Disclaimers : Les personnages du roman Dracula ne m'appartiennent pas.
Ma troisième loi : Ne pas laisser transparaître ses états d'âme.
Cette loi n'était valable que si j'échouai à la seconde loi : si d'aventures je m'attachais à quelqu'un, je ne devais pas le laisser s'attacher à moi. Malheureusement pour moi, je n'avais pas réussi à respecter la seconde loi.
C'était en me répétant frénétiquement de ne pas laisser apparaître mes sentiments que je me rendais à mon travail. Une nouvelle journée s'annonçait et avec elle un nouveau combat. Un combat pour la survie de mon anonymat. Au volant de ma voiture, je fermai les yeux un instant pour tenter de m'ôter les images de la belle rousse. Mauvaise idée : c'était bien pire ! Je la revoyais dans tout ses détails.
Je pu respirer... Enfin, façon de parler car je n'avais pas réellement besoin de respirer. J'étais mort depuis longtemps alors l'air qui passait dans mes poumons était tout à fait inutile au bon fonctionnement de mon corps. Je ne vis pas Yseult ce jour-là. Ni même les deux suivants puisque j'étais en week-end. La torture reprendrait Lundi. Je ne me doutais pas un instant que ma torture serait plus grande que je ne m'y attendais. Je restais enfermé chez moi pendant tout le week-end. Je ne pouvais pas risquer de croiser Yseult au coin d'une rue. Je devais oublier cette jeune femme et ce pour mon bien comme pour le sien.
Même si j'avais quelques siècles d'existence derrière moi, je n'avais jamais mesuré à quel point on ne pouvait pas savoir ce qu'il se passait chez les gens une fois leur porte d'entrée fermée.
Ce Lundi-là, je croisai Yseult dans les couloirs mais sans la reconnaître tant elle faisait profil bas. Elle semblait tellement ailleurs qu'elle ne me vit pas. En y repensant, il me semblait qu'elle transportait un sac de voyage plutôt lourd. Peut-être avait-elle passé le week-end chez une amie ?
Le lendemain, je la croisai encore une fois et je ne pu que la remarquer. Je sortais fumer quand, nerveuse comme jamais, la jeune femme me heurta. Avec son gros bagage, elle fut déséquilibrée et tomba à la renverse. Pendant une fraction de seconde, je la regardai sans comprendre avant de tendre la main pour la relever. Quand elle me fit face, je notai qu'elle avait d'énormes cernes sous les yeux. Elle semblait ne pas avoir bien dormi. Elle semblait faible, elle vacillait sous le poids de son sac. Une fois encore je fus touché par cette demoiselle qui sortait tout juste de l'enfance.
-Merci, monsieur..., dit-elle d'une voix tout aussi faible qu'elle.
Elle fit mine de partir mais je la retins, l'empêchant de partir. C'était plus fort que moi, je m'inquiétai pour elle. Je voulais qu'elle se sente bien et, de toute façon, elle m'intriguait trop pour que je ne me mêle pas de sa vie. Je lui pris son sac et elle ne réagit pas.
-Yseult, ça ne va pas ? Tu es toute pâle... Et tu as mauvaise mine.
-Non...Non, ça va...
-Arrête de mentir. Je sais très bien quand on me ment. Et tu pars avec un handicap : tu es une très mauvaise menteuse.
Dans ses yeux, on lisait très clairement que quelque chose n'allait pas. Néanmoins, elle savait cacher la source de ses ennuis. La jeune femme baissa les yeux et murmura :
-Vous avez raison. Ca ne va pas mais vous ne pouvez rien n'y faire alors pourquoi vous en parler. Rendez-moi mon sac, s'il-vous-plaît.
D'un regard dur, je lui interdis de reprendre son sac par la force.
-Je ne suis pas né de la dernière pluie. J'ai vécu des choses que tu ne peux pas imaginer...
-Je peux très bien l'imaginer vu ce que je vis ! Alors arrêtez de m'emmerder et rendez-moi mon sac !
-Pourquoi tu veux tant ton sac ? Il y a toute ta vie dedans ? Tu dois fuir quelqu'un ?
-Peut-être... Alors rendez-moi mon sac !
-Tes parents t'ont fait quelque chose ? Si tu as besoin d'aide, tu peux venir me voir...
-Vous seriez d'accord pour me donner de l'argent ?
-Pourquoi de l'argent ? Qu'est-ce que tu as fait ?
-Je ne peux pas vous le dire... Pas ici en tout cas...
Je l'attrapai par le bras et l'entraînai vers le parking, qui était désert. Devant ma voiture, je lui demandai :
-Là c'est mieux ? Tu vas me dire ce que tu as ? Tu sais, je peux peut-être t'aider.
Sur ce, elle me jeta le sweat-shirt que je lui avais prêté à la figure.
-Tout ce qui s'est passé est de votre faute !
-Je ne comprends rien... Expliques-toi.
-Mon père m'a mise à la porte quand il a vu votre sweat-shirt dans le sac de linges sales. Je n'ai nul part où aller, où dormir et je n'ai pas un sou sur moi parce qu'il m'a coupé les vivres et puis...
Elle se tu, incapable de parler. Je la pris dans mes bras, sans la forcer. Elle s'abandonna dans mes bras. De grosses larmes roulèrent de ses joues sur mon t-shirt. J'étais un peu désemparé. Je ne savais pas comment réagir face à une telle démonstration de désespoir.
-C'est rien. Ca va aller... Je vais t'aider, lui dis-je avant de le regretter.
Je n'aurais jamais dû lui faire une telle promesse. Pourquoi étais-je incapable de lui dire que je ne pouvais rien pour elle ? C'était trop dur pour moi. Je perdais mes moyens et ma cruauté face à elle.
Je caressai ses cheveux roux emmêlés.
-Comment pourriez-vous m'aider ?, pleura-t-elle d'une voix fébrile.
-Je vais t'héberger le temps qu'il faudra pour que tu puisse te remettre sur tes pieds et sortir la tête de l'eau.
-Et votre copine ? Elle ne va pas râler que vous rameniez une étudiante chez vous ?
-Je n'ai pas de petite-amie...
-Enfin... Ou votre mec... Je ne pensais pas à un sexe en particulier...
-Non plus. Je vis seul alors ne t'inquiète pas.
-Merci.
A mon plus grand bonheur, nous en arrivâmes à nous détacher l'un de l'autre. Appuyé contre le capot de ma voiture, j'allumai une cigarette lorsque la rouquine m'en demanda une. Je haussai un sourcil, perplexe. Je ne l'avais jamais vu fumer mais bon. Je lui donnai mon paquet et mon briquet.
Bientôt, il fut l'heure d'honorer ma promesse et je repris la jeune femme dans ma voiture. Je voyais bien qu'elle était mal de devoir accepter une telle proposition de son professeur. A un feu rouge, je serrai brièvement sa main dans la mienne pour tenter de la rassurer. Elle faisait ce qu'elle devait faire pour survivre dans ce monde dur et cruel. Personne ne pouvait l'en blâmer. Avec une nonchalance feinte, je tentai de la rassurer :
-Ne doute pas de la moralité de ce que tu fais. Tu te bats pour survivre, c'est tout. J'ai fait bien pire que toi. Quand j'étais plus jeune, je me suis prostitué pour survivre et me permettre de faire croire à une femme, une femme que j'ai aimé, que j'étais riche.
-Vous ? Prostitué ?
-Oui... Je n'en suis pas fier. J'ai couché avec beaucoup d'hommes pour tenter de survivre... Mais je m'y suis perdu...
Je me tus. J'avais plus ou moins modifié mon histoire avec Lucinda pour essayer de rassurer la belle rousse. Après tout, ce n'était qu'un demi-mensonge. Je me tournai vers ma passagère et lui souris. Nous gardâmes le silence jusqu'à ce que nous soyons arrivés à ma maison. Je pris les affaires de la jeune femme et la fis entrer. Mes trois félins s'étaient cachés, intimidés par la nouvelle venue. Ils étaient craintifs. Je lui fis faire le tour du propriétaire. Puisqu'il était presque 19h, je lui proposai de commander des pizzas. Je lui cachai que mon réfrigérateur était vide (et n'était là que pour me donner l'air normal), hormis le congélateur (rempli de poches de sang). Elle ne refusa pas. Elle n'en avait plus la force. Elle ne devait pas avoir mangé de toute la journée. Je passai la commande dès qu'elle eut fait son choix puis je lui proposai d'aller prendre un bon bain chaud en attendant le livreur. Encore une fois, elle fut incapable de me dire non. Je la conduisis jusqu'à la salle de bain et fis couler de l'eau dans la baignoire. Nous autre vampires, nous n'avions pas besoin de nous laver. C'était un luxe. Uniquement du confort. Je dois bien dire que ça faisait du bien, au cœur comme au corps, de se prélasser dans l'eau chaude après une journée stressante. Dès que la baignoire fut remplie comme il le fallait, je laissais la jeune femme seule. Avant que je ne referme la porte derrière moi, elle me regarda et me remercia une nouvelle fois.
Pendant l'attente (de l'arrivée du livreur et de la sortie d'Yseult), je m'étais installé dans le canapé. Mes trois chats, beaucoup plus rassurés, vinrent quémander bruyamment leur pitance. Je fus contraint de me relever pour nourrir les fauves affamés. Dès que j'eus à nouveau une minute de répit, je retournai dans le canapé et allumai la télévision. A nouveau, je voyais des nouvelles désespérantes. Je faisais vraiment bien de ne pas regarder les informations régulièrement. Ces nouvelles peu encourageantes me rappelèrent le petit drame familial auquel je m'étais mêlé sans le vouloir à la base. J'allais avoir besoin d'un remontant. Je me dirigeai vers la cuisine pour y prendre un verre et une bouteille de whisky. C'était bien l'une des rares choses consommables que je possédai. Je n'avais pas un besoin vital de manger ou de boire (hormis le sang) mais je n'étais pas non plus privé des plaisirs triviaux de la nourriture et de la boisson. Je posai la bouteille et le verre sur la table lorsque la sonnette retentit. Le livreur. Déjà ? Je jetai un coup d'oeil à l'horloge la plus proche. L'heure était passée à une vitesse folle. J'accueillis le gamin d'une vingtaine d'années, pris ma commande et le payai. J'expédiai ce petit cérémonial le plus rapidement possible et fermai ma porte à clé. Je laissai les pizzas sur le guéridon près de l'entrée et me rendis à la porte de la salle de bain pour dire à Yseult que tout était prêt. Je n'eus pas de réponse. Inquiet, j'ouvris la porte et découvris la rousse la tête bien calée sur le rebord de la baignoire, les yeux fermés. Elle s'était endormie ? Mal à l'aise, je m'approchai d'elle, m'assis sur le rebord de la baignoire et commençai à lui tapoter doucement la joue du bout des doigts tout en appelant son nom. Peu à peu la jeune femme revint à elle. Elle s'était juste endormie. Je détournai le regard et lui dit que le repas était « prêt » et que je l'attendais.
Cette soirée s'annonçait vraiment étrange. Je m'étais déjà sentis très mal à l'aise dans ma longue vie mais jamais encore de cette façon et pour une chose aussi banale. A ma décharge, je ne pouvais que m'inquiéter puisque les gens collaient des procès à d'autres gens pour un oui ou pour un non. J'osai espérer qu'Yseult était suffisamment intelligente pour faire la part des choses et comprendre que je n'étais pas un pervers.
Dans le canapé, je m'affalai tandis que je me servais un verre de whisky. Comment allais-je me débrouiller avec cette fille ? Puis la fille en question arriva. Elle avait tressé ses cheveux mouillé et avait déjà meilleure mine. Elle vint s'asseoir à côté de moi... Honnêtement, elle était peut-être un peu trop près de moi mais je me retins de le lui dire ou de m'éloigner. Mes yeux lorgnèrent sur son cou dégagé par son pull trop large qui glissait sur son épaule. Elle me parla mais, trop occupé à contenir mes pulsions, je ne compris pas ce qu'elle me dit.
-Pardon ?, bredouillai-je
-Est-ce que je pourrais avoir un whisky ? J'aurai bien besoin d'un petit verre d'alcool pour tenter d'oublier...
-Attention, gamine, c'est d'accord pour cette fois mais oublier est une mauvaise raison de boire.
Je me levai pour aller lui chercher un verre et ensuite la servis. Elle ne tarda pas à attaquer la pizza. Elle avait faim, ça se voyait. Je l'observai tout en prenant une part de la pizza que j'avais commandée. Je devais donner le change et ne pas laisser ma nature prendre le dessus. La jeune femme n'ouvrit plus la bouche que pour manger. Je ne pouvais pas l'en blâmer. Au contraire, ça me semblait même mieux ainsi. La soirée se déroula sans heurt. Puis, vers 22h, mon étudiante tomba littéralement de sommeil. Sa tête reposait alors sur mon épaule. Bon, il était plus prudent de l'allonger dans mon lit. Je la portais jusque dans ma chambre. Encore une fois, j'avais un lit seulement pour paraître normal si j'avais une visite impromptue ou quelque chose comme cela. Je glissai la jeune femme sous les draps, avant de la laisser, je ne pu m'empêcher de poser mes lèvres sur sa nuque délicate. J'aurais voulu mordre à pleine dents dans la chair de son cou mais c'était mettre à mal des décennies d'efforts et damner son âme innocente. Je retournai ensuite dans le salon. Je m'étendis dans le canapé. J'avais envie de hurler. Je n'allai pas pouvoir vivre longtemps avec elle squattant chez moi ! J'allais finir par détruire ma couverture. Je restai là, sur le canapé, à méditer et à penser à tout ce qui pourrait arriver et tout ce qui ne pourrait pas arriver, à réfléchir à ce que je devais faire ou ce que j'aurais dû faire (à commencer, par ne pas lui dire de venir vivre chez moi et juste lui proposer de lui payer un hôtel).
La nuit tomba et quelque chose vint me tirer de mes pensées. Une odeur qui me faisait saliver. Non, non, non ! Pas elle. Si, c'était Yseult. Elle se tenait juste à côté du canapé.
-M. Mason, je ne peux pas vous laisser dormir sur le canapé. Ce n'est pas correct. Je m'impose chez vous, je vous fais dépenser de l'argent et maintenant, je vous fais dormir dans le canapé...
-Yseult... Retourne te coucher !
-Non, non. J'insiste, dit-elle en me tirant par la main pour me faire quitter le canapé.
Malheureusement pour elle, j'étais beaucoup plus fort qu'elle et son geste un peu désespéré n'eut pour conséquence de la faire atterrir sur moi, le nez contre mon torse. Elle releva timidement le visage vers moi. Je serrai les dents comme si ça allait m'aider à me retenir de lui sauter à la gorge.
-Je ne vous ai pas fait mal ?, murmura-t-elle, désolée.
-Arrêtes de poser les mauvaises questions et de t'inquiéter pour moi. Allez, retourne te coucher et on en parle plus.
Puis, ça dérapa tout bonnement. D'ailleurs, je ne comprends pas comment ça a pu autant dégénérer. Elle commença à approcher son visage du mien et à prendre un ton un peu trop sexy :
-Vous savez, vous avez été élu prof le plus sexy de toute la fac...
-Arrête, il n'y a que les collégiennes submergées par leurs hormones qui font ça...
-Non, non, je suis sérieuse ! Il m'arrive même de rêver de vous...
Elle posa ses lèvres sur les miennes.
Décidément, quelque chose n'allait pas. Ce n'était pas le genre d'Yseult d'allumer les profs. Ca ne pouvait pas être la réalité ou j'étais totalement fou ou idiot. Même si après des siècles d'existence ma connaissance de la psychologie féminine était encore à améliorer, je comprenais suffisamment la gente féminine pour voir quand elles faisaient quelque chose qu'elles n'auraient jamais ailleurs que dans les « fantasmes » (soit dit en passant bas de gamme dans mon cas) d'un homme.
Je fus alors tiré de mes songes par...le sol, sur lequel j'atterris. Ce n'était qu'un cauchemar. Yseult n'avait rien fait et je n'étais pas sur le point de la mordre.
Je me passai une main sur le visage et sortis. Je devais prendre l'air, me changer les idées...
Voilà la fin de ce chapitre. J'espère qu'il vous a plu.
-Neolysia-
