NDA : Spéciale dédicace pour ce chapitre à ma bichette d'amour et maîtresse Tyrania de mon cœur, alias ma Bêta, Nanola. En effet, un personnage qu'elle adore et que vous allez vous aussi (je l'espère !) adorer, détester, adorer détester ou détester adorablement, au choix, va faire son entrée. Vous voyez de qui je veux parler ? ;)


Charlie

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Les années Poudlard - 1988 -1989 - 5ème année

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1ère Partie – La voie de la Licorne


« Écoutez-moi bien, bande de Veracrasses ! Ce troupeau de licornes a eu l'extrême amabilité de venir me rendre une petite visite. Comme ces magnifiques animaux font partie de votre programme, nous allons donc en profiter pour les étudier. »

Le professeur Brûlopot claudiquait entre les élèves tout en leur indiquant de son unique main la barrière installée plus loin. Derrière elle se tenaient six licornes. L'une d'elle devait être un étalon par en juger sa stature et la façon dont il tournait autour des autres. Du moins, de quatre autres. L'une des licornes était à l'écart et paraissait s'ennuyer. Enfin, autant qu'une licorne pouvait s'ennuyer, pensa Charlie avec philosophie.

«FLINT ! » hurla d'un coup le professeur, faisant sursauter ses élèves. « Si vous ne voulez pas finir avec des tentacules à la place des bras, je vous ordonne de lâcher immédiatement cette pierre ! Vous êtes en cinquième année, nom d'une gargouille ! Que votre jeune frère fasse une telle ânerie, je peux le concevoir, mais vous !? Au moins une fois dans votre misérable vie, montrez-moi que vous avez plus d'intelligence qu'une limace ou je vous donne en pâture aux crabes de feu ! »

Ruben Flint jeta prestement l'énorme caillou qu'il avait cru ramasser discrètement tout en bougonnant.

« Tu crois que c'était pour une licorne ou pour essayer de t'entraîner à attraper le Vif d'or ? » chuchota Sean McNolan, de Gryffondor, à Charlie. Le rouquin se mit à rire.

« De toute façon, on va les massacrer, hors de question que les Serpentard nous battent dès le premier match ! » répondit Charlie sur le même ton.

« Donc, » reprit Brûlopot. « Les licornes sont des animaux sensibles et d'une grande pureté. Ils n'ont pas une once de quelconque agressivité. Cela signifie, pour les cloportes qui n'auraient pas compris, que les licornes doivent être traitées avec un très grand respect. Le galop de la licorne est si rapide et si léger qu'il est très difficile de la capturer. La licorne est une créature timide qui évite généralement le contact avec les humains. Enfin, elle se laissera plus facilement approcher par une sorcière que par un sorcier. » Le professeur leur jeta un regard pénétrant. « En conséquence, bande de moules, les garçons, vous resterez dans ce coin, les filles, vous viendrez avec moi dans l'enclos mais en restant proches de la barrière. Flint ! Vous, vous resterez ici, et encore je suis généreux ! »

Le vieil homme continua son cours tout en s'approchant du portail en bois.

« Bien, ce troupeau compte un étalon, deux juments et deux poulains, celui un peu à l'écart est un jeune mâle. Qui peut me dire son âge, environ ? Weasley ? »

« Il doit avoir entre quatre et sept ans. Je dirais six. Sa corne est déjà bien développée et il n'a presque plus de poils argentés. En plus, le fait qu'il se tienne un peu à l'écart démontre qu'il craint le mâle. Il sera bientôt lui-même un adulte et devra quitter le clan, » fit Charlie.

« Parfais ! Dix points pour Gryffondor ! »

Les élèves de Serpentard murmurèrent entre eux. Si Snape avantageait tous les serpents, il était devenu évident pour eux que Brûlopot avantageait Weasley. D'ailleurs, le jeune homme était souvent vu en sa compagnie ou en celle du garde-chasse, Hagrid, les week-end ou le soir. Ce depuis sa première année à Poudlard. Si les autres élèves s'en accommodaient parfaitement et s'accordaient à dire que Charlie Weasley méritait les points gagnés car il était particulièrement doué en Soin aux Créatures Magiques, Ruben Flint ne l'avait jamais supporté. Ça et le fait que Charlie soit un excellent attrapeur. Pire, il était devenu le capitaine de l'équipe de Quidditch cette année alors que lui n'était qu'un simple batteur.

Les filles de la classe suivirent ensuite leur professeur derrière la barrière, alors que les garçons restèrent là où ils étaient, c'est à dire dix bons mètres en arrière et sur la gauche du troupeau.

Charlie regarda avec envie les jeunes filles de sa promotion s'approcher des licornes et les caresser. Les deux poulains, peu craintifs, se pressaient autour d'elles. Brûlopot resta prudemment entre ses élèves et l'étalon, un peu plus nerveux.

Le jeune mâle quant à lui s'éloigna encore plus, se trouvant bientôt à l'extrémité gauche de la barrière. Il s'ébroua et son regard croisa celui du cadet Weasley.

Le garçon se sentit comme hypnotisé par les yeux d'argent pur de l'animal. Il envie tellement envie de le toucher, lui aussi ! C'était comme s'il l'appelait. Il jeta un bref coup d'œil à son professeur et s'avança tout doucement vers la licorne. Tous les autres étaient captivés par le reste du troupeau et ne faisait donc nullement attention à lui. Au pire, se dit Charlie, la licorne se reculerait au fur et à mesure que lui avancerait. Ils étaient séparés par la barrière, en conséquence il ne risquait rien. Normalement.

Une petite voix dans sa tête lui assurait pourtant que la licorne ne s'enfuirait pas, qu'elle aussi désirait que l'humain l'approche. Effectivement, bien plus vite qu'il ne l'aurait cru, Charlie fut à côté de la barrière. La licorne le regardait toujours intensément. Le garçon tendit sa main et la licorne ne bougea pas. Puis il la posa sur l'encolure blanche. La licorne frémit légèrement sous le contact. Pas comme si cela la révulsait ou lui faisait peur, bien au contraire. Elle secoua doucement sa tête cornée et s'approcha encore plus du jeune rouquin, fasciné. Il la caressa alors beaucoup plus franchement, la flatta et passa ses doigts dans les crins blancs mêlés d'argent. C'était si doux ! Le futur étalon hennit doucement puis se frotta de lui même contre la main qui le touchait. L'animal baissa la tête et colla son museau aux naseaux palpitants sur la paume ouverte.

Magique, c'était magique. Charlie ne s'était même pas rendu compte qu'il avait escaladé la barrière et était maintenant assis dessus. Il murmurait à l'oreille de l'animal, s'émerveillant de ce touché incroyable sans réaliser ce qui se passait autour de lui.

Le silence était pourtant palpable car tout le monde avait les yeux rivés sur le garçon et la licorne, si proches. Charlie aurait pu monter sur le dos de la bête, assurément.

Mais l'instant fut alors brisé par la voix criarde de Flint :

« Charlie Weasley est une gonzesse, en fait ! Allez, enlève ton pantalon et mets une jupe, fillette ! » se moqua-t-il.

Charlie sursauta et manqua tomber à la renverse alors que le jeune mâle partait en trottinant un peu plus loin. Il vit alors les regards pour le moins éberlués de tous ses camarades de classe tandis que les moqueries de Flint résonnaient à ses oreilles.

« FLINT ! » beugla de nouveau Brûlopot alors qu'il passait la barrière suivi de ses élèves. « Vous êtes décidément plus idiot que je ne l'aurais cru ! Ce que l'on vient de voir est un spectacle incroyable ! Peu de personnes ont eu le privilège d'y assister. Cette jeune licorne a créé une relation de symbiose avec Weasley, un sorcier mâle qui plus est ! Vous me ferez tous deux mètres de parchemin sur les licornes mais vous, misérable crotale, vous m'en ferez cinq ! Et je donne vingt points à Gryffondor. Maintenant, retournez au château ! »

Les élèves détalèrent, Charlie, les joues rouges, aux côtés de Sean et de Brett qui ne cessèrent de lui jeter des regards en coin.

... ... ...

Le Serdaigle assis avec son frère à la table voisine à la bibliothèque n'arrêtait pas de lui lancer des coups d'œil et Charlie se sentit de plus en plus mal à l'aise. Pourquoi est-ce qu'il le regardait comme cela ? Pourtant, il n'avait pas de boutons sur le nez, ni ailleurs. Comme la grosse majorité de ses camarades de classe, il veillait à se badigeonner le visage tous les matins avec un baume anti-acnée très efficace, leur permettant de ne pas être à l'image des adolescents moldus : boutonneux.

Il tenta de se re-concentrer sur son livre de sortilèges. Il devait absolument avoir fini son devoir ce soir. Demain, ils avaient un entraînement de Quidditch. Et ce week-end devait être consacré aux potions. Un soupir s'échappa de ses lèvres en y repensant. Snape était une vraie purge, malgré cela, il devait avoir un optimal à ses BUSEs. Pas que cela soit indispensable pour être dragonnier, mais tout de même. Charlie voulait passer des modules en magizoologie et là, c'était plus que recommandé d'avoir ses ASPICs dans cette maudite matière. En plus, la plupart des chercheurs dans les réserves travaillaient en vue d'identifier les propriétés des dragons pour les potions. Non, il avait beau tourner et retourner le problème dans tous les sens, il n'y avait pas d'autre solution : il allait devoir passer son week-end, ou du moins une grande partie, à bûcher pour le devoir de Snape.

Charlie posa son front dans sa main pour soutenir sa tête. Il ferma les yeux et soupira de nouveau. Allez, ne plus penser à ce Serdaigle et revenir à Flitwick.

« On dit que cœur qui soupire n'a pas ce qu'il désire. Que désires-tu que tu n'as pas ? » fit une voix grave à ses côtés.

Charlie sursauta et ouvrit ses yeux. Bon, le Serdaigle n'était plus à la table de Bill, mais assis sur la chaise à côté de lui.

« Je... non en fait, tout va bien, j'ai tout ce qu'il me faut, » balbutia le rouquin, un peu gêné.

Il savait que le Serdaigle travaillait parfois avec Bill et ses copains. Ils partageaient le cour de potions, runes et de défense contre les forces du mal. Forcément, ils avaient fini par lier, non pas une franche amitié mais une entente cordiale. Et puis, comme disait Bill, avoir un Serdaigle comme camarade d'études et de devoirs était toujours un atout certain.

« Ce n'est pas l'impression que tu donnes. Tu es le petit frère de Bill, Charlie, c'est cela ? » questionna le plus vieux. Sans pouvoir s'en empêcher bien que se trouvant du plus haut ridicule pour cela, Charlie sentit ses joues chauffer un peu. Il jeta un œil sur la table qu'occupait précédemment son frère, qui désormais était vide.

« Vous avez fini de travailler ? »

Charlie se fustigea mentalement pour cette question idiote. Bien sûr qu'ils avaient fini ! Sinon, ils seraient encore en train de plancher sur la table. En plus, il n'avait pas répondu à la question du brun. Se mordant l'intérieur de la joue, Charlie s'arma de courage et plongea ses yeux bleus dans ceux chocolat de son vis à vis.

« Oui, je suis Charlie. Et toi ? »

« Tu ne me connais pas ? Tu me vexes, tu sais, » répondit l'autre en souriant légèrement.

Cette fois, Charlie sentit ses joues chauffer bien plus franchement. Voilà, il était ridicule. Il s'en voulut de se sentir penaud face à cette découverte. Après tout, qu'est-ce que ça pouvait bien faire que le Serdaigle le trouve stupide ? D'accord il était mignon et plus d'une fois Charlie avait voulu demander à Bill le prénom du jeune brun, mais ce n'était pas une raison.

« Je suis Adrian Belby. Enchanté, Charlie Weasley, » déclara alors l'aigle en tendant sa main vers Charlie.

Ce dernier la regarda, avant de se secouer et de tendre la sienne en retour.

« Enchanté, Adrian. »

« Alors, c'est quoi ton souci existentiel ? Depuis tout à l'heure je te vois en train de manger ta plume et soupirer à fendre l'âme. Ton frère nous a dit que tu avais des soucis en potions, c'est vrai ? C'est pour cela que tu avais ce pauvre petit air désespéré ? » reprit le septième année en lui faisant un clin d'œil.

Charlie en aurait laissé sa bouche grande ouverte s'il ne s'était pas contraint de la maintenir bien fermée. Un clin d'œil ? Cette fois, il eut chaud un peu partout.

« Euh... oui. Je veux absolument avoir un O en potion. »

Le Serdaigle prit le livre qui était devant Charlie pour le regarder.

« C'est pas le livre de potions, c'est celui de sortilèges. »

« Oui, je dois finir mon devoir ce soir, pour pouvoir travailler les potions ce week-end, » expliqua Charlie.

Adrian le regarda et lui fit un immense sourire.

« Tu veux que je t'aide ? Je ne sais pas si Bill te l'a dit mais je suis le meilleur de la promo en potions. »

Le rouquin écarquilla ses billes bleues. Il avait bien entendu là ? Un Serdaigle de septième année lui proposait à lui, pauvre Gryffondor de cinquième, de l'aide ? Où était la blague ?

« Tu... Tu voudrais m'aider ? »

« Oui bien sûr, sinon je ne te le proposerais pas ! » rigola Adrian.

« Euh... c'est gentil à toi, merci beaucoup. Mais, enfin, excuse ma franchise, je ne comprends pas trop pourquoi tu voudrais m'aider. Tu as les APISCs en fin d'année et je suis persuadé que beaucoup de cinquième année de ta maison auraient besoin d'aide, eux aussi. »

« C'est pas faux. Mais c'est toi que je veux aider, pas les autres, » affirma le Serdaigle. « Disons que je fais ça pour aider le petit frère d'un ami. Et puis, je te trouve très intéressant, Charlie, » finit-il en ne le lâchant pas du regard.

Le rouquin se tendit un peu.

« Tu ne me connais pas. »

« Non, c'est vrai. Mais j'ai appris une chose à ton sujet qui m'a interpellée. Lors du cours de Brûlopot. »

Charlie fit la grimace. C'était pas vrai ! Ce fichu cours avait eu lieu il y avait deux semaines et tout Poudlard semblait être au courant !

« Fais pas cette tête ! Il n'y a vraiment pas de quoi avoir honte ! »

« Je n'ai pas honte ! » s'offusqua Charlie. « Mais je ne vois pas pourquoi cela ferait de moi quelqu'un de différent ou de spécial ou de je ne sais quoi encore. Et si tu as envie de m'aider juste pour ça, franchement, je ne te comprends pas ! »

Charlie se leva et commença à ramasser ses affaires. Le Serdaigle se leva à son tour et lui attrapa le poignet.

« Attends ! Écoute, excuse-moi si je t'ai vexé ou quoi que ce soit. C'était pas le but. Disons que je veux juste t'aider pour les potions, point. Ce n'est pas si important que cela le pourquoi, finalement. Je te donne un coup de main, tu as ton O en potions et tout va bien. D'accord ? »

Charlie déglutit en regardant cette main que le tenait. Il leva ses yeux sur le brun. Il était plus grand que lui, presque autant que Bill. Ses cheveux bruns étaient longs, raides et tombaient sur ses épaules, son visage était volontaire avec des pommettes plutôt hautes et un nez assez fin. Il sourit à Charlie, ses yeux d'un brun chaud se plissèrent un peu.

« Alors, d'accord ? » répéta-t-il.

Charlie le dévisagea et finit pas hocher la tête.

« Okay, d'accord. »

Là-dessus, le Serdaigle lui adressa un dernier sourire puis sortit de la bibliothèque. Charlie passa une main nerveuse dans ses cheveux courts. Il termina de ranger ses affaires dans son sac afin de quitter lui aussi rapidement l'antre de madame Pince. Merlin, mais qu'est-ce qu'il lui arrivait ? Depuis cet épisode avec la licorne, il ne savait plus du tout où il en était. Enfin, non, pas vraiment, il pataugeait allègrement dans les bombabouses depuis cet été. La licorne n'avait été que la goutte d'eau qui avait fait déborder le chaudron.

Il savait très bien que certaines personnes le reluquaient depuis ce fameux cours. Des garçons pour la plupart. Il savait aussi que beaucoup de ces regards n'étaient pas moqueurs mais il avait du mal à les comprendre. À moins qu'il n'ait peur de les comprendre ?

Maussade, il donna le mot de passe à la Grosse Dame et entra dans le tumulte de la salle commune des Rouge et Or.

« Alors Charlie, tu as bien bossé ? » demanda d'une voix forte Lancey Hooper, septième année continuellement sur son dos.

Charlie haussa les épaules. Mais qu'est-ce qu'ils avaient tous, les copains de Bill, à lui prendre la tête comme ça ? D'ailleurs, il était où celui-là ? De mauvaise humeur, le cadet Weasley se vautra dans un fauteuil libre près la fenêtre. Des première année faisaient une partie de bataille explosive en braillant à qui mieux mieux. Percy s'avança vers lui et lui lança d'une voix que Charlie trouva bien trop condescendante.

« Pourquoi tu ne leur dis pas de faire moins de bruit ? Tu es en cinquième année et capitaine de l'équipe de Quidditch, ils t'écouteront peut-être. On arrive plus à s'entendre avec tout ce boucan ! »

Charlie lui jeta un regard noir.

« Je ne suis pas leur frère, et de toute façon j'ai autre chose à faire que passer mon temps à surveiller ou engueuler les plus jeunes, d'accord ? Au cas où tu l'aurais oublié, je ne suis pas à la maison mais à Poudlard. Poudlard, tu entends ? C'est pas à moi de faire régner l'ordre, le silence ou la discipline, alors fous-moi la paix ! Si tu as un truc à dire aux première année débrouille toi tout seul ! Je ne suis ni préfet, ni préfet en chef. C'est Bill qui l'est, pas moi. Alors ne compte pas sur moi pour jouer encore au baby-sitter ici parce que c'est non ! Merde à la fin ! » Charlie se leva dans l'étrange silence subitement obtenue dans la salle.

Percy et les autres élèves regardaient leur capitaine, éberlués. Charlie perdait rarement le contrôle de ses nerfs, mais quand il le faisait, il valait mieux ne pas continuer à le contrarier.

« Oh, tu sorts tes griffes, petit lion ? » fit Hooper qui devait bien être le seul à trouver la situation cocasse.

Charlie tourna son visage vers l'impudent.

« Tu as un problème, Hooper ? »

Le rouquin se redressa et s'avança vers le plus âgé en serrant les poings. Charlie n'était pas aussi grand que Bill ou que Percy le serait prochainement, mais il était plutôt du genre robuste et surtout, l'éclair dans ses yeux démontrait qu'il n'avait pas peur. Hooper se recula légèrement en levant ses mains.

« Hola, calme-toi, Charlie, je plaisantais, c'est tout ! »

« Eh bien, je n'aime pas du tout ton humour ! »

Charlie regarda autour de lui avant de tenter de se calmer, effectivement. Il n'aimait pas se donner en spectacle, et encore moins devant son frère. Quinze ans à lui rabâcher dans les oreilles qu'il se devait de montrer le bon exemple, cela laissait forcément des traces.

Il se laissa aller de nouveau dans son fauteuil et s'obligea à regarder par la fenêtre. La pluie battante qui tombait ne l'aida pas à se remonter le moral, mais elle apaisa un peu ses nerfs. Petit à petit, les conversations reprirent, ainsi que les bruits des jeux et des rires.

Deux des camarades de classe de Charlie, Casey Lancer et Brett Oaken, vinrent s'asseoir à ses côtés. Alors que la pluie cessait aussi vite qu'elle avait commencé, ses amis entreprirent de discuter entre eux. Bien qu'il ne participât pas à la discussion de ses compagnons, Charlie laissa son esprit vagabonder vers un certain Serdaigle et se détendit totalement. Mal lui en prit.

Une vois féminine l'appela alors, en haut des escaliers. Charlie se leva pour voir Émilie Frobisher. Elle était en septième année avec Bill et c'était la petite amie attitrée de Hooper.

« Charlie, tu peux venir m'aider ? J'ai un truc de coincé sous l'armoire et je n'arrive pas à la soulever ! »

Charlie ne réfléchit pas. Émilie faisait partie de la petite bande de Bill alors il lui sembla logique de l'aider. Il s'avança rapidement et gravit les escaliers menant au dortoir des filles. Arrivé à côté d'Émilie, celle-ci se mit à rire. Et interpella son frère, qui était en sixième année, en bas dans la salle.

« J'ai gagné ! Tu me dois un Gallion, Jéremy ! »

Charlie ne comprit tout d'abord pas de quoi il retournait. Puis, alors que de nouveau le silence se faisait dans la salle commune, il réalisa. Il était monté par les escaliers des filles, il était à côté de leur dortoir mais tenait toujours debout sur ses deux jambes. Son sang quitta son visage.

Cette fois, ce fut le regard vraiment surpris de son jeune frère qu'il rencontra ainsi que celui indéfinissable de Brett. Qui était un né-moldu fit une petite voix dans la tête de Charlie. Comme Émilie et Jeremy. Il courut en bas des escaliers et sortit précipitamment de sa salle commune, bousculant au passage un élève qui passait en sens inverse par l'ouverture du tableau.

« Charlie ? » dit l'élève en question, Bill, alors que l'épaule de son frère lui était rentrée dans les côtes. « Charlie ! Attends ! »

Le plus jeune rouquin ne l'entendit pas ou du moins fit comme si ce n'était pas le cas et continua à courir. L'heure du dîner allait bientôt arriver pourtant, il s'en fichait comme d'une guigne car son appétit l'avait déserté.

Il passa les larges portes du château et s'en fut dans le parc. Il marchait à présent, ses pas le conduisant là où il voulait aller. La roseraie du château n'était pas vraiment un endroit autorisé aux élèves mais il n'était pas strictement défendu non plus. Charlie profita donc de cette incohérence dans le règlement pour déambuler parmi les fleurs. C'était le début de l'automne, beaucoup d'entre elles étaient déjà fanées. Certains pieds, au contraire, étaient couverts de boutons. Le jeune homme n'oubliait pas qu'il se trouvait à Poudlard, haut lieu magique.

Le cadet Weasley trouva finalement un banc en pierre et s'assit lourdement dessus. Au moins, personne n'aurait idée de venir le chercher ici.

Ce gentil petit test des escaliers allait faire le tour de Poudlard, il en était persuadé. Comme le cours avec les licornes. Surtout, cela l'obligeait à admettre une vérité. Même s'il n'était pas une fille, il était évident qu'il avait un problème. Pourquoi sinon les licornes et les escaliers le considéreraient comme telle ?

En prenant en considération ces deux faits plus son expérience littéraire ainsi que manuelle de cet été, il ne fallait pas s'appeler Trelawney pour comprendre. Il était gay.

Bien qu'il sache depuis tout petit que l'homosexualité était acceptée chez les sorciers, Charlie prit cette nouvelle avec amertume. Certes, il n'était peut-être pas ''anormal'' aux yeux des sorciers mais pour les Moldus, c'était autre chose. L'homophobie était bien présente dans l'autre partie du monde. Il n'avait qu'à se rappeler cet été ou quand il était à l'école moldue.

Et quand bien même. Il ne se sentait plus vraiment normal. Il n'avait peut-être pas honte, quoi que, mais il était mal à l'aise. Horriblement mal à l'aise. Il n'y avait aucune personne comme lui dans sa famille. Il était le seul. Pourquoi il avait de nouveau ce sentiment d'être différent ? Son père, ou même Bill, lui manqua atrocement pour l'aider à trouver une réponse. Il avait quinze ans et se sentait perdu face à la découverte de la vraie nature de sa sexualité.

Et si son père ou son frère le rejetaient ? Au fond de lui, il se doutait que cela n'arriverait pas, ils étaient une famille de sang-pur, ils respectaient les traditions sorcières, mais il avait quand même un nœud à l'estomac. Après tout, on n'était pas obligé d'annoncer à sa famille entière que l'on est hétéro, cela semble naturel. Alors qu'il allait devoir ''avouer'' que lui, ne l'était pas. Enfin... il n'aurait plus à le faire puisque que grâce à Émilie et Jeremy, toute l'école allait bientôt être au courant de sa ''différence''.

Toute la tension qu'il avait accumulée depuis l'été tomba de nouveau sur ses épaules. Le garçon ferma les yeux tout en se mordant une nouvelle fois l'intérieur de la joue. Entre ce qui s'était passé dans la salle commune, devant tout le monde, et son tête à tête avec Adrian, il était perdu et hésitant. Devait-il pleurer ou sourire ? Car il fallait admettre que le Serdaigle lui plaisait. Beaucoup. Mais comment savoir ce qui motivait l'autre garçon ? Était-il effectivement juste curieux à cause de la licorne ? Ou était-ce un peu plus que cela ? Comment allait-il réagir le lendemain quand il apprendrait que Charlie était considéré comme une fille par les escaliers magiques ? Cette pensé lui tordit le ventre. Il n'était pas une fille, nom d'un Sombral ! Est-ce qu'il allait encore avoir droit aux moqueries des autres élèves à ce sujet ? Comme les Serpentard l'avaient déjà fait avec la licorne ?

Il soupira alors qu'un frisson le saisit. Sans même ouvrir ses perles bleues, il savait que la nuit était tombée et que cela faisait bien longtemps qu'il était là à ruminer. Il avait raté l'heure du dîner et celle du couvre-feu était déjà arrivée. Simplement vêtu de son pull d'étudiant, il avait froid.

D'un coup, il sut de façon instinctive qu'il n'était plus seul dans la roseraie. Un autre était là bien qu'il ne savait pas qui. Son corps se tendit. Le couvre-feu étant passé, si c'était Snape ou un autre professeur, il serait bon pour une retenue. Avec un préfet, cela dépendrait.

« La roseraie est un très bel endroit. C'est dommage que peu d'élèves s'en rendent compte. Mais je ne suis pas surpris de te voir là, Charlie. »

Le rouquin se sentit obligé d'ouvrir les yeux malgré le fait qu'il ne tourna pas son visage vers son interlocuteur.

« Je suis désolé d'être encore dehors à cette heure, professeur Dumbledore. »

« Non, tu ne l'es pas. Tu as envie d'être dehors à cette heure et tu ne le regrettes absolument pas. Par contre, je peux comprendre que tu sois désolé que je t'ai enfin retrouvé, » lança le sorcier.

Charlie se retourna alors vers lui, un peu étonné.

« Vous me cherchiez ? »

« Il s'avère que le préfet en chef de la maison Gryffondor était particulièrement remonté contre l'ensemble de sa maison ce soir. Nous avons rarement eu l'occasion de voir la table des Rouge et Or aussi, eh bien, disons calme. Je pense que le professeur Snape ne s'en remettra pas. »

Dumbledore sourit, les yeux pétillants derrière ses lunettes. Puis, sans plus de cérémonie, il s'assit à côté de son élève sur le banc de pierre.

« Le calme des Lions m'a permis de constater qu'il manquait l'un de ses étudiants ce soir au souper. J'ai croisé Bill dans les couloirs à l'instant et il m'a confirmé qu'il te cherchait. Lui, ainsi que certains préfets d'autres maisons d'ailleurs. »

Le garçon baissa la tête, un peu honteux. Il ne savait pas quoi répondre au vénérable sorcier et craignait par dessus tout que Dumbledore lui demande pourquoi il était sortit ou si Bill lui en avait déjà parlé. D'ailleurs, quels étaient les autres préfets à ses trousses ? Bill avait demandé à ses camarades de l'aider dans sa démarche ? Charlie remua un peu sur son banc inconfortable, mal à l'aise.

« Tu sais, peu d'élèves masculins ont eu l'opportunité de caresser une licorne, » continua le mage.

Charlie sentit ses joues chauffer. Et voilà, qu'est-ce qu'il disait ! C'était reparti pour un tour...

« Je crois que cela fait plus d'un demi-siècle que cela ne s'était pas produit. Sais-tu pourquoi, Charlie ? »

Le Gryffondor, toujours le nez en direction du sol, se contenta de secouer la tête, sans répondre.

« Les licornes sont des animaux craintifs par nature et d'une grande pureté. Comme vous l'a expliqué le professeur Brûlopot, elles préfèrent les filles, car elles sont généralement d'un naturel plus doux. Du moins, c'est ce qui est couramment admis au sujet des licornes. Elle sont également attirées par les personnes encore pures. Dans leur corps comme dans leur âme. »

Cette fois, Charlie se sentit proche du malaise. Non, c'était une mauvaise blague. Le professeur Dumbledore n'allait quand même pas aborder le sujet de la sexualité avec lui ? L'étudiant regretta amèrement de ne pas être un animagus. Il aurait pu se transformer en souris et trouver une cachette pour s'éviter la suite de cette discussion. Non seulement le vieux sorcier lui disait qu'il était comme une fille mais que toute l'école savait qu'il était vierge. Il aurait mieux fait de prendre son balai et de partir le plus loin possible.

« Charlie Weasley, pourquoi es-tu si mal à l'aise avec tout cela ? Au contraire, je pense qu'il y a de quoi être fier d'avoir pu approcher cet animal merveilleux et que surtout, elle t'ait fait l'immense honneur de te laisser la toucher. Comme je te l'ai dit, tu n'es que le deuxième étudiant à ma connaissance à avoir pu le faire. Ne te méprends pas. Pas qu'il n'y ait eu que deux étudiants à ma connaissance à Poudlard qui aient le même genre de préférence que toi. Cela serait plus que risible, tu en conviendras aisément. Mais je ne doute pas que ton père ou ton frère sauront mieux que moi en parler avec toi. Cependant, sais-tu pourquoi si peu d'étudiants masculins ont pu toucher l'une des licornes de la Forêt Interdite ? »

Le cadet Weasley fut dans l'obligation de lever ses yeux vers l'illustre professeur. Ses anciens instituteurs tout comme le corps enseignant de Poudlard n'aimaient pas parler à une tête basse, c'était bien connu.

« Non, je ne sais pas, monsieur. »

« Tu n'en as pas la moindre petite idée ? Pourquoi as-tu pu toucher cette licorne ? »

Charlie se mordit l'intérieur des joues. Si le professeur attendait de lui qu'il dise que c'était parce qu'il était gay, il pouvait toujours attendre la prochaine pleine lune ! Alors qu'il pensait cela, le garçon se rappela les paroles précédentes du professeur. Non, beaucoup d'autres élèves avant lui étaient gay, certains l'étaient en ce moment même, du moins Charlie l'espérait. La simple idée d'être le seul étudiant gay de tout Poudlard lui donnait mal au ventre.

Le garçon fronça ses sourcils alors qu'il réfléchissait. Pourquoi avait-il pu toucher la licorne ? Comment avait-il fait ?

Charlie se rappela ce fameux cours. Son envie de toucher ces animaux merveilleux. Sa décision d'aller voir cette licorne un peu à l'écart.

« Parce que... parce que je voulais y arriver. J'avais envie de les toucher. Alors j'ai... j'ai décidé d'aller la voir. »

Charlie regarda les prunelles de son directeur qui avait l'air de beaucoup s'amuser. Le garçon se fit un peu penaud.

« Le professeur Brûlopot nous avait dit de ne pas y aller, que les licornes pouvaient nous blesser. Mais j'ai désobéi. Je ne sais pas... Je savais qu'elle ne me ferait rien, je crois. C'était comme si elle m'appelait. »

« En clair, comme un bon Gryffondor que tu es, tu n'as pas réfléchi et tu as foncé tête baissée, c'est ce que je dois comprendre ? »

« Je suis désolé, professeur. »

« Ne le sois pas. »

Dumbledore se redressa.

« Viens, je te ramène à ton frère et à tes amis. »

Charlie se leva lui aussi pour suivre son directeur en direction du château. Ils gravirent ensemble les escaliers et arrivèrent bientôt devant le portrait de la Grosse Dame.

« Bien, je te laisse ici, Charlie. Au fait, je ne sais pas ce que tu en as pensé, mais en ce qui me concerne, ma propre licorne a été certainement le plus bel animal qui m'a été donné d'approcher et de caresser. Leur pelage est d'une douceur impressionnante, n'est-ce pas ? »

Avec un fin sourire, le professeur adressa à son élève médusé un petit clin d'œil par dessus ses verres en demi-lune et rebroussa chemin.

Charlie resta un instant devant le portrait sans rien dire ni bouger. Puis, avec lui aussi un petit sourire, il donna le mot de passe à la Grosse Dame qui s'impatientait et pénétra dans sa salle commune où l'attendait son frère aîné.

Dès qu'il vit le jeune rouquin entrer dans leur salle commune, Bill bondit de son canapé. Il n'y avait plus que quelques élèves dans la salle, la plupart, surtout les plus jeunes, avaient déjà regagné leur dortoir. Charlie eut tout juste le temps de réaliser qu'il n'y avait pas Percy, que Bill l'attrapait par le bras et lui faisait gravir les escaliers en direction du dortoir des septième année.

Il ouvrit brutalement la porte puis poussa son frère dans la chambre.

« Tout le monde dehors, maintenant ! » lança-t-il durement.

Les deux camarades de chambre de Bill s'éclipsèrent sans demander leur reste. La maison Gryffondor avait déjà subi les foudres de leur préfet en chef quelques heures plus tôt, ils n'étaient pas fous, ils n'avaient aucune envie de recommencer l'expérience. Tous avaient parfaitement compris que William Weasley n'était pas à prendre avec des baguettes et que le premier qui osait bouger un orteil risquait fort de finir l'année chez madame Pomfresh.

Charlie n'eut quant à lui pas vraiment le temps de se poser de questions qu'il était déjà assis sans ménagement sur le lit de son frère. Frère qui le toisait de toute sa haute taille, les mains sur les hanches et l'œil menaçant. Charlie déglutit péniblement. Bill, bien qu'il ait la carrure d'Arthur, ressemblait beaucoup trop à Molly à cet instant.

« Je peux savoir ce que tu as foutu, Charlie Weasley ?! » cria en effet son frère dans une parfaite imitation maternelle.

« M-moi ? Mais... » voulut commencer son cadet.

« Oui, toi ! Tu en connais beaucoup, toi, des Charlie Weasley peut-être !? Ça fait trois heures que je te cherche, que tout le monde te cherche ! Le professeur Dumbledore m'a assuré de te retrouver mais je me suis fait un sang d'encre ! Quelle idée t'a pris de partir comme ça ?! »

« Mais je... »

« C'était ridicule ! On ne s'enfuit pas comme un gosse pour ça ! Tu aurais dû venir me parler ! D'ailleurs, je peux savoir pourquoi tu n'es pas venu me voir pour m'expliquer ce qui se passait ? C'est Casey qui m'a appris que les Serpentard te menaient la vie dure ! Depuis quand mon petit frère me fait ce genre de cachotterie !? Et c'est quoi cette histoire avec Adrian ? »

« Adrian ? Mais j'ai... »

« Tu crois que j'ai pas vu les regards que tu lui lançais à la bibliothèque ? Et de toute façon, il est trop vieux pour toi ! Il est hors de question que tu recommences à fuir de cette façon ou je te jure que ça va chauffer ! Tu ne me fais plus confiance, c'est ça ? »

« Non ! C'est juste que... »

« Alors quoi ? Tu préfères bouder dans ton coin ? On peut plus parler, c'est ça ? Monsieur a des problèmes et moi je compte plus ? Qu'est-ce qui se passe dans ta petite tête pour oser me tourner le dos comme ça ?

« MAIS TU VAS ME LAISSER EN PLACER UNE, OUI ! » hurla à son tour Charlie en se redressant, le nez à quelques centimètres du cou de son frère. « Qu'est-ce que tu crois ?! Que c'était facile pour moi, dernièrement ? Avec ce connard de Flint qui passe ses journées à me traiter de gonzesse ? Brett qui me regarde de travers ? Toi qui m'ignores parce que tu ne penses qu'à tes ASPICs et à ton rôle de préfet, quand c'est pas à passer tes journées avec tes copains ! Tu voulais que je te dise quoi, hein ?! Que j'en ai rien à foutre de tes magazines avec des nanas à poils ? Tu crois que ça m'a fait quoi, à moi, quand j'ai compris que j'étais pas comme toi ! »

« Justement ! Je voudrais bien que tu me le dises, mais c'est toi qui fuis ! J'ai essayé plein de fois de te parler ! ALORS PARLE-MOI ! EXPLIQUE-MOI AU LIEU DE ME REPROCHER DE NE PAS COMPRENDRE ! » hurla à son tour le premier-né.

« JE SAIS PAS QUOI DIRE ! » beugla Charlie, fou de rage. « Je sais pas parce que je sais plus où j'en suis, je sais plus qui je suis et je comprends plus rien ! RIEN ! »

Tous les deux rouges comme des coqs, les deux frères se faisaient face, les poings serrés. Dans le silence soudain assourdissant de la pièce, ils entendaient seulement le bruit sourd de leur respiration saccadée. Les yeux outremer se plantèrent dans ceux plus clairs de son aîné. Le visage de Charlie s'affaissa.

« Je... Je sais plus où j'en suis, Bill. Je voulais te parler mais j'y arrivais pas. Parce que je ne comprenais pas. Et puis là... depuis la licorne et maintenant le dortoir des filles... Je... Je suis gay, Bill, et ça me fait peur, je crois. »

Le plus jeune baissa la tête devant ce qu'il considérait comme un aveu. Puis les bras de son frère l'encerclèrent et le plaquèrent contre lui.

« Charlie, Charlie, Charlie... Pourquoi as-tu oublié que je serai toujours là pour toi ? Tu es mon petit frère et mon meilleur ami. Tu comptes plus pour moi que Poudlard en entier ! Franchement, tu es gay, ce n'est pas une nouvelle si étonnante que cela. »

« Ah bon ? » l'interrompit Charlie en relevant son nez constellé de taches de rousseur.

« Ben oui. Ça fait un bon moment que je m'en doute, tu sais. T'inquiète pas frangin, c'est pas une tare, loin de là. On est des sorciers, alors où est le problème ? »

« C'est... les Serpentard, enfin Flint, il ne cesse de me traiter de fillette. Et Brett, depuis la licorne, il me regarde bizarrement. En fait, plein de gens me regardent bizarrement et je ne sais pas du tout comment le prendre. C'est comme Adrian, j'ai rien fait Bill, c'est lui qui arrêtait pas de me regarder à la bibliothèque ! »

Bill se mit à rire, il entraîna de nouveau son frère vers son lit où ils s'assirent tous les deux côte à côte.

« Écoute, Brett est un né-moldu. Certains Moldus sont homophobes, c'est vrai. Mais c'est pas notre problème. Nous sommes des sorciers et notre monde ne juge personne d'après sa sexualité. Alors si certains nés-moldus te font des réflexions, ne fuis plus comme tout à l'heure ! On est des Gryffondor et surtout, on est des Weasley ! On ne fuit pas et on ne laisse personne nous marcher sur les pieds. Surtout pas toi, Charlie ! En plus, c'est vrai que beaucoup de personnes te regardent de façon différente, mais ce que tu ne dis pas c'est que ce sont surtout des garçons qui ont changé leur regard sur toi. Et à mon avis, ce qu'ils voient leur plaît. Comme Adrian, » fit Bill avec un léger sourire. « Tu sais qu'il m'a posé beaucoup de questions sur toi tout à l'heure ? »

« C'est vrai ? » dit Charlie avec bien trop d'enthousiasme de l'avis de son frère.

« Charlie ! Il vient de fêter ses dix-huit ans, il est trop vieux pour toi. Mais oui, il me semble très intéressé par mon jeune frère, même que cela ne me plaît pas beaucoup. »

Charlie ne put retenir un sourire. En l'espace de quelques heures, il avait compris et admis qu'il était gay, toute la maison Gryffondor le savait, certainement demain tout Poudlard et en plus il venait d'apprendre qu'un garçon, mignon comme tout, était peut-être intéressé par son humble personne. Cela faisait beaucoup, même pour lui.

Il pencha sa tête, la posant contre l'épaule de Bill.

« C'est chouette de t'avoir comme grand-frère et meilleur ami. Mais, dis, tu penses vraiment qu'Adrian me trouve intéressant ? »

Bill explosa de rire et lui ébouriffa les cheveux.

« Je ne t'ai pas dit que je le trouvais vraiment trop âgé pour toi ? »

« Il a dix-huit ans, c'est ça ? »

« Oui, il est né en septembre, »

« Bien, et moi je vais en avoir seize, ça ne fait que deux ans de plus ! Et puis, il me semble que tu ne te trouves pas trop âgé pour flirter avec Lea, » rétorqua Charlie avec un immense sourire.

Bill se retrouva un peu stupide, il ne sût que trop répondre avant une bonne demi-seconde avant de le contrer.

« Oui, eh bien justement, je suis très bien placé pour savoir ce qu'un jeune homme de dix-huit ans pense le plus clair de son temps et aimerait faire à sa petite amie, alors il y a intérêt qu'Adrian soit plus que correct avec toi ! »

Charlie ne répondit pas mais réfléchit aux paroles de son frères. Il avait seize ans, alors lui aussi savait très bien ce à quoi pouvait bien penser Adrian ou Bill ou tous les autres adolescents ou jeunes adultes bourrés d'hormones de Poudlard. En pensant à Poudlard, l'angoisse lui vrilla les boyaux.

« De toute façon, je ne suis pas sûr qu'il continue à s'intéresser à moi demain. Toute l'école doit déjà être au courant que je suis monté dans le dortoir des filles sans encombres. »

« Charlie, tu penses sincèrement que tu es le premier garçon à qui cela arrive ? D'après toi, Émilie a eu cette idée lumineuse toute seule ? Elle est déjà tout juste capable de monter sur son balai sans se tromper de sens ! Ce n'est certainement pas pour son esprit brillant que Lancey sort avec, mais plutôt pour ses... heu... oublie ce que je viens de dire, s'il te plaît. Bref, il est très courant dans le château, et ce depuis qu'il a été construit, de faire monter les garçons par les escaliers des filles, pour voir s'ils les laissent passer ou non. Il paraît qu'autrefois, c'était même un rituel imposé chez toutes les cinquième année. Mais ce n'est pas cela l'important. Personne ne te fera la moindre réflexion. Je m'en suis personnellement occupé. Par contre, j'ai bien peur que Gryffondor ait perdu cinquante points ce soir, » termina Bill avec un petit sourire contrit.

Il n'en était pas très fier, mais quand Bill avait appris les dernières mésaventures de son cadet, la salle commune des Rouge et Or avait tremblé sous sa colère. Les quelques malheureux qui avaient essayé de se justifier avaient écopé de points en moins, notamment les Frobisher.

Les deux frères restèrent encore de longues minutes dans le dortoir des septième année, avant que Lancey ne frappe à la porte.

« C'est bon ? Vous avez fini de vous hurler dessus et personne n'est mort ? Tant mieux ! Parce que les gars et moi, on aimerait bien pouvoir dormir et si possible, sans effusion d'hémoglobine sur nos draps. »

Les deux Weasley se mirent à rire. Charlie se leva, afin de regagner son propre dortoir. Au moment où il passait devant lui, Hooper le retint par le bras.

« Au fait, j'ai eu une petite discussion avec Émilie et ton copain Brett, histoire de bien clarifier certaines choses que les nés-moldus ignorent parfois. »

Charlie le regarda en clignant des yeux. Eh bien, il n'aurait pas cru que l'un des meilleurs amis de son frère et qui était en général le premier à le charrier, lui et l'autre jeune Weasley, agirait ainsi.

« Merci, Lance, »

« De rien. Oh ! Au fait, je me doute que Bill a dû omettre ce léger détail, mais tout à l'heure, quand on te cherchait partout, le préfet de Serdaigle a été particulièrement motivé à te retrouver. Tu vois de qui je veux parler, c'est un certain... hum... Adrian, je crois, un beau gosse aux longs cheveux bruns. »

Le garçon s'esclaffa alors que Bill bougonnait sur son lit. Charlie sentit qu'il rougissait de nouveau jusqu'aux oreilles. Après avoir marmonné un autre vague merci, il descendit dans son propre dortoir.

Ses camarades de chambré devaient dormir, ou du moins faire très bien semblant. Aussi, Charlie ne chercha pas à savoir qui ronflait pour de bon ou non. Il prit une bonne douche très chaude avant de se glisser avec bonheur entre les draps de son grand lit à baldaquin. Tout en fermant ses yeux, il sentit une douce chaleur lui envahir le ventre. Et cela n'avait rien à voir avec sa douche. Non, il pensait à Adrian. Pour la première fois de sa vie, Charlie se sentait réellement attiré de façon intime par un autre homme. Un homme qui en plus, le trouvait... intéressant.

... ... ...

« Regarde Charlie, l'important dans cette potion, c'est la manière de découper les racines de mandragore. Le sang de dragon se mettra à cailler si par malheur l'un des morceaux de la racine dépasse trois millimètres. »

Charlie admirait le long doigt fin d'Adrian qui tapotait sur la page de son livre de potion. La voix d'Adrian, sourde et étouffée, lui envoyait de doux frissons et il n'avait qu'une envie, toucher cette main à quelques centimètres à peine de la sienne. Il s'obligea à redresser son visage, tombant directement dans les yeux bruns et chauds du septième année. Merlin, comment avait-il pu sombrer aussi rapidement et facilement ?

Il y avait deux jours à peine, il admettait pour de bon ses penchants pour la gente masculine et aujourd'hui, il était à la limite de baver devant le Serdaigle. C'était à n'y rien comprendre. Charlie détesta ses hormones adolescentes. Cela devrait être interdit par le Mangenmagot. Mieux, Snape ferait bien de trouver une potion inhibitrice plutôt que de passer son temps à harceler ses pauvres étudiants.

Adrian sourit.

« Ohé, Charlie. Tu veux revenir sur terre, s'il te plaît ? »

« Oui, oui, je t'écoute tu sais, » fit précipitamment le rouquin. « Pas plus de trois millimètres, pas de problème. »

Hors de question qu'Adrian pense qu'il n'était pas studieux. Cela était considéré comme un crime pur et simple par la majorité des Aigles et Charlie ne voulait surtout pas qu'Adrian arrête ses cours particuliers. Oh que non. Il venait de passer deux heures en tout point parfaites, même en présence de ce maudit livre de potions.

« C'est dommage que l'on ne fasse que de la théorie et pas de la pratique. Mais Snape n'autorise l'accès à la salle d'essai des cachots qu'aux septième année. Et encore. Mais... après tout, rien ne m'empêche de lui demander, pour moi. Et toi tu serais, disons, mon assistant. Et puis, il ne serait pas vraiment obligé de le savoir. Qu'en penses-tu ? »

Le rouquin écarquilla ses yeux sous la surprise, faisant sourire en peu plus le plus âgé.

« Il y a une salle d'essai ? Tu veux dire une salle où on peut réaliser des potions sans le bâtard graisseux dans notre dos ? »

Adrian eut un petit rire discret. Ils étaient quand même à la bibliothèque, lieu hautement sacré pour les Bleu et Bronze.

« En fait, il y en a trois, dans le dernier couloir des cachots après la salle de cours de Snape. Mais elles sont pour ainsi dire toujours désertes. Ça te dirait un peu de pratique, alors ? »

Les yeux bruns se firent pénétrant et Charlie sentit ses joues chauffer un peu. Il s'obligea au calme. Hors de question de continuer à rougir comme un gamin ou une jeune fille en fleur. Il n'était ni l'un ni l'autre. Non, il était Charlie Weasley, futur dragonnier et actuel capitaine de l'équipe de Quidditch de Gryffondor, qu'on se le dise !

« Oui, ça me plairait beaucoup, je suis persuadé qu'avec toi ce sera bien plus agréable qu'avec n'importe qui d'autre, » répondit le rouquin en refrénant les battements de son cœur.

Le brun en face de lui sourit largement tout en haussant un sourcil.

« Nous verrons cela. J'ai hâte d'essayer. »

Charlie avait de plus en plus chaud. Il n'était pas tout à fait sûr qu'ils continuaient à parler des potions, à moins que ce ne soit l'effet de son esprit perturbé par la présence sexy en diable à ses côtés ?

Là-dessus, Adrian se leva et rangea ses affaires.

« Je dois y aller. Je demanderai à Snape pour réserver la salle. Je te préviendrai dès que je l'aurai. Pendant ce temps, choisis une ou deux potions que tu veux étudier et on les verra ensemble. »

Il jeta son sac sur son épaule.

« Ça a été un plaisir, Charlie. J'espère pouvoir réitérer l'expérience très rapidement. »

« Moi aussi, » chuchota le plus jeune.

Le reste de la semaine passa bien trop rapidement. Les devoirs s'accumulaient et à cela s'ajoutaient les entraînements intensifs de Quidditch en vue du match opposant Gryffondor contre Serpentard, le samedi suivant.

... ... ...

À suivre

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