La face cachée de la lune

Le soleil brille et l'humeur est légère, à l'image des robes des jeunes femmes installées sur les chaises longues, un verre à la main, occupées à regarder le match de volley-ball qui se dispute âprement. Akira et Sôjirô d'un côté contre Tsukasa et Rui de l'autre. Les réceptions spectaculaires succèdent aux services puissants dans un rythme effréné, au grand plaisir des spectatrices. Leurs cris d'encouragement retentissent et elles envoient des baisers du bout des doigts, entre deux éclats de rire, à ces gladiateurs des temps modernes. Compétiteurs nés, les membres du F4 rivalisent d'adresse et font montre de leur talent, attisant l'excitation de leurs groupies enivrées par le cadre de rêve, les cocktails et la perspective d'activités plus privées mais tout aussi sportives avec les quatre beaux spécimens masculins transpirant, sous leur regard appréciateur.

- Tu vas voir, le prochain point est pour nous, mon frère !

- ça, je n'en doute pas un seul instant. Il n'y a que Tsukasa à croire le contraire !

- Pff ! Sôjirô, Akira ! Je pense que le soleil a tapé trop fort sur vos têtes. A moins que ce ne soit mon dernier service ?

Un large sourire aux lèvres, Tsukasa se tient les poings sur les hanches, le menton crânement levé.

- Kyaa ! Dômyôji, tu es vraiment trop classe !

Et sous les cris du public enflammé, le jeune homme se rengorge, faisant ricaner ses amis.

- Qui ne voulait pas de filles ici ? Je trouve qu'il s'y est bien fait, finalement.

- En effet ! Je dirais même plus, il dégouline de contentement. C'est tout simplement insupportable.

- Et si nous lui rabattions son caquet ?

- Avec grand plaisir !

Sôjirô s'applique à son meilleur service, tandis que Rui et Tsukasa, concentrés, se mettent en position. La balle jaune et bleue passe le filet à grande vitesse et, se déplaçant souplement, le bras tendu, Rui parvient à la toucher du poing et à la renvoyer haut vers Tsukasa qui prenant appui sur ses jambes solides, s'élève et smashant la balle de toutes ses forces, la renvoie en fond de terrain adverse. Malgré sa bonne lecture du jeu, Akira ne parvient pas à réceptionner la balle et s'échoue dans le sable, de tout son long.

- Alors ? Je pensais que le prochain point était pour vous ?

- ça va, ça va… Grommelle Akira tout en se redressant, aidé par Sôjirô.

- Ne fais pas le fier parce que tu viens de marquer je te ferais remarquer que nous t'avons déjà contré au filet. Nous pouvons très bien recommencer !

- Si tu le dis, Sôjirô ! En attendant, c'est Rui et moi qui menons au score.

Un petit sourire aux lèvres, Rui fait claquer sa main contre celle lui tend son ami.

- Akira ! Sôjirô ! Ce n'est pas grave si vous perdez, vous êtes trop beaux ! On vous aime !

- Tu entends ça, Akira ? Qu'importe une partie de volley-ball quand d'aussi charmantes créatures se pâment d'amour pour nous ?

- Je te rejoins là-dessus, Sôjirô. Et si nous prenions une pause bien méritée, en bonne compagnie ?

Sôjirô sourit largement à son ami.

- Voilà de biens sages paroles. Tsukasa, arrêtons-nous en là, pour le moment. Un rafraîchissement serait le bienvenu.

- Vous êtes déjà fatigués ? Remarque, tout le monde ne pas avoir l'énergie d'un Dômyôji et…

Akira et Sôjirô échangent un regard entendu avant de regagner tranquillement leur transat où ils sont accueillis avec force cris par leurs conquêtes du jour. Tsukasa, pris dans sa tirade ne remarque le départ des deux compères que lorsque Rui lui en fait part de sa voix douce. Tsukasa ne s'en offusque pas et avec son ami rejoint le reste de la petite bande, acceptant le verre que lui tend Akira, une fois parvenu à sa hauteur.

- Allez, Tsukasa ! Levons un toast en l'honneur de cette magnifique journée et des superbes femmes qui nous font l'honneur de leur présence.

Tsukasa a un petit reniflement de mépris mais accepte néanmoins de lever son verre avant de s'installer à son tour sur une chaise longue. Aucune des filles présentes ne s'est risquée à l'aborder, consciente des risques encourus aussi se sont-elles empressées autour des trois autres membres du F4, enfin deux surtout, Rui ses lunettes de soleil perchées sur le nez semblant s'être déjà endormi. Akira et Sôjirô ne s'en plaignent évidemment pas et rivalisent de charme.

kazumi, Yukari, Sae, Tomo et Nana, les cinq amies rencontrées plus tôt dans la journée, sur la plage, n'ont pas hésité à suivre les hommes séduisants dans leur repaire, encore moins lorsqu'elles ont su avoir à faire au F4. Akira sourit. Il a une petite idée de ce qu'elles ont en tête, de leurs projets pour la soirée – la nuit – à venir, et de ce qu'elles prévoient de raconter à d'autres amies, une fois de retour au Japon. Le F4 ! Luxe, rires et volupté sous le soleil hawaïen, de quoi alimenter le pool des histoires et rumeurs les concernant et grandir encore si cela est possible leur aura de meilleurs partis – ou amants – du pays. Et bien évidemment, une fois qu'ils seront rentrés de vacances, le nombre de leurs admiratrices se sera considérablement accru, leur carnet d'adresses sera plus épais. Un jour de plus au paradis !

- Dis, Akira… Est-ce que je peux te poser une question personnelle ?

Sae, belle brune au chignon savant, se penche vers lui, ses yeux en amande voilés sous ses cils baissés.

- Bien sûr ! Une beauté comme toi peut me demander tout ce qu'elle désire.

- Eh bien ! Je souhaite savoir s'il y a une Madame Mimasaka Akira ou si tu es libre ?

Akira émet un rire joyeux.

- Moi ? Je suis libre comme l'air. Et si l'idée te plaît, je suis disposé à passer du temps avec toi…

Le jeune homme ne mentionne pas l'existence de Madame. Sae et les autres n'ont aucunement besoin de savoir quoi que ce soit à son sujet. Et puis, sérieusement ! Une femme mariée ? Madame est… une délicieuse parenthèse enchantée. Son Eden au goût de pêché. Son Hélène de Troie. Que ne donnerait-il pour parvenir à la détourner de son époux ! Pour qu'elle lui succombe enfin ! Elle est véritablement la seule à qui il pense en ce moment. Oh ! D'aucuns ne le connaissant pas pourraient confondre son sentiment avec de l'amour, ce serait une erreur. Il s'agirait plutôt d'obsession. Madame, Madame, Madame… Dans sa tête, dans sa chair, il n'y a qu'elle. Sa voix basse aux modulations soignées, contrôlées, ses lèvres carmin, le creux de ses reins… Elle est la dernière femme de sa vie. Jusqu'à ce qu'elle lui cède… Quoique pas assez sophistiquée en fonction de ses critères, Sae est très belle, mais elle ne peut en aucun cas espérer supplanter Madame. Elle ne représente aucun challenge, elle est facile. Mais cela ne l'empêchera pas pour autant d'accepter le plaisir qu'elle lui offrira. Qui serait-il pour faire une telle chose ? Accepter est tout aussi important et respectable que l'acte de donner.

- Dans ce cas, tu ne le regretteras pas. Je saurais rendre les moments passés ensemble, inoubliables.

Sae qui s'est rapprochée discrètement de lui, murmure ces quelques mots à son oreille. Inoubliables ? Rien que cela ! La jeune femme est décidément très sûre d'elle. Peut-être après tout est-elle très douée, mais quand bien même. Même s'il est un gentleman et n'a nulle intention de la blesser dans son orgueil, une chose est sûre. Quelle que soit son expérience, les jouissances qu'elle lui procurera, elle aussi finira par disparaître de sa mémoire. Le fameux « Once in a lifetime » de Sôjirô. Et il doit dire qu'il partage là-dessus, la vision des choses de son ami.

- Très bien, dans ce cas je te prends au mot…

Et sans plus de cérémonie, Akira se penche vers la jeune femme et cueille ses lèvres pour un baiser léger, taquin. Sae répond de la même manière, joueuse. Sa bouche est rose, sucrée, attirante.

- Hum… Oui, je te prends définitivement au mot.

Les lèvres de la jeune femme, toujours contre les siennes, sourient.

- Je n'en espérais pas moins ! A vrai dire, depuis que vous nous avez abordées, j'ai tout un tas d'idées en tête. Des idées que j'aimerai mettre en pratique avec toi.

- Séduisante et entreprenante ? Voilà bien deux qualités que j'apprécie chez une femme, tu marques des points.

- Tu peux rajouter compétitrice ! Je vois bien de quelle manière Kazumi te dévore du regard et je me doute bien que tu t'en es aperçu également. Mais il est juste hors de question que je la laisse me doubler…

En prononçant ces dernières paroles, Sae tourne légèrement la tête sur sa gauche, en direction de Kazumi, installée sur une chaise longue, sa robe déjà courte remontant sur des cuisses appétissantes, un cocktail à la main, l'ongle de son index laqué de rouge jouant sur le verre. Akira suit son regard, jusqu'à la bouche plissée dans une petite moue ennuyée.

- Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle n'a pas l'air très heureuse !

Sae rit doucement, toujours contre ses lèvres.

- C'est normal, elle ferait n'importe quoi pour être à ma place, en ce moment.

- Je vois. Veux-tu la rendre plus jalouse encore ?

Les yeux de la jeune femme pétillent, elle acquiesce.

- Danse ce cas, viens sur mes genoux…

Sae s'exécute et vient s'installer sur le giron d'Akira, en biais, ses jambes du même côté de la chaise longue.

- Maintenant, embrasse-moi.

Et la jeune femme s'exécute, plaque sa poitrine contre la sienne, passe une main sur sa nuque avant de lui administrer un nouveau baiser, bien plus profond et sensuel que le premier, sa langue venant s'enrouler autour de la sienne. Lorsque la main d'Akira vient se poser au bas de son dos, pour la presser davantage contre lui, Sae ne peut retenir un gémissement de plaisir. Ils s'embrassent ainsi assez longuement, jusqu'à ce que l'air leur vienne à manquer. Sa main toujours sur le dos de la jeune femme, Akira lève un œil paresseux vers Kazumi qui semble n'avoir rien manqué de leur petite interaction. Son visage ne montre trace d'aucun sentiment particulier mais la manière dont elle mordille sa lèvre inférieure laisse deviner que la scène qui s'est déroulée sous ses yeux lui a procuré une certaine… excitation.

- Kazumi doit être folle de rage, chuchote Sae à son oreille.

- Est-ce une impression ou cette idée te ravit-elle au plus haut point ?

- En effet. Elle et moi sommes toujours en compétition pour déterminer la plus séduisante d'entre nous, celle qui a le plus de succès auprès des hommes ou encore qui sait le mieux s'y prendre en matière de gaudriole…

L'oreille d'Akira se dresse. Le mieux s'y prendre ?

- Et comment faîtes-vous pour répondre à cette dernière question ?

- De la manière la plus simple possible, un cours magistral.

L'œil du jeune homme s'allume et toute son attention est dirigée vers la jeune femme.

- Tu veux dire que tu as un penchant pour l'exhibitionnisme ?

- On peut le formuler de la sorte. Je trouve cela très excitant de savoir que je suis la meilleure et de le démontrer. Les actes ne comptent-ils pas davantage que les paroles ?

- Et l'inverse ?

- Non, Kazumi n'est pas comme moi, elle est plus timide. Mais cela ne l'empêche pas d'avoir certains vices…

- Très intéressant, je me demande lesquels.

- Oh ! J'ignore si tu auras l'occasion de le découvrir, ni même si tu en auras encore l'envie une fois cette nuit passée.

Akira lève un sourcil interrogateur auquel Sae répond par un nouveau baiser mouillé.

- C'est tout simplement que tu n'en auras pas la force. J'ai un appétit féroce. Tu ne me rassasieras pas en une seule fois !

- Est-ce un défi que tu me lances ?

- Je n'ai pas besoin de recourir à ce genre de stratagème. Je sais ce que je vaux et je sais que je suis bonne à ce jeu.

- Et meilleure que Kazumi ?

- Bien évidemment, la question ne se pose même pas !

Le sourire de Sae lui rappelle celui de Sôjirô, si confiant et sûr de lui. Akira se demande si la paire Kazumi – Sae fonctionne comme le tandem qu'il forme avec son meilleur ami. Il dirige son attention une nouvelle fois vers Kazumi toujours installée sur sa chaise longue mais qui n'est plus occupée à les observer. La tête en arrière, elle rit à une histoire drôle de Sôjirô, un rire de gorge très sexy à son goût. Ensuite, nonchalamment, elle défait la tresse qui emprisonne ses longues mèches couleur noir de jais, et se met à jouer avec sa chevelure qui prend l'allure d'une cape soyeuse. Akira se met à l'imaginer nue, parée de sa seule toison, ses belles jambes à la peau laiteuse serrées l'une contre l'autre. Un tableau absolument ravissant qui l'inspire bien plus que Sae ne l'apprécierait. Mais Sae n'est pas sa petite amie, juste une conquête, il ne lui doit rien hormis une nuit de plaisir raffiné durant laquelle il se consacrera totalement à la jeune femme.

Il est Mimasaka Akira, le Playboy gentleman du F4 après tout. Il est fidèle à chacune de ses maîtresses, leur appartient totalement le temps des étreintes partagées. Mais si une nuit peut être longue, elle peut être ponctuée de plus d'un rêve. Et si la belle Sae est assurée d'être l'un d'entre eux, Akira ne peut lui garantir l'exclusivité. L'air de rien, depuis sa chaise longue, sans même lui adresser un regard, Kazumi l'allume, littéralement. Le mouvement de ses genoux qui se serrent puis s'écartent légèrement l'un de l'autre lentement, sa main qui tranquillement remonte le tissu de sa robe plus haut, dévoilant toujours plus de sa peau pâle. Et sa main dans la masse voluptueuse de ses cheveux qu'il aimerait remplacer par la sienne, lui ployant ainsi la gorge en arrière, la faisant s'arquer contre lui. Hum ! Bien que Sae soit parfaitement installée sur ses cuisses, celle vers laquelle ses fantasmes galopent est Kazumi. Oui… Sae est attirante de manière plus qu'évidente, Akira dirait même éblouissante ! Mais… Kazumi quoique moins extravertie que son amie lui donne envie de découvrir son visage derrière ses lunettes. Il a envie de découvrir si elle lui ressemble ou non, comme Sae serait l'équivalent féminin de Sôjirô. Ainsi, il ferait l'amour à son double féminin, et l'idée assez tordue, lui plaît drôlement. Faire l'amour à soi-même, le comble du narcissisme, le rêve de tout dieu du sexe !

De plus en plus émoustillé par cette perspective d'un genre nouveau, Akira laisse ses hanches bouger de manière sensuelle contre les fesses de Sae et ses mains entreprennent de caresser doucement le bas de son dos. La jeune femme émet un son appréciateur mais c'est à son amie qu'Akira sourit lorsque Kazumi se tourne à nouveau vers lui, à Kazumi encore qu'il adresse un clin d'œil complice. Et son peut-être alter- ego de répondre à son invitation par un mouvement lent de la tête qui fait glisser ses cheveux devant son épaule, sur sa poitrine. Kazumi se passe ensuite la langue sur les lèvres dans le but de les humidifier et le geste est terriblement érotique. Bien ! A présent plus que décidé, Akira choisit de passer à l'action.

- Le dîner va bientôt être servi, une merveille crois-moi ! Je dois d'abord passer un coup de fil pour une affaite urgente…

- Oh ! Tu vas me laisser seule ?

- Pas très longtemps, rassure-toi. Garde-moi une place à côté de toi ?

Sae sourit à Akira et se redressant avec élégance, le laisse donc s'éloigner en direction de la plage, son téléphone en main, pour rejoindre le reste de la joyeuse équipée qui se dirige à présent vers l'imposante propriété.

AAAAAAAAAAAAAA

Le jeune homme avance lentement en direction du cabanon, jetant de temps en temps de petits coups d'œil derrière son épaule s'assurant que Kazumi n'est plus très loin. Une fois arrivé devant le cabanon, Akira s'adosse à sa porte et attend tranquillement. La jeune femme ne tarde pas et le sourire aux lèvres, ses lunettes toujours perchées sur son nez, s'arrête devant lui. Le vent souffle doucement sur sa magnifique chevelure, la faisant voleter autour d'elle, Akira tend la main et saisit une longue mèche soyeuse.

- Absolument magnifique… Je me demande quel effet cela ferait de me faire caresser par une si belle chevelure ?

- Pourquoi ne nous efforcerions-nous pas de répondre à cette intéressante interrogation ? Après tout, rien ne vaut l'expérience, n'est-ce pas ?

Kazumi sourit largement, dévoilant de belles dents blanches. Mû par une envie qui le taraude depuis déjà un bon moment, Akira tend sa main droite pour retirer les lunettes qui dérobent le visage de la jeune femme à son regard. Enfin, Kazumi lui est révélée, et il n'est pas déçu, bien au contraire. Elle est vraiment très belle. Ses yeux ne possèdent pas l'exotisme du regard en amande de Sae, mais ils sont plus ronds, plus doux. Kazumi dégage quelque chose de délicat, sensible. D'élégant. Oui, la jeune femme lui rappelle sa propre image. Et tandis qu'il l'observe ainsi, elle le considère minutieusement, de la même manière.

- J'ai l'impression d'être sur le point de commettre un acte impardonnable.

Akira hausse les sourcils devant le petit sourire en coin de la jeune femme.

- Réellement ? Serais-tu mariée ?

- Non, il ne s'agit pas de cela. Comment expliquer ce que je ressens ? Tu risques de me trouver étrange mais… lorsque je te regarde, j'ai l'impression de voir l'homme que j'aurais pu être. Ou plus prosaïquement, mon frère jumeau, si j'en avais eu un.

Élégante et subtile… Akira sourit malicieusement.

- Ma foi, je trouve que c'est un beau compliment. Pas ordinaire, j'en conviens. Mais… un beau compliment tout de même.

Kazumi sourit à son tour, mutine, avant de s'approcher de lui jusqu'à le frôler. Elle lève légèrement la tête et plonge ses yeux dans les siens.

- J'imagine que Sae a parlé de moi ? Et que, bien sûr, elle m'a décrite comme son éternelle dauphine ?

- Pourquoi me parler d'elle, alors que nous sommes tous les deux ?

- Pour que tu lui rapportes plus tard, de ma part, que le perdant n'est pas toujours celui qui semble l'être. Je ne suis pas vaine au point de penser que moi seule te suffirai et que Sae n'aura pas les honneurs de ta couche. Cependant, j'ai ma fierté. Et je me dis que de nous deux tu n'as pas gardé le meilleur pour la fin. Ai-je tort ?

Le regard de Kazumi semble s'assombrir subitement, tourner à l'orage. Son visage change d'un coup et se charge de tension sexuelle.

- Non, tu n'as pas tort. Tu es même assez clairvoyante.

La jeune femme s'approche davantage de lui, de manière à laisser sa poitrine ronde s'écraser contre son torse.

- Je suis une femme dans tous les sens du terme. Je sais qui je suis, ce que je veux et ce que je peux obtenir. Je n'en suis plus à chercher qui est ou non la meilleure. Ce qui m'importe ? Que je sois au maximum de mes capacités. Disons que… Je suis à la lutte avec moi-même et personne d'autre. C'est, pour répondre à la question que tu t'es sûrement posée, la principale différence entre Sae et moi.

- Réellement ?

- Complètement. Mais rien ne m'empêche de faire plaisir à ma meilleure amie et de la laisser croire qu'elle et moi jouons le même jeu. Il peut être amusant de rester sur le côté et de regarder. Instructif également.

- Donc, tu tires également satisfaction de la dynamique qui régit votre amitié ?

- On peut le dire, oui. La place d'outsider est à mon sens, la plus intéressante, mais ça n'est bien sûr que mon humble avis sur la question. Je me fiche du titre de numéro un pourvu que j'obtienne ce que je désire, en définitive.

- Il n'y a donc que toi, dans ce monde ?

- Suis-je égoïste ? Peut-être. Mais au final, je ne fais que semer de pieux mensonges. Mais attention ! Aux autres, pas à moi-même. Ce serait le comble du mauvais goût.

Un instant, le souvenir de sa première nuit à Hawaï revient à Akira, son estomac se tord de manière assez désagréable.

- Et toi, Akira ? Es-tu seulement le gentleman distingué du F4 ou alors une bête sommeille-t-elle en toi ?

La mâchoire du jeune homme se crispe, sa main tire plus fort sur la poignée de cheveux qu'il tient toujours, faisant se pencher la tête de Kazumi la jeune femme laisse échapper un petit gémissement plaintif.

- Veux-tu vraiment découvrir ce dont je suis capable ?

- Oui. J'en ai vraiment envie. Dans mes bras, je veux tout de Mimasaka Akira pas seulement son visage lisse si distingué et parfait, mais aussi… la face cachée de la Lune.

Les deux jeunes gens se fixent un instant avant qu'Akira n'attire à lui le visage de Kazumi et l'embrasse rageusement, lui mordant presque les lèvres. Lorsqu'ils se séparent, le cœur d'Akira cogne dans sa poitrine, comme cette nuit-là. Les lèvres de Kazumi sont rouges de leur baiser et son regard voilé.

- Montre-moi que tu peux être tout ce que tu souhaites, plus que ce que tout le monde pense…

Akira sourit, un sourire inhabituel sur son visage si doux en temps normal.

- Avec grand plaisir…

Le jeune homme ouvre enfin la porte du cabanon, et la main toujours sur la nuque de Kazumi l'entraîne à l'intérieur, avant de refermer la porte derrière eux.

AAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

Encore échevelé, le corps et l'esprit secoués, Akira a tout oublié du dîner ou de Sae. Assis sur la plage, à même le sable, la tête sur ses bras croisés, il respire doucement, encore choqué par l'expérience qu'il vient de vivre. Les mots de Kazumi dansent devant ses yeux fermés, une obscure sarabande, comme une incantation magique. Leur rencontre a été intense, plus aboutie que son aventure avec Eri et Yura. Kazumi l'a enveloppé de ses bras, de sa longue chevelure de nuit, de ses jambes et de sa voix. Sa voix qui prononçait des mots crus, le brûlant au plus profond de lui, des supplications et des invectives. Elle soufflait le chaud et le froid, le rendant fiévreux contre elle et il a obéit, il a satisfait à sa curiosité. Il lui a montré de lui, cette part qu'il ignorait, qu'il rejetait, qu'il reniait. Et elle a tout pris en elle, sa force et sa douceur, ses baisers féroces et ses caresses subtiles si légères et délicates sur sa peau. Il a cru, l'espace d'un instant, être devenu fou, être débordé par une seconde personnalité plus bestiale, plus forte et vindicative. Exigeante. Comme si son corps abritait deux esprits ! Akira redresse la tête et regarde le ciel. La Lune brille doucement au-dessus des eaux calmes. La face cachée de la Lune… C'est ce que Kazumi lui a brillamment démontré par l'expérience.

Jusqu'à ce jour, il pensait vraiment que les cartes avaient été parfaitement distribuées dès le départ au sein du F4 qu'il était le gentil et délicat Mimasaka Akira. Oh ! Oui, il l'est assurément, cela n'est pas un masque. Mais il est encore plus que cela, couvrant un nombre étendu de nuances et variations. Si subtiles…

Il regarde ses mains comme s'il les voyait pour la première fois. Ses mains qui ont serré des hanches si fort, frôlé des seins avec révérence, ses mains capables de fermeté et de douceur. Il regarde ses mains, émerveillé. Il a la sensation qu'un monde entier, inconnu et vaste s'offre à lui. Il a envie de rire, Kazumi avait raison. De l'accepter, il ne se sent pas diminué, bien au contraire ! Ainsi la Lune n'est pas que cette sphère ronde bienveillante, à la lumière si douce. Elle aussi a ses secrets…

Il songe un instant à Sôjirô qui a rejeté toute douceur, toute sensibilité au profit de la seule sensualité. Son ami et lui étaient l'exact opposé l'un de l'autre, hier encore. Mais aujourd'hui ? Rien de tout cela ne se vérifie, rien n'est plus aussi simple. Lui, Mimasaka Akira fait le choix d'ajouter une corde à son arc il est curieux de voir ce qu'il peut ressortir de tout cela ! Peut-être aura-t-il deux fois plus de succès auprès des femmes ? L'idée le fait glousser. Peut-être Sôjirô aura-t-il moins de succès ? Il repense à ce que Kazumi lui a confié, sa relation avec sa meilleure amie Sae. Il a réellement le sentiment de comprendre tout ce que la jeune femme lui a dit. Et… Il décide de suivre ses conseils avisés. Il n'a pas besoin de révéler au grand jour ses bouleversements intérieurs, le plus important est qu'il sache lui, où exactement il se situe et où il souhaite se diriger. Dans l'immédiat, un dîner en compagnie de ses amis du F4 l'attend, occasion durant laquelle il entend bien tester ses nouvelles connaissances…