Possédé Par Un Exorciste : Chapitre II.
Enjoy ! :3
Université des Arts Théologiques et d'Exorcisme, Rome, Italie.
Le son crissant d'un micro retentit dans la salle et fit grincer quelques dents.
– Chers étudiants, votre attention s'il vous plait.
L'assemblée bruyante tourna la tête comme un seul homme vers l'estrade. Le brouhaha se transforma en un silence religieux et l'écho de la voix raisonna au dessus des étudiants, avant de mourir contre les vitres de la claire-voie.
– Un mot du Directeur et Général de la congrégation. Général...
L'orateur, Komui Lee, s'éclipsa du pupitre au profit d'un vieil homme aux longs cheveux grisonnants, dont la carrure impressionnante et le regard perçant mais doux projeta un irrémédiable sentiment d'admiration sur les jeunes élus.
– Mesdemoiselles, Messieurs, vous qui représentez le futur de notre noble association, je vous souhaite la bienvenue au sein de cette nouvelle année, laquelle se trouve être l'une des plus symboliques de notre histoire. Comme vous le savez, le conseil a relayé la volonté de notre institution d'obtenir par décret le droit de s'appeler "Université", et le rectorat vient enfin de nous l'accorder. Ce combat pour un nom prend tout son sens aujourd'hui, et je remercie solennellement la majorité du Conseil pour son appui, nous en sommes réjouis.
– Qui est réjoui exactement ? souffla un jeune asiatique à l'air morne non loin du premier rang.
– Yuu... murmura son voisin d'un ton d'avertissement.
– En effet, continua le Général, inconscient des remarques acerbes dont il faisait l'objet, "il m'a toujours paru insensé de lier ce nom à la taille. Une université se définit par un établissement qui fédère en son sein la production, la conservation et la transmission de différents domaines de connaissance. Or ces trois missions, nous les accomplissons de manière complète."
– Regarde-le, l'autre, avec son sourire béat. Il m'écoeur.
Lavi leva les yeux au ciel.
– Pour info, t'es le seul à ne pas avoir compris qu'on vient enfin d'obtenir la reconnaissance de nos diplômes, et que c'est une très bonne nouvelle...
– De l'esbroufe. A quoi ça nous va nous servir quand on sera sur le terrain à combattre des démons, tu peux me le dire ?
Le chinois choisit d'ignorer son ami avant qu'il ne finisse par réellement lui taper sur le système. Ce dernier ne s'en formalisa pas – il avait l'habitude – et se mit inconsciemment à scruter le profil d'un autre étudiant assis juste en face de l'estrade. Son air bienveillant contrastait violemment avec la froideur générale de son physique. Ses longs cheveux blancs et la couleur hypnotisante de ses yeux, d'un gris clair et pur qui brillait comme l'éclat d'un diamant, lui donnait un air mature et formel, en parfaite contradiction avec la délicatesse de ses traits encore un peu puérils.
Ce visage l'avait toujours fasciné, d'aussi loin qu'il se souvienne, et avait même fini par l'obséder depuis la fin de l'année précédente. Une obsession malsaine et totalement indépendante de sa volonté. Elle le poussait à agir comme un idiot et à s'ériger contre tout et rien.
Son voisin soupira. Kanda était à nouveau perdu dans la contemplation de la seule chose qui arrivait à le déstabiliser, à lui faire perdre ses moyens et qui rendait son tempérament, qu'il était déjà le seul à pouvoir supporter, absolument impossible. Mais si cela ne l'exaspérait pas autant, Lavi s'avouerait qu'il en était aussi enchanté.
Il était d'origine chinoise mais avait été abandonné à l'âge d'un an. Reccueilli par une famille japonaise, il avait passé sa vie entière au pays du soleil levant. Ainsi, lui et Yuu se connaissaient depuis toujours, et Lavi savait parfaitement que cet être froid et insensible n'avait jamais eu de considération que pour lui-même. Alors le voir nourrir cette étrange obsession, et pour un autre homme de surcroît, avait quelque chose de très, très intéressant. Il fallait simplement composer avec son humeur, mais Lavi était habitué.
Allen Walker avait piétiné le complexe de supériorité du grand Yuu Kanda par le simple fait d'exister, et rien que pour cela, Lavi lui vouait un profond respect.
Se sentant épié, Allen tourna la tête vers le japonais et croisa son regard. Un léger sourire, purement ironique, étira ses lèvres délicatement ourlées alors qu'une vive étincelle de défi embraisait ses yeux. Le cœur de Kanda manqua un battement et ses pommettes se teintèrent d'une subtile couleur rosée, résultat de l'humiliation que son binôme venait de lui infliger. Encore. Il se détourna, boudeur, et feint d'être profondément captivé par le discours du général.
Lavi, en tant que spectateur du manège qui se jouait entre ces deux là, dut contenir à grand-peine le ricanement qui menaçait de franchir ses lèvres. Cela donna lieux à un rictus de contenance, qui n'échappa pas à Allen, lequel secoua la tête d'exaspération avant de reporter son attention sur le général.
– ... Sans doute s'agit-il d'enseigner autrement. Notre devoir est en effet de définir ce qui caractérise cette promotion et de lui offrir une méthode d'apprentissage qui ne renie pas sa démarche habituelle de connaissance, mais qui la prolonge pour en faire une véritable démarche critique universitaire...
Blablabla, blablabla...
Kanda avait l'impression que cela durait depuis des heures, cet homme était intarissable.
– J'ai faim, bougonna-t-il.
– C'est bientôt fini, le réconforta son meilleur - et unique - ami.
Effectivement, une poignée de minutes plus tard, le directeur entama sa dernière phrase avant de conclure :
– Pour finir, quelques mots du Président du Conseil des élèves dont le binôme a, rappelons-le, terminé major de cette promotion. Allen Walker, si vous voulez bien me rejoindre.
Le britannique se leva, à la fois déterminé et timide. Il était attendrissant malgré lui. Il rejoignit le Général, lui offrit une révérence à laquelle l'officier répondit par un signe de tête complaisant avant de lui céder sa place au pupitre. Kanda s'efforça alors de regarder partout sauf devant lui, peu enclin à croiser de nouveau les yeux moqueurs de Walker.
Ce dernier fit face à l'assemblée et prit une profonde inspiration.
– Je ferai bref et concis, tout cela m'ennuie autant que vous et je ne survivrai pas à la honte d'entendre les bruits de mon estomac affamé raisonner dans ce micro...déclara-t-il d'une voix amusée.
Des rires retentirent dans l'amphithéâtre tandis que les regards réprobateurs des professeurs s'abattaient sur le plaisantin.
– Le combat qui a été mené pour obtenir la reconnaissance de nos diplômes ne doit pas être considéré comme un acquis, reprit-il, sérieux cette fois. "Il s'agit de prouver que nous en sommes les justes redevables. J'espère que cette nouvelle perspective renforcera la motivation de chacun, qu'elle nous guidera sur le long et périlleux chemin de la réussite pour faire de nous les premiers détenteurs du diplôme universitaire d'exorciste reconnu au monde. Ainsi, j'ai l'honneur de déclarer cette année universitaire ouverte. Qu'y vive cette institution et que vos routes, chers amis, y soient inondées de soleil."
Allen termina et fit une nouvelle révérence, sous les applaudissements du public.
– "Que vos routes y soient inondées de soleil" ? Sérieusement ? siffla dédaigneusement la seule personne qui refusait de taper dans ses mains.
– Je trouve ça plutôt joli, contredit Lavi.
– Tch..., le japonais fut le premier à se lever, néanmoins suivi peu après par le reste de l'assemblée d'étudiants. La foule se dirigea lentement vers la sortie tandis que le bourdonnement chaotique des voix reprenait ses droits. "Ce type vous a tous ensorcelés !" s'exclama Kanda en franchissant la grande porte du hall qui conduisait vers le réfectoire, Lavi sur les talons.
– C'est toi qui dis ça ? répliqua innocemment celui-ci.
Kanda se retourna brusquement, des éclairs grondant dans ses yeux foncés.
– Qu'est ce que c'est censé vouloir dire ? attaqua-t-il en s'arrêtant en plein milieu du passage.
– Avance, crétin ! éluda Lavi qui se faisait bousculer par la masse d'élèves derrière eux. "Comment tu vas survivre à une nouvelle année dans ces conditions ? Ca n'a même pas encore commencé !"
Kanda reprit sa marche vers la cafétéria.
– T'inquiète pas pour ça, on a rendez-vous tous les deux après le déjeuner pour régler le problème.
– Tous les deux ? répéta Lavi qui n'était pas sûr d'avoir bien entendu.
Ils arrivèrent devant le cuisinier et Kanda commanda son éternel Soba avant de partir s'asseoir sans répondre ni même attendre que son ami ait fini de passer sa propre commande. Lavi le rejoignit quelques instants plus tard avec son plateau.
– Il m'a écrit, dit alors le japonais en posant ses baguettes d'un air contrarié.
– Que... quoi ?
– Cet été.
Kanda se pencha pour chercher quelque chose dans son sac et en sortit un morceau de papier chiffonné, qui avait probablement dû être un élégant papier à lettre en des temps lointains. Il le tendit à Lavi, lequel s'en saisit avec curiosité.
– Comment est-ce qu'il a eu ton adresse ?
– Excellente question ! Ce type... il ne pouvait pas se contenter de m'envoyer un mail comme tout le monde. C'est de la pure provocation !
– C'est un anglais... Lavi balaya l'air d'un geste nonchalant comme si son argument pouvait tout expliquer. Puis il déplia la lettre et lut :
Kanda,
Je me permets de t'écrire pour t'informer que j'ai fait une réclamation auprès de l'académie pour leur demander de changer de binôme. Un échange devrait être envisageable si tu fais de même. Préviens-moi si tu me suis dans cette démarche.
Bonnes vacances,
A.W
– Et donc ? s'enquit Lavi.
– J'ai écrit aussi, bien sûr. Ca me tue de l'admettre mais Walker a raison.
– La réponse est favorable ?
– Aucune idée, soupira anxieusement Kanda, mais si c'est positif, que penses-tu de faire l'échange avec ton partenaire ?
Lavi faillit avaler sa bouchée de travers.
– Faire équipe... Avec toi ?
– C'était l'idée, oui.
– PAS QUESTION !
Toutes les têtes des tables voisines se tournèrent vers les deux étudiants, auxquels Lavi offrit un sourire d'excuse. Kanda se ratatinait sur place en fusillant son meilleur ami du regard.
– C'est non.
– Pourquoi ? Je suis le meilleur de cette promo je te rappelle, s'indigna le japonais.
– Désolé de te l'apprendre, mais tu es aussi le plus insupportable. Walker est un Saint pour t'avoir laissé en vie jusqu'ici. En ce qui me concerne, rajoute une seconde de plus à notre temps quotidien passé ensemble et c'est la rubrique faits divers assurée.
La mâchoire inférieure de Kanda tomba sous le choc.
– Désolé vieux, je m'entends vraiment bien avec mon binôme en plus. Pas moyen.
– Je te revaudrai ça, siffla le brun en reprenant rageusement ses baguettes.
– Oh, j'en doute pas...
Allen tournait à l'angle d'un couloir, regardant pensivement ses chaussures, quand il bouscula quelqu'un de plein fouet.
– Oh, je suis déso...
Il s'interrompit toutefois dès le moment où il identifia sa victime et son nez se fronça machinalement.
– Regarde où tu marches, Moyachi, et finis tes phrases quand tu t'adresses à moi, persifla une voix grave au milieu du corridor.
– Hm ? Tu as dit quelque chose, Bakanda ?
– Tch...
Allen sourit à son vis-à-vis. Mais bien qu'il soit totalement factice, ce sourire prit de court le japonais. Il allait répliquer mais le sarcasme n'eut pas la chance de franchir ses lèvres, mourant prématurément et se transformant en déglutition. L'anglais fronça les sourcils devant cette réaction.
– Tu es bizarre, remarqua-t-il.
– Dit le monstre à l'œil maudit, rétorqua acerbement l'incriminé.
Allen le fixa d'un air étrangement approbateur.
– Voilà, ça c'est une réaction saine.
Il y eut un moment de silence durant lequel les deux étudiants se perdirent dans le regard de l'autre, des interrogations et des non-dits flottant dans l'atmosphère.
– Quelle heure est-il ? demanda finalement Kanda quand il fut sur de maîtriser parfaitement sa voix.
Allen eut un sursaut presque imperceptible et sortit une montre à gousset de la poche intérieure de son uniforme. Un geste que son binôme ne put s'empêcher de trouver désuet et charmant à la fois.
– L'heure d'y aller, répondit simplement le britannique.
Kanda hocha la tête et les deux garçons se dirigèrent ensemble vers une porte à quelques mètres de leur position, conservant une distance raisonnable entre eux. Allen arriva le premier et toqua à la porte. Ils attendirent un bref instant avant de la pousser et de pénétrer dans un grand bureau. Une jeune femme penchée sur des documents releva la tête vers les visiteurs et sourit, enlevant ses lunettes de lecture de son nez pour les accueillir.
– Entrez et asseyez-vous, messieurs. Je vous attendais, dit-elle en leur indiquant deux sièges de l'autre côté de son bureau.
Les deux garçons s'exécutèrent, prenant place côte à côte.
– J'ai ici les requêtes que vous avez formulées chacun de votre côté auprès de la commission. Je comprends que vous souhaitez changer de binôme, c'est bien cela?
– En effet, répondirent simultanément les étudiants. Leurs regards se croisèrent devant cette parfaite synchronisation, puis ils se détournèrent rapidement.
– Je vois. Pourtant, la politique de l'institution à ce propos est très stricte. Comme expliqué en première année, les binômes choisis pour coexister au sein des activités scolaires sont rigoureusement sélectionnés. Vos profils ont été estimés comme étant hautement compatibles après une longue et minutieuse analyse de vos caractéristiques communes.
– Nous en sommes tout à fait conscients, affirma calmement Allen, mais il s'avère que dans notre cas, ce système de répartition est véritable échec.
– J'aurais plutôt parlé de calamité, ajouta Kanda d'un ton sarcastique.
Allen retint un soupire d'exaspération.
– Tu n'obtiendras rien en agissant comme ça. Reste poli, souffla-t-il.
– Dit celui qui bousculait les gens sans s'excuser...
Cette fois Allen soupira franchement et les désigna tout deux des mains en implorant la conseillère du regard.
– C'est comme ça tout le temps. J'ai essayé de m'entendre avec cet... cette personne... vraiment du mieux que j'ai pu–
Un son indigné tenta de l'interrompre mais il ne lui en laissa pas le temps.
– ...Mais c'est tout simplement impossible. Je le déteste, il me le rend mieux que bien, et c'est comme ça depuis notre toute première rencontre.
– Parfaitement. Notre inimitié, c'est la seule chose sur laquelle on s'accorde, ajouta Kanda en croisant les bras sur sa potrine.
Allen hocha vivement la tête, continuant de lancer des regards suppliants à la conseillère. Cette dernière, fraichement diplomée en psychologie, analysa leur échange avec un soupçon d'amusement. Les jeunes gens étaient si spontanés que l'exercice s'en révélait d'autant plus intéressant. C'était pour cela qu'elle aimait travailler auprès d'eux, et rester éloignée des mascarades tordues qui se jouaient chez les plus âgés.
Ce qu'elle nota de prime abord, fut que le test de compatibilité avait merveilleusement bien fonctionné, comme toujours. Il était infaillible. Ces deux-là, en dépit de tout ce qu'ils pouvaient dire ou penser, étaient comme les deux facettes d'une même carte. Un yin et un yang quasi parfait. Physiquement, mentalement, ces deux êtres s'accordaient si bien qu'elle fut même surprise, elle n'avait encore jamais rencontré un tel phénomène.
Elle arriva vite à la conclusion que leur mésentente n'avait rien d'étonnant. Une telle convergence devait s'être révélée très déroutante pour deux individus si jeunes.
Elle observa alors plus attentivement le japonais, dont les réactions l'interpellaient. Il semblait être sur la défensive et à fleur de peau en présence de son binôme, pourtant – elle reprit le profil psychologique du garçon et se pencha dessus – il était très clairement précisé en tant que caractéristique prépondérante : "impassible et sachant faire preuve d'un sang froid impressionnant". La personne décrite sur le papier, et celle qui se trouvait en face d'elle, étaient radicalement différentes.
Elle soupira tandis qu'une équation préliminaire se profilait dans son esprit : compatibilité extrême ; attirance ; amour latent ; déni et honte : haine et incompréhension. Ce que vivait ce jeune homme devait être très difficile, et il était clair que tant qu'il refuserait d'être honnête envers lui-même, toute entente serait compliquée à envisager.
L'autre cas était plus complexe. Il interprétait visiblement l'attitude de son binôme comme un rejet et, à en croire l'expression que son visage reflétait, il apparaissait une sorte de sentiment d'échec. Allen était quelqu'un de brillant, agissait de manière réfléchie et possédait la lueur d'intelligence qui brillait dans les yeux des érudits par nature. Aussi, le fait de voir que tous les autres binômes fonctionnaient tandis que le sien était un fiasco en terme d'entente, le faisait se remettre en question et douter de lui-même. Au final, cette émotion amenait avec elle l'animosité, et le conflit.
Elle soupira.
– Vous dites être conscient de tout ce que votre demande implique, dit-elle en s'adressant directement à Allen, "mais si vous l'étiez véritablement, vous ne l'auriez même pas formulée."
– Que voulez-vous dire ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.
– Que si nous convoitons un autre partenaire, ce serait au détriment du binôme déjà formé par celui-ci, répondit Kanda à sa place.
La conseillère opina du chef.
– J'y avais réfléchis, bien sûr, se défendit Allen.
– Et ?
– Et je ne peux pas croire qu'un cas similaire au nôtre ne se soit pas manifesté, nous ne pouvons pas être les seuls à s'être révélés incompatibles à l'issus de la première année !
– Croyez-le ou non, répondit la jeune femme, vous êtes les seuls.
La réaction qu'elle attendait d'Allen ne se fit pas attendre. Frustration et colère envers lui-même se mêlèrent, sa dignité se chargeant de dissimuler du mieux possible le profond désarroi qui l'envahissait.
Quant à l'autre, c'était toujours du déni, et une faculté impressionnante à se déresponsabiliser si l'on en jugeait par les regards accusateurs qu'il lançait à son partenaire à intervalles réguliers.
– Ce que j'essaie de vous dire, c'est que le Conseil Pédagogique refusera catégoriquement de défaire un autre binôme à cause de votre relation conflictuelle.
Elle récolta deux pairs d'yeux alarmés.
– La seule solution, dit-elle fermement pour leur empêcher toute tergiversation, serait de reformuler cette réclamation.
– De quelle manière ? demanda Allen avec une pointe d'espoir dans la voix.
– Une demande de dérogation qui vous permettrait, au vu de votre incapacité à évoluer en binôme, de continuer votre scolarité en solo.
– Seuls ? C'est possible ? interrogea Kanda avec scepticisme.
– Pas sûr que ce soit accepté, non, répondit la conseillère honnêtement, mais c'est votre seule chance. Il va sans dire que vous en seriez extrêmement pénalisés dans le cadre des activités de groupe, que vous vous retrouveriez avec double somme de travail sachant que les exercices qui vous attendent, et particulièrement en seconde année, sont étudiés pour occuper pleinement le temps des étudiants évoluant avec leur partenaire...
– C'est faisable ?
C'était la seule chose qui les intéressait, et puis même si la réponse était non, ils feraient en sorte que ça le soit. La jeune femme se pinça la lèvre inférieure, les fixant à tour de rôle.
– Théoriquement non. Techniquement... je ne dirai que ce n'est pas impossible, vous êtes le duo le plus brillant de la promotion – un fait plutôt parlant, soi dit en passant. Cependant je ne connais pas d'étudiant, aussi méticuleux et organisé soit-il, qui puisse survivre à une quantité de travail déjà difficile à gérer pour deux personnes. Et si par miracle vous y arriviez, ce serait très limite. En d'autres termes, vous pouvez dire adieu au haut du classement, et soyez sûrs qu'il ne vous sera accordé aucun traitement de faveur, ni aucun écart.
Les deux garçons échangèrent un regard anxieux, indécis mais résignés à la fois.
– On pourrait peut être faire un compromis ? proposa alors Allen.
– Un compromis, vous dites ?
– Oui. J'imagine que s'il est question de continuer chacun de notre côté, cela implique que nous ayons chacun notre chambre.
– En effet, approuva la conseillère.
– Dans ce cas, on peut peut-être demander à avoir simplement deux chambres séparées tout en continuant notre partenariat.
– Walker... siffla Kanda. Ton idée est brillante, mais c'est non.
– Pourquoi ? s'agaça l'anglais.
– Parce que je ne veux plus avoir affaire à toi du tout. C'était ton idée de faire cette réclamation, alors assume la jusqu'au bout.
Allen grogna.
– Parce que je n'avais pas envisagé cette possibilité ! Mais si tu es prêt à verser dans la médiocrité à cause de ton incapacité à gérer tes émotions, ce n'est pas mon cas !
– Mon incapacité ? Sérieusement ? gronda Kanda en écarquillant les yeux.
– Messieurs... s'interposa doucement la conseillère en voyant que le ton commençaient à monter. Calmez-vous.
Allen et Kanda soupirèrent bruyamment en croisant les bras et fixèrent le sol, s'enfermant dans un mutisme borné. Et à nouveau, la jeune femme fut amusée des similitudes que montraient leurs réactions.
– Vous devez d'abord vous mettre d'accords sur la bonne chose à faire, dit-elle. L'idée d'Allen pourrait être acceptée, ou en tout cas prise en considération. Il faut que vous y réfléchissiez entre vous afin de prendre la bonne décision. Jusque-là, vous continuerez à former votre duo comme avant.
Devant le silence réceptif que manifestèrent ses étudiants, la conseillère en profita pour ajouter :
– Et avant que vous ne vous mettiez d'accords sur la bonne réclamation à faire, et surtout avant que celle-ci soit acceptée ou non, je veux que vous veniez tous les deux me voir une fois par semaine pendant une heure.
Les garçons froncèrent les sourcils.
– Voyez cela comme une sorte de thérapie de groupe, précisa-t-elle.
– Une thérapie, maintenant, ricana Kanda en secouant la tête. Allen quant à lui se contenta de la fixer en plissant les yeux de curiosité.
– Je n'ai pas abandonné l'idée de vous faire entendre raison, dans votre propre intérêt.
Elle écarta alors deux feuilles nominatives de sa pile de documents et les posa respectivement devant chacun des garçons.
– Voici les appréciations qui circulent entre professeurs au sujet des élèves, et plus particulièrement des résultats obtenus dans le cadre des duos.
Allen se pencha sur sa feuille tandis que le japonais continuait de jouer la carte de l'indifférence.
– Vous n'êtes normalement pas autorisés à accéder à ces informations, mais j'ai pris la liberté de vous les montrer néanmoins. Vous pouvez les prendre avec vous et les lire plus tard, ce sont des copies. Je vous incite à les lire attentivement. Sur ce, nous nous revoyons dans une semaine, à la même heure. Bonne journée, Messieurs.
Les deux garçons acquiescèrent et se levèrent, s'inclinant respectueusement avant de quitter les lieux.
J'ai un peu d'avance pour cette update car j'avais peur de ne pas avoir le temps ce week-end
J'ai beaucoup de plaisir à écrire cette fiction, je me suis rarement sentie aussi impliquée :') J'espère que ça vous plait au moins un peu, n'hésitez pas à me laisser votre avis ça fait tellement plaisir!
A la semaine prochaine pour le chapitre 3 ! *3*
