Chapitre 5

Dans la douce lueur grise du crépuscule, Legolas s'éloigna en hâte du camp. Sachant tous les bienfaits que l'onguent aurait pu lui donner, il avait dû se faire violence pour le donner à Eomer. A présent, tout son corps se rappelait plus douloureusement encore à lui, comme pour lui faire regretter son geste, même s'il n'en était rien. Il avait besoin d'être seul, le temps de retrouver ses esprits.

Son agitation cessa d'un coup quand il se retrouva au milieu d'une clairière entourée de hêtres, où la lumière de la lune jetait des taches argentées. Le vent murmurait doucement dans les jeunes feuilles. Cet endroit n'avait jamais connu d'Elfe, mais il lui semblait être accueilli avec une joie indescriptible.

Il s'assit au pied d'un jeune arbre et ferma les yeux, laissant les bruits et les parfums nocturnes inonder ses sens. Après toutes ces semaines de combats et de hâte, il pouvait enfin prendre le temps de simplement profiter des belles choses qui l'entourait.

Il rit soudain; de la terre et du ciel étoilé émanait un air de bonheur, le simple bonheur de vivre en paix. Il avait l'impression que toute chose célébrait la chute de l'Ombre à sa manière; les étoiles étaient plus brillantes, les senteurs du bois, plus suaves, le bruissement des feuilles, plus harmonieux.

Il se leva d'un bond, rasséréné, se sentant soudain plus vigoureux qu'il ne l'avait été depuis longtemps. Il prit en hâte la direction du camp, brusquement animé du vif désir de venir en aide à ceux qui étaient encore las.

Il avait dû s'absenter pendant longtemps: hormis quelques sentinelles, il ne croisa personne dans le camp. Peu de lampes étaient encore allumées dans les tentes, et seul le bruit de nombreuses respirations se faisait entendre dans l'air frais.

D'un pas léger, Legolas se mit à errer entre les tentes, chantant doucement un air qu'il avait appris en Lorien: un chant de réconfort et de compassion, d'espérance et d'empathie, que les Galadhrim avaient souvent chanté à la Compagnie, affligée par la perte de Gandalf.

A son passage, les hommes en proie à un sommeil agité se retrouvèrent soudain vagabondant dans de doux rêves; ceux qui peinaient à s'endormir s'apaisèrent; même les sentinelles se sentirent plus alertes en l'entendant.

L'Elfe ralentit son pas quand il arriva près des tentes de ses amis. Il n'y entra pas, de peur que la lumière de la lune ne les réveillât; mais il renforça son chant, y mettant toutes l'ardeur et l'affection qu'il leur portait.

A l'intérieur de leur tente, les Hobbits furent revigorés, sans s'en rendre compte. Aragorn remua et sourit dans son sommeil. Quant à Eomer, étendu non loin de lui dans un demi-sommeil, peinant à trouver une position soulageant son corps courbatu, il lui sembla que la mélodie l'enveloppait comme une chaude couverture, calmant ses muscles douloureux et réchauffant ses os. Il eut un soupir et s'endormit enfin.

Quant Legolas entra enfin dans sa tente, il trouva Gimli profondément endormi, une expression de béatitude imprimée sur son visage. D'une main, il serrait contre sa poitrine la petite bourse de cuir où il conservait précieusement les trois fils d'or de Galadriel. Legolas retint un petit rire.

« Pas de soin à la manière elfique, n'est-ce pas, mon ami? » murmura-t-il avant de s'étendre à son tour jusqu'au lendemain.

FIN

Avec un peu d'avance, je vous souhaite un beau Noël !