NDA : Je vous informe que le chapitre suivant ne sera pas posté dimanche mais lundi. Bonne lecture. D'autre part, toutes réclamations concernant les décès de Fabian, Gideon, des Bones, et des McKinnon doivent être adressées à JKR, je n'ai fait que respecter le canon, comme pour beaucoup d'informations dans cette fiction. Oui, pour une fois, ce n'est pas mon côté psychopathe qui a frappé ^^' Bonne lecture.


Chapitre 4


Années 1982 - 1984

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Sans Bill


Septembre 1982.

En regardant le Poudlard Express qui partait en emmenant son frère aîné loin de lui, Charlie eut une énorme envie de pleurer. Mais il aurait dix ans dans moins de quatre mois, il était donc hors de question qu'il se laisse aller ainsi à une telle démonstration en public. Il avait sa fierté mais surtout, Bill parti, c'était lui maintenant l'aîné de la fratrie. D'ailleurs, les petites mains de Ron d'un côté et Fred de l'autre étaient là pour le lui rappeler. Il jeta un bref regard à sa mère qui tenait Ginny dans ses bras et avait cramponné fermement George de sa main libre. Percy, lui, faisait encore des coucous au train que l'on ne voyait déjà plus.

« Allez les enfants, il est temps de rentrer. Bill nous écrira bientôt pour nous dire dans quelle maison il a été réparti, » sanglota Molly.

Sa mère, elle, n'avait pas pu retenir ses larmes en voyant son bébé le plus âgé la quitter pour de nombreux mois.

Le retour au Terrier fut sinistre. Du moins pour Charlie. Les plus petits eux s'étaient vite remis du départ de leur frère. Ils avaient déjà investi le jardin et le salon en se courant après en hurlant. Ginny se mit aussi à crier dans les bras de sa mère, tapant la tête rousse maternelle pour qu'elle la pose à terre. Molly se baissa et la petite sortit de son giron pour se lancer, à quatre pattes, derrière Ron. Une fois arrivée près de son frère, elle se redressa et lui tira les cheveux avant de lui piquer son ours en peluche.

L'effet ne se fit pas attendre, Ron devint grenat, se mit à beugler en tentant de récupérer son bien. Cet ours était son doudou, hors de question que cette pimbêche à couches ne le lui vole !

« RON ! GINNY ! » hurla madame Weasley en se précipitant pour séparer les tout-petits. « Charlie, occupe-toi des trois autres, allez, filez dehors ! »

L'enfant récupéra donc l'un des jumeaux sur le canapé, l'autre sous la commode, puis tira Percy de sa chaise pour les traîner dehors.

« On va faire la chasse aux gnomes, » proposa le plus grand.

« Ouaissss ! » crièrent les jumeaux en partant en courant au fond du jardin.

« Pffffff ! » soupira Percy. « Non, j'ai pas envie. Je monte dans ma chambre, j'ai pas fini mon livre. »

« Comme tu veux, Perce. Mais fais pas de bêtises, » rajouta Charlie alors que Percy retournait à l'intérieur.

Pas que ce dernier fasse beaucoup de bêtises mais il préférait être prudent. La dernière fois, Percy avait quand même trouvé le moyen de faire fondre la marmite maternelle. Charlie, qui était dans la cuisine en train d'éplucher les pommes de terre, avait gardé la marque de la main de Molly sur ses fesses toute la soirée.

Charlie s'assit sur les marches de l'entrée, regardant les jumeaux au loin qui pourchassaient les gnomes. Il fut bientôt rejoint par Ginny et Ron qui jouèrent devant lui dans la terre sèche.

Ce fut ainsi que les trouva le soir Arthur en rentrant du travail. La meute de jeunes rouquins se précipita sur leur père pour lui souhaiter la bienvenue. Ce fut le signal pour rentrer dans la cuisine où ils s'installèrent à table, après être passés à tour de rôle devant l'évier pour se laver les mains.

Après dîner, Arthur et Molly montèrent coucher les quatre plus jeunes. Percy s'installa sur le canapé, Charlie débarrassa la table et commença la vaisselle. Bill lui manqua comme jamais depuis le matin. Et dire que cela faisait à peine quelques heures qu'ils étaient séparés. Il pensa qu'à cette heure, Bill devait déjà savoir dans qu'elle maison il était, il avait sans doute fini de manger et devait se rendre à son dortoir. Le cœur de Charlie se serra. C'était tellement injuste que les enfants sorciers doivent avoir onze ans révolus pour faire leur rentrée.

Une fois fini, il ordonna à Percy de lâcher son livre afin de monter prendre sa douche. Le plus jeune lui tira la langue mais lui obéit. Après tout, Charlie était l'aîné et Percy respectait l'autorité. Contrairement à George et Fred qui n'écoutaient qu'une fois sur dix. Et encore, Charlie et Bill étaient des privilégiés sur ce point.

Charlie monta lui aussi dans la salle du bains du premier étage. Une fois propre, il mit sa serviette sur ses hanches et entra dans la grande chambre qu'il partageait avec Bill. Elle lui parut atrocement vide. Le lit de Bill était fait, mais il n'y avait plus ses affaires dans le placard commun.

Charlie s'avança vers son lit où il prit son pyjama. Il se glissa ensuite sous les draps avant de sortir du tiroir de sa table de chevet une baguette. Il la serra fermement dans ses mains. Son parrain aussi lui manquait. Il bougea sa main et ordonna « Lumos ! »

Le petit garçon savait parfaitement qu'il n'avait pas le droit de faire de la magie, mais lui et Bill avaient commencé à s'entraîner, en cachette. Après tout, ils avaient la chance de vivre dans une famille de sorciers, alors personne ne pourrait le savoir. Satisfait de voir un filament de lumière sortir de la baguette, l'enfant sourit. Mais des bruits de pas se firent entendre et il se dépêcha de souffler « Nox » avant de ranger sa baguette dans le tiroir.

Après avoir toqué à sa porte, son père entra dans sa chambre et s'avança sur le lit où il s'assit.

« Alors mon fils, pas trop dur cette journée ? »

« Bof, » répondit le petit en haussant une épaule.

Arthur regarda attentivement son garçon et le prit contre lui.

« Allez mon grand, si tu me disais ce que tu as sur le cœur ? »

Charlie releva son visage vers celui de son père. C'était vrai, il avait toujours dit ce qui allait ou non à son papa. Son père avait toujours été là pour lui et il savait qu'il ne se moquerait pas.

« Bill te manque ? » l'interrogea son père.

« Oui, beaucoup, » chuchota l'enfant en jetant un bref regard au lit vide à côté du sien. Il n'avait jamais dormi sans Bill à côté de lui. Pour la première fois de sa vie, il allait être seul.

« Je me doute que cela doit être dur pour toi ce soir, mais Bill reviendra très vite. Et tu pourras lui écrire aussi souvent que tu le veux. On compte aussi beaucoup sur toi, mon chéri. On a besoin de toi mon grand. »

Les yeux outremers se plongèrent dans ceux de son père. C'était vrai. Maintenant il était grand, il était même le plus grand de la maison. Il devait montrer le bon exemple, aider son papa et sa maman. Comme cela, il aurait des tas de choses à raconter à son frère dans ses lettres. L'enfant hocha la tête.

« D'accord. »

« Allez, dors mon fils, » fit le père en l'embrassant tendrement. Merlin soit loué, Charlie acceptait encore les bisous.

Le lendemain, toute la famille reçut un hibou avec une courte lettre. Charlie la lut à haute voix. Bill était à Gryffondor et tout se passait très bien.

Septembre passa. Chaque soir, Charlie barrait un jour sur son calendrier. Le petit garçon comptait les jours qui le séparaient de son frère et de son entrée à Poudlard. Et chaque soir, il se couchait dans son lit avec une boule dans la gorge.

Heureusement que cette année encore, il était à l'école. Il savait parfaitement que sa mère était contre. Mais son père l'avait soutenu et avait eu gain de cause. Charlie lui en était vraiment reconnaissant. Jamais il n'aurait pu supporter la séparation d'avec son frère sinon. Couché dans son lit, il regardait celui de Bill vide et se mettait à parler tout seul. Il racontait sa journée puis posait des questions à son frère absent. Comme ils le faisaient encore l'année précédente.

... ... ...

Une pluie battante s'abattait sur le malheureux bus scolaire qui avançait vers son dernier lieu de ramassage. Le seul enfant encore à l'intérieur passait inlassablement son doigt sur la vitre, choisissant au hasard une goutte d'eau le plus haut possible, pour la suivre jusqu'au bas de la fenêtre. Trois rangées de sièges devant lui, se trouvait le chauffeur, une femme qui n'arrêtait pas de râler, sur le temps pourri de l'automne, sur les feuilles mortes qui rendaient les routes glissantes, contre ces foutus bon dieu de gosses qui ne savaient que brailler et surtout contre ces imbéciles de Weasley qui n'étaient pas fichus d'habiter plus près ou de venir chercher leur unique merdeux à l'école.

Charlie restait insensible à cette litanie sans fin d'insultes et de bougonneries. Il avait l'habitude maintenant. La seule différence avec les années précédentes, c'était qu'avant il pouvait en rire avec son frère, la bouche cachée derrière sa main. Mais depuis la rentrée, une fois Nigel et Stephanie déposés à l'arrêt St Angel, il était seul.

Enfin le bus s'arrêta et Daisy se retourna vers lui.

« C'est bon, sale mioche, tu peux descendre, sa seigneurie est enfin arrivée et moi je dois encore me taper vingt bornes en sens inverse. Alors maintenant, tu dégages tes jolies petites fesses de ce fauteuil et tu files, j'ai pas toute ma journée, moi ! »

Charlie se dirigea vers la porte ouverte du bus puis se tourna vers la femme avec un grand sourire.

« Au revoir, Daisy, à lundi. »

« Au revoir, sale gosse, » répondit-elle d'un ton bourru.

Le petit lui fit un geste de la main et commença à descendre les marche en ferrailles.

« Charlie, mets ta capuche correctement, il tombe des cordes, tu vas être trempé ! Mais c'est pas vrai, faut vraiment tout te dire, petit crétin. Tu vas attraper la mort sinon. Étant donné qu'en plus, personne est même pas bon dieusement foutu de t'attendre avec un parapluie ! C'est pas vrai ça, y'a des gens, on se demande vraiment pourquoi ils font des gosses ! Ferme-moi ce blouson comme il faut et coure ! Pigé ? »

« Oui, merci ! » fit l'enfant en sautant en bas du bus.

Il se retourna alors que les portes se fermaient pour saluer une dernière fois la femme à l'intérieur qui râlait toujours. Daisy n'était pas méchante, il fallait juste passer outre son langage fleuri et ses manières. Charlie tourna rapidement les talons et se mit à courir en direction du Terrier, suivant la petite route boueuse qui descendait. En moins de trente secondes, il était effectivement trempé. Son blouson était trop petit, plus vraiment étanche mais il voulait le finir afin de garder celui de Bill pour cet hiver. La pluie glacée de novembre lui frigorifiait les doigts et l'eau lui brouillait la vue. Après plusieurs minutes de course folle, il arriva enfin à destination.

« C'est moi ! » cria-t-il en ouvrant la porte.

Aussitôt, plusieurs têtes rousses l'encerclèrent.

« Bwéééé, t'es tout mouillé ! » fit Percy, en se reculant bien vite.

« Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, il pleut, Perce. »

L'interpellé remonta ses lunettes sur son nez, reniflant avec mépris.

« Tu dois corriger mes devoirs, c'est maman qui l'a dit. »

« Okay, tu me laisses d'abord arriver, s'il te plaît ? Et ne te leurre pas, c'était pas une question. »

« Ça veut dire quoi ''leurre'' ? » demanda Percy, subitement intéressé.

« Ça veut dire qu'il est l'heure ! » lança Fred.

« Oui, comme sur l'horloge ! » renchérit George.

Charlie se mit à rire tout en enlevant ses chaussures. Ses chaussettes étaient trempées constata-t-il. Forcément, les vieilles baskets de Bill étaient percées et les semelles trouées.

« Coucou, mon chéri. Oh, Merlin ! Charlie, tu es trempé ! » s'écria Molly alors qu'elle redescendait les escaliers, Ginny dans les bras.

Elle posa la petite à terre, qui se mit à braire, pour se précipiter vers son aîné afin d'évaluer les dégâts. Les cheveux roux foncé de Charlie étaient plaqués sur son front et seul le sommet de son crâne semblait à peu près sec. Le plus important étant ''à peu près''. Molly sortit sa baguette de la poche de son tablier afin de lancer rapidement un sort à son fils. Celui-ci sentit une douce chaleur l'envahir ainsi que toute trace d'humidité disparaître.

« Merci, maman. »

« De rien, mon cœur, mets vite tes pantoufles et viens dans la cuisine, je vais te faire un chocolat chaud. »

« Moi aussi, moi aussi ! » hurlèrent les autres petits rouquins en entourant leur mère comme des poussins une poule.

« Mais oui, mais oui. Et ensuite, tout le monde aux devoirs ! » les prévint la mère de famille en regardant avec amour toute sa couvée.

« Maman, je pourrais avoir une guimauve dans mon chocolat ? » demanda Charlie en posant plusieurs bols sur la table en bois.

Molly lui sourit et lui embrassa le front.

« Tu pourras même en mettre deux, si tu veux. »

... ... ...

Charlie grelottait comme un pauvre malheureux au fond de son lit. Il avait froid mais il avait aussi très chaud. De toute façon, il ne savait plus très bien ce qu'il avait. Si, il avait mal, à la gorge, à la tête, à la poitrine et aussi dans ses bras et ses jambes.

Il avait envie d'ouvrir les yeux mais n'en avait pas le courage. Merlin, qu'il avait soif. Et en plus, il était tout seul. L'enfant gémit en se tournant une nouvelle fois dans son lit.

« Papa... » murmura-t-il, se décidant d'un coup à appeler son sauveur.

« Je suis là, mon cœur, papa est là. Tu veux boire ? »

Le petit hocha péniblement la tête, heureux d'entendre son père mais n'ayant pas la force de le dire. Non, il n'était pas seul finalement, son papa était avec lui. Il sentit que son père le soutenait puis quelque chose de froid fut posé sur ses lèvres gercées. Il ouvrit la bouche et avala quelques gorgées d'eau bienfaisantes.

Rapidement, il dut arrêter car il fut pris d'une atroce quinte de toux. Il gémit de nouveau et s'affala contre le torse d'Arthur qui le maintint contre lui tout en lui caressant les cheveux moites de transpiration.

Une fois l'enfant de nouveau endormi, celui-ci le déposa avec précaution sur le lit et lui remonta la couverture jusqu'au menton.

Après avoir jeté un sort d'alerte dans la chambre, il descendit dans la cuisine où Molly venait juste de se servir une tasse de thé. Elle attrapa une autre tasse et la remplit du liquide fumant qu'elle tendit à Arthur.

« Alors ? »

« Il a toujours plus de trente-neuf, » répondit le père d'un ton lugubre.

« Bon, cette fois, ça suffit, on l'emmène à Ste Mangouste. On a peut-être pas les moyens de faire venir un guérisseur à domicile, mais il est hors de question que Charlie reste une heure de plus dans cet état ! » déclara Molly avec vigueur.

Arthur hocha la tête. De toute façon, ils n'avaient plus le choix. Trois jours déjà que Charlie était dans cet état, cela ne pouvait plus durer. Ils allaient devoir trouver une solution pour faire garder les enfants car il refusait que Charlie reste seul à l'hôpital et lui ne pouvait pas se permettre de rater un jour de travail.

Il soupira et avala une autre gorgé de thé.

« Je vais passer un appel de cheminette à Bilius et ensuite à tante Muriel. Et aussi à Magda. À eux trois, ils arriveront bien à nous garder les petits, » fit Molly.

Charlie resta une semaine à l'hôpital et une de plus au Terrier pour récupérer de sa pneumonie.

Quand Arthur le ramena à l'école après presque trois semaines d'absence, il fut convoqué chez la directrice qui lui passa un mémorable savon. Personne n'avait pu donner les devoirs ou les leçons à l'enfant, personne ne savait ce qui se passait chez eux. Elle avait prévenu les services sociaux en raison de l'absence injustifié de l'enfant. De plus, il était de son devoir de père de veiller à ce que son petit garçon n'aille pas à l'école, dans la neige, vêtu simplement de baskets trouées et d'une vieille veste élimée. Devant l'air de plus en plus déconfit du père de famille, la voix de la directrice se fit plus douce.

« Monsieur Weasley, Charlie est un bon élève, très bien élevé. Si vous avez des problèmes personnels ou financiers, nous pouvons peut-être vous aider ? »

Arthur ne manqua pas le regard légèrement empli de pitié que la jeune femme jetait à sa propre veste et à son pantalon en velours élimé. Il avait trouvé ses vieux habits moldus et les avait achetés dans une friperie, pour ne pas faire honte à son garçon quand il venait chez les Moldus. Mais il fallait croire qu'il n'avait pas encore très bien réussi.

Le sorcier se sentit un peu honteux mais assura que tout allait très bien. Il ne répéta jamais les propos de la femme à son épouse. En effet, jamais Molly ne se serait remise des vagues accusations de mauvais traitements, ni que les services sociaux d'aide à l'enfance avaient été informés de leur situation financière. Heureusement, ceux-ci n'avaient pas dû trouver leur cas particulièrement intéressant car ils ne se manifestèrent jamais.

... ... ...

L'enfant se retenait difficilement de sautiller sur le quai 9 3/4, sous le regard amusé de son père. Ils étaient juste tous les deux. Molly avait préféré rester au Terrier avec les petits, officiellement pour préparer le repas en vu de la fête de ce soir. En réalité, c'était pour permettre à Arthur de passer un peu de temps avec son fils et son aîné. Et puis Charlie se remettait péniblement de sa maladie, son grand frère lui avait manqué, elle voulait donc qu'ils se retrouvent un peu juste tous les deux, sans leurs jeunes frères dans les pattes.

Le train arriva en gare et Charlie ne put plus se retenir. Bien emmitouflé dans l'ancienne veste de son frère, un bonnet sur sa tête et le nez dans son écharpe, il se mit à trépigner.

« Il arrive, Charlie, il arrive, » sourit Arthur alors que l'enfant se croisait les doigts nerveusement.

Enfin le train s'arrêta et les portes s'ouvrirent. Une multitude d'étudiants descendit de l'infernale machine. Charlie cherchait son frère, partout, de plus en plus désespéré de ne pas le trouver. Les autres élèves étaient grands, tous dans leurs robes noires ou avec des bonnets sur la tête. Enfin il poussa un cri et commença à courir en direction d'une tignasse rousse bien connue.

Les deux enfants Weasley se jetèrent dans les bras l'un de l'autre, en sautant de joie. Puis Charlie fut pris d'une quinte de toux. Arthur se précipita vers eux pour embrasser son plus grand et frotter le dos du second.

Bill et Charlie ne se décollèrent pas tout le temps des vacances scolaires de Noël. Leurs autres frères et Ginny eurent beau protester ou se mettre en colère, rien n'y changea.

Quand Bill remonta dans le train en direction de Poudlard, Charlie ne put s'empêcher de faire ce qu'il avait refusé quatre mois plus tôt. Il fondit en larmes et se cacha dans les bras de son père.

... ... ...

« Charlie, tu veux venir cinq minutes ? »

Le garçon leva sa tête de ses devoirs et regarda sa mère.

« Oui, » fit-il en se levant.

« Est ce que cela te plairait de m'aider à préparer le repas pour demain ? »

L'enfant cligna des yeux, étonné. Depuis quand sa maman lui demandait ce genre de choses ? D'ordinaire, elle se contentait de lui dire ce qu'il avait à faire, point, sans lui demander son avis. Il acquiesça donc d'un signe de tête et alla se laver les mains dans l'évier, avec le savon bien sûr. Mademoiselle Smith, sa maîtresse, leur avait bien expliqué à l'école. L'hygiène des mains, c'est très important, surtout avant de manger ou de cuisiner. Et indispensable après être allé aux toilettes !

« Tu veux que j'épluche des pommes de terre ? Ou des carottes ? » En général, c'était ce qu'il devait faire.

Molly le dévisagea en souriant.

« Non, je pensais plus que tu aimerais faire un gâteau au chocolat. »

Les magnifiques yeux bleus en amande s'éclairèrent.

« Oui ! Un gâteau ! »

« Comme demain Bill revient de Poudlard, je me suis dit que cela lui ferait plaisir, un gros gâteau fait par sa maman et son petit frère. Tu en penses quoi ? »

Le petit sautilla sur place en riant. « Oui ! Oui ! Oui ! »

Sa mère emmena une chaise et l'enfant se mit à genoux dessus, la regardant mettre tous les ingrédients et les ustensiles de cuisine devant lui.

« Alors regarde, Charlie, pour casser les œufs en séparant les blancs des jaunes, il faut tapoter la coquille, comme ça, sur le rebord du saladier, » dit-elle en se mettant derrière lui et en lui prenant les mains.

Charlie se retourna, lui offrant l'un de ses magnifiques sourires, ceux qui faisaient ressortir sa fossette.

« On le fait sans magie, maman ? »

« Oui, mon cœur, sans magie. C'est comme cela que l'on commence à apprendre. La magie viendra plus tard. »

Elle l'aida pour le premier œuf mais il voulut le faire seul pour les quatre autres. D'un geste de baguette, elle récupéra les morceaux de coquilles tombés par mégarde, ainsi que le filet de jaune qui avait coulé au milieux des blancs.

Alors qu'il mélangeait le chocolat fondu avec le sucre et les jaunes, il sentit les doigts de sa mère dans ses cheveux. Il lui jeta un œil, en fronçant les sourcils.

« Je fais pas comme il faut ? »

« Si, tu te débrouilles très bien. »

« Mes cheveux sont trop longs alors ? »

Molly arrêta sa main et eut comme une piqûre dans le cœur.

« Non, pourquoi dis-tu cela ? »

« Parce que tu me touches les cheveux ! » répondit l'enfant comme s'il énonçait une évidence.

La piqûre devint brûlure dans la poitrine de Molly. Décidément, il était vraiment urgent qu'elle consacre un peu de son temps à Charlie.

« Je te touche les cheveux parce qu'ils sont très beaux et très doux. Comme toi. Je suis contente de faire quelque chose avec toi, Charlie. D'habitude, tu bricoles toujours avec ton père alors... » Elle s'arrêta, un peu mal à l'aise.

Elle ne voulait pas donner l'impression à l'enfant qu'elle était jalouse mais c'était vrai, elle voulait partager quelque chose avec son cadet et elle ne savait pas trop comment l'aborder. Charlie était toujours fourré avec son père, lui donnant le sentiment désagréable d'être mise de côté.

« Alors je suis simplement heureuse de passer un peu de temps avec toi. »

Le petit garçon lui adressa un nouveau sourire que Molly lui rendit. Comme cela, il ressemblait un peu à Fabian. Mais avec les yeux du second frère d'Arthur si elle s'en souvenait bien.

« Moi aussi, je suis content, » fit Charlie de sa voix claire.

Ils finirent le gâteau ensemble, Charlie avec de la farine sur le bout de son nez, que sa maman essuya avec tendresse alors que l'enfant léchait la cuillère en bois recouverte de pâte chocolatée. De nouveau, il lui fit un de ses nombreux sourire puis la mère dévora de baisers le visage barbouillé de traces de chocolat. C'était si bon de partager un moment juste avec son cadet.

Charlie proposa ensuite de préparer le souper, ce qu'elle accepta avec empressement. Une fois celui-ci fin prêt, Molly se tourna vers l'un des jumeaux qui était en train de dessiner sur la table de la cuisine.

« George, c'est à ton tour de mettre la table, » dit-il au petit rouquin qui releva son visage pour dévisager sa mère d'un air à la fois peiné et vexé.

« Oui maman, sauf que moi, c'est Fred, George, c'est lui, » répondit le petit garçon en pointant du doigt sa copie conforme qui faisait une partie de bataille explosive avec Percy, allongé par terre dans le salon.

« Pardon mon chéri, » s'excusa Molly en se mettant à braire : « George, arrête ta partie et viens mettre la table ! »

Le second jumeau se redressa et pénétra dans la cuisine, avec la même expression que son frère quelques instants plus tôt dans les yeux.

« Maman, ne me dis pas que c'est moi que tu appelles ? Je suis Fred, pas George ! C'est vraiment blessant... » finit-il en secouant la tête.

Le visage de Molly commença à se teinter d'un joli rouge tandis qu'elle plaçait ses mains sur ses hanches.

« Vous n'avez pas bientôt fini de faire vos blagues idiotes ? George, mets la table ! » cria-t-elle en ne désignant prudemment aucun des garnements en face d'elle.

« Tu as entendu, George ? » dit celui qui était assis « Mets la table. »

« Mais bien sûr, George, je t'en prie, fais le donc, » répondit celui debout.

Les deux gamins se regardaient avec complicité, un sourire taquin sur les lèvres alors que la teinte de Molly glissait vers le vermillon.

« Vous n'êtes que deux voyous ! Je ne peux décidément pas compter sur vous ! » commença-t-elle à éructer.

« George, » fit alors Charlie d'une voix douce en plantant ses yeux dans ceux de l'enfant attablé « Arrête ça, range tes crayons et mets la table, s'il te plaît. »

Le rouquin désigné se renfrogna, puis, levant les yeux au ciel, fit ce que son aîné lui demandait en ronchonnant.

... ... ...

Septembre 1983

« C'est pas juste papa. Tous mes copains moldus sont partis au collège et pas moi. Et Bill, lui, est à Poudlard. J'aurai bientôt onze ans ! Pourquoi je ne peux pas y aller moi aussi ? »

« C'est comme cela, Charlie. Les sorciers doivent avoir onze ans. »

« Alors j'aurais pu aller au collège moldu ? » fit Charlie d'une petite voix. Il ne l'avait pas demandé jusqu'à présent, mais ce soir, il voulait savoir.

« Mon cœur, » soupira Arthur. « Si... J'aurais aimé que tu puisses continuer à être avec tes amis, Charlie, vraiment. Mais le collège moldu est trop loin et... Cela nous aurait coûté trop cher, on ne pouvait pas se le permettre, » avoua Arthur un peu gêné.

Avec tous ses enfants à nourrir, les fins de mois étaient devenues de plus en plus difficiles.

« Tu as de la chance, Charlie. Toi au moins, tu as pu connaître l'école avec Bill. Tes autres frères et sœur eux, resteront à la maison tout le temps. Ils ne connaîtront rien d'autre avant Poudlard. »

Le petit garçon hocha la tête. C'était vrai qu'ils avaient eu de la chance sur ce point. Pourtant, être les plus âgés n'était pas toujours évident. Les parents étaient beaucoup plus exigeants avec eux qu'avec les plus jeunes de son humble avis. Mais c'était ainsi, il n'avait pas le choix.

Il se devait d'être honnête, la vie à la maison loin de sa classe et des devoirs n'avait pas que des inconvénients, loin de là ! Il pouvait passer du temps dehors et faire des choses qu'il aimait. Mais il devait aussi s'occuper des petits ainsi qu'aider sa mère. Il comprenait maintenant pourquoi Bill était si heureux de le voir quand il revenait de l'école. Charlie savait bien que son aîné était soulagé quand l'heure de la classe était passée. Car non seulement Charlie pouvait l'aider dans ses tâches, mais surtout il avait quelqu'un avec qui discuter. Un autre enfant qui pouvait partager ses secrets et qui lui racontait les derniers potins de l'école.

Charlie avait vraiment le sentiment d'être très seul. Il ne savait pas ce qui se passait dans son ancienne école, ni ce que devenaient ses anciens amis. Il n'avait que ses frères mais Percy n'avait pas beaucoup d'humour. Les jumeaux, eux, en avaient peut-être un peu trop. Et tous étaient bien plus petits que lui. Du haut de ses presque onze ans, Charlie ne se sentait pas à sa place.

... ... ...

Hiver 1983

Onze ! Onze bougies brillaient de leur faible lumière sur son gâteau préféré. Il l'avait fait lui même, avec l'aide et sous la surveillance de sa maman. Une Forêt Noire, avec des grosses cerises à l'intérieur, de la crème au chocolat et recouvert de chantilly. Miam !

Mais le plus beau restait sans conteste possible, les onze petites flammes ondulantes alors que toute sa famille, ou presque, chantait « joyeux anniversaire ».

Enfin, enfin il les avait ces satanés onze ans ! Enfin il ferait sa rentrée à Poudlard en septembre prochain. Pour lui, comme pour Bill deux ans auparavant, ses bougies était un symbole de liberté, comme une petite majorité.

Il souriait de toutes ses dents, les yeux éclairés d'une lumière qui n'avait rien à voir avec les bougies devant lui. Ginny sautait à ses côtés, debout sur une chaise, impatiente de pouvoir aider son grand frère à souffler sur les flammèches. À trois, les enfants prirent une grande inspiration et aucune ne leur résista. De faibles volutes de fumée s'élevèrent des fils calcinés alors que la lumière revenait dans la cuisine, sous les applaudissements des autres membres Weasley. Charlie adressa un nouveau sourire à son père, debout sur sa gauche alors que ce dernier posait avec affection ses mains sur les épaules de plus en plus musclées de l'enfant. Il avait déjà la carrure des frères de Molly, mais avec les cheveux et les yeux de son propre frère décédé.

« Tu es heureux, mon poussin ? »

« Oui, mais je ne suis plus un poussin maintenant, » répondit Charlie.

« C'est vrai, tu es presque un homme, » le taquina son père, faisant rire le fils.

Il se dépêcha d'ouvrir les paquets qui se déposaient devant lui. Mais son plus beau cadeau arriverait dans quelques jours. Avec le début des vacances de Noël, Bill reviendrait au Terrier.

... ... ...

« Tu es bien sûr de toi, Charlie ? » redemanda le père de famille.

« Oui, papa. Bill fait un cadeau à George, Percy et Ginny. Moi à Fred et Ron. On se partage les enfants pour ce Noël, » répondit l'enfant lui-même, faisant sourire Arthur.

« C'est très généreux de votre part, les garçons. »

« Non, c'est normal. Tu as raison, Bill et moi on a eu plus de choses que les petits et même des vêtements neufs. »

« Mais je sais que tu tiens beaucoup à ce jouet, Charlie, »

« Oui, mais je ne suis plus un petit papa, j'ai onze ans ! Et puis franchement, Fred bave devant ce balai tous les jours ou presque. Si moi je veux faire du balai, j'ai mon Nimbus, je n'ai plus besoin de ce balai-jouet, je t'assure, » fit Charlie avec conviction.

Arthur passa sa main dans les cheveux très courts de son fils, témoins d'une nouvelle coupe, ou plutôt tonte, que Molly avait fait subir à sa descendance masculine la veille. Il leva sa baguette et un nœud doré s'enroula sur le manche du balai-jouet, avec une carte au nom de Fred.

« Fred sera très content, Charlie, » conclut Arthur.

En effet, le petit garçon poussa de véritables hurlements de joie en découvrant son cadeau. Tous les enfants Weasley capables de le faire se précipitèrent ensuite dehors pour jouer tous ensemble. Rapidement, les cinq garçons se dirigèrent dans un petit champ à côté du Terrier et firent une bataille de boules de neige. Les éclats de rire fusaient de partout. Ils ne rentrèrent qu'une dizaine de minutes avant l'heure du dîner, complètement trempés et légèrement boueux.

Molly râla, plus pour la forme qu'autre chose, tant il était évident qu'elle était heureuse de voir toute sa jeune progéniture s'amuser ainsi. Arthur se désigna volontaire pour aider les plus jeunes à se débarbouiller puis tous passèrent ensuite à table pour le repas de Noël.

Ils chantèrent, jouèrent encore et la maisonnée résonna des rires des membres de la famille qu'elle abritait jusqu'à la nuit tombée.

... ... ...

Avril 1984

Assis tranquillement sur le canapé du salon, Charlie regardait son livre « L'homme qui aimait trop les dragons » que Bill avait 'oublié' dans leur chambre quand il était reparti à Poudlard après les vacances de Pâques.

Deux jeunes rouquins essoufflés entrèrent en courant comme si l'un des dragons décrits dans ce livre était à leurs trousses et se précipitèrent sur Charlie.

« Charlie ! »

« Vite !

« Aide-nous ! » lancèrent les gamins, leurs yeux noisette implorant la pitié.

Un cri strident résonna dans l'air, faisant grimacer Charlie. Bon, vu l'intensité du cri, qui valait largement celui d'une Banshee, les jumeaux n'avaient pas affaire à un dragon. Non, c'était pire. Ils avaient mis Molly Weasley, leur mère à tous, dans une colère noire.

Sans réfléchir plus avant, il se saisit des mains des jumeaux et fonça dans l'escalier. Courant à perdre haleine, il les entraîna dans sa chambre où ils se jetèrent sur son lit. Plaçant rapidement George à sa droite et Fred à sa gauche, il prit sur sa table de chevet un autre livre, plus enfantin, et commença à leur montrer des images, tout en essayant tous les trois de reprendre leur souffle.

Moins d'une minute plus tard, Molly entrait dans la chambre comme une furie, en faisant claquer la porte.

« GEORGE ET FRED WEASLEY, JE VEUX SAVOIR TOUT DE SUITE QUI A OSÉ FAIRE ÇA ! » hurla-t-elle.

Charlie sentit les jumeaux se tendre contre lui, ils passèrent chacun un bras sur le ventre de leur aîné pour pouvoir se tenir la main. Pas de doute, la matriarche était dans une fureur sans nom. Charlie déglutit avec difficulté. Il n'avait pas intérêt à se tromper ou alors ses pauvres fesses risquaient de s'en rappeler encore longtemps ! Faisant une petite prière rapide et silencieuse à Merlin, il se composa un visage des plus innocents.

« Fred et George, maman ? Pourquoi ? Qu'est-ce qui s'est passé ?

« Comment cela, qu'est-ce qui s'est passé ! » cria encore Molly de sa voix douce. « Comme si vous ne le saviez pas ! Lequel de vous deux a transformé le nounours de Ron en araignée géante alors qu'il l'avait dans les bras ! » hurla-t-elle, une lueur presque démente dans les yeux.

Charlie eut un petit hoquet de surprise et écarquilla les siens. Alors là, ils avaient fait très fort ! Sachant surtout que Ron avait horreur des bestioles. Il n'osait même pas s'approcher de Croûtard !

Sa réaction eut au moins le mérite de faire apparaître le doute dans l'esprit de Molly.

« Fred, George... » demanda-t-elle d'une voix moins forte. « Lequel de vous deux ? » répéta-t-elle.

Charlie baissa les yeux vers ceux de ses jeunes frères. Il avait rarement vu leurs regards aussi terrifiés.

« Euh, maman, Fred et George étaient avec moi. Je suis en train de leur lire une histoire, » fit Charlie en se lançant courageusement, ou peut-être stupidement vu l'état de fureur de Molly, dans un horrible mensonge.

« Une histoire, tiens donc, et quelle histoire ? » demanda la mère de famille plus que suspicieuse.

« Un livre sur les dragons, » répondit Charlie. Il ne pouvait pas se tromper, tous les livres qu'il avait sur sa table de chevet parlaient de dragons.

Molly pinça les lèvres, ce qui était un très mauvais signe.

« Je me doute, Charles Gideon Weasley, je te demande quel livre. »

L'enfant avala rapidement sa salive tout en ouvrant de grands yeux innocents. Il prit le livre ouvert pour le tourner vers sa mère, comme s'il voulait lui montrer la page qu'il était censé avoir lu à ses frère. Cela lui permit d'avoir la couverture et le titre du bouquin devant les yeux.

« Oh, eh bien c'est « Les dragons pour les débutants », il est très bien il y a beaucoup de belles images dans celui-là » fit l'enfant avec un sourire éblouissant.

Molly garda les lèvres pincées et regarda ses trois enfants, pardon, ses trois affreux et abominables garnements terrés les uns contre les autres sur le lit.

« Et depuis combien de temps dure votre soi-disant séance de lecture ? »

Aïe, le piège. Charlie n'avait pas eu le temps de demander aux jumeaux quelle bêtise ils avaient faite et encore moins quand ils l'avaient faite.

Après une deuxième prière à Merlin, il tenta : « Oh, je dirais, je ne sais pas trop, une bonne grosse demi-heure, peut-être plus. »

Molly le crucifia du regard mais ne dit rien. Charlie mentait, elle en était certaine, toutefois son histoire était cohérente. Et elle n'était pas sûr que hausser la voix serait d'un grand effet sur lui. Avec un petit sourire en coin qui fit se glacer le sang de sa progéniture, elle tenta autre chose.

« Une demi-heure, vraiment. Je dois donc comprendre qu'alors que tu étais censé surveiller Ginny, tu l'as laissée seule pendant plus d'une demi-heure, jeune homme ? »

Charlie blêmit. Bien sûr qu'il n'avait pas oublié. Ginny s'était endormie sur le canapé et sa mère lui avait demandé de la surveiller. Enfin, il n'avait pas oublié jusqu'à ce que les jumeaux ne se jettent sur lui.

« Eh bien... Je... »

« Tu as conscience que tu risques une punition, Charlie, une grosse, grosse, punition ? »

Le visage de l'enfant s'affaissa alors que Fred et George se serraient un peu plus contre lui.

« Je... Je suis désolé, maman, elle dormait bien, alors quand Fred et George m'ont demandé une histoire... je... Je suis monté avec eux, » continua Charlie, la mort dans l'âme.

Molly assista au spectacle que lui jouaient ses enfants ne sachant plus si elle devait rire, pleurer ou se mettre, encore, en colère. Il était évident que le responsable de la transformation du nounours adoré de son sixième fils était l'une des deux petites terreurs, très certainement Fred d'ailleurs. Après tout, c'était son balai-jouet que Ron avait malencontreusement cassé. Mais Charlie préférait se sacrifier pour les couvrir, encore une fois. Il n'y avait qu'à voir les regards d'adoration que le deux plus jeunes lançaient au plus grand, qui lui avait l'air d'être malade, pour le comprendre. Mais malgré son mensonge, elle était fière de Charlie qui n'abandonnait pas ses petits-frères à leur triste sort. Elle poussa un profond soupir tout en décidant de faire pour le mieux.

« Bien. Charlie, tu es puni. Tu resteras consigné dans ta chambre jusqu'à demain matin. Tu mangeras aussi ici, ton père viendra t'apporter ton dîner quand il rentrera du travail. Fred, George, vous ferez toutes les corvées de Charlie aujourd'hui. En plus des vôtres bien sûr. Maintenant, dehors ! »

Les jumeaux sautèrent en bas du lit de leur aîné et détalèrent sans demander leur reste. Molly jeta un dernier regard à Charlie qui resta donc seul sur son lit.

« Ron a été terrorisé Charlie. Il n'a que quatre ans et son doudou est devenu un monstre atroce pour lui. Tout ça parce que, sans le vouloir, il a fait tomber le balai-jouet de Fred et l'a cassé. Réfléchis bien à cela. »

Elle se tourna et allait pour fermer la porte quand Charlie l'appela.

« Maman ! Le... le balai-jouet de Fred ? » l'interpella son fils.

Molly comprit devant le visage défait de son enfant ce à quoi il pensait.

« Oui. Je suis désolée, Charlie. Ton père viendra te voir tout à l'heure. »

Elle ferma la porte alors que le petit garçon commençait à attendre.

Quand Arthur entra au Terrier, il fut surpris de le trouver aussi calme. Aussi anormalement calme.

« Bonjour les Weasley ! Personne n'est là ce soir ? »

Il alla dans la cuisine pour découvrir Molly en train de servir de la soupe de légumes à Percy et aux jumeaux. Elle lui fit un petit sourire alors qu'il se penchait vers elle pour l'embrasser.

« Tout va bien ? »

Son épouse eut un petit geste de la tête et prit un air pincé qui n'augura rien de bon pour Arthur.

« Il va falloir que je te parle de ton fils, » dit-elle.

Aïe. Arthur fronça les sourcils, quand il était question de son fils, cela ne pouvait être que Charlie.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Et où est Ron ? Il dort déjà ? »

Que Ginny soit couchée à cette heure n'avait en effet rien d'étonnant, mais cela n'était pas le cas de Ron qui aurait dû se trouver dans la cuisine avec ses frères, ainsi que Charlie.

« Ron est au lit avec une potion calmante, » fit Molly froidement en jetant en regard noir à Fred qui sembla rapetisser sur sa chaise.

Aïe, Aïe.

« Je vois... et Charlie ? »

« Dans sa chambre, puni. Il t'attend. Je te laisse gérer la suite, » continua Molly avec un petit reniflement.

Arthur posa sa veste. Avec un soupir, il décida d'aller voir son cadet sans attendre. Bon, Molly lui donnait donc carte blanche vis à vis de Charlie. En clair, elle lui signifiait qu'elle n'était pas satisfaite de la situation et qu'elle préférait qu'il gère. Chose qu'elle ne faisait pour ainsi dire jamais. Les rares fois où cela se produisait, il s'agissait à plus de quatre-vingt dix-neuf pour cent de situations qui concernaient Charlie.

Le père de famille entra dans la chambre de son garçon après avoir frappé à la porte. Le petit visage chiffonné de l'enfant se tourna vers lui. Charlie était sur son lit, les genoux entre ses bras.

« Bonsoir, fils. Alors, il s'est passé quelque chose aujourd'hui ? »

Le petit rouquin hocha la tête en regardant son père avec des yeux de chiens battus. Cela voulait dire, soit qu'il avait fait une grosse bêtise et avait peur de décevoir son père, soit qu'il s'était effectivement passé quelque chose qui l'avait remué. Dans les deux cas, l'enfant n'allait pas bien.

« Allez, mon chéri, raconte-moi tout, » proposa Arthur en s'asseyant sur le lit et en passant un bras par dessus les fines épaules.

« Tu ne le répéteras pas à maman ? » demanda Charlie d'une petite voix.

Aïe, Aïe, Aïe. À se demander quand la liste prendrait fin.

« Charlie, tu sais très bien que je ne peux pas te promettre cela, » soupira le père.

Le fils leva les yeux vers lui et il y lut tellement d'espoir que, une fois encore, il craqua.

« D'accord, d'accord je ne dirai rien à maman. »

Enfin, ça c'était ce qu'il lui disait maintenant. Suivant ce que Charlie lui avouerait, il serait bien obligé de le répéter à Molly. Mais avec beaucoup de précaution et la promesse absolue que celle-ci ne fasse jamais comprendre à Charlie qu'elle savait. Cela ne s'était que rarement produit et avait toujours fonctionné. Si ce que lui disait Charlie n'était pas trop grave, il le garderait effectivement pour lui.

Le petit garçon regarda son père, de nouveau implorant.

« Je ne savais pas ce que les jumeaux avaient fait comme bêtise quand ils sont venus me voir, » commença-t-il.

Arthur écouta son fils attentivement. Il fronça les sourcils quand il apprit pour l'araignée mais ne dit rien jusqu'à ce que l'enfant ait terminé. À la fin de son récit, le petit regarda son père tout en se mordant l'intérieur de la joue. Qu'est-ce qu'il allait dire ? Est-ce qu'il allait le gronder, le punir ?

« Donc, si je te suis bien, tu as menti à ta mère, pour couvrir deux de tes jeunes frères qui avaient fait une bêtise. C'est cela ? »

Le petit baissa la tête tout en acquiesçant.

« Et si j'ai bien tout compris, la bêtise en question était que Fred a, sous le coup de la colère, transformé le nounours en peluche de Ron en une énorme araignée. C'est toujours ça ? »

Nouvel acquiescement.

« Et quand tu l'as appris, tu n'as pas dénoncé ton frère et tu t'es fais punir, c'est encore ça ? »

Charlie releva la tête piteusement.

« Oui, » souffla-t-il.

Arthur le prit contre lui.

« Charlie, maman et moi nous avons un gros problème. Enfin, je pense que nous avons le même. Vois-tu, d'un côté, je suis fâché parce que tu as menti, et ça, ce n'est pas bien du tout. D'un autre côté, tu as protégé tes frères. Et je ne peux pas m'empêcher d'être fier de toi sur ce point. Maman t'a puni ? »

« Oui, je suis consigné dans ma chambre jusqu'à demain et je dois attendre que tu m'apportes à manger, » répondit le garçon.

« Mon cœur, je ne veux plus que tu mentes à maman. Il ne faut pas, ce n'est pas bien, » gronda plus que gentiment Arthur alors que le cœur en question se pressait contre lui un peu plus et lui faisait les yeux doux. « Tu promets ? »

« Oh oui, mon papapounet, » fit Charlie avec conviction.

« Allez, viens, espèce de canaille, on va manger. Je ne sais pas toi, mais moi je meurs de faim ! » déclara le père.

« Ouais, moi aussi ! » s'écria le fils en sauta au bas de son lit, heureux que son père le libère aussi rapidement de sa punition.

Les deux Weasley descendirent les escaliers et entrèrent dans la cuisine. Molly ne fit aucun commentaire alors qu'Arthur servait une grosse assiette de soupe au gamin puis à lui-même. Les trois autres enfants Weasley montèrent se coucher avec leur mère pendant que Arthur et Charlie finissaient, eux, de manger.

L'enfant embrassa ensuite ses parents et monta se coucher à son tour.

Il fut réveillé quelques heures plus tard par de petits bruits de reniflements derrière sa porte. Charlie n'hésita pas et se leva pour l'ouvrir. Il tomba nez-à-nez avec Ron, en pyjama, qui pleurnichait doucement.

« Ronnie ? Qu'est-ce que tu fais là ? » chuchota le plus grand.

« Veux faire pipi et j'ai peur, » renifla Ron.

Charlie lui prit la main et l'entraîna dans les toilettes. Là, il aida son jeune frère à enlever son pyjama et le posa sur la cuvette.

« Allez, bébé, je reste là avec toi. »

« Merci, Charlie, » fit Ron en s'essuyant les joues.

« Pourquoi tu n'es pas allé voir maman ? » demanda finalement le cadet.

« Je sais pas. Papa ronfle. Et pis fait trop noir. Et pis, y'a p'tre des 'raignées ! » répondit Ron en descendant de la cuvette et en remettant péniblement son pantalon. « Charlie, j'ai peur ! »

Le petit se remit à pleurer doucement.

« Oh, Ronnie, c'est rien voyons. C'est pas méchant les araignées. »

« J'aime pas les raignées ! »

« A-raignée Ron. Allez, viens, je te ramène dans ta chambre. »

« Non ! Je veux pas être tout seul ! »

Le petit garçon regarda son aîné avec des yeux baignés de larmes. « J'ai pus Nounouss, j'ai peur, Charlie. »

Le plus grand dévisagea le plus petit, sentant une grosse vague de culpabilité l'envahir. Ce n'était pas lui qui avait transformé le précieux ''Nounouss'' de Ron en une effroyable bête noire à huit pattes, mais par sa faute, le véritable coupable n'avait pas été puni. Il avait certes protéger l'un de ses frères, mais qu'en était-il du plus jeune ? Celui qui était, au final, la véritable victime de l'histoire.

« Viens, poussin, si tu veux, tu peux dormir avec moi, » proposa Charlie.

Ron eut un immense sourire et ses yeux se remplirent de gratitude. Il plaça bien vite sa petite main dans celle un peu plus large de son nouveau sauveur et ils retournèrent dans la chambre de Bill et Charlie. Si ce dernier pensait peut-être que Ron prendrait le lit vide, il s'aperçut bien vide que ce n'était pas du tout l'intention de Ron. L'enfant se glissa directement dans son lit et se colla au corps chaud de son frère en l'enserrant de ses bras. Charlie se mit à rire tout en embrassant la petite tête rousse.

« Hé, tu me prends pour ton doudou ? »

« J'ai pus de doudou, » marmonna Ron, un pouce dans sa bouche.

Charlie réfléchit rapidement. Il se dégagea de l'étreinte tentaculaire de son frère qui protesta pour se lever du lit et fouiller dans une grosse malle. Il en ressortit alors une vieille peluche en bon état qu'il tendit à Ron alors qu'il se recouchait à ses côtés.

« Tiens, si tu veux, je te donne Poulet, tu verras, c'est un très bon doudou. »

Ron regarda la peluche, un petit chien vert avec des taches bleues.

« Pourquoi il s'appelle Poulet ? C'est un toutou ! »

« Parce que... parce que c'est le nom que je lui avais donné quand j'étais petit. C'était mon doudou avant, mais je te le donne si tu veux. »

Hors de question qu'il avoue au plus jeune qu'il l'avait appelé comme cela, à même pas deux ans, parce qu'il ne savait dire que le mot ''Poulet'' et qu'il faisait, a priori, une fixation sur ces crétins de volatiles.

« Il va devenir une 'raignée lui aussi ? »

« A-raignée, Ron. Non, il ne va se transformer en rien du tout, promis. »

Ron étudia la peluche sous toutes les coutures, visiblement suspicieux. Finalement il décida de faire confiance à Charlie. Il replaça son pouce dans sa bouche, passa son bras libre sur le ventre de son frère, la peluche coincée entre eux deux.

« Bonne nuit, poussin. »

« Bonne nuit, Charlie. »

... ... ...

À suivre

... ... ...