NDA : un chapitre que beaucoup attendaient pour des raisons différentes mais qui apporte des réponses à vos questions. Est-ce qu'elles vous conviendront, ça, j'ai des doutes. En tout cas, chapitre qui revoit la famille Weasley au grand complet ou presque. Bonne lecture !
Charlie
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1989 – 1991 : Les années Poudlard
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Sixième et septième année
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Partie 1 – Tu deviens un homme, mon fils
Septembre 1989
Entouré de ses amis, Charlie riait aux éclats dans le Poudlard Express. Une nouvelle année commençait, elle aussi remplie de promesses. Brett à ses côtés semblait vaguement songeur. Charlie savait pourquoi puisque le jeune blond et lui n'avaient cessé de correspondre pendant les deux mois d'été.
« Alors, pas trop dur de quitter ta chérie ? » fit Charlie en le poussant du coude.
« Oh que si. Bon sang, j'ai passé la meilleure nuit de ma vie. Je pense que tu vois de quoi je veux parler. »
« Je vois assez, oui, » répondit le rouquin en déballant une chocogrenouille.
Il avait déjà avalé les deux sandwichs que lui avait préparés sa mère et s'était offert quelques friandises. Après tout, il le pouvait, le professeur Brûlopot l'ayant rémunéré pour son travail avec lui durant l'été.
Brett planta ses yeux clairs dans ceux de Charlie et se pencha vers lui pour lui parler à l'oreille à voix basse.
« Dis, je voulais savoir, enfin, pas vraiment savoir, mais... Avec Adrian, quand tu le fais, tu fais la fille ou le garçon ? »
Charlie manqua s'étouffer avec son chocolat et dévisagea son ami avec des yeux ronds. Eh bien, si on lui avait dit il y avait de cela quelques mois que Brett lui poserait cette question, il n'y aurait jamais cru !
« Brett, quoi que je fasse avec Adrian, je suis et je reste un mec. »
« Je sais, je sais. Enfin, tu comprends avec Jenny, à un moment je me suis demandé... C'est pas grave, laisse tomber. Mais bon, on doit être les deux seuls à ne plus être puceaux dans notre promo et... » le garçon rougit un peu.
« Et tu voulais peut-être que l'on compare nos expériences ? » supposa Charlie en riant. « Désolé, mais elles ne sont pas vraiment les mêmes. »
Le rouquin sourit mais n'en dit pas plus. La veille encore, après une dernière visite à la réserve Galloise, il avait rejoint Adrian chez lui. Ils avaient fait l'amour pendant deux heures. Charlie ferma les yeux en se rappelant les mouvements de son amant en lui et sur sa verge tendue. Ils s'étaient quittés, émus, au Chaudron Baveur, où Charlie devant prendre la cheminée pour rentrer chez lui. Le brun l'avait embrassé en lui faisant promettre de ne pas l'oublier et de lui écrire souvent. Il avait ensuite fait de même tout en lui caressant ses mèches rousses, jurant que les quatre mois qui allaient venir sans lui seraient les plus longs de sa vie.
... ... ...
« Weasley, Frederic, » appela McGonagall.
Le petit rouquin avança d'un pas assuré jusque vers le tabouret. Il s'y assit et fit un clin d'œil à ses frères. Charlie répondit de la main tout en croisant les doigts. Le Choixpeau tomba sur son front et après quelques secondes de silence, sa voix s'éleva.
« Gryffondor ! »
Les Lions rugirent en cœur, Charlie se leva pour applaudir son frère et siffler, deux doigts dans la bouche. Fred s'assit à la table des Rouge et Or, un immense sourire aux lèvres.
« Weasley, George, » annonça ensuite le professeur.
Cette fois, le jeune rouquin semblait un peu plus pâle et ne fit qu'un vague geste vers la table où trois autres Weasley attendaient. La encore, le Choixpeau s'enfonça jusqu'aux oreilles.
« Gryffondor ! » hurla-t-il sans hésitation.
De nouveau, les hourras s'élevèrent à la table des Rouge et Or, Charlie et ses amis plus fort que les autres. Le jeune rouquin sauta à pieds joints sur le banc pour applaudir et siffler, puis alla embrasser ses deux plus jeunes frères. Il s'attira quelques regards désapprobateurs mais s'en moqua royalement. D'accord, il avait été nommé nouveau préfet de Gryffondor, son frère n'étant plus là, mais il n'avait jamais dit qu'il serait un préfet aussi exemplaire que Bill. Et surtout, il ne voulait absolument pas être nommé préfet-en-chef l'année prochaine, n'en déplaise à sa mère.
Cette dernière avait manqué s'étouffer de bonheur quand Charlie, abasourdi, avait retiré non seulement l'insigne de capitaine de l'équipe de Quiddith mais aussi celle de préfet. Alors que sa mère criait sa joie et le couvrait de baisers, Charlie, lui, avait gémi intérieurement. Oh Merlin, préfet. Capitaine lui suffisait amplement ! Son année serait beaucoup moins tranquille qu'il ne l'avait espéré. Certes, il avait largement réduit les matières à étudier, mais quand même. Autant gérer son équipe lui plaisait plus que tout et il s'épanouissait en tant que capitaine, autant devoir jouer le garde-chiourme de sa maison ne l'enchantait pas du tout.
Il avait maudis intérieurement Dumbledore tandis que Percy bavait presque devant l'insigne et que Molly lui demandait ce qu'il voulait comme cadeau.
Néanmoins, il était un jeune homme responsable et consciencieux. Alors, sitôt le repas terminé, il se leva en adjoignant les première année à le suivre pour les conduire à leur salle commune et dortoirs.
Il leur expliqua ensuite le fonctionnement de leur maison, de Poudlard et répondit aux nombreuses questions. Il se retrouva même à devoir moucher le nez d'une jeune blondinette particulièrement émotive. Mais cela ne le dérangea pas. Après tout, il avait l'habitude et elle lui rappelait un peu Ginny. Sa petite sœur lui manquait, comme à chaque fois qu'il quittait la maison pour faire la rentrée. La première semaine, ses pensées étaient toujours tournées vers celles et ceux qu'il avait laissés.
Charlie retrouva ensuite avec plaisir, d'abord ses camarades de dortoir, puis ses professeurs et Hagrid. Il ne sauta cependant pas de bonheur en retrouvant l'austère professeur Snape, d'autant qu'il était le seul Gryffondor à poursuivre cette matière. Il s'assit donc en compagnie de Dora qui avait elle aussi réussi l'exploit d'avoir un optimal en potion. Elle était également la seule de sa maison. Il n'y avait ensuite que deux Serdaigle et deux Serpentard, ce qui faisait de la classe de Potions de sixième année la plus restreinte de leur promotion. Nul doute que même la classe de cette folle de Trelawney devait être plus fournie.
... ... ...
Décembre 1989
Les hiboux volaient gracieusement au-dessus de leur tête. Charlie sursauta alors qu'Errol s'effondrait lamentablement dans son bol de thé.
« Merde ! Mais c'est pas vrai ! » râla aussitôt le préfet, son pull trempé.
Il agita rapidement sa baguette afin de se nettoyer et se sécher. Un grand sourire barra aussitôt son visage. Ce geste, il pouvait désormais le faire où et quand il le voulait. Il avait dix-sept ans, il était majeur.
Ses camarades de chambre, amis et son équipe de Quidditch l'avaient déjà félicité pour son anniversaire.
Le rouquin détacha immédiatement le colis de la patte du vieux hibou, pendant que celui-ci dévorait un morceau de saucisse. Charlie lut rapidement la lettre de ses parents, sourit aux petits mots que lui avaient laissés Ron et Ginny, puis ouvrit son paquet.
La montre à gousset en or lui fit un étrange nœud à l'estomac. C'était une tradition bien sûr, chaque sorcier recevait une montre pour son anniversaire de majorité. Pourtant, Charlie doutait fortement que ses parents aient les moyens de lui en offrir une, d'autant plus dans ce métal précieux. En la regardant de plus près, il comprit. À l'arrière de la montre, l'inscription G. Prewett était gravée. Charlie embrassa l'objet avant de le glisser dans la poche de son pantalon.
Il étudia le ciel magique de la Grande Salle, à la recherche d'un autre rapace. Mais rien ne vint. Déçu, le jeune homme finit son déjeuner en silence. Pourquoi Adrian ne lui avait rien envoyé ?
Heureusement, le lendemain matin une chouette effraie se posta devant lui. Charlie retint un petit rire dubitatif en ouvrant le paquet. Encore un livre. Décidément, son ancien Serdaigle de petit ami n'avait pas beaucoup d'imagination quand il s'agissait de faire un présent. Charlie rangea son nouveau bien dans son sac et parcourut une deuxième fois la lettre d'Adrian. Il avait vraiment hâte que les vacances de Noël arrivent. Ils devaient se revoir, il ne savait pas encore exactement comment, où et quand, mais ils se reverraient. Cela faisait des mois que Charlie attendait ce moment.
... ... ...
Comme chaque année, les derniers jours avant le début des vacances scolaires de Noël n'étaient pas beau à voir. Les étudiants, surexcités, étaient incontrôlables. Le professeur Snape claqua même la porte de la grande salle au bout de cinq minutes, sans finir son petit-déjeuner. Les élèves huèrent sa sortie, sans que quiconque ne puisse les retenir.
Dans tout ce tumulte, l'esprit concentré sur ses valises, Charlie ne comprit pas tout de suite que le grand duc devant lui attendait, avec de moins en moins de patience, qu'il daigne lui retirer la lettre qu'il avait à la patte.
Surpris, le rouquin enleva la missive tout en donnant un gros morceau de lard à la bestiole, lui grattant délicatement les plumes du crâne par la même occasion pour se faire pardonner.
Il reconnut tout de suite l'écriture de son amant. Étonnant qu'il lui écrive aujourd'hui, pensa Charlie. Mais son visage perdit toutes ses couleurs alors que ses yeux bleus découvrait la lettre. Charlie n'entendait plus rien, car rien d'autre ne comptait que ces mots, qu'il refusait de croire et que pourtant son cerveau déchiffrait.
« Charlie, ça va ? » demanda Brett.
« Je... » commença Charlie.
Il s'arrêta brutalement. Non, il ne pouvait même plus parler. Parce que s'il ouvrait encore la bouche, il se mettrait sûrement à pleurer.
Devant ses amis et ses frères qui le regardaient de loin, le préfet de la maison Gryffondor se leva précipitamment pour quitter la Grande Salle, quelques minutes seulement après son professeur de Potions.
... ... ...
Noël 1989
Charlie entra dans sa chambre du Terrier, mais il s'arrêta net alors qu'il les vit, deux jeunes rouquins, les mains dans le tiroir de sa table de chevet.
NON ! Hurla son cerveau alors que les jumeaux sursautaient et se redressaient, George tenant dans sa main la photo. Charlie se sentit pâlir et son cœur rata plusieurs battements.
NON ! Hurla de nouveau sa tête. Ils n'avaient pas le droit, c'était sa chambre, sa vie, son amant, son amour brisé. Ils n'avaient pas le droit de lui voler ça. Il serra ses mains en deux poings et poussa un rugissement qui fit réagir ses jeunes frères, les sortant de leur léthargie. Ils partirent chacun d'un côté, réussissant de cette façon à se faufiler entre les murs et leur aîné en furie. Charlie se retourna après avoir jeté un bref regard à sa table de chevet dont le tiroir était encore grand ouvert.
Il se mit à courir, dévala les escaliers en criant les prénoms des jumeaux, assorti d'un couplet d'insultes. Il sauta littéralement de l'escalier et bondit sur George, qui tenait toujours la photo entre ses doigts.
« Rends-la moi, sale connard ! » hurla-t-il.
George leva des yeux effrayés sur son aîné, tétanisé par la colère qui semblait consumer son frère d'ordinairement calme et doux. Il n'eut pas le temps de faire quoi que ce soit qu'une main s'abattait sur sa joue.
« Rends-la moi ! »
« Charlie, lâche-le ! » cria Fred en se jetant au cou de Charlie pour aider son jumeau.
Ce n'était pas une chose à faire. Charlie, le repoussa violemment d'une main, le garçon ne faisant pas le poids face au robuste jeune adulte. Fred vola plusieurs mètres en arrière et se cogna contre le mur. Charlie se redressa, prenant avec fureur la photo que lui tendait George en tremblant.
En baissant les yeux vers elle, Charlie sentit son cœur se fissurer un peu plus. Elle avait été déchirée et froissée. Il pouvait encore se voir, dans les bras d'Adrian, en train de rire et de se sourire mais leurs visages étaient désormais tordus.
Il ferma les yeux, mit la photo dans la poche de son pantalon en gardant les poings serrés. Quand il ouvrit ses perles bleues, celles-si étaient si foncées et reflétaient tant de colère que George se releva précipitamment, il aida son jumeau à faire de même puis se collèrent ensuite l'un contre l'autre, terrorisés.
« Je vais vous massacrer, espèce de petits connards ! » hurla enfin Charlie en s'avançant vers eux.
Les jumeaux se mirent à crier en levant les bras. Mais ils furent interrompus par la voix furieuse de Molly qui se plaça entre eux et un Charlie hors de lui. Le reste de la fratrie se tenait, effaré, devant la porte de la cuisine, Arthur derrière eux, le regard éberlué par ce qu'il voyait.
« Charlie Weasley ! » s'écria enfin Molly. « Je t'interdit de parler de cette façon et de t'en prendre ainsi à tes jeunes frères ! Tu devrais avoir honte, comment oses-tu t'adre...
Elle ne put finir sa phrase car Charlie cria plus fort qu'elle, véritable exploit en soi.
« Honte de moi ? Non ! Ces salauds n'ont pas à venir dans ma chambre ! C'EST MA VIE, MA VIE ! » hurla-t-il, les joues rouges de colère.
« JE T'INTERDIS DE ME PARLER SUR CE TON, JEUNE HOMME ! TU SERAS PUNI ! POUR QUI TE PRENDS-TU ?! QUOI QU'ILS AIENT PU FAIRE, TU N'AS PAS À PROFÉRER DES INJURES DANS CETTE MAISON NI À LEVER LA VOIX ET ENCORE MOINS LA MAIN SUR EUX ! » explosa Molly.
« ILS N'ONT PAS LE DROIT DE VOLER MES AFFAIRES ! MAIS ÇA BIEN SUR, TU T'EN FOUS ! IL NE FAUT SURTOUT PAS QU'ON S'EN PRENNE À TES PETITS CHÉRIS, HEIN ? MAIS JE HURLERAI SI JE VEUX ET JE DIRAI CE QUE JE VEUX ! JE SUIS MAJEUR ET J'EN AI PLEIN LE CUL ! »
« MAJEUR OU PAS TU ES CHEZ MOI ET FERAS CE QUE JE DIS ! » beugla à son tour la matriarche.
Molly s'avança vers lui et lui colla une gifle retentissante qui fit sursauter les autres personnes présentes.
Le visage de Charlie partit en arrière et sur la droite sous la violence de l'impact. Quand il redressa la tête, sa lèvre saignait et le regard qu'il lança à sa mère la choqua. Il parla alors, d'une voix froide qui lui était totalement étrangère.
« Ah pour ça, tu es très forte, maman. Me donner des claques, ça tu sais faire. Combien en as-tu donner à Bill ? Ou Percy ? Ou à ces deux fouines que tu protèges si bien ? Mais moi, pas de problèmes, hein ? T'en fais pas va, je sais bien que je suis chez toi. Mais je le resterai pas encore longtemps, t'inquiète pas. Dès que je peux, je fais comme Bill et je me casse, comme ça, je te dérangerai plus. Parce que le plus important, c'est que je ne dise pas de grossièretés, hein, maman. Mais que tes précieux jumeaux fassent ce qu'ils veulent, où est le problème, pas vrai ? Ils sont si drôles, si rigolos, qu'est-ce que ça peut faire ? Et Bill est si parfait, Percy si intelligent. Quant à ta petite princesse, rien n'est trop beau pour elle. Ne reste que les deux vilains petits canards, Ron qui n'a rien de particulier et moi, moi que tu n'as jamais pu que supporter ! »
« Charlie ! » s'exclama Molly, meurtrie dans son âme par les mots de son fils.
« Non ! Je me tairai pas si c'est ça que tu veux ! J'en ai rien à foutre de toute façon, rien, tu m'entends ! Plus rien ! Plus rien à foutre de devoir être le grand frère parfait, le modèle à suivre, rien à foutre de devoir jouer le fils qui doit toujours comprendre. Je veux vivre ! VIVRE ! »
« CHARLIE ! » tonna alors la voix d'Arthur.
Le jeune homme se figea et ses yeux clignèrent, comme s'il revenait enfin à lui. Ses poings se desserrèrent et tous purent voir, alors qu'il ouvrait ses paumes, qu'elles saignaient, les traces de ses ongles mangeant la peau. Charlie leva un regard perdu vers son père. Il n'avait élevé la voix sur son fils qu'une seule fois mais celui-ci s'en souvenait encore. C'était un matin de Noël, parce qu'il avait crié sur Bill. Il n'était qu'un petit garçon à l'époque. Pas un adulte. Charlie se sentit pourtant redevenir cet enfant, sauf que Bill n'était plus là. Il fut d'un coup effrayé par tout ce qu'il venait de dire. Mais qu'est-ce qu'il lui arrivait ?
Il regarda tour à tour sa mère, qui pour une fois semblait sans voix et terriblement blessée, George et Fred, toujours dans les bras l'un de l'autre, tremblants et les yeux brillants, Percy, stupéfait, Ginny, visiblement terrifiée par les cris qu'elle venait d'entendre, Ron, la bouche bée et son père... Son père qui avait l'air en colère et déçu.
Charlie prit ce regard de plein fouet et son cœur déjà bien malmené explosa. Il avait hurlé sur sa mère, proféré des insultes à ses frères, les avait frappés et s'était mis toute sa famille à dos. Alors que c'était ce qu'il avait de plus précieux au monde.
« Je... Je suis désolé, pardon, » bredouilla-t-il d'une voix incertaine.
Puis, incapable de supporter davantage leurs regards emplis de peine ou de désapprobation, il tourna les talons et gravit les escaliers. Il allait partir, il ne pouvait pas rester. Il alla là où son cœur en miettes lui dicta, vers celui qui lui manquait plus que tout en cet instant.
Son départ précipité sembla réveiller tout le reste de la famille de rouquins qui se regarda, interdite.
« Arthur, il est allé trop loin. Pas devant les petits. Je ne pouvais pas l'accepter, » fit Molly d'une voix blanche.
Le patriarche hocha la tête.
« Allez dans la cuisine. Aidez votre mère à finir le repas et mettez la table, » ordonna-t-il à ses enfants. Aucun d'entre eux ne songea à émettre une seule objection. « Fred, George, je ne sais pas ce que vous avez encore fait, mais nous en discuterons également. »
Les deux concernés acquiescèrent en silence et passèrent devant leur père pour rejoindre la cuisine.
Arthur s'approcha de son épouse qui trouva refuge dans ses bras.
« Arthur, tu te rends compte de ce qu'il a dit ? » murmura Molly encore interdite par les paroles dures de son fils à son encontre.
« Je vais aller lui parler. Ne t'en fais pas, ma chérie. »
Il lui embrassa le front et monta les escaliers lui aussi. Charlie n'était pas dans son état normal, c'était certain. Le père de famille ne pouvait que soutenir son épouse car le jeune homme n'avait pas à se comporter de cette façon. Néanmoins, son cœur de père lui reprochait de n'avoir rien fait depuis l'arrivée de ses enfants à la maison le matin-même. Il était tellement évident que Charlie allait mal ! Et lui, il n'avait pas bougé une oreille.
Il toqua à la porte de son fils et attendit. N'entendant rien, il finit par ouvrir la porte pour découvrir la chambre vide. Il stoppa net. Où était Charlie ? Une sueur froide coula le long de son dos. Le gamin n'avait quand même pas mis ses menaces à exécution et était parti ? Il se précipita dans la pièce pour s'assurer que son sac était toujours là, ce qui était le cas. Un peu rassuré, Arthur sortit de la chambre en refermant la porte doucement derrière lui. Mais où était Charlie ? La réponse à cette question se fit dans sa tête alors qu'il approchait de la porte de la chambre de son premier fils.
Cette fois, il entra sans frapper. La tête rousse de Charlie dépassait du lit de Bill. Le garçon était assis par terre, dos à lui, collé contre le lit de son frère. En approchant doucement de son enfant, Arthur constata qu'il avait pris ses genoux contre son torse, serrés entre ses bras et avec la tête posée dessus. Aux tremblements des épaules désormais larges, il n'eut aucun doute sur le fait que Charlie pleurait. De sourds reniflements se firent entendre, confirmant sa pensée.
La colère qui lui restait s'évanouit. Il avait déjà vu Charlie ainsi, après une autre gifle de Molly qui n'avait pas été vraiment méritée cette fois-ci. L'inquiétude l'engloba tout entier. Charlie allait encore plus mal qu'il le pensait.
« Charlie ? » demanda doucement Arthur en s'asseyant à côté du jeune homme.
Des petits sanglots s'échappaient du corps recroquevillé, puis la voix faible de Charlie s'éleva.
« Laisse-moi, papa, s'il te plaît. Je peux pas. »
« Charlie, je ne partirai pas, alors regarde moi, s'il te plaît. »
Pourtant, le sixième année ne bougea pas.
« Charlie, mon cœur, mon amour. Regarde papa, s'il te plaît. »
Arthur avait parfaitement conscience de lui parler comme à un petit enfant mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Son fils avait mal, c'était insupportable. Il posa sa main sur son épaule et attendit.
Lentement, le visage de Charlie apparut. Puis il le tourna vers celui de son père. Ce dernier fut choqué par le désespoir qu'il lut dans les prunelles blessées. Il se sentit mal devant la détresse de son petit. Charlie, son bébé-sourire, celui qui riait toujours, ne souriait ni ne riait plus. Arthur ouvrit ses bras et son bébé se jeta dedans, en larmes.
Le père de famille le berça, caressant ses cheveux tout en lui disant des mots d'amour. Et des questions. « Pourquoi Charlie ? Qu'est-ce qui t'arrive ? »
Ses yeux avisa alors une photographie sur le sol. Il tendit l'un des ses bras, l'autre maintenant fermement le corps de son garçon contre lui. La photo était abîmée, toutefois, il reconnut sans problème son fils dessus, dans les bras d'un autre jeune homme, brun et un peu plus grand. Celui qui n'était pas son fils se pencha vers son enfant pour lui faire un léger bécot sur les lèvres. Le père de famille fut brusquement gêné, comme s'il avait surpris un moment d'intimité. Mais alors Arthur comprit. Il comprit ce que les jumeaux avaient pris dans la chambre de son cadet ainsi que la véritable raison du chagrin de son fils.
« Adrian ? » demanda Arthur d'une voix douce. Les sanglots, qui s'étaient un peu calmés reprirent de plus belle et Arthur sut qu'il ne s'était pas trompé. « Que s'est-il passé, mon chéri ? »
Charlie finit pas redresser son corps et sa tête du torse de son père, puis il bafouilla entre deux hoquets misérables.
« J'ai reçu une lettre, hier matin. Il m'a laissé tomber, papa, il a rompu. Il disait, il disait qu'il m'aimait et qu'on se reverrait pendant les vacances. Mais il m'a menti. Il m'a pas attendu, il m'a trompé, papa, ça fait plus d'un mois qu'il me trompe avec un autre étudiant, plus âgé. Il m'a dit qu'il m'aimait mais c'était pas vrai... »
Arthur caressa les joues trempées de larmes. Elles avaient perdu leurs rondeurs enfantines. Charlie avait beaucoup changé depuis l'été. Il avait grandi et entre son travail avec Brûlopot et le Quidditch, son corps s'était fait plus trapu, musculeux. Ses traits, déjà moins fins que ceux de Bill, s'étaient encore durcis, se faisant adultes. Mais Arthur le trouvait toujours aussi beau.
« Si ce garçon t'a laissé tombé, c'est qu'il ne te mérite pas, mon ange. Il n'a pas voulu attendre, c'est tant pis pour lui car à cause de son impatience, il a raté un trésor fabuleux. Il est avec un étudiant plus âgé mais cela ne veut pas dire qu'il est mieux que toi, juste qu'il lui donne peut-être une chose qu'il n'a pas pu obtenir de toi. C'est une preuve de plus qu'il ne te méritait pas. »
La dernière phrase d'Arthur n'eut pas l'effet escompté. Charlie détourna ses outremer tout en fondant une nouvelle fois en larmes. Son fils avait peut-être le corps d'un homme et en prenait les traits, mais il avait encore une âme d'enfant en cet instant. Une âme profondément meurtrie.
« Je l'aimais, papa. Je l'aimais vraiment. J'ai cru... » Charlie leva les yeux sur son père. Une fois encore, Arthur eut mal rien qu'en les étudiant. « J'ai cru qu'il était sincère. Je suis désolé, papa, si désolé, je te demande pardon. »
« Mais de quoi donc ? » s'étonna Arthur ne comprenant plus rien.
« J'ai cru qu'il m'aimait aussi, autant que moi. Que lui et moi, c'était comme pour maman et toi. Je te demande pardon, » répéta Charlie en se cachant de nouveau dans ses bras.
Une nouvelle fois, une lumière de compréhension frappa Arthur. Et il comprit encore plus la détresse et le chagrin de son fils. Cet Adrian avait déjà pris ce qu'il voulait de son enfant. Le père de famille referma ses bras sur le dos de Charlie et le caressa doucement. Il allait devoir modifier son discours pour ne pas blesser encore plus le pauvre cœur qui battait dans la poitrine de son fils chéri.
« Mon cœur... Tu l'aimais. Je comprends, mon bébé. Dis-moi juste, est-ce qu'il t'a blessé ou forcé ? Je ne te jugerai pas, fils. Tu l'aimais et tu étais sincère avec lui, je le sais. »
La tête rousse bougea de droite à gauche contre lui, lui donnant sa réponse. Puis la voix étouffée de Charlie lui parvint.
« Je ne veux plus jamais aimer, plus jamais ! »
« Charlie, » répondit-il, une main toujours sur son dos et l'autre sur ses cheveux. « Ne dis pas ça. L'amour est une chose merveilleuse et magique. Adrian est jeune et toi aussi. Vous vous êtes trompés, cela arrive à tout le monde. Tu as cru que c'était l'homme de ta vie, il n'y a pas de honte à avoir pour ça. Moi, je te souhaite de tomber encore amoureux, mon cœur, parce que c'est ça qui te fait avancer dans la vie. Vous êtes restés plus d'un an ensemble, toi et Adrian. À vos âges, c'est déjà beaucoup. Alors pourquoi doutes-tu des sentiments qu'il te portait ? Oui, ce qu'il a fait avec toi aujourd'hui est minable et si ce garçon était en face de moi, je lui expliquerais clairement ma façon de penser. Mais ce n'est pas parce qu'il n'a pas eu la force et la volonté de t'attendre que cela veux dire qu'il ne t'aimait pas. Cela montre simplement qu'il est faible et qu'il ne te mérite pas. C'est tout. Vous n'avez pas... » Seigneur que c'était dur pour un père de demander ça à son enfant. « Vous n'avez pas fait l'amour juste avant qu'il ne parte à l'école des potionnistes, non ? »
« Non, » souffla Charlie, le nez toujours dans son pull. « La première fois, c'était à Poudlard, pendant les vacances de Pâques. Et cet été, je suis allé chez lui aussi, souvent. »
Arthur se retint de soupirer devant l'aveu de son fils. Bon, a priori, Charlie avait eu une activité sexuelle plutôt soutenue. Y compris pendant l'été alors qu'il le pensait en train de travailler avec son professeur. Merlin, en tant qu'aimant papa de son enfant chéri, il détestait entendre cela mais en même temps, ça l'arrangeait pour son discours à venir.
« Alors tu vois, mon bébé. Il était certainement sincère avec toi. Je pense que ce garçon manque terriblement de maturité mais je suis persuadé qu'il t'aimait. » Il força Charlie à le décoller et il le regarda avec tout son amour. « Comment aurait-il pu ne pas tomber amoureux de toi, de toute façon ? C'est impossible. »
Les yeux bleus de Charlie eurent une petite pointe de lumière. Le garçon s'humecta les lèvres puis se confia à son père.
« Dans sa lettre, il disait qu'il m'avait aimé, mais qu'il était tombé amoureux d'un autre. Parce que j'étais trop loin de lui. Qu'il ne pouvait pas vivre un amour à distance et que deux ans à attendre que j'ai fini mes études, c'était trop long. Qu'en plus, je ne lui avais pas dit si j'étais prêt à aller à la réserve du Pays de Galles plutôt qu'en Roumanie. » Le visage de Charlie s'affaissa un peu. « J'ai brûlé sa lettre papa, et toutes les autres. Et aussi le livre qu'il m'avait offert pour mon anniversaire, parce qu'il était déjà avec l'autre à ce moment-là. J'ai plus rien de lui, plus rien à part cette photo, et les jumeaux... » Il ne put finir sa phrase et retrouva la chaleur et la protection du pull d'Arthur.
« Je comprends, mon chéri, je comprends. Mais tu vois, cela confirme ce que je te disais. Ce garçon t'aimait, Charlie. C'est juste qu'il n'est pas prêt à vivre une vraie histoire d'amour et qu'il n'est pas mûr. Du tout. »
Le patriarche pensa aussi à beaucoup d'autres choses concernant l'enfoiré qui avait ravi la virginité de son enfant, piétiné son innocence et massacré son cœur, mais il ne dit rien. Pour ne pas blesser celui-ci.
« Charlie, vous avez passés de bons moments ensemble, n'est-ce pas ? Alors c'est ça qu'il te reste de lui, pas simplement cette photo. Aujourd'hui, cela te fait mal et c'est normal : Adrian était ton premier amour. Mais ne salis pas ces beaux moments, c'est inutile et destructeur. Un jour, tu pourras t'en souvenir sans amertume, sans douleur. Garde-les pour ce qu'ils sont : de beaux souvenirs. Et ensuite, mon bébé, tu retomberas amoureux, d'un homme bien, d'un homme que tu rendras heureux et qui te rendra heureux. C'est ce que je te souhaite. Ne deviens pas aigri à cause d'Adrian. Cela n'en vaut pas la peine. »
Arthur se tut, gardant Charlie un long moment contre lui, à le bercer et le cajoler. Enfin, ils se détachèrent.
« Je suis désolé, papa, pour tout ce que j'ai dit tout à l'heure. »
« On en parlera avec ta mère plus tard, d'accord ? Est-ce que tu veux venir manger ? »
Sans surprise, le garçon secoua sa tête rousse.
« Je peux rester ici ? Je voudrais dormir dans la chambre de Bill. »
« Je pense que Bill serait d'accord pour que tu restes ici, j'en suis même sûr. Repose-toi, mon chéri. »
Arthur embrassa le front de son fils qui s'était allongé sur le lit de son aîné. Il avait déjà fermé les yeux et tenait la photo dans une main.
« Je t'aime, mon garçon, et je suis fier de toi. »
Charlie ouvrit les yeux, un peu surpris.
« Vraiment ? Même après tout ce que j'ai fait ? »
« Oui, vraiment. Tu deviens un homme, mon fils. »
Il l'embrassa encore et sortit de la pièce en refermant la porte derrière lui.
Quand Arthur entra dans la cuisine, toutes les têtes rousses de ses enfants se tournèrent vers lui. Ils étaient attablés, sauf Molly, debout, qui se retourna, une marmite pleine de soupe dans les mains. Elle posa la marmite et d'un coup de baguette, la cuillère plongea dans le liquide chaud puis s'éleva dans les airs pour remplir les différentes assiettes posées sur la table.
Arthur s'assit parmi eux, dans un silence pesant. Ron, le seul qui ne semblait pas être particulièrement affecté par la situation, commença à engouffrer sa soupe qu'il avait copieusement améliorée avec de gros morceaux de pain.
« Où est Charlie ? » demanda Molly prudemment dans le silence seulement troublé par les bruits de déglutition de Ron.
« Dans la chambre de Bill, » répondit Arthur avant de plonger ses yeux dans le regard identique de Fred et George. « Les premiers qui osent le déranger auront personnellement affaire avec moi. »
Les jumeaux plongèrent leur nez dans leur assiette.
« Il ne vient pas manger ? » s'enquit Molly.
« Non. »
Le reste de la famille commença à dîner. Quand tous eurent fini leur assiette, Arthur regarda chacun de ses enfants autour de la table. Ceux-ci, sentant que leur père allait parler, se tinrent sagement. Un exploit chez les Weasley.
« Bien. Je sais que vous vous demandez ce qui s'est passé avec Charlie tout à l'heure. »
« Pourquoi il a crié après maman et les garçons ? » demanda Ginny de sa petite voix haut perchée.
« Fred, George, » continua Arthur comme s'il n'avait pas été interrompu par sa fille unique. « Je sais ce qui s'est passé là-haut. Maintenant, je veux que vous m'expliquiez pourquoi vous avez ça. »
Les deux compères concernés se ratatinèrent sur leur chaise alors que Molly les regardait, elle aussi. Contrairement à son époux, elle ne savait pas du tout ce qui s'était passé et avait hâte de le découvrir.
« Eh bien » commença George. « Charlie est vraiment bizarre depuis quelques temps... »
« En fait, depuis le courrier de vendredi... » continua Fred.
« Et comme on savait qu'il était content de revenir parce qu'il voulait voir Adrian... »
« On s'est dit que peut-être c'était lié, surtout que le hibou n'était pas de l'école et c'était pas Errol non plus. »
« Mais il a rien voulu nous dire ! » s'exclamèrent les jumeaux en cœur.
« On se demande bien pourquoi ! Vous êtes toujours à mettre votre nez partout et ensuite vous essayez de nous faire chanter ! » fit Percy en prenant un ton autoritaire.
Fred et George lui jetèrent un regard noir.
« Et ensuite ? » fit Arthur.
« Il avait toujours un papier dans sa main, ou sa poche, qu'il regarde tout le temps... » dit George.
« Même dans le train ! » précisa Fred.
« Alors tout à l'heure, comme il était dehors pour aller chercher des bûches... »
« On s'est dit que peut-être... »
« On pourrait trouver ce papier et comprendre ce qu'il a ! » conclurent les garçons.
« Donc, pour assouvir votre curiosité, au lieu de respecter le silence de votre frère, vous avez profité du fait qu'il aille dehors pour prendre le bois que votre mère vous avait demandé d'aller chercher, pour aller fouiller dans sa chambre. C'est cela ? »
Les jumeaux eurent l'intelligence de paraître piteux alors que Molly mettait ses mains sur ses hanches.
Arthur laissa quelques secondes de silence avant de reprendre.
« Votre frère va très mal. Je vous demande à tous de respecter son chagrin. Charlie a toujours été là, pour chacun d'entre vous. Vous aimez votre frère, n'est-ce pas ? »
Cinq têtes rousses hochèrent en cœur.
« Alors laissez-le tranquille et soyez gentils avec lui. Il regrette beaucoup ce qu'il a dit ou fait tout à l'heure. Il a été très blessé par votre comportement, les jumeaux, alors qu'il n'avait vraiment pas besoin de cela. Charlie a besoin de nous tous et que nous lui montrions à quel point il compte pour nous. »
Molly se rassit, un peu inquiète.
« Que se passe-t-il avec Charlie ? »
« Adrian l'a plaqué » annonça alors Percy d'une voix claire et un peu pompeuse. « C'était vraiment pas difficile à deviner, franchement ! » crut-il bon de rajouter devant l'air stupéfait des autres.
« Ça veut dire quoi plaqué ? » demanda Ron.
« Ça veut dire qu'Adrian a rompu, il ne veut plus sortir avec Charlie, c'est plus son amoureux quoi, tête de pioche ! » expliqua l'aîné.
« Oh non ! » fit alors la petite voix aiguë de Ginny. « Alors Charlie, il est tout seul ? Il a plus son chéri ? Mais pourquoi ? C'est possible de plus aimer son chéri ? » Elle leva des yeux un peu soucieux vers son père et sa mère.
« Oui, ma puce, cela arrive. Mais pas pour papa et maman, » dit rapidement Molly. « Percy, si tu le savais, pourquoi tu ne nous as rien dit ? »
« Disons que je m'en doutais mais que je n'en suis sûr que depuis tout à l'heure, à cause de la photo. Et papa est parti discuter avec lui, donc de toute façon, il allait bien lui en parler. » Percy haussa les épaules, l'air vaguement ennuyé.
« Mais... Est-ce que Charlie a fait une bêtise ? Il a été méchant ? » redemanda Ginny.
« Bien sûr que non, pourquoi dis-tu ça ? » répondit Arthur.
« Mais alors, pourquoi Adrian, il veut plus de lui ? » s'écria la petite fille.
Elle regarda ses parents et ses frères, ses grands yeux bruns humides. A priori, le fait d'apprendre que l'amour ne rimait pas forcément avec toujours était un choc pour elle.
Arthur regarda gravement ses enfants. La mésaventure de Charlie devait servir de leçon pour tous. Ginny était la plus jeune du haut de ses huit ans, mais elle pouvait comprendre. Quant à Percy, il fêterait ses quatorze ans en juillet. Même si ce dernier avait déjà ''subi'' la première discussion sur les choses de la vie que, grâce à Merlin, Bill et Charlie avaient poursuivie tous seuls en raison de leur éducation à l'école moldue, un petit rappel ne ferait de tort à personne.
« Charlie n'a rien fait de mal. Rien du tout. Il a profondément aimé une autre personne, de tout son cœur et lui a donné tout ce qu'il avait de plus beau et de plus fort. Il a cru en son amour. » Arthur regarda Molly qui blanchit, comprenant ce que son mari lui disait à demi-mots. « Malheureusement, quoi qu'ont pu être les sentiments d'Adrian pour votre frère, ils n'étaient pas aussi forts. Cela arrive parfois. C'est la vie et personne n'y peut rien. Cependant, Adrian a fait une chose que je ne pardonne pas et que je trouve répugnante. Il a manqué d'honnêteté. Quand on réalise que les sentiments que l'on éprouve pour un autre ne sont pas les bons, nous devons le lui dire, franchement, en face et pas par une simple lettre, comme un lâche. On ne fait pas espérer la personne non plus en lui promettant des choses que l'on ne tiendra pas. Et surtout, on ne le trompe pas avec un autre. Que l'on rompe parce que l'on n'aime pas assez, cela est compréhensible. Douloureux pour la personne en face de soi, mais c'est la seule façon d'agir qui soit honnête et respectueuse. L'important est de toujours le faire dans le respect de l'autre et de soi-même. Adrian ne l'a pas fait et votre frère souffre autant de la rupture en elle-même que de cette façon de faire. Il se sent trahi, car il l'a effectivement été. »
Les yeux de ses enfants étaient écarquillés dans sa direction. Ron leva d'un coup la main, comme quand Molly leur faisait la classe.
« Oui, Ron ? »
« Ça veut dire quoi tromper avec un autre ? »
« Mais quel boulet ! » s'exclama Percy.
« Percy ! » le rabroua Molly. « Ron, cela veut dire qu'Adrian a un autre chéri. Charlie et lui ne se voyaient plus à cause de l'école, alors il a trouvé un autre amoureux. Mais il ne l'a pas dit à ton frère tout de suite, il a continué à lui faire croire qu'ils étaient toujours des chéris. Tu comprends ? »
« Il avait deux chéris en même temps ? » s'écria Ron, ses grosses billes bleues exorbitées. « Mais c'est... C'est dégoûtant ! »
« Oui, Ron, » reprit Arthur. « Comme je vous l'ai dit, on peut se tromper sur nos sentiments, on peut tout à fait se rendre compte que la personne avec qui on échange des baisers n'est pas celle avec qui on va se marier et avoir une famille. Mais dans ce cas, quand on s'en rend compte, on le dit et on n'attend pas d'avoir une autre relation pour rompre. Les Weasley sont des gens honnêtes. Je n'accepterai pas ce genre de comportement de votre part. Je compte sur vous pour ne pas faire subir ce genre de chose à d'autre personne à votre tour. »
Les jeunes têtes rousses hochèrent de nouveau ensemble.
« Charlie est vraiment malheureux, alors ? » demanda George d'une voix penaude.
« Très malheureux. »
« Parce qu'Adrian a rompu et l'a trompé ? » fit Fred.
« Oui. »
Les jumeaux se regardèrent, honteux.
« Et nous... On a pas été très sympa, » conclurent-ils d'une même voix.
« J'attends de vous que vous vous excusiez auprès de votre frère. Il s'en veut beaucoup d'avoir levé la main sur vous, mais je veux que vous respectiez son intimité. Vous n'avez pas à aller fouiller dans sa chambre, ni à lui voler des affaires personnelles. »
Les jumeaux plongèrent de nouveau leur nez vers la table, tête basse.
« Si Bill était là, il irait lui casser la gueule ! » s'écria soudain Ron.
« Ron, ton langage, » le réprimanda Molly.
« Bill n'a pas arrêté de dire à Charlie de faire attention l'année dernière. Mais il l'a pas écouté. De toute façon, j'aimais pas trop Adrian, il faisait comme si Charlie était à lui, il lui faisait plein de bisous dès que quelqu'un voulait lui parler et Charlie avait toujours plein de suçons dans le cou, surtout quand Adrian était énervé ou jaloux, » dit Percy.
Molly et Arthur ne dirent rien de plus mais se regardèrent lourdement.
« C'est quoi des suçons ? » demanda une nouvelle fois Ron.
« Mais tu sais vraiment rien, toi ! »
« Percy ! »
« Un suçon c'est quand tu aspires la peau et ensuite ça fait une grosse marque rouge ou violette, » expliqua un Percy blasé au possible.
« Beuwâaaaa » firent les deux plus jeunes Weasley.
« Bref, » continua Arthur. « Ceci pour vous dire que d'une part, j'attends de mes enfants qu'ils ne se comportent pas comme cet Adrian. Soyez respectueux et ne vous engagez pas dans une relation trop approfondie à la légère. Je suis clair ? »
« En gros, pas de crac-boum tout de suite ? » fit Fred, légèrement moqueur
Arthur rougit violemment.
« Charlie a déjà fait crac-boum ? » interrogea George, très sérieusement, en regardant Percy qui haussa les épaules.
« C'est quoi crac-boum ? » demandèrent cette fois Ron et Ginny d'une même voix.
« Euh... Maman vous expliquera et Percy vous montrera les vieux livres scolaires de Bill et Charlie, » éluda le père de famille en regardant ses benjamins. « Pour le reste, cela ne vous regarde pas. Je vous dirai juste d'en tirer les conclusions nécessaires quant à votre futur comportement envers les jeunes filles, » asséna-t-il à ses trois plus grands présents autour de lui. « Le deuxième point, c'est que je vous demande d'être gentil avec Charlie. C'est très important. »
De nouveau, cinq têtes rousses se hochèrent avec vigueur.
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À suivre
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