Chapitre 4

Eomer resta un moment à regarder la petite boîte sans y toucher. Il caressa l'idée d'appeler son écuyer: il était traditionnel au Rohan, après une chevauchée fatigante, que les éodred se dispensent les uns aux autres un vigoureux massage, appris de père en fils, qui relâchait les muscles enraidis et redonnait une incroyable vitalité après seulement quelques heures de sommeil. Cela, additionné au baume des Elfes, lui rendrait les forces dont il avait tant besoin.

Et puis, il chassa l'idée de son esprit. Quelqu'un, ici, avait des responsabilités plus lourdes encore que les siennes, et une lassitude au moins aussi écrasante. Il se leva, glissa la petite boîte dans sa poche et sortit de la tente.

Aragorn reposa avec gratitude le bol qu'il venait de vider. La soupe le réchauffait, et il se sentit un peu revigoré. Il se leva, mais tituba, pris d'un soudain étourdissement. Une main saisit son bras et l'empêcha de tomber.

«-Il faut vous reposer, monseigneur, fit la voix d'Eomer à son oreille. Quel gain aurions-nous à vous voir mourir d'épuisement?

-Je dois aller voir comment vont les Hobbits », balbutia Aragorn, qui ne tenait plus debout que par la force de sa volonté.

Il commença à s'éloigner, mais la main d'Eomer le retint.

« Elladan et Elrohir veilleront sur eux. Je vous en prie, monseigneur, venez! »

Aragorn se laissa guider vers la tente d'Eomer en trébuchant de fatigue et s'assit lourdement sur le lit. Il lui semblait que tout s'enfonçait dans un profond brouillard, où les silhouettes devenaient vagues, et les voix étouffées.

Il fronça les sourcils quand il réalisa qu'Eomer ôtait doucement sa tunique et sa chemise, tâchant de mobiliser le moins possible son corps courbatu et couvert d'ecchymoses. Il prit conscience qu'Eomer lui parlait; il ne comprit pas le sens de ses paroles, mais il perçut qu'il s'agissait de mots d'amitié et de réconfort, et il se laissa faire.

Il lui sembla soudainement que le monde basculait; il se retrouva allongé sur le lit, qu'il saisit des deux mains, pris de vertige. Mais cela ne dura qu'un instant: la fraîcheur du matelas rendit son esprit un peu plus clair.

«-Je m'étonne que vous ayez pu rester debout dans cet état, gronda doucement Eomer. Vous auriez dû voir un guérisseur depuis longtemps.

-Vous aussi », parvint à murmurer Aragorn.

Eomer eut un petit rire et sortit la boîte de sa poche. Oui, il était fatigué; mais face à cet homme épuisé et couvert de meurtrissures, sa propre lassitude comptait pour rien.

Aragorn se contracta un peu quand les mains d'Eomer se posèrent sur son dos, appréhendant quelque chose de désagréable plutôt qu'un soulagement: les Rohirrim étaient davantage réputés pour dresser les chevaux et combattre à l'épée que pour leur douceur. Mais quand les grandes mains calleuses commencèrent à frictionner ses muscles raides, vigoureusement mais attentives à ne pas blesser les tissus, un souvenir lui revint en mémoire: Théoden débourrant un jeune cheval, non pas à la force du poignet, mais s'adaptant à ses capacités et son caractère, prenant garde à ne pas le blesser par un mors trop serré ou des ordres trop brutaux.

Il avait la même impression, à présent: par le biais de ses mains, Eomer lui intimait doucement, mais avec insistance, de laisser son corps se calmer et s'assouplir.

Une odeur monta dans la tente, à la fois odorante et rafraîchissante; sa fatigue l'empêcha de l'identifier, mais son esprit s'emplit soudain de doux souvenirs: la chaleureuse atmosphère de Fondcombe, les étoiles étincelant au-dessus de la Vallée Cachée, et l'amour de ceux qui y demeuraient.

Il sombra enfin dans un profond sommeil.