NDA : Le chapitre le plus long de la fiction, j'ai franchement hésité à le couper en deux et puis bon, au final je l'ai laissé ainsi. J'espère qu'il vous plaira tel qu'il est. Bonne lecture.
Chapitre 5
1984 – 1988
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Les années Poudlard : 1ère à 4ème année
Septembre 1984
Il y était. Le grand jour était enfin arrivé. Charlie, bien qu'impatient, était nerveux. Ce moment, cela faisait des années qu'il l'attendait. Il tenait la main de son père fermement dans la sienne, alors que Bill poussait négligemment leurs chariots devant lui. Sa mère, entourée de toute la tripotée de petits frères et sœur trottinaient derrière.
Le Poudlard Express était déjà là, majestueux avec son énorme locomotive rouge. Le petit garçon leva son visage vers son père, lui souriant largement. Arthur commençait à perdre sérieusement ses cheveux, mais son fils n'y avait jamais vraiment prêté attention avant ce jour. Pourquoi ce jour en particulier ? Parce qu'enfin il allait le quitter pour de longs mois ?
À cette pensée, le bon cœur de Charlie se serra. Il n'y avait pas réellement réfléchi jusqu'à maintenant. C'était vrai, tout à la joie, à l'impatience de découvrir Poudlard, il n'avait pas réalisé qu'il abandonnait sa famille. Un bref coup d'œil à son aîné le rassura. Il n'abandonnait pas tout le monde, Bill était avec lui.
Tout le monde s'embrassa, ses parents visiblement émus. Surtout Arthur alors qu'il serrait son cadet contre lui.
« Tu vas tellement me manquer, mon lapin, » avoua le grand sorcier roux.
« Toi aussi, papa, » affirma le gamin en lui rendant fermement son étreinte.
Ron et Ginny quant à eux s'accrochèrent aux pantalons de leurs frères en pleurant alors que les garçons tentaient de grimper dans un wagon.
Charlie resta avec Bill, ils s'installèrent tous les deux, faisant des coucous de leurs mains à leur famille restée sur le quai.
« Salut, Bill ! Alors, tu te traînes le nain cette année ? » fit un jeune brun en entrant dans leur compartiment.
« Charlie, je te présente Lancey Hooper. Je t'en ai déjà parlé, » répondit Bill.
Le plus jeune Weasley tendit sa main que l'autre garçon saisit avec vigueur avec de se laisser tomber en face d'eux.
« Vous êtes tous rouquins dans la famille si j'ai bien vu. Marrant. Par contre, vous n'avez pas la même teinte. C'était ta frangine avec les cheveux presque rouges ? Impressionnant. Toi par contre, ils sont plus foncés, » déclara Lancey d'une seule traite.
Charlie et Bill se regardèrent avant d'exploser de rire. Le plus jeune secoua sa tête de gauche à droite. Ce qui était marrant, c'était plutôt cette manie qu'avaient les gens de toujours vouloir disserter sur leurs cheveux. Eux y étaient tellement habitués qu'ils ne voyaient pas du tout où était le problème, si problème il y avait.
« Oh dis donc ! Mais c'est qu'il est tout mimi ce petit ! » se moqua alors Hooper. « Tu as vu ça, Bill, ton bébé frère a une fossette quand il rigole ! »
Charlie se rembrunit immédiatement. Et flûte, il avait oublié sa fossette ! Elle allait lui attirer des remarques de la part des plus âgés, c'était sûr ! Il lui avait bien semblé cet été que cela lui donnait un petit air enfantin, pour ne pas dire efféminé, quand il se regardait dans la glace pour vérifier qu'il grandissait bien et se musclait. Pas qu'il soit vaniteux ou narcissique, mais il trouvait de plus en plus qu'il n'était pas bâti comme Bill ou Percy. Il était moins élancé, plus râblé. Il n'était pas sûr que cela lui plaise beaucoup. Lui voulait être grand comme son père ou son frère.
La porte du comportement s'ouvrit de nouveau, laissant entrer un garçon et une fille qui se ressemblaient comme deux gouttes d'eau.
« Salut les gars. Tiens, c'est toi qui t'y colle cette année à avoir un frangin dans les pattes ? » demanda la jeune fille.
« Charlie, je te présente cette fois Émilie Frobisher et son petit frère Jeremy, » dit Bill alors que les deux autres s'asseyaient à côté de Hooper.
Le garçon leur fit un sourire tout en les saluant de la main.
« Regarde Émilie, il est pas craquant le mini-Weasley ? Il a une adorable fossette, » minauda Hooper alors que les autres rigolaient.
Y compris Bill.
Charlie se renfrogna et tourna son visage vers la fenêtre.
« Allez, Charlie, c'est pas bien grave, » lui fit son frère en le poussant du coude, constatant que le rouquin boudait toujours après plusieurs minutes.
« C'est sûr, c'est pas de ta tête que l'on se moque, » répondit vertement Charlie.
« Charlie, c'est rien. Franchement, c'était pas méchant. Hooper taquine toujours tout le monde, même moi, je t'assure, » continua Bill.
Le plus jeune soupira tout en daignant se retourner vers lui. Son grand frère le regardait gentiment, comme toujours. Charlie sourit. Tant pis pour sa fossette, il allait bien devoir vivre avec de toute façon.
Le voyage se passa agréablement, les jeunes gens devisant gaiement tout en se racontant leurs vacances. Bien sûr, Charlie n'était pas avec des enfants de son âge, mais cela ne le dérangea pas.
Ce fut en descendant du train, qu'il réalisa pleinement qu'il était un petit nouveau parmi tant d'autres. Une soixantaine d'enfants était attroupée autour d'un homme immense. Charlie savait déjà qui il était : Rubeus Hagrid, garde chasse et gardien des clefs de Poudlard. C'était ça l'avantage d'avoir déjà un frère ou une sœur à Poudlard.
La traversée du lac se fit alors que la nuit tombait. Charlie ouvrait grand ses yeux, voulant tout voir, tout découvrir. Bill lui avait assuré que Hagrid était bizarre et qu'il adorait les bestioles étranges. En fait, Charlie le trouvait fascinant. Il lui fit un grand sourire alors que le demi-géant le soulevait de sa barque et le reposait sur la terre ferme.
« Bonjour ! » lança le petit rouquin. « C'est vrai que vous aimez les dragons ? Bill m'a dit que vous aimiez beaucoup les animaux et que vous travaillez parfois avec le professeur des soins aux créatures magiques, c'est vrai ? C'est vrai qu'il y a des licornes dans la forêt interdite ? »
« Tu es bien curieux dis-moi, mon garçon, » répondit Hagrid en penchant sa haute taille vers la crevette qui lui faisait face. « Pourquoi tu veux savoir tout ça ? »
« J'adore les dragons ! Et j'aimerai beaucoup voir des licornes ! Vous croyez que je pourrais venir avec vous un jour dans la forêt ? »
Le grand homme se mit à rire, sa barbe broussailleuse tressautant admirablement.
« Eh bien, c'est plutôt rare comme demande, ça ! D'habitude, les enfants qui viennent avec moi dans la forêt sont punis. »
« Oh ! Mais c'est vraiment obligé ? Je ne veux pas être puni... » fit Charlie en fronçant ses fins sourcils cuivrés.
« Comment tu t'appelles, mon petit gars ? »
« Charlie Weasley ! »
« Tiens donc, un Weasley. Tu sais quoi, Charlie, viens me voir un jour dans ma cabane, je pense que je pourrais essayer de t'emmener pas trop loin dans la forêt un jour, » dit Hagrid en lui ébouriffant les cheveux.
Le gamin courut pour rattraper ses camarades qui attendaient dans le grand hall. Peu importe ce qui allait arriver, il était tellement heureux qu'il aurait pu sautiller de joie un peu partout. Il se rendit cependant vite compte qu'il était l'un des rares à être détendu. La plupart des autres élèves de première année avaient plutôt un teint maladif.
« Tu sais ce qui va se passer toi, maintenant ? » lui demanda un garçon blond de la même taille que lui.
« Oui ! On va rentrer dans la Grande Salle et là, le professeur McGonagall va nous mettre un chapeau sur la tête. C'est lui qui va nous dire dans quelle maison on sera, » chuchota le rouquin.
« Une maison ? Mais quelle maison ? » fit le blond de plus en plus affolé.
« Ben, l'une des quatre maisons ! » Charlie le regarda éberlué avant de comprendre. « Oh ! Tu est un né-moldu ! »
Mais il n'eut pas le temps de continuer à lui parler que les portes s'ouvrirent et la répartition commença.
Quand on s'appelait Weasley, une chose était certaine : on ne passait pas le premier. Presque tous les élèves avaient été répartis, laissant Charlie de plus en plus seul, face à la masse d'étudiants qui le dévisageaient. Contrairement à d'autres première année, le jeune garçon ne s'inquiétait pas de ce que pouvait bien dire le Choixpeau. Pas une seule seconde il ne s'était imaginé dans une autre maison que Gryffondor. N'en déplaise à sa très chère tante Muriel, oui il aimait le vert, oui il était sérieux dans son travail scolaire, oui il avait bon fond voire même parfois était une pauvre nouille pour reprendre une expression de la vieille dame, mais il se savait Lion, un point c'est tout.
Ce fut donc très sûr de lui qu'il s'assit à son tour sur le tabouret pour s'enfoncer avec énergie le Choixpeau sur la tête. Ce dernier lui tomba presque sur les yeux.
« Tiens donc, un Weasley. Ma foi, avec toi, pas d'interrogation à avoir, » bougonna le Choixpeau, comme s'il était déçu de ne pas à avoir à se triturer davantage l'esprit. « Gryffondor » hurla-t-il dans la Grande Salle.
Charlie sauta en bas de son siège et s'en fut en courant presque à sa table. Une dizaine de première année l'applaudissaient, ainsi que toute la tablée. Sans conteste, les troisième année étaient ceux qui faisaient le plus de bruit, Bill en tête.
Charlie se pencha en avant pour faire un signe de la main à son frère, un immense sourire sur les lèvres. Sa fossette s'était creusée, à n'en pas douter par les regards moqueurs de Lancey et celui curieusement attendrie d'Émilie et de ses copines. Mais de tout cela, Charlie s'en fichait. Il était en première année, il était à Poudlard et à Gryffondor. La vraie vie commençait, non ?
... ... ...
Eté 1985
Charlie gardait un visage fermé, ses yeux fixant avec résolution ses orteils. Oui, il n'avait pas de chaussures et s'en moquait totalement. Sa mère allait râler, mais peu importait. Non, l'important c'était que son frère était en train de lui planter un couteau dans le dos. Un très long couteau puisque ce dernier avait réussi à lui atteindre le cœur.
« Tu vas vouloir laquelle, Charlie ? » demanda le traître.
Le garçon aux cheveux cuivrés ne répondit pas, il tourna son visage de l'autre côté, sans même hausser les épaules.
« Allez, Charlie, arrête de tirer le nez, dis-moi si tu as une préférence, » insista son frère.
« Depuis quand tu t'intéresses à ce que je veux de toute façon ? Tu t'en moques complètement depuis des mois, » rétorqua enfin amèrement le plus jeune, ouvrant la bouche pour la première fois depuis la veille au soir. Le regard peiné de Bill lui fit mal, alors il décida de quitter le couloir. Avant de pouvoir mettre sa décision en exécution, il sentit qu'on lui retenait le bras.
« Charlie, ne réagis pas comme cela, s'il te plaît. Bill a plus de quatorze ans, il est normal qu'il ait envie d'un peu d'intimité quand il vient à la maison. Vous vivez toute l'année scolaire dans des dortoirs avec d'autres jeunes gens, tu ne penses pas qu'il serait bon que, de temps en temps, vous vous retrouviez un peu seul le soir ou la nuit ? » fit la voix douce d'Arthur.
Le concerné garda la tête basse. Non, il ne trouvait pas cela normal. Lui, il aimait partager sa chambre avec son grand frère, son meilleur ami, son héros depuis toujours. Il attendait leur retour au Terrier aussi pour cela. Pour pouvoir discuter jusqu'à point d'heure avec lui, partager leurs secrets, leurs joies, leurs peines. Mais l'aîné n'avait pas le même point de vue, à l'évidence.
« Charlie, c'est pas que je t'aime plus tu sais. Juste, comme l'a dit papa, que j'ai envie d'avoir des moments rien qu'à moi. Un peu d'intimité oui, des murs où je n'aurais que des images que j'aime. »
« Pourquoi ? Tu trouves que je la respecte pas, ton intimité ? Quand est-ce que j'ai fouillé dans tes affaires ? Jamais ! Et puis, qu'est-ce que tu reproches à mes dragons ? Ils sont plus assez beaux pour être sur tes murs ? »
« Je sais bien que tu n'as jamais fouillé dans mes affaires, c'est pas de ça que je te parle. Et tes dragons sont très beaux, c'est juste... juste que je ne les aime pas autant que toi et que je préférerai mettre d'autres choses en face de mon lit. »
« Eh bien fais-le ! Moi je t'ai jamais empêché de mettre des photos de ce que tu veux ! »
« Charlie, là n'est pas la question. Bill a besoin d'être un peu seul par moment, c'est comme cela. Quand tu grandiras, tu comprendras. »
« Alors ça, c'est trop nul comme phrase ! » lança le rouquin à son père en arrachant son coude de sa main.
Il courut jusqu'aux escaliers qu'il dévala.
« Charlie ! Charlie, bon sang, reviens ! » cria Bill en lui courant après.
« Non, c'est bon, lâche-moi. Là c'est moi qui ai besoin d'intimité. Alors puisque je dois respecter ton envie d'être tranquille le soir et la nuit, respecte la mienne d'être tranquille maintenant ! » scanda le plus jeune en se retournant.
« Mais attends, laisse-moi t'expliquer au moins, bon sang ! » s'énerva Bill. « Puisque je te dis que c'est pas contre toi ! Arrête de faire la gueule, franchement c'est lourd ! »
Charlie posa ses mains sur ses hanches, le teint rouge.
« Que j'arrête de tirer la gueule !? Alors celle-là c'est la meilleure ! Tu sais quoi, Bill, fais bien comme tu veux, je m'en contrefous ! » hurla-t-il, se gonflant comme un petit coq.
Bill fronça ses sourcils mais ne répondit pas tout de suite. Un petit silence s'installa donc dans le salon, alors que les plus jeunes regardaient leurs aînés, étonnés de les voir se disputer.
« C'est bon ? Tu as fini ? Charlie, pour la énième fois, ce n'est pas contre toi. Tu veux venir nous aider à mettre la cloison pour séparer la chambre, oui ou non ? »
« Non. »
« Tu ne veux pas non plus venir pour choisir et décorer ta chambre ? À cause des fenêtres, on ne peut pas mettre la cloison n'importe où, donc celle du fond sera plus petite mais il y aura le placard, la première sera plus grande. Tu veux laquelle ? Placard ou plus grande ? »
« M'en fiche. »
« Charlie... »
« Rien à faire de ta foutue chambre, prends celle que tu veux, décore-la comme tu veux, fais ce que tu veux dedans, je m'en balance le chaudron. »
Là dessus, le cadet tourna les talons et sortit de la pièce. Oui, il était énervé, mais plus encore, il avait de la peine. Sans doute Bill l'avait enfin compris car il le laissa sortir sans le poursuivre davantage.
Charlie se retrouva donc dehors, sous le soleil d'été. Il mit rapidement des sabots qui traînaient devant la porte avant de se diriger à grandes enjambées vers le jardin. Il y travailla tout l'après-midi, s'occupa également des poules avant de se décider à aller à l'étang. Une fois là, il monta dans la barque que son père laissait toujours dans les roseaux et rama jusqu'au milieu du plan d'eau. Charlie monta rapidement sa canne à pêche cachée dans la barque, lança sa ligne pour finir par fixer le bouchon qui flottait paresseusement. Il n'avait pas vraiment l'intention de prendre du poisson, juste de passer le temps à ruminer loin de la marmaille bruyante et loin de Bill.
Il ne rentra qu'à la nuit tombée. Il était tard, il le savait, aussi alla-t-il directement à la cuisine. Il déposa sa petite pêche, à savoir quatre misérables gardons, dans l'évier, se lava les mains et s'assit à sa place où sa mère venait de lui remplir son assiette de soupe. Encore de la soupe, pensa-t-il lugubrement. Mais il ne dit rien, se contentant de l'avaler, accompagnée de pain. Ses frères et sa sœur jacassaient gaiement, comme à l'accoutumé. Cependant, Charlie ne leva pas le nez de son assiette ni ne décrocha la mâchoire.
Une fois le dîner fini, Charlie débarrassa la table en compagnie de Percy, fit la vaisselle et monta prendre, enfin, sa douche.
Quand il sortit de la salle de bain en pyjama, il se posta dans le couloir, une boule dans la gorge. En face de lui, un peu plus loin dans le couloir, se tenait non plus une mais deux portes. Sa chambre avec Bill n'était plus. Dorénavant il y en avait deux, la sienne et celle de son frère. Il se sentait stupide mais surtout seul. Laquelle était la sienne ? Il ne savait pas et n'avait pas franchement envie de savoir. Ces deux portes ne lui plaisaient toujours pas. Perdu dans ses pensées, le garçon sursauta alors que la main de son père se posait sur son épaule.
« Tu peux descendre Charlie ? J'ai à te parler, » fit simplement Arthur.
Le jeune rouquin hocha la tête puis le suivit jusque dans le salon où l'attendaient déjà Bill et Percy. Charlie s'assit dans le fauteuil, dédaignant la place libre sur le canapé à côté de Bill qui soupira en le voyant faire. Arthur quant à lui se posa sur le dernier fauteuil restant et fit face à ses trois aînés.
« Bon, les garçons. Il nous est apparu, à votre mère et moi, que nous devions avoir une petite conversation. Étant donné que vous grandissez et que vous êtes tous des, eh bien, des garçons et donc en passe de devenir des hommes, c'est moi qui ai été désigné volontaire. »
Le grand homme aux cheveux dégarni poussa un long soupir tout en essuyant ses lunettes. Il avait l'air particulièrement désœuvré. Charlie ne put s'empêcher d'adresser un coup d'œil perplexe à ses deux frères. Il était plus qu'évident qu'Arthur n'avait pas, mais alors pas du tout envie d'avoir cette discussion avec eux.
« Bref, vous grandissez, Bill a plus de quatorze ans, toi Percy tu en as neuf. Vous êtes donc tous les trois en âge de comprendre certaines choses de la vie. »
Arthur reposa ses lunettes sur son nez avant de regarder tour à tour ses garçons. Merlin, pourquoi devait-il aborder ça avec eux. Il se promit d'écrire à Dumbledore, après tout, Poudlard pouvait très bien donner des cours d'éducation sexuelle non ?
« Bien... Donc, vous allez devenir des hommes. Bill a beaucoup grandi, son corps a changé, le tien commence à le faire aussi, Charlie. Vous allez avoir de la barbe et... euh... enfin, disons que comme tous les adultes, certains, hum... poils vont pousser aussi sur certaines parties de votre corps. »
Le rouquin commençait à prendre une teinte avoisinant celle de la crevette bien cuite.
« Des poils ? » questionna Percy. « Où ça ? »
Cette fois, de ''Crevette'' Arthur passa à ''Homard ébouillanté''.
« Eh bien, comment dire, les adultes ont des poils euh... sous les bras, et aussi sur... Enfin Percy, tu m'as déjà vu prendre ma douche non ? »
« Oui... Ah, tu veux dire autour du zizi ? Bill, tu as des poils ici ? » demanda Percy en regardant l'entrejambe de son frère.
« Hé ! Mais ça se pose pas comme question, ça ! » protesta l'aîné en serrant instinctivement ses jambes.
« Donc, ça veut dire oui. Papa, pourquoi tu nous parles des poils de Bill ? »
« Mais enfin, Percy, je ne vous parle pas des poils de Bill ! » s'écria Arthur. « Non, je veux juste vous expliquer ce qui se passe, plus tard, quand on est adulte. Ce qui vous arrivera un jour, quand vous serez plus grands. Je... Oh Merlin... Voilà, vous savez ce qui se passe quand on tombe amoureux ? »
Bill commença à rigoler en douce, ses yeux bleus clairs rencontrèrent ceux plus foncés de Charlie. Ce dernier ne put s'empêcher de ricaner également, oubliant un instant qu'il était censé continuer à bouder le plus âgé.
« Euh, papa, tu es en train de vouloir nous parler de sexe, là ? » questionna Bill.
Arthur s'étouffa peu élégamment avec sa salive.
« Eh bien... oui, enfin je veux dire, de comment on fait les bébés, effectivement, et ce qui se passe dans votre corps quand, enfin... »
« C'est quoi le sexe ? » demanda Percy en s'adressant à ses frères.
« C'est la reproduction, comment un homme et une femme font des bébés, » expliqua Bill.
« C'est quoi le rapport avec le sexe ? » s'étonna le plus jeune des trois frères.
« Tu sais bien que le papa doit mettre son zizi dans celui de la maman pour faire le bébé. Or le sexe, c'est le vrai nom du zizi, » intervint à son tour Charlie sous le regard éberlué d'Arthur.
« Oh, d'accord, » fit Percy, comprenant d'un coup.
« Mais... mais vous savez déjà ? » s'exclama le père de famille.
« Oui, bien sûr. On avait même des leçons sur nos anciens livres de classe, avec les illustrations, » répondit Bill.
« Oh ! Merveilleux ! Eh bien dans ce cas, je n'ai rien de plus à vous dire les enfants ! » fit Arthur véritablement ravi et bénissant intérieurement les écoles moldues. « Sauf si vous avez des questions particulières bien sûr. Percy, je pense que tu pourras étudier tout ça avec tes frères. »
Le père de famille leur adressa un sourire rayonnant.
« Je l'ai déjà vu, enfin, papa! Même George et Fred savent comment on fait les bébés ! » se gaussa Percy d'un ton moqueur. « Ça fait bien longtemps que Bill et Charlie nous ont expliqué, parce que franchement, vos histoires de balais et de chaudrons avec maman, on y croyait pas du tout ! » Le petit rouquin regarda son père, un air franchement navré sur le visage.
« Bien, bien. Dans ce cas, Percy tu peux remonter dans ta chambre. À moins que tu ais des questions ? »
Le petit secoua sa tête.
« Papa, moi j'ai une question, » se décida Charlie. « C'est vraiment pareil pour les Moldus et les sorciers ? Aucune différence ? »
« Non aucune. Enfin, si, la seule différence c'est que grâce à des potions, les couples homosexuels peuvent concevoir des enfants, chose que les Moldus ne peuvent pas. »
Les trois garçons froncèrent leurs sourcils. Percy qui s'était levé se rassit à côté de Bill.
« Homosexuel ? » questionna Charlie.
Oh merlin, pourquoi je ne me suis pas tu ? se désespéra intérieurement Arthur.
« Euh, oui. On ne vous en a pas parlé à l'école ? »
« Non, » répondit Charlie, les yeux grands ouverts. « À l'école, j'avais demandé si des garçons pouvaient tomber amoureux ensemble, mais la maîtresse m'a dit non et ensuite des copains se sont moqués de moi. Ils ont dit ce mot, ''homosexuel'' et aussi ''gay'' et ''pédé''. Alors c'est ça ? C'est quand deux garçons sont amoureux ? »
« Deux garçons ou deux filles, oui, » acquiesça Arthur en dévisageant longuement son cadet. Une fois encore, il se posa des questions le concernant. « Les Moldus n'aiment pas trop, en général, quand deux personnes du même sexe tombent amoureux. C'est vrai que, normalement, un homme tombe amoureux d'une femme car dans la nature, il n'y a que de cette façon que les espèces peuvent se reproduire. Je pense que c'est en partie pour cela que certaines personnes parmi les Moldus n'acceptent pas un amour d'un genre différent, mais tous les Moldus ne sont pas comme ça, heureusement. Nous, les sorciers, nous ne voyons pas où est le problème car le plus important, c'est l'amour. L'homosexualité est bien acceptée dans notre société. D'autant que, grâce aux potions, les couples gays peuvent avoir des enfants et donc perpétuer le nom de famille. »
« Alors chez les sorciers, on peut aimer qui on veut ? » redemanda Charlie.
« On peut toujours aimer qui l'on veut Charlie, même chez les Moldus, du moins en Angleterre. Mais chez les sorciers, on ne va pas mal te juger parce qu'un garçon aime un autre garçon. »
Le rouquin fronça un peu ses sourcils, visiblement perdu dans ses réflexions. Il avait compris l'essentiel mais une chose le chagrinait un peu, sans qu'il ne sache trop pourquoi. D'après ce qu'il savait de ses copains à l'école et que son père lui-même lui avait dit, la normalité c'était qu'un homme soit avec une femme. Alors un homme avec un homme, ça ne l'était pas vraiment ? Il repoussa ses idées, de toute façon, ça n'avait pas vraiment d'importance, il n'était amoureux de personne. Charlie regarda son aîné, puis se souvenant d'un coup qu'il devait le bouder, il se renfrogna aussitôt.
« Bon, Percy, monte te coucher maintenant, » dit Arthur.
Le garçon se leva, obéissant à son père, le laissant seul avec les deux plus grands.
« Bon, ce que vous devez aussi savoir, c'est que, euh... hum, faire l'amour... » Le père de famille baissa la voix et rougit en peu en disant ces mots, « ... c'est quelque chose d'important. On le fait avec la personne que l'on aime vraiment. Surtout la première fois. C'est une étape dans la vie d'un homme ou d'une femme. Les jeunes filles, en particuliers, ont souvent la crainte de cet acte, à cause de... eh bien, je suppose que l'on vous a aussi expliqué tout cela à l'école de toute façon, » biaisa Arthur qui n'avait aucune envie d'aborder le sujet de la virginité féminine et de la déchirure de l'hymen lors de la perte de celle-ci. « Bref, les Weasley sont des gens bien. Je n'accepterai pas que mes fils se comportent comme des animaux en rut. Je vous demande d'être respectueux envers votre partenaire et de ne franchir le pas que si vous vous sentez vraiment prêts. D'accord, les garçons ? »
Les deux aînés acquiescèrent.
« Bien. Autre chose. Charlie, tu dois comprendre que Bill avait besoin d'intimité. Ce n'est pas contre toi. Nous savons que tu es en colère contre ton frère. Cependant, il est hors de question que tu bougonnes pendant toutes les vacances. Bill est grand, il a besoin d'être tranquille. Ce que je dis ne signifie pas que tu ne le respectais pas ou que tu l'embêtais, nous savons tous que ce n'était pas le cas. Mais c'est un jeune homme. Il a envie de pouvoir s'habiller ou se déshabiller dans sa chambre sans que tu sois là. Je ne voulais pas me moquer de toi tout à l'heure quand je te disais que tu comprendrais en grandissant, c'était juste la plus stricte vérité. »
Arthur regarda gravement son fils, bien que ses joues soient toujours rougissantes. Charlie baissa la tête. Malgré ce que disait son père, il ne comprenait pas tout et avait le sentiment d'être rejeté par son frère.
« Parfois, » poursuivit Arthur. « Quand on est un jeune homme, on fait des rêves très, hum, explicites... »
Charlie releva son petit nez, dévisageant son père et Bill qui semblaient l'un comme l'autre très mal à l'aise.
« Explicites ? »
« Oui... des rêves, entre un homme et une femme, » bafouilla Arthur. « Tu es encore trop jeune Charlie, pour ressentir ce genre de choses mais aussi pour que ton corps réagisse à ce type de rêves. Bill... il n'a pas forcément envie que tu sois témoin de tout ça. Tu comprends ? »
« Pas vraiment, non, » marmonna Charlie.
Le gamin rebaissa la tête. Non, il ne comprenait pas tout. Mais une chose le brûlait de l'intérieur. Bill était allé voir leur père pour parler avec lui d'une chose qui le dépassait un peu. Leur père, pas leur mère. Dans son esprit encore enfantin, Charlie avait pourtant cru que Bill irait toujours voir Molly et que lui pouvait compter sur Arthur. Là, la donne avait changé. En faisant l'effort de réfléchir, Charlie savait bien que c'était sans doute parce que son frère et son père partageaient une chose en commun que n'avait pas Molly, correspondant en plus à la discussion qu'ils venaient tous d'avoir : un pénis. Néanmoins, même en comprenant cela, la vérité avait un goût d'amertume. Bill et son père se comprenaient sur un sujet qui le dépassait. Pire, ils s'étaient mis d'accord ensemble, contre lui. Il le vivait comme une double trahison, peu importait les beaux discours.
Le deuxième fils sentit la main de son père sur son épaule, les doigts caressant doucement le pyjama en coton.
« Allez viens, mon cœur, on va te montrer ta nouvelle chambre. »
Charlie monta les escaliers d'un pas lourd. Il était fatigué, n'avait pas envie de faire semblant d'être content mais ne pouvait plus continuer à faire franchement la tête. Son père avait été clair, ses parents n'accepteraient pas qu'il boude éternellement.
La main de son père sur sa nuque, Charlie passa devant la première porte. Bon, cela signifiait qu'il n'avait pas la plus grande chambre mais celle avec le placard. Arthur lui ouvrit la porte, le laissant découvrir la pièce.
Malgré lui, Charlie ouvrit grand ses yeux, tandis que Bill et Arthur le suivaient. D'un geste de baguette, le père de famille illumina la pièce.
Elle était petite, bien plus petite que leur ancienne chambre. La grande fenêtre était cachée par des rideaux que Charlie n'avait encore jamais vus, d'un magnifique vert sapin. Son lit était recouvert d'un dessus fait dans le même tissu. Les murs étaient blancs, décorés de deux grandes affiches avec des dragons qui bougeaient et crachaient des longues gerbes de feu. Une affiche que Charlie ne connaissait pas été également apposée. Le jeune rouquin s'avança. Elle représentait une carte du monde, avec les différentes réserves de dragons. Au dessus de son lit, son père et son frère avaient aussi collé l'enseigne de Gryffondor. Une grande étagère blanche supportait le poids de toutes ses figurines d'enfant, ainsi qu'une photo de famille.
Charlie se dirigea ensuite vers le placard pour l'ouvrir en grand. Ses habits étaient soigneusement rangés, comme il aimait. La dernière étagère était remplie de ses livres, tant de classe que personnels, et en dessous, deux caisses étaient pleines de ses jouets.
L'enfant referma doucement les portes du placard avant de regarder une nouvelle fois l'ensemble de sa, désormais, chambre. Il s'assit sur son lit, prenant la photographie qui trônait sur sa table de chevet. C'était Bill et lui, chacun dans les bras de leur parrain, un matin de Noël. Celui où il avait reçu son balai-jouet et où Gideon l'avait emmené pour la première fois sur son Nimbus. Les yeux de l'enfant lui piquèrent alors qu'il reposait avec délicatesse la photo.
Nul doute que son père et Bill avaient voulu faire en sorte qu'il se sente bien dans cette pièce. Sa mère aussi puisque cela devait être elle qui avait conçu les rideaux et le dessus de lit.
« Elle te plaît, Charlie ? » demanda doucement Bill.
« Oui, » murmura l'intéressé.
L'aîné s'avança vers le plus jeune, s'assit sur son lit et le prit dans ses bras.
« Je t'aime, frangin, je t'assure que ça ne change rien. »
Pourtant, cette nuit-là, Charlie dormit bien mal. Ce n'était pas la première fois qu'il se retrouvait seul. Après tout, pendant les deux ans où Bill était à Poudlard sans lui, il était déjà seul. Mais justement, cette nuit lui rappela la première qu'il avait passée dans leur chambre, le soir où Bill avait pris le Poudlard Express pour la première fois.
Finalement, grandir n'avait pas que des avantages, pensa l'enfant avant de sombrer dans le sommeil.
La semaine suivante se passa sans anicroche particulière. Petit à petit, Charlie revenait vers son grand frère. Ce dernier lui avait fait voir sa chambre, ils avaient même fait une partie de bataille explosive tous les deux, allongés sur le lit de Bill. Mais le cœur de Charlie n'y était pas vraiment. Il se replongea dans ses vieux manuels scolaires, essayant de comprendre de quoi son père et son frère avaient bien pu discuter tous les deux, ne voulant pas être mis à l'écart une nouvelle fois.
Le pire arriva la semaine suivante. Bill avait demandé à sa mère si Lancey pouvait venir passer quelques jours au Terrier. Ainsi, le futur quatrième année s'installa dans la chambre de Bill, Molly ayant installé un autre lit à côté de celui de l'aîné Weasley.
Charlie se sentit encore plus exclu si cela était possible. À peine le brun arriva au Terrier que lui et Bill disparurent. Charlie se retrouva donc seul, avec ses petits frères. Il s'en occupa, joua avec eux, faisant comme si de rien n'était.
Mais le soir, seul dans sa chambre, il ne put se retenir plus longtemps. C'était Lancey qui chuchotait avec Bill, Lancey qui écoutait ses secrets. Charlie essuya ses joues avec ses poings, pleurant sur son triste sort et la désertion de Bill.
Le lendemain, à peine leur petit-déjeuné avalé, les deux adolescents montèrent se cacher de nouveau dans la chambre de Bill, porte close. Le message était très clair. Charlie ne dit toujours rien, il se contenta de prendre les bols abandonnés, lava la vaisselle et la rangea sous le regard compatissant de Molly. C'était au tour de Bill de le faire, cependant la présence de Lancey lui avait fait oublier tout le reste.
Pendant cinq jours, le cadet assuma la charge de son frère sans broncher. Il s'occupait des plus jeunes, les emmenant au bord de l'étang quand il faisait trop chaud. Ginny et Ron voulaient apprendre à nager, cela faisait depuis Noël que Bill et Charlie leur avaient promis de leur apprendre.
Bien sûr, tout seul, c'était bien moins évident qu'à deux, mais Charlie, aidé de Percy, pataugea avec les deux plus jeunes, leur montrant les gestes à faire pendant que George et Fred s'éclaboussaient et pourchassaient les nombreux descendants de Frenchie la grenouille.
« Charlie ! Regarde ! » s'exclama justement l'un des jumeaux.
« Quoi ? » demanda le rouquin, une main sous le ventre de sa sœur qui remuait des jambes et des bras, tentant d'imiter les fameuses grenouilles.
« Il y a des têtards, là, entre les roseaux ! » fit le deuxième jumeau.
« On peut en ramener à la maison ? » dirent-ils en chœur.
« Non, maman va faire une crise. On est assez nombreux comme ça à la maison. »
« Et question invité, ça suffit de Lancey. Quoi que lui, il s'approche plus du Troll que du têtard ! » s'écria Percy qui surveillait Ron .
Tous les enfants se mirent à rirent. Pas que la plaisanterie soit excellente, mais elle venait de Percy, ce qui en soit était déjà extraordinaire. Rien que pour cela, ils se devaient d'en rire. De plus, chacun trouvait que Bill les délaissait un peu trop. Lancey, lui, ne les regardait que pour leur lancer des piques ou des moqueries.
« Ils sont où d'ailleurs ces deux là ? » fit Ginny en s'accrochant au cou de son frère, les jambes enroulées autour de sa taille. « Charlie, tu portes ? Ze suis fatiguée. »
« Bien sûr, ma puce, » répondit Charlie en embrassant les cheveux mouillées de la petite. « Je ne sais pas où ils sont, sûrement encore enfermés dans leur chambre, ou planqués dans un coin. »
« Ouais, ben de toute façon, pour ce qu'ils racontent, on se demande bien pourquoi ils prennent autant de temps, » déclara Fred en arrachant un roseau.
« Pourquoi ? Tu sais de quoi ils parlent ? » ne put s'empêcher de vouloir savoir Charlie.
« Ouais, on les a écoutés ce matin, on s'était planqué, » fit George. « Ils regardaient un magazine qui expliquait comment faire pour embrasser une fille. Bill veut mettre sa langue dans la bouche d'une certaine Lucy, » finit l'enfant en faisant une grimace.
« Beuwâaaaaaaahhhh ! » se récrièrent tous les autres gamins dégoûtés.
« C'est écœurant ! » dit Ron en faisant mine de vomir.
« Oui, mais d'après papa, c'est normal. En grandissant, on va tous avoir envie de faire ça. J'en frémis d'avance... » Percy exagéra un long frisson en se secouant le dos.
« Ah non ! Moi ze veux pas qu'un garçon mette sa langue dans ma bouche ! Charlie, tu les empêsseras hein ? » gémit Ginny en plantant des iris bruns désespérés dans les yeux bleus de son grand frère, auto-promu protecteur des demoiselles en détresse.
« Bien sûr, ma chérie, t'inquiète pas. Tes grands frères veilleront tous sur toi. »
« Oui, t'en fais pas, Ginny, le premier qui s'approchera de toi, je lui défonce le crâne ! » affirma Ron avec le plus grand sérieux.
« Oh ! Notre preux chevalier ! » minauda Fred.
« Arrête, Fred. C'est très gentil à toi, Ron. George, non, n'ouvre pas la bouche. On est des frangins, on doit se soutenir. »
Charlie sortit de l'eau, Ginny toujours accrochée à lui.
« Bon, on va rentrer. De toute façon, Hooper retourne chez lui demain, on a plus que ce soir à le supporter. Allez, venez vous sécher, il commence à se faire tard, j'avais promis à maman de l'aider à préparer le dîner et vous avez encore votre douche à prendre. »
« Mais on vient de se baigner, on est pas sale ! » protesta Ron.
« Dans un étang rempli de grenouilles, de poissons et qui sert de refuges aux canards. Tu penses vraiment que cette eau est propre, Ronnie ? D'après toi, tout ce beau monde fait pipi et caca où, exactement ? »
« Yeârckkkkk ! Mais c'est la journée des histoires dégueulasses aujourd'hui ! » s'exclama Ron alors que les autres gamins sortaient de l'eau.
Les six enfants rentrèrent donc. Percy monta avec les plus petits afin que chacun prenne sa douche au deuxième étage pendant que Charlie faisait de même dans celle du premier. La porte de la chambre de Bill était toujours fermée mais il pouvait entendre les bruits de voix de son frère et de Lancey.
Une fois propre, il redescendit dans la cuisine où sa mère l'attendait. Ils étaient en train de finir de préparer le souper, quand Arthur rentra du travail. Molly appela les enfants qui débarquèrent en trombe dans la cuisine, Bill et Lancey en tête.
Charlie déposa la grosse marmite de soupe sur la table en répondant au sourire de Ginny.
« C'est toi qui as fait la soupe, Charlie ? » l'interrogea la petite.
« Oui, ma puce. »
« Chouette ! Z'adore quand c'est toi qui fait la soupe ! » s'écria l'enfant en tapant dans ses mains.
Charlie rit doucement en servant une grosse louche à sa sœur.
« Oh, Charline, tu fais la cuisine, en plus ? Mais tu es bonne à marier, vraiment. Est-ce que ta soupe est aussi délicieuse que cette jolie petite fossette ? » se moqua Hooper en prenant une voix efféminée, faisant ricaner Bill à côté de lui.
Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le chaudron. Charlie rejeta la louche dans la marmite avec violence tout en se mettant à crier.
« Merde ! Tu me fais chier Hooper ! Et estime-toi heureux que ma soupe, je te la balance pas à travers ta sale gueule ! »
« Charlie ! » s'écria Molly. « Je t'interdis de parler aussi vulgairement ! »
Le rouquin lança un regard noir à toute la tablée avant de sortir de la pièce en claquant la porte. Il entendit sa mère hurler son prénom une deuxième fois mais n'en avait cure. Il grimpa dans sa chambre, la refermant d'un coup de sa baguette. Oui, il n'avait pas le droit mais il s'en moquait là encore totalement. Laissant libre court à sa rage, Charlie prit son oreiller, le boxant allègrement.
Essoufflé mais se sentant légèrement mieux, il se laissa retomber sur son lit. Dire que le mois de juillet n'était pas encore fini, pourtant il n'avait plus qu'une seule envie : retourner à Poudlard ! Certes, il serait éloigné de ses petits frères et de sa sœur, mais au moins, il serait avec ses amis. Il pourrait aller voir Hagrid pendant le week-end pour partir en expédition dans la Forêt Interdite. En plus, cette année il voulait essayer de rentrer dans l'équipe de Quidditch. Il se renfrogna en se rappelant que ce connard de Hooper jouait déjà dans l'équipe. Il n'avait pas fini de l'emmerder s'il était pris. Et de se moquer de lui s'il ne l'était pas. Pendant moins d'une demi-seconde, Charlie se demanda s'il n'allait pas finalement renoncer à son projet. Puis il se reprit. Non, ce n'était pas ce sinistre crétin qui allait l'empêcher de réaliser son rêve.
Un léger coup à sa porte le fit s'asseoir. Charlie soupira. Bon, il n'allait pas échapper au discours parental sur les insultes et les gros mots, le tout assorti d'une punition.
« Entrez, » dit-il morose.
Sans grande surprise, la haute taille de son père se présenta devant lui. Arthur s'assit au pied du lit, le regardant d'un air sévère.
« Charlie, je n'accepte pas de telles grossièretés dans ta bouche. C'est clair ? »
« Oui, papa. »
« Bien, maintenant que j'ai dit ce qu'il fallait te dire, tu veux bien revenir avec nous à table ? » fit le patriarche gentiment.
« Non. »
Arthur se rapprocha un peu plus de son fils.
« Ces vacances ne se passent pas tout à fait comme tu l'aurais souhaité, n'est-ce pas ? »
« Pas vraiment, non, » répondit le garçon en redressant son nez.
« Je te promets d'avoir aussi une discussion avec ton frère, Charlie. Néanmoins, je ne comprends pas pourquoi tu es parti comme cela de la cuisine. Pourquoi fuis-tu ainsi à chaque fois que quelque chose te contrarie ? Comme tout à l'heure ou quand on a partagé votre chambre ? »
« Je ne suis pas un lâche ! » s'écria aussitôt le garçon, les yeux brillants et les poings serrés.
« Ce n'est pas ce que j'ai dit, mon cœur, » lui fit remarquer doucement son père.
Charlie réfléchit un peu avant de répondre.
« Quand je suis énervé comme ça, je préfère partir. Parce que sinon, je sais que je peux dire des choses terribles, que je regretterai par la suite. Oui pire. Je crois... Je crois que je serais capable de frapper. C'est mal, je sais. Alors je préfère m'éloigner. Je t'assure, papa, si je n'étais pas sorti tout à l'heure, vous n'auriez plus eu de soupe pour le dîner, parce qu'elle serait sur la tête de ce crétin et de Bill. »
Arthur sourit à son enfant, il passa une main dans les cheveux doux, appréciant le contact.
« Tu as bien agi alors, dans ce cas. Ta soupe était vraiment délicieuse, cela aurait été un vrai gâchis qu'elle finisse sur leur tête. »
« Délicieuse, effectivement, » répéta Charlie en baissant de nouveau son visage.
« Ta fossette aussi est délicieuse, Lancey a raison. Mais ce n'est pas péjoratif quand je te le dis. Pourquoi tu ne l'aimes pas ? »
« Elle me donne un côté bébé ! Et puis c'est trop nul, c'est les filles qui ont des fossettes, pas les garçons ! Je la déteste, les autres copains se foutent de moi et les filles n'arrêtent pas de minauder quand je rigole, » expliqua Charlie, dépité.
« Je ne trouve pas qu'elle te fasse ressembler à un bébé ou à une fille. Elle te donne plutôt un petit air canaille, je trouve. J'aime beaucoup cette fossette, Charlie. Je regrette même que l'autre ait disparu. Je ne pense pas que tes copains s'en moquent vraiment, ils le font sans doute pour te taquiner, parce qu'ils savent que c'est un petit complexe pour toi. Quant aux filles, c'est qu'elles doivent te trouver mignon avec si elles réagissent de cette façon. Tu es très mignon, mon fils. »
Le gamin haussa les épaules, réconforté malgré tout par les propos de son père.
« De toute façon, je m'en fiche. Les filles m'intéressent pas. Alors si Bill préfère passer du temps avec l'autre débile pour savoir comment faire pour les embrasser ou je ne sais quoi, tant pis pour lui. »
Arthur le regarda étrangement, une question au bord des lèvres, pourtant il préféra se taire. Charlie était bien trop jeune.
« Bon, viens manger, tu en as bien besoin. »
« J'ai pas faim, » protesta Charlie.
« Charlie, tu viens. »
Le garçon soupira mais se leva. Ils redescendirent dans la cuisine où leurs assiettes les attendaient. De nouveau, Charlie ne participa pas aux conversations. Il se remplit consciencieusement l'estomac, attendant avec impatience le moment où il pourrait enfin aller se coucher.
Le lendemain matin se passa comme pour les jours suivants, à la différence que Bill était de nouveau avec eux. Le premier-né constata rapidement que les autres lui tiraient un peu le nez. Cependant, cinq de ses frères et sœur retrouvèrent assez vite un comportement normal vis à vis de lui. Pas le sixième.
Après le repas de midi, Charlie se leva pour débarrasser la table.
« Non, Charlie, assieds-toi, » lui dit alors Arthur.
« Mais ? J'ai fini de manger papa, » répondit Charlie.
« Bien, dans ce cas tu peux faire ce que tu veux. Bill, tu débarrasses, » fit le père de famille à son aîné alors que ce dernier s'apprêtait à quitter la cuisine.
« Moi ? C'est pas mon tour, » protesta-t-il aussitôt.
« Vraiment ? Pourtant cela ne t'a jamais dérangé quand Charlie ou Percy ont pris tes tours tout le temps où Lancey était là. Charlie, sors de la cuisine, » ordonna Arthur.
Le cadet regarda son père, sa mère et son frère avant de sortir lentement. Du haut de ses douze ans et demi, il avait parfaitement compris qu'une discussion allait avoir lieu entre ces trois personnes, ainsi qu'il n'était pas le bienvenu. Néanmoins, nul doute devant l'air sombre de ses parents, que Bill n'allait pas vraiment apprécier ce qu'ils allaient lui dire. Il hésita un instant à la porte, avant que sa mère ne le congédie définitivement d'un petit signe de tête.
Le garçon ne sut pas trop quoi faire. Il faisait chaud et lourd. Les nuages qui s'amoncelaient annonçaient certainement un orage pour le soir. Il partit à la recherche de sa fratrie, qui était à l'ombre d'un grand arbre à la bordure du jardin. Enfin, George et Fred étaient plus exactement dans l'arbre, Percy lisait, le dos contre le tronc, Ron et Ginny disputaient une partie de bataille explosive à ses côtés. Ils adoraient tous cet arbre et y grimpaient régulièrement dedans, pour faire les idiots ou pour s'y cacher quand Molly était en colère après eux.
Charlie s'assit également, sans rien dire. Il n'avait pas envie de grimper cette fois-ci. Les moments aussi calmes étaient plutôt rares dans cette famille, mais pas désagréables. Charlie finit par s'allonger, un brin d'herbe dans la bouche qu'il mâchonna consciencieusement.
Un bout d'un moment, une ombre s'annonça.
« Je peux m'asseoir ? » demanda Bill.
« Oui, bien sûr, » répondit Charlie en se redressant en position assisse.
« Vous faites quoi ? »
« Rien de particulier. Il fait trop chaud pour bouger. »
Le silence se fit de nouveau.
« Charlie... Tu veux bien venir te balader avec moi une minute ? »
« Oh ! Oh ! Ça, ça sent l'explication ! » se moqua George, la tête en bas, les jambes cramponnées à une branche.
« Je serais toi, je préparerais mon balai, parce que tu vas devoir faire des kilomètres pour te rattraper, » renchérit Percy en tournant une page de son livre sans lever son nez.
Charlie se demanda brièvement s'il allait accepter ou non. Mais en regardant le visage déconfit de Bill, il ne put s'interroger davantage. Se levant d'un bond, il sourit à son frère.
« Une ballade vers Têtafouine ? »
« Oui, pas de problème, » fit Bill, visiblement soulagé.
Les deux garçons s'éloignèrent d'un pas tranquille, Charlie attendant que son frère se lance, ce qui ne tarda pas.
« Écoute, je me rends compte que je n'ai pas été très sympa ces derniers temps avec toi. Surtout cette semaine, avec Lance. Je suis sincèrement désolé. Mais tu sais... Le prends pas mal, mais j'ai l'impression d'être bien plus âgé que toi en ce moment. Moi, j'ai envie de parler de certaines choses et toi, tu joues encore avec tes figurines. »
Le plus jeune baissa la tête, profondément blessé. En clair, son frère lui disait qu'il n'était qu'un bébé inintéressant. D'un coup, il se retrouva encerclé par les bras de Bill.
« Pardon Charlie, je suis qu'un crétin. Au lieu de m'excuser, je fais encore pire. Tu es et tu resteras toujours mon meilleur ami, mon frère préféré. Je sais, c'est pas bien de le dire, maman m'étriperait si elle m'entendait mais c'est la vérité. C'est jusque que là, parfois, on est un peu en décalage. Mais franchement, ça me manque, tu sais, de pas pouvoir parler avec toi de tout ça. Tu me manques, Charles. Tu veux bien te dépêcher de grandir, s'il te plaît ? »
Charlie releva le nez, riant un peu.
« T'es bête. Et toi, tu ne voudrais pas continuer à jouer aux figurines avec moi de temps en temps ? Promis, si tu le fais, moi je serai prêt à t'écouter me raconter combien tu aimerais glisser ta langue dans la jolie bouche de... comment déjà ? Lucy, c'est ça ? » fit Charlie, un sourire moqueur aux lèvres devant l'air totalement éberlué de Bill.
« Bah... Comment tu sais ça, toi ? » s'écria le plus âgé.
« Tu oublies que l'on est au Terrier, frangin, pas à Poudlard. Les murs ont des oreilles ici. »
« Putain, je vais les tuer ces deux petits merdeux ! » continua Bill, comprenant enfin.
« Arrête, c'est pas si grave et ils ne l'ont pas dit à maman. Et puis, toi, tu as dû dire des choses pires à papa, je me trompe ? Alors, pourquoi tu veux plus de moi dans la chambre ? »
« Je te l'ai dit, c'est pas contre toi... J'ai juste envie d'être tout seul par moment, c'est tout. Mais ça n'empêche pas que l'on peut continuer à passer du temps tous les deux dans nos chambres. On peut même dormir ensemble de temps en temps si on veut. Mais c'est bien aussi, d'être tranquille parfois, tu ne trouves pas ? »
« C'est quand tu penses à Lucy, à sa bouche et à ta langue que tu veux être tout seul ? ... Histoire de pouvoir mettre ta main dans ton pantalon sans frangin à côté de toi, c'est ça ? » continua à le taquiner Charlie.
Son frère le dévisagea, ébahi, avant d'exploser de rire en passant son bras autour de son cou.
« Espèce de sale gosse, va ! »
Le reste des vacances se passa exactement comme Charlie l'avait imaginé.
... ... ...
Septembre 1985
« Oh, mais regardez qui voilà ! Un joli petit rouquin. Comment ça va, bébé ? Ta première semaine de classe ne t'a pas trop fatigué ? En plus tu viens tout seul, sans ton grand frère pour te tenir la main, bravooo ! »
Les membres de l'équipe de Quidditch se mit à rire.
« La ferme, Hooper ! »
« Hou ! Mais c'est qu'il mord en plus, le lionceau ! »
« Non seulement il mord, mais il pourrait bien lui prendre l'idée de venir te casser la gueule si tu ne lui lâches pas le balai, gros balourd. »
Les ricanements des autres Gryffondor autour d'eux s'intensifièrent.
« On se calme, » lança la capitaine des Rouge et Or, Violette Weal.
Le reste de l'équipe s'arrêta de rire, s'asseyant dans les tribunes alors que les joueurs venus pour les essais restaient debout.
« Bon, on a besoin de deux joueurs pour compléter l'équipe, un poursuiveur et l'attrapeur. Mettez-vous en deux groupes, à gauche les poursuiveurs, à droite les attrapeurs, » ordonna Violette.
Elle était batteuse dans l'équipe, poste assez rarement tenu par une femme, il fallait être clair. Pourtant, Violette était l'une des meilleures.
Charlie se glissa donc à droite, en compagnie de trois autres Gryffondor. Il était le seul en deuxième année cependant.
La capitaine décida de faire jouer en premier les poursuiveurs. Au bout d'une demi-heure, son choix était fait, validé par le reste de son équipe. Vint ensuite le tour des quatre postulants attrapeurs.
Le jeune rouquin s'avança d'un pas décidé, le manche de son balai fermement maintenu dans sa main droite.
« Bien, » fit Violette. « Pour vous départager, on va faire un petit match d'attrapeur, vous êtes quatre, on le fait en deux contre deux. »
Charlie se rendit vite compte du pourquoi Violette voulait qu'ils se combattent tous car elle continua, voulant ensuite que chaque joueur se batte une nouvelle fois. Au bout de deux heures et demi de match, il était épuisé. C'était bien sûr pour tester leur endurance, mais Charlie se retint de pousser un gémissement quand elle décida ensuite de faire combattre une dernière fois les deux meilleurs postulants, à savoir lui-même et un garçon de troisième année. Pour ce match cependant, les autres membres de l'équipe se joignirent à eux, trois avec lui, trois avec son adversaire. Violette choisit d'être avec l'autre garçon qui lui lança un regard de vainqueur, certain que cette décision revenait à annoncer qu'elle le préférait. Cependant, quand Charlie constata que Hooper était avec lui, là, il eut franchement envie d'abandonner.
Il était fatigué. Certes, il aimait le Quidditch et voler, mais là, c'était vraiment dur. En plus, il était persuadé que Hooper ferait tout pour l'empêcher de gagner.
« Bien, on laisse de côté le Souaffle, mais on sort les Cognards, » annonça Violette en lançant des battes à tous ses joueurs.
Le regard moqueur de Lancey envoya un long frisson glacé dans le dos de Charlie. Cette fois, c'était sûr, il allait finir à l'infirmerie.
« Eh bien, tu veux abandonner, petit cœur ? » ricana Hooper.
« C'est vrai, ça, tu es tout pâle, tu veux p'tre qu'on appelle ton grand frère pour que tu puisses pleurer dans ses robes ? » renchérit le second batteur, Conrad Hardback alors que Charlie s'avançait vers eux.
« Vous êtes au courant qu'on est censé jouer dans le même camp pour ce match ? » ronchonna le plus jeune de tous.
En regardant ses co-équipiers d'un temps, il se donnait vraiment l'impression d'être ridicule, petit et insignifiant.
« T'en fais pas, joli bébé, ils grognent mais ne mordent pas, » le rassura Olivia White, poursuiveuse de son état.
Charlie essuya la sueur qui coulait sur son front d'un geste rageur avant de monter sur son balai et de décoller. Il commençait à avoir sérieusement mal au derrière et aux jambes mais serra les dents. Il avait moins de résistance que l'autre attrapeur, il fallait donc qu'il trouve ce maudit Vif avant lui afin d'écourter le match, sinon, il ne tiendrait jamais.
Le match débuta alors que Violette libérait la petite boule d'or. Charlie s'élança immédiatement à sa poursuite. Néanmoins, poursuivre un Vif alors que deux abominables balles vous poursuivent n'était pas évident. Il n'avait jamais joué avec des Cognards, sa mère le refusait mordicus, ce n'était donc pas simple pour lui de se faire à l'idée qu'il devait non seulement poursuivre le Vif mais aussi faire attention à sa vie. Car non, il ne faisait aucune confiance à Hooper ou Hardback.
Pourtant, le garçon se rendit bien vite compte qu'il n'avait pas vraiment le choix s'il voulait savoir où était ce fichu Vif. Il ne pouvait pas tout le temps surveiller les Cognards ! Charlie se mordit l'intérieur de la joue alors qu'il évitait de nouveau une de ces balles diaboliques. Si seulement son équipe pouvait jouer plus sérieusement !
De son côté, son adversaire avait bien moins de souci, il était tranquillement en train de flotter dans les airs, plusieurs mètres au-dessus de Charlie, scrutant vaguement le ciel.
Le rouquin jura alors que Hooper le bousculait, il allait se mettre à tempêter quand il constata que ce dernier venait juste de lui sauver son joli crâne d'une rencontre non désirée avec un Cognard.
Charlie n'en pouvait plus, il décida de prendre lui aussi un peu plus de hauteur quand il aperçut, beaucoup plus bas, un éclair doré. Sans réfléchir plus avant, il baissa le manche de son balai, une main tendue. Il sentit plus qu'il ne vit des ombres autour de lui, supposa qu'il s'agissait de ses équipiers mais peut-être aussi du troisième année dont il ne se rappelait décidément pas le nom.
Le garçon ne s'en préoccupa pas plus, uniquement concentré sur son objectif. Un cri de victoire sortit de sa bouche alors que ses doigts se refermaient sur le Vif. Mais au moment même où sa main allait pour le retenir, une douleur fulgurante lui traversa la cheville. Le gamin hurla, son balai faisant deux tours sur lui-même avant qu'il ne se stabilise.
« Charlie ! Le Vif, bordel ! » lui cria Hardback.
« Ma cheville, j'ai pris un Cognard ! » répondit le rouquin, les larmes aux yeux.
« On s'en fout ! D'abord le Vif ! » rétorqua l'autre en le poussant par l'épaule.
Charlie déglutit péniblement, essuya rapidement une larme de douleur et regarda de nouveau autour de lui à la recherche du Vif. Bien évidement, ce dernier en avait profité pour remonter dans les airs. L'autre attrapeur fonçait droit sur lui.
Retenant un gémissement, Charlie se précipita à sa suite. Le fait que sa cheville soit, au minimum, foulée, l'empêchait de se maintenir convenablement dans les étriers de fer de son balai. Mais il tint bon et rattrapa son concurrent. Le voyant arriver, ce dernier lui jeta un regard mauvais avant de lui envoyer un coup de pied dans l'épaule. Charlie grimaça de nouveau, déstabilisé et l'épaule douloureuse. Il accéléra pourtant la cadence et s'approcha une nouvelle fois, juste pour voir l'autre garçon attraper le Vif entre ses doigts.
Le match était fini. Le troisième année hurla de joie, fit une pirouette avant de redescendre en piquer vers le sol.
Charlie, quant à lui, se retenait dorénavant de fondre en larmes. Il s'en doutait bien sûr. Deux de ses coéquipiers avaient passé plus de temps à plaisanter qu'à l'aider, malgré tout, cet échec était le sien.
Il se reposa lentement sur le sol mais ne put retenir un cri de douleur alors que ses pieds touchaient la terre boueuse.
Épuisé, vaincu et endolori de partout, le garçon s'écroula. Au diable les moqueries des autres, il n'avait effectivement plus qu'une envie, que son grand frère le prenne contre lui pour l'aider à aller à l'infirmerie.
Ce ne fut pas Bill qui vint vers lui, mais son tortionnaire en chef, Hooper.
« Hey, ça va, petit lion ? »
« Qu'est-ce que ça peut te foutre ? » rétorqua Charlie, s'essuyant la sueur et une larme.
« Réponds, c'est tout, » continua l'autre durement.
« Oui, j'ai mal, tu es content ? J'ai mal et j'ai perdu, tout pour que ta journée soit un vrai succès en somme, » grinça Charlie entre ses dents.
« Et pourquoi as-tu perdu, Weasley ? » demanda Violette.
Charlie releva la tête, la main toujours sur sa cheville douloureuse. Il constata alors que tous les membres de l'équipe l'encerclaient y compris ce crétin de troisième année. ''Kevin'', se rappela-t-il soudain.
« Parce que je me suis pris un Cognard dans la cheville, entre autre. Aussi parce que j'étais plus lent, parce que je ne suis encore qu'un gamin qui n'a pas assez d'endurance, » dit-il, amer.
« Non, c'est parce que tu n'as pas fait assez confiance en tes équipiers. Mais là-dessus, tu n'avais pas vraiment tort, ils avaient juste pour mission de t'éviter de trop grosses blessures, pas de te faciliter la tâche, contrairement à un véritable match. Tu n'as pas perdu ce mach, c'est ton équipe qui l'a perdu, tu comprends ? Toi, par contre, tu as parfaitement réussi le test, Charlie. En grandissant, tu vas prendre de l'endurance et je peux t'assurer d'une chose, tu seras un attrapeur redoutable. Bienvenu dans l'équipe. »
Violette lui offrit un grand sourire en lui tendant la main.
« Quoi ? » s'écria Kevin, scandalisé. « Mais c'est n'importe quoi ! C'est moi qui est attrapé le Vif d'or ! »
« Oui, c'est vrai... Au bout de presque vingt minutes ! » lança Hooper. « Alors que tu avais le champ libre devant toi. Tu aurais dû attraper ce Vif dans les cinq minutes, pas une de plus. Et encore, c'est uniquement parce que Charlie a été blessé que tu as pu l'avoir ! »
« En plus, tu as fait comme Warrington. Tu crois quoi ? Qu'on joue comme les Serpentard ? On ne gagne pas en frappant son adversaire, encore moins un équipier. J'espère pour toi que Weasley n'a pas l'épaule démise, » ajouta Hardback.
Charlie les regardaient tous, complètement éberlué. Il faisait vraiment partie de l'équipe ? Les plus âgés lui avaient fait passé un test ?
Il n'eut pas le temps de se poser plus de question que Hooper se penchait vers lui et le soulevait, comme une princesse.
« Accroche-toi, gamin, je t'emmène à l'infirmerie. »
« Je suis trop lourd ! Tu vas me faire tomber ! » protesta le jeune rouquin.
Le brun soupira alors que Violette secouait sa baguette en rigolant. Aussitôt, Charlie se sentit aussi léger qu'une plume. Il s'accrocha au cou de Lancey, en glapissant.
« Allez, bébé, t'inquiète pas, je vais pas te lâcher, » ricana Hooper.
Il l'emmena jusqu'au repaire de madame Pomfresh qui poussa de hauts cris en les voyant arriver. Le Quidditch et elle, c'était une longue histoire de désamour.
Charlie s'étonna en constatant que Hooper restait avec lui tout le temps que l'infirmière le soignait. Elle exigea ensuite qu'il reste à l'infirmerie car il ne pouvait poser le pied par terre pendant encore seize heures. Le quatrième année fit son plus beau sourire au dragon de l'infirmerie, lui jurant sur Godric que les Gryffondor prendraient soin de leur malade. Avec un clin d'œil, il attrapa de nouveau le garçon et le porta jusque dans leur salle commune.
Les membres de l'équipe étaient réunis près de la cheminée, en compagnie de Bill qui applaudit son jeune frère. Lancey déposa avec précaution son fardeau sur le canapé en position allongé, un coussin sous la tête, un autre sous la cheville
« Bébé Charlie s'est débrouillé comme un chef, Bill, » fit le brun en se tournant vers son ami.
Une Bièraubeurre atterrit dans les mains du cadet Weasley.
« À notre nouveau attrapeur et futur champion de Quidditch ! » lança Violette en levant sa propre bouteille.
... ... ...
Janvier 1987
Le troisième année monta les escaliers vers le dortoir des cinquième. Il pesta intérieurement contre son frère aîné qui l'avait envoyé dans la grande salle pour leur faire des sandwichs ou leur ramener tout ce qu'il pourrait. D'accord, il aurait pu l'envoyer valser sur le Saule Cogneur, histoire de voir s'il était là-bas, mais Charlie avait eu un excès de bon cœur. D'autant que Bill, Lancey et David lui avaient promis de l'aider à finir son devoir de potions pour lundi, ainsi que de passer la soirée avec lui pour goûter une bonne bouteille de whisky pur feu s'il le faisait.
C'était une sorte de chantage, il en avait bien conscience. D'un autre côté, l'idée que les trois garçons lui fassent son devoir n'était pas pour lui déplaire. Et puis, il n'avait encore jamais goûté de whisky.
Le cadet Weasley ne pensa pas à frapper à la porte du dortoir, il l'ouvrit simplement avec le coude avant de débouler à l'intérieur, les bras surchargés de nourriture. Il stoppa net, alors que les plus âgés était sur le lit de David, des magazines ouverts devant eux. De là où il était, Charlie ne pouvait pas rater ce qu'il y avait dessus. Forcément, on ne pouvait pas dire que le texte était ce qui lui sautait au visage. Non, il avait une vue plongeante sur l'intimité d'une blonde, dont il ne voyait que l'intérieur des cuisses, avec une énorme poitrine au loin.
« Merde ! Putain, Charlie, tu peux pas frapper, non ! » beugla Bill en pliant rapidement les journaux.
« Bah, c'est pas grave, Bill. Allez, viens nous rejoindre, p'tit lion, on va t'instruire, » rétorqua Hooper en se déplaçant sur le lit, offrant une place au jeune rouquin dont les joues n'avaient plus rien à envier aux cheveux.
« Mais... Mais... » balbutia le malheureux.
David se leva en rigolant, malgré les protestations véhémentes de l'aîné, prit le cadet et l'assit d'autorité entre lui et Lancey tout en le débarrassant des victuailles.
« Alors, tu veux te rincer l'œil avec nous ? » fit Hooper en étalant de nouveau les magazines.
Le garçon comprit qu'ils étaient d'origine moldue, les images ne bougeant pas. Il en fut d'ailleurs plutôt soulagé alors que ses yeux exorbités ne pouvait se détacher des paires de seins, fesses, et autres minous épilés en intégralité ou presque.
« Merde, mais non, c'est qu'un gamin ! » protesta de nouveau Bill.
« T'es pas gonflé, je te rappelle que c'est toi au même âge qui m'a viré de notre chambre pour pouvoir te branler tranquillement en pensant à... je sais même plus laquelle, tiens, » répondit alors calmement Charlie sans lever les yeux des magazines.
David et Lancey ricanèrent tout en se tapant la main.
« Viens là, mon petit lionceau, je sens que je vais beaucoup aimer cette soirée, et toi aussi d'ailleurs. »
Sans trop comprendre, Charlie se retrouva avec une verre de whisky entre les doigts.
« C'est des Moldues ? »
« Oui, j'ai dévalisé le bureau de tabac de mon père pendant les vacances de Pâques, » expliqua David, sang-mêlé de son état, avant d'avaler une grosse gorgée de liquide ambré. « Alors, c'est laquelle que tu préfères pour le moment, Charlie ? »
« Ben, je sais pas trop, » répondit le garçon.
À vrai dire, aucune ne lui plaisait plus que ça. Il les trouvait particulièrement vulgaires, en plus les gros seins ne lui faisaient rien.
L'alcool passait de verre en verre, les trois plus grands garçons devenant de ce fait bien plus chaud, dans tous les sens du terme. Charlie, lui, n'avait pas fini son premier verre mais la tête lui tournait un peu.
« Allez Charlie, choisis-en une, je te l'offre. Comme ça, toi aussi tu pourras te branler dans ta chambre. Surtout que t'as pas de petite copine. C'est qui qui te plaît à Poudlard ? » demanda David d'une voix un peu pâteuse.
« Personne me plaît, » fit Charlie.
Mais les trois autres explosèrent de rire.
« Fais nous pas marcher, tu dois bien avoir une nana qui te botte, non ? T'as plus de quatorze ans ! » s'exclama Lancey.
« Et alors ? C'est pas parce que j'ai quatorze ans que je dois forcément être attiré par vos nanas à poils. Franchement, je vois pas l'intérêt. »
« Nan ? T'es sérieux, là ? Arrête de nous faire marcher. Tu vas pas me faire croire que tu t'es jamais tapé un rendez-vous avec ta main droite tant que tu y es, quand même ? » l'interrogea David.
Le garçon rougit de nouveau. Si, il l'avait déjà fait, mais jamais en s'imaginant être avec de telles créatures. En fait, l'été où Bill avait voulu partager leur chambre en deux, Charlie s'était réveillé un matin avec le pyjama un peu humide. Il n'avait pas du tout compris et avait cru qu'il avait fait un petit pipi au lit. Cela c'était reproduit, une ou deux fois à Poudlard, puis pendant les vacances de Noël. Il avait fini pas poser des questions à Bill qui avait rigolé, lui expliquant que c'était normal, qu'il grandissait. Il ne se rappelait cependant jamais de ses rêves qui devaient être, selon Bill, responsables de ses fuites nocturnes.
Quant à la première fois qu'il avait mis sa main dans son pantalon, il s'en souvenait parfaitement. Il rougit un peu plus en y repensant. C'était il y avait quinze jours à peine. Après que Bill lui eut ré-expliqué certaines choses, justement.
L'aîné n'avait pas été avare de détails, parfois même un peu trop, bien que dit sur un ton très professoral. Mais la curiosité de Charlie avait été piquée au vif. Le soir, alors que tout le monde dormait, il avait voulu retourner voir son frère pour lui demander encore quelques conseils. C'était en ouvrant avec précaution la porte de Bill qu'il avait compris que son aîné savait parfaitement s'y prendre, en effet. Le rouquin avait laissé les rideaux de sa fenêtre ouverts, la pleine lune dehors éclairant doucement la pièce d'une lueur d'argent. Il était allongé sur son lit, nu, la main autour de son sexe érigé. Elle faisait des mouvements de va-et-vient dessus, le pouce passant sur le gland régulièrement. Charlie n'avait pas pu s'empêcher de rester pétrifié dans l'entrebâillement, à regarder son frère se donner du plaisir. Le garçon dénudé gémissait, yeux clos, ses dents maltraitant ses lèvres. Puis sa main avait accéléré le rythme, de même que les gémissements. Puis, des jets de liquide nacré s'étaient échappés de son gland, Bill à moitié roulé en boule, face à son frère qui n'avait pas perdu une miette du spectacle.
Cela avait enfin fait réagir le plus jeune, qui avait délicatement refermé la porte sans bruit avant de se réfugier dans la sienne. Il avait honte d'avoir espionné son grand frère, mais encore plus en constatant que son propre pénis avait réagi à ce qu'il venait de voir. Se couchant entre les draps de son lit, Charlie avait alors baissé son pantalon de pyjama, il avait regardé ce sexe à moitié dressé, entre les petites boucles rousses qui poussaient sur son pubis. Son pénis était moins gros que celui de Bill, mais il s'était dit que c'était normal, après tout, il était deux ans plus jeune. Charlie avait pensé que c'était une autre question à poser à son aîné : sa verge allait-elle continuer à grandir, en même temps qu'il finissait sa puberté ?
Chassant ses pensées, le jeune rouquin avait timidement pris la hampe dressée dans sa paume. Il avait frissonné au contact. Avec un mélange de honte et de satisfaction, il avait alors reproduit les gestes qu'il venait de voir. Peu de temps plus tard, c'était lui qui se tordait sur son matelas en gémissant. La honte avait rapidement disparu, uniquement remplacée par le plaisir. Puis il avait joui à son tour. Il avait haleté un instant, levant sa main souillée devant ses yeux. Du sperme, son sperme la recouvrait, ainsi qu'une partie de son ventre. Il avait trouvé que l'odeur était plutôt bizarre, ainsi que la texture. Par contre, la sensation de bien-être qui suivait l'orgasme, ça, ça avait été vraiment cool.
« Arrêtez les mecs, vous le mettez mal à l'aise. Il a raison, tout le monde mûrit pas à la même vitesse, » intervint Bill.
« Mouais... Tu sais comment faire au moins ? T'es vraiment sûr qu'elles te font rien, ces nana ? » fit Hooper en posant un main sur l'entre-jambe de Charlie qui glapit.
« Mais ça va pas non ? Dégage tes mains, gros pervers ! »
« C'est bon, 'scuse, c'était juste pour vérifier que tu bandais pas. Ben non, il se fout pas de nous, il est plus plat qu'une limace. »
« Parce que... parce que là, vous... ? » s'étouffa à moitié le jeune rouquin s'en pouvoir s'empêcher de regarder les braguettes de ses congénères. Quand il réalisa qu'il regardait aussi celle de son frère, il piqua un véritable fard. « Oh, Merlin. »
« Disons que là, j'ai une bonne demie-molle, » répondit David en étudiant attentivement une rouquine, du moins, d'après ses cheveux. « Je comprends pas, moi à ton âge, dès que je pouvais avoir une photo comme ça, je bandais comme un âne ! Bon sang, même les pubs pour les gels douches me font bander parfois ! Et celle-là, tu as vu ses nichons ? Ça te fais rien ? »
« Bof, ils sont trop gros, » avoua Charlie en regarda distraitement la brunette aguicheuse qui s'étalait devant lui. « Mais elle a de jolis yeux, » constata-t-il enfin.
« Mais on s'en branle de ses yeux ! » s'offusqua Lancey. « Bill, ton frangin est pas franchement mûr sur ce point. Fais moi plaisir, Charlie, tu prends cette image, tu la planques sous ton oreiller et tu commences rapidement les travaux manuels ! »
Charlie rit de concert avec les autres, bien que sans grande conviction. Il croisa le regard de son frère. Il crut y lire un peu de gêne et de la perplexité mais se trompa sur sa signification. Charlie était loin de se douter que Bill se demandait si vraiment il n'était pas mûr ou si plutôt les images n'étaient pas adaptées à sa libido.
Quand le cadet retourna dans son propre dortoir, il avait appris certains sorts, dont celui du silence, du nettoyage et un rafraîchissant d'atmosphère. Il trébucha sur son lit, la tête un peu dans les nuages à cause de son verre d'alcool.
Se glissant dans son lit sans réveiller ses camarades endormis, il étudia sous toutes les coutures la photo que David et Lancey avaient choisie pour lui. Il s'attarda sur les cuisses fermes, le ventre un peu rond, les hanches. Il passa son doigt sur les seins dont les pointes s'érigeaient, ne ressentant définitivement rien, alors que David, quelques temps plus tôt, lui avait affirmé qu'il rêvait de pouvoir en prendre un dans sa bouche, pour de vrai, que cette simple idée lui permettait souvent d'atteindre l'orgasme quand il se branlait.
Le regard outremer descendit ensuite sur l'intimité de la femme, qu'elle dévoilait sans aucune pudeur. Mais cela ne lui fit rien non plus. Il se surprit à la regarder un peu de la même façon qu'un Médicomage le ferait, ou comme quand lui-même étudiait une nouvelle créature pendant les cours de Brûlopot.
Comme lui avaient dit ses aînés, il planqua la pin-up nue sous son oreiller. Décidément, il en avait un peu trop appris ce soir. Bon, pas tant en ce qui concernait Lance et David, mais surtout sur Bill. Imaginer son frère avec une de ces filles, en train de lui faire... ça... non, c'était pas possible, définitivement malsain. Il savait que Bill se branlait, il en avait été témoin, mais ce n'était pas une raison pour se complaire là-dedans. Parce que non, définitivement, savoir que le pénis en érection de Bill mesurait dix-sept centimètres ne manquait absolument pas à sa culture personnelle. Savoir que le sien, au repos, devait bien mesurer dans les douze non plus, d'ailleurs. Quand Lancey lui avait balancé cela, le rouquin s'était étranglé avec sa salive. Car cela ne voulait signifier qu'une chose : cet enfoiré de pervers de Hooper l'avait maté sous la douche après un match ou un entraînement de Quidditch !
Sa main dans son pyjama, il ferma les yeux, commençant à se caresser. Malgré tous ses efforts, il ne parvint pas à bander en s'imaginant avec la femme sur sa photo. Ni avec aucune autre qu'il avait vue ce soir sur les papiers glacés. Il poursuivit ses attouchements, distraitement, faisant peu à peu le vide dans sa tête. Une érection prit alors vie entre ses doigts, mais ce n'était que pure réaction physique. Charlie continua ses va-et-vient sur sa hampe dressée, l'esprit totalement ailleurs, bien loin des images pornographiques. Pourtant, au bout d'un instant, le plaisir vint. C'était étrange qu'il ne soit associé à rien. Mais vraiment, vraiment agréable en convint le jeune rouquin en accélérant les mouvements de sa main. Il regarda son sexe, son gland rougit et humide. Son excitation remonta en flèche à cette vision qu'il trouvait bien plus érotique que tout ce qu'il avait pu voir ce soir. Il se rappela quand il avait éjaculé la première fois puis l'image du sexe de son frère déversant ses jets blancs s'imprima en lui. Il ferma les yeux, accélérant les mouvements.
Subitement, il eut une décharge de plaisir, le monde devint blanc alors qu'il sentait sa main devenir poisseuse. Il haleta en gémissant, attendant la fin des derniers spasmes. De nouveau, il regarda sa main, son ventre, renifla le sperme. Bizarre, bizarre. Et c'était ça qui permettait d'avoir des enfants...
Finalement, le garçon se nettoya avant de sombrer dans le sommeil.
... ... ...
Août 1988
Charlie regardait partout dans la pièce. Son père aurait été le plus heureux des hommes s'il avait été à sa place. Bien sûr, en ce qui concernait le jeune homme, ce n'était pas la première fois qu'il voyait une maison moldue. Mais bien la première qu'il y passait plusieurs jours.
Brett l'avait invité à passer une semaine chez lui, avec ses parents et sa sœur de deux ans son aînée.
Charlie avait particulièrement apprécié cet intermède jusqu'à présent. Comme la vie chez les Oaken était calme et tranquille ! Jenny passait ses journées dans sa chambre avec ses copines, ou chez ses copines dans leur chambre, à écouter de la musique et à parler des garçons dans tous les cas de figure.
Madame Oaken était douce, gentille, un mot ne dépassant jamais l'autre. Inutile de préciser que cela fut un petit choc pour Charlie.
Il passa ses soirées dans la chambre de Brett, à regarder la télé ou jouer aux jeux vidéos.
Bref, une semaine parfaite.
Enfin presque.
Il n'y eut qu'un seul petit point d'achoppement, une seule chose un peu négative. Trois fois rien. Vraiment. C'était du moins ce que ne cessait de se répéter Charlie, alors que Brett continuait de déblatérer en sortant du bureau de tabac.
Monsieur Oaken leur avait souvent demandé d'aller au bureau de tabac pour lui acheter des cigarettes. Les deux garçons avaient enfourché leurs vélos, Brett sur celui de sa sœur, pour dévaler la rue. Ils en avaient profité pour regarder les magazines.
Sans s'en apercevoir, Charlie s'était retrouvé dans le coin le plus reculé du magasin, découvrant avec fascination tous les différents magazines moldus liés au sport : football, tennis, rugby, automobile... Il était, à n'en pas douter, dans le rayon masculin et soudain ses yeux s'agrandirent. Devant lui, s'étalaient des photos qui n'avaient plus rien à voir avec le sport, ou du moins... pas du tout du même style. Il allait tourner les talons et déguerpir quand il s'arrêta net. À côté des habituels moues rouges aguicheuses et des gros lolos, un autre magazine était ouvert, avec un tout autre genre de photos à l'intérieur.
Un homme de dos mais le visage tourné vers l'objectif, un sourire taquin aux lèvres, montrait des fesses galbées extraordinairement musclées. Sur une autre, il était de face, tête en arrière comme pour offrir sa gorge au lecteur, dévoilant un torse imberbe et... euh... Le sang de Charlie commença à chauffer dans ses veines. Il avait déjà vu des hommes nus, ses frères, son père, les joueurs de Quidditch. Il avait toujours trouvé les corps masculins de ces derniers plus beaux, si l'on pouvait dire, que les corps féminins que Bill et ses copains lui avaient montrés. Mais là, il s'agissait de tout autre chose. Un seul mot lui vint en tête, lui mettant le rouge aux joues de honte : désir.
« Tu fais quoi ? Ben mon salaud ! T'as trouvé le coin intéressant, c'est ça ? »
La voix de Brett subitement à ses côtes l'avait fait sursauter et redescendre brutalement sur terre.
« Euh... Oui... Enfin... » avait bredouillé Charlie.
Son compagnon blond avait dévoré des yeux les femmes dénudées sur le papier, avant que ceux-ci ne découvrent la revue gay.
« Bwééé ! Putain, ils pourraient mettre leur merde de porno pour tapettes dans un autre endroit, sérieux ! Ça me donne vraiment envie de gerber ! Allez viens, on dégage. »
Le garçon blond avait attrapé Charlie par le coude, payé les cigarettes et un magazine pour hommes, « les vrais, pas pour ces enfoirés de pédales » avait-il cru bon d'ajouter et ils étaient sortis du magasin.
Le rouquin souriait à son ami, une étrange boule au ventre.
De retour au Terrier, Charlie ne rien dit concernant cet épisode chez les Oaken. Ni de la réaction de Brett, ni de celle de son père quand le fils lui avait parlé du magazine homosexuel.
Cependant, un malaise certain l'envahissait toujours. Le soir, seul dans sa chambre et son lit, Charlie porta une main un peu tremblante à sa verge érigée. Il aurait voulu pouvoir se donner du plaisir comme il le faisait d'habitude, rapidement, dans un monde blanc, serein et apaisant, ne laissant place qu'à la luxure.
Malheureusement, l'image de cet homme, offrant son cou, attendant qu'il l'embrasse, qu'il lui caresse le torse, le ventre, revenait sans cesse le hanter. Alors qu'il ne cessait de vouloir imposer à son cerveau d'oublier ce sex-symbol, Charlie s'imagina soudain en train de prendre en bouche les mamelons fins, plats, taquiner de sa langue les petits tétons bruns, délicatement retenus entre ses dents. À cette simple idée, ses bourses se serrèrent, son sexe palpita et il jouit dans un énorme gémissement, maculant ses draps de longs jets de sperme.
Honteux, confus, Charlie prit sa baguette pour rapidement tout nettoyer. L'avantage d'être dans une maison remplie de sorciers, dont trois majeurs.
Il se coucha ensuite sur le ventre, la tête dans l'oreiller.
Merlin... mais qu'est-ce qu'il lui arrivait ?
Le lendemain, les hiboux apportèrent aux trois aînés leurs listes de fournitures scolaires, accompagnées de deux badges. Bill était nommé Préfet en Chef. Quant à Charlie, pour sa plus grande joie qu'il laissa bruyamment exploser, soutenu par toute sa joyeuse fratrie, il découvrit celui de Capitaine de Quidditch.
Cette joie simple lui fit oublier ses interrogations personnelles.
Néanmoins, elle revinrent en force dans la boutique de Fleury et Boots lors de leur achat de fournitures scolaires. Le rouquin, cette fois volontairement, ''s'égara'' dans certains rayons, clairement pour adultes. Un livre avec deux hommes nus sur la couverture retint son attention. Curieux, il le prit pour en ouvrir une page au hasard. Qu'il referma presque aussitôt, replaçant rapidement l'objet du délit sur une étagère.
Les illustrations sorcières étaient, comme les photos, capable de mouvements. Or là, il y avait les deux sur la pages qu'il avait ouverte. Charlie déglutit alors qu'il revenait vers sa famille. Ainsi, quand un homme faisait l'amour avec un autre homme, c'était bien par cet orifice là que la pénétration avait lieu.
Il chassa cette image loin de son esprit, ainsi que ses questionnements. Il aurait bien le temps d'y réfléchir plus tard.
Sa cinquième année allait débuter, il était le Capitaine de Quidditch ! Alors que Bill riait à ses côtés, le garçon était sûr que l'année à venir serait inoubliable.
... ... ...
À suivre
... ... ...
NDA : je profite honteusement de cette publication pour me faire de l'auto-pub. Je publie en ce moment une nouvelle fiction "les arches de Noé", avec un paring et des personnages principaux qui sont, en général, secondaires. C'est un 3shots avec en plus un prologue et un épilogue. N'hésitez pas à y faire un petit tour et à me faire part de vos impressions, sur ce 3S comme sur ce chapitre d'ailleurs, j'adore recevoir vos reviews ^^
