NDA : Petit rappel afin d'éviter un lynchage d'auteur à la fin de cette fiction : Comme précisé dans le chapitre 1, "Charlie", se passe avant "Identités déclarées", donc, "Charlie" s'arrêtera quand elle rejoindra "ID". Pour la mise en couple de nos tourtereaux, elle se passera dans ID.


Charlie

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1998 – 2001

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Harry – partie 1

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Le temps de l'après guerre


Cela faisait plus d'un mois qu'il était en Angleterre.

Il était revenu dans la maison de son enfance, dans sa chambre. Mais c'était lui qui tenait le rôle de père et de mère. Bill était avec Fleur dans leur propre foyer, même s'ils revenaient tous les jours au Terrier. George ne quittait que rarement sa chambre, enfermé dans un mutisme dont seule Angelina, l'ex petite-amie de Fred, semblait parfois réussir à l'en sortir. Sa mère n'était plus qu'un corps vide. Alors Charlie tenait, pour eux, pour Ginny, pour Percy enfin de retour parmi eux, pour Ron, Harry et Hermione qui étaient venus s'installer ici, du moins pour quelques temps. Les nuits étaient troublés par les hurlements des uns et des autres alors qu'ils revivaient leurs pires moments d'horreur.

Après les trois premières semaines, la vie sembla reprendre le dessus. La reconstruction de leur famille et du monde sorcier se faisait, inévitablement.

Enfin, environ un mois après la grande bataille, George quitta le Terrier pour retourner au Chemin de Traverse. Bill et Fleur réintégrèrent complètement leur demeure au bord de l'eau.

Kingsley organisa une remise de médailles et de décorations, ainsi qu'une grande cérémonie en l'honneur des morts et de ceux qui avaient combattu.

Tous furent décorés. Charlie eut même droit à un petit discours sur le rôle de la résistance en Europe qui avait permis à ceux qui luttaient en Angleterre de tenir et d'être prêts au moment décisif.

Harry sembla encore plus perdu que jamais, comme à chaque fois qu'il n'était pas au Terrier. Et comme à chaque fois qu'il le voyait ainsi, Charlie eut envie d'aller voir le jeune homme pour le réconforter. Malgré tout, il se retint de nouveau, estimant que ce n'était pas son rôle, mais celui de sa sœur. Étrangement, cette dernière se tint en retrait lors de cette journée.

Deux jours seulement après cette cérémonie, Ginny et Harry rompirent, à la stupéfaction générale.

C'était ce que Harry venait à peine de leur annoncer.

Harry qui se tenait devant lui, ses parents et Ron, tous médusés. La jeune fille quant à elle était bizarrement absente, ainsi que Hermione. S'agissant de cette dernière, Charlie l'avait aperçue un peu plus tôt, le visage fermé et son fameux sac de nouveau en bandoulière.

« Pardon ? » s'exclama Ron, qui devait sans doute être celui le plus touché par la déclaration que venait de leur faire le Survivant.

« Je... Je suis désolé, » bredouilla Harry tout en passa une main tremblante dans ses cheveux en bataille.

Charlie lui trouva l'air si désemparé et si malheureux qu'il eut envie de le prendre dans ses bras. Sans savoir pourquoi, il avait l'impression de se revoir quand Adrian avait rompu. Une détresse similaire semblait vouloir sortir de tous les pores de sa peau.

« Mais, Harry, mon chéri, pourquoi veux-tu encore rompre avec notre Ginny ? » se mit à pleurer Molly. « Tu as réussi à vaincre le Seigneur des Ténèbres, tous les Mangemorts sont morts ou à Azkaban ! La guerre est finie, il n'y a plus de danger. »

« Molly, je ne sais pas quoi vous dire. Je pense que c'est pas à moi de le faire. Après tout, je... je suis pas votre enfant. »

Là-dessus, il explosa en larmes, tant ses derniers mots lui arrachaient visiblement l'âme. Charlie ne put se retenir davantage. Il se leva et le prit enfin dans ses bras.

« J'aime Ginny, mais nous deux, c'est impossible. Je peux pas, » pleurait le brun contre lui.

Son père arriva lui aussi, tapotant l'épaule du jeune homme aux cheveux noirs.

« Calme-toi, mon garçon. Allez, calme-toi. Je pense que nous avons tous beaucoup de peine en nous, beaucoup de choses qui nous perturbent. Rassure-toi, tu feras toujours partie de notre famille, sois-en certain. Vous êtes si jeunes, mon enfant, si jeunes pour porter autant de poids. »

Harry se redressa. Il parut surpris d'être dans les bras du fils cadet et s'en décolla légèrement, tout en s'essuyant les yeux.

« Arthur... merci... beaucoup. Molly ? »

La femme se leva et prit à son tour le garçon contre sa poitrine, bien moins imposante depuis la fin de la guerre.

« Arthur a raison. Tu fais partie de notre famille et cela ne changera pas. Tu es sûr que tu veux partir au Square Grimmaurd ? Tu peux rester encore et... »

« Non, » la coupa Harry. « Non, c'est au-dessus de mes forces. Hermione m'attend déjà là-bas. »

« Hermione ? » l'interrompit à son tour Ron.

« Oui, elle... elle sait pourquoi j'ai rompu. On veut t'en parler, Ron mais... » il jeta un regard de biche effrayée aux autres Weasley présents.

« On a compris, ne t'inquiète pas, » le rassura Charlie.

Merlin, depuis la fin de la guerre, il avait vraiment le sentiment de ne faire que cela : rassurer, consoler, apaiser, prendre sur lui et se contrôler. En vérité, il se sentait épuisé de jouer ce rôle.

Finalement, Harry et Ron partirent en transplanant dans le jardin, aussi pâles l'un que l'autre.

Ce ne fut que le lendemain de l'annonce de la fin de l'idylle entre la jeune fille et le Survivant que l'ensemble de la famille Weasley eut l'explication complète de cette rupture.

Ron hurlait dans la cuisine après sa sœur, quand Charlie descendit les escaliers, alerté par le tumulte. Comme chaque soir, il venait tout juste d'apporter à sa mère une tasse de thé avec trois gouttes de potion calmante à l'intérieur. Elle l'avait bue et s'était endormie, la tête sur les genoux de son cadet.

En pénétrant dans la pièce, le dragonnier eut la surprise de voir Ron et Ginny se faire face, les joues rouges de colère. Arthur, lui, avait l'air effondré sur une chaise, Percy se tenait derrière lui et avait posé ses mains sur les épaules paternelles.

« Je peux savoir la raison de ces hurlements ? Maman se repose alors baissez d'un ton ! » gronda Charlie vers les deux plus jeunes de la fratrie.

« Oh, Charlie, tu tombes à pic ! » rétorqua Ron, les yeux étincelants. « Devine donc ce que je viens d'apprendre par Harry !? La raison de leur séparation !? »

« Ron, j'estime que cela ne me regarde pas, » répondit le second fils, un peu étonné de la virulence de son frère.

« Tu vois, Ron, ça ne vous regarde pas ! Je fais ce que je veux de ma vie ! Si Harry... »

« Comment as-tu pu faire une chose aussi dégueulasse à Harry ! » explosa Ron.

« Ron ! Arrête de hurler. Où est Harry, justement ? Tu es venu seul ?» intervint Charlie en se plaçant entre les deux adversaires.

Il regarda son père, inquiet. Le fait que celui-ci ne dise rien ne présageait rien de bon.

« Harry ? Il est en train de verser toutes les larmes de son corps dans les bras de Hermione, » cracha Ron.

La veille, quand Harry leur avait annoncé leur rupture, Ron et Hermione avaient en effet décidé de quitter eux aussi le Terrier et d'investir Square Grimmaurd avec lui.

« Je pense pourtant que cela devrait t'intéresser, Charles, Après tout, qui mieux que toi peut comprendre ce qu'il ressent. Cette... Ma propre sœur, une Weasley ! » éructa le grand rouquin, écœuré. « Alors que nous risquions nos vies, alors que Harry... Elle, elle n'a rien trouvé de mieux à faire que de baiser avec Neville ! Mais le pire, c'est qu'au lieu de rompre avec l'un ou l'autre, ça fait un mois, un mois, qu'elle continue de coucher avec les deux !» hurla-t-il de nouveau.

Un silence de mort s'installa dans la pièce. Les trois hommes dévisageaient la benjamine, éberlués. Charlie eut la sensation que sa bouche s'asséchait d'un coup.

Ginny ? Non, Ginny n'aurait pas pu faire une chose pareille ! Pas sa propre petite sœur ! D'accord, elle avait un caractère plus qu'affirmé et savait ce qu'elle voulait, mais là c'était... Il était dégoûté. Certes, il n'allait pas lui reprocher d'avoir voulu connaître l'amour, lui-même était celui des enfants Weasley a avoir perdu le plus jeune sa virginité. Mais elle n'avait pas pu faire ça ? Et encore moins à Harry, leur Harry, celui qui était comme un enfant pour Molly et Arthur et que Charlie aimait sincèrement, même s'il le connaissait sans doute moins que les autres, hormis Percy.

Il avait presque été jaloux de sa sœur lors du mariage de Bill en revoyant le jeune homme. Et elle, elle l'avait trompé de la pire des façons qui soit ? Comme Adrian avait fait avec lui ? Non, pire que ce qu'Adrian avait fait avec lui. Le potionniste avait rompu, certes par une simple lettre, mais avant qu'ils ne se revoient pour les vacances. Il n'avait pas voulu commettre cette ultime trahison, il n'avait pas voulu continuer à embrasser Charlie, à lui murmurer des mots d'amour en baisant avec lui alors qu'il était en réalité avec un autre. Mais Ginny elle, l'avait fait, avec Harry qui plus est.

Le rouquin sentit une déception sans nom submerger son cœur. Il ferma une seconde les yeux. Il ne devait pas se mettre en colère. De toute façon, il n'en avait ni l'envie ni la force, pas après ce qui s'était passé, sa mère si faible et Fred décédé. Sa famille, qui venait juste de retrouver Percy, ne devait pas perdre Ginny. Ni Harry. À l'idée que le jeune Potter ne fasse plus partie de sa vie, même de façon un peu décousue, son ventre se tordit et un obscur désir de protéger le brun l'envahit.

« Ce que je fais ne te regarde pas ! Ne regarde personne ! » commença Ginny, grenat tant de colère que de gêne face aux propos de son frère, qui la faisaient passer pour rien de moins qu'une traînée.

« Tais-toi, Ginny, » la coupa alors Charlie.

« Mais... »

« Non. Un conseil, tais-toi. Je ne veux rien savoir et dis-toi bien une chose, c'est que rien de ce que tu pourras dire ne t'aidera. »

Charlie savait que sa voix était sèche, cependant il ne pouvait pas s'en empêcher malgré ses bonnes résolutions.

La rouquine les regardait, les yeux brillants.

« Comment pouvez-vous tous me juger aussi mal, » dit-elle d'une voix étranglée.

« Assis-toi, ma fille, » fit alors Arthur.

La jeune fille déglutit mais obéit à son père. Ron, Percy et Charlie firent de même. L'aîné respira un grand coup et, tout en se massant les tempes, questionna sa sœur.

« Ginny... Excuse-moi. Bien, dans l'absolu, tu as raison, cela ne nous regarde pas. Cependant, tu peux aussi comprendre que nous sommes tous choqués par ce que vient de nous dire Ron. Harry est comme un fils pour maman et papa, un frère pour nous tous. Alors malgré tout, je pense que des explications seraient les bienvenues. Parce qu'il est hors de question que maman souffre de nouveau ou perde encore l'un de ses enfants en raison de querelle ou d'amour brisé. »

La rouquine redressa la tête, les dévisageant avec défi.

« Je n'ai rien à me reprocher. Je vous rappelle que c'est Harry qui avait rompu avant le mariage de Bill. J'étais célibataire et n'avait pas de compte à lui rendre, ni à aucun de vous. »

Quatre regards noirs lui répondirent. Contre toute attente, ce fut Percy qui se lança.

« Ginevra Weasley, ne nous prends pas pour de naïves jeunes licornes, nous ne le sommes pas. Nous savons tous, ici dans cette pièce, pourquoi Harry a ''rompu'' comme tu dis. Même moi ! Et il me semble que dès la fin de la bataille, tu étais dans ses bras. »

La jeune fille eut la décence de paraître mal à l'aise et de rougir un peu.

« Vous n'étiez pas à Poudlard, c'était dur. Il n'y a pas que toi, Hermione et Harry qui avaient souffert, Ron ! Oui, c'est vrai, j'ai trouvé du réconfort dans les bras de Neville. Où est le mal ? »

« Il n'y en a pas, Ginny. Seulement Harry, lui, l'ignorait, » dit Charlie.

« Mais enfin, par Merlin ! Comment j'aurai pu l'informer ! Je... »

« Nous savons aussi que tu ne le pouvais pas. Ginny, ce n'est pas là-dessus que ce que dit Ron nous... interpelle, dirons-nous. Cela fait plus d'un mois que la guerre est finie. Or, depuis le premier jour, Harry et toi sembliez plus que proches. Oserais-je te rappeler que vous avez oublié de jeter un sort du silence, la dernière fois ? » fit le dragonnier d'une voix douce.

Cette fois, le visage de sa sœur devint cramoisie. Peu de chance qu'elle l'oublie puisque cette nuit-là était la première qu'elle avait partagée avec le Survivant. Et également la première expérience tout court pour le garçon, même s'ils s'étaient contentés de se donner du plaisir avec les mains.

« On... on pas couché ensemble... Je... »

Comment leur avouer qu'elle s'était refusée à Harry, uniquement parce qu'elle avait perdu sa virginité avec Neville trois mois plus tôt ? Elle avait dû repousser les avances du brun en tentant d'imaginer une solution à cet épineux problème dans le futur.

« Les détails de ta vie sexuelle ne nous regarde pas, merci bien, » la coupa méchamment Ron.

« Oh, vraiment ? Alors pourquoi ce conseil de famille dans ce cas ? » l'attaqua immédiatement la plus jeune.

« Stop, vous deux ! Maman dort alors baissez d'un ton, c'est la dernière fois que je vous le dis ! » grogna Charlie.

Ron et Ginny se jetèrent un regard furieux et elle reprit.

« Je n'ai pas couché avec Harry. Et là, il a rompu, donc je ne vois pas du tout où est le problème désormais. »

« Tu ne vois pas ? Alors laisse-moi éclairer ta bougie, petite pimbêche. Le problème c'est que depuis la fin de la guerre, tu sors avec les deux ! Et n'ose pas me dire que tu n'as pas couché avec Neville, parce que lui, au moins, a pris la peine de venir s'excuser auprès de Harry cet après-midi même. Harry est au plus bas, mais ça, je suppose que tu t'en moques, pauvre cruche. C'est Neville qui lui a confirmé ce qu'il craignait. Comment as-tu pu leur mentir ainsi ? Tu as osé dire à Harry que Neville et toi, c'était tout récent et que vous étiez en ''pause'' depuis la bataille ? Menteuse ! Honte à toi ! Il y a deux jours encore, tu t'envoyais en l'air avec lui et le soir, tu embrassais mon meilleur ami, mon frère, à pleine bouche en lui disant des mots d'amour ! Tu me dégoûtes ! » gronda Ron d'une voix sourde.

Devant les regards peinés ou choqués de sa famille, Ginny s'exclama :

« Merlin ! Ce n'est pas parce que toi, Ron, tu n'es qu'un puceau qui pense que le grand amour se trouve une bonne fois pour toute que c'est le cas de tout le monde ! Percy a bien rompu avec Pénélope ! Fred avec Angie ! Et Charlie mène la vie qu'il veut en Roumanie, il a eu plusieurs petits amis depuis Adrian et person... »

« Comment oses-tu parler de Charlie et d'Adrian ? » rugit Percy, créant la surprise. « Tu as donc la mémoire si courte ? Tu ne te rappelles pas la douleur de notre frère ? Et le discours de notre père ? Tu as fais ce que nous avions tous juré ce soir-là de ne jamais faire ! Tu as traîné le nom des Weasley dans la boue ! Jamais nous n'avons trompé qui que ce soit, aucun de nous ! »

« Percy, calme-toi, » fit Charlie en posant une main sur le bras du jeune homme qui s'était redressé et dont les lunettes étaient de travers. « Gin, » reprit-il en plantant son regard dans celui de sa sœur qui désormais pleurait. « Tout le monde a le droit à l'erreur, tout le monde peut se tromper sur les sentiments qu'il ressent envers une personne. Mais effectivement, ne me compare pas à toi. Car mon expérience, c'est celle de Harry, pas la tienne. Je sais ce que cela fait de se sentir trahi et trompé. Crois-moi, je ne te le souhaite pas, même si peut-être cela te permettrait de comprendre le mal que tu as pu faire envers ces deux jeunes hommes. Maintenant, ce qui est fait est fait et on ne peut plus le réparer. Tout ce que j'espère, c'est que tu auras au moins un peu de respect envers Harry, et que tu t'excuseras auprès de lui. C'est le minimum que tu puisses faire. »

La jeune fille déglutit et se leva avec, de son point de vue, dignité.

« Bien, si c'est tout ce que vous avez à me dire, alors je m'en vais. Neville m'a invitée à passer le reste des vacances avec lui et je compte y aller. »

« Fait ce que tu veux, Ginny, tu es majeur, » dit enfin Arthur, parlant pour la première fois. « Néanmoins, je te conseille de bien réfléchir à ce que tes frères t'ont dit. Contrairement à ce que tu penses, ce n'est pas contre toi. Autre chose, bien que toi et Harry ayez rompu, cela ne changera rien à notre relation avec lui. Nous avons dû attendre dix ans avant de revoir le fils de Lily et pouvoir tenir la promesse que ta mère lui avait faite. Le Terrier est aussi sa maison et elle le restera. Prends-en rapidement conscience car Harry fera toujours partie de cette famille. »

La jeune fille pâlit un peu mais hocha tête. Puis elle sortit de la cuisine pour prendre la cheminée du salon afin de retourner avec son amant, désormais officiel. Arthur se leva à son tour, il embrassa chacun de ses fils avant de monter d'un pas lourd les escaliers pour rejoindre son épouse. Percy grimpa à sa suite, s'enfermant dans sa chambre, laissant Ron et Charlie dans la cuisine.

« Tu veux un thé, Ronnie ? » demanda enfin le cadet en se levant.

« Oui, merci, Charlie. Je ne vais pas tarder à rentrer, moi aussi. Je ne veux pas laisser Harry seul avec Hermione. Je sais bien qu'elle est plus douée que moi pour lui remonter le moral mais bon, je ne veux pas le laisser tomber. »

« Oui, je comprends, » fit le dragonnier en agitant sa baguette.

Dix secondes plus tard, deux tasses de thé bien chaud se posaient devant les frères aux cheveux roux.

Ron poussa un profond soupir avant d'avaler une première gorgé de son thé.

« Pff, quelle bouse de dragon. Cette situation est vraiment détestable. Je ne sais pas comment tu as fait pour rester aussi calme. »

« Je suis moins touché que toi, Ron. Je veux dire, Adrian et moi, cela fait dix ans, alors que là, cela vient juste d'arriver à Harry. En plus, tu es plus proche de lui que je ne le suis. Même si j'aime Harry et qu'il fera, comme l'a dit papa, toujours partie de la famille, je n'avais pas envie de perdre ma sœur ce soir. »

Ron acquiesça tout en reprenant un peu de thé.

« Je me sens tellement bête. Je ne sais pas quoi lui dire pour lui remonter le moral, » soupira-t-il.

« Sois à ses côtés, c'est tout ce dont il a besoin en ce moment. Tu sais, je me rappelle parfaitement ces vacances-là, quand Adrian avait rompu. C'est vous, votre présence à tous qui m'avait fait tenir le coup. Vous étiez tous là à m'entourer, me raconter des bêtises ou simplement... simplement vous asseoir à côté de moi dans le salon. Tu m'as lu un livre, tu te souviens ? »

Ron se mit à rire doucement.

« Oui, je voulais absolument te lire le conte de la Fontaine de la Bonne Fortune. Je pensais que c'était de circonstances. »

« Tu me l'as lu au moins une fois par jour, » sourit Charlie.

« Et j'ai dormi avec toi dans ton lit, aussi. »

« Dormir ? Tu veux dire ronfler comme un malpropre ! »

Les deux frères se mirent à rirent et finirent leur tasse.

« Tu repars bientôt en Roumanie ? » voulut savoir Ron alors qu'il ordonnait à la vaisselle de se laver et de se ranger dans le placard.

« Oui, je suis resté plus longtemps que prévu. Maintenant maman va un peu mieux et Percy reste à la maison encore un mois, au minimum. Et toi ? Tu accompagnes toujours Hermione en Australie ? »

« Oui. Harry vient avec nous du coup. On rentrera mi-août je pense. Histoire de voir s'il y a encore des choses à faire avant de retourner à Poudlard. »

Un petit silence s'installa entre eux au nom de l'école qui avait vu tant de sang couler.

« Bon, je vais y aller, » fit enfin Ron. « Tu pars quand et tu reviendras quand ? A Noël ? »

« Je pars dans cinq jours. Et non, je ne pense pas revenir pour Noël, plutôt pour le jour de l'an, et peut-être avant pour la Toussaint, je ne sais pas encore. Mais vous êtes les bienvenus en Roumanie d'ici là. »

Ils s'enlacèrent pour se dire au revoir. Ron dépassait désormais son aîné d'une petite tête, puis ils s'embrassèrent.

« Embrasse Harry pour moi. Dis-lui que je suis de tout cœur avec lui et que, comme l'a dit papa, il restera toujours de notre famille. »

« Mouais, » bougonna Ron. « Enfin là, il aurait pu en faire partie officiellement. Pff, pourquoi ce n'est pas Neville qui a rompu ! »

« Oh, tu sais, Ron, je crois au contraire que Harry a fait ce qu'il fallait. Et je ne suis pas sûr du tout que Neville et Ginny resteront ensemble très longtemps. »

Le plus jeune rouquin haussa les épaules.

« On verra bien. À bientôt, Charlie. On se voit avant de partir, hein ? »

« Bien sûr, à bientôt, Ron. »

Une fois Ron partit, Charlie retourna dans le salon.

Il sortit de sa poche un petit morceau de parchemin que lui avait apporté un hibou le matin même. Il le tourna et le retourna entre ses doigts. Finalement, il regarda l'heure et sembla prendre une décision. Il grimpa les escaliers, prit une douche rapide, enfila des vêtements propres et redescendit au rez-de-chaussée. Un nouveau bref regard sur la pendule lui indiqua que l'opération ne lui avait pris qu'un petit quart d'heure. Il était 21h30. Il était donc parfaitement dans les temps.

Il marcha résolument vers le cheminée, prit une poignée de poudre de cheminette qu'il jeta dans l'âtre.

« 23, Bird Street, Uckfield, » dit-il avant de pénétrer dans les flammes vertes.

... ... ...

Il déboula dans une grande pièce rectangulaire aux couleurs chaudes et claires. Assis sur un canapé à l'allure confortable, se tenait l'homme qui lui avait envoyé le mot. Adrian releva la tête et lui fit un immense sourire. Cependant, derrière son air serein, Charlie pouvait sentir son soulagement.

« Je suis heureux que tu sois venu, Charlie. J'avais un peu peur que tu ne le veuilles pas. »

« Je n'avais pas de raison de refuser, » répondit Charlie en haussant les épaules et en s'asseyant à côté de son ancien amant. « Alors ? Tu m'avais dit que tu voulais discuter avec moi autour d'un verre, où est-il ? » fit-il en faisant mine de chercher partout d'un air étonné.

Adrian sourit de nouveau tout en agitant sa baguette. Une bouteille apparut devant eux ainsi que deux verres.

« C'est du whisky pur-feu, je ne sais pas si tu aimes, on en avait jamais bu... avant. »

« Non, tu avais préféré me saouler avec ces cocktails rose bonbon de la mère Pieddodu, » rigola Charlie.

Il ne quittait pas des yeux le visage de l'autre homme. Il sourit largement en voyant le regard brun se fixer sur sa fossette, son sourire lumineux la creusant davantage. Ce geste avait trahi Adrian, comme beaucoup d'autres avant lui.

« Bien, bien, bien, » continua le dragonnier en s'étirant comme un chat, dévoilant un peu de peau nue sur son ventre plat. « En fait, j'aime assez le pur-feu, mais pour être franc, reparler de ces boissons sirupeuses me donnerait envie d'en boire de nouveau une goutte. Tu n'en aurais pas un peu qui traîne par là ? »

Adrian releva ses yeux qui avaient glissé sur la peau blanche et déglutit nerveusement.

« Euh, eh bien, oui, je crois que je dois avoir une bouteille dans mon bar. Je ne sais plus laquelle c'est par contre. »

Il se leva et se dirigea vers un petit meuble en bois. Mais avant d'avoir pu faire trois pas, il se retrouva plaqué contre le mur et la bouche de Charlie dévorait la sienne.

Les deux hommes gémirent de concert alors que leurs mains se faisaient baladeuses. Charlie s'arracha des lèvres de son ancien et futur amant pour lui embrasser le cou tout en grommelant.

« On s'en fout des boissons. Dis-moi où est ta chambre, à moins que tu ne préfères que je te prenne directement contre le mur. »

Le brun le recula un peu et le dévisagea en ouvrant grand les yeux. Jamais Charlie ne l'avait possédé avant, lors de leur première relation.

« Eh bien, le petit chaton est devenu un gros matou de ce que je constate. Tu veux me prendre, Charlie ? » haleta-t-il alors que le rouquin retournait à l'embrasser dans le cou, faisant courir sa langue sur la peau nue. « Je... Oh, Merlin... En général, je le fais pas ou très rarement, c'est plutôt moi qui prends... »

Le rouquin le plaqua plus fort contre le mur, pressant durement son bas-ventre contre le sien, le faisant haleter un peu plus.

« Pas ce soir, chéri, pas ce soir. Ce soir, c'est moi qui mène la danse, » grogna Charlie en lui arrachant purement et simplement sa chemise, faisant voler les boutons autour d'eux.

Il lui enserra les poignets dans ses mains rudes et fortes et les lui maintint de chaque côté de la tête.

L'ancien Serdaigle gémit alors que la bouche de Charlie parcourait son cou, ses clavicules et son torse, léchant et titillant de sa langue les petites pointes qui s'étaient dressées et lui envoyaient des décharges de plaisir dans le corps.

« Chambre, » grommela Charlie d'une voix rauque.

Il s'était libéré une main pour commencer à faire subir au pantalon du brun le même sort que la chemise. Ce dernier lui montra une porte du doigt et Charlie, toujours en lui tenant les poignets, l'entraîna dans la pièce. Une fois entré, il le poussa sur le lit avant de s'allonger rapidement sur lui.

« Charlie... » soupira Adrian alors que le rouquin l'avait déjà débarrassé de ses derniers vêtements.

Le dragonnier ne se donna pas même la peine de répondre, il se redressa puis, d'un geste de baguette, se retrouva nu lui aussi. Une fois cela fait, il poussa un autre grognement avant de se jeter sur le potionniste. Leurs érections se touchaient, se caressaient alors que Charlie frottait rudement son bas-ventre contre celui d'Adrian et donnait des coups de hanches.

Le besoin de posséder enfla encore dans les veines du rouquin qui retourna l'autre homme sur le ventre. Avant qu'il ne puisse protester, il aligna son corps robuste sur celui plus grand mais plus frêle de son amant. Ses mains retrouvèrent leur place sur les poignets fins alors que de ses jambes, il lui écartait les cuisses. Tandis qu'Adrian tournait la tête vers lui, il enroula ses chevilles sur celles du brun pour les lui maintenir en position.

Il lécha la nuque, mordilla la peau tendre devant son nez, respirant l'odeur d'Adrian. Il s'étonna de la reconnaître et de constater qu'elle lui avait manqué. Terriblement. Le rouquin donna un coup de reins et enfonça un peu plus ses dents dans la chair tremblante.

« Charlie... » gémit Adrian en soulevant sa tête.

Le cadet Weasley baissa son visage puis d'un petit coup de langue, lécha la pointe du nez de son amant.

« Oui ? » souffla-t-il.

« Je... Oh, Merlin, Charlie... Tu m'as manqué mais... »

Le garçon s'arrêta. Charlie, en regardant les yeux d'un brun chaud, comprit ce qui perturbait l'autre homme. Il s'avança et l'embrassa délicatement. L'une de ses mains lâcha un poignet et vint le caresser avec tendresse, d'abord les cheveux, le cou, l'épaule et le flanc pour finir sa course sur les fesses rondes. L'autre main remonta quand à elle sur le dessus de la main hâlée et leurs doigts s'enlacèrent.

« Toi aussi, tu m'as manqué, » lui murmura Charlie à l'oreille.

Il se redressa sur un coude, regardant autour de lui.

« Dans la table de chevet, » fit Adrian en le voyant faire.

Charlie ouvrit le tiroir pour sortir le pot de lubrifiant qui s'y trouvait. Il retourna à ses caresses et ses baisers, chuchotant des mots tendres pour rassurer l'homme sous lui.

Il n'était pas bien difficile de comprendre que pour un actif comme Adrian, accepter d'être le passif n'était pas simple, même si ce n'était pas la première fois qu'il le faisait. D'autant plus quand on connaissait leur passé. Charlie avait parfaitement compris la supplique muette que lui avaient lancée les prunelles sombres. ''Ne me blesse pas, s'il te plaît''. Le rouquin savait aussi que d'autres que lui l'auraient peut-être fait, profitant de l'abandon de celui qui l'avait blessé lors de leur premier rapport et surtout trompé, pour ainsi se venger.

Mais Charlie n'était pas de cette veine-là, Adrian le savait lui aussi très certainement, même si la fougue avec laquelle l'ancien Gryffondor l'avait écrasé sur le matelas ait pu lui faire craindre un instant le contraire.

Charlie fit comme il faisait à chaque fois quand il était le dominant, terme qu'il exécrait toujours autant. Il prépara son passif avec beaucoup de soin et de douceur, d'abord avec l'aide d'un doigt puis de deux. Il aimait cette sensation de la chair qui s'étirait peu à peu, se détendant en vue de l'intrusion qui allait suivre. Tout comme il aimait partir à la recherche de la merveilleuse petite boule de nerfs qui leur donnait tant de plaisir. Oh oui, à chaque fois qu'il faisait l'amour, Charlie Weasley remerciait le ciel d'être né homme.

Quand il sentit que les muscles d'Adrian étaient parfaitement détendus et que ce dernier n'en finissait plus de pleurnicher à cause du plaisir qu'il lui donnait, il se décala sur un côté afin de se recouvrir avec application la verge de liquide. Il retourna ensuite sur le dos de son amant, trempé de sueur, et poussa son gland entre les deux globes de chair. Il sentit la petite entrée frémir et s'ouvrir sous son passage, l'encercler alors qu'il s'enfonçait avec prudence dans cette moiteur chaude et douce qu'étaient les entrailles d'Adrian. Ce denier sous lui soufflait, ses doigts s'étaient resserrés sur les siens. Il balbutiait une litanie de mots sans fin dans laquelle Charlie reconnut entre autre son prénom, ''Merlin'' et nombre de ''oui'' et de ''encore''.

Enfin, il le posséda pleinement. Charlie poussa un profond soupir de bien-être et attendit un peu, profitant de cette sensation merveilleuse d'être dans le corps d'un autre, au chaud et à l'étroit. Son sexe pulsait doucement, attendant son heure, attendant un geste de la part de son amant pour commencer sa danse. Le brun bredouillait toujours mais amorça de lui-même un petit mouvement de bassin. Le dragonnier y répondit immédiatement en soulevant ses fesses, faisant ressortir sa hampe épaisse de l'antre rendu humide par le lubrifiant. Le bruit mouillé qu'elle fit alors qu'il replongeait avec délice sa colonne de chair au plus profond du rectum de son amant le fit frissonner tout entier.

Allongé de tout son long sur le corps transpirant, Charlie les emmena au bord du plaisir, son sexe fourrageant tendrement le ventre d'Adrian, parfois rapidement, tantôt lentement. Lorsque le brun commença à le supplier et à accompagner chaque coup de reins de Charlie en se frottant contre le matelas, le rouquin accéléra le rythme. Il eut à peine le temps de faufiler sa main entre les hanches de l'autre garçon et le lit pour pouvoir effleurer le gland humide, qu'Adrian cria en éjaculant. Il se tordit sur le lit, relevant ses fesses et son bassin, appelant Charlie encore et encore. Ce dernier le pilonna alors durement et jouit à son tour au plus profond de ses entrailles.

La respiration affolée, il s'écroula à côté d'Adrian qui ne bougeait pas mais continuait de gémir, le nez dans le drap froissé. Son torse parsemé de tache de rousseur dégoulinait de sueur, de même que le dos et les fesses de son nouvel amant. Charlie sourit et commença à rire.

« Quoi ? » geint Adrian.

« Rien. C'est juste... Juste que c'était trop bon. »

Le brun sourit à son tour et posa sa tête contre la clavicule de Charlie.

« Tu es un très bon amant, chaton. »

« Tu l'avais oublié ? » se moqua le roux.

« Non, je ne t'ai jamais oublié, » assura l'ancien Serdaigle.

Il releva la tête et embrassa Charlie.

Ils somnolèrent un peu, tout en continuant leurs caresses et en discutant à voix basse. Et puis, les baisers se firent de nouveau plus profonds, plus tendres.

Charlie écarta ses cuisses. Adrian, comprenant sans difficulté le message envoyé, s'y installa avec empressement. Quelques minutes plus tard, c'était le rouquin qui gémissait, les doigts agrippés aux draps encore moites de leur première partie de plaisir. Il ouvrit ses jambes plus encore et remonta ses talons qu'il planta dans le dos du brun qui s'affairait au dessus de lui.

Il se sentait de nouveau plein et entier, comme il ne l'avait jamais été depuis leur rupture. Il avait l'impression étrange de faire ce qui aurait dû être fait depuis des années. C'était comme revenir des mois en arrière, comme si la guerre n'avait jamais eu lieu. De nouveau, il n'y avait plus qu'eux. Charlie passa ses bras autour du cou trempé et le serra plus fort. Il voulait plus, il voulait tout. Il cria alors que le brun accélérait ses coups de reins, pénétrant Charlie avec plus de vigueur. Le rouquin ne voulait pas d'un amour tendre, il voulait qu'Adrian le prenne totalement, qu'il lui fasse oublier jusqu'à son prénom, qu'il le fasse avec force, presque avec brutalité. Il voulait sentir sa verge au plus profond de lui, qu'elle se fasse dure, rapide et intransigeante. Il voulait être pris comme seul cet homme avait su le faire, corps et âme. Sa petite boule de plaisir était malmenée au possible et Charlie cria, encore et encore alors qu'il jouissait violemment entre leurs deux ventres.

Il ne repartit qu'au petit matin. Le soir suivant, ils recommencèrent. Cela dura pendant les cinq jours où Charlie resta en Angleterre.

À l'aube du cinquième jour, Adrian se pressa contre le corps nu de son amant.

« Charlie, pourquoi tu retournes en Roumanie ? Reste en Angleterre, reste avec moi. Tu pourrais demander la réserve du Pays de Galles. »

Charlie sourit et la main d'Adrian caressa aussitôt sa joue droite.

« Non, ma vie est là-bas, mes dragons, mes amis sont là-bas. Je ne veux pas rester ici. Tu me demandes de rester auprès de toi, encore une fois. Pourtant, toi-même tu ne veux pas partir. »

Le brun se tortilla sur le matelas.

« Je ne peux pas. Je ne peux pas abandonner mes recherches. »

« Si, » contra le Gryffondor. « C'est juste que tu ne le souhaites pas. »

Adrian le regarda, un éclair douloureux dans les yeux.

« Chaton, je ne veux pas te perdre, pas une deuxième fois. On pourrait tenter de recommencer tous les deux, tu ne crois pas ? »

Charlie se rassit et embrassa son amant.

« Non, Adrian. Toi et moi savons tous les deux que tu n'es pas fait pour les relations à distances. »

« J'ai changé. »

« Comme nous tous. Cependant, je ne préfère pas prendre de risque. Puisque tu ne veux pas quitter l'Angleterre, notre histoire se termine ici, Adrian. Je t'ai aimé, tu es d'ailleurs le seul que j'ai vraiment aimé et ce depuis dix ans. Mais maintenant, c'est fini. »

Quand Charlie arriva dans son appartement de colocation en Roumanie, il se sentit chez lui et libre. Certes, c'était un sentiment qu'il avait toujours quand il revenait à Sibiru. Cependant, cette fois, une impression d'accompli l'accompagnait. La guerre était finie mais il n'y avait pas que cela. Charlie s'allongea dans son lit pendant que la voix d'Akiro se faisait entendre dans leur salon commun. Il ferma les yeux et respira lentement.

Une page de sa vie venait d'être tournée et une nouvelle feuille vierge était devant lui. Ne restait plus qu'à l'écrire.

... ... ...

Charlie était de retour en Roumanie depuis moins d'un mois quand il fut appelé dans le bureau du directeur de la réserve, Ionut Focnebun. Le dragonnier se dirigea vers le grand bâtiment blanc de Sibiru à grandes enjambées, se demandant ce que son directeur avait de si important à lui annoncer qui justifiait de le faire revenir d'une mission.

Il frappa à la porte et entra après en avoir eu l'autorisation par la secrétaire. Cette dernière lui fit un immense sourire charmeur qu'il lui rendit en se moquant intérieurement. A priori, Naameka n'avait toujours pas compris qu'il était gay. Avec un signe gracieux de la tête, elle lui indiqua le bureau de Focnebun tout en l'informant qu'il l'attendait.

Charlie entra dans la pièce, plutôt vaste, décorée de façon très peu originale par des posters, figurines et cornes de dragons. Ionut se leva de son siège et vint à sa rencontre pour lui serrer la main, puis il commença à lui parler en roumain, tout en lui désignant un siège.

« Ah, Weasley, je voulais absolument vous voir ! Bien, j'ai deux nouvelles très importantes. Tout d'abord, vous êtes attendu à Bucarest dimanche. Le ministre veut vous décorer de la médaille du courage, suite à vous savez quoi. »

Charlie se retint de pousser un soupir. Et allez, ça continuait. Comme si cela ne suffisait pas du Royaume-Uni, de nombreux pays d'Europe tenaient à le décorer ou à le féliciter officiellement, lui et d'autres résistants depuis la fin de la guerre. Mais là, s'agissant de son pays d'adoption, il allait difficilement pouvoir dire non. Il eut une brève pensée pour Ron, Hermione et Harry, comprenant subitement le brun qui semblait toujours bouillir quand on lui parlait des médias. Sans compter les gens qui le félicitaient ou les filles qui gloussaient. Merlin, quelle plaie. Autant la grande fête, c'est à dire beuverie, qu'avait organisée la réserve tout entière pour fêter la fin de la guerre et le retour de leur désormais héros de la résistance lui avait fait un réel plaisir, autant il avait plus de mal quand cela venait de personnes qu'il ne connaissait pas.

« Je sais, je sais, mais j'ai eu votre belle-sœur par cheminette qui m'a demandé de vous informer qu'elle serait là aussi. Elle et votre frère sont déjà à Bucarest. »

Charlie sourit à son directeur. Merci bien, mais ça, il le savait déjà. Par contre, cette peste de Fleur s'était bien gardée de lui dire la raison de leur venue en Roumanie.

« Bien, cela n'est pas le plus important. Vous savez que Rodriguez quitte la réserve à la fin de l'été. Je veux que vous preniez sa place en tant que chef d'équipe. » Devant le regard étonné du rouquin, il poursuivit. « Cela ne devrait pas vous surprendre, Weasley. Si vous n'aviez pas eu d'autres ''occupations'' ces dernières années, cela ferait déjà bien longtemps que vous auriez été nommé chef d'équipe, Charlie. »

« Mais, je suis plus jeune que certains autres équipiers, » contesta l'intéressé.

« Oui, mais aucun ne vous arrive à la cheville. Vous êtes doué et vous le savez, la fausse modestie n'a pas lieu d'être ici. Vous allez rejoindre le secteur trois dès lundi, pour travailler en collaboration avec Rodriguez et faire connaissance avec les membres de son équipe. En tant que supérieur, j'entends, puisque je me doute que vous les connaissez autrement. »

... ... ...

L'heureux nouveau chef d'équipe s'écroula sur son lit, les cheveux encore humides de sa douche. Par Godric, cette Magyar était vraiment une saloperie de la pire espèce, une vicieuse de la première heure. Il grimaça, alors que la pommade anti-brûlure finissait d'apaiser son mollet.

Dire que Harry avait dû la combattre en quatrième année ! C'était inconcevable. Sacré Harry... Il l'avait impressionné ce jour-là. Bon, d'accord, Harry l'avait impressionné et pas seulement ce jour-là. Le jeune homme était épatant. Et véritablement surprenant. Allongé sur le ventre, histoire d'éviter une surchauffe du mollet incriminé, Charlie tendit sa main pour se saisir de la dernière lettre de sa sœur.

Depuis l'annonce de sa rupture et surtout les raisons de cette dernière, Ginny était en froid avec Ron, Percy et ses parents. Enfin, surtout avec Ron et Percy. S'agissant du dernier, cela n'était pas très étonnant. Sa sœur lui avait expliqué, lors de sa première lettre, qu'elle lui en voulait énormément de s'être ligué contre elle, de l'avoir insultée, selon ses propres termes, alors que ce crétin avait tourné le dos à toute sa famille durant la guerre. Ginny étant connue pour être particulièrement rancunière, cela ne surprenait donc pas spécialement Charlie.

S'agissant de Ron, cela était plus dû au fait que c'était lui qui avait été à l'initiative de la fameuse réunion de famille. Et puis, c'était le meilleur ami de Harry. Charlie savait que les blessures que les deux derniers de la fratrie s'étaient faites étaient bien trop profondes et douloureuses pour s'effacer ainsi. D'autant que le trio et Ginny se retrouvaient de nouveau ensemble à Poudlard.

En soupirant, il reprit sa lecture. Bon, Ginny se plaignait une nouvelle fois de son manque d'empathie envers elle. Bon sang, mais que voulait-elle qu'il fasse ?! Tout empathe qu'il était, il n'allait pas lui dire qu'elle avait raison uniquement pour lui faire plaisir alors qu'il était clair qu'elle se plantait lamentablement.

Comme il l'avait prédit à Ron, le couple Ginny-Neville n'avais pas survécu bien longtemps. Quelques semaines après la rentrée scolaire, Ginny lui avait écrit une lettre. Il avait bien vu que la jeune fille avait pleuré en la rédigeant. Le bon cœur de Charlie s'était fendu en voyant les traces de larmes sur le parchemin.

Il lui avait répondu de suite, dans l'espoir de la consoler mais aussi de lui montrer ses propres erreurs. Malgré leur correspondance plutôt soutenue depuis lors, il avait rapidement constaté que si Ginny demandait à ses deux grands frères, à savoir Bill et lui, de la soutenir, elle ne prêtait aucune attention à leurs conseils.

Charlie, tout comme Bill, avait du mal à comprendre la benjamine Weasley.

Il lut les mots de Ginny, ses sourcils cuivrés se fronçant.

« Bon sang, Ginny, » grommela-t-il entre ses dents.

Ça y était, elle recommençait avec Harry. Sur les deux pages environ du parchemin, la première était consacrée à se plaindre de son sort, la deuxième à déblatérer sur Harry. C'était toujours la même chose depuis que le brun était de nouveau en couple.

Il termina la lettre, réellement remonté contre sa frangine, cette-fois-ci. D'accord, il pouvait comprendre que cette peste d'Astoria Greengrass n'avait pas à remuer le couteau dans la plaie en sous-entendant que Ginny était tellement mauvaise au lit qu'elle avait fait virer de bord Harry. Mais dans ce cas, qu'elle s'en prenne à elle, pas à Harry !

Faisant venir à lui, une plume et un parchemin, Charlie se décida à répondre à sa sœur.

« Chère Ginny,

J'ai lu ton dernier hibou avec beaucoup d'attention, comme à chaque fois. Mais là, Ginny, ne t'attends pas à ce que je te dise une seule fois que tu as raison. Tu as tort, Ginny, tort. Personne ne veut te le dire. Du moins papa et maman ne le veulent pas, parce qu'ils ne souhaitent pas te blesser. Le souci, c'est que c'est toi en ce moment qui les blesse et qui fais du mal à tout le monde. Quant aux autres, Bill et moi compris, même si nous te disons les choses, tu ne les écoutes pas. Tu ne parles plus à Ron, tu boudes Percy, tu ignores même George ! Je sais, par Bill, que dimanche dernier, tu t'es fâchée de nouveau avec Percy, toujours au sujet de Harry.

Pourquoi tu refuses de nous écouter, Gin' ? Et pourquoi as-tu parlé en mon nom ?

Oui, je suis gay, oui, je le sais depuis des années, sans doute ai-je même toujours su que j'aimais les garçons. Pour autant, ce n'est pas parce que pour moi cela s'est passé comme ça que c'est vrai pour tout le monde ! C'est ce que j'ai essayé de t'expliquer, tant lors de ma visite pour le jour de l'an que dans mon dernier courrier. Néanmoins, tu refuses encore de l'entendre ! Harry n'est pas comme moi, il lui a fallu plus de temps pour se rendre compte de ses préférences. Il a été éduqué par des Moldus, des Moldus homophobes qui plus est. Alors non, ce n'est pas à cause de toi qu'il est « devenu gay » comme tu dis, mais ce n'est pas non plus à cause de Zabini !

J'avais discuté avec Harry, brièvement, à ce sujet, en janvier. Il m'a avoué qu'il n'avait jamais vraiment aimé embrasser les filles. Mais ce n'est pas contre toi, bon sang ! Zabini lui a seulement permis de réaliser qu'il était plus attiré par les garçons que par les filles, c'est tout. Et non, il ne redeviendra pas hétéro.

Je ne comprends pas non plus pourquoi tu en veux autant à Blaise et Harry pour leur mise en couple. Tu as été la première à nous sauter à la gorge lors de la fameuse réunion de famille, parce que nous n'avions rien à te dire au sujet de Neville puisque vous aviez rompu avec Harry. Je te retourne donc tes propres paroles. Tu n'as pas à te mêler de la vie amoureuse de Harry. Il ne t'appartient pas. Je trouve cela d'autant plus regrettable que tu ne l'aimes même pas, Ginny : rien dans tes mots ne montre une quelconque forme d'amour envers lui. Juste une regrettable possessivité et jalousie mal-placée.

Voilà, désolé, petite sœur, je ne veux pas te faire de la peine, du tout, en te disant cela. Au contraire.

Gin', ma chérie, ressaisis-toi ou tu resteras malheureuse toute ta vie.

Je t'aime, Ginny.

Ton frère,

Charlie. »

Bon, le ton était sec, il le savait, mais là, il n'en pouvait plus. Il se faisait du souci pour Ginny en plus de cela. Ce comportement n'était pas celui de sa sœur, du moins, pas de la petite Ginny qu'il connaissait. Cela le rendait triste de constater ce qu'elle était devenue.

Et puis franchement, non, il n'avait pas du tout apprécié ses insultes à peine déguisées envers Harry.

Harry...

Le garçon était gay. Quand Charlie était revenu mettre des fleurs sur la tombe de son frère six mois après la fin de la guerre, il avait été surpris quand Ron et son père lui avaient appris que Harry était gay et sortait avec l'ancien Serpentard, Blaise Zabini. La mention du beau métis l'avait fait sourire, lui rappelant de lointains souvenirs.

Il avait vu le jeune Survivant, le jour de l'an, lors du repas qu'avait préparé Molly. Il était venu accompagné du Serpentard d'ailleurs. Blaise était toujours aussi bandant, cela n'avait pas était une surprise pour Charlie. Non, la surprise était venue du côté de son frère d'adoption.

Charlie avait déjà trouvé que le brun avait changé, que ce soit lors du mariage du Bill ou après la guerre. Pourtant là, il n'en était pas revenu.

Harry était beau, tout simplement beau. Mais, contrairement à Ginny, il n'avait pas changé intérieurement, il était toujours le même adorable gamin que Charlie avait connu, gentil, attentionné et un brin timide.

Charlie en était venu à envier Zabini, du moins un bref instant, avant de sourire. Harry était comme un petit frère. Sans doute que le fait de le savoir du même bord que lui avait un peu chamboulé ses hormones pendant un instant, voilà tout.

... ... ...

À suivre

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