NDA : Merci à tous ceux qui ont mis cette histoire en favorite/follower ou qui ont laissé des reviews :) Le prochain chapitre sera posté dimanche soir ou lundi.
Charlie
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Les années Poudlard - 1988 -1989 - 5ème année
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2ème Partie - Adrian
Jamais Charlie n'aurait pensé qu'organiser et motiver une équipe serait aussi épuisant. En plus de cela, leur nouveau gardien, le jeune Olivier Dubois, manquait encore d'endurance. Mais il devait admettre que le garçon était très enthousiaste. Les entraînements avaient été plus que satisfaisants, malgré le temps désastreux de cette fin octobre.
Charlie devait aussi reconnaître que ces années en tant que grand frère avaient finalement du bon car cela lui avait donné une certaine autorité. Il savait diriger, commander, le tout avec le sourire. Bill lui avait assuré que tout le monde se félicitait d'avoir un aussi bon capitaine. Le seul hic, c'était qu'ils n'avaient encore joué aucun match, alors le jeune rouquin voyait celui qui se profilait avec de plus en plus d'appréhension. Il voulait gagner. Bill et Sean avaient beau lui soutenir l'inverse, il considérait ce match contre les Vert et Argent, et surtout contre Flint, comme un défi personnel.
Le cours de potion du lundi avait été catastrophique. Les Gryffondor partageaient ce cours non pas avec les Serpentard, une grande première depuis que Snape était professeur, mais avec les Poufsouffle. Charlie et ses camarades ne cessaient de se demander depuis la rentrée si cela était vraiment une faveur que leur avait fait la terrible chauve-souris des cachots. Car qui disait Poufsouffle de cinquième année, disait l'emblème des Blaireaux, leur étudiante fétiche et reine incontestée depuis cinq ans de toutes les catastrophes possibles : Nymphadora Tonks. Et cette dernière, pour ne pas faillir à sa réputation, avait réussi l'exploit de faire fondre son chaudron, de renverser celui de la table d'à côté et de faire tomber trois tentacules de Murlap dans un troisième. Qui avait explosé. Tout ça dans la première heure. Pourquoi ? Parce que Snape avait eu l'idée lumineuse de demander à Tonks de fournir tous ses camarades en ingrédients, afin d'éviter « les allées-et-venues incessantes des élèves ». Charlie n'avait jamais vu Snape aussi fou de rage. Il avait enlevé quatre-vingt-quinze points à Poufsouffle et cinquante-trois à Gryffondor. Une horreur.
Le meilleur moment de la semaine arriva sans conteste le vendredi midi. Le rouquin regardait le préfet de Serdaigle s'avancer à leur table. Son estomac avait fait un triple salto quand il avait compris dans quelle direction il allait et cela n'avait strictement rien à voir avec les côtelettes d'agneau et les haricots qu'il venait d'avaler. Le-dit estomac fit des nœuds avec un autre de ses organes quand il se rendit compte qu'il ne se dirigeait pas vers lui, mais vers son frère aîné.
Il baissa le nez, se perdant dans la contemplation du morceau de tarte à la mélasse dans son assiette, l'appétit coupé. De toute façon, la tarte était trop lourde et bien moins bonne que celle de sa mère. Dépité, le jeune rouquin se leva du banc en bois et se tourna pour s'en aller. Néanmoins, il n'eut pas l'occasion de finir son mouvement car son nez rencontra assez brutalement un pull. Il bascula en arrière et n'évita la chute que grâce à un bras passé derrière son dos. Il aperçut un éclair bleu avant de se retrouver de nouveau le visage plaqué contre le pull.
Il sut exactement à qui le vêtement appartenait. Déjà à cause de l'aperçu rapide de la cravate bleue et bronze de son porteur mais surtout à cause de l'odeur de son propriétaire. Cette odeur, il avait déjà eu l'occasion de s'en enivrer le week-end d'avant, pendant plus de deux heures dans la bibliothèque.
« Eh bien Charlie, tu me tombes dans les bras ? » susurra le préfet des Aigles à son oreille.
Charlie eut de la chair de poule alors que les lèvres d'Adrian frôlaient son appendice et que son souffle caressait ses cheveux. Il décolla avec difficulté son nez de la clavicule du brun en se reculant légèrement.
« Je... Je ne t'avais pas vu. »
Lamentable comme réponse. Pour un peu, il irait bien rendre visite à quelques Strangulots.
Le Serdaigle ne répondit pas bien que ses yeux rigolaient à sa place.
« Je suis venu informer ton frère que notre groupe de travail se réunit demain matin à la bibliothèque. Du coup, j'en profite pour te prévenir aussi : j'ai vu Snape, on a la salle mercredi soir. Je me suis dit que c'était bien, tu n'auras pas d'entraînement, n'est-ce pas ? »
« Non, non, c'est parfait ! Mercredi à quelle heure ? » demanda le plus jeune, ravi.
« À partir de dix-neuf heures trente, » répondit Adrian d'un ton calme tout en dévisageant chaque tache de rousseur sur le visage qui lui faisait face.
« Dix... Dix-neuf heures ? » balbutia le malheureux, parfaitement conscient de l'inspection dont il était l'objet. « Mais... Jusqu'à quelle heure ? Il y a le couvre-feu à vingt et une heure trente, ça ne va pas nous faire beaucoup de temps. La plupart des potions demande deux heures de préparation et... » Un doigt posé sur sa bouche le fit taire avec efficacité alors que ses joues se colorèrent un peu.
« On se calme, jeune homme. Je te rappelle que j'ai l'autorisation de Snape en personne et qu'en plus, j'ai un insigne sur ma robe qui peut s'avérer très pratique. Ne t'inquiète pas, nous prendrons tout notre temps. Et je te raccompagnerai ensuite à ta tour. »
« Tu pourrais p'tre lâcher mon petit frère, Adrian, » les interrompit la voix sèche de Bill.
Charlie se rendit alors compte qu'il était effectivement toujours étroitement maintenu contre le Serdaigle, avec le bras de ce dernier dans son dos. Adrian relâcha son étreinte. Le cinquième année se sentit étrangement vide.
« Bonne chance pour ton match, Charlie. À plus tard, Bill, » fit le Serdaigle en s'éloignant de leur table.
Bill se tourna vers son cadet, le regard dur.
« C'est quoi cette histoire de te raccompagner à la tour, Charles ? »
« C'est rien, c'est pour réviser les potions. On va travailler mercredi soir et si jamais on finit un peu tard, il me raccompagnera, c'est tout. Histoire que je ne prenne pas une retenue, » expliqua Charlie en fronçant les sourcils.
« Il y a intérêt à ce que tu sois dans la salle commune à vingt et une heures trente précise et dans ton dortoir à vingt et une heures trente-deux. C'est clair ? »
« Bill, arrête de faire ça. J'ai pas besoin d'un chaperon ! » commença à s'énerver le plus jeune.
« Allez Bill, fous-lui la paix ! Le mignon petit Charlie est en train de vivre ses premiers émois amoureux et toi, tu fais ton horrible grand frère qui vient tout gâcher ! Relaxe ! Adrian est correct, il ne va pas le violer dans un couloir, » s'interposa alors Hooper.
Charlie se tourna vers lui, totalement médusé. Alors là, il n'y comprenait vraiment plus rien. Depuis quand Hooper prenait sa défense contre son propre frère ?
Même Bill sembla un peu surpris. Il jeta un dernier regard dubitatif à son jeune frère avant de pousser un gros soupir.
« Fais attention Charlie, c'est tout ce que je te demande. D'accord ? »
« Oui, t'inquiète. C'est juste des révisions. »
Bill soupira de nouveau et tourna les talons pour sortir de la grande salle. Hooper regarda le second Weasley avec un petit sourire moqueur.
« Alors, des cours particuliers de potions, pas vrai ? Pourquoi j'ai comme la vague impression que mon cher ami Adrian n'a pas l'intention de te faire réviser à la bibliothèque ? »
Charlie serra les dents. D'accord Lancey l'avait aidé, mais ce n'était pas pour cela qu'il allait lui raconter sa vie. Surtout sachant qui était sa petite amie. Il croisa ses bras sur sa poitrine tout en lui jetant un regard noir.
« Okay, okay, petit lion, je m'occupe de mes fesses... Et je laisse le soin à Adrian de s'occuper des tiennes, » fit le septième année.
Il fit un petit clin d'œil au jeune rouquin estomaqué tout en croquant dans sa pomme. Puis il se dirigea lui aussi vers la sortie, laissant Charlie toujours abasourdi.
« C'est vrai alors ? Tu as un ticket avec Adrian ? » demanda Sean en se levant à son tour.
« Je... J'en sais rien du tout, moi ! » rétorqua Charlie de façon plus virulente qu'il l'aurait voulu.
« Hé, c'était juste une question, Charlie. Et puis, si c'est le cas, je trouve ça cool ! Sortir avec un septième année et un préfet, c'est la classe ! Pas vrai, Brett ? »
Mais le jeune blond ne répondit pas. Il se leva, regarda Charlie d'une manière que ce dernier jugea étrange. Pour ne pas dire négative. Enfin il haussa une épaule.
« J'en sais rien, moi les mecs ça me fait rien. Je comprends même pas comment un garçon peut être attiré par un autre garçon. Mais bon. C'est pas mon problème, du moment que personne ne s'approche de mes fesses. »
Après la délicieuse étreinte qu'il avait reçue d'Adrian, l'annonce de Brett fut comme un coup de poignard dans son cœur.
« Brett... Je... Je sais bien que tu n'es pas attiré par les hommes, tu sais. »
Le blondinet le dévisageait toujours.
« Écoute, Charlie, le prends pas mal ni contre toi. C'est juste... Ça me fait bizarre. En plus chez moi, mon père n'aime pas les tapettes, alors là... Il me faut un peu de temps. Tu comprends ? »
Le Gryffondor hocha la tête, une boule dans la gorge.
« On reste quand même amis ? » demanda-t-il.
« Oui. Oui, on reste amis. »
Mais la voix de Brett manquait de chaleur. Il sourit d'un air un peu gêné et fit demi-tour en direction des portes de la grande salle. Sean passa un bras par dessus les épaules de Charlie.
« T'en fait pas, Charlie. Pour certains né-moldu, c'est pas toujours évident d'accepter ce genre de choses. Surtout s'ils ont été élevés par des homophobes. Mais il s'y fera. Laisse-lui effectivement un peu de temps. Quand il verra que tu es toujours le même Charlie Weasley et que tu ne cherches pas à le violer sous la douche, tout redeviendra comme avant, j'en suis sûr. »
... ... ...
La pluie glacée tombait par seau entier. Ils venaient à peine de sortir des vestiaires que déjà leur tenue rouge était trempée.
Charlie faisait face à Rolling, le capitaine des Serpentard et l'un des meilleurs poursuiveurs.
« Serrez-vous la main messieurs et je vous le rappelle : je veux que ce match soit placé sous le signe du respect ! » lança Madame Bibine.
Le Vif d'or fut lâché et les équipes s'envolèrent au coup de sifflet. Le temps, loin de se calmer, semblait vouloir tourner en tempête. Charlie aperçut Flint qui lui fit un geste de son pouce, qu'il passa sur sa gorge. Très clair.
Le jeune Weasley cherchait avec frénésie la petite boule d'or alors que la voix de Tonks résonnait dans l'air. Les Serpentard venaient déjà de marquer un but et les cheveux de la Poufsouffle virèrent brusquement au vert alors qu'elle hurlait :
« Rolling vient de marquer le premier but du match et... Oh ! Flint vient de lancer un cognard sur Dubois qui s'effondre sur le sol ! Gryffondor vient de perdre son gardien ! Et Lewis marque un deuxième but pour Serpentard ! Si les Gryffondor veulent espérer gagner ce match ou au minimum limiter les dégâts, il faut absolument que Weasley trouve le Vif d'or ! Et oui ! Oui ! Hooper vient de marquer le premier but pour Gryffondor ! »
Les cheveux de Tonks virèrent brutalement au rouge alors qu'elle s'égosillait toujours.
Charlie décida de ne plus s'attarder davantage. Son équipe allait être mise à mal. Fleshburry devait remplacer Olivier et du coup, seul Lancey et Olivia pouvaient espérer marquer des buts. Il vola plus vite, scrutant le ciel à la recherche du moindre petit éclat doré. Il s'essuya le visage, pas que cela soit vraiment utile puisqu'il restait trempé, mais plus pour essayer de se concentrer.
Enfin, il l'aperçut, à quelques mètres seulement d'un des buts des Serpentard. Patterson ne semblait pas l'avoir vu, pourtant, à l'instant même où Charlie baissa son balais pour plonger, il vit du coin de l'œil Flint qui hurlait quelque chose à leur attrapeur en pointant son doigt dans sa direction.
Charlie ne réfléchit pas plus, il fonça, tête baissée et bras déjà tendu. Il sentit, plus qu'il ne le vit, un Cognard se diriger vers lui, il tourna rapidement sur sa gauche et se mit en vrille quelques secondes avant de se stabiliser de nouveau. Il entendait vaguement les cris de Tonks et des élèves dans les tribunes mais comme à chaque fois durant un match, il ne les comprit pas. Il était dans son monde, totalement concentré par son unique mission : attraper le Vif.
Un éclair vert lui apprit que Patterson n'était pas loin derrière lui, il accéléra encore alors que le Vif d'or semblait avoir décidé de virer brutalement vers la droite. Enfin, les doigts mouillés de Charlie frôlèrent la petite boule dorée, qui essaya de fuir. Mais elle fut bientôt emprisonnée par les gants rouges et or.
« Charlie Weasley attrape le Vif d'or ! Gryffondor gagne ! » hurla Tonks.
Charlie eut le temps de l'entendre avant qu'un énorme choc et une douleur atroce ne saisissent son épaule gauche qui craqua misérablement. Tout le monde cria, tandis que déstabilisé et hurlant de douleur, le cadet Weasley tombait de son balai.
Il vit le sol s'approcher très vite, beaucoup trop vite. Sans savoir réellement ce qu'il faisait, Charlie sortie sa baguette en hurlant un sort d'amortissement, quelques secondes seulement avant que son corps ne s'écrase sur le sol boueux.
Douleur, son corps n'était que douleur... La pluie tombait toujours sur son visage et il avait l'impression d'étouffer alors que l'eau s'infiltrait dans ses yeux, son nez, sa bouche. Il sentit que des mains le touchaient et il cria de souffrance alors que ces gestes le déchiraient de toutes part.
« Ne le touchez surtout pas ! » hurla la douce voix de madame Pomfresh. « Bill Weasley, éloignez-vous de votre frère et laissez-moi faire mon travail. »
« C'est une honte, un scandale ! Ruben Flint a lancé délibérément un Cognard sur Weasley alors que le match était terminé ! » beuglait toujours Tonks.
« Mademoiselle Tonks, le match est fini, veuillez s'il vous plaît supprimer votre sonorus ! Je demande à tous les élèves de regagner le château, maintenant ! » la coupa le professeur McGonagall.
« Charlie, ça va mon grand ? Réponds frangin ! » disait Bill à l'oreille du plus jeune.
« J'ai mal, » réussit à cracher Charlie, la bouche pleine de sang.
« Tout va bien se passer, jeune homme, on va vous transférer à l'infirmerie. Deux joueurs pour une vingtaine de minutes de match, vous avez établi un nouveau record ! Je hais définitivement le Quidditch, » grommela Pomfresh.
Ce fut tout ce que Charlie entendit avant de sombrer dans une noirceur bienfaitrice.
... ... ...
Il se réveilla plusieurs heures plus tard, brièvement. Juste le temps pour madame Pomfresh de lui faire avaler une potion et de lui apprendre qu'il avait la clavicule brisée ainsi que trois côtes cassées. L'une d'elle avait perforé un poumon. Il avait aussi une cheville fêlée et un traumatisme crânien. Moins important toutefois que celui de Dubois, qui était allongé cinq lits plus loin et qui n'était pas prêt de se réveiller.
Il dut avaler encore trois autres potions au goût plus atroces les unes que les autres. Puis madame Pomfresh lui conseilla fermement de dormir avant de tirer les lourds rideaux blancs autour de son lit.
Le rouquin s'endormit du sommeil du juste, heureux d'avoir gagné son match. Il allait souffrir encore plusieurs jours, cela était certain, mais sa victoire n'avait pas de prix.
Il faisait nuit noire quand il se réveilla la deuxième fois. Il souffrait. Cette fois-là, même le souvenir du Vif d'or dans sa paume ne réussit pas à le faire se détendre. Sa tête lui faisait mal et était étrangement brumeuse. Sans même s'en rendre compte, il gémit doucement. Cela faisait des années qu'il ne s'était pas senti aussi mal. Une main fraîche se posa sur son front, lui caressa doucement la joue.
« Papa ? » souffla-t-il.
« Non, c'est moi. Ouvre les yeux, Charlie. »
Le rouquin s'efforça de faire ce qu'on lui demandait. Il ne reconnaissait pas cette voix, ou plutôt, se disait qu'il devait vraiment être dans un piteux état pour avoir de telles hallucinations. Pourtant, quand enfin il réussit à ouvrir ses perles bleues, ce fut bien le visage d'Adrian qui lui faisait face, un petit sourire aux lèvres. Le brun semblait pâle et il avait les traits fatigués.
« Adrian, » murmura Charlie.
Le Serdaigle prit visiblement cela comme une invitation à venir s'asseoir sur le lit à côté de l'alité. Il le fit prudemment afin de ne pas créer une douleur supplémentaire à Charlie à cause du mouvement du matelas.
« Comment tu te sens ? »
« J'ai mal, » avoua le plus jeune.
Il ne pouvait pas faire autrement de toute façon. Il devait déjà se retenir pour ne pas se mordre les lèvres afin de s'empêcher de hurler. Nul doute que si Adrian n'était pas là, il serait déjà en train de pleurer comme un bébé et d'appeler madame Pomfresh à son secours. Il était résistant face à la douleur, mais là, c'était atroce.
« Tu es pâle comme la mort. Tiens, madame Pomfresh a laissé une potion pour toi sur ta table de chevet. Elle m'avait prévenue que tu risquerais de te réveiller au milieu de la nuit alors je lui ai promis de t'aider si besoin était. Attends, je vais te la donner, » fit le Préfet.
Joignant le geste à la parole, il souleva délicatement la tête du rouquin qui ne put s'empêcher de gémir une nouvelle fois, et porta la fiole de liquide à ses lèvres. Charlie la but avidement. Peu lui importait le goût, il voulait que la douleur diminue !
Alors que le brun reposait avec toujours autant de délicatesse la tête rousse sur l'oreiller, Charlie sentit peu à peu la potion faire son effet. Merlin, qu'il aimait être un sorcier. Son esprit se fit aussi plus clair et il réalisa alors pleinement la situation. Que faisait Adrian à cette heure avancée de la nuit à l'infirmerie ? Et sur son lit en plus ? Sans compter que le roux s'aperçut rapidement qu'il n'avait pas de haut de pyjama mais que son torse était simplement vêtu, si l'on puis dire, d'une large bande qui lui maintenait son bras gauche et ses côtes blessées.
Il leva donc des yeux un peu perdus sur le Serdaigle qui reposait la fiole.
« Tu as soif ? »
« Non, merci. Adrian, qu'est-ce que tu fais là ? »
« Oh, eh bien, j'ai glissé pendant ma ronde d'hier soir. Oui, on est dimanche et il est trois heures du matin. Avec toute cette pluie qui est tombée, il y avait des traces d'humidité un peu partout dans les couloirs. Je n'ai pas fait attention et paf, l'accident bête. Bref, j'ai glissé. Je dois avoir une légère entorse à la cheville. Je suis venue à l'infirmerie grâce à l'aide de mon collègue de Poufsouffle. J'ai préféré rester ici plutôt que de retourner dans mon dortoir. »
Charlie le dévisagea puis commença à rire doucement. Il s'arrêta vite alors que ses côtes tout comme son poumon le faisaient souffrir.
« Adrian Belby, je crois que le Choixpeau s'est trompé de maison. Tu aurais dû être à Serpentard. »
« Je ne comprends pas du tout pourquoi tu dis ça, » répondit le Serdaigle avec surprise. « Pourquoi dis-tu cela, Charlie ? »
Le cinquième année se sentit de nouveau complètement stupide. Il l'avait dit parce qu'il avait bêtement cru qu'Adrian avait menti pour être avec lui. Mais après tout, ce n'était peut-être pas le cas. Peut-être qu'Adrian avait vraiment chuté et qu'il prenait ses rêves pour la réalité. De nouveau, il eut envie de pleurer bien que cela n'avait plus grand chose à voir avec la douleur pourtant encore présente.
« Pour rien, laisse tomber, je suis fatigué, je dis des bêtises je crois. Je pense que je ferais mieux de dormir. »
Charlie ferma ses yeux et tourna son visage de l'autre côté. Pourtant, Adrian ne bougea pas d'un pouce. Alors que la boule dans sa gorge semblait avoir décidé de s'installer durablement, le Gryffondor sentit de nouveau une main douce lui caresser le front et la joue. Puis, le pouce d'Adrian glissa sur ses lèvres et les retraça lentement.
« Pourquoi penses-tu cela, Charlie ? Tu crois peut-être que j'aurais pu ruser et simuler ma blessure ? Pour, je ne sais pas, disons, m'assurer que tu ailles bien et être auprès de toi ? »
Charlie rouvrit brusquement les yeux et se retourna vers le plus âgé, la main de ce dernier toujours sur sa joue et ses lèvres.
« Est-ce que j'aurais tort de penser une telle chose ? » murmura-t-il en faisant une prière à Merlin, Godric et Rowena.
Adrian sourit, son pouce s'attardant de façon insistante sur la lèvre inférieure du blessé. Il la tira doucement vers le bas, pour qu'elle s'écarte de sa jumelle. Charlie le laissa faire, subjugué par le toucher. Comment un seul doigt pouvait à ce point lui faire oublier tout le reste ? Lui faire même oublier qu'il avait mal et qu'il arrivait difficilement à aligner quatre pensées correctes ? Le pouce se fit pourtant encore plus inquisiteur, il se fraya un fin passage entre les pulpeuses corolles roses. Là, il rencontra la barrière d'émail. Charlie ne savait plus quoi faire, ni penser. À sa grande honte, ce simple toucher mettait le feu à ses reins. Il avait peur qu'un début d'érection ne pointe le bout de son nez. Il n'osa pas parler non plus car cela voudrait dire ouvrir la bouche et alors... Il déglutit tandis que le visage d'Adrian se penchait vers lui.
Le brun plaça ses lèvres tout contre l'oreille de Charlie où il murmura : « Sans doute pas, non. »
Puis les lèvres sur posèrent sur le délicat coquillage, en une douce caresse. Elles poursuivirent leur chemin, sur la tempe. Charlie ferma les yeux en frémissant.
« Tu as froid, Charlie ? » chuchota le Serdaigle.
Le garçon avala de nouveau sa salive. Le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine, il balbutia : « Non, non. »
Bien sûr le pouce ne gâcha pas cette occasion de se glisser entre ses dents entre-ouvertes. Seule la pulpe était à l'intérieur de sa bouche et effleurait lentement le bout de sa langue. Le jeune Lion gémit de nouveau mais, assurément, cela n'avait plus rien à voir avec une quelconque douleur. Il sentit vaguement les lèvres de son doux tortionnaire s'étirer en un sourire contre sa peau, alors qu'elles continuaient leur descente sur sa joue.
« Alors pourquoi trembles-tu ? »
Mais Charlie ne pouvait ni ne voulait répondre. Le pouce de l'autre garçon jouait lui aussi avec ses nerfs, entrant et sortant de quelques millimètres dans sa bouche en un semblant de va-et-vient et courait ensuite entre les incisives en une danse sensuelle.
« Adrian, » gémit Charlie sans plus de pudeur, le sexe à moitié tendu sous son drap.
« J'arrive, » souffla ce dernier, les lèvres à la commissure de celles du rouquin totalement perdu dans ces sensations qu'il ne connaissait pas.
Prestement, le Préfet remplaça son pouce par sa bouche et n'hésita pas une seule seconde avant d'enfoncer sa langue dans la cavité humide du plus jeune, déjà entrouverte et offerte.
Incroyable. Il n'y avait pas d'autre mot pour définir ce qu'il ressentait. Jamais il n'avait embrassé quelqu'un de cette façon. Même sans cela, Charlie sentait que ce moment resterait l'un des plus érotiques de sa jeune vie. Les lèvres du plus vieux couvraient les siennes, elles bougeaient, les caressaient. Le plus intense était sans conteste la langue chaude, humide et si douce qui jouait avec la sienne. Un jeu qu'il ne connaissait pas mais qu'il avait hâte d'apprendre et d'approfondir. Tout n'était que tendresse et caresse. La main d'Adrian caressait sa joue, les lèvres ses lèvres et la langue inspectait avec tant de douceur l'intérieur de sa bouche. De son seul bras valide, Charlie se cramponna au corps au-dessus de lui, comme pour l'empêcher de s'échapper. Il ne voulait pas que ce moment ne cesse, il en voulait encore et encore !
Pourtant, le baiser s'arrêta. Adrian lui embrassa le bout du nez alors que Charlie reprenait difficilement sa respiration, un poumon en feu.
« Ncr » grommela-t-il.
« Que dis-tu, petit Lion ? »
« Encore... » supplia Charlie.
Adrian rit doucement.
« À tes ordres... »
Et le baiser reprit pour ne cesser qu'au petit matin.
... ... ...
Les rideaux autours de son lit étaient ouverts et le soleil brillait dans le ciel quand Charlie se réveilla enfin. Il cligna des yeux, ne sachant plus trop où il était ni ce qui s'était passé. Les souvenirs du match de sa chute se rappelèrent à son bon souvenir alors qu'il essayait de se retourner sur le matelas.
« Aie ! »
« Ah, vous êtes enfin réveillé, monsieur Weasley. Tenez, vous allez me faire le plaisir de prendre vos potions et ensuite vous aurez droit à un bon petit-déjeuner, » fit l'infirmière de Poudlard en lui collant d'autorité une première fiole dans les mains.
Charlie soupira tout en se redressant difficilement. Il fit la grimace et serra les dents avant de l'avaler. Comment faisait madame Pomfresh pour arriver aussi vite auprès des lits de ses malades et surtout aussi discrètement ? Le rouquin jeta un coup d'œil autour de lui. Il vit, quelques rangées de lit plus loin, le gardien de son équipe, toujours inconscient.
« Et Olivier ? »
« Il a une sacrée commotion. Je le maintiens dans le sommeil, c'est plus prudent. Je ne pense pas qu'il se réveillera avant une semaine. Le Quidditch est vraiment un jeu de barbare. Entre ça, les cours de Brûlopot et ceux de Snape, l'infirmerie ne désemplit jamais ! Je pense de plus en plus sérieusement à me plaindre auprès de Dumbledore, » râla madame Pomfresh tout en tendant une nouvelle potion à son blessé qui l'avala aussi rapidement que la première.
« Bien, vos os seront tous ressoudés d'ici ce soir. Pour votre poumon, cela prendra plus de temps. Je vais vous garder en observation pendant cinq ou six jours, je pense. »
« Autant ?! Mais non, je vais très bien ! » contesta Charlie alors que ledit poumon protestait avec vigueur.
Le dragon de l'infirmerie lui jeta un regard qui le fit taire avant de partir en bougonnant.
Charlie se laissa retomber sur son oreiller alors qu'il regardait toujours Dubois qui arborait un immense bandage autour du crâne. D'un coup, les souvenirs de cette nuit et de l'autre occupant de l'infirmerie resurgirent à sa mémoire.
Adrian était déjà parti. Charlie se demanda brièvement s'il n'avait pas rêvé. Il ferma ses yeux et passa ses doigts sur ses lèvres gercées. Non, il n'avait pas pu imaginer ces instants. Certes, il avait rêvé plusieurs fois de lui et d'Adrian dans une situation similaire depuis que le Serdaigle lui avait proposé son aide, mais jamais cela n'avait été aussi réel. Il n'aurait jamais pu imaginer les sensations incroyables des lèvres d'Adrian sur les siennes ni l'effet que cela faisait d'avoir sa langue dans sa bouche. Jamais personne ne l'avais embrassé comme cela, c'était indescriptible alors il n'aurait pas pu l'inventer. Cela voulait donc forcément dire qu'il l'avait vécu.
Adrian était resté sur son lit, au moins deux bonnes heures, à l'embrasser et le caresser. Il se rappela aussi des longs doigts fins qui avaient parcouru son épaule nue et fourragé ses cheveux. La façon dont Adrian allait doucement et délicatement pour ne pas lui faire mal, et surtout la façon dont ce contact, combiné à la lutte de leurs langues l'une contre l'autre, l'avait totalement électrisé.
Il poussa un lourd soupir alors qu'un énorme tumulte envahit l'infirmerie, lui faisant ouvrir les yeux. Le rouquin sourit. À en juger par le bruit digne d'un troupeau d'hippogriffes en rut, les Gryffondor venaient d'entrer dans l'ancien hâve de paix qu'était l'infirmerie.
... ... ...
« Donc ensuite, Bill lui a décroché une droite mémorable ! Il lui a pété le nez à cet espèce d'enfoiré ! » s'exclama Tonks.
La jeune fille, qui avait les cheveux d'un joli violet avec des mèches noires, tenait la main à son petit ami du moment, à savoir Sean. Charlie regardait leurs mains enlacées avec surprise et envie. Les deux autres cinquième année s'en aperçurent et Sean haussa les épaules.
« On a fêté notre victoire dans la tour hier soir. Tonks et moi, on s'est rapproché. »
« Ouais, c'est sûr » fit la Poufsouffle en lui décrochant un baiser.
« Flint est interdit de jouer pendant les deux prochains matchs. Les Serpentard sont fous de rage, » continua Bill.
« Tu n'as pas eu d'ennuis pour le coup de poing ? » demanda Charlie.
« Non, il faut dire qu'il y a eu bagarre générale. C'était apocalyptique, » expliqua Hooper avec sérieux.
Aussitôt la quinzaine de Rouge et Or présents se lança dans des explications impliquant des coups de pieds, poings, dents cassées et bataille dans la boue.
« Vous n'avez pas bientôt fini ce raffut, oui ? Allez ouste, tout le monde dehors ! » les invectiva madame Pomfresh.
Les étudiants râlèrent mais sortirent les uns après les autres. Ne resta bientôt plus que Bill.
« Monsieur Weasley, j'ai dit tout le monde. »
« Je voudrais rester encore quelques minutes avec mon petit frère, s'il vous plaît, » fit Bill en lançant un regard charmeur à l'infirmière.
Celle-ci capitula tout en exigeant le calme et le repos pour son patient.
« Tu n'as pas trop mal ? » demanda l'aîné.
« Ça va, c'était pire cette nuit. »
Les deux frères restèrent encore un long moment à discuter, puis Bill dut finalement sortir. Charlie était épuisé et son poumon blessé recommençait à le faire souffrir. Il finit par somnoler jusqu'au lendemain. Son sommeil fut agité et ses moment de réveil de plus en plus mélancoliques. Adrian n'était pas revenu.
Lorsque Charlie réussit à quitter l'infirmerie le mercredi matin, il n'avait pas revu le Serdaigle et n'avait aucune nouvelle de lui.
Le Gryffondor avait dû user de tout son charme pour pouvoir enfin quitter l'espace aseptisé et bien trop pâle de l'infirmerie. Son frère lui ayant apporté la veille ses affaires, Charlie se doucha et s'habilla rapidement avant de prendre son sac puis de se diriger vers la sortie. Il voulait absolument déjeuner dans la grande salle.
Le fait qu'Adrian ne soit pas venu une seul fois l'avait blessé. Il avait même fini par sérieusement douter de la réalité de leur nuit passée ensemble. Il n'avait pas oublié que le soir même, il était censé travailler les potions avec le septième année mais ne savait plus non plus s'il devait se rendre dans les cachots ou non. Est-ce que la proposition tenait toujours ? Peut-être qu'Adrian avait eu ce qu'il voulait et que c'était déjà fini entre eux ? Peut-être s'était-il rendu compte que Charlie n'avait jamais eu de petit ou petite ami(e) avant lui et qu'il était trop nul ? Tout en ruminant sur son triste sort, Charlie se demanda si finalement, lui aussi avait envie de continuer avec le brun. Après tout, il n'était pas un vulgaire paillasson, alors il trouvait qu'il méritait mieux que juste un baiser et plus de nouvelles. Non, il allait exiger des explications au Serdaigle !
C'était donc remonté comme une pendule que Charlie pénétra dans la grande salle. Aussitôt la table des Rouge et Or poussa des exclamations et des hourras. C'était un fait, les Lions étaient bruyants.
Charlie s'efforça de ne pas laisser son regard divaguer vers la table des Aigles. Ce fut une lutte acharnée qu'il engagea contre lui-même. Quand il eut fini son thé et ses œufs au plat, il avait réussi à ne pas se laisser gagner par son désir de croiser le regard chocolat au lait du préfet de ses rêves. Malheureusement, alors qu'il quittait la grande salle avec la majorité des autres étudiants, un léger frôlement sur son coude lui fit tourner la tête. Et ses yeux se trouvèrent aspirés par ceux d'Adrian.
« Rendez-vous ce soir à l'entrée des cachots, » souffla ce dernier dans son oreille.
La pression sur le coude de Charlie se fit plus franche puis disparut tandis que le Serdaigle bifurquait de l'autre côté.
Charlie le regarda partir, le cœur affolé. Bon, il allait se rendre à leur rendez-vous. Mais si Adrian pensait s'en sortir sans explications, il se trompait lourdement. Foi de Charlie.
... ... ...
Comme à chaque fois que l'on attend un événement particulier, le temps sembla ralentir et s'étendre sans fin. Ce fut l'une des journées les plus longues et monotones que le cadet avait connues. Même le fait que Brett avait apparemment décidé de passer outre ses préjugés et recommençait à lui parler avec naturel n'arrivait pas à le contenter. Le rouquin ne cessait de soupirer tout en regardant avec désespoir les différentes horloges qu'il croisait.
« Alors petit lion, tu es bien pressé de manger, tu as des choses à faire ? » le taquina une nouvelle fois Hooper qui avait eu la brillante idée de s'installer à côté de lui pour le souper.
« Lancey, pourquoi tu ne vas pas emmerder quelqu'un d'autre ? Je ne sais pas moi, vas donc discuter avec le calamar géant et oublie-moi. À moins que tu tiennes tant que ça à faire vingt tours de terrain de Quidditch lors du prochain entraînement ? »
« Capitaine, oh mon capitaine, je n'oserai jamais vous froisser ! Et toi, tu n'oseras jamais profiter de ton statut pour te venger, » ajouta-t-il en mettant de la crème anglaise sur le bout du nez de Charlie.
« Mais putain, Hooper, tu vas me lâcher oui ! Fais-moi plaisir, va jouer avec un Troll ou un Chaporouge et lâche-moi. Pourquoi tu vas pas enquiquiner Émilie ? » râla le cinquième année en s'essuyant rageusement le nez.
« Je l'ai largué, elle me soûlait, » répondit laconiquement le plus âgé des Lions. « Non, j'ai trouvé une autre fille mais elle n'est pas à cette table donc je m'ennuie. Alors il faut bien que je m'occupe. »
« Si tu oses lancer cette cuillère de gelée sur moi, je te tue. C'est qui cette fille ? »
« Oh cher, cher, Charlie. Il s'agit d'une personne délicieuse issue d'une maison finalement tout aussi délicieuse. La soif de connaissance est un gros avantage, surtout quand la personne ne s'attelle pas qu'à la théorie, si tu vois ce que je veux dire, » Lancey tourna sa cuillère et lança la malheureuse gelée qui n'avait rien demandé sur l'arrière du crâne d'un pauvre Poufsouffle qui ne sut jamais d'où elle venait.
Le rouquin s'obligea à rester stoïque. Bon, Hooper sortait avec une Serdaigle.
« C'est Lisa Davies. La préfète. » Il fit un clin d'œil résolument moqueur à Charlie tandis que le rouquin se sentit pâlir. « Travaille bien ce soir, et ne te perds pas dans les couloirs. » Là-dessus il se leva et sortit de la grande salle.
Charlie fulminait. Comment et pourquoi Adrian racontait ainsi sa vie à sa collègue de Serdaigle ? Le jeune Lion ramassa lui aussi son sac et sortit précipitamment. Il se dirigea vers sa tour et son dortoir. Bien que s'en voulant pour ça, il passa dix longues minutes à la salle de bains pour se brosser les dents, se laver le visage (ce crétin de Hooper avait réussi à lui mettre de la purée sur la joue) et se parfumer un peu. Pour un peu, il se serait tapé la tête contre le mur. Pire qu'une diva ! Alors qu'au mieux, il allait simplement réviser les potions, au pire, étriper un Préfet qui le menait en bateau et parlait trop.
Il prit tout son nécessaire à potions et courut hors du repère des Gryffondor. Il lui restait cinq minutes avant d'être en retard. Or, Charlie n'aimait pas être en retard. Heureusement, il n'avait pas croisé Bill, seulement Percy qui avait voulu lui parler. Charlie l'avait plus ou moins envoyé bouler, lui disant qu'il n'avait pas le temps car il devait rattraper son travail en retard. Ça au moins, c'était le genre d'excuses que Percy pouvait entendre sans se vexer.
Tout en trottinant en direction des cachots, le jeune Weasley sentit la tension monter. Tous les beaux discours qu'il avait préparés dans sa tête tout au long de cette interminable journée lui semblaient d'un coup fades ou stupides. Son cœur battait la chamade et une douce chaleur envahissait son ventre, bien que noué par l'angoisse.
Il s'arrêta de courir quelques mètres seulement avant d'arriver au lieu de rendez-vous. Adrian était déjà là et l'attendait. Quand il le vit s'approcher, il sourit puis commença à marcher en direction d'un couloir, celui menant à la salle de classe de Snape.
« J'ai eu la salle quatre, c'est la plus loin mais elle est un peu plus grande. Viens. »
Charlie ne répondit pas mais suivit son aîné. Effectivement, c'était la dernière salle du couloir. Adrian sortit une clef de sa poche, déverrouilla la porte avant de s'effacer pour le laisser passer.
Il y avait une grande table et deux chaudrons, plus quelques étagères avec peu d'ingrédients dessus. Un bureau était accolé contre un mur avec trois chaises. L'odeur d'herbes et de plantes qui était toujours flottante dans la salle de cours de Snape était présente, mais plus douce, plus légère. Et surtout, il n'y avait qu'elle. Pas d'odeur de brûlé ou nauséabonde comme cela arrivait plus que fréquemment dans celle de la chauve-souris.
« Et voilà, on est arrivé. »
Le Serdaigle entra à son tour et ferma de nouveau la porte à clef, créant un peu la surprise chez le plus jeune.
« Pourquoi tu fermes la porte à clef ? »
« J'aime être tranquille quand je travaille, » répondit le Bleu et Bronze en s'approchant de Charlie.
Il était près, très près, très très près. Charlie le regardait et son cœur s'affola. Il se rendit compte qu'il avait arrêté de respirer alors que le torse d'Adrian se plaquait contre le sien et que les mains du brun se posaient sur ses épaules.
« Enlève ton sac, petit Lion, » souffla-t-il en se penchant vers lui, les lèvres tout contre sa joue.
« Ad-Adrian, a-arrête ça, s'il te plaît, » fit Charlie d'une voix à son avis bien trop faible et sans conviction.
« Tu veux que j'arrête quoi ? » susurra l'aîné.
« Arrête de m'allumer. C'est... c'est pas correct ! » Charlie reprit ses esprits et se décolla bien qu'à regret du corps chaud contre lui. « Tu m'as laissé tomber ! T'es même pas venu me revoir à l'infirmerie et là, tu me chauffes ! Mais tu me prends pour qui ? Je suis pas ta chose, t'as pas à m'embrasser et à me faire croire que je compte pour toi pour faire ensuite comme si je n'existais pas. En plus, de quel droit tu as raconté à Lisa qu'on se voyait ce soir, hein ? Tu vas ensuite te vanter de tes petits exploits avec tes copains de septième année, c'est ça ? Ben tu te goures, je suis pas le genre de personne qu'on peut prendre et jeter comme un vulgaire parchemin usagé ! » explosa le rouquin, de plus en plus furieux, laissant échapper la peine et la frustration qu'il avait accumulées depuis plus de trois jours.
Adrian le regarda, visiblement surpris.
« Mais qu'est-ce que tu racontes ? Je n'ai pas du tout l'intention de t'allumer, comme tu dis, pour te jeter ensuite. »
Il s'approcha de nouveau de lui, bien qu'à une distance un peu plus respectable puis lui posa une nouvelle fois une main sur l'épaule.
« Charlie, je ne pouvais pas venir te voir. Tu t'étais endormi dans mes bras et j'ai dû partir avant que tu te réveilles. Je ne savais pas du tout si tu voulais que l'on continue ou pas tous les deux. Et ensuite, entre les cours, les devoirs et le reste, à chaque fois que j'ai tenté ma chance à l'infirmerie, tu étais entouré de tous tes amis ou de tes frères. Je n'ai pas voulu venir, c'est vrai, parce que je voulais que l'on soit tranquille tous les deux. C'est tout. Et surtout pas en présence de Bill, il m'a suffisamment pris la tête comme cela hier soir pendant notre ronde ! »
Charlie fronça les sourcils, un peu surpris.
« Bill ? »
« Merlin oui, j'ai eu droit à un long exposé sur ta vie, pas que je m'en plaigne d'ailleurs. Par contre, la centaine de recommandations et les au moins autant de menaces de finir dans le même état que Flint si je te manquais de respect, ça, je m'en serais bien passé, crois-moi ! »
Le préfet passa sa main sous la sangle de Charlie pour lui enlever délicatement le sac avant de le poser à terre. Sa main frôla ensuite la joue constellée de taches de rousseur et passa sur les lèvres pleines.
« Tu ne regrettes pas notre nuit ensemble, n'est-ce pas, Charlie ? » soupira-t-il.
Le rouquin ferma les yeux, son cerveau de nouveau aux abonnés absents alors que le pouce d'Adrian le caressait toujours. Il faisait comme cette nuit-là, c'était si bon. Il sentit le torse du brun se recoller contre lui, son souffle sur sa tempe.
« Charlie ? »
« Embrasse-moi ! » exigea le plus jeune.
Aussitôt sa bouche se trouva capturée par celle du Serdaigle. Il écarta ses lèvres tendrement malmenées, en voulant encore plus. Ses mains autour du cou de l'autre, il le maintint contre lui pendant que leurs langues s'emmêlaient avec passion. Charlie adorait sentir cette douceur, l'humidité de cette bouche, le goût légèrement mentholé de la salive. Adrian avait dû lui aussi se brosser les dents avant de venir pensa-t-il brusquement alors que les mains du brun se posait sur ses reins et le pressaient sur son ventre.
Le corps parfaitement aligné sur celui du plus âgé avec une douce fermeté, le rouquin gémit. Les mains d'Adrian caressait son dos et descendaient parfois un peu plus bas, sur ses fesses. Le baiser se fit plus fougueux, plus dominateur.
« Doucement, » protesta faiblement Charlie.
Adrian sourit et lui déposa une multitude de bécots, sur la bouche, les joues, le nez et les paupières. Puis il enfouit son visage dans le cou de Charlie et lui mordilla tendrement la peau.
« Humm, tu es si doux, Charlie, tout tendre et tu sens très bon. On te mangerait, tu sais. »
Il passa sa langue sur toute la longueur du cou, partant du bas, près du col de la chemise blanche puis remonta lentement pour finir sa course sur le lobe de l'oreille qu'il aspira. Charlie gémit un peu plus fort. Merlin, cela ne faisait que la deuxième fois qu'il se trouvait seul dans une pièce avec Adrian, qu'ils s'embrassaient et déjà, il perdait complètement la tête. Son ventre était brûlant, il avait des frissons et de la chair de poule partout sur son corps, qu'il contrôlait à peine.
Le Serdaigle reconquit la bouche du Rouge et Or qui fut dans la totale incapacité de protester, penser ou faire quoi que ce soit d'autre que d'en permettre l'accès ainsi que de se laisser consciencieusement peloter pendant de très longues minutes.
Quand enfin le brun décida de libérer sa victime complètement étourdie, Charlie se laissa tomber dans ses bras. Il avala sa salive où perçait toujours le goût de son... de son quoi, d'ailleurs ?
« Adrian ? » demanda Charlie avec la tête qui lui tournait délicieusement. « On est quoi maintenant ? Je veux dire, on sort ensemble ? On est des petits amis ? »
L'autre garçon le serra plus fort contre lui, le nez dans ses cheveux.
« Oui, il est hors de question que je te laisse filer après ça ! »
« Alors je veux que l'on soit de vrais petits amis ! » fit Charlie en se détachant un peu tout en plantant avec détermination ses yeux bleus dans ceux, marron, de son vis à vis.
« C'est à dire ? » questionna ce dernier un peu étonné.
« C'est à dire que je veux moi aussi pouvoir me promener avec toi dans les couloirs main dans la main. Je veux que ce soit officiel. Je refuse d'être le petit copain de l'ombre que tu ignores pendant la journée et que tu bécotes uniquement le soir venu. »
« Ça me va. Par contre, je te préviens de suite, je suis jaloux et possessif. Je risque fort de te faire de petites visites surprise, je n'accepterai pas qu'un autre que moi te fasse du gringue ou quoi que ce soit du genre. Et je te laisse le soin d'expliquer la situation à ton frère. »
« Tu as peur de Bill ? » rigola Charlie.
Le brun eut un regard brillant et passa sa main sur sa joue, pile à l'endroit où se creusait sa fossette.
« Bon sang, tu es vraiment à croquer quand tu fais ça. Non, je n'ai pas peur de Bill. Mais si tu veux que cela soit officiel, comme tu dis, il va falloir que toi aussi tu t'affirmes auprès de ton frère. Je vais donc te dire la même chose que je lui ai dit hier soir : je ne te ferai jamais rien que tu ne veux pas. Mais tu es un grand garçon, alors hors de question que je me paye un coquard parce que Weasley premier du nom pense que je te dévergonde. »
Charlie rosit légèrement. Il ne sortait avec Adrian que depuis quelques minutes, si on exceptait le dimanche et déjà ce dernier parlait de relations intimes ? À moins que Bill ne considèrent les baisers, disons, enflammés comme du dévergondage ? Il n'avait pas encore seize ans et ne se sentait de toute façon pas prêt du tout à franchir le pas. Même s'il était puceau, il avait une très bonne idée de la façon dont deux hommes faisaient l'amour donc il avait, soyons honnête, peur de ce que cela impliquerait pour lui. Il sourit encore. Il verrait bien, il avait le temps. Pour l'instant, il aurait bien repris leurs précédentes activités.
« Oh Merlin, j'ai vraiment envie de te manger quand tu souris et que tu me regardes comme cela, » dit le brun, une lueur gourmande dans les yeux.
Puis, sans autre forme de procès, il lui dévora une nouvelle fois la bouche.
... ... ...
Leur séance de révision de potions se passa pour l'essentiel en séance de baisers et de caresses. Charlie finit assis sur le bureau avec Adrian debout entre ses jambes. Ils se motivèrent pour étudier quand même un peu, profitant de chaque occasion pour se toucher, se frôler ou se caresser.
Quand Adrian le raccompagna jusqu'au portrait de la Grosse Dame, il était déjà plus de vingt-trois heures. Ils s'embrassèrent une nouvelle fois avant que le Serdaigle ne se décide à retourner dans sa propre tour. Charlie le regarda partir, la tête dans les nuages. Une fois seul, il donna le mot de passe à la Grosse Dame et pénétra à pas de loup dans sa salle commune, uniquement éclairée par le feu de la cheminé. Il s'empressa de commencer à gravir les marches menant à son dortoir, quand la voix redoutée retentit.
« Et je peux savoir où tu étais ? »
« Ça ne te regarde pas, Bill, » répondit Charlie en se tournant vers son frère qui marchait en grandes enjambés vers lui.
« Ça ne me regarde pas ? Vraiment ? Alors comme ça mon petit frère qui a été grièvement blessé il y a cinq jours, disparaît pendant des heures et ça ne me regarde pas ? Tu as dit à Percy que tu allais bosser, mais tu n'étais pas à la bibliothèque et de toute façon elle est fermée depuis longtemps. Où étais-tu ? »
Charlie dévisagea son frère, ne sachant que répondre. Il n'avait pas envie de se fâcher avec lui mais il admettait qu'Adrian avait raison, il devait lui dire pour eux deux. Il eut un léger frémissement des lèvres en pensant qu'effectivement, il y avait un « eux ».
« Je sors avec Adrian. J'étais avec lui, on a révisé les potions et... Et maintenant on est ensemble. Je te le dis, parce que de toute façon tu l'aurais découvert demain matin. Mais Bill, tu es mon frère, pas maman. Alors même si tu prends ton rôle de préfet à cœur, fous-moi la paix, okay ? Si tu me coinces un jour pendant ta ronde, libre à toi de m'enlever des points. Personnellement, je préférerais pouvoir parler avec mon frère, pas avoir l'impression de me faire sauter dessus et remonter les bretelles toutes les cinq minutes. Pourquoi tu n'aimes pas Adrian ? Il est sympa ! »
Bill fronça les sourcils mais finit par lui tendre la main.
« Allez, tu as raison, viens, j'aimerais que mon petit frère me raconte un peu ce qui s'est passé avec son premier petit ami. Enfin, s'il le veut, bien sûr. »
Charlie sourit. Ils s'installèrent tous les deux sur le canapé en face de la cheminée. Collé contre son frère, Charlie lui expliqua alors tout. Depuis que Adrian lui avait proposé de l'aide dans la bibliothèque, jusqu'à ce soir, dans la salle de potion. Bill sourit souvent, mais il ne put s'empêcher de se montrer un peu inquiet à la fin du récit.
« Tu sais, je n'ai rien contre Adrian. C'est plutôt un type bien et il n'a pas d'histoires scabreuses aux fesses, cependant... »
« Comment ça, pas d'histoires scabreuses ? Bill, tu n'as quand même pas enquêté sur lui ? »
« Bien sûr que si, qu'est-ce que tu crois ? Un type drague ouvertement mon petit frère sous mon nez, tu ne penses quand même pas que je vais le laisser faire sans me renseigner d'abord sur lui, non ? » Charlie explosa de rire en secouant sa tête. « Bref, là n'est pas la question de toute façon. Comme je le disais, Adrian est un type bien, c'est pas le problème. »
« Alors c'est quoi le problème ? »
« Il a dix-huit ans. Et toi seize. Charlie, tu dois comprendre qu'à cet âge là, il est fort possible qu'Adrian finisse par vouloir plus que de simples baisers. »
« Bill ! On commence juste à sortir ensemble ! Tu penses pas que tu vas un peu vite là ? »
« Lancey a rompu avec Émilie parce qu'elle ne voulait pas coucher avec lui. Contrairement à Lisa qui a accepté au bout de quatre jours, » répondit lugubrement Bill.
Charlie prit la nouvelle comme on reçoit un coup de poing dans le ventre.
« Si Adrian me demande de coucher avec lui au bout de quatre jours, la réponse sera non, je te le garantie. »
Bill passa son bras par dessus les épaules de son frère. Ce dernier, pelotonné contre son aîné, regardait les flammes qui dansaient devant eux.
« Bill ? »
« Oui ? »
« Tu as déjà, je veux dire, tu as déjà, avec une fille ? »
« Non, je n'ai pas encore fait l'amour avec une fille. J'ai pas envie de le faire juste parce que d'autres l'ont fait. Tu te souviens de ce que nous avait dit papa, lors de la fameuse ''discussion'' »
Charlie se mit à pouffer. Comment oublier ce moment ?
« Eh bien tu vois, papa avait raison. Moi j'ai envie de faire l'amour avec une fille que j'aimerai vraiment et qui m'aimera aussi pour de bon. J'ai envie que ce soit un moment spécial. Jusqu'à présent, j'ai pas trouvé une fille que j'aime suffisamment. Qui me fasse fantasmer, ça oui, mais aimer, non. »
« Même Lea ? »
« Je verrai, ça ne fait pas assez longtemps qu'on sort ensemble. »
Le silence se réinstalla entre eux que Charlie finit par briser.
« Lea a quinze ans et toi dans quelques jours tu en auras dix-huit aussi. Comme Adrian. Pourtant, si tu l'aimes, tu lui demanderas ? »
« Je ne sais pas, Charlie. Je ne pense pas que ça marche comme ça. J'en sais rien. Si je l'aime suffisamment peut-être qu'un jour, dans le feu de l'action... Je ne sais pas. Et si elle ne veut pas, je ne la forcerai pas, je ne lui ferai pas de chantage et je ne romprai pas non plus à cause de ça. »
« Adrian m'a promis de ne jamais me forcer, lui non plus. Bill, c'est parce que je suis gay que tu es aussi protecteur ? J'ai l'impression que si je sortais avec une fille, tu n'aurais pas agi de cette façon et l'on ne serait pas en train d'avoir cette discussion. »
« Sans doute pas la même, non. Tu as peut-être raison, Charlie. Mais je suis un mec, je sais bien ce que beaucoup ont dans la tête. Alors... Si tu sortais avec une fille, je pense que je t'aurais rappelé la deuxième conversation de papa, au sujet des sorts de protection et de contraception. Mais là, à part ceux de protection, tu ne risques pas grand chose. Et puis... »
Bill parut un peu gêné.
« Et puis tu penses que ce sera à Adrian de les prononcer, pas vrai. »
« Je... je sais pas, Charlie. En fait, j'ai pas vraiment envie de t'imaginer en train de faire, euh, ça, avec Adrian. Ou avec n'importe quel autre type, d'ailleurs. Tu es mon frère, tu es forcément asexué pour moi ! »
« Pareil, » rigola Charlie.
« Écoute, sois juste prudent, d'accord ? Et ne te force jamais, c'est tout ce que je te demande. Et si jamais il te manque de respect ou... »
« Je sais, je sais, tu lui casses la gueule. »
« Exactement ! »
« T'inquiète pas, Bill, je suis un grand garçon. »
Le préfet de Gryffondor ébouriffa les cheveux de son jeune frère.
« Bon allez, on va se coucher, il est super tard. »
Ils se levèrent et se dirigèrent chacun vers leur dortoir respectif.
« Charlie ? »
« Oui ? »
« Je suis content pour toi. Profites-en. C'est bien d'avoir un copain et d'avoir le béguin. »
Le plus jeune sourit à son aîné puis rentra dans sa chambre.
... ... ...
À suivre
... ... ...
