Alerte ! Ils ne savaient pas si le vieux professeur avait réellement découvert ou non qu'ils se cachaient dans l'escalier, mais ce qu'ils savaient avec certitude, c'était qu'il était hors de question que les adultes dans le salon, surtout leurs parents, le découvrent. Sans mot dire, en silence et aussi vite que leur permettaient leurs jambes, ils détallèrent pour se précipiter dans leur chambre. Charlie s'enfouit sous ses draps, le cœur battant la chamade.

Moins d'une minute plus tard, sa mère entrait à son tour dans la pièce.

« Bill ? Charlie ? Vous ne dormez pas les enfants ? » demanda la matriarche en venant entre leurs deux lits.

Bill se redressa dans le sien.

« Non, pas tout à fait. Mais j'étais en train de m'endormir. Pourquoi tu viens, maman ? »

Charlie se redressa tout en gardant sa bouche prudemment fermée. Il n'était pas sûr de pouvoir mentir avec autant d'assurance que son aîné.

« Je suis venue voir si vous n'aviez besoin de rien, » répondit Molly en embrassant le front de son premier fils. « Ça va, Charlie ? » dit-elle en se tournant ensuite vers son cadet.

Le petit ne répondit pas mais hocha simplement la tête. Les rideaux de leurs fenêtres n'étaient pas complètement tirés, ainsi, à la lumière blafarde du croissant de lune, Molly put voir les grands yeux bleus inquiets de son cadet. Il était pâle et semblait si petit, si fragile dans son lit.

« Viens là, mon chéri » fit la mère en s'asseyant sur le matelas de son fils et en ouvrant ses bras.

En moins de temps qu'il n'en fallait pour dire Quidditch, le garçon se précipita contre la poitrine maternelle en quête de réconfort. Molly le serra contre son cœur.

« Ne t'inquiète pas, mon chéri. Maman est là. »

Elle le berça en le tenant toujours fermement, tout en passant sa main dans les cheveux doux de son bébé. Puis sa voix s'éleva dans la chambre pour chanter la berceuse qui avait déjà endormi chaque enfant de la famille Weasley un nombre incalculable de fois. Bientôt, les respirations de ses deux fils se firent plus lentes, plus régulières. Le petit corps contre elle se faisait lourd et tout mou. Elle caressa tendrement une dernière fois la tête rousse de son garçon et l'allongea dans son lit. Puis elle le borda avec amour.

Avec un pincement au cœur, elle constata que Charlie avait repris son pouce. À cette vision, Molly comprit qu'Arthur avait raison. Charlie était perturbé par toute cette noirceur qui envahissait le monde sorcier et dont il sentait la présence. Elle embrassa le front de son fils adoré et se promit de tout faire pour protéger ses bébés.

... ... ...

Printemps 1981

Il faisait nuit bien que la lune éclairait le jardin du Terrier. Dans leur chambre, Bill et Charlie, petits garçons de dix ans et demi et huit ans et demi, dormaient d'un sommeil profond.

Et oui, les "demi" étaient importants. Ils y tenaient beaucoup, l'un comme l'autre. Car ils étaient grands, ne l'oublions pas.

Surtout Bill qui ruminait souvent sur l'injustice de sa vie. Pourquoi ses parents l'avaient fait naître un 29 novembre, hein ? Pourquoi ? Ce à quoi Charlie répondait que lui était né un 12 décembre. Franchement, c'était bien pire !

Oui, parce que son anniversaire n'était qu'à quelques jours de Noël, treize pour être exact. Et ça, c'était rageant, car non seulement il ne pourrait pas faire sa rentrée à Poudlard comme les autres enfants nés en 1972, mais en plus, il recevait ses cadeaux d'anniversaire et de Noël à quelques jours d'intervalle. Treize exactement si vous vous souvenez bien. Alors que si sa mère avait attendu un peu avant de le mettre au monde, il serait né le 1er janvier. Certes, cela serait toujours aussi près de Noël, de sept jours cette fois-ci, mais au moins, il n'aurait pas eu l'impression de se faire avoir pour sa prochaine rentrée. Enfin, celle d'encore après.

Car là, c'était Bill qui voyait arriver septembre avec amertume. Car, en septembre 1981, la grosse majorité des enfants sorciers nés en 1970 embarqueraient dans le Poudlard Express, sauf lui. Pire, il n'irait plus à l'école, puisqu'il aurait fini le cycle primaire, mais n'irait pas non plus au collège, contrairement à ses copains moldus.

Alors oui, Bill et Charlie étaient amers. Enfin, Charlie l'était essentiellement par soutien vis à vis de son frère.

L'année scolaire se terminerait bientôt, mais il avait déjà la promesse de son père : lui retournerait à l'école communale de Loutry Ste Chaspoule en septembre. Il retrouverait Andy, Josh, Brenda, Kevin et Lucy. Et tous les autres copains.

Molly n'avait pas envie que Charlie retourne à l'école, tout seul. Maintenant qu'il était grand, il pouvait faire son travail scolaire à la maison, aidé par Bill, pendant qu'elle s'occuperait de Percy.

Cependant, Arthur avait été inflexible. Son fils voulait finir son cycle, alors il le finirait. Molly avait compris depuis longtemps que quand il s'agissait de Charlie, elle n'avait pas souvent gain de cause. Déjà parce que son fils était aussi têtue qu'une mule, comme tout bon Weasley qui se respectait, mais parce qu'en plus, il avait neuf fois sur dix le soutien indéfectible de son père. Elle avait donc abdiqué.

Ainsi donc, loin de leur dernière conversation sur le sujet, les deux plus grands enfants Weasley dormaient.

Percy qui aurait cinq ans deux mois plus tard, ronflait également à l'étage au-dessus, dans sa petite chambre.

Fred et George, sur le même palier que Percy et qui, eux, avaient fêté leurs trois ans deux mois plus tôt, venaient tout juste de s'endormir après une longue lutte acharnée, bien que silencieuse, menée avec leurs oreillers. Oui, ils avaient effectivement fait une bataille de polochons, en toute discrétion cela va de soit.

Quant à Ron, garçonnet d'à peine quinze mois, il suçait béatement son pouce dans son petit lit à barreaux, à côté du grand lit de ses parents. Bientôt, il devrait quitter la chambre parentale. Sa maman attendait un autre bébé, une fille cette fois, et le terme approchait à grands pas.

Quand Ginny serait née, Ron devrait déménager dans une autre chambre et laisser la place à sa sœur dans le berceau réservé aux nouveaux-nés de la famille Weasley.

Mais dans l'immédiat, Ron était seul dans la chambre de ses parents.

Molly était dans le salon. Elle attendait tout en tricotant que son époux, Arthur, rentre de sa réunion. Non pas une au ministère, comme on pouvait s'en douter. Albus l'avait appelé en urgence dans la soirée. Vous-Savez-Qui avait décidé de s'en prendre à de nombreuses familles ces derniers temps. Les Mangemorts étaient plus actifs et meurtriers que jamais. Les sorciers du Royaume-Uni vivaient désormais dans la crainte et Molly ne faisaient pas exception.

Des bruits sourds de transplanage se firent entendre dans le jardin. Inquiète, elle se redressa et saisit sa baguette, prête à se battre malgré son énorme ventre s'il le fallait. Seul Arthur était attendu chez lui, or il y avait eu plusieurs "cracs" dehors, elle en était certaine. Pourtant, Arthur et elle avaient placé de nombreux sortilèges de protection autour du Terrier. Seuls les membres de l'Ordre pouvaient transplaner dans le périmètre de sécurité. Idem pour la cheminée. À l'instant même où Molly pensait à cela, la cheminée du salon s'illumina de grandes flammes vertes.

« Poppy ? » fit Molly, surprise, en voyant l'infirmière de Poudlard en sortir, suivie de près par Minerva McGonagall.

Charlie se redressa dans son lit en un bond, le cœur battant une chamade affolée dans sa poitrine. Le hurlement déchirant qui l'avait réveillé en sursaut se poursuivait. Il jeta un regard terrorisé à son frère qui était dans le même état que lui. Sans prendre le temps de se poser plus de questions, les deux enfants sautèrent en bas de leur lit et dévalèrent les escaliers.

« Maman ! Maman ! » criaient-il en chœur alors que plus bas, les hurlements reprenaient, mêlée à des « Non ! » de désespoir et à de lourds sanglots.

Arrivés en bas des escaliers, les deux enfants s'arrêtèrent, stupéfaits.

Leur mère était par terre. Oui, Molly Weasley était à genoux, à même le sol de sa maison.

Non, plus à genoux, elle était maintenant effondrée sur le plancher, soutenue par Franck Londubat. Une grande dame à l'air un peu sévère était là également, ainsi qu'une infirmière. Ce fut tout ce que vit d'abord Charlie. Il savait qu'il y avait d'autres personnes dans cette pièce mais il était tétanisé par la vue de sa maman, en larmes, qui s'arrachait les cheveux dans les bras de Franck.

« Maman ? » chuchota Charlie.

Pourquoi, mais pourquoi tout cela ?

D'autres visages se tournèrent vers lui et son frère. James et Remus, monsieur Bones et monsieur McKinnon. Charlie les reconnut, il les avait déjà tous vus. Surtout les McKinnon. Ils étaient venus pour fêter Pâques au Terrier cette année.

Ça avait été une super journée. Les enfants avaient eu bien plus de chocolat que l'année précédente.

Charlie se rappelait qu'il avait dévoré un énorme œuf, en chocolat blanc et au lait avec des éclats de noisettes, sur les genoux de son parrain. C'était parce que ce dernier leur avait annoncé, quelques jours auparavant, que lui et Marlene allaient se marier cet été que toute la famille McKinnon était venue. Bill et lui avaient bien joué avec les deux petits-frères de leur futur tata Marlene.

Mais les pensées de Charlie s'arrêtèrent alors que leur mère levait ses yeux vers eux. Ses pleurs redoublèrent tandis qu'elle tendait une main tremblante dans leur direction.

Plusieurs choses se produisirent en même temps dans l'esprit perturbé de l'enfant. Tout d'abord, il entendit distinctement Ron qui pleurait. Puis, la voix de Benjy Fenwick, qui leur demandait de remonter, avec lui, à l'étage, parce qu'ils ne devaient pas rester là en bas, ils ne devaient pas voir leur maman comme cela. Et surtout, Charlie réalisa que son père n'était pas là.

Son petit corps commença à frissonner, les larmes à dévaler ses joues. Pourquoi il ne devait pas voir sa maman comme cela ? C'était sa maman, elle était triste alors il avait le droit d'aller la voir ! Il voulait aller la voir et savoir pourquoi sa maman pleurait ! Pourquoi sa maman pleurait, d'abord ? Et où était son papa ? Et lui, il aimait sa maman, il voulait la voir et la consoler.

L'enfant poussa un cri alors que la main de Benjy se posait sur son épaule. Il se dégagea, ivre d'une terreur qu'il ne comprenait pas vraiment.

« NON ! MAMAN ! » hurla-t-il.

Il essaya de se précipiter vers sa mère mais se retrouva ceinturé par les mains de l'adulte. L'enfant se mit à s'égosiller, à la limite de l'hystérie, tout en se débattant violemment. Il donna des coups à l'homme qui voulait l'empêchait d'aller voir sa mère, le griffa, le mordit, jetait ses pieds et ses poings contre lui. Il réussit finalement à se dégager et se jeta contre sa mère.

« Charlie, oh Merlin, Charlie, mon bébé, mon tout petit, » pleurait la mère de famille.

Elle tenait son garçon contre elle, le serrait si fort contre son cœur. Ses doigts étaient des griffes qui mangeaient la peau tendre du garçon, malgré son pyjama. Elle lui faisait mal, elle l'étouffait mais Charlie avait si peur, si peur, qu'il n'osa pas protester. Sa maman avait besoin de lui, c'était sûr. Et puis, son pauvre petit cœur d'enfant se brisa.

« Où est papa ? Maman, où est papa ? »

Personne ne répondait. Charlie comprit que son père était peut-être mort. Les méchants l'avaient tué.

Mais non ! Son père lui avait promis de faire attention, c'était un héros, il était fort. Il ne pouvait pas mourir ! L'enfant ne comprenait toujours pas pourquoi les autres adultes essayaient de l'arracher aux serres de sa mères, ni ce qu'ils disaient, tout ce qu'il savait c'était qu'il voulait rester avec sa maman et qu'il voulait son papa !

Le petit garçon pleurait, affolé, alors que des mains le tiraient d'un côté et que sa maman le retenait de l'autre.

Et puis... et puis, il le vit, il l'entendit... Son père.

Les autres adultes reculèrent tandis qu'Arthur s'asseyait aux côtés de sa femme et de son enfant.

« Arthur, je vous en supplie, éloignez ce petit, laissez-moi calmer Molly, il le faut, pour elle et son enfant à naître. Arthur, par pitié, » ne cessait de répéter l'infirmière.

Charlie sentit que son père le prenait dans ses bras. Sa mère se mit à hurler alors qu'elle voyait son enfant lui être enlevé. Charlie cria aussi, bien qu'il n'osa pas se débattre uniquement parce que c'était son papa qui le tenait. L'infirmière se plaça devant lui. Il ne vit plus sa maman. Par contre, son papa le plaqua contre son torse, le nez dans le cou de l'enfant. Charlie passa aussitôt ses bras autour de celui de son père, comme un naufragé s'accroche à une bouée.

Il ne comprenait rien, rien ! Et puis... Là, sur le canapé, pourquoi monsieur McKinnon pleurait ? Il avait du sang sur lui. Et dans sa main, il y avait deux baguettes. Pourquoi deux ?

Charlie cria alors sa douleur et son chagrin alors qu'il comprenait vraiment ce qui se passait. Il reconnaissait l'une de ces baguettes, parce qu'il avait déjà joué avec, parce qu'elle lui avait montré plusieurs fois des tours de magie, fait apparaître des papillons et des hérissons tandis que son parrain l'agitait sous le petit nez enfantin, un grand sourire aux lèvres.

« Gideon ! Tonton ! Papa, où est tonton ?! »

Pourtant son papa ne répondit pas, il sortit du salon, loin des cris, des pleurs, des autres personnes qui étaient arrivées et dont certaines étaient blessées. Il franchit le seuil de leur porte entraînant le petit garçon dehors, derrière la maison, à côté du garage. Là, il s'adossa contre le mur et, toujours en tenant Charlie contre lui, Arthur Weasley glissa sur le sol.

« Papa, papa... » sanglotait l'enfant en regardant son père, les yeux noyés par les larmes.

Il voyait trouble, mais le visage de son père était tordu dans une grimace. Il posa l'une de ses petites mains sur la joue paternelle, pour être sûr de ce qu'il lui semblait voir.

« Papa... Pourquoi tu pleures ?... Pourquoi tout le monde est là et pourquoi... Maman... » hoqueta Charlie. « Papa, où est tonton ? »

« Charlie, mon bébé, tonton... » Arthur s'arrêta et plaqua la tête de l'enfant contre lui.

Il embrassa les cheveux roux, humant l'odeur de son fils, comme pour s'assurer qu'il était bien là.

« Gideon et Fabian... ils sont dans ton cœur, ils seront toujours dans ton cœur, mon chéri, » murmura le père.

Le corps de son enfant sur son torse se mit à trembler, à se secouer alors que le petit éclatait en sanglots.

Arthur resta longuement là, assis dans la poussière, sans lâcher son cadet qui n'avait plus de parrain. Bien plus tard, Poppy vint les retrouver et aida Arthur à se redresser.

Elle avait donné des potions calmantes à Molly qui avait été ensuite emmenée dans sa chambre. Bill avait été conduit par le jeune Fenwick dans la future chambre de Ron, au cinquième étage, avec le bébé. Il était resté avec eux jusqu'à ce que les deux enfants se rendorment. Les autres héritiers Weasley de la maisonnée n'avaient pas bronché, toujours plongés dans un sommeil bienfaiteur.

L'enfant endormi dans ses bras, Arthur pénétra dans son salon. Il jeta un bref regard à Albus qui rentrait dans la cheminée avec le père de Marlene. Ils allaient chez les McKinnon pour lui annoncer que son mariage n'aurait jamais lieu.

Poppy embrassa le père de famille en lui expliquant qu'elle avait laissé d'autres potions, mais qu'elle reviendrait le lendemain matin pour voir comment allait Molly. Elle disparut elle aussi dans la cheminée. Arthur resta donc seul dans son salon. Il vit, posée sur la commode, la baguette de Gideon. Des taches de sang l'ornaient toujours.

Fabian et Gideon s'étaient battus, vaillamment. L'Ordre était arrivé mais trop tard. Dolohov avait été arrêté et emmené à Azkaban. Pendant que Fabian mourait dans les bras de son beau-frère.

Arthur grimpa les escaliers et ouvrit la porte de sa chambre. Molly dormait, Bill dans ses bras. L'enfant n'avait pas dû réellement s'endormir avec Fenwick apparemment. Le père et époux s'approcha d'eux, pour s'assurer qu'ils allaient bien. Enfin, si ce mot signifiait encore quelque chose. Il referma doucement la porte de sa chambre et entra dans celle de ses fils.

D'un geste de sa baguette, il transforma les deux lits simples en un seul lit double. Il allongea Charlie dessus, directement sur le dessus de lit et se déshabilla. Mais avant de se coucher, il s'arrêta avant de tourner les talons précipitamment. Non, il ne pouvait faire autrement. Alors il se dépêcha de prendre une douche rapide. Hors de question que la moindre poussière de ce lieu maudit ne touche son enfant endormi. Il ne réfléchit pas au fait qu'il avait déjà serré son fils contre lui à cet instant. Toutefois, il le réalisa pleinement quand il pénétra de nouveau dans la chambre de l'enfant. Ainsi, délicatement, il le déshabilla lui aussi et lui mit un pyjama propre. Puis, vêtu d'un tee-shirt qu'il avait trouvé dans la salle de bains et de son caleçon, il se glissa entre les draps du lit, en tenant Charlie contre lui. Le petit, qui avait à peine gémi le temps de son changement de pyjama, ouvrit vaguement un œil, se serrant un peu plus contre son père.

« Papa... dodo avec moi... » souffla-t-il.

« Oui mon poussin, papa reste avec toi. Papa restera toujours avec toi, Charlie. »

L'enfant se blottit dans les bras paternels, fourra son pouce dans sa bouche et se rendormit aussitôt.

Tenant son fils comme s'il était le plus précieux des trésors, ce qu'il était en réalité, Arthur ferma les yeux.

... ... ...

Charlie tenait fermement la main de son père. Il avait cru que les enterrements se passaient toujours quand il pleuvait. Dans les livres qu'il avait lus, c'était cette image qui était à chaque fois présente. Mais c'était un mensonge, parce qu'aujourd'hui, le soleil brillait et il faisait très chaud. Sa main était moite dans celle de son papa et la robe noire qu'il portait lui serrait le cou.

Mais Charlie Weasley ne se plaignit pas. Sa maman était à côté de son père, gémissante, sa main dans celle de Bill. Tout le monde pleurait et Marlene était si pâle, dans les bras de sa mère.

Même tante Muriel sanglotait dans son mouchoir en dentelle. Ses jeunes frères n'étaient pas là, seuls les deux aînés et filleuls des personnes enterrées en ce jour étaient présents. Percy, Fred, George et Ron étaient chez leur oncle Bilius.

Le lendemain de la nouvelle de la mort des deux jeunes Prewett, les enfants Weasley avait été dispatchés dans toute la famille d'Arthur, en général chez leur parrain ou marraine respectif.

Bill était parti chez tante Wanda. Par contre, Charlie avait refusé tout net d'aller chez sa tante Magda. Il avait fait une véritable crise de nerfs, les mains cramponnées à la robe de son père. Poppy avait dû lui donner, à lui aussi, une potion calmante. Ensuite, Arthur avait emmené son fils dans sa chambre, montrant par ce geste qu'il garderait son cadet avec lui.

Le père de famille avait un peu honte de lui, il se sentait égoïste et même un peu injuste vis à vis de ses autres enfants. Mais il avait besoin de ce fils près de lui. Et il semblait évident que l'enfant ne supporterait pas d'être séparé de son père, de toute façon.

Charlie détourna son regard des personnes présentes, ses yeux bleus se fixant de nouveau sur les deux cercueils noirs devant lui. De sa main libre, il tenait une rose, d'un joli rose tendre. La fleur sentait vraiment très bon.

« Regarde Charlie, viens voir comme ces fleurs sont belles. »

« C'est quoi, tonton ? »

« Des roses. Ce sont mes fleurs préférées. En plus, ces pieds viennent de Poudlard. Quand tu seras là-bas, tu verras qu'il y a une grande roseraie avec les plus belles roses au monde. J'ai pu avoir quelques pieds et regarde, les rosiers sont tout fleuris. »

« Elles sentent trop bon ! »

« Oui. Tu sais, Charlie, les roses sont les fleurs de l'amour. Chaque couleur a une signification. Tu comprendras quand tu seras plus grand. Mais un jour, tu pourras venir dans mon jardin en cueillir pour offrir un bouquet à ta chérie. »

« Tonton, j'ai pas de chérie ! »

« Bien sûr, mais quand tu seras plus grand. »

« Tu as offert des roses à Marlene ? »

« Oui. Toi aussi, Charlie, un jour tu offriras des roses à la personne que tu aimes. Un jour, tu seras fou amoureux et alors, tu choisiras les plus belles roses que tu puisses trouver pour en faire un bouquet pour la personne avec qui tu voudras finir ta vie. »

Charlie posa sa rose sur le cercueil de son parrain, qui n'en offrirait plus jamais.

Un mois plus tard, la famille McKinnon était enterrée à son tour.

... ... ...

Été 1981

Charlie se leva pour aller dans la cuisine et regarder, encore une fois, l'horloge de sa mère.

« Alors ? Du nouveau ? » demanda Bill en pénétrant à son tour dans la pièce.

« Non, toujours rien. »

Les deux enfants soupirèrent en chœur.

« Tu veux un chocolat ? » proposa l'aîné.

Le second enfant Weasley hocha la tête et s'assit sur une chaise. Il posa ses bras sur la petite table en bois brut, plaçant son menton par dessus.

Les aiguilles magiques n'indiquaient rien de nouveau depuis la dernière fois qu'il les avait observées. Les aiguilles de ses frères étaient toujours placées sur "À la maison", comme la sienne. Celles de son père et de sa mère sur "En visite". Mais celle de sa future petite sœur, qui était apparue la veille, était quant à elle positionnée sur "En déplacement".

Bill lui apporta son bol de lait chocolaté et le petit le touilla consciencieusement en n'oubliant pas de remercier son frère.

Après une ou deux gorgés du liquide bien chaud, un petit bruit leur fit tourner la tête. L'aiguille de Ginny avait changé de place. Elle était maintenant elle aussi sur "En visite".

« Je crois que notre sœur vient de naître, » annonça simplement Bill avant de replonger le nez dans son propre bol.

... ... ...

« Molly, ton bébé est vraiment magnifique. Tu as une très belle famille, mais sincèrement, sept enfants, je t'admire ! »

Molly sourit à la jeune mère de famille en face d'elle qui mettait son propre petit garçon dans le parc de Ron, en compagnie du petit rouquin. Les deux enfants se dévisagèrent un instant, puis décidèrent de retourner chacun à leur propre jeu.

« J'aimerais bien un autre bébé, mais James pense que la situation est trop délicate. Et puis Harry est encore petit. L'année prochaine sans doute, » fit Lily en donnant au bébé aux cheveux noirs une petite voiture en bois. Elle l'avait trouvée dans un magasin moldu et avait craqué dessus.

Elle se retourna et s'assit aux côtés de Molly qui donnait la tétée à la petite Ginny. Le salon et le jardin étaient remplis d'enfants qui jouaient. Il y avait aussi Neville Londubat et la petite Susan Bones, qui partageaient un autre parc un peu plus loin. Les quatre bébés avaient le même âge, à quelques mois près. Molly, fatiguée de son accouchement récent et obligée de rester avec Ginny, s'était proposée pour tous les garder. Lily Potter avait annoncé qu'elle resterait avec elle, pour l'aider.

« Il a de très beaux yeux, Harry, » dit Charlie, penché au-dessus du parc, en train de regarder les deux bébés qui maintenant se battaient pour la petite voiture rouge.

Le petit brun tira dessus, réussissant à la retirer de la main de son congénère qui lui avait prise. Aussitôt et pour bien faire comprendre que son bien n'était qu'à lui, il lui frappa la tête avec le jouet en question. Ron se mit à hurler.

« Harry ! Ce n'est pas très gentil ! On ne tape pas, chéri, » le gronda Lily en se relevant. « Il faut aussi savoir partager ses joujoux. »

Le bambin la regarda de ses grands yeux verts, dubitatifs et innocents. Charlie explosa de rire puis souleva le garçonnet pour le sortir du parc.

« Je peux jouer avec lui ? J'ai plein de figurines d'animaux, » demanda le jeune rouquin à leur invitée.

« Oui, si tu veux. Tu es sûr que cela ne t'embête pas, Charlie ? C'est vraiment très gentil à toi de t'occuper de Harry. »

« Il est mignon. Et puis Ron, lui, il arrête pas de vouloir manger mes figurines ou de leur baver dessus. C'est dégoûtant, » expliqua le petit garçon en tenant le bébé par la main. « Viens Harry, on va jouer. »

Les mères les regardèrent partir en direction du jardin. Ron, furieux de voir que son potentiel copain et surtout l'étrange objet qu'il voulait goûter s'en allaient, commença à bramer son mécontentement. Lily se pencha et le porta pour le consoler.

« La cérémonie était à quelle heure ? »

« Dix heures et demi, » répondit Molly.

Les Bones seraient enterrés dans le cimetière de Godric's Hollow.

... ... ...

Octobre 1981

Le bus s'arrêta et le garçon descendit prestement de son siège en mettant son sac sur son épaule. Il était le seul à descendre à cet arrêt, qui d'ailleurs était le plus reculé. Le chauffeur lui souhaita un bon week-end en lui faisant un signe aimable de la main. Le petit lui sourit en lui souhaitant de même et sauta en bas de la haute marche.

Edward était sympa comme chauffeur. Plus que Daisy qui hurlait toujours sans réussir à se faire respecter par toute la marmaille. En plus, elle pestait régulièrement parce que depuis que Charlie et Bill étaient élèves, cela avait considérablement rallongé son circuit de ramassage scolaire. Tout ça juste pour deux misérables gamins ! Combien de fois ne l'avaient-ils pas entendue râler que leurs parents pourraient quand même faire l'effort de les conduire à l'école ou au moins, jusqu'à l'arrêt de bus de St Angel, cinq kilomètres plus bas.

Les enfants Weasley avaient vite compris qu'elle n'attendait pas vraiment de réponse de leur part, ils la laissaient donc bougonner dans son coin. De toute façon, qu'est-ce qu'ils pourraient bien lui dire ? Oui, ils étaient les seuls enfants de ce côté-ci du canton à prendre le bus scolaire, car ils étaient aussi les seuls enfants sorciers à aller à l'école moldue, placée de l'autre côté. Jamais les Diggory ou les Lovegood, par exemple, n'enverraient leurs enfants à l'école communale. Les Moldus ignoraient qu'une frontière informelle existait, plaçant les nombreuses familles sorcières d'un côté et les familles moldues de l'autre. Et c'était très bien ainsi.

Se protégeant de la pluie comme il le pouvait, Charlie se dépêcha de prendre la petite route en contrebas. La majorité des Moldus ne savait pas qu'elle existait, ni où exactement les Weasley habitaient. Il courut, sa capuche fermement nouée. Comme il s'en doutait, son frère l'attendait un peu plus loin, à la sortie d'un virage. Bill ne pouvait pas être vu par les chauffeurs de bus. Après tout, il était censé être dans un pensionnat, à Exceter.

« Mets-toi vite à l'abri, » dit ce dernier en lui soulevant son immense parapluie. « Alors, quoi de neuf ? »

Bill lui posait toujours cette question, tous les soirs dès qu'il voyait Charlie. Puis ils passaient une bonne heure à papoter dans leur chambre avant de s'endormir, pour compléter ce qu'ils n'auraient pas eu le temps de se confier avant.

« Super nouvelle ! Andy va faire une fête pour Halloween demain. Tu es invité aussi. J'ai dit que tu venais ce week-end, » déclara Charlie avec un grand sourire.

Il savait que son frère trouvait les journée bien longues et se doutait que sortir de la maison ne serait pas pour lui déplaire, loin de là. C'était dur pour Bill. Lui et Charlie avaient pris l'habitude d'être indépendants pendant l'année scolaire, de voir du monde, de jouer avec des copains. Se retrouver du jour au lendemain toute la sainte journée enfermé à s'occuper des petits, à aider aux tâches ménagères et à travailler seul était loin d'être évident.

« Ça m'étonnerait que maman soit d'accord » fit Bill d'un ton lugubre.

Déjà, elle n'aimait pas que ses enfants sortent chez leurs amis Moldus, ils ne savaient d'ailleurs pas trop pourquoi. En plus, elle avait peur. Et si des Mangemorts les kidnappaient ? Les nuits étaient certes dangereuses, mais les journées aussi.

« T'en fais pas, Andy me parle de cette soirée depuis le début de la semaine. Il a réussi à convaincre ses parents hier soir. Ça va être une super fête, crois-moi, la moitié de l'école est invitée ! Et moi, » ajouta le gamin avec un sourire malicieux et les yeux pétillants. « J'ai déjà l'accord de papa ! »

Bill dévisagea son frère avec des yeux ronds. Puis il explosa de rire.

« Charlie Weasley, quand tu veux, tu es vraiment diabolique ! »

L'enfant se mit à rire de concert avec le plus grand. Une douce chaleur envahit son cœur. Ce que venait de dire Bill était un incroyable compliment. Merlin, ce qu'il pouvait aimer son grand frère.

Ce fut ainsi que le lendemain soir, Arthur Weasley se retrouva à sonner à la porte d'entrée d'une maison moldue, atrocement décorée de guirlandes oranges et blanches. Des têtes de citrouilles étaient placées sur le perron et brillaient d'une lumière maladive.

Une jeune femme déguisée en vampire leur ouvrit et poussa des hauts cris aigus.

« Oh mon dieu ! Mais vous êtes adoraaaaaaaables les enfants ! Et je vois que même votre papa s'est déguisé, comme c'est charmant ! » fit la femme, provocant la surprise chez Arthur et un rire peu charitable de ses enfants.

Déguisé ? Lui ? Bien sûr que non ! Il avait fait exprès de prendre des habits moldus pour passer inaperçu. Il jeta un regard en coin à ses fils qui pouffaient toujours. Qu'est-ce que cette Moldue et ses enfants pouvaient bien reprocher à sa tenue ?

« Euh, hum, bien sûr, bien sûr » bafouilla-t-il. « À quelle heure je dois venir les rechercher ? Charlie n'a pas su me dire, » demanda Arthur en changeant de sujet.

« Oh, eh bien nous avons dit vers minuit. Cela ne fait pas trop tard pour vous, j'espère ? »

Cette fois, Arthur ne cacha pas sa surprise. Minuit ? Eh bien, il ne pensait pas que ses garçons auraient déjà la permission de minuit à pas encore neuf et onze ans. Il ouvrit la bouche pour protester quand il sentit une petite main se glisser dans la sienne. Son regard bleu vif, dont avaient hérité Ron et Bill, se trouva plongé dans ceux outremer de son cadet. Le petit lui fit son plus beau sourire, sa fossette sur la joue droite se creusant délicieusement. Les yeux de Charlie étaient à la fois suppliants et pleins de confiance.

« Eh bien... Je... Bon, d'accord, » soupira Arthur.

Les deux petits sorciers crièrent de joie et lâchèrent la main de leur père pour foncer dans la maison. Leurs déguisements n'avaient pas été bien difficile à trouver. Ils avaient les robes noires qu'ils avaient portées pour l'enterrement de leurs oncles et les chapeaux de ces derniers, un peu trop grands, datant de l'époque où Gideon et Fabian étaient rentrés à Poudlard.

« Soyez sages, les garçons, » lança Arthur aux rouquins qui avaient déjà disparu dans une nuée d'autres enfants.

« Ne vous inquiétez pas, tout va bien se passer, » lui assura la mère d'Andy avec son charmant sourire.

La soirée se passa effectivement bien, les enfants se gavèrent de bonbons et de gâteaux, le tout arrosé de litres de jus d'orange et de pomme. Ils furent cependant interrompus par des bruits d'explosions sourdes qui les firent se précipiter vers la double porte vitrée du salon.

« C'est quoi ça, madame Hopking ? » demanda Miranda, une petite fille déguisée en fantôme.

« Je ne sais pas du tout, on dirait un feu d'artifice. »

Bill et Charlie se prirent la main avec des sueurs froides dans le dos. Un feu d'artifice ? Le nez collé contre la vitre, ils essayaient de voir où étaient les lumières et à quoi elles ressemblaient. Chaque petit garçon adressait une prière silencieuse à Merlin et aux quatre fondateurs. Ils n'étaient pas sans ignorer que les sorts avaient des couleurs différentes mais ils étaient terrorisés à l'idée de voir un "feu d'artifice" en forme de crâne avec un serpent dans la bouche vers l'endroit où se tenait le quartier sorcier et le Terrier.

La fête leur sembla d'un coup bien moins jouissive et c'était avec angoisse désormais qu'ils regardaient l'heure sur la grosse horloge du salon. Leur crainte ne dura pas trop longtemps, heureusement, car on sonna à la porte d'entrée. Il n'était que 23h30, mais en voyant qu'il s'agissait de leur père, aucun des enfants ne songea à protester pour leur demi-heure de soirée sacrifiée.

Ils prirent rapidement leur blouson et après avoir grandement remercié la famille d'Andy, ils suivirent leur père.

« Papa, qu'est-ce qui se passe ? » demanda Bill d'une voix angoissée.

« Venez les garçons, je vais vous montrer. »

Arthur saisit la main de ses fils dans les siennes et au détour d'une maison, il transplana.

Ils se retrouvèrent sur le Chemin de Traverse. La foule autour de lui fit peur à Charlie. Il y avait aussi des pétards, des feux d'artifices. Le ciel noir montraient que plusieurs hiboux volaient en tout sens. Les gens criaient dans la rue et s'embrassaient.

Le petit garçon tendit les bras à son père qui le porta. Certes, Charlie avait bientôt neuf ans, mais il n'était pas très grand et plutôt léger.

« Pourquoi tout le monde est dehors ? »

« Vous vivez un moment important de notre histoire mes enfants. Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom a été détruit, » déclara Arthur.

Ses fils le regardaient, éberlués. Puis, comprenant que la guerre était finie, que plus personne ne mourrait, qu'ils étaient sauvés, ils se mirent à hurler de joie eux aussi. Charlie descendit des bras paternels pour pouvoir danser dans la rue, chantant et criant avec d'autres enfants, le regard tourné vers le ciel.

Au bout d'un instant, Charlie tourna son visage vers son père et son rire resta en travers de sa gorge. Arthur ne riait pas. Il semblait grave.

« Papa ? » demanda le petit en glissant sa main dans celle de son père. « Pourquoi tu es triste ? La guerre est finie, non ? »

« Oui mon chéri. Mais... Je pense à tout ceux qui ne sont pas là avec nous, mon enfant. Je pense aussi à deux amis, qui sont morts aujourd'hui, en affrontant Tu-Sais-Qui. »

Charlie sentit sa propre joie s'évader.

« Qui est mort ? »

« Les Potter, » fit Arthur avec une grimace.

Charlie eut alors une grosse envie de pleurer. James et Lily étaient gentils et Harry... Harry était juste un petit bébé. Son père le reprit dans ses bras et l'enfant passa ses bras autour de son cou.

« Harry était tout petit, » pleura Charlie.

« Harry n'est pas mort, Charlie. Personne ne comprend comment, mais c'est grâce à lui si la guerre est finie. Il a détruit le Seigneur Noir. »

Le petit garçon redressa la tête, surpris. Effectivement, il ne comprenait plus. Mais en fourrant de nouveau son nez dans le cou de son père, Charlie se moquait de savoir pourquoi et comment Harry Potter avait pu détruire le grand méchant qui faisait si peur. Tout ce qu'il voyait, c'était que si son cauchemar ne se réaliserait pas, Harry, lui, n'avait plus ni papa ni maman désormais.

... ... ...

Le petit garçon avait déjà vu sa mère en colère, de très, très, très nombreuses fois. Voir Molly Prewett, épouse Weasley, gesticuler dans une pièce, les joues rouges et entendre ses doux hurlements n'était donc pas une nouveauté pour lui. Par contre, c'était bien la première fois qu'il la voyait exploser devant un adulte qui n'était pas un membre de sa famille.

Il fallait reconnaître que Charlie en était admiratif. Sa mère n'avait peur de rien, pas même de l'illustre professeur Dumbledore dont il avait déjà la carte de chocogrenouille au moins cinq fois.

C'était également la première fois qu'il partageait sa colère. Certes, il ne se serait pas permis de crier lui aussi sur le professeur Dumbledore, ni sur aucun adulte. Ses parents ne l'auraient pas accepté, de même que ses institutrices. Et Charlie était fier de l'éducation qu'il recevait tant au Terrier qu'à l'école communale. Mais il avait fermé ses mains en deux poings et se mordait l'intérieur des joues pour s'empêcher d'encourager et d'applaudir sa mère.

« Comment, Albus, comment pouvez-vous laisser cet enfant à des Moldus ! Vous savez parfaitement ce que Lily, Alice et moi, nous nous sommes engagées à faire les unes vis à vis des autres si un malheur nous arrivait, à nous ou notre famille. Augusta est tout à fait capable d'élever Neville. Mais Harry ! HARRY ! » explosa Molly. « Vous savez très bien que la sœur de Lily n'avait plus aucun rapport avec les Potter. Je VEUX récupérer Harry ! »

« Molly, mon enfant, calmez-vous. Je le sais parfaitement mais les Dursley restent la famille légitime du jeune Potter. De plus, vous avez certainement assez à faire avec vos propres enfants. Pétunia n'a qu'un seul fils, elle pourra subvenir aux besoins de son neveu. »

De rouge, Molly passa à une couleur proche du violet. Alors là, c'était sûr, Charlie devint admiratif. Jamais sa mère n'avait eu cette couleur sur les joues. Et pourtant, ses enfants l'avaient poussée plus d'une fois à bout.

« COMMENT OSEZ-VOUS ! INSINUEZ-VOUS QU'ARTHUR ET MOI SOMMES INCAPABLES DE SUBVENIR AUX BESOINS DE NOS ENFANTS ? PENSEZ-VOUS VRAIMENT QUE L'ARGENT EST CE QU'IL Y A DE PLUS IMPORTANT !? C'EST L'AMOUR, ALBUS, L'AMOUR QUI RÈGNE DANS CETTE FAMILLE QUI FAIT NOTRE FORCE ! ET OUI, J'AI SEPT ENFANTS, RAISON DE PLUS ! SEPT OU HUIT, QUELLE DIFFÉRENCE ? J'AI DÉJÀ ÉLEVÉ UNE PAIRE DE JUMEAUX, RON ET HARRY SERAIENT DE MÊME ET CELA NE M'EFFRAYE PAS ! JE NE VOUS PENSAIS PAS AUSSI, AUSSI... BORNÉ ! » hurla la matriarche sans aucune retenue.

Charlie ouvrit de grands yeux. Non, il ne rêvait pas, l'illustre professeur semblait se ratatiner face à la furie de sa mère.

« Molly, je vous assure que ce n'était pas du tout mes propos. Croyez-moi, mon enfant. Si je pouvait faire autrement, je le ferais sans l'ombre d'une hésitation et Harry serait déjà parmi vous. Mais c'est impossible. Vous ne savez pas tout, Molly, mais il en va de sa sécurité ainsi que de celle du monde sorcier. »

Le ton calme et impassible du vieil homme, tout autant que ses paroles, firent se dégonfler Molly aussi vite qu'un crapaud buffle.

« C-comment cela ? »

« Nous ne sommes peut-être pas aussi à l'abri que nous le pensions. Le temps seul nous permettra de le savoir. Maintenant, certains choix se sont imposés à moi, comme je me dois de vous les imposer à mon tour. »

Molly et Arthur acquiescèrent, puis la femme se jeta dans les bras de son époux. « Alice... Lily... » murmura-t-elle dans son cou.

Albus Dumbledore se dirigea vers la cheminée.

« Je vous laisse. Prenez soin de vous mais n'oubliez pas. Pour reprendre une expression chère à l'un de nos amis : vigilance constante ! »

Avant de pouvoir jeter de la poudre de cheminette dans l'âtre, Charlie vint à côté du grand sorcier et tira sur sa robe d'un joli violet à pois verts.

« Oui, Charlie ? » demanda le vieil homme.

« Alors Harry ne viendra pas à la maison ? »

« Non, c'est impossible. Pas maintenant. »

« Alors on le reverra plus jamais ? »

« Oh, m'as-tu vraiment entendu dire une chose pareille ? » fit Albus en regardant le petit garçon par dessus les verres en demi-lune de ses lunettes. L'enfant secoua sa tête.

« Je vais te dire ce que j'ai déjà dit à un ami, que tu connaîtras bientôt. Ce n'est qu'un au revoir, Charlie, pas un adieu. Harry reviendra un jour. Et il aura peut-être, certainement même, besoin d'alliés et d'amis. Des personnes fortes, courageuses, qui l'aideront à accomplir son destin. »

« Des personnes comme mon papa ou mes tontons ont fait pendant la guerre ? »

« Oui. »

L'enfant planta ses prunelles dans celles du grand sorcier qui sourit. Il y avait une détermination peu commune dans ces yeux bleus pourtant si jeunes.

« Alors, je serai là. Je serai aussi fort que Gideon, Fabian ou mon papa. »

... ... ...

C'était un Noël plutôt pluvieux et gris. Charlie les aimait neigeux et froids. La veille, tante Muriel était venue passer le réveillon et pour la plus grande joie de l'enfant, pour une fois elle ne lui avait fait aucune réflexion désagréable. Par contre, elle avait passé une grande partie de sa soirée à pester après des jumeaux qui étaient trop bruyants et beaucoup trop remuants. Il fallait dire que ces derniers, au lieu de se faire discrets, n'avaient eu de cesse de faire enrager leur grande tante. Plus elle les critiquait, plus ils se déchaînaient.

Tout le monde était levé depuis longtemps en ce matin de Noël et les cadeaux déballés, dans les cris et la joie. Charlie regarda ses jeunes frères et sa petite sœur en train de jouer. Il était heureux car il avait la chance d'être dans une famille aimante et pleine de vie. Certes, ils n'étaient pas très riche, chaque enfant n'avait eu qu'un seul cadeau de la part de leurs parents, mais il s'en fichait.

Son père s'approcha de lui, lui ébouriffant les cheveux.

« Alors mon fils, tu es content de ton Noël ? »

« Oui. »

« Maman et moi, on a un autre cadeau, pour Bill et toi. Habille-toi et viens dehors. »

L'enfant, étonné, se dépêcha de mettre son blouson chaud par dessus le pull vert sapin que lui avait tricoté sa mère et plaqua son bonnet sur sa tête. Une fois prêt, il sortit et attendit sous le léger crachin que son frère et ses parents ne sortent également.

« C'est quoi ? » demanda Bill.

« Vous verrez bien, c'est dans le garage, » répondit le patriarche.

Les deux garçons se regardèrent de plus en plus excités. Arthur ouvrit la porte, ils entrèrent dans le capharnaüm que leur père entreposait dans cette pièce.

Les enfants s'arrêtèrent de marcher et restèrent bouche bée. Devant eux, entouré d'un gros nœud, rouge pour Bill, vert pour Charlie, se tenaient deux balais. La gorge de Charlie se noua alors qu'il se remettait à marcher lentement vers son présent. Indépendamment de la couleur de son ruban, il savait parfaitement quel était son cadeau et celui de son frère. Ses doigts passèrent avec révérence sur le bois foncé et parfaitement lustré. La brosse en nylon était impeccable, de même que les repose-pieds en métal qui brillaient. Contrairement au balai de Fabian, le Nimbus 1700 de Gideon était comme neuf. Là où avait été fait le nœud, le petit garçon découvrit, fermement attachée au manche, une baguette en bois plus clair. Il n'y avait plus la moindre goutte de sang, heureusement. Elle était en parfait état, bien que l'on voyait clairement que la baguette avait déjà eu une vie avant lui.

Charlie défit le nœud, se saisissant de la baguette. Alors que sa main se refermait sur le manche, une chaleur envahit son bras et se propagea dans tout son corps. Il sentait que la baguette devenait la sienne. Elle l'acceptait comme nouveau maître. L'enfant fit un léger geste souple du poignet. Une gerbe d'étincelle vertes et dorées s'échappèrent et l'enveloppèrent, le chatouillant légèrement.

Cette baguette était sienne.

Il se tourna vers ses parents, ému.

« Est-ce... est-ce que je peux essayer mon balai ? »

Sa mère jeta un bref regard inquiet à son mari. Charlie n'avait que neuf ans, était-ce réellement prudent ?

« Tu ne vas pas haut et tu restes au-dessus du jardin, » répondit son père.

Charlie se saisit de son nouveau balai avec révérence et se dirigea vers le jardin. La petite pluie fine avait cessé. L'enfant enfourcha le manche poli en se rappelant toutes les fois où il l'avait fait, son parrain le tenant derrière lui. Cette fois-ci, il serait seul mais il n'avait pas peur.

Il coinça sa baguette sous son pull et tapa fermement du pied par terre. Pas une seule seconde il n'imagina qu'il n'arriverait pas à décoller. Cette idée ne l'effleura pas le moins du monde. Peut-être pour cette raison, le balai s'éleva immédiatement dans les airs. De façon quasi instinctive, l'enfant se plaça correctement et, relevant le manche, il grimpa un peu plus haut dans le ciel.

Charlie vola de longues minutes, appréciant le vent dans ses cheveux ainsi que la fraîcheur de cette journée d'hiver. Il n'alla pas trop haut cependant, pour ne pas effrayer ses parents qui l'observaient de la terre ferme. Il savait que son père aurait pu prendre sa vieille Comète et le rejoindre, mais le patriarche lui faisait confiance et le lui démontrait. Bill était aussi plus timoré que Charlie en ce qui concernait les balais, sans doute Arthur pensait qu'il serait préférable de rester avec son aîné. L'enfant baissa son regard, constatant qu'effectivement, le patriarche était avec Bill à lui expliquer comment faire et à l'encourager.

Le jeune garçon essuya de son bras les dernières larmes qui coulaient sur ses joues. Il était fier de son parrain, ne l'oublierait jamais et l'aimerait toujours.

... ... ...

À suivre

... ... ...