NDA : Petite parenthèse sur wwwjeracontemaviemêmesitoutlemondes'enfiche : pour des raisons personnelles, je vais être un peu moins présente sur le site pendant quelques semaines. Donc, pas de panique, je continuerai de poster une fois par semaine, si possible le dimanche, mais il se peut que ce soit à n'importe quelle heure, voire le lundi ou le mardi. De même pour les réponses aux reviews, je vous répondrai à tous, mais je ne garantie pas les délais. Merci de votre compréhension. Bonne lecture.
Charlie
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1997-1998
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Le retour des années noires
Le jet de couleur mauve fondit sur eux et ils n'eurent que le temps de se jeter à terre, derrière une immense roche.
« Scheiße ! » hurla le garçon brun. « Ils sont au moins huit ! Charlie, on fait quoi ? »
« Calme-toi, Ulrich ! J'ai vu la folle de Lestrange, il faut fuir, cette question ! Mais je veux d'abord récupérer cette putain de sacoche ! »
« T'es malade ? Elle est encore avec Anastazy ! » beugla Ulrich alors que des cris s'élevaient devant eux.
Charlie jeta un œil en se protégeant derrière l'écran que leur offrait la pierre. La jeune fille, polonaise et l'une de ses fournisseurs en plantes et ingrédients indispensables pour aider la résistance anglaise à fabriquer potions et médicaments, était désarticulée plusieurs mètres plus loin, la bouche pleine de sang.
« On a été vendu ! Ficken ! »
« Couvre-moi ! » lança Charlie à l'autre garçon terrorisé, coupant court à sa litanie d'insultes.
Il s'élança, courant tout en esquivant plusieurs maléfices que lançaient les Mangemorts, Ulrich à moitié redressé derrière lui pour lancer ses propres sorts. Charlie se coucha auprès de la jeune fille blonde et arracha à ses doigts déjà raides la précieuse sacoche en cuir. L'hôpital clandestin britannique en avait besoin, il n'avait pas le droit d'échouer ! Les yeux vitreux d'Anastazy, vides et sans vie, le fixaient, sans le voir. Elle ne verrait plus jamais.
En rampant dans la neige, il se retourna et se dirigea de nouveau vers Ulrich. Une taupe avait infiltré le réseau Fleur de Lys, ils avaient déjà leur idée sur la question et le fait qu'ils aient été l'objet d'une embuscade ce soir était la preuve qui leur manquait. Il devait en avertir les autres, ensuite, Yanis allait le payer ! Mais certaines planques n'étaient plus sûres, le prochain passage de nés-moldus Anglais vers la France allait devoir être reporté car c'était lui qui l'avait organisé.
La voix stridente de Bellatrix résonna dans la nuit, hurlant ses directives aux autres Mangemorts, les invectivant alors qu'un jet de couleur verte manquait Charlie de quelques centimètres à peine.
« Il me les faut vivants ! Vivants ! Vous entendez bandes d'incapables ! » hurla la folle, hystérique.
Charlie ne se retourna pas pour la voir, bien qu'il pouvait sentir sa présence non loin de lui. Il s'élança d'un bond, remerciant ses années d'entraînement de Quidditch et son métier de dragonnier qui lui avaient donné des muscles puissants. Redressant la tête, il vit Ulrich qui s'était levé derrière le rocher, noirci par les sorts qui fusaient de partout, cherchant à les atteindre. Un trait rouge l'atteignit en pleine poitrine et le brun vola en arrière, son corps heurtant avec violence un sapin noir derrière lui.
« Non ! » hurla Charlie en se précipitant vers lui.
Non ! Le rouquin se retourna pour voir les ombres mouvantes qui se rapprochaient d'eux. Il ne pouvait pas se laisser faire prisonniers avec Ulrich, c'était pire que la mort qui les attendait ! Il saisit la main froide de l'autre garçon quand un rire aigu l'atteignit... ainsi que le poignard qui s'enfonça dans ses chairs. Charlie hurla de nouveau, son autre main sur son ventre du côté du flanc droit. Le sang coulait à flots de la blessure, l'arme noire plantée jusqu'à la garde. De sa main ensanglantée, il se saisit du coquillage qu'il portait autour du cou, à côté de son médaillon en forme de dragon. L'un des trois Portoloins que Dumbledore avait faits avant de mourir et qui ne le quittait jamais. Alors que du sang s'échappait de ses lèvres, il balbutia le mot qui l'enclencherait, les capes sombres l'entourant désormais. Il allait vers celui qui lui manquait et auprès de qui il voulait mourir. Comme son parrain l'avait fait avant lui.
« Chaumière aux Coquillages. »
Il eut à peine le temps d'entendre le hurlement de rage de Bellatrix qui n'était plus qu'à quelques mètre de lui.
Les deux hommes atterrirent avec un bruit mat sur le sol de la maison de Bill et Fleur Weasley. Cette dernière, qui était tranquillement en train de se faire du thé, poussa un cri perçant en voyant le spectacle désolant qui s'étalait dans son salon.
« Bill ! » hurla-t-elle, faisant tomber sa tasse alors qu'elle se précipitait devant le corps de son beau-frère. « Oh mon Dieu, Charlie ! Charlie ! »
Elle lui prit la main et un frisson la parcourut en voyant le poignard planté dans son ventre.
Bill fut rapidement à ses côtés. Il la repoussa en lui adjoignant d'appeler de l'aide via la cheminée.
« Charlie ! Réponds, ouvre tes yeux frangin ! »
Les yeux en amande de Charlie s'ouvrirent avec difficulté.
« Bill... Embuscade... Pologne... Taupe Fleur de Lys... Yanis... » bredouilla le rouquin.
« Okay, okay, t'inquiète pas, ça va aller frangin, ça va aller. »
Charlie tourna la tête, s'assurant qu'Ulrich était bien à ses côtés, toujours inconscient. Il soupira de soulagement en le voyant et montra à son aîné la sacoche.
« Pour... hôpital... »
« Oui, Charlie... Bon Dieu de bordel de merde, Charlie ! Tu pouvais pas faire attention pour une fois ?! » pleura Bill en serrant le corps à moitié inanimé de son frère comme il pouvait contre lui.
Ses yeux regardaient l'arme dans le corps de son cadet, la lame noire ne lui disant rien qui vaille.
Deux personnes se précipitèrent à ses côtés. Il reconnut de suite Poppy et l'un des médecins de l'hôpital clandestin, Augustus Pye.
En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire et avec l'aide de leur baguette, les deux corps furent soulevés dans les airs et entraînés à l'étage dans deux des chambres restantes. Poppy resta avec le brun, alors que Bill et Pye allèrent avec Charlie.
« Merde... » fit le Médicomage. « Poison sur la lame. »
Bill ferma les yeux. Cette constatation, qui confirmait ses propres craintes, sonnait comme une sentence de mort pour son frère. Augustus ne cessait d'agiter sa baguette, Charlie désormais totalement nu sur les draps en sang, remuait faiblement en gémissant.
« Compresses, » annonça simplement le médecin.
Fleur, qui les avait rejoints avec le nécessaire qu'elle possédait, lui en tendit une ainsi qu'une bassine avec de l'eau et de l'essence de murlap et de dictame. Le Médicomage enleva alors la lame, un flot de sang noirâtre s'échappant immédiatement de la plaie. La compresse fut appliquée rapidement. De longues traînées violettes faisaient un dessin morbide sous la peau blanche de Charlie, montrant la propagation du venin dans son organisme.
« Oh Merlin, Charlie ! »
Bill ne se retourna pas pour découvrir qui venait de rentrer dans la chambre, il le savait déjà : ses parents. Sans surprise, il vit sa mère s'effondrer à genoux au bord du lit de Charlie, en larmes.
« Poppy, vite, » fit Pye.
Fleur hocha la tête puis s'enfuit dans l'autre pièce. Elle revint avec l'infirmière une poignée de secondes plus tard.
« Oui, Augustus ? »
« Il faut emmener cette lame, avec toutes les précautions nécessaires, à l'hôpital. Je pense qu'il y a du venin de Nagâ mais je veux être sûr. Il faut la montrer à un de nos potionnistes et tenter de faire l'antidote. Je ne peux pas m'en procurer à Sainte Mangouste et je suppose que vous n'avez pas non plus ce qu'il faut à Poudlard. »
Le vielle femme hocha la tête, un air désolé et anxieux sur le visage.
« Je ne sais pas si nous aurons les ingrédients nécessaires, Augustus. »
« Poppy, mon fils risque sa vie tous les jours pour pouvoir fournir cet hôpital en médicaments, nourrir les réfugiés et les faire passer en France. Alors trouvez-lui ce remède. »
Tout le monde redressa la tête vers Arthur. L'homme était presque aussi pâle que son enfant. Sa voix n'avait jamais était aussi froide et impersonnelle tandis que ses yeux ne fixaient qu'une chose : le corps de son fils.
« Papa... » murmura l'enfant.
« Je suis là, mon chéri, » répondit Arthur en se plaçant à côté de sa femme et en saisissant la main qui se tendait vers lui.
Pye ouvrit la bouche de Charlie, lui enfournant un bézoard au fond de la gorge. Le rouquin manqua s'étrangler et secoua la tête mais le médecin lui ferma la bouche tout en le maintenant fermement jusqu'à ce qu'il cesse de résister et avale l'intrus.
« Le bézoard va nous laisser du temps, mais il perd trop de sang. Si on ne fait rien, il mourra d'ici une heure, deux tout au plus. »
« Donnez-lui de la potion de régénération sanguine, alors ! » grogna Bill en montrant les dents.
La pleine lune était proche et bien qu'il ne soit pas lycanthrope, il la ressentait, devenant plus nerveux et agressif alors qu'elle s'arrondissait. Le fait de savoir que son frère allait mourir d'ici peu ne l'aidait pas à rester calme.
« Je... Je n'en ai pas sur moi, il en reste si peu... On ne sait pas si l'antidote pourra être fait... » commença le médecin, mal à l'aise.
« Je n'en ai rien à foutre ! » hurla Arthur, créant la surprise. « Mon fils a risqué sa vie plus que n'importe qui dans cet hôpital, alors ou vous le sauvez ou je ne réponds plus de rien ! »
« Poppy, s'il vous plaît, » fit Pye.
L'infirmière posa son sac au pied du lit avant de sortir de la pièce en apportant le poignard avec elle.
« Arthur, je vous promets de trouver ce qu'il faut pour Charlie. J'apporte cette arme à un potionniste de grande qualité, il fera l'antidote, je vous le garantie, » dit-elle avant de quitter la chambre.
Le grand homme roux planta ses yeux clairs dans ceux du Médicomage.
« Je refuse de voir mon fils mourir, alors vous allez faire ce qu'il faut. Je suis clair ? »
« Monsieur Weasley, je ne peux pas donner de la potion de régénération sanguine à votre fils tant que l'antidote n'a pas été fait. Je ne peux pas, vous comprenez ? Mais je ne vais pas laisser Charlie mourir sans rien faire. »
Le Médicomage attira le sac de Poppy vers lui et tendis une fiole à Fleur.
« Faites-lui boire cela, ça devrait aider à refermer la plaie et à limiter la perte de sang. Maintenant, il faut agir, mais vite. Une méthode non traditionnelle existe pour les personnes qui ont besoin de sang, une technique moldue. »
« Moldue ? » couina Molly.
Elle jeta un regard noir au médecin qui avait déjà, selon elle, aggravé la situation d'Arthur quand il avait été mordu par Nagini.
« Je sais ce que vous en pensez, madame Weasley, mais c'est la seule option qu'il nous reste. Si on ne fait pas une transfusion sanguine à votre fils, il mourra avant même que le potionniste n'ait pu commencer l'anti-venin. Madame Weasley, il ne nous reste que peu de temps. Décidez-vous, vite. »
« Allez-y, » répondit Arthur alors que Pye finissait à peine sa phrase. « Quoi qu'il s'agisse, faite-le. »
Le médecin, de sa baguette, sortit des aiguilles, des tubes et une poche qu'il posa sur la table de chevet.
« Je vais prélever du sang que j'injecterai ensuite à Charlie. »
Les trois Weasley le regardaient, attendant qu'il continue.
« Qui est volontaire ? » demanda le médecin.
« Nous tous, évidemment ! » rétorqua Bill avec colère. « Commencez donc au lieu de discuter ! Que devons-nous faire ? »
« Je vais déjà devoir vérifier qui est compatible ou non avec lui. Je sais que moi je le suis, puisque je suis donneur universel, mais ce n'est peut-être pas votre cas. » Devant leur air ahuri, il précisa. « Je dois vérifier votre groupe sanguin qui doit être le même que celui de Charlie. »
Il leva sa baguette et jeta un sort, tant sur le malade qui gémissait toujours, que sur les autres personnes présentes.
« Bien, Arthur, vous seul pouvez donner. »
« Quoi ! » s'écria Molly en se redressant brutalement. « Charlie est aussi mon fils, pourquoi je ne peux pas lui donner mon sang ?! »
« Molly, vous êtes A+ et Charlie O+, cela le tuerait. Arthur, asseyez-vous dans ce fauteuil et enlevez votre chemise. »
Molly se recula, comme si le médecin l'avait frappée Elle vit son mari détacher avec difficulté les doigts de Charlie qui étaient toujours crispés sur sa main, lui murmurant des paroles apaisantes afin qu'il puisse s'asseoir là où le médecin le lui avait demandé. Charlie fit une grimace, de souffrance, de peine, en sentant son père s'éloigner un peu de lui alors que Fleur remontait un drap pudique sur ses hanches pour cacher son intimité.
La douleur étouffa son cœur de mère. La douleur et la culpabilité.
Elle sortit en courant de la pièce et dévala les escaliers, sortit de la maison et se retrouva dehors, à hurler son chagrin à la nuit.
Une paire de bras l'encercla bientôt. Elle fut, de force, plaquée contre le torse de son fils premier-né.
« Maman, maman, s'il te plaît, Charlie a besoin de toi. »
« Non ! Non, c'est faux ! » cria la femme en se reculant avec vigueur. « Charlie n'a jamais eu besoin de moi ! Il a son père ! Même mon sang il le rejette, pas celui d'Arthur ! »
Bill devint un peu plus pâle puis secoua sa mère par les épaules.
« Comment peux-tu dire de telle inepties ! Bien sûr que Charlie a besoin de toi ! Maman, ce n'est pas lui qui te rejette, c'est uniquement son sang qui n'est pas compatible avec le nôtre ! »
« Mais il est mon sang ! C'est mon fils, mon fils ! » hurla Molly en s'arrachant les cheveux.
« Arrête, maman ! Ça n'a rien à voir ! Bien sûr qu'il est de ton sang, bien sûr que c'est ton enfant. Maman ! Moi non plus je ne peux pas lui en donner ! »
« Mais ton père, lui, le peut ! »
« Et heureusement car c'est ce qui va le sauver ! Maman, cela n'a rien à voir avec les liens du sang, de la famille, c'est uniquement... Uniquement que l'on n'est pas du même groupe sanguin. Je le sais, on l'avait vu à l'école primaire. On a pas tous les mêmes groupes, mais Charlie est mon frère, comme il est ton fils. Arrête donc de le repousser ! »
« Je ne le repousse pas ! C'est lui qui ne veut pas de moi ! Qui n'a jamais voulu de moi ! » Molly regarda Bill avant de s'effondrer contre son torse, pleurant toutes les larmes de son corps. « Pardon, Bill, tu as raison, c'est de ma faute, ma faute. Maintenant Charlie va mourir et c'est entièrement ma faute. »
Bill serra sa mère contre lui en la berçant, sa joue posée sur les cheveux roux de la femme. Il était aussi grand que son père, la dépassant de deux bonnes tête.
« Maman, ce n'est pas de ta faute. »
« Si ! C'est de ma faute, » insista Molly, hystérique. « L'épouvantard, avec l'épouvantard... C'est le destin qui me punit aujourd'hui. »
Molly se remit à pleurer tandis que Bill lui caressait les cheveux.
« Maman, ne dis pas n'importe quoi, » chuchota le fils dans les cheveux de sa mère, ne comprenant rien à ce qu'elle racontait.
« Si, c'est la vérité. Il y avait un épouvantard, Square Grimmaurd, il y a deux ans, quand Harry a été convoqué au ministère, » expliqua Molly entre deux reniflements. « Ron venait juste de recevoir son badge de préfet. J'étais si fière de lui ! Il pense souvent qu'il n'est pas aussi capable que vous, alors j'étais tellement heureuse pour lui. J'ai dit à Ron qu'il était préfet comme ses grands frères et que peut-être il deviendrait préfet-en-chef comme Percy et toi. J'ai commis une faute impardonnable, Bill. Quand on a su pour l'épouvantard, je suis montée pour m'en occuper et là... je vous ai vu, morts, comme dans mes cauchemars, toi, ton père, Ron, Ginny, les jumeaux, Percy et aussi Harry... Remus et Sirius sont venus et... Oh Bill, tu ne comprends pas ? Je vous ai vous, tous ! Tous sauf lui ! Sauf mon Charlie. Et aujourd'hui, c'est lui qui va mourir. C'est ma punition, Bill, il va mourir à cause de moi... »
Molly poussa un cri déchirant et Bill dut la soutenir alors qu'elle s'écroulait, ses jambes refusant de la porter.
« Il a raison. Il est persuadé que je l'aime moins que toi, et Merlin, je suis un monstre, Bill. Il a raison en un sens car je ne lui ai pas montré à quel point je l'aime. Je ne veux pas qu'il meurt, je l'aime, autant que toi, autant que chacun de mes enfants ! Pourquoi, pourquoi ?! C'est ma faute s'il meurt, ma faute ! »
« Maman, maman, je t'en prie, arrête, » supplia Bill. « Il ne va pas mourir, tu m'entends ! C'est hors de question ! Ce n'est pas ta faute, maman, c'était juste un épouvantard, rien d'autre ! »
« Je ne l'ai pas vu et aujourd'hui, c'est lui qu'on m'enlève ! » gémit Molly.
Elle se cramponna aux épaules de son enfant et fondit de nouveau en larmes.
« Molly ? » demanda soudain une voix douce à leur côté.
La femme rousse se recula un peu du corps de Bill, regardant là où on l'avait appelée. Ses yeux embués découvrirent Fleur, qui se tenait, un peu gênée. Cette dernière s'approcha de son mari et de sa belle-mère.
« Molly, vous devriez monter, » dit-elle.
« Oh, Merlin ! » s'écria Molly en perdant le peu de couleur qui lui restait, certaine que son fils était mort et que Fleur venait lui annoncer.
« Non ! » la rassura de suite la Française, comprenant l'erreur. « Charlie... Il vous réclame. »
La matriarche regarda sa belle-fille comme si elle ne l'avait encore jamais vue de sa vie.
« Q-quoi ? »
« Charlie vous réclame, Molly, » répéta gentiment Fleur.
« M-mais, Arthur est avec lui... » commença Molly en s'essuyant les joues.
« Oui, mais il veut sa mère. Montez le voir, » expliqua Fleur de la même façon que si elle s'adressait à un jeune enfant particulièrement borné.
Bill obligea sa mère à le regarder en tournant son visage vers le sien, d'une seul main.
« Maman, je crois qu'il est plus que temps que Charlie et toi, vous arrêtiez de vous déchirer et que vous admettiez enfin à quel point vous vous aimez. Tu ne crois pas ? »
Molly hocha la tête, hébétée, tout en pénétrant dans la maison pour se diriger vers la chambre de souffrance de son fils. Elle ouvrit la porte et s'approcha du lit où reposait Charlie. Arthur était assis sur lit à côté de la tête rousse, dont les cheveux humides de sueur étaient plaqués sur le front et les tempes. Le bras du patriarche était bandé à l'intérieur de son coude, il parlait si doucement à son enfant qu'elle n'entendait pas ce qu'il disait. Le guérisseur Pye était dans un fauteuil, à peine plus loin. Un tube rouge sortait de son bras, remplissant une poche qui flottait devant lui. Une autre poche pleine de sang était reliée au bras de son garçon dont le contenu s'écoulait doucement en lui.
Elle s'approcha, lentement, osant à peine croire ce qu'elle voyait ou entendait. Arrivée à un mètre du lit, elle se rendit compte que le ventre de Charlie était de nouveau bandé et que les draps avaient été changés.
« Regarde, mon poussin, » chuchotait Arthur en caressant les cheveux bronzes. « Maman est là... »
« Maman... » gémit son petit, les yeux clos en tendant une main dans le vide.
En l'entendant, Molly se précipita vers lui, prenant cette main, de nouveau chaude.
« Je suis là, mon chéri, maman est là... »
« Maman... je suis désolé... j'ai fait pipi au lit... » marmonna Charlie.
« Il délire, » expliqua le médecin. « C'est une conséquence du poison et de la perte de sang. Il a aussi de la fièvre. »
Molly avala péniblement sa salive et passa une main sur le front moite de son fils, repoussant les cheveux humides collés dessus.
« Je suis là, mon bébé. C'est pas grave, ne t'inquiète pas. Maman est là, mon bébé d'amour, je reste avec toi, je ne te quitte pas. »
« Maman... » gémit de nouveau Charlie, ses traits semblant s'affaisser alors qu'il se mettait à sangloter, sans larmes.
« Chutttt, mon ange, je suis là, je suis là... »
« Je te demande pardon... »
« Ce n'est rien, dors mon cœur, fais dodo, ça ira vite mieux, je te promets... »
Les yeux bleus s'ouvrirent pour la regarder. Molly vit peu à peu de la lucidité revenir à l'intérieur des prunelles dilatées.
« Maman... Je t'aime, tu sais... Je suis désolé, pour tout ce que j'ai dit, tu sais, à Noël. C'était pas vrai... Tu es une super maman, la meilleure que je pouvais espérer avoir, » réussit à dire Charlie dans un souffle.
Molly se remit à pleurer sans bruit, sans cesser ses caresses.
« C'est moi qui te demande pardon, mon fils. Tu avais raison, je n'ai pas su te montrer à quel point je t'aimais. J'étais jalouse, mon amour, si stupidement jalouse. Alors que je n'aurais jamais dû. Mais je ne le suis plus. J'ai enfin compris. C'est moi qui te demande pardon. Charlie... Quand tu es né, c'est ton père qui a dû s'occuper de toi, parce que j'étais trop faible pour le faire. L'accouchement a été difficile et... Mais je t'aimais, de tout mon cœur. Ensuite, j'ai cru... j'ai cru que tu ne voulais pas de moi. Tu avais ton père après tout et il semblait te suffire. Je suis désolée, mon amour, si désolée de t'avoir tant fait souffrir. »
« Molly... » commença Arthur, mais sa femme secoua la tête avec véhémence, voulant continuer de vider son cœur.
« C'est la vérité, c'est ce que je ressentais. Mais ce n'est pas de ta faute, jamais cela n'a été de ta faute, Charlie, » dit-elle précipitamment alors que les yeux en face d'elle se remplissaient eux aussi de larmes. « Tu n'étais qu'un petit, un tout petit. Tu es encore mon petit. Alors écoute-moi bien, Charlie. Je t'aime. Je t'ai toujours aimé, autant que les autres. »
« Je sais... » tenta Charlie.
« Je veux te le dire ! » l'interrompit fermement Molly. « Tu es mon enfant. Je t'aime comme tu es, et tu es un être formidable, mon fils. Je suis si fière de toi. J'ai tellement de chance d'être ta mère. Alors, écoute-moi. » Molly passa une main déterminée sur ses joues pâles et planta un regard non moins énergique dans les outremers de son enfant. « Tu vas vivre, Charles Gideon Weasley. Vivre. Ensuite, quand cette guerre sera enfin terminée, tu retourneras en Roumanie avec tes foutus dragons, parce que j'ai aussi compris que ce n'était pas pour t'éloigner de moi que tu étais parti, mais juste parce que c'était ta vie, ta passion. Mais après, Charlie, après cela, tu vas rencontrer un homme bien, tu te marieras et tu me feras plein de petits Charlie que je pourrai dorloter, embrasser, en leur racontant toutes les bêtises que tu faisais quand tu étais enfant. Surtout, je leur dirai à quel point leur père est un homme juste, bon et généreux. Promets-le moi, Charlie. »
Le malade hocha la tête en serrant la main de sa mère dans la sienne.
« Je t'aime, maman... » murmura-t-il de nouveau avant de gémir en fermant les yeux. « J'ai mal... »
Ses parents continuèrent leurs caresses, leurs mots tendres, puis Charlie rouvrit des yeux enfiévrés et totalement perdus vers sa mère.
« Maman ? Pourquoi tu pleures ? Tonton et Marlene peuvent pas venir, ce soir ? » marmonna le rouquin avant de sombrer dans un sommeil comateux.
Charlie resta dans un état semi comateux pendant plus de quarante-huit heures. Poppy était revenue avertir la famille Weasley que le potionniste avait analysé le poison et s'affairait à préparer l'antidote. Charlie devait tenir bon. Pye revint avec trois nouvelles poches de sang pour perfuser le malade, dont la blessure refusait de guérir.
Le cadet Weasley alternait moments de lucidité et délires, entre deux périodes de sommeil.
Bill et Arthur multiplièrent les sorts de protection sur leur demeure. Leur famille était plus que jamais en danger. Le fait que Charlie organisait la résistance européenne était certainement connu, il fallait donc peu de temps avant que leur famille entière ne soit encore plus en péril qu'elle ne l'était déjà.
Ulrich, qui n'avait au final, selon Poppy, qu'une simple commotion cérébrale avait pu être transféré à l'hôpital clandestin puis repartir en Allemagne. La découverte du traître avait été communiquée au réseau mais ce dernier avait été retrouvé mort, la gorge tranchée. Il ne faisait aucun doute que c'était l'ouvrage de Bellatrix Lestrange.
Alors que son fils délirait encore, Molly se promit que cette folle furieuse ne toucherait plus jamais un seul cheveu de ses enfants. Elle ne quittait pour ainsi dire jamais le chevet de son cadet, le veillant comme une dragonne ses œufs. Elle lui donnait à boire quand il le pouvait, passait un gant humide sur son corps transpirant (hors de question que Fleur voit son deuxième fils nu une nouvelle fois, cela suffisait bien d'un seul) et surtout, profitait de chaque instant où Charlie était suffisamment lucide pour parler avec lui.
Ils passèrent ainsi des heures à discuter, leurs mains enlacées, se souvenant ensemble des moments heureux et tendres de l'enfance de Charlie, parlant de sa vie actuelle en Roumanie, de ses espoirs. La mère et le fils ne cessaient de se proclamer leur amour mutuel, pansant les plaies qu'ils avaient pu se faire. Charlie sourit, plusieurs fois, à la plus grande joie maternelle. Mais il lui semblait parfois étrange, dans son esprit embrumé, de devoir tant rassurer sa mère sur les sentiments qu'il avait pour elle ou sur la merveilleuse enfance qu'elle lui avait offerte. Car il le pensait réellement. Peu d'enfants avaient dû avoir une enfance aussi douce que la sienne. Oh bien sûr, tout n'avait pas été toujours rose, mais il avait été aimé et protégé. Cela faisait de lui l'homme qu'il était aujourd'hui. Et ce n'était ce qu'il ne cessait de répéter à sa mère, alors qu'elle lui caressait le front.
Et puis, le soir du deuxième jour, Charlie sombra véritablement dans le coma, les sombres tentacules violets s'étalant de plus en plus sur son corps devenu presque translucide.
Alors que Molly et Arthur pleuraient sur leur fils agonisant, Poppy entra brutalement dans la chambre.
« Le potionniste est là ! » s'écria-t-elle.
... ... ...
Pour la première fois de ce qu'il lui sembla des jours, Charlie se réveilla en se sentant propre et frais. Il faisant bon entre ses draps qui fleuraient la lessive. Une odeur agréable régnait dans la pièce et son corps n'était pas poisseux de transpiration.
Il soupira tout en remuant les membres. Ils étaient engourdis et son ventre lui sembla encore bien douloureux.
« Tu es réveillé, mon petit chat ? » fit une voix chaude et grave à ses côtés.
Le rouquin ouvrit brusquement ses yeux. Ils papillonnèrent alors qu'il essayait de les fixer sur un visage émacié et fatigué, mangé par de grands yeux bruns.
« Oh, Merlin, » grogna Charlie, la voix rauque, tout en refermant ses yeux. « Et moi qui croyais que j'étais guéri, en fait je suis mort ou je délire encore, c'est ça ? »
Un petit rire lui répondit alors qu'une main tiède se baladait entres ses mèches rousses.
« Eh bien, chaton, c'est l'effet que je te fais ? Quand je pense au mal que je me suis donné pour préparer cet antidote, ce n'est sûrement pas pour que tu meurs, crois-moi. »
Une nouvelle fois, Charlie rouvrit ses yeux, n'en revenant toujours pas, ne voulant y croire, par peur d'être déçu sans doute.
« Adrian ? » murmura le dragonnier.
« Bonjour, chaton, » répondit le brun sans se départir de son sourire. « Je suis vraiment heureux de te voir de nouveau en forme. On a eu tous très peur, tu sais. »
Charlie essaya de se redresser un peu mais une douleur lui arracha une grimace.
« Attends, je vais t'aider. »
L'ancien Serdaigle s'approcha de lui et s'assit sur le lit tout en passant un bras derrière son dos. Charlie, réalisant qu'il était toujours nu, se sentit stupidement rougir, chose qui ne lui était pas arrivée depuis des lustres. Adrian ne dit rien mais l'aida à se soulever jusqu'à ce qu'il soit enfin assis.
Une fois fait, il n'enleva pas son bras et Charlie se sentit attiré contre le torse de son ancien amant.
« Je suis si heureux de te revoir, Charlie. »
« C'est toi qui as fait la potion alors, si j'ai bien compris ? » éluda Charlie.
« Oui. Je te rappelle que je suis un potionniste, et plutôt bon soi-dit en toute modestie. »
« Je peux difficilement l'oublier, » bougonna Charlie en se maudissant pour cette phrase à peine avait-elle franchi ses lèvres.
Le bras derrière lui bougea alors qu'Adrian l'installait confortablement sur un oreiller. Puis le brun se décala, de façon à pouvoir le voir. Charlie remua un peu, tirant sur le drap qui avait eu la malencontreuse idée de tomber bien trop bas sur ses hanches et dévoilait de ce fait un peu de toison rousse. Adrian rit légèrement tout en l'aidant à le remonter au dessus du nombril.
« Tu sais, je t'ai déjà vu bien moins habillé, » lui rappela le potionniste.
« Ça aussi, je ne peux pas l'oublier. »
Adrian le regarda intensément avant de se lancer.
« Charlie, quand Poppy est venue pour m'expliquer ce qui s'était passé, j'ai cru que j'allais avoir un arrêt cardiaque. Je suis désolé pour tout le mal que je t'ai fait quand on était jeune. Mais voilà, justement, j'étais jeune. Et j'étais très con. Mais je t'ai aimé, Charlie. Vraiment et sincèrement. C'est juste... »
« Juste que tu n'as pas été foutu de retenir ta putain de libido et que tu t'es empressé de fourrer ta queue dans le premier cul qui s'est tortillé devant toi, sans penser une seule seconde à ton petit ami qui, lui, était fidèle, t'aimait et t'attendait, » finit Charlie.
Le brun sembla blessé tandis qu'un éclat de douleur traversa les yeux sombres.
« Bon, okay, celle-là je pense que je l'ai méritée. »
« Oh oui, sans aucun doute. Tu n'as même pas eu les couilles de me l'annoncer toi-même. Non, une lettre, une foutue bordel de lettre ! » éructa le rouquin.
« Charlie, calme-toi, ce n'est pas bon que tu t'énerves. Écoute, je crois que c'était une mauvaise idée que je reste. Mais je voulais te revoir et te parler. Bien. Désolé. Je m'en vais dans ce cas. »
L'homme se leva du lit.
« Non ! Adrian, non ! Ne pars pas ! » s'écria Charlie avec un pique au cœur.
L'interpellé se rassit en prenant la main avec des taches de rousseur dans la sienne.
« En fait... Moi aussi, je suis content de te revoir, » fit Charlie avec un petit sourire.
Les deux hommes restèrent ainsi pendant plus d'une heure. Adrian lui apprit qu'il faisait partie de la résistance et aidait comme il le pouvait en préparant des potions et des médicaments pour l'hôpital clandestin.
« Je savais que beaucoup des ingrédients que je recevais venaient d'Europe et donc, peut-être, de toi. »
Il caressa le dessus de la main de Charlie, qu'il n'avait pas lâchée.
« Charlie... J'ai vraiment regretté ce que j'ai fait. »
« C'est du passé. Comme tu l'as dit, on était jeune, » dit Charlie avec une désinvolture qu'il ne ressentait pas.
Parler de leur rupture était encore douloureux, surtout avec Adrian en face de lui.
« Tu te souviens de mon ami Brett Oaken ? Il avait eu du mal à accepter mon homosexualité au départ. Je n'ai plus de nouvelle de lui depuis six mois, » déclara-t-il, histoire de changer de sujet.
Adrian baissa la tête et prit une inspiration.
« Brett et sa famille ont été assassinés, chaton, » annonça-t-il en relevant ses yeux sur Charlie.
Le rouquin eut un énorme serrement au cœur. Les Oaken avaient été gentils avec lui, l'année où il avait passé une partie de l'été chez eux. Brett était son ami. Pourtant, il n'avait pas appris pour eux... et sans doute pour combien d'autres ?
« Charlie, je ne voulais pas te faire souffrir, tu sais, quand j'ai rompu avec toi, » reprit Adrian, le sortant de ses lugubres pensées. « Je savais que j'allais le faire, même si je ne le voulais pas. J'étais vraiment qu'un crétin. Je me suis dit que je faisais sans doute la plus belle connerie de ma vie en rompant avec toi, mais voilà, je n'ai pas eu la patience de t'attendre, c'est vrai, je ne voulais pas que tu partes en Roumanie non plus. Et... j'ai été si con, Charlie, j'ai tout gâché. »
Adrian passa une main dans ses cheveux bruns, l'air aussi désolé que l'était le son de sa voix.
« Adrian, bon sang, c'est du passé, c'est bon, j'ai tourné la page, tu sais, » soupira Charlie, peu désireux d'épiloguer sur le sujet.
Néanmoins, ce fut lui qui relança le sujet.
« Tu es toujours avec ton copain ? » ne put-il s'empêcher de demander après un petit moment de silence, à la fois curieux et inquiet de la réponse.
C'était ridicule. Évidemment qu'il avait tourné la page comme il venait de l'affirmer, alors pourquoi avait-il ce léger nœud à l'estomac ? Sans doute un effet secondaire du poison.
« Non. Ça ne s'est pas bien passé entre nous, même si on est resté ensemble pendant environ six ans. »
Charlie le regarda, bouche bée. Non, finalement, il aurait préféré ne rien savoir. Pourtant Adrian continua, sans sembler remarquer l'état de surprise de son voisin.
« Mais je t'assure, ces six années au final, elles étaient largement moins bien que l'année que l'on a passée tous les deux. On arrêtait pas de s'engueuler. On a rompu au moins dix fois, se séparant plusieurs mois à chaque fois. La dernière était la bonne. Depuis, je suis célibataire, à part une aventure par-ci par-là. Rien de sérieux. Et toi ? »
Charlie déglutit, peu convaincu de l'intérêt de cette discussion.
« Oh, eh bien, en septième année je suis sorti avec un Serpentard. Ensuite, je suis parti en Roumanie. Disons que j'ai eu quelques aventures moi aussi. La plus longue a duré environ un an. Mais en fait, je n'ai jamais... » Il s'interrompit, peu sûr de ce qu'il devait dire.
« Oui ? » insista Adrian.
« En fait, c'était surtout pour le sexe. Je ne suis jamais vraiment retombé amoureux, alors je finissais toujours par rompre avant de faire trop de mal autour de moi, » avoua Charlie, mal à l'aise.
« Jamais ? » s'étonna Adrian.
« Non, jamais autant... pas autant que toi, je t'ai aimé. Alors j'attendais, pour voir ce qu'il allait se passer mais... Et puis, depuis que Dumbledore est mort, je n'ai plus eu ni l'envie ni l'occasion. La priorité c'est de libérer le monde sorcier du mage noir. Le reste, je verrais après, » conclut Charlie.
La discussion repartit sur la guerre et Potter, dont plus personne n'avait de nouvelle. Charlie ne dit pas le secret de son aîné. Bill l'avait informé que Ron avait quitté sa demeure après Noël pour retourner auprès de Harry et Hermione, pour leur mission secrète. De ce qu'ils en savaient, ils étaient toujours vivants, en cavale Merlin seul savait où.
« Quand est-ce que je pourrais repartir ? » demanda Charlie.
« En fait, dans l'absolu il faudrait que tu te reposes encore une semaine ici, avant de pouvoir retourner en Roumanie. Je sais que les résistants ont informé ta hiérarchie, enfin, celui qui là-bas te couvre. Officiellement, tu es blessé à cause d'une attaque de Boutefeu. Mais il faudra sans doute que tu quittes le pays d'ici trois jours. Ta couverture risque de sauter, sinon. Même s'il y a de fortes chances pour que tout le monde sache déjà pertinemment que Charlie Weasley est membre de l'Ordre ainsi que l'un des dirigeants de la résistance européenne. »
Charlie hocha la tête en fermant les yeux. Adrian se leva du lit et lâcha enfin sa main qu'il sentit soudain comme orpheline.
« Je vais annoncer à tout le monde que tu es sorti d'affaire. Repose-toi. »
Il se pencha vers le dragonnier pour l'aider à se rallonger avant de le couvrir du drap et de la couverture.
« Dors, Charlie. Je ne pourrais pas revenir te voir avant que tu ne quittes l'Angleterre. Mais j'espère te revoir, de tout mon cœur. » Il pencha son visage vers celui parsemé de taches de rousseur et effleura les lèvres pâles des siennes. « Je t'ai toujours aimé, chaton. Plus que quiconque. »
Il sortit alors que Charlie tombait pour la première fois dans un vrai sommeil réparateur.
... ... ...
Comme Adrian l'avait prédit, Charlie apprit le lendemain qu'il devait repartir en Roumanie au plus vite. Il finirait de guérir et ferait sa convalescence à l'hôpital des dragonniers de Sibiru. Pour le moment, il se reposait dans un fauteuil que Fleur avait invoqué pour lui, devant la maison, prenant le soleil timide de cette journée d'avril.
Bill s'approcha de son frère, prenant sa main dans la sienne alors que de sa baguette, il faisait venir un autre siège pour s'installer.
« Tu es prêt ? » demanda l'aîné.
« Oui. Fatigué mais prêt. Laurent m'attend, c'est lui qui m'accompagnera à l'hôpital. Focnebun a déjà tout arrangé. »
Charlie ferma les yeux et profita encore de cet instant, moment de paix fragile dans ce monde en guerre.
« Fratele mai mic, cela ne t'a pas fait du mal de revoir Adrian ? »
Le dragonnier rouvrit ses perles bleues et les plongea dans le ciel d'azur des yeux de son frère. Une énorme vague d'amour le traversa. Malgré la douleur et les circonstances de sa venue en Angleterre, Charlie était heureux. Il avait revu ses frères, du moins trois d'entre eux, ses parents et avait pu faire le plein de cette chaleur qui caractérisait tant sa famille. Il les aimait, plus que tout.
« Non. En fait, je crois plutôt que cela m'a fait du bien, » souffla-t-il. Bill haussa un sourcil cuivré en une interrogation silencieuse. « Oui, je t'assure. Je suis heureux de l'avoir vu. Tu sais, il m'a dit qu'il m'avait vraiment aimé quand on était à Poudlard. Malgré ce que toi et papa m'aviez dit, je doutais toujours un peu de sa sincérité. Ça m'a fait du bien de l'entendre de sa bouche. »
Bill hocha la tête alors que Charlie refermait ses yeux et appuyait un peu plus sa tête contre le dossier du fauteuil.
« J'espère que tu sais ce que tu fais, inima mica. J'ai peur qu'Adrian... »
« Ne veuille remettre le couvert avec moi ? C'est possible, en effet. Mais je n'ai plus seize ans, frate, j'en ai vingt-six et le temps n'est pas à l'amour de toute façon. »
« Tu te trompes, Charles. Il est toujours le temps à l'amour. Fleur et moi en sommes un exemple il me semble. »
Charlie sourit tout en gardant les yeux clos.
« On verra. De toute façon, je repars dans deux heures, alors je ne risque rien avant que la guerre soit finie. J'ai mon métier et mes obligations là-bas, lui ici. Je ne veux pas faire de projet, ni avec lui, ni avec un autre. »
Bill serra sa main dans la sienne, un peu plus fort.
« Tu me manques déjà, Charlie. »
« Toi aussi. Mais on se reverra peut-être bientôt, qui sait. »
Les deux frères ne savaient pas qu'effectivement, cela serait le cas. Une semaine après que Charlie soit repartit en Roumanie, Ron, Harry et Hermione débarquaient à la Chaumière aux Coquillages. Un mois plus tard, la famille Weasley était réunie à Poudlard, pour la bataille finale.
... ... ...
Quand Charlie sentit la pièce en or que Dumbledore lui avait confiée lors de sa première réunion de l'Ordre du Phénix chauffer dans sa poche, il n'aurait jamais cru y voir ce que ses yeux écarquillés lisaient désormais : Bataille – Voldemort Poudlard – Aide urgente.
Son cœur rata un battement, comme tous ceux qui devaient tenir leur propre Gallion en cet instant. Ce qu'ils redoutaient et espéraient tout à la fois était arrivé. Ce deux mai verrait sans doute soit la fin du Seigneur Noir, soit la fin du monde libre.
Charlie prit son petit sac à dos, sa baguette et fit ce que tous les combattants de l'Ordre et du réseau Fleur de Lys faisaient eux aussi. Il enclencha son Portoloin qui l'emmena en Angleterre, sur le terrain où les résistants européens devaient se rejoindre ainsi que certains résistants Anglais. Il le connaissait puisque c'était le même où s'était déroulé la coupe du monde de Quidditch. Cette époque lui sembla lointaine, comme si elle appartenait à un autre que lui, à une autre vie. Bien que des visages connus soit présent, puisque des membres de l'Ordre était là. Comme Lancey, comme Sean, et d'autres anciens de Poudlard.
De là, il transplana à la Tête de Sanglier et avec une bonne soixantaine de personnes, ils s'avancèrent à Poudlard afin de renforcer l'espoir des défenseurs de la lumière qui se battaient déjà.
Une guerre n'est jamais une belle chose à voir. Loin des romans et des récits de grande bataille que l'on raconte parfois aux jeunes enfants qui rêvent ensuite de devenir chevaliers, afin de pourfendre les méchants.
La guerre est sale, sombre et sanglante. Elle est remplie d'odeurs nauséabondes, celles des larmes, de la terre, du feu et des cadavres. Une guerre n'est pas silencieuse, elle hurle la douleur, assourdit les tympans de cris de désespoir.
Une guerre c'est la mort.
Quand il rentra dans la Grande Salle, il ne vit qu'elle. Remus qui pleurait sur le corps de Tonks, son amie Tonks, avec qui il ne pourrait plus jamais plaisanter. Et au loin son clan, dont les visages étaient défaits. En courant vers eux, Charlie sut lequel d'entre eux manquait et ne reviendrait jamais. Il se jeta dans les bras de sa mère qui l'étreignit en hurlant son prénom. Le fait qu'il arrive ainsi, plus tard que les autres, lui avait laissé croire qu'elle avait déjà perdu plus d'un fils alors que la bataille n'était pas finie.
La guerre c'est des sacrifices et des héros. Des lâches et des traîtres.
Charlie savait tous cela et depuis longtemps, alors qu'il jetait des sorts, d'abord pour renforcer les défenses du château avec les professeurs de Poudlard. Puis encore ensuite, parfois pour tuer, parfois pour défendre, mais toujours aux côtés de ses alliés, de ses frères restants, de ses parents, entouré des combattants et des enfants qui étaient venu grossirent leur rang.
Quand Voldemort fut détruit, Charlie sortit de la Grande Salle où les survivants s'étaient attroupés et où les cris, de joie ou de douleur, l'étouffaient. Comme quand il était enfant en cette nuit de Halloween, il aurait voulu être dans les bras de son père et simplement rentrer chez lui.
Il jeta un bref regard à Harry qui semblait lui aussi totalement perdu. Il hésita à aller vers lui, ressentant le besoin incompréhensible de le prendre dans ses bras. Non pas pour le féliciter ou quoi que ce soit d'autre d'aussi ridicule. Non. Juste pour le tenir contre lui, lui dire qu'il l'aimait comme un frère, lui qui venait d'en perdre un. Le rassurer ou le consoler, peut-être ? Finalement, il ne le fit pas, avisant que Ron et Hermione l'entouraient. Il décida à la place de se diriger vers ce qui était autrefois la roseraie.
Là, effondré contre un mur, le dragonnier ferma les yeux.
Fini, c'était fini.
... ... ...
À suivre
... ... ...
NDA : La semaine prochaine, nous attaquerons la dernière ligne droite de l'histoire de Charlie, celle des années 1998-2001 et qui comportera trois longues parties, au doux nom de Harry.
